Juste un mot :

Avant tout, une Bonne et Heureuse Année 2015.

Ensuite, un grand MERCI à la Team Epidémie pour vos reviews : L'oeil du Loup, Saphira15, Eponyme Anonyme, Neunonska, Erienna, The French Bougresses Et CathouxXx ;)

Ainsi qu'à Sephora4 et Guest, Merci à vous !


- Allez Cowboy, on a de la route à faire… Rentrons à la maison !

Daryl était remonté dans la voiture quelque peu soulagé. Morgan resterait avec eux, ils continueraient leurs sorties avec Michonne pour le ravitaillement.

Le « trio terrible » comme les avait appelé l'adjudant Jeff, ce surnom lui plaisait, ils étaient tous trois différents, mais complémentaires. Les deux femmes avaient une relation privilégiée, alors que rien ne les prédestinaient à se trouver et s'entendre. Et lui, au milieu, se sentait utile et fort en leur compagnie.

Bien que leur discussion ait chassé ses inquiétudes, Daryl remarqua le silence de la femme à ses côtés, elle contemplait le paysage, ses jambes posées sur le tableau de bord et il se demanda quelle genre de femme pouvait-elle être avant l'épidémie, la connaissant, il avait du mal à l'imaginer femme au foyer à s'occuper de la bouffe et du ménage… Tout comme Michonne d'ailleurs, il lui arrivait d'imaginer un monde normal et une rencontre fortuite avec les autres membres du groupe… Il aurait pu être arrêté par Rick, il imaginait bien Herschel en visiteur de prison pour prêcher la bonne parole. Glen aurait pu lui livrer une pizza et il lui aurait fait une blague pas drôle sur ses origines, Maggie devait être à la fac et être le genre de fille à éviter son regard, tandis que Beth se préparerait pour son premier bal.

Au fil de ses pensées, il conduisit jusqu'à la prison. Rick leur ouvrit la porte, tandis que Glenn lui faisait un signe du haut du mirador. Il coupa le contact, Morgan se tourna vers Michonne et la secoua légèrement. Daryl ricana en entendant celle-ci grogner. Le chasseur s'avança vers Rick et lui raconta leur périple et leur rencontre avec les hommes de Taylor :

- On ne peut plus faire un pas en dehors de la prison sans tomber sur eux, mais je dois avouer que Jeff n'est pas un mauvais gars.

- Il a l'air d'être loyal envers Taylor et d'être un type réglo, avoua Rick, ça va être dur de garder nos distances…

- Il nous a donné une CiBi… coupa Daryl

- Pour quoi faire ?

- Pouvoir échanger en cas de problème ou autre.

- Ca ne nous coûte rien de l'installer… Rien d'autre de particulier ?

Daryl grogna, puis répondit :

- Un des soldats a proposé à Morgan de les accompagner à la base où repose sa famille…

- Qu'a-t-elle répondu ?

- Je l'ai convaincu de ne pas y aller…

Rick fronça les sourcils. Daryl fut surpris de cette réaction et encore plus, lorsque l'ex policier lui dit :

- Daryl, tu n'aurais pas du faire ça… Elle est en deuil et pouvoir faire ses adieux après les avoir tant cherché aurait pu un tant soit peu l'apaiser…

- Connerie ! C'est de nous qu'elle a besoin, des gens bien vivants qui se soucient d'elle… De toute façon, elle a déjà fait son choix, elle n'y va pas.

Daryl lui tourna le dos pour regarder ses « amis » vider le véhicule. En les voyant sourire aux lèvres de toutes leurs trouvailles, il le savait, c'était de ça qu'ils avaient tous besoin : être entourés, par des personnes qui se préoccupent les unes des autres. Il observa Morgan un peu à l'écart l'air soucieux. Il la vit se frotter le bras et grimacer. Elle fit des moulinets avec son bras, puis sortit son sac à dos de la voiture, mais elle changea de main quand elle tenta de le soulever. Le chasseur se rapprocha d'Herschel en pleine conversation avec Rick et l'interpella :

- Herschel, quand tu auras un moment, tu pourras regarder le bras de Morgan ?

- Bien-sûr, que s'est-il passé ?

- Un rôdeur l'a méchamment agrippé et là, elle fait la grimace… répondit Daryl

- J'irai l'ausculter quand nous aurons fini de décharger le matériel, promit le vieil homme.

Herschel donna ses instructions auprès de Tyreese, Karen et Sasha qui déchargeaient le coffre et la remorque, puis il s'approcha de Morgan qui était avec Carl et Michonne.


Michonne sortait des bandes dessinées de son sac et les remettait à Carl qui affichait un sourire sincère sous le regard attendri de Morgan.

- Tu me les prêteras quand tu les auras lus ? lui demanda-t-elle

Carl n'eut pas le temps de répondre qu'Herschel demanda :

- Morgan, me laisserais-tu t'ausculter ?

- Pourquoi ? demanda-t-elle étonnée

- Daryl m'a dit que tu avais eu à faire à un rôdeur et que je devais regarder ton bras…

- Je vais bien…

- Tu peux prendre ma caisse s'il te plait ?

Morgan observa Herschel lui tendre une caisse de graines, elle hésita puis souffla :

- Je n'ai rien de grave, le rôdeur n'a pas réussi à me griffer la peau, j'ai juste une gêne… Ce n'est que musculaire.

- C'est à moi d'en décider.

- A toi ou à Daryl ? Qui, entre parenthèse, n'est qu'un sale rapporteur.

Carl rigola, puis lui dit sérieusement :

- Un rôdeur a réussi à t'attraper ?

- Oui, comme quoi, il faut toujours se méfier… Mais bon, je ne crains rien, j'ai déjà été mordu une fois et j'ai survécu…

Elle s'interrompit devant la mine sceptique de Carl :

- Au tout début de l'épidémie, mon voisin s'était transformé, il m'a mordu la cheville. Par chance, j'avais un jean et des bottes en cuir, je n'ai eu qu'un hématome.

Carl lui sourit et elle posa sa main sur son épaule pour suivre Herschel jusqu'à sa cellule. Elle retira sa veste et son pull pour montrer son bras au vieillard, il lui fit faire quelques mouvements, il la sentit se crisper à certains moments et ne put s'empêcher de sourire.

- Bon ok, c'est quand même douloureux, avoua Morgan, j'espère qu'il n'y aura pas de troisième fois…

Herschel l'observa, un sourcil en l'air. La jeune femme poursuivit :

- On dit bien « jamais deux sans trois », vu que c'est la deuxième fois que je passe à deux doigts de la contamination, j'espère éviter la troisième.

- Je pense qu'il serait plus sage pour toi d'éviter le ravitaillement cette semaine…

- Et si je promets de faire attention ? tenta Morgan

- Si vous tombez sur des rôdeurs, ça pourrait être dangereux, non seulement pour toi, mais aussi pour Daryl et Michonne. Répondit Herschel

Il avait touché le point sensible, elle s'en voudrait si, par son imprudence, il leur arrivait quelque chose, elle hocha donc la tête, puis murmura têtue :

- Sur le coup, ça ne me faisait pas si mal et j'ai même combattu des rôdeurs par la suite…

- Le muscle était chaud, l'adrénaline aidant, tu n'as peut être pas remarqué la douleur. Je vais te donner un tube de pommade, puis j'irai en informer Rick.

Morgan hocha la tête, puis s'assit sur sa banquette. Elle n'arrêtait pas de tourner en boucle dans sa tête, la proposition d'Emerson, ainsi que sa promesse à Daryl. Elle resta ainsi un long moment perdue dans ses pensées et ses interrogations. Soudain, elle sentit une main sur son épaule, Morgan sursauta avant de voir Carl à ses côtés.

- Je t'ai appelé, mais tu ne m'as pas entendu… Les autres te cherchent. Ca va ? demanda le jeune garçon

- Oui, j'étais perdue dans mes pensées…

- J'ai entendu Daryl et papa discuter, commença Carl hésitant

- Ce n'est pas poli d'écouter les conversations aux portes, s'amusa Morgan

- Il n'y avait pas de porte et puis, il parlait de toi, coupa Carl

Morgan fronça les sourcils, puis tapa la banquette à ses côtés. Carl s'installa, puis lui dit franchement :

- Daryl a dit que les soldats voulaient que tu partes avec eux, là où ta famille est… enterrée ?

