Dorea, massant délicatement son avant-bras gauche, sentit la douleur s'évanouir progressivement alors qu'elle s'avançait dans le hall du Manoir. Sa démarche était traînante, pesante, comme si le poids de cette journée de novembre, pesait sur elle.
Elle lutta contre la nausée qui montait en elle à l'idée d'affronter une nouvelle journée de souffrance, marquée par la menace d'une exécution sanglante, qu'elle soit dirigée contre une famille moldue ou l'un de ces sorciers récalcitrants qui osaient s'opposer au nouveau régime. L'atmosphère du Manoir, empreinte d'une sombre tyrannie, semblait la suffoquer.
La jeune femme gravit les dernières marches avec une lenteur résignée. En atteignant le sommet, elle aperçut Voldemort et Bellatrix, se tenant devant la cheminée, l'ombre dansante des flammes accentuant leurs silhouettes menaçantes. Ils chuchotaient à voix basse, mais c'était surtout Bellatrix qui parlait, ses mots s'échappant à un rythme effréné, trahissant une nervosité palpable. Voldemort, quant à lui, demeurait impassible, ses yeux perçants analysant chaque mot de sa compagne, son regard aussi froid que la pierre.
Dorea observa Bellatrix poser une main possessive sur son ventre déjà bien arrondi. Cette rondeur, symbole d'une maternité inattendue, semblait en décalage avec la violence ambiante. Pourtant, la rousse ne s'en préoccupait plus. Elle s'était habituée à cette situation étrange, acceptant sans questionner le cours des événements. D'ailleurs, personne n'avait osé aborder le sujet. C'était devenu une norme, une omerta que la rousse préférait ne pas interroger. Elle était cependant parfaitement consciente des circonstances qui avaient conduit à cette situation. S'imaginer quoi que ce soit de plus sur ses deux tortionnaires aurait été une folie. Privée de nourriture solide depuis près de soixante-douze heures, elle savait qu'elle devait économiser les quelques forces qui lui restaient pour préserver son esprit face au Mage Noir.
- Dorea, siffla Voldemort, son attention se détournant vers elle, tel un serpent prêt à frapper.
- Maître, se courba la jeune femme, l'humilité pesant sur ses épaules. Vous m'avez fait appeler ?
- Oui, répondit le Seigneur des Ténèbres, empli d'une autorité glaciale.
Il s'approcha d'elle avec la grâce d'un prédateur, glissant au sol, tandis que Nagini, sinueuse, s'enroulait à ses pieds.
- J'ai besoin que tu ailles à Poudlard, récupérer l'épée de Godric Gryffondor.
Le cœur de Dorea se figea alors qu'elle fronçait les sourcils, l'inquiétude s'infiltrant dans son esprit.
- Pourquoi ? demanda-t-elle, sa voix hésitante n'étant qu'un murmure.
- Tu n'as pas à poser de questions ! cracha Bellatrix, outrée par l'audace de la rousse.
Mais Voldemort leva légèrement la main, imposant un silence à sa complice.
- Des élèves téméraires ont eu l'audace de s'introduire dans le bureau de Severus et ont tenté de s'emparer de l'épée.
Dorea entrouvrit la bouche, à la fois stupéfaite et alarmée. Immédiatement, son esprit rejoignit Neville Londubat, ce jeune Gryffondor si intrépide. Cependant, elle recouvra rapidement son masque d'impassibilité.
- Je vais la récupérer et vous l'amener ici, maître.
- Non, je veux que tu te rendes à Gringotts. Bella t'y attendra. Nous allons la mettre en sécurité dans le coffre des Lestrange.
- Bien, maître, se courba Dorea, la soumission teintée d'une détermination secrète.
Elle pivota pour s'éloigner, mais Bellatrix l'interpella, sa voix moqueuse résonnant derrière elle :
- Salut mon neveu de ma part ! s'esclaffa-t-elle, un sourire cruel aux lèvres.
Dorea choisit de l'ignorer, hâtant le pas pour quitter le Manoir, cherchant à mettre le plus de distance possible entre elle et le Mage Noir, avant qu'il ne lui demande d'accomplir une énième atrocité sur l'un de ses nombreux ennemis.
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Dorea atterrit devant le portail majestueux, surmonté de hauts piliers, où de sangliers ailés semblaient accueillir les visiteurs audacieux qui osaient se présenter au collège en cette période scolaire.
La grille toujours close, elle patienta, espérant qu'un professeur, ou même Argus Rusard, viendrait l'accueillir.
En contemplant le château qui n'avait guère changé depuis sa dernière visite, elle remarqua néanmoins qu'il semblait bien plus lugubre. Le ciel, lourd et gris, n'arrangeait en rien l'atmosphère sépulcrale qui enveloppait le domaine.
Dorea jeta un regard en contrebas de la colline, en direction de Pré-Au-Lard, et écarquilla les yeux, horrifiée. Elle aperçut des silhouettes noires, encapuchonnées, glissant le long de la Grand Rue. Plissant les yeux pour mieux distinguer le village au loin, elle nota que presque toutes les boutiques étaient closes, barrées de planches de bois.
La rousse détourna son attention vers le château et, à travers la pénombre naissante de ce début de soirée, distingua une silhouette épaisse se détacher de l'entrée. À mesure que la silhouette s'approchait, Dorea reconnut la démarche qu'elle avait observée durant près de deux mois, le chignon serré et les yeux persifleurs d'Alecto Carrow.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Artwood ? cracha la femme-mangemort à travers les barreaux métalliques du portail. Les visites ne sont pas autorisées.
- Je suis ici à la demande du maître, assura Dorea avec une certaine certitude.
- Et pourquoi cela ?
- Tu crois vraiment que je vais te le dire, Carrow ? Discuteras-tu les ordres du Seigneur des Ténèbres ?
Alecto grimace, puis Dorea ajouta :
- Il m'a demandé de voir le professeur Rogue.
La femme réfléchit un instant, et Dorea haussant un sourcil, se donnait un air tout à fait condescendant, ce qui mit fin à leur échange.
La mangemort sortit sa baguette, légèrement tordue, et tapota sur le cadenas qui glissa autour du verrou. Elle ouvrit la porte et laissa passer Dorea qui s'engouffra dans l'ouverture. Alecto Carrow referma aussitôt le portail. D'un geste de baguette, la chaîne s'enroula à nouveau autour du cadenas et ce dernier cliqueta dans le même temps. Enfin, elle pivota sur ses talons, envoyant un regard menaçant à la rousse avant de s'engager sur le chemin sinueux et caillouteux menant à l'entrée du collège.
Dorea la suivait de près, levant sans cesse les yeux vers les hautes tours où quelques fenêtres commençaient déjà à s'allumer.
- Est-ce que le repas est terminé ? demanda la rousse.
- Il est en cours, rétorqua sèchement Alecto.
La jeune femme hocha la tête, pensive. Elle espérait que son entrevue avec Rogue ne durerait pas trop, car elle avait prévu un détour par la salle commune de Serpentard par la suite.
Son ventre se contracta d'excitation à l'idée de retrouver le blond, sachant pertinemment qu'Alecto Carrow, dont l'intelligence limitée était évidente, et au vu de son agacement à devoir l'accompagner jusqu'au bureau de Rogue, la laisserait libre de ses mouvements aussitôt sa mission accomplie.
Elle n'avait pas prévenu Drago de sa visite à Poudlard, désireuse de lui faire la surprise. Elle était presque certaine qu'il apprécierait de la trouver attendant dans sa chambre à son arrivée. Pour l'occasion, elle avait fait un effort vestimentaire et s'était même légèrement maquillée. Ce geste ne visait pas tant à plaire au blond, car elle savait que tout ce faste lui importait peu, préférant son naturel. C'était plutôt pour dissimuler ses cernes et son teint constamment livide. Elle ne voulait pas l'inquiéter inutilement.
