Avertissement : l'auteur n'a pas eu la chance d'échapper aux cours du matin à cause des inondations. Booyah !
Note de la traductrice : Je m'excuse. Je suis profondément désolée de ce retard énorme entre le début et maintenant. Mais j'ai tout terminé. J'ai eu le temps d'aller jusqu'au bout et je vais enfin pouvoir clore ce chapitre de ma vie. J'avais promis, j'ai tenu mes promesses il m'a fallu juste du temps. Être désolé n'est probablement pas suffisant pour certains, je ne pense pas qu'expliquer mon retard soit très important. On va juste remercier le destin de m'avoir fait prendre un tournant important dans ma vie et de m'y être remis ces dernières années. Maintenant, place à la lecture!
PS : je vais poster deux fois par jours, pour éviter de m'embrouiller dans les chapitres et de faire des erreurs. et le dernier chapitre sera posté le 1er décembre pour le clore le jour de sa première publication.
Chapitre 25:
« Tu es sûre d'être prêt ? »
Kate se tourna et croisa le regard de Rick qui sortait du bureau. Elle glissa son marque-page dans Docteur Jivago et referma le livre, le posant sur la table basse. Il contourna le canapé et s'assit, soulevant ses pieds pour les poser sur ses genoux. Elle bougea ses orteils, couverts par ses chaussettes, contre ses doigts et lui offrit un petit sourire.
Il le lui rendit et s'enfonça dans le canapé, replaçant un peu mieux son tee-shirt gris. « Et toi? » demanda t-il en la regardant dans les yeux.
« Pour reprendre du service? Mon Dieu, oui! » répondit-elle en riant légèrement. Elle n'en pouvait plus d'attendre : fébrile, impatiente, presque nerveuse. Elle avait obtenu l'autorisation il y a une semaine et avait respecté l'accord en passant quelques jours derrière un bureau. Sa rééducation touchait à sa fin, et son bras gauche lui semblait plus solide que jamais. Elle avait hâte de retrouver le terrain.
Rick, cependant, n'avait pas l'air aussi excité qu'elle. Il avait été très optimiste durant les trois dernières semaines, l'ennuyant jusqu'à la faire sourire quand elle était grincheuse, la cajolant et faisant la cuisine l'obligeant à manger même lorsqu'elle n'avait pas faim, la faisant rire aussi. Et il profitait d'elle durant tout le temps de son rétablissement. Mais maintenant, il avait l'air hésitant, presque comme s'il ... oh, non, pas ça.
« C'est juste que ... Es-tu sûre? Je veux dire, ce ne serait pas mieux que tu continues à être derrière un bureau? » demanda t-il doucement.
Elle caressa de son pied, le ventre de Rick. « S'il te plait, Rick... »
Il secoua la tête et Kate se prépara psychologiquement. Elle ne pouvait pas le taquiner sur ce sujet. « Kate, tu as été poignardé. »
« Je sais, ait confiance » essaya-t-elle une dernière fois. Mais son sourire se fana lorsqu'elle vit les lèvres serrées et les sourcils froncés de Rick. Il était vraiment inquiet, et ce n'était pas le moment de plaisanter sur le sujet.
« Comment vas-tu pouvoir faire face? » demanda t il. « Comment peux-tu simplement marcher dans une ruelle, l'air de rien? »
Comment pouvait-elle accepter de se jeter à nouveau dans le danger ? Kate passa machinalement la main sur le bord de la couverture jetée sur le dossier du canapé. Quand elle avait choisi de devenir policière, elle n'avait pas eu à se justifier. Son père, déjà brisé par l'alcool, avait bien crié, mais elle n'avait pas prêté attention. Aujourd'hui, il n'évoquait jamais le sujet. Elle s'était dit qu'il avait fini par l'accepter ou qu'il cachait ses véritables sentiments derrière une façade impénétrable.
Rick, en revanche, ne faisait aucun effort pour cacher ce qu'il ressentait. Elle voyait bien que ça le détruisait. Elle le percevait, surtout la nuit, maintenant qu'elle avait repris le travail. Il la tenait plus fermement, son bras posé sur elle comme pour s'assurer qu'elle était bien là. Elle avait toujours su, au fond, que son métier mettrait leur couple à rude épreuve. Rick n'était pas comme Will. Will aurait compris, lui. Il avait vécu le même genre de risques, et aucun des deux n'aurait pu reprocher à l'autre de jouer avec le danger. Mais Rick... Rick avait une fille, une vie construite avec soin, une vie qui s'écroulerait si un jour elle ne rentrait pas.
Kate prit une profonde inspiration et le regarda dans les yeux. Même s'il avait dit qu'il comprenait et qu'il avait fait la paix avec ça, elle savait que ce n'était pas vraiment le cas. Elle lui devait une explication, aussi réconfortante qu'elle pouvait lui donner. « Tu sais, je suis flic. »
Il hocha la tête et puis la secoua en souriant. « Je le comprends sur le plan professionnel. C'est au niveau personnel que j'ai des problèmes, c'est comme si tout était redevenu comme avant.»
« Tu ne peux pas avoir l'un, sans l'autre, » expliqua-elle. « Je dois être là-bas et protéger ces personnes. J'en ai besoin. Et je dois retrouver ma place en tant que détective. C'est comme ça. Et tu étais d'accord la dessus. »
« Je ne dis pas que je ne le suis plus, » dit-il rapidement. « Je veux juste ... » il se mit à rire d'une voix plus faible et moins vraie que d'habitude. « Tu n'as pas besoin d'être aidée, tu es Katherine Beckett. Tu peux tout faire toi-même. »
Kate grommela mais secoua la tête. Il enchaîna. « Tu peux te débrouiller toute seule maintenant. Donc, je ne vais plus avoir besoin de te protéger. Je le sais. Mais j'aime le faire quand je peux. »
« Tu veux dire me gâter avec de la nourriture et passer ton temps à arranger mes oreillers ? » demanda-t-elle doucement.
Il lui fit un petit sourire. « J'avais oublié que tu étais intelligente, aussi. Mais je... Je ne peux pas te protéger là- bas. Pourquoi tu ne fais pas assez attention à toi, aussi? »
Kate laissa échapper un long soupir. « Je fais attention. » Peut-être qu'elle avait changé plus que ce qu'elle ne croyait; elle n'avait même pas fait attention à cette capacité de flic. « Je porte un gilet par balle dans ces situations, ou quand je suis en planque. Cette histoire dans la ruelle? C'est un coup du sort, comme une sorte d'accident. »
« Mais la probabilité que tu te fasses tirer dessus ou que tu sois blessée à nouveau est potentiellement plus élevée par rapport à moi qui pourrais avoir un accident » soutient-il. « Je ne comprends pas... Je ne sais pas comment tu peux retourner la bas, de toi-même. »
Kate le savait. Ça avait rapport avec sa mère et la justice et ... d'un besoin de le faire. Elle en avait juste besoin. « Est ce que tu es en train de me le demander personnellement, ou de ton point de vue? » demanda-t-elle sans réfléchir.
Il fronça encore plus les sourcils. « Je te demande simplement, » commença-t-il après un moment de réflexion. « Je ne suis pas ... Je ne peux pas ... Nous sommes tombés amoureux, même en sachant que tu étais flic. Je ne vais pas te demander d'arrêter. »
« Mais tu aimerais, »dit-elle, insistant. Il y avait quelque chose dans ses yeux — ce doute persistant, cette peur, cette inquiétude.
Il haussa les épaules et la regarda. « Si j'allais traîner avec des armes et des couteaux toute la journée, tu ne serais pas inquiète, toi ? »
Kate se rapprocha sur le canapé, se déplaçant de telle sorte que leurs genoux se croisèrent. « Je m'inquièterais » admit-elle, lui caressant de la main ses cheveux derrière la nuque. « Mais je ne t'en empêcherai pas. »
« Vraiment? »
« Je t'imagine déjà courir partout avec une flic. Tu serais aux anges » répondit-elle, souriant à cette pensée. « Tu ferais probablement tout un tas de choses stupide et je parie que ton coéquipier voudrait même ta mort… Sérieusement Rick… Je te vois d'ici tout sourire et joyeux comme un gamin au poste, un peu comme maintenant, en fait. »
Il sourit et se pencha vers elle, passant sa main le long de sa cuisse. « Tu dois probablement l'être aussi à ton travail non? »
« Non, mais je suis assez impressionnante » répondit-elle. « Tout va bien se passer, tu sais. »
Il hocha la tête. « Si tu le dis. »
« Plus le temps passe, mieux ça va. »
« Comment tu sais ça? » marmonna t il, en la regardant.
« Montgomery parle parfois de sa femme, et j'ai eu l'occasion de passer du temps avec les conjoints des collègues. C'est… toujours un peu flou, tu vois ? Mais on finit par s'y faire. »
« Tu es sûre que tu ne veux pas être parachutiste à la place, ou quelque chose dans le genre? »
Kate se mit à rire. « Nan. Les tueurs sont plus à ma portée. »
Il se mit a rire avec elle, attrapant ses jambes et le bas de son dos. « J'imagine »
« Tu es le premier sur ma liste à contacter en cas d'urgence, maintenant, tu sais? »
« Vraiment? »
Elle se pencha et pressa son front contre la joue de Castle. « Oui. Tu seras le premier à être prévenu. Mais Rick? Ce qu'il s'est passé récemment? C'était un hasard. J'irais très bien demain, et tous les jours d'après. »
Il acquiesça et tourna sa tête pour presser ses lèvres sur la peau de Kate, respirant lentement l'odeur de ses cheveux. « Mais comment j'en aurais la preuve? » marmonna t il. »Comment je peux le savoir, si je ne peux pas te voir tout le temps? »
« Je viendrais toujours passer du temps ici, traîner » répondit-elle en l'embrassant doucement à l'oreille.
Il la rapprocha de lui, un sourire plus sincère sur le visage. « Eh bien, si au lieu de venir passer du temps ici, ou traîner, comme tu dis, » il fit glisser sa main sous la chemise de Kate, ses doigts glissant le long de son dos, réchauffant sa peau. « Que dirais-tu de rester à la maison, mais pour de bon? »
Kate se mordit les lèvres pour ne pas sourire. « Tu es sérieux? »
Il s'éloigna légèrement pour rencontrer ses yeux. « Oui, » répondit-il. « Nous avons adoré t'avoir ici non-stop pendant ces trois dernières semaines. Et je sais que tu as l'intention de revenir à ton appartement demain soir, mais Kate, s'il te plaît, reste avec nous ici. »
« Même la nuit? » Elle ne devrait probablement pas le taquiner sur ça.
Il lui sourit. « Oui aussi, petite coquine. Mais reste aussi la nuit suivante, et toutes les autres nuits. »
« Est ce que tu en a parlé à Alexis? » demanda Kate, laissant ses doigts s'attarder dans son cou. Elle allait dire oui. Elle l'avait déjà décidé, après avoir passé trois semaines avec eux, c'était là où elle voulait être. Elle ne s'était pas questionnée sur le sujet, elle avait besoin d'être là, mais elle voulait être sûr qu'il était vraiment prêt, lui aussi.
« Si elle n'était pas chez Paige ce soir, elle te l'aurait déjà demandé, » lui dit-il, souriant alors qu'elle laissait échapper un sourire.
« Alors oui, je serais ravie d'emménager avec vous » murmura-t-elle.
« Vraiment? » Ses yeux s'allumèrent et il se mit à rire, se penchant pour l'embrasser , enfin plus ou moins tant ils souriaient.
« Vraiment, » affirma t elle. « Mais ... »
« Non, pas de mais! » s'écria t-il, plaçant sa main sur sa bouche. « Pas de mais. »
Kate mordilla l'intérieur de sa main et il s'éloigna. « Bien fait pour toi, » dit-elle en souriant alors qu'il grimaçait. « Détends toi, ce n'est pas un véritable « mais », de toute façon. »
« Pourquoi? »
« Meredith » répondit Kate.
« Ah. C'est vrai » soupira Rick. « Tu ... Non, tu as probablement raison. Si elle arrive alors qu'elle n'avait pas prévenu... »
« Je suis sous anti douleurs et Alexis fera tout pour m'aider. » finit-elle. « Comme ça, on évite de se croiser trop souvent, et une fois qu'elle sera partie, on pourra s'occuper de mon déménagement. De toute façon, j'aurai besoin de temps pour préparer mes affaires. »
« On aura besoin de temps pour tout préparer, » rectifia-t-il. « Tu ne dois pas porter de charges lourdes. »
Kate le regarda d'un air agacé. « Ferme-la. »
« Allez, fais pas la tête. Demain, tu retournes dans ce grand monde impitoyable. Laisse-moi te chouchouter. Je vais même forcer Ryan et Esposito à nous filer un coup de main. »
« Je ne veux pas d'eux chez moi, » répliqua-t-elle en ricanant. « Pas question. »
Rick sourit simplement. « Tu te rends compte qu'ils seront là tout le temps, non ? Et puis, ce sera ton appartement aussi... »
Kate gémit et laissa sa tête tomber en avant, se posant dans le creux de son cou. « Vraiment ? Je vais rentrer ici et vous trouver tous les trois sur le canapé à jouer à Halo ? »
Il éclata de rire. « Exactement. »
« Peut-être que ce n' est pas une si bonne idée finalement, » marmonna-t-elle. Ryan et Esposito, assis sur le canapé pendant qu'elle profitait d'un bain moussant ? Ryan et Esposito qui la taquinaient chez elle ? Ryan et Esposito qui riaient avec son copain, l'aidant à se sentir plus à sa place dans un univers qui le terrifiait et lui donnait sans cesse la peur de la perdre ? Merde. Merde.
« Trop tard. Tu as déjà dit oui. Interdit de revenir en arrière. »
« T'as quel âge, douze ans? »
« Réfléchit à ce qu'on a dit avant de m'accuser. »
(...)
Son canapé n'était pas aussi confortable que celui de Rick, mais Kate s'en souciait peu. Il était bientôt neuf heures et elle était déjà exténuée en arrivant chez elle, si le canapé avait été fait de toile de jute elle l'aurait trouvé quand même accueillant. Elle s'enfonça dans ses coussins et posa sa tête dans son bras, elle ne prit même pas la peine d'enlever ses talons.
Ils avaient eu deux homicides ce matin, Esposito, Ryan et elle avaient passé la journée entière, et une bonne partie de la soirée, à poursuivre des suspects dans des lieux de plus en plus glauques. Kate n'avait même pas imaginé qu'on puisse vivre dans une benne à ordures, mais apparemment, c'était possible. Il suffisait de caler quelque chose contre la porte latérale et de construire une série complexe de caisses derrière, pour créer un petit espace de vie. Rien que ça, c'était déjà horrible. Mais trouver un cadavre et des morceaux de corps découpés dans les trois bennes fouillées, c'était bien trop.
Elle n'avait pas mangé depuis cinq heures de l'après midi, et son épaule la faisait souffrir à cause des contorsions dues aux petits espaces. Elle souhaitait plus que tout, aller au loft, prendre un bain dans la baignoire de Rick, manger des restes et se caler dans ses bras, dans son lit jusqu'à ce qu'elle tombe de sommeil, oubliant ainsi sa journée. Mais Meredith était en ville, et Kate en conclut que rester chez elle durant sa visite en ville était probablement mieux pour tout le monde.
Peu importe qu'elle ait passé presque quatre semaines chez eux avant ça et qu'elle prévoyait d'y retourner dès que la sorci... Dès que Meredith partirait. Elle avait été d'accord pour rester ici, dans son appartement, même s'il était devenu poussiéreux et sans vie. Elle pouvait rester ici, seule, sans Alexis à côté d'elle sur le canapé ou le corps de Rick dans son lit.
Elle laissa échapper un petit reniflement. Bien sûr qu'elle n'était pas bien ici, seule. Malgré tout ce qu'elle avait fait pour rester autonome pendant que son épaule guérissait, elle avait pris un plaisir évident à avoir des gens autour d'elle. Ces deux semaines de congé, la première passée à agoniser dans son lit et la seconde passée dans l'agitation et l'impatience avaient été les deux meilleures semaines de sa vie. Oui, il y avait eu aussi de la douleur. Oui, elle avait cru devenir folle. Mais elle était avec eux, au loft, dans le confort d'une famille.
Elle soupira, balayant les souvenirs des soirées films et des histoires du soir. Cette semaine était censée être celle de Meredith, même si elle arrivait avec trois semaines de retard. Elle ricana à cette pensée puis se fustigea. Elle ne pouvait pas être jalouse du temps que Meredith avait avec Alexis. Ce n'était pas juste. Mais, juste ou pas, elle se sentait mal. Elle n'avait aucun droit légal envers Alexis, rien, pas de preuves ou de choses les affiliant. Même si Alexis était aussi à elle.
Kate secoua violemment la tête, pour le débarrasser des pensées néfastes qu'elle ne devrait pas avoir, et se redressa. Ses muscles protestèrent. Elle devait prendre un comprimé de Tylenol, ou un Aleve. Rick serait déjà en train de la tanner pour ça, si elle avait été à la maiso... au loft ... Dans sa future maison. Kate soupira. Elle était heureuse d'aller habiter au loft. Elle l'était. Mais il y avait encore une partie d'elle qui avait du mal à l'imaginer. Cependant, il ne fallait pas qu'elle tombe dans cette spirale. Elle avait juste besoin de faire le nécessaire avant de sombrer dans son lit.
