Flashback de Morgan : Une lueur d'espoir, le retour
Cela faisait maintenant trois semaines que Morgan était installée dans l'immeuble où vivaient Carine et Mag. Tandis que la première recherchait toujours les indices laissés par le compagnon de Morgan, celle-ci aidait Mag dans la recherche de nourriture et fourniture. Mais il fallait qu'elles se rendent à l'évidence, elles avaient vidé les immeubles aux alentours et si elles voulaient manger, elles allaient devoir sortir de leur immeuble.
Les trois femmes se réunirent dans la salle informatique :
- Morgan, commença Carine, je n'ai pas une bonne nouvelle.
- Qu'est ce qui se passe ?
- Depuis le premier indice qui t'était destiné, j'ai pu retrouver la trace de ta famille dans deux autres bases, mais je crois que je ne pourrais plus accéder au réseau informatique…
- Pourquoi ?
- Le troisième indice indiquait un bateau à l'Est… Sur la carte, il y a deux bases maritimes, mais je n'ai pas pu me connecter à leur réseau, il ne doit plus y avoir d'énergie dans la base. Pas d'électricité, pas de réseau, pas de vidéo, je suis désolée.
- Ce n'est pas ta faute, grâce à toi, j'ai pu trouver les deux derniers endroits où ils étaient…
- Que vas-tu faire ? demanda Mag
- Je ne sais pas, continuer à pied, je suppose.
- Tu ne vas tout de même pas faire plus de 200 km seule au milieu des rôdeurs ?
Carine attendit sa réponse inquiète.
- Les filles, je veux les retrouver, je veux être avec eux, je ferai le tour du monde à quatre pattes s'il le faut.
Carine et Mag s'observèrent sans répondre. Morgan mit fin au silence pesant en changeant de sujet :
- Ce n'est pas le plus urgent pour le moment, il faut trouver une solution pour sortir de cet immeuble et nous ravitailler.
- Il y a bien une supérette à un pâté de maisons, mais si on sort, les morts vont nous tomber dessus direct, répondit Mag
- Contrairement à ce qu'on pensait, ils n'ont pas l'air de mourir de faim. Lança Morgan
- Et ils ne se décomposent pas si vite que ça non plus. Continua Carine
- Si on faisait une diversion ? proposa Mag
- Une de nous sert d'appât, tandis que l'autre va chercher les provisions ?
Carine les coupa toutes les deux :
- Vous plaisantez, j'espère ? Il est hors de question que l'une de nous prenne un tel risque…
- Pas nous, juste Morgan et moi, t'as des problèmes de dos, donc tu es disqualifiée, rétorqua Mag
Avant que Carine ait pu répliquer, Morgan intervint :
- Elle a raison, tu n'es pas dans la course.
- Vous êtes deux folles, ce n'est pas une compétition de la femme la plus brave ! riposta Carine, je vous interdis de faire une chose pareille !
- Ne t'énerve pas, la rassura Mag, on va trouver autre chose…
- Et si on passait par les ruelles, ils sont toujours moins nombreux que dans l'allée principale. Avec ta batte et mes hachettes, on peut, peut être, réussir ! Proposa Morgan
- Si jamais ceux de la rue pénètrent dans les ruelles, nous serons submergées et nous n'aurons pas de point de repli, lança Mag
- Pourquoi ils ne se mangent pas entre eux ? demanda Carine
- Ils n'ont pas un fumet très appétissant… ironisa Morgan
- Donc même s'ils ont l'air de… loque ? On sait qu'ils ont toujours leur odorat, commença Mag
- Et leur ouïe ! Vous avez vu comme ils accourent quand ils entendent un bruit ? continua Morgan, donc s'ils nous sentent, ils nous poursuivent. S'ils nous entendent, ils nous poursuivent. Il faudrait se rendre invisible en fait…
- Mais oui, s'écria Carine, c'est ça !
Laissant Morgan et Mag perplexes, Carine sortit de la pièce et revint au bout de quelques minutes avec deux tenues blanches avec des masques, dans les mains et leur tendit :
- Ce sont des combinaisons que j'ai trouvées dans la salle de repos, ça a du leur servir lors d'un de leur reportage au début de l'épidémie. En les utilisant, ça masquera votre odeur.
- Ou alors ça les intrigue, ils nous pourchassent et on se fait manger, parce qu'on ne peut pas courir avec ces trucs, lâcha Morgan
- Bon sang, essayez d'avoir la foi, faut bien tenter quelque chose ! S'impatienta Carine
Morgan lui prit la combinaison des mains et commença à l'enfiler. La tenue lui faisait ressembler à un de ces scientifiques enfermés dans un labo et manipulant des substances toxiques. Mais ça avait l'avantage de couvrir tout son corps, tête, mains et pieds compris. Morgan accrocha sa hachette à sa ceinture et observa Mag qui faisait de même.
- On va passer par le toit et descendre par l'échelle de secours dans la ruelle, je voudrais qu'on teste sur un rôdeur seulement.
- Tu as raison, je te suis.
Quand Mag et Morgan arrivèrent dans la ruelle, elle était déserte. Il fallait qu'elle trouve un cobaye qui ne tarda pas à apparaître. Un homme s'avança vers elles, il lui manquait un bras et un morceau entier de la figure. Quand il les vit, il se mit à grogner et à tendre son seul bras vers elles. Mag commença à reculer lentement, Morgan dégaina sa hachette et recula à son tour.
- Ça n'a pas l'air de marcher… murmura Mag
- Sans blague ? répondit Morgan en se retournant vers l'échelle
Un autre rôdeur se tenait près de celle-ci et se tourna vers Morgan quand elle s'approcha, il renifla l'air et se mit à grogner aussi en s'avançant vers elle.
- Bon sang, ce n'est pas vrai ! s'écria Morgan
Elle abaissa sa hachette et la lui planta dans le crâne. En la retirant, un morceau de son crâne s'arracha, du sang et des résidus de cervelle atterrirent sur sa combinaison. Morgan tenta de l'essuyer, mais elle ne réussit qu'à l'étaler un peu plus.
Soudain, Mag la percuta. Aux mains avec le premier rôdeur, elle s'était prise les pieds dans une grille d'égout et avait perdu l'équilibre entraînant Morgan avec elle qui atterrit sur le cadavre qu'elle venait d'abattre se retrouvant avec encore plus de fluide sur elle.
Morgan se releva au moment où le rôdeur sans bras lui attrapa l'épaule, elle se retourna le cœur battant la chamade pour lui mettre un coup de hache, quand soudain, il se stoppa, l'observa longuement et puis se détourna. C'était ça la solution, il fallait sentir comme eux, sentir la mort et la décomposition... Morgan étala un peu plus le jus de rôdeur sur elle, en évitant tout de même de s'en appliquer sur la tête.
- La combinaison ne suffit pas, marmonna Morgan à Mag, il faut se recouvrir de jus de rôdeur pour qu'ils ne nous repèrent pas…
- Tu plaisantes ? C'est…
- Parfaitement dégoûtant, je sais. Mais si ça marche, on pourra se promener au milieu d'une horde sans crainte.
Morgan se lança à la poursuite du rôdeur manchot et l'acheva avant de lui couper son bras pour couvrir de sang Mag qui gémit de dégoût.
- Tu veux essayer sans la combi ? se moqua Morgan
- Bon dieu, tu fouettes ! Et je fouette également ! J'envie Carine qui passe son tour.
- On va dans la rue principale maintenant, prête pour l'épreuve du feu ?
- Non, mais tu ne vas pas me laisser le choix de toute manière…
- Allez, du sang froid, des nerfs d'acier... Si jamais, le plan ne fonctionne pas, on revient dans la ruelle, tu iras en direction de notre échelle et moi, j'irai vers celle de l'immeuble d'à côté.
- Morgan, si jamais il m'arrive quelque chose, prend soin de Carine s'il te plait !
- Il ne t'arrivera rien, mais je te le promets.
- Merci, répondit Mag en soufflant un bon coup, c'est bon pour moi, allons-y !
Elles marchèrent doucement vers l'artère principale de la ville, les morts étaient agglutinés à l'entrée de leur immeuble, d'autres déambulaient sur la route, tous semblaient sans but, ils ne les remarquèrent pas quand elles passèrent près d'eux, certains les reniflèrent avant de s'éloigner vers autre chose. Leur idée semblait fonctionner, désormais elles pourraient sortir et aller chercher des fournitures sans danger. Elles avaient désormais un bouclier contre les rôdeurs.