Lorsqu'elles pénétrèrent dans le château, grimpant les escaliers de marbre pour rejoindre le Hall d'Entrée, les rumeurs des élèves et le tintement des couverts résonnaient jusqu'au rez-de-chaussée. Pour la première fois depuis des semaines, Dorea esquissa un léger sourire, une pointe d'envie la tenaillant, aspirant à se joindre à Drago à la table des Verts et Argent.
Cependant, bien qu'elles atteignissent rapidement le Hall d'Entrée, Dorea n'eut pas l'occasion de jeter un œil à l'intérieur de la Grande Salle, Carrow se précipitant à nouveau vers l'extérieur, dans la cour intérieure. La rousse songea que moins elle s'exposait, moins cela soulèverait de questions à son sujet.
Elles cheminèrent vers le cloître, tournèrent à droite et firent enfin face à la statue ailée de l'ancien bureau d'Albus Dumbledore.
- « Pour le plus grand bien », prononça la mangemort d'une voix forte.
La statue se déplaça alors, s'écartant sur le côté, révélant les escaliers qu'elle avait tant empruntés, s'enroulant et s'élevant jusqu'au premier étage.
- J'ai des choses à faire. Tu connais le chemin de retour ? demanda Alecto, braquant son regard suspicieux sur elle.
Dorea éprouva un léger soulagement, se rendant compte que ses projets ne seraient pas entravés par Alecto Carrow, qui, bien qu'accoutumée à se mêler des affaires qui ne la concernaient pas, semblait lassée.
En réfléchissant, constatant l'exaspération sur son visage, elle prit conscience que Drago avait peut-être raison sur un point : les élèves les plus retors de la nouvelle organisation de l'école devaient causer beaucoup de soucis aux Carrow. Cette pensée la fit sourire un peu plus, espérant que cela soit réellement le cas.
La jeune femme avança vers les escaliers, le cœur battant légèrement à l'idée de remettre les pieds dans ce bureau empli de souvenirs. Arrivée à l'étage, elle s'approcha de la porte et frappa quelques coups suffisamment fort pour se faire entendre à travers le tumulte qui régnait dans la pièce voisine.
- Entrez ! invita Rogue, et le silence revint immédiatement.
Dorea ouvrit la porte, croyant trouver plusieurs personnes dans la pièce, mais elle fut surprise de découvrir le professeur Rogue, seul et debout au centre de la salle. Fronçant les sourcils, son regard fut rapidement attiré par un tableau inédit accrochée derrière le bureau du directeur.
Albus Dumbledore, habillé d'une magnifique robe parme et d'un chapeau de teinte similaire, sa longue barbe blanche descendant sur son buste, dormait paisiblement, les yeux habituels d'un bleu électrique fermés derrière ses lunettes en demi-lune.
Dorea sentit l'émotion l'envahir, une larme perlant aux coins de ses yeux. Heureusement, Rogue, percevant le silence soudain et inquiet de la jeune femme et suivant son regard, interrompit sa contemplation et l'extirpa de son état de semi-torpeur.
- Dorea, vous êtes là ? demanda Rogue d'un ton mesuré.
La jeune femme reporta son attention sur l'ancien professeur.
- J'ai reçu l'ordre de récupérer l'épée de Gryffondor, professeur. Le Seigneur des Ténèbres souhaite la conserver dans le coffre des Lestrange.
Rogue la dévisagea attentivement un instant, puis hocha la tête, l'expression grave.
- Je suis au courant, déclara-t-il.
Il se dirigea vers le bureau pour s'y asseoir, son air impassible contrastant avec la tension palpable dans l'air.
- Vous n'avez eu aucun problème avec Alecto ? interrogea le nouveau directeur.
Instinctivement, Dorea se remémora sa rencontre avec Carrow.
- Tant que j'ai évoqué les intentions du maître, elle n'a plus posé de questions, répondit-elle.
- Bien.
Severus Rogue se redressa de son fauteuil et tourna le dos à Dorea, se penchant vers la vitrine qui abritait l'épée de Godric Gryffondor. Éblouissante, elle brillait de mille feux, semblable à la véritable gardée à Belgrave Square. Rogue ouvrit le coffre et saisit la réplique qu'il déposa au centre de son bureau. Le regard sérieux, il reporta son attention sur Dorea.
- L'autre est-elle toujours en sécurité ?
Dorea se mordilla la lèvre, puis plongea sa main dans son sac en bandoulière, cherchant jusqu'à l'épaule avant d'en extraire la véritable épée de Gryffondor qui brillait d'un éclat unique.
- J'ai pensé qu'il n'y avait pas de lieu plus sûr qu'un endroit qui avait déjà été la cible d'un braquage échoué, expliqua-t-elle en tendant la relique à son professeur.
Rogue saisit l'épée avec un regard analytique, ses doigts effleurant le métal froid. Il jeta un coup d'œil à Dorea, hochant lentement la tête, une approbation silencieuse dans ses yeux sombres. Dorea lui répondit par un signe de tête, tandis qu'elle récupérait l'autre épée, qu'elle rangea dans son sac, alors que Rogue posait la véritable réplique contre le bureau.
Dorea fit volte-face, prête à quitter la pièce, mais Rogue l'arrêta.
- Dorea, allez-vous bien ?
Si elle n'avait pas si bien connu son ancien directeur de maison, elle aurait pu croire à une véritable inquiétude dans le ton de sa voix. Mais ce n'était pas vraiment dans le style de Severus Rogue…
- Oui, professeur, tout va bien, répliqua-t-elle, un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait souhaité.
Rogue la jaugea pendant un moment, puis, sans un mot de plus, reprit place derrière son bureau, comme si cette question avait été une intrusion dans son monde austère.
- Ne vous attardez pas trop lorsque vous le verrez, suggéra-t-il finalement en prenant un parchemin et une plume, faisant semblant de se concentrer sur le document.
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Dorea ressortit du bureau, inspirant et expirant profondément. Elle ferma les yeux, humant l'odeur ambiante caractéristique de Poudlard, un savant mélange de pierre vieillie et humide mêlée à une touche de senteur de vieux parchemins.
La cour était déserte, et c'était le moment d'exécuter ses plans pour la deuxième moitié de la soirée. Son estomac se tordit d'une excitation soudaine, et elle pointa sa baguette sur le sommet de son crâne. Dans un murmure informulé, son corps disparut subitement.
Tel un caméléon, elle se déplaça à travers le cloître situé dans la cour intérieure pour rejoindre le hall d'entrée. Déjà, quelques élèves sortaient de la Grande Salle. C'est ainsi qu'elle repéra Pansy Parkinson et Tracy Davis, qui prenaient la direction des escaliers de marbre pour descendre vers le rez-de-chaussée.
Dorea ôta ses escarpins à hauts talons. Courant presque, la vélocité habituelle de ses jambes était néanmoins limitée par la jupe crayon beige qui soulignait ses courbes quasi inexistantes. Cependant, ce vêtement était le seul qui donnait l'impression qu'elle respirait la santé.
Elle poursuivit donc les deux filles jusqu'au cachot, alors qu'elles se dirigeaient vers la salle commune de Serpentard.
- Si, je te jure ! C'est même Milicent qui me l'a raconté. Elle l'a entendu de Goyle, rétorqua Pansy.
- Franchement, tes sources semblent un peu douteuses, Pans', renchérit Tracy.
Dorea, trop concentrée sur les escaliers menant à la salle commune, n'écouta pas la suite de leur conversation.
Elles dévalèrent les marches de pierre, qui débouchaient sur un mur nu. Pansy annonça le mot de passe d'une voix forte :
- Magicae potentia.
Lorsque le mur glissa, un joyeux vacarme régnait dans la salle commune. La jeune femme se demanda si c'était ainsi dans toutes les maisons. Il était certain que la particularité des Serpentards résidait dans leur capacité à occulter tout contexte ou environnement malaisant. Leur attitude même semblait inappropriée au regard de la guerre qui ravageait le pays à ce moment précis.
Partout, plusieurs de ses anciens camarades jouaient aux Baveboules, s'affrontant à une partie d'échecs version sorcière ou dansaient sur la dernière chanson populaire des Bizarr'Sisters.
Fronçant les sourcils devant ce comportement que Dorea jugeait inadapté aux circonstances, elle se demanda si cet environnement de terreur ne leur convenait pas au fond. Ne souhaitant pas s'attarder sur cette réflexion, Dorea prit la direction des escaliers menant au dortoir des garçons, tentant de se frayer un chemin sans attirer l'attention de ses camarades.
Ayant, l'année précédente, rejoint à plusieurs reprises Aidan dans sa chambre de préfet-en-chef pour des séances de baisers intense, la jeune femme savait parfaitement où aller. Elle gravit donc les trois étages nécessaires pour atteindre sa destination, longeant un long couloir menant à une porte en bois sombre au bout.
Quand elle se posta devant, elle sortit sa baguette de la poche de son manteau et la pointa à nouveau sur le sommet de son crâne, son corps se matérialisant dans l'espace. Inspirant et expirant une nouvelle fois, son estomac se tordant un peu plus, elle frappa trois coups sur la porte, priant silencieusement pour que Drago soit déjà là et qu'il apprécierait la surprise. Bien qu'il détestait ce genre de surprise, Dorea savait qu'une fois l'étonnement passé, il serait tout aussi ravi de la revoir qu'elle l'était à cet instant.
Des pas résonnèrent dans la pièce de l'autre côté, et la porte s'ouvrit soudain.
À cet instant, le sourire de Dorea s'évanouit immédiatement en découvrant qui se tenait dans la chambre de son petit ami.
Astoria Greengrass, plus belle et élégante que jamais, se tenait face à elle. Dans son uniforme sur mesure, la jeune femme affichait son habituel chevelure noire et brillante, soigneusement coiffée en cascade dans son dos. Ses yeux azur étaient délicatement soulignés par un fin trait de crayon eyeliner, tandis qu'un peu de mascara accentuait son regard de biche. Sa bouche, entrouverte de stupeur, était légèrement teintée d'un gloss rosé, presque transparent.
Dorea avait toujours eu un complexe d'infériorité face à la brune, tant elle était magnifique. C'était le genre de fille pour laquelle Drago aurait pu craquer sans hésitation.
- Euh... Dorea ? Qu'est-ce que... qu'est-ce que fais-tu ici ? demanda Astoria, reprenant légèrement contenance.
Dorea réalisa, à cet instant, qu'un bruit de douche résonnait dans la salle de bain attenante. Le jet s'arrêta, et quelques secondes passèrent dans un silence tendu, Dorea priant tous les saints sorciers pour que la personne sous ce jet ne soit pas celle qu'elle pensait. Malheureusement, la chance semblait l'avoir abandonnée ce jour-là.
La porte sur le côté s'ouvrit, et Drago en sortit, vêtu seulement d'une serviette autour de sa taille. Lorsqu'il tourna son regard gris vers l'entrée, il écarquilla les yeux sous le choc. Ses prunelles se posèrent sur la brune qui s'était aussi tournée vers lui. L'expression de Drago devint perplexe, ses sourcils se fronçant.
Ayant assez vu, la rousse, les prunelles tremblantes de larmes, fit demi-tour, courant presque jusqu'aux escaliers.
- Dorea ! s'exclama Drago. Ce n'est pas ce que tu crois !
Mais cette dernière ne répondit pas, préférant échapper à cette scène, quitter cette salle commune, ce château même, et mettre le plus de distance possible entre elle et le blond.
Le cœur battant à tout rompre, elle descendit les marches à toute vitesse, se dirigeant directement vers l'entrée qui s'ouvrit à cet instant. Daphné et Blaise pénétrèrent dans la salle commune, discutant et riant ensemble.
La jeune femme s'arrêta net au milieu de la salle, n'en croyant tout simplement pas ses yeux. C'est ainsi que sa meilleure amie remarqua sa présence.
- Dorea ! fit-elle d'une voix forte.
Subitement, la musique s'atténua, ainsi que les conversations, et l'entière attention se porta sur la rousse.
Drago, vêtu d'un pantalon et d'une chemise boutonnée de travers, dévala l'escalier à toute vitesse et se précipita vers elle, l'attrapant par le coude pour lui faire face.
- Je peux tout t'expliquer…
Cependant, il n'eut pas le temps de poursuivre ses explications, car un coup de poing partit de lui-même. Drago vacilla sous la force de l'impact, son nez craquant sinistrement. Lorsqu'il redressa la tête, il était ensanglanté.
Sans autre forme de procès, Dorea quitta la salle commune, bousculant ses amis au passage, tandis que le mur se refermait sur des serpentards sidérés par la scène à laquelle ils venaient d'assister.
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Dorea était assise au bout de la table de la salle à manger, affaissée, la tête entre ses bras, ses larmes coulant silencieusement.
L'image de Drago, à moitié nu, en présence d'Astoria Greengrass, dans la propre chambre du blond, lui brûlait la rétine. Elle ferma les yeux aussi forts qu'elle le pouvait, désespérant de bannir cette vision de son esprit.
Elle se posait tant de questions depuis son retour, une heure plus tôt, après avoir fait une halte à Gringott's où Bellatrix l'avait attendue de pieds ferme. La première d'entre elles était : Drago et Astoria entretenaient-ils une liaison à ses dépens ? Elle n'en était pas certaine, mais il fallait avouer que trouver la brune dans la chambre de Drago, lui-même sortant de la salle de bains, vêtu seulement d'une serviette, était plus qu'étrange. Devait-elle accorder à Drago le bénéfice du doute ? Elle n'en savait rien… Et Daphné et Blaise, présents à Poudlard ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Pourquoi Drago ne lui avait-il rien dit ? À cette question, une petite voix intérieure lui répondit aussitôt : « Pour les mêmes raisons que toi, tu ne lui as rien dit sur ce qu'il se passait ici ». Lui en voulait-elle pour cela ? Pas vraiment. Elle savait qu'il souhaitait simplement la préserver de l'horrible réalité.
Cette réponse soulevait une autre interrogation : pourquoi Gabriel ne l'en avait-il pas informée ? Et où était passé Théo ? Sa famille ? Était-elle vraiment en sécurité à New York, comme elle l'avait pensé jusque-là ?
Dorea soupira profondément et ferma les yeux. Elle devait arrêter de se torturer l'esprit.
Une fois de plus, l'image de Drago et Astoria s'imposa à elle.
Non. Cela était impossible. Il fallait absolument qu'elle efface cette pensée.
Elle redressa alors la tête et essuya rapidement ses joues humides. Puis, se levant de la chaise, elle se dirigea directement vers le buffet sur le côté, qu'elle déverrouilla et ouvrit d'un simple geste de main. Elle saisit alors une bouteille de Whisky Pur Feu, désireuse d'oublier et surtout de panser sa douleur.
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Bathilda Tourdesac changea soudainement d'apparence, prenant celle d'un vieil homme. Un gémissement résonna dans l'obscurité. Dorea se retourna et aperçut une mère, assise et recroquevillée dans un coin de la pièce, entourant son fils de son bras protecteur, lui lançant un regard apeuré. La rousse ressentit alors une présence derrière elle. Elle se retourna vivement et fit face à Henry Nott.
- Bienvenue, ma sœur… Nous t'attendions.
Dorea, déjà troublée par la tournure des événements, sentit une anxiété s'installer en elle. Que voulait dire cette phrase ? Pourquoi l'attendaient-ils ? La confrontation avec Nott était la dernière chose dont elle avait besoin dans cet instant de tourments émotionnels. Le regard du jeune homme la transperça, et son esprit s'agita, oscillant entre la colère, la confusion, et une angoisse croissante face à ce qu'elle pressentait.
Se redressant, Dorea se prépara à affronter ce nouvel adversaire, serrant la bouteille contre elle comme un talisman, prête à défendre ce qu'il restait de sa dignité face à un monde qui ne cessait de sombrer dans le chaos.