Elle se leva lentement et se dirigea vers sa chambre à coucher, pliant son haut uniforme et son pantalon avec soin, respirer commençait à devenir difficile. La rééducation lui avait fait du bien, mais elle savait que ce n'était pas suffisant pour être complètement guérie.
Elle enfila l'une des chemises de Rick qu'elle avait prise en faisant sa valise au loft samedi. Elle avait malheureusement laissé la moitié de ses affaires là-bas, mais elle avait ses vêtements de sport et le t-shirt vert. Elle pourrait se reprendre et cuisiner quelque chose, parce qu'elle devait manger. Si jamais elle perdait du poids cette semaine, Rick n'arrêtait pas de lui faire des remarques.
Elle traîna jusqu'à sa cuisine, fouillant dans les placards, tentant de trouver la motivation pour préparer quelque chose. Son téléphone sonna. Elle grimaça, d'abord à cause de la douleur d'avoir trop vite bougé, puis à cause de l'irritation de devoir peut-être gérer une autre enquête. Kate retourna alors dans le salon et décrocha son portable.
« Beckett » dit-elle avec lassitude.
« Mlle Beckett, c'est Toby. »
« Salut, Toby, » répondit Kate, d'une voix plus claire. Toby, son portier, était un bon gars un peu plus âgé qu'elle, avec une femme et des adorables petites jumelles. « Qu'est ce qu'il se passe? »
« Je crois que j'ai quelque chose qui vous appartient », dit-il, presque prudemment. « Je peux vous l'envoyer ? »
« D'accord ? » Kate haussait les épaules. « Tout va bien ? »
« Pourquoi ne pas m'en parler demain ? » proposa-t-il. « Passez une bonne soirée, Mademoiselle Beckett. »
Kate regarda son téléphone après qu'il ait raccroché. Qu'est-ce que cela signifiait ? Elle posa son téléphone puis se dirigea tranquillement vers la porte. Devait-elle préparer son arme ? Non, Toby ne lui enverrait rien de dangereux. Et ce n'était pas comme si quelqu'un voulait entrer chez elle pour lui faire du mal ou causer des dégâts. Elle tenta de retrouver ce calme de flic dont elle était si fière ; un appel du portier ne devrait pas provoquer autant d'anxiété. Un instant plus tard, il y eut un coup à la porte, et Kate l'ouvrit lentement, avec hésitation.
Elle n'était absolument pas préparée à ça. « Alexis? » souffla-t-elle en regardant la petite fille, qui la fixait avec de grands yeux bleus remplis de rouge.
« Salut, » murmura-t-elle.
Kate ouvrit la porte en grand pour la laisser entrer dans l'appartement, avant de fermer à clef derrière elles. Alexis se tenait là, dans son hall, des larmes coulant silencieusement sur ses joues alors qu'elle se balançait d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Kate se mit à genoux et plaça ses mains sur les épaules de la jeune fille.
« Ma puce, pourquoi es-tu ici? » demanda-t-elle doucement, chassant complètement de son esprit la faim, la frustration et les douleurs.
Alexis regarda les mains de Kate. « Je ... Maman et papa étaient ... » Elle rencontra le regard de Kate. « Je suis partie. Ils criaient si fort, Kate. »
Oh, mon Dieu, avait-elle fuit? « Alexis, ma chérie, s'il te plaît dis-moi que tu as dit à ton papa que tu venais ici? » S'il vous plaît, s'il vous plaît, faites qu'elle leur avait dit.
Alexis se mordit la lèvre et secoua la tête. « Je suis désolé. »
« Tu t'es enfuie de la maison? » demanda Kate, pour être complètement sûre.
« Pas vraiment » tergiversa Alexis. « Je suis venue ici. »
Kate hocha la tête et prit une profonde respiration. Elle avait besoin de réponses essentielles avant qu'elle ne panique. « Comment es-tu arrivée là? »
« Ernie m'a amené. J'ai ... J'ai demandé à Eduardo de me laisser partir, et je lui ai dit ... je ... »
« Es ce que tu lui à dit que Rick t'avais autorisé à le faire? » demanda Kate, en attendant une confirmation. « Mais Ernie t'as conduit directement ici, et tu n'étais pas seule jusqu'à ce que tu arrives à l'ascenseur, c'est ça? » Un autre signe de tête.
Kate soupira. Quel bordel. « D'accord. Nous allons parler de cette fugue après que tu m'ai expliqué la raison. » Alexis se mordit la lèvre, mais acquiesça de nouveau. « Maintenant, je dois appeler ton père pour qu'il ne soit pas inquiet. »
« Il va être en colère » chuchota Alexis tristement. « Mais je ... ils étaient si ... si bruyants, et maman a dit ... Je ... Je suis désolé. » Elle se mit à pleurer sans retenue, et Kate l'attira sur sa poitrine, la berçant contre son épaule.
« Oh, ma chérie, » murmura-t-elle, les balançant d'un côté et de l'autre. « C'est pas grave. Tout va bien. Nous allons régler ce problème. »
« Papa lui a dit d'être ca ... calme mais elle ne voulait pas et je ne pouvais pas dormir ... »
Pourquoi était-elle tout à coup sûre que cette conversation allait lui briser le cœur? »D'accord. Alexis, ma chérie, pourquoi n'irais-tu pas t'asseoir sur le canapé pendant que j'appelle ton père. » Alexis hocha la tête et recula, laissant Kate la guider vers le canapé. Elle s'installa et se blottit dans le coin, tenant un oreiller contre sa poitrine comme un bouclier. Qu'est-ce que cette femme avait dit qui l'avait tellement blessée ?
Kate prit son téléphone portable et s'assit à côté d'Alexis, tendant un bras à la fillette. Alexis se blottit lentement contre elle et enfouit sa tête dans le creux de son épaule. Kate écouta la sonnerie de son portable tout en passant une main sur les cheveux d'Alexis et le long de son dos. Elle n'avait même pas mis de veste pour venir ici ; elle ne portait qu'une fine chemise de nuit en flanelle et des bottes qu'elle venait de retirer. Allez, Rick. Réponds au téléphone. Mais pas de chance. Ça sonna et sonna jusqu'à ce qu'elle tombe sur sa messagerie vocale. Kate soupira et mit fin à l'appel. Elle appelait rarement la maison, mais peut-être que c'était ce qu'il fallait cette fois-ci.
Deux sonneries plus tard, Rick répondit. « Allo ? » aboya-t-il, visiblement pas encore tout à fait sorti de sa colère.
« Rick », dit doucement Kate, sentant Alexis se blottir plus profondément contre elle.
« Kate ? Quoi de neuf ? »
« Eh bien, ta fille est assise actuellement sur mon canapé, » répondit-elle franchement. Son enfant avait quitté la maison, et il n'avait pas remarqué, car apparemment, il était en train de se disputer si fort qu'il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir et se fermer. « Je pensais que ça t'intéresserait de le savoir, » ajouta-t-elle. Était-il en colère? Inquiet? Kate ne pouvait pas vraiment le dire. Ses émotions étaient trop nombreuses et passaient trop rapidement pour être cataloguées.
« Alexis est chez toi? » Il demanda, haletant. « Tais-toi, Meredith! » l'entendit-elle crier à moitié étouffé dans le combiné. « Notre enfant vient de s'enfuir. Arrête de hurler pendant une putain de seconde! »
« Rick, » interrompit Kate.
« Kate, oui. Mon Dieu, elle est chez toi? Elle est avec toi? Tu me promets? »
Elle aurait pu le gifler. « Oui, » grogna-t-elle. « Elle est là, en sécurité, et en train de pleurer. Donc, je vais aller voir ce qui ne va pas. »
« Je serai là dans dix minutes. Neuf, si je... Non, tu ne restes pas ici! » continua-t-il, ne se donnant même pas la peine de couvrir le téléphone cette fois. « Non, Meredith. Notre dispute? Notre... Alexis est partie, Meredith! Va-t-en! Nous finirons ça au téléphone. Retourne à LA. Casse-toi! »
Alexis enlaça la chemise de Kate et secoua légèrement la tête. « Dis leur d'arrêter… » chuchota-t-elle.
Kate se pencha et embrassa le haut de sa tête. « Rick, attends » s'interrompit-elle.
« Attends… Quoi? » S'indigna-t-il.
« Prends le temps » hésita-t-elle. Quoi qu'ils aient dit, avait suffi à bouleverser Alexis au point qu'elle se soit enfuie. Elle ne voulait pas qu'il vienne et crie sur sa fille, fraîchement sortie d'une dispute avec sa mère négligente. Ça ne réglerait rien.
« Va te promener. Détends-toi, d'accord ? Prends une glace, parce que je n'en ai plus, et viens ensuite. Dans une heure, Rick. Tu peux faire ça ? »
« Kate », souffla-t-il. « Tu veux que je... Sérieusement, non. Mon dieu, elle s'est enfuie ?! »
Des moments comme ça pouvaient tout changer. Des moments comme ça étaient des tournants. Elle allait prendre une décision maintenant, prendrait le contrôle, prendrait position pour la petite fille qui sanglotait contre son épaule. Si... S'il n'aimait pas ça, alors...
« Oui. Va te promener. Calme-toi. Mets-toi dans un état d'esprit où tu pourras venir prendre ta fille dans tes bras. Ne viens pas ici en cherchant à te défouler davantage. »
« Kate », il semblait incertain, pas convaincu, confus.
« Je te dis », continua-t-elle, gagnant en assurance. « Tu dois te calmer. Et nous avons besoin de glace. »
« Je... Kate, je ne... Ma fille... Kate », soupira-t-il. Il faisait entendre son nom comme une prière chuchotée et un plaidoyer.
« Rick », adoucit-elle sa voix. « Elle va bien. Elle est là, blottie contre moi. Occupe-toi de tes affaires et viens nous voir. Elle va bien, je te le promets. »
« D'accord », elle pouvait presque le voir hocher la tête.
« D'accord. Une heure ? »
« Une heure. »
« D'accord. Je... Dis-lui que je l'aime ? Entre… Autres choses. Juste que je l'aime, d'accord ? »
« Je le ferai », répondit-elle en serrant un peu Alexis. « Maintenant va te calmer. »
« D'accord. »
Elle raccrocha puis resta silencieuse pendant quelques secondes, se préparant mentalement à ce qui allait suivre. Elle posa le téléphone sur la table basse avant de se pencher en arrière pour regarder la petite fille à côté d'elle, la peau pâle rosie par les larmes, les yeux mouillés et le nez qui coule.
« D'accord, ma puce. Dis-moi ce qui ne va pas » dit-t-elle doucement, en déplaçant Alexis pour la prendre dans ses bras. La fillette resta silencieuse pendant une minute, jouant avec les boutons de la chemise de Kate.
« Maman devait m'emmener dîner, ce soir » commença-t-elle d'une voix douce et résignée. « Et elle n'est pas venue. Alors, Papa et moi avons mangé de la pizza et joué au laser tag. Je pense qu'il a fait ça pour me remonter le moral. Il devait écrire. »
Kate lui frotta le dos en l'écoutant tristement. Rick était censé écrire, c'est pour ça que Kate n'était pas allée le voir. Mais son temps s'était certainement mieux passé à remonter le moral d'Alexis.
« Et ensuite, qu'est-il arrivé après ta soirée ? » a-t-elle demandé quand Alexis est devenue silencieuse à nouveau.
La petite fille a soupiré. « J'étais prête pour aller me coucher et je suis descendue pour le dire à Papa, et Maman est venue. Elle portait beaucoup de sacs et disait qu'elle était désolée d'avoir manqué le dîner et Papa… Ils se sont disputés, mais très doucement, en chuchotant. » Elle a poussé un petit rire sarcastique. « Je sais quand ils se disputent. Je ne sais pas pourquoi ils se cachent. »
Kate la serra simplement plus fort contre elle. « Ils veulent te protéger, ma chérie. »
« Ils ne le font pas très bien, » répondit Alexis instantanément, sa voix plus forte et moins contenue qu'avant. « Mais... » elle prit une profonde respiration apaisante. A huit ans, personne ne devrait savoir comment faire ça. « Mais Papa m'a bordée et m'a lu une histoire et a promis de me faire des pancakes avant l'école demain. »
« Tu n'as pas réussi à dormir, hein ? » demanda Kate, les pièces de l'histoire s'assemblant dans sa tête. Mon Dieu, quelle terrible situation ils avaient créée pour cette petite fille.
« Non, » murmura Alexis. « Je pouvais… Je pouvais les entendre. »
« Dans le bureau ? » Alexis hocha la tête.
« Papa était en colère que Maman n'était pas venue, comme elle l'avait dit qu'elle le ferait. » Kate attendit.
Elle ne voulait pas être d'accord avec Rick ; c'était encore la mère d'Alexis. Elle ne pouvait pas prétendre qu'elle ne se serait pas rangée de son côté, cependant. La femme devait soit tenir ses promesses, soit arrêter d'en faire.
« J'étais en colère aussi, » ajouta Alexis, si doucement que Kate faillit ne pas l'entendre. « Et je... » elle regarda Kate, comme si elle attendait d'être réprimandée.
« C'est normal d'être en colère, Alexis, » lui dit Kate. « Si je ne tenais pas une promesse et que je ne venais pas, tu m'en voudrais, toi ? »
Alexis hocha lentement la tête. « Mais je te pardonnerais, parce que je t'aime. »
« Je t'aime aussi, ma puce. » Oh, cette petite fille. Cette pauvre petite fille. « Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? » demanda-t-elle doucement.
« Je suis allée m'asseoir sur les escaliers » chuchota-t-elle. « Je voulais juste… Savoir pourquoi. » Elle détourna à nouveau les yeux, se reculant même pour s'asseoir plus loin sur les genoux de Kate.
« Savoir pourquoi, quoi ? » encourager Kate.
« Pourquoi je ne suis pas assez bien pour elle », murmura Alexis. « Pourquoi... Pourquoi le dîner avec le grand producteur était encore plus important que moi. Pourquoi elle ne tient jamais ses promesses. »
« Oh, ma chérie », soupira Kate.
« Et elle a dit... Elle a dit que c'était pour sa carrière », renifla Alexis. « Et papa a répondu que j'étais plus importante, que je devrais compter plus pour maman. » Elle se mordit la lèvre et Kate vit une autre larme couler sur son visage.
« Alexis? » demanda-t-elle doucement, sentant la jeune fille serrer les poings contre ses cuisses.
« Elle a dit que ce rôle était la plus grande et la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée », répondit-elle, avec tellement de douleur et de tristesse que Kate sentit une larme glisser sur sa propre joue. « Et Papa a dit que j'étais la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée... et Maman a commencé à crier en lui disant qu'il la faisait passer pour la méchante et que c'était de sa faute si je me sentais... Si je me sentais comme si je n'étais pas importante et je... » Elle se tourna complètement et rencontra le regard de Kate. « Je suis partie en courant. »
Kate ne savait pas quoi dire. Comment apaiser une enfant dans une situation pareille ? Comment réparer l'image de sa mère après tout ça ? Elle n'avait aucune réponse. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il y avait une petite fille — la plus lumineuse, la plus gentille, la plus merveilleuse — dans ses bras, le cœur brisé, et qu'elle n'avait aucune idée de comment l'aider à aller mieux.
« Pourquoi est-ce que je ne suis pas assez bien ? » lui demanda Alexis, cherchant ses yeux. « Pourquoi est-ce que maman ne m'aime pas ? »
« Oh, Alexis » souffla Kate. « Ta maman t'aime. Tu le sais, au fond de toi. »
Alexis haussa les épaules brusquement, l'émotion s'exprimant à travers ce geste. « Mais pas assez pour rester, hein ? Pas assez pour que je sois importante » sanglota-t-elle en se catapultant sur l'épaule de Kate, enlaçant son cou de ses bras. « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »
« Rien » répondit Kate fermement, enlaçant le dos de la petite fille et pressant sa joue contre l'arrière de sa tête. « Il n'y a rien qui ne va pas chez toi. »
« Mais... » argumenta-t-elle.
« Non, Alexis, » interrompit Kate. « Tu es une petite fille incroyable, merveilleuse, belle et spéciale, et tu vaux tout l'amour et l'importance dans le monde. »
« Mais quelque chose ne va pas chez moi. Toi tu sais ? Tu vas partir aussi ? » pleura-t-elle, bien que Kate puisse entendre la peur dans sa voix.
« Jamais, » promit-elle, trouvant la force de sa voix, bien que tout ce qu'elle voulait faire était de s'effondrer en pleurs aussi. « Je ne te laisserai jamais. Il n'y a rien de mal chez toi, Alexis. » Elle la déplaça doucement pour qu'elle puisse rencontrer ses yeux. « Je t'aime plus que tout au monde, et je ne vais pas te laisser tomber. Tu me crois ? »
Alexis la regarda dans les yeux pendant un moment, puis hocha lentement la tête. « Je te crois. »
« Tu es importante, Alexis. Tu vaux tout l'amour que nous avons pour toi. Et ta maman t'aime. Elle doit trier ses priorités, mais parfois les adultes sont… » Devait-elle ? Avait-elle le droit ? Kate regarda la fille sur ses genoux, la fille qui avait couru vers elle. « Parfois, les adultes sont stupides, Alexis, et ils ont encore besoin de grandir. Mais ta maman ? Elle t'aime. Je te le promets aussi. »
Alexis cligna des yeux et Kate vit sa lèvre trembler. « Tu m'aimes, » chuchota-t-elle.
« Je t'aime. » Alexis hocha la tête de nouveau puis se blottit contre Kate, son visage pressé contre le cou de Kate. Kate frotta son dos et les berça de côté à côté, l'embrassant sur le front. « Je t'aime tellement, » répéta-t-elle.
Lorsqu'elle avait atteint la vingtaine, Kate n'aurait pas imaginé avoir un enfant si tôt, avant d'avoir trente ans. Techniquement, elle n'en avait toujours pas. Cependant, il y a quatre ans, elle n'aurait pas imaginé se retrouver dans cette situation, être parent de substitution. Mais la vie ne se plie pas aux plans, et maintenant, elle ne pouvait pas imaginer la vie sans cela. Cela ne rendait pas la réalité moins douloureuse cependant.
Alexis renifla et le cœur de Kate se brisa un peu plus. C'était douloureux de voir la petite fille comme ça, surtout parce qu'elle n'avait aucun contrôle. Bien sûr, elle pouvait s'affirmer, convaincre Rick de se calmer, câliner Alexis, mais à la fin de la journée, Alexis n'était pas vraiment sa fille. Toutes ces semaines passées au loft, à s'occuper d'elle et à la prendre en charge, avaient laissé Kate se sentir extrêmement maternelle. Maintenant, ce sentiment s'intensifiait, mais avait aussi son revers. Elle n'était pas la mère d'Alexis.
« Kate ? » murmura-t-elle après un long silence.
« Oui ma chérie ? »
« J'aimerais… » Elle se recula pour regarder Kate. « J'aimerais que tu... que tu sois ma maman, » murmura-t-elle. « Parce que... Parce que je... Je voudrais... S'il te plaît ? »
« Alexis, » murmura Kate en réponse. Elle n'était pas sa mère, mais oh, comme elle voulait l'être. « Je... oh, ma chérie. Je voudrais tellement... » Elle avait tellement de mots, tellement de choses, tellement de « oui » et de « s'il te plaît » et de « bien sûr », mais ils restaient coincés dans sa gorge, derrière une boule si grosse qu'elle lui faisait mal.
« Je sais... Je sais que tu es trop jeune pour être ma maman, et je ne suis pas... Je ne suis pas ta vraie fille, mais... Mais j'aimerais bien. Je... C'est... Est ce que c'est d'accord ? »
Elle avala sa salive et hocha la tête avec émotion. « C'est d'accord, ma chérie. Oui, totalement d'accord. » Cette petite fille voulait qu'elle soit sa maman ? Kate était-elle en train de pleurer aussi ? Oui, des larmes coulaient sur ses joues pendant qu'elles s'étreignaient. Ce n'était pas ainsi qu'elle avait imaginé sa vie il y a quatre ans.
Alexis avait raison ; elle était trop jeune pour être sa vraie mère. C'était possible, puisqu'à l'époque, Kate était plus préoccupée par ses résultats scolaires et ses relations amoureuses que par l'idée d'avoir un bébé et le changer.
Vingt-quatre ans, c'était jeune pour être mère - une vraie mère. Elle le savait. Elle avait fait avec. Vingt-quatre ans, c'était jeune pour être officier, destinée à devenir détective avant l'été. Vingt-quatre ans, c'était jeune pour être amoureuse de son âme sœur. Vingt-quatre ans, c'était juste jeune, tout court. Mais Kate n'avait jamais été très douée pour être jeune. Elle avait refusé une veilleuse quand elle avait trois ans, juste pour défier l'obscurité. Elle avait lu les classiques au collège, les parcourant inlassablement, forçant son jeune esprit à comprendre des concepts bien au-delà de sa portée. Elle avait fréquenté des hommes trop âgés pour elle à l'université, prétendant avec acharnement qu'ils ne l'étaient pas. Elle avait passé une vie à être trop vieille pour son âge.
Parfois, la fausse maturité la perturbait. Parfois, elle la catapultait dans des situations difficiles, terribles ou tragiques. Parfois, elle l'empêchait de se noyer comme son père, mais lui volait les derniers vestiges de son innocence. Mais parfois, comme maintenant, avec cette incroyable petite fille qui la regardait dans les yeux, lui demandant quelque chose pour laquelle elle n'était pas sûre d'être prête, sa fausse maturité la rencontrait avec confiance. Elle serait tout ce dont Alexis avait besoin, car c'était ce qu'elle était destinée à faire, quel que soit son âge, son lieu ou son statut.
« Ça ne fait pas de moi quelqu'un d'hor... Horrible? » demanda Alexis, sa voix tremblante.
« Non », lui dit Kate en lui caressant les joues avec ses pouces. « Non, ma chérie, cela fait de toi un être humain. Un jour, que ce soit dans une semaine ou des années, tu feras la paix avec ta mère. Mais en ce moment ? Si tu veux être en colère, tu peux. »
« Vraiment ? »
« Vraiment » promit Kate en se penchant pour embrasser le front d'Alexis. « Tu peux être en colère, ou fâchée, ou triste, Alexis. Tu as le droit d' avoir ces émotions. Tu n'as pas besoin de me les cacher, d'accord ? »
« Je suis juste... J'en ai marre de faire semblant qu'elle est parfaite, Kate, » chuchota Alexis. « Parce qu'elle ne l'est pas ! Elle est égoïste », ajouta-t-elle, le dernier mot tombant de ses lèvres sur un souffle irrégulier et craintif. « Et je veux juste qu'elle soit comme toi, parce que tu es parfaite. Pourquoi ne m'aime-t-elle pas comme toi ? Comment peux-tu m'aimer plus que ma propre maman ? »
« Alexis, » dit Kate en attrapant une larme qui coulait avec son pouce. « Ta maman t'aime. Vraiment. Elle n'est peut-être pas la meilleure pour te le montrer, mais elle t'aime. » Cela lui faisait mal de défendre cette femme. « Et oui, je t'aime tellement, tellement. Mais ça ne veut pas dire que ta maman ne t'aime pas. »
« Mais tu m'appelles au téléphone très souvent, tu viens me border et me chercher à l'école. Et tu me prépares le dîner. Et aussi tu joues avec moi. Et tu... S'il te plaît, Kate ? S'il te plaît, sois ma maman. »
Oh, elle pouvait lui demander n'importe quoi d'autre. N'importe quoi. Elle irait cambrioler une banque tout de suite pour elle. Mais Kate ne pouvait pas dire ça à Alexis, du moins pas avec ces mots-là.
« Je serai toujours, toujours là pour toi, Alexis. Je te borderai, t'appellerai, irai à l'école, te préparerai le dîner et jouerai avec toi. Je serai là chaque fois que tu auras besoin de moi, ma puce. »
« Mais tu ne peux pas... Tu ne peux pas être ma Maman, n'est-ce pas? » demanda-t-elle, ses petites lèvres se courbant en un sourire triste. « Je sais que ça ne fonctionne pas comme ça. Mais je viens de... » Elle prit une inspiration et tendit la main pour jouer avec la chaîne autour du cou de Kate. « Je sais que tu regrettes ta Maman, » chuchota-t-elle. « Et je pensais, peut-être... Ce n'est pas pareil, mais peut-être que si tu étais la mienne, tu regretterais moins la tienne et je t'aurais, donc je n'aurais pas besoin de ma Maman. »
Une autre larme glissa sur la joue de Kate. « Oh, ma chérie, » murmura-t-elle.
Alexis la regarda à nouveau dans les yeux. « Je suis désolée que tu n'aies pas ta Maman. »
« Mais tu m'as moi, » répondit Kate, les mots s'échappant d'elle sans qu'elle ne puisse les retenir. Ce n'était pas la même chose, elle le savait bien. Pourtant, cet instant, ici et maintenant, comblait un vide qu'elle n'avait même pas remarqué. « Et on se soutiendra toujours, d'accord ? »
« Promis? » murmura Alexis.
« Je promets », assura Kate.
Alexis sourit avec des larmes aux yeux et enlaça de nouveau le cou de Kate, posant sa tête sur son épaule. Kate lui frotta le dos et pencha la tête pour poser sa joue contre les cheveux roux de la fille. Comment pouvait-on ne pas aimer cet enfant?
Elle s'inquiétait vraiment de ce qu'elle ferait la prochaine fois qu'elle verrait Meredith. Rick n'était pas une priorité pour elle en ce moment, bien qu'il ne soit pas en reste non plus. Mais comment peut-on être si absorbé par une dispute pour ne pas remarquer que son propre enfant s'enfuit? Et pourquoi avaient-ils laissé les choses aller aussi loin? Alexis s'était enfuie.
« Alexis » murmura Kate.
« Oui? »
« Nous devons parler de ta fugue » dit-elle doucement.
« Mais je suis venue ici, » répondit Alexis tranquillement. Kate pouvait entendre à la fois la douleur et l'espoir trompeur dans sa voix. « Je suis venue chez toi. »
« Je sais, » soupira Kate. Elle ne pouvait pas la laisser s'en sortir comme ça, même si les mots réchauffaient son cœur d'une manière bizarre. « Et je suis contente que tu sois venue ici, mais tu es quand même partie de chez toi toute seule. »
« Je ne pouvais pas rester, » murmura-t-elle. « Je voulais juste... J'avais besoin de toi, mais Maman était là, et Papa criait, et je... »
Kate embrassa le sommet de sa tête et la fit reculer pour qu'elles puissent se regarder. « Je comprends, Alexis. Tu avais de très bonnes raisons de venir ici. »
« Mais je suis quand même partie, » continua Alexis pour elle. « Je suis désolée. »
« Ma chérie, je ne veux pas que tu sois désolée. Je veux que tu comprennes à quel point c'est dangereux de partir de chez soi. » Le corps de la petite fille d'il y a deux mois défila devant ses yeux et Kate avala difficilement. « Des choses terribles arrivent aux petites filles, Alexis. Et tu sais que personne d'entre nous, ni moi, ni ton papa, ni ta maman, ne pourrait vivre sans toi. »
« Je ne voulais pas... », murmura Alexis.
« Je sais que tu n'y as pas pensé, Alexis », répondit Kate. « Et c'est pourquoi tu dois me promettre de ne jamais, jamais t'enfuir à nouveau. »
Alexis la fixa. « Et si j'avais... mais si j'avais vraiment besoin de toi ? », protesta-t-elle, ses mains s'accrochant à la chemise de Kate. « J'avais besoin de toi. »
Kate soupira lentement. C'était difficile de combattre cette logique. Alexis avait pris la décision pour de bonnes raisons, mais en conclusion, le résultat était mauvais. « Tu aurais pu m'appeler, Alexis. Je serais venue te chercher », lui dit-elle.
« Vraiment ? » L'incrédulité dans sa petite voix lui brisait presque le cœur.
« Bien sûr! », répondit Kate, prenant les mains d'Alexis. « Je serai toujours là si tu as besoin de moi. Tout comme ton papa. Si tu es en danger, tu nous appelles, d'accord ? Tu as de la chance d'avoir un chauffeur et des portiers qui se soucient de toi, mais ma chérie, quelque chose de terrible aurait pu t'arriver ce soir. »
« Je suis désolée », dit Alexis tristement. « Je suis vraiment désolée. Je n'ai pas réfléchi. J'avais juste besoin de toi, et je savais que... je savais qu'Ernie m'emmènerait. Et j'ai... j'ai menti à Eduardo », elle baissa la tête. « Je suis une mauvaise personne. »
Oh mon Dieu, cette enfant. « Alexis », la pressa Kate, attendant que la fille relève la tête. « Tu n'es pas une mauvaise personne, ma chérie. Nous faisons tous des erreurs. Et je suis contente que tu sois là, pour que nous puissions en parler. Ce que tu as fait n'était pas très malin, mais tu apprendras de cette expérience. »
« Mais j'ai... j'ai menti à Eduardo », murmura-t-elle. « Et je me suis enfuie, et j'ai fait peur à Papa, et... »
Kate plaça son doigt sur les lèvres d'Alexis pour la faire taire. « Tu peux t'excuser auprès d'Eduardo, faire un câlin à ton papa et peut-être que tu peux accepter de ne pas regarder autant la télévision cette semaine. »
Alexis soupira mais acquiesça et se mordit la lèvre. « Mais tu n'es pas mauvaise, Alexis. Tu es la meilleure petite fille de tous les temps, tu comprends? »
Alexis rigola et essuya ses yeux. « Tu veux faire des cookies avec moi pour Eduardo? »
Kate sourit. « Bien sûr! Est-ce qu'il les a aimés à Noël? »
Alexis acquiesça. « Il a préféré ceux au beurre de cacahuète. »
« Alors on fera ceux-là, » décida Kate. « Que dis-tu de vendredi soir? »
Alexis pencha la tête. « Est-ce que tu reviens à la maison maintenant que maman est partie? » demanda-t-elle doucement.
Kate cligna des yeux. Cette idée ne lui était même pas venue à l'esprit. Elle était censée rester dans son appartement jusqu'à ce que Meredith parte, mais il semblait qu'elle soit déjà partie. Est-ce que cela voulait dire qu'elle retournerait maintenant au loft ? Est-ce qu'elle y resterait comme prévu pendant la semaine ? Et quand est-ce qu'ils feraient leurs valises ? Et est-ce que... est-ce que tout ce qu'elle venait de dire allait bien se passer avec Rick ? Ils n'avaient jamais parlé de son rôle auprès d'Alexis, en dehors des conversations nébuleuses sur la parentalité qu'ils avaient eues il y a deux mois.
« Je ne sais pas, ma chérie. Je demanderai à ton papa quand il arrivera, » répondit-elle lentement. Alexis prit une profonde respiration.
« Est-ce qu'il va être fâché ? Il ne se fâche pas très souvent. »
« Je ne sais pas, Alexis », répondit Kate honnêtement. Elle n'avait pas réussi à deviner ses émotions clairement lorsqu'ils avaient parlé au téléphone, avant qu'Alexis ne dise qu'elle voulait que Kate soit sa maman. Wow. « Mais il sera bientôt là, et même s'il est en colère, il ne le sera pas longtemps. Je pense qu'il sera juste heureux de te voir », lui dit-elle.
Alors qu'elle finissait de parler, une clé tourna dans la serrure et Rick entra précipitamment dans la pièce. Il ferma la porte puis déposa le sac de la crème glacée sur le bureau du vestibule avant de se précipiter vers elles et de s'agenouiller par terre. Il prit Alexis dans ses bras et la serra contre lui alors qu'elle tremblait en pleurant sur son épaule.
« Je suis désolée, Papa », murmura-t-elle.
« Tu m'as vraiment fait peur, ma puce », chuchota-t-il en retour. « Mais je suis content que tu sois allée chez Kate. » Il leva les yeux et croisa son regard. « Promets-moi que tu ne t'enfuiras plus jamais. Surtout une fois que Kate aura emménagé avec nous. »
Elle expira bruyamment, réalisant qu'elle avait retenu son souffle sans s'en rendre compte, et se laissa retomber contre les oreillers pendant qu'Alexis répétait qu'elle promettait de ne plus jamais partir. Même si cela signifiait qu'elle ne pourrait pas emménager avec eux, Kate ne changerait rien à ce qui s'était passé ce soir-là et à sa façon de gérer l'apparition d'Alexis. Mais c'était extrêmement rassurant de savoir que Rick n'était pas fâché.
La faim qui avait disparu à l'arrivée d'Alexis était revenue, Kate soupira. Elle jeta un regard affectueux à Alexis et Rick, puis se leva en mordant sa lèvre pour ne pas grogner. Son épaule lui faisait mal et elle se sentait lourde. Peut-être avait-elle besoin de ce Tylenol après tout.
« Je vais nous chercher de la glace », leur dit-elle en adressant à Rick un doux sourire avant de retourner dans l'entrée.
La glace était un peu molle, mais ce n'était pas un problème ; cela facilitait simplement la tâche pour la mettre dans trois grands bols. Elle travailla en silence, écoutant Alexis et Rick murmurer dans le salon. Elle voulait leur donner du temps seuls, et avait besoin de souffler elle-même. Chaque jour, elle se rapprochait davantage d'eux deux. Les aimer n'avait été que le début, pas la fin, pas même le milieu.
Maintenant, elle était tellement impliquée qu'elle ne pourrait jamais reculer. Alexis voulait qu'elle soit sa Maman. Elle avait pris une position parentale contre Rick, mais elle avait encore des choses à lui dire. Cependant, elle ne savait pas comment les exprimer. Mais la glace allait fondre si elle restait là plus longtemps.
Elle poussa le carton dans son congélateur, puis avala un Tylenol avec un verre d'eau avant de revenir dans le salon avec les trois bols. Alexis et Rick étaient blottis sur son canapé, Alexis assise maintenant sur les genoux de Rick alors qu'il lui murmurait à l'oreille.
Elle sourit à Kate et prit son bol, glissant des genoux de Rick pour s'installer entre les deux adultes une fois que Kate s'installa.
« Tout est arrangé entre vous deux ? » demanda Kate en prenant une grosse bouchée de sa glace. La sensation fraîche de la glace sur sa gorge fit remonter un lointain souvenir : quand elle était petite et qu'elle avait été punie ou qu'elle avait eu un différend, sa mère lui offrait toujours une glace pour se réconforter.
« Alexis comprend pourquoi j'étais si inquiet, elle a promis de ne plus jamais s'enfuir et passera une heure demain à m'aider à envoyer des lettres », répondit Rick en passant une main dans les cheveux d'Alexis alors que sa glace était en train de fondre sur la table devant eux.
« Mais Papa dit que je n'ai pas à lécher les enveloppes, donc ça va. Et je promets de t'appeler avant si j'ai besoin de quelque chose », ajouta Alexis.
Kate acquiesça et donna un petit coup de coude à la petite fille. « On me mettra en numéro favori, d'accord ? »
Après que l'adrénaline et les larmes se soient dissipées, le corps d'Alexis s'affaissa enfin et elle se blottit contre Kate en riant. « C'est confortable » dit-elle en baillant, le sucre de la glace ne semblait que la rendre encore plus fatiguée.
« Et tu vas t'endormir dans ton dessert », plaisanta Kate. « Allez, ma puce. Allons te coucher. »
« On reste ici ? » murmura Alexis alors que Rick prenait son bol et se levait. Rick les regarda toutes les deux et croisa les yeux de Kate.
« C'est vraiment à Kate de décider, ma chérie », répondit-il en haussant un sourcil.
« On peut être à trois dans mon lit. Il est assez grand, si on se serre. Et il est vraiment tard pour toi, ma chérie », décida Kate.
Elle n'avait pas vraiment envie qu'ils partent, et elle était endolorie et fatiguée ; retourner au loft des Castle semblait trop compliqué, de toute façon.
« Ça me va », acquiesça Rick. « Allez, Lex. Allons te coucher. Kate et moi te rejoindrons dans un petit moment. »
Alexis prit les mains de son père et se leva, se frottant les yeux d'une main pendant que Rick conduisait Alexis dans la chambre à coucher. Kate les suivit lentement, observant Rick guider Alexis vers la salle de bain. Kate s'étira un peu et alla installer le lit, mettant ses préoccupations au fin fond de son esprit. Ils parleraient, et quoi qu'il arrive, ils s'en sortiraient. Il n'y avait aucun intérêt à s'inquiéter, même pour quelques minutes.
« Tu es sûre que tu veux qu'on reste ici ? » Demanda Rick doucement, se tenant à ses côtés pendant qu'elle étalait les oreillers et se redressait. Elle sourit en sentant sa main se poser sur le bas de son dos.
« J'en suis sûre, » répondit-elle. » Nous avons tous besoin de dormir, et la ramener au loft maintenant ne l'aidera pas. Et je préfère... » Elle s'interrompit. Dormir sans lui, même pendant ces cinq derniers jours, avait été difficile. Elle s'était tellement habituée à cela tout au long de sa convalescence, et maintenant... il lui manquait.
« Je dors mieux avec toi à mes côtés », dit-il doucement. « Donc je suis heureux de rester avec toi. »
Il ne semblait pas en colère. C'était rassurant. Alexis sortit alors de la salle de bain et grimpa sur le lit, rampant vers les oreillers et se glissant sous la couette de Kate, son petit corps paraissant minuscule sur le grand lit.
« Je vous aime », marmonna Alexis en les regardant. « Et merci, Kate. »
Kate sourit et posa un genou sur le lit pour se pencher sur la petite fille et embrasser son front. « Je serais toujours là pour toi, Alexis. Je t'aime. Fais de beaux rêves. »
Alexis sourit et Kate se redressa, permettant à Rick de faire de même. La petite fille ferma les yeux alors que Rick se redressait et que Kate éteignait les lumières. Ils restèrent là à la regarder pendant un moment, avant que Kate ne prenne la main de Rick et ne le conduise hors de la chambre, refermant la porte derrière eux. Elle les conduisit dans la cuisine puis lâcha sa main avant de s'appuyer contre le comptoir, l'observant.
Il passa une main dans ses cheveux en désordre et laissa échapper un soupir avant de s'asseoir sur l'une des chaises en bois autour de sa petite table. « Ma fille a fugué. »
« Ta fille a fugué », répéta Kate en soupirant elle aussi. « Elle a dit que vous vous disputiez. »
Rick acquiesça. « Meredith a commencé, mais je... » il leva les yeux avec un sourire auto-dépréciatif. « Je m'énerve très vite aussi. »
« Tu ne l'as pas entendue partir? »
Il secoua la tête et elle le regarda enrouler une main autour d'un des montants en bois du dossier de la chaise, en serrant jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. « Je n'avais aucune idée qu'elle était partie jusqu'à ce que tu appelles. »
Kate hocha la tête. « Tu as une idée de quand elle est partie? »
Il la regarda droit dans les yeux. « Non. J'ai l'impression que toi, tu sais cependant. »
Kate prit une profonde inspiration. Il avait besoin de l'entendre. Il avait besoin de savoir ce que ces disputes enragées avec cette femme faisaient à leur fille. Peu importe si c'était sa place ou non, il devait savoir, parce qu'Alexis avait besoin qu'il le sache.
« Elle est partie juste après que tu aies dit à Meredith qu'Alexis devrait être la chose la plus importante dans sa vie, et elle t'a répondu que le rôle qu'elle venait d'obtenir était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée. Puis Meredith t'a reproché de la faire passer pour une mauvaise mère, et ensuite Alexis est partie. Elle s'est enfuie sans même prendre une veste. »
Rick s'effondra en avant. « Elle a entendu ça? »
« Rick, elle a tout entendu jusqu'à ce moment-là, » répondit Kate même si sa voix était douce, on pouvait y déceler une pointe d'amertume. « La dernière fois que c'est arrivé, elle a pu tout entendre aussi, mais Alexis était fatiguée et j'étais là pour la distraire. Ton appartement n'est pas si insonorisé que ça. »
« Donc tu penses que je ne devrais pas me disputer avec Meredith? Elle n'est pas venue, encore une fois, Kate. Sérieusement. Qu'est ce que je devais faire ? » demanda-t-il en relevant la tête pour la regarder.
Kate prit son courage à deux mains. Il avait toujours dit qu'ils étaient égaux. Elle voulait le meilleur pour Alexis, tout comme lui. Elle pouvait le faire. « Tu dois attendre qu'Alexis parte avant de te disputer comme ça avec Meredith » répondit-elle, en essayant de garder un ton neutre.
Il haussa les sourcils. « Sérieusement? »
« Sérieusement. Tu ne l'as pas vue, Rick. Elle pleurait quand elle est arrivée ici - elle a pleuré toutes les larmes de son corps. Et ça, c'est après les quinze minutes qu'il faut pour venir jusqu'ici du loft. »
« Combien de temps ? »
« Pendant combien de temps a-t-elle pleuré ? Environ trente minutes ensuite. Tu n'imagines pas à quel point ça lui a fait mal d'entendre tout ça. Ce n'est pas comme si elle ne savait pas que Meredith est absente et égoïste. Mais c'est différent de l'entendre vraiment, » dit Kate.
Elle tentait de maîtriser sa voix pour la maintenir stable et calme, mais malgré ses efforts, elle restait ébranlée, dissimulant difficilement ses émotions derrière une façade de retenue « Elle voulait savoir ce qui n'allait pas chez elle, ce qui la rendait indigne de l'amour de Meredith. Elle voulait savoir quand est-ce que je le verrais aussi, Rick. »
« Quoi ? » souffla-t-il.
« Elle pense qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez elle, » répéta Kate. Elle avait perdu toute objectivité. Elle était recroquevillée contre le comptoir, les bras croisés sur sa poitrine, les poings serrés. « Elle m'a demandé... Elle m'a demandé pourquoi je ne pouvais pas être sa mère, Rick, parce qu'elle veut que Meredith l'aime comme je l'aime. »
« Je... »
« Tu ne peux pas faire ça quand elle est là. Ça lui fait mal, Rick. Elle en gardera des séquelles durables. Tu ne peux tout simplement pas te disputer en sa présence. »
« Je ne savais pas qu'elle écoutait » argumenta-t-il.
« Tu n'y as même pas pensé » siffla Kate. Ils échangeaient à voix basse, leurs murmures emplissant la petite cuisine. Kate refusait de laisser Alexis assister à leur dispute. « Tu te laisses submerger par la douleur et la souffrance qui existent entre toi et Meredith. Tu l'as fait aussi en revenant de Paris. Et je sais que vous vous disputez à chaque fois que vous êtes ensemble ; Alexis me l'a dit. »
« Je ne laisserais pas... »
« Bien sûr que si » coupa Kate. « Tu laisses ta colère prendre le dessus et tu oublies que tu as une petite fille à l'étage. »
« Ce n'est pas vrai », grogna-t-il.
Kate soutint son regard avec détermination. « Si, c'est vrai » répondit-elle. « Je ne te blâme pas, Rick. C'est compréhensible et normal. Mais tu ne peux pas accepter ça. Pas avec Alexis. Un jour, vous allez vous disputer violemment et elle dira quelque chose qu'Alexis ne pourra jamais surmonter. Et je sais que tu ne veux pas ça pour elle. Je te connais, Rick. »
Elle marqua une pause et se détendit devant le regard abasourdi qu'il lui renvoya. « Tu es un super papa », ajouta-t-elle doucement. « Tu l'es. Mais nous parlons de ton ex-femme. Tu as le droit d'être irrationnel à son sujet. Mais tu ne peux pas le faire avec Alexis à tes côtés. »
« Tu dis que c'est de ma faute ? », demanda-t-il, sa voix plus dure qu'elle ne l'aurait imaginée.
« Non » répondit-elle. Elle devait se convaincre que c'était juste un inconnu en face d'elle, qui s'énervait parce qu'elle suggérait qu'il avait joué un rôle dans un meurtre. Si elle laissait libre cours à ses émotions, elles exploseraient. En plus des répercussions que cela pourrait avoir sur eux, cela détruirait Alexis. « Je ne dis pas que c'est ta faute. Je dis que tu as participé à une situation qui a conduit ta fille à s'enfuir. Ce n'est pas une question de faute. C'est juste une question de faire en sorte que cela ne se reproduise pas. »
« Meredith criait aussi », gronda Rick. « C'est elle qui l'a fait fuir. »
Kate prit une grande inspiration pour se calmer. Elle refusait de se rabaisser à son niveau. Jusque-là, c'était lui qui avait été mature et calme dans leur relation. Maintenant, c'était son tour.
« Tu as crié aussi, » lui dit-elle. « Et non, ce que tu as dit n'a pas fait partir Alexis. Mais nous savons tous les deux que c'est toi qui peut l'arrêter. Meredith est incapable de prendre du recul et de réaliser comme ça fait du mal à Alexis. »
« Donc je suis censé juste passer outre et ne pas me soucier quand sa mère ne vient pas dîner, ni pour Noël, ni pour Pâques ? Je suis juste censé laisser tomber ? Je ne devrais même pas me battre pour mon enfant ? » Mon Dieu, il avait l'air si en colère, confus et blessé.
« Je te suggère simplement d'attendre que ta fille ne soit plus à la maison avant de régler ça. Il est important que tu confrontes Meredith sur le sujet, Rick. Et si tu ne veux pas te battre avec elle, laisse-moi le faire. De toute façon, après ça, il n'y aura plus rien à combattre. »
« Je... » Il frotta son visage avec ses mains. » Elle a tout entendu ? » murmura-t-il, la colère quittant ses yeux alors qu'il la regardait. « Et elle est partie. Elle a dit qu'elle avait menti à Eduardo. Et elle ne ment jamais ! » Sa respiration s'accélérait et elle le vit serrer des poings en signe de nervosité ou de colère.
« Rick, hey, » dit-elle doucement, en s'avançant pour tendre la main et lui caresser les cheveux. « Elle va bien. »
« Elle est venue jusqu'ici ? Elle aurait pu... Kate, mon Dieu, ma fille... »
« Tout va bien » murmura-t-elle, en caressant ses joues. « Elle va bien. Elle dort. »
« J'ai fait fuir ma fille. Comment tu peux me dire que tout va bien ? » demanda-t-il. L'expression sur son visage faillit la faire pleurer.
« Rick, ne t'inquiète pas, Alexis est en sécurité, au chaud et en train de dormir. Ok, tu t'es disputé avec Meredith et Alexis s'est enfuie. Tout ce que tu as dit ou fait ne lui as pas fait de peine. C'est Meredith qui est à blâmer dans cette situation. Désormais, tant que tu évites de te battre avec ton ex en présence d'Alexis, cela ne se reproduira plus jamais. »
« Je te remercie d'être là pour elle, d'être celle vers qui elle peut se tourner », répondit-il après une minute de respiration difficile, tandis qu'il posait ses mains sur sa taille alors qu'elle se tenait au-dessus de lui. « Je ne peux même pas... Tu... S'il te plaît, viens avec nous demain ? »
Kate se pencha et embrassa son front, heureuse de pouvoir arranger les choses d'une certaine manière. « Oui. »
« Comment puis-je te remercier... Ce n'était jamais censé être ta responsabil... Merci », réussit-il à dire.
Kate lui pince l'oreille et il sursauta, la regardant avec surprise. « Ne me remercie pas d'aimer ta fille. ».
Il passa de la confusion au sourire. « D'accord... Elle veut que tu sois sa maman, hein ? » ajouta-t-il, l'information lui revenant et faisant élargir son sourire.
« C'est seulement parce que sa mère ne la traite pas aussi bien que moi, » répliqua Kate. « Je ne sais pas... C'est merveilleux, mais ça me fait de la peine pour elle. »
« Tu serais une mère fantastique, Katherine », dit-il doucement. « Tu l'es déjà. »
Kate croisa son regard, sentant un nœud dans sa poitrine se relâcher. Dire qu'elle avait craint qu'il pense qu'elle avait dépassé les limites. « N'imaginez pas des choses, M. Castle, » dit-elle, plutôt que de se jeter sur lui et de l'embrasser passionnément.
Il sourit simplement en la regardant. Elle pouvait voir l'anxiété qui se cachait encore derrière ses yeux - les doutes persistants et la douleur que toute la soirée avait causés couraient toujours à l'arrière de son esprit. Mais malgré tout, il souriait, et cette vue réchauffait tout son corps.
« Oh, j'ai des idées. Mais d'abord, je pense que nous devrions penser à emballer toutes tes affaires pour les emporter chez toi demain. »
« Non, » rit-elle, observant son visage s'assombrir. « Non, pas ce soir, » corrigea-t-elle en roulant des yeux lorsqu'il se réjouit à nouveau. « Ce soir, nous devons dormir, et demain je dois aller travailler. »
« D'accord, » soupira-t-il. « Tu dois être épuisée. Tu as presque dévoré cette glace. As-tu mangé ou dormi depuis samedi ? » Il la regarda attentivement et Kate lutta contre l'envie de reculer, comme s'il venait de deviner qu'elle n'avait pas pris soin de sa propre santé.
Elle haussa les épaules. « Je me suis assez bien débrouillée. »
« Menteuse, » rit-il, en la serrant par la taille.
« Oui, eh bien, ce soir, c'est à toi d'être réconforté, pas moi, » répondit-elle en se penchant pour lui donner un doux baiser sur les lèvres. « Alors viens, je suis épuisée, et tu es à deux doigts de t'écrouler. »
Elle prit ses mains et le tira pour qu'il se lève avec elle. Dès qu'il fut debout, il la prit dans ses bras et enfouit son visage dans ses cheveux. Elle passa ses mains confortablement sur son dos et son cou, se balançant de côté en côté alors qu'il prit quelques grandes inspirations pour se calmer. Elle supposait qu'il en avait besoin, et elle le savait aussi. Toute la soirée avait été tumultueuse et elle était émotionnellement et physiquement épuisée.
Il la relâcha et la regarda dans les yeux. « Tu sais, » dit-il, « je n'ai jamais dormi dans ton lit. »
« Je suppose qu'il faut remédier à cela, » rit-elle, en se tournant pour le guider vers sa chambre. « Et peut-être que si tu es très sage, je pourrai dormir dans ton lit demain soir, » ajouta-t-elle en s'arrêtant à la porte de sa chambre.
Il s'approcha d'elle par derrière et enroula ses bras autour de son ventre, la tirant vers lui. « Non, » murmura-t-il à son oreille. Elle tourna la tête pour le regarder, mais il la garda collée contre sa poitrine. « Demain soir, tu seras chez toi, en train de dormir dans notre lit, et tu ne partiras nulle part ailleurs. »
Note de l'auteur : Comme je l'ai dit, j'attendais avec impatience ce chapitre depuis longtemps. J'espère lui avoir rendu justice. C'était un conflit qui m'intéressait beaucoup. Et il y aura bientôt d'autres conflits, de différentes sortes.
Merci à vous tous d'être si incroyablement solidaires et formidables, comme vous l'êtes toujours. J'adore vous entendre, et je trouve vos opinions, critiques, contributions et réflexions infiniment intéressantes et divertissantes.
Je vous aime tous.
Emma