- C'est vrai, ils me l'ont proposé…

- Daryl dit que tu ne vas pas partir…

- Daryl a raison. Avoua Morgan

Carl sembla étonné, puis il se remit debout et fit face à Morgan.

- Tu sais, tout le monde pense que je supporte la perte de ma mère…

- Carl, tu…

- On est un peu pareil tous les deux. Moi, je suis un enfant sans mère et toi, t'es une mère sans enfant. Ma mère me manque, mais moi, j'ai eu la chance de pouvoir lui dire adieu, j'ai eu la chance de l'entendre me dire qu'elle m'aimait…

Morgan se mordait la lèvre, elle ne comprenait pas pourquoi Carl lui disait tout ça.

- Moi, j'aurai trouvé ça normal que tu veuilles dire au revoir à ta famille. Tu serais partie, mais tu serais surtout revenue, parce que maintenant, c'est nous ta famille.

Morgan se leva tout d'un coup, sentant sa vue se brouiller à cause de l'accumulation de larmes. Elle attrapa Carl par les épaules puis l'attira jusqu'à elle et le serra. Son cœur s'emballa, elle avait oublié cette sensation, l'étreinte d'une mère. Elle embrassa le sommet du crâne du garçon et lui souffla :

- Merci Carl, ce que tu me dis me touche énormément.

Le garçon lui esquissa un petit sourire avant de sortir de la cellule. Morgan souffla un bon coup, attrapa l'écharpe-doudou et la contempla. Dire qu'elle devait sa survie à ce simple objet. C'est lui qui l'avait poussé au-delà de ses limites, lui qui lui redonnait espoir quand elle se sentait abattue, lui qui lui avait permis d'avancer encore et encore et de garder un souvenir vivace de sa famille, jour après jour, mois après mois, année après année. Que n'aurait-elle pas donné pour une dernière étreinte de son fils et de Stephen ? Elle plongea son nez dans le tissu, tentant de se remémorer la façon dont son fils se frotter le visage avec. Elle ne sourit rien que pour elle. Morgan attrapa ensuite la boite en fer et l'ouvrit, elle en tira la photo et sourit de nouveau. Stephen et elle étaient jeunes sur cette photo, elle avait l'impression qu'une éternité était passée depuis le moment où elle avait été prise. La femme se remémora ce jour particulier, ils étaient jeunes et amoureux, une simple ballade dans la forêt et au détour d'un chemin, une envie de prendre une photo ensemble, ce moment immortalisé, Stephen lui avait soufflé à l'oreille Je t'ai déjà dit que je t'aimais ? Morgan avait été surprise, Stephen n'était pas du genre à exprimer ses sentiments, mais ces quelques mots avaient réussi à la faire rougir.

Morgan sentit une larme couler sur sa joue en repensant à tout cela. Elle l'avait tellement aimé, et elle l'aimait toujours, elle repensa à cette journée et à toutes les autres qui avaient suivies. Elle embrassa la photo et la remit dans la boite. Morgan attrapa son sac en bandoulière, y rangea la boite et l'écharpe, puis glissa le tout sous son lit. Une fois qu'elle eut fait ça, Morgan sortit de sa cellule, prête à aller de l'avant, elle savait que les membres de ce groupe l'y aideraient.

Après une journée de repos, Michonne et Daryl étaient repartis sur la route sans elle, Tyreese et Sasha avaient été désignés pour les accompagner. Morgan les avait regardés partir avec un pincement au cœur. Herschel lui avait demandé de ne pas trop forcer sur son bras. Morgan avait déambulé telle une âme en peine dans la prison ne sachant que faire pour s'occuper. Il fallait à tout prix qu'elle s'occupe, qu'elle bouge, qu'elle fasse quelque chose, sinon elle allait exploser.

Rