Attablée derrière sa tasse fétiche, ses tartines et son magazine du moment, Candice semblait imperturbable, plongée dans cet article passionnant sur la façon dont cette jeune femme s'était sortie des griffes de son affreux mari persécuteur. Alors certes, à la lecture elle essuyait un brin l'angoisse de renouer avec son passé mais, le pire c'était que cela faisait écho à l'enquête du moment! Alors tout était intéressant… Tellement intéressant qu'elle n'entendit même pas un père et sa fille s'approcher de la table, prêts à partir.

«Hein? laissa-t-elle sortir en relevant la tête vers ceux qui attendaient son attention.

- On va pas tarder… répéta Antoine.

- Ah! Oui… D'accord… sourit-elle en reposant le magazine. Mais t'es sûre que tu ne veux rien déjeuner ma puce?

- Non, j'ai pas trop faim…

- Même les crêpes d'hier?

Elle haussa timidement les épaules alors que son père ouvrait le réfrigérateur.

- Tu sais quoi? Je vais t'en mettre dans un petit tupperware et si tu as un petit creux à la récré, tu demanderas à la maîtresse… Ok?

- Ok… accepta la petite en esquissant un maigre sourire.

- Bon bah on y va! s'exclama le commissaire en récupérant ses clés de voiture sur le comptoir. On se dit à tout à l'heure du coup?

- Ouais! confirma-t-elle en acceptant son baiser.

- À ce soir! lança la petite en s'éloignant vers l'entrée

Candice observa Antoine s'éloigner à son tour, mal en point. L'état de sa fille le rendait tout simplement malade… Et lui-même n'avait rien pris pour le petit-déjeuner. C'était simple, ce matin, chez les Dumas, tout le monde était noué…

La voiture du commissaire débarqua rapidement devant l'école. D'habitude, Antoine se stationnait en warning et laissait descendre sa fille avant de repartir aussitôt. Mais là, les choses étaient différentes. Suzanne s'étonna de voir son père se garer et l'accompagner jusqu'au portail vert, sac en main. Et à quelques mètres de l'entrée, la brune stoppa sa marcha, forçant son père à s'arrêter. Étonné qu'elle s'accroche à sa taille, le commissaire s'abaissa à son niveau.

«J'ai pas envie d'aller à l'école…

- Suzanne… Je sais que c'est compliqué en ce moment pour toi mais tu peux pas rester toute seule à la maison.

- Mais avec mamie?

- Non plus… Puis tu vas rejoindre tes copines, je suis sûre que vous allez bien rigoler…

- Tu parles… souffla-t-elle en boudant.

- Allez ma chérie. Ça va bien se passer j'en suis sûre… Et puis la journée va passer vite et ce soir je viens te chercher, ok?

- Je vais pas à la garderie alors?

- Euh non… Papa va se débrouiller… D'accord? annonça-t-il tendrement.

- Ok… acquiesça-t-elle en l'enserrant à son cou.

- Ça va aller… répéta-t-il avant de l'embrasser

Et Antoine dut forcer sa fille à relâcher ses bras. Il ajusta son petit sac sur ses épaules et l'observa s'éloigner sans joie alors qu'elle saluait sa maîtresse qui approchait.

«Bonjour, commença-t-il durement.

- Tout va bien avec Suzanne?

- Justement… Je voulais vous parler, vous auriez un instant à m'accorder ?

- Euh, ça sonne dans dix minutes mais s'il faut, ma collègue me remplacera le temps de démarrer les cours. Je vous en prie, l'invita-t-elle à le suivre dans son bureau.»

La cour grouillait d'enfants qui hurlaient, jouaient et rigolaient. Une joyeuse cacophonie de laquelle Suzanne semblait exclue. Assise seule sur un banc au fond de la cour, la petite fixait ses pieds sans conviction, détruisant le cœur de son père qui dut se ressaisir pour ne rien laisser paraître. Le brun s'immisça rapidement dans le bâtiment avant de rejoindre le bureau de Madame Thabet.

«Je vous écoute! lança-t-elle en s'installant sur son fauteuil.

- La période est petit peu compliquée pour Suzanne et j'ai peur qu'elle ne s'enferme dans sa tristesse. Je voulais juste vous demander de faire attention à elle et de ne pas trop la bousculer…

- D'accord, acquiesça-t-elle. Rien de grave?

- Je suis actuellement en conflit avec sa mère concernant sa garde. Ce n'était pas voulu mais Suzanne a compris que sa mère souhaitait engager une procédure pour récupérer la garde exclusive et… ça l'a beaucoup affecté.

- Ce sont des situations difficiles à gérer pour tout le monde en effet. Et en général, ce genre de choses bouleverse l'équilibre des enfants. Mais on va faire en sorte qu'elle ne se laisse pas aller. Comptez sur nous!

- Je vous remercie. Parce que je vous avoue que depuis hier je suis assez inquiet. Suzanne a fugué et ne veut plus voir sa mère pour l'instant… Il faut qu'on rediscute de la chose plus calmement pour qu'elle comprenne.

- Bien sûr! Il faut lui laisser du temps.

- Voilà donc je voulais aussi vous prévenir qu'avec tout ça, les leçons pour aujourd'hui n'ont pas vraiment été apprises. Elle risque aussi de ne pas manger ce midi mais j'insiste pour que vous la forciez.

- Elle a pris son petit-déjeuner ce matin?

- Non. Je me suis permis de lui mettre deux petites crêpes dans son sac. Si jamais une petite faim la prenait à la récré…

- Vous avez bien fait! sourit-elle. Vous inquiétez pas, on va veiller sur elle et s'il y a quoique ce soit, on vous prévient!

- Je vous remercie! sourit-il sincèrement. Et si vous avez cinq minutes, enfin désolé, je change complètement de sujet pour remettre ma casquette de flic mais, je voulais reparler de cette histoire de voyeurisme depuis la maison d'en face.

- Bien sûr! Enfin, j'ai déjà tout dit à votre compagne et à vos collègues.

- J'étais en déplacement sur Paris. J'ai suivi le dossier de loin. J'aimerai un petit rafraîchissement!»

...

Dossier en main, Antoine grimpait les escaliers avec rapidité, ne tardant pas à pousser la porte d'un bureau où deux détectives semblaient concentrées. Face à lui, Candice était plongée dans la lecture d'un dossier compliqué. Et à côté Charlie venait de lever la tête vers lui en souriant gentiment.

«Bonjour! lança-t-il d'une voix rauque.

- Ah! Pardon je t'ai pas entendu arriver… sourit Candice.

- Bonjour! répondit Charlie.

- Il me semble que j'avais rendez-vous à 10h30 et je suis pile à l'heure! expliqua-t-il en approchant doucement.

- Exactement! Alors? Cet entretien avec la directrice?

- Je commence à comprendre l'enjeu de l'histoire. Pas simple…

- Ouais… C'est parole contre parole en fait… Mais Charlie a trouvé de nouveaux éléments.

- En fait, j'ai remonté les réseaux de la mère, un peu avant la naissance de sa fille… Et y a toute une succession de publications dans lesquelles elle exprime sa volonté d'être mère. Enfin, j'ai fait des captures écran, tenez.

Antoine récupéra les feuilles et zyeuta avec attention les quelques pages devant lui.

- Donc on se demande si elle a pas pris le premier venu pour assouvir son désir et qu'après, elle se soit débarrassée de lui d'une façon pas très… catholique…

- Ça se tient, acquiesça Antoine. Marquez a épluché les comptes. En fait, au moment où ils se sont rencontrés, elle était au chômage. C'était clairement lui qui l'entretenait. Y a eu de gros, gros versements sur ses comptes… Et six mois après la naissance elle a demandé le divorce.

- Ça a duré 3 ans… Elle a eu le temps de mettre combien de côté ?

- Avec les versements quotidiens de Mauriac, environ 7 000 euros. Après le divorce, elle a été employée dans une boutique de vêtements.

- Ah oui quand même…

- Enfin, je sais pas ce que vous en pensez, vous… Mais j'ai quand même le sentiment qu'elle a utilisé ce mec pour obtenir une certaine indépendance et qu'au moment du divorce, elle a tout misé sur le passé compliqué du type pour récupérer sa fille quoi.

- Et l'argent donné par Gabin, ils ont justifié ça comment à l'époque?

- D'après les rapports, c'était pour acheter son silence. Il la frappait et en échange…

- Ok…

- Et son deuxième enfant? On a plus d'infos?

- Bah… Même chose. Elle a divorcé du père quelques temps après sa naissance et est venue s'installer ici y a quelques mois.

- Eh bah! souffla Antoine. Deux mariages presque forcés… Deux divorces… Elle a pas froid aux yeux…

- Et comme on dit, jamais 2 sans 3, intervint Charlie tout sourire.

- Oui alors, je connais quelqu'un qui a tout de suite dit non pour le troisième, répliqua le commissaire en ricanant.

- Pourtant, on dit que c'est souvent le meilleur…

- Bon, ça va tous les deux? protesta Candice.

- On plaisante… la rassura-t-il doucement.

Et visiblement, Candice n'avait pas envie de rire, bien trop perdue entre son cœur et sa raison.

- Qu'est-ce qu'on fait alors? lança Charlie pour changer de sujet.

- On va reprendre l'affaire depuis le début. L'idée c'est de déconstruire tout le dossier qu'elle s'était constituée en prouvant que chaque élément est faux ou du moins, contestable. Ça risque d'être long mais, c'est le mieux qu'on puisse faire.

- Ok… accepta difficilement Candice. Donc je suppose que je dois vous donner tous les documents qu'on a récupérés?

- Sauf si tu veux t'en charger intégralement.

- Mais je sais qu'on aura aucun poids aux yeux de la justice. Il faut que ce soit instruit par les services de police, c'est tout… Et, je suis prête à renoncer à cette histoire, juste pour que Gabin puisse enfin obtenir un pardon suite à cette erreur judiciaire.

- Ok, sourit Antoine. Alors je récupère tout et je file…

- Tenez, osa Charlie en lui remettant un dossier rouge.

- Merci! Bon bah… Bonne journée!

- Je te raccompagne, sourit Candice avant de le suivre dans les escaliers. T'es garé où?

- J'ai trouvé une place juste derrière, là-bas.

- Ok! Et alors, Suzanne? Ça a été à l'école ?

- Elle m'a supplié de pas y aller mais tout va bien… soupira-t-il.

- Hum… Mais ça va lui faire du bien! Elle va se changer les idées comme ça!

- Ouais… acquiesça-t-il en déverrouillant la voiture. Euh, d'ailleurs, commença-t-il hésitant, j'aurais un petit service à te demander…

- Oui? l'interrogea-t-elle en attrapant sa taille.

- Ça t'embête de rester avec elle ce soir? Vincent m'a proposé d'aller boire un verre après le boulot…

- Eh bah! Vous ne vous quittez plus!

- Il veut absolument me parler d'Anna, c'est urgent apparemment.

- Anna? Ton ex?

- Ouais… sourit-il. Il avait un peu flashé sur elle en fait… Mais je resterai pas longtemps! 19h30 grand max, je suis rentré… Je la dépose après l'école et je file juste après?

Elle le fixa longuement avant d'acquiescer.

- Ok! Mais je te préviens, ça dégénère pas comme la semaine dernière hein?

- Non! Promis, ce sera juste une bière et je rentre pour dîner! Puis j'avoue que ça me fera du bien aussi de me vider la tête…

- Alors à ce soir!

- Merci… sourit-il contre ses lèvres avant de l'embrasser tendrement

...

17h30. Père et fille poussèrent enfin la porte de la maison dans un semblant de bonne humeur. Suzanne s'était heureusement contentée d'une trentaine de minutes à la garderie en attendant qu'un commissaire débordé ne puisse venir la récupérer. Et lui avait laissé son commissariat en plan, non sans entendre les râlements du major qui allait encore devoir l'épauler dans la finition des dossiers administratifs. Mais ce soir, priorité à sa fille. Elle en avait besoin et s'il parvenait à atténuer ses remords, alors il en serait dignement gagnant! Face à eux, une détective triait une bassine de linge sur la table du salon.

«Salut Candice, lâcha la brunette en déposant un bisou sur la joue de sa belle-mère.

- Alors ça a été?

- Ouais… se contenta-t-elle de répondre avant de grimper dans sa chambre.

Dépité, Antoine leva les yeux au ciel.

- Ça va pas mieux? demanda-t-elle alors qu'il l'embrassait.

- La maîtresse m'a dit qu'elle était restée dans son coin toute la journée… Mais elle a bien mangé ce midi…

- T'inquiète pas, j'ai prévu un atelier perles. Je sais qu'elle adore ça… Puis on fera un gâteau toutes les deux, elle va pas s'ennuyer!

- Oh… soupira-t-il de satisfaction en enserrant sa taille avec fougue. T'es parfaite en fait…

Elle rigola doucement avant de minauder à son oreille.

- Je sais!

- Bon, j'y vais. Vincent m'attend.

- Vous allez où?

- Au bar juste à côté de la BSU. C'est le plus simple…

- Ok! Alors à tout à l'heure.

- À tout à l'heure mon amour! conclut-il avant de tourner les talons»

Candice l'observa partir, un sourire fier collé sur son visage. Cela faisait maintenant presque trois semaines qu'elle n'avait pas eu le droit à ce surnom. Et ce soir enfin, il l'avait laissé sortir, comme un symbole d'ultime pardon et de réconciliation. Et après les tumultes, l'équilibre semblait enfin de retour, car comme à chaque fois, les obstacles qui se dressaient devant eux ne résistaient pas à la force de leur amour.

...

Le commissaire poussa la porte du bar avec amusement. Au loin, Vincent semblait dépité. Les yeux rivés sur sa bière, le sourire baissé, son état traduisait sans mal une inévitable nervosité. Et ça, ce n'était pas habituel chez ce type qui avait pourtant l'habitude d'être à l'aise et sans prise de tête. Il approcha doucement et heurta son épaule dans une tape amicale.

«Ah salut mec! bégaya Vincent en réalisant la présence de son pote.

- Salut…

- Ça tombe bien je viens tout juste de te commander une pinte.

- Parfait! Merci! Ça a pas l'air d'aller? C'est quoi cette urgence?

- Ah oui! T'entames direct!

- Ouais… confirma-t-il. Tu m'excuseras mais je voudrais pas trop m'éterniser… J'ai dit que je rentrais à 19h30…

- Ah ouais… Donc c'est ça la vie de couple en fait? L'ennui…

- Ok alors déjà, si tu pars comme ça, tu vas jamais réussir à faire durer la chose… s'amusa Antoine en réceptionnant sa bière.

- Arrête! Je suis mort d'angoisse. J'ai rendez-vous avec Anna demain soir… J'ai peur de me comporter comme un con et de tout faire capoter…

- Déjà, elle a accepté… C'est que c'est bon signe.

- Oui mais bon. Tu me connais!

- Anna est quelqu'un de simple. Si elle a accepté c'est qu'une connexion se faisait entre vous et qu'elle veut apprendre à te connaître. Sauf qu'elle veut pas savoir que Vincent c'est le mec qui a bac 5 en débauche. Elle veut juste savoir que c'est un mec drôle, loyal et fiable.

- Fiable? répéta-t-il en rigolant.

- Du moins, qui a envie de le devenir quoi…

- Hum…

- Puis en plus tu pars avec une longueur d'avance…

- Laquelle?

- Vous faites le même job! Donc elle comprend totalement ce que tu vis et que t'as des disponibilités réduites… Et ça, mine de rien, ça joue beaucoup.

- Ouais… Mais j'ai un peu peur de passer pour l'éternel loser.

- Si tu pars comme ça, c'est mort d'avance mec ! Montre que tu veux changer…

- Ouais, je vais essayer…

- Emmène-la au bar sur la plage, c'est romantique et en plus le cadre est sympa et la musique aussi…

- Ah j'y avais pas pensé.

- Ah tu vois! Je suis de bon conseil!

- Bah oui. Comme d'habitude, sourit-il. T'as utilisé cette technique avec Candice?

- Ouh là! Non! Je crois même qu'on a pas eu de vrai rendez-vous, s'amusa-t-il. Tu sais, on bossait ensemble…

- Mais comment t'as su?

- J'en sais rien! Enfin si, je… J'ai commencé à me poser des questions quand le soir, je pensais à elle tout seul chez moi… Quand elle prenait une semaine de vacances et que je ressentais un manque…

- Et le moment où t'as été sûr?

- Je me suis longtemps posé la question…

- Et alors?

- Y a 10 ans, dans le cadre d'une enquête, on est tombés sur un trafic de drogue un peu étrange, on va dire. Sans le savoir, Candice avait mangé des gâteaux au cannabis, elle était complètement défoncée… Donc, dans mon âme la plus charitable, je l'ai hébergé pour la nuit...

- Ah oui, et t'as pas dormi de la nuit parce que tu l'as regardé dormir et que t'avais qu'une envie c'était la rejoindre, c'est ça?

- Un peu, sourit-il en se remémorant ses draps bleus qui entouraient sa peau. Nan, j'ai vraiment su quand, son mec du moment est venu à la BSU le lendemain matin. Je les voyais s'embrasser sur les quais là et… J'étais vert de jalousie en fait, rigola-t-il sincèrement.

- Et t'as rien dit?

- Nan… Tu sais j'ai la réputation d'un Don Juan mais, face à elle j'ai jamais fait le fier… J'étais intimidé en fait…

- Ouais alors rien que ça, c'est un indice de taille, répliqua-t-il dans un éclat de rire.

- C'est pas faux! Mais toi, pour demain, tu te poses pas de questions! Je m'en suis trop posée et j'ai assez perdu de temps pour le regretter… Donc tu fonces! Enfin, tu fonces mais, tranquille quand même…

- Ouais… Je te raconterai de toute façon…

- Bah j'espère bien oui!

- Et alors? Tes affaires se règlent?

- Chaos total! souffla-t-il avant de rigoler de nervosité.

- Merde… Qu'est-ce qu'il s'est passé?

- Bah j'ai suivi vos conseils, j'ai décidé de me battre contre Jennifer mais… je suis rentré dedans un peu trop frontalement on va dire. Suzanne a compris ce qu'il se passait et depuis elle est pas très bien… Elle veut plus parler à sa mère parce qu'elle dit qu'elle est responsable de la situation… À la maison, elle est totalement fermée… Donc non, on continue sur une semaine cinq étoiles là…

- Ah ouais quand même… Mais après, ça va peut-être permettre d'apaiser les choses avec elle justement. Elle va se rendre compte de sa connerie et ce sera réglé…

- Sauf que je trouve ça trop facile, Vincent. Et ça me rend dingue!

- Faudra que vous trouviez un juste milieu, ça c'est sûr…

- Ouais! Ça promet encore…

- Et avec Candice du coup? L'overdose est totalement passée?

- Ça va mieux, oui ! sourit-il. J'ai réussi à digérer son comportement des vacances je crois, et… je me suis rendu compte que j'avais besoin d'elle pour surmonter tout ça… N'en déplaise à certaines.

- Cool! Et la bague alors? Elle a kiffé?

- Elle s'y attendait pas en fait… Et elle a un peu paniqué au début mais, je crois que ça lui a fait plaisir oui.

- Ok, lâcha-t-il dépité. Donc tu l'as pas demandé en mariage?

- Euh bah non. On parle de Candice là… Je me serais pris un non au visage et ça m'aurait fait un peu mal je crois.

- Ah c'est à ce point?

Il haussa les épaules, fataliste.

- Écoute, si elle avait pas rencontré un connard dans le passé les choses auraient peut-être été différentes… mais là, je peux qu'accepter mon sort.

- Mais ça te fait chier?

- Ma mère surtout! Qui pleure l'idée qu'elle ne mariera jamais son fils! ironisa-t-il en rigolant.

- Oui mais toi, ça te fait chier? réitéra-t-il pour le faire avouer.

- Bah c'est un rêve que j'ai toujours eu oui. Mais bon, je vais pas me plaindre, j'ai la femme de ma vie à mes côtés et ça… c'était déjà pas gagné!

- Faudra que tu me la présentes quand même!

- Ouais. Bon par contre, je sais pas comment elle va te recevoir hein…

- Pourquoi?!

- Bah tu restes le type qu'a entraîné son mec dans la débauche, plaisanta-t-il en explosant de rire.

- T'es con!

- Je sais! Non mais promis quand ça se calmera à la maison avec Suzanne, on se fera un apéro.

- Vendu!»

...

«Qu'est-ce que t'en penses? demanda fébrilement Suzanne à sa belle-mère en lui tendant un petit collier de perles.

Candice délaissa sa préparation en cuisine et observa le bijou créé par sa belle-fille.

- Il est super! L'association des couleurs rend super bien en plus…

- C'est vrai? Parce que j'hésitais avec celles-là aussi, expliqua la plus jeune en entraînant Candice vers la table du salon.

- Ah non! Moi je préfère celui que tu as fait!

- Ouais… sourit-elle en le scrutant. Mais je sais pas à qui l'offrir… Au début, je voulais l'offrir à maman mais je sais pas si j'en ai vraiment envie…

- Ok, commença Candice en s'installant à ses côtés. Tu vois ma chérie, ce que tu exprimes là, on appelle ça de la rancœur. Ta maman, tu l'aimes très très fort. Mais en même temps, tu as été déçue par ce qu'elle a fait et tu lui en veux. Et c'est normal hein! Mais tu as aussi le droit d'avoir envie de lui pardonner… Parce que quand on aime très fort quelqu'un, y a que le pardon qui peut guérir la blessure du cœur…

- Ça t'est déjà arrivé à toi?

- Bien sûr! Plein de fois même, et dans les deux sens!

- Quand?

- Une fois, quand Emma était plus jeune, elle avait fait une bêtise. Une grosse bêtise. Et j'ai été maladroite parce que pour la punir, j'ai gâché la fête à laquelle elle était. Donc elle m'en a beaucoup voulu de lui avoir mis la honte devant tous ses copains. Elle est même partie chez son père quelques jours, exactement comme toi. Et puis tu vois, finalement elle a réussi à me pardonner…

- Et comment on fait?

- Ça c'est un mystère ma puce! Et il n'y a que le temps qui t'aidera à apaiser tes blessures…

- Donc je peux le garder de côté et je lui donnerai quand j'aurais envie de lui pardonner alors.

- Exactement!

- En vrai, y a plein d'autres super bijoux dans cette boîte, continua-t-elle en retrouvant le sourire. C'est lequel ton préféré toi?

- Hum… Il est pas vraiment dans la boîte, sourit Candice en montrant sa main.

- C'est une nouvelle?

- Ouais, confirma-t-elle en souriant.

- Tu l'as eu où?

- Bah en fait, c'est un cadeau de papa…

- Vous allez vous marier? demanda-t-elle surprise.

- Non! Enfin, il m'a pas demandé… Mais ça reste un bijou super précieux quand même…

- On dirait un peu une bague de princesse en plus…

- C'est vrai! Papa a encore une fois été super généreux…

- Comme d'habitude…

- Et d'ailleurs en parlant de papa. Va falloir lui trouver un petit cadeau pour son anniversaire !

- On le fera ici?

- Oui! Avec tout le monde…

- Y aura mamie?

Aïe, Candice se crispa en souvenir de leur dernière discussion tendue.

- Même si vous vous êtes disputées, peut-être que vous pouvez vous pardonner… sourit Suzanne.

- Hum… Je crois que t'as raison ma puce! finit-elle par acquiescer.

- Et moi je peux offrir ça à papa sinon… proposa-t-elle en tenant son collier dans les mains.

- Amusée, Candice éclata de rire.

- Je suis pas sûre que ça lui fasse vraiment plaisir. Mais tu sais quoi? On prépare la salade pour ce soir et en même temps on y réfléchit. Tu veux m'aider?!

- Ouais!»

...

Antoine stationna son véhicule à côté de celui de sa compagne. Et son tableau de bord affichait 19h30 pile! Ah… Et un appel entrant de Jennifer aussi… Il souffla avant de désactiver le Bluetooth de sa voiture pour prendre le téléphone à l'oreille.

«Allô?

Salut Antoine, commença-t-elle fébrilement. Euh, je voulais prendre des nouvelles de Suzanne.

Écoute, je vais pas te mentir qu'elle va pas bien. Elle est un peu perturbée là… Elle a voulu dormir avec moi cette nuit et, elle a eu du mal à me lâcher pour aller à l'école ce matin.

Ok… Je comprends… C'est normal… Et, est-ce qu'elle accepterait de me parler?

Euh… Je suis pas à la maison là. J'avais un rendez-vous en ville.

Elle est où alors?

Avec Candice. Et avant que tu t'énerves, t'inquiète pas, elle fait bien attention à elle.

Ok, acquiesça-t-elle doucement. Tu… Tu pourrais lui dire que je l'ai appelé au moins? Peut-être qu'elle… qu'elle aurait envie de me parler.

Je lui dirais mais je te garanties rien. Elle a été blessée Jennifer, et là, la seule peur qu'elle a, c'est d'être abandonnée par l'un de nous. Va lui falloir du temps…

Oui. Je sais…

Bon… Je dois y aller. Bonne soirée.

Merci. Vous aussi…»

Le brun raccrocha dans un souffle. Et dieu sait que finalement, il était presque amusé par la situation. Jennifer venait officiellement de se prendre en pleine face tout ce qu'elle avait manigancé pour les séparer. Et désormais, c'était elle qui était toute seule alors que lui était bien entouré. Alors il rangea le téléphone dans la poche de sa veste et ne tarda pas à faire irruption dans l'entrée de sa maison. La table était dressée et deux voix féminines riaient en cuisine. Il approcha en silence avant d'observer la scène avec les yeux en cœur. Devant lui, la petite, tablier jaune noué autour de la taille, tentait de mélanger la préparation d'un gâteau dans un saladier, sous les rires d'une jolie blonde qui s'essayait à tenir le grand bol. Soudain, il sentit deux yeux bleus se poser sur lui et lâcha son plus beau sourire.

«Mademoiselle a presque fini son gâteau. Il ne reste plus qu'à le mettre au four, expliqua-t-elle en souriant.

- Je vois ça! C'est toi qui l'as fait toute seule?

- Elle m'a un petit peu aidé mais j'ai presque toutfait !

- Bien…

- Je vais me laver les mains, annonça-t-elle en décrochant son tablier.

- Et hop! 30 minutes et c'est prêt, déclara Candice en appuyant sur le four.

- Ok! s'enthousiasma Suzanne en quittant la cuisine pour rejoindre le canapé.

- Ça a été?

- Nickel! On a bien discuté toutes les deux… Elle s'est pas ennuyée.

- Merci… chuchota-t-il en l'embrassant.

Rapidement, Antoine quitta la cuisine à son tour, rejoignant sa fille sur le canapé.

- Dis… Y a maman qui m'a appelé tout à l'heure… Elle voulait te parler… Mais je sais pas si tu en as envie?

- Je sais pas… Je crois que j'ai pas envie de repenser à ce qu'il s'est passé…

- Et tu as le droit!

- Candice m'a dit qu'un jour j'aurais envie de lui pardonner mais… pas ce soir…

- Alors je vais dire à maman que tu veux pas.

- Elle va pas m'en vouloir?

- Bah non! Tu sais, c'est elle qui a fait des bêtises… Et elle sait très bien que c'est pour ça que tu lui fais la tête et elle s'en veut beaucoup aussi. Mais jamais elle t'en voudra ma chérie.

- Hum… acquiesça-t-elle en s'installant dans ses bras. Ça t'est déjà arrivé à toi?

- De quoi?

- De pas avoir envie de pardonner à quelqu'un qui est dans ton cœur…

- Ah! sourit-il amusé. Bien sûr que ça m'est déjà arrivé!

- A mamie?

- Par exemple… Ou à Candice aussi… Mais, quand ces personnes sont vraiment dans ton cœur et que tu les aimes très très très fort, tu leur pardonnes quand même.

- Mais pas tout de suite…

- Non, pas tout de suite…

- En plus j'ai fait comme toi… J'ai préparé un collier à offrir à maman quand je voudrais lui pardonner. Comme toi avec la bague…

- La bague?

- Le cadeau pour Candice. Elle a dit que c'était son bijou préféré et que c'était super précieux…

- Ahhh! réalisa-t-il. Ça!

- Oui… J'ai cru que vous alliez vous marier, répéta-t-elle déçue.

- Non ma chérie. Candice veut pas se marier…

- Mais elle a dit que c'est toi qui lui a pas demandé…

- Ah bon? l'interrogea-t-il avec surprise alors que sa compagne faisait son apparition au salon.

- On passe à table?!

- Ouais! acquiescèrent-ils en se levant du canapé. »