Plus tard, toutes trois réunies, elles discutèrent de l'avenir.
- Tu veux toujours tenter les bases maritimes ? demanda Carine
- Oui, je veux être avec ma famille, j'ai besoin de les trouver !
- Tu repars seule ?
- J'ai une protection maintenant, commença Morgan
- Pas contre les vivants… coupa Mag
- La tenue va me permettre de me fondre au milieu des rôdeurs, et pour les vivants, il me suffira de les éviter.
- Et après ? demanda Carine
Morgan ne répondit pas et scruta Carine qui paraissait inquiète :
- Que feras-tu une fois que tu auras trouvé ta famille ? Ou… Si tu ne la trouves pas ?
- Que je les trouve ou pas, j'ai la même destination. J'y resterai jusqu'à ce que le gouvernement finisse de mettre au point leur retour…
- Tu parles, ils sont bien tranquilles dans leur super bunker, logés, nourris, blanchis avec des soldats pour les protéger, pendant que la population crève ! s'emporta Mag
- A mon avis, il n'y a plus de gouvernement et les supers bunkers sont remplis de rôdeurs… intervint Carine
- Et vous ? Qu'allez-vous faire ? demanda Morgan
- Restez ici, pour le moment et puis, on verra au jour le jour.
Mag soupira. Morgan poursuivit :
- Quand j'aurai fait le tour des deux bases maritimes à l'Est, je redescendrai au sud vers une petite ville appelée Woodbury, à vingt kilomètres à l'Ouest, il y a une forêt bordant la prison du comté. Si vous suivez la rivière, vous tomberez sur un chalet de chasseur, c'est là que je me rendrai. Si jamais pour une raison ou une autre, vous deviez partir d'ici, rejoignez-moi là bas.
- Tu n'as pas peur que se soit déjà occupé ? demanda Mag
- C'était la cabane où je passais mes vacances avec… Lui, à part sa famille, peu de gens sont au courant de son existence. Je compte y rester…
Soudain Morgan se stoppa, elle entendit un bruit, quelque chose qu'elle n'avait pas entendu depuis longtemps, un son qui couvrait les grognements des rôdeurs. Elle se mit à courir en direction du toit, suivie de près par les deux femmes. Les trois amies tendirent l'oreille. Ce bruit, elles en étaient sûres, c'était un hélicoptère. Levant la tête, elles virent un engin de l'armée survoler la ville. Elles se mirent à agiter les mains dans leur direction, n'osant pas crier, ce qui n'aurait servi à rien le bruit de l'engin aurait couvert leurs appels.
- Ils ne nous ont pas vus ! s'écria Mag
- Ils étaient déjà trop loin, il nous aurait fallu une fusée de détresse. Lança Carine en s'asseyant sur le bord du toit
Morgan s'approcha d'elle et allait faire de même quand elle regarda dans l'avenue principale. Les rôdeurs s'éloignaient, la tête levée vers le ciel, ils semblaient suivre l'hélicoptère qui pourtant n'était plus en vue. Mag se mit à ses côtés et observa le cortège de morts remontant la rue :
- Ne me dites pas qu'ils sont bêtes au point de suivre un hélicoptère ?
- C'est une chance pour nous, s'écria Carine, regardez, il n'y en a plus un seul devant l'entrée de l'immeuble et il en reste une dizaine dans la rue !
- Je pourrais me mettre en route rapidement ! lança Morgan, enfin après qu'on soit allée faire un tour dans cette supérette pour tout dévaliser.
- J'aurai préféré que tu restes… Mais je comprends que tu veuilles retrouver les tiens. J'espère de tout cœur que vous serez de nouveau réunis.
Morgan serra les deux femmes dans ses bras, deux véritables anges gardiens pour elle. Comme Merle, Morgan avait la désagréable sensation de les abandonner, elle aurait apprécié que les deux femmes prennent la route avec elle, ne serait-ce que pour avoir de la compagnie, ne plus être seule, comme elle l'était depuis le début et après sa séparation d'avec Merle.
Mais elle se reprit en se disant que si elle atteignait son objectif, elle ne serait plus seule.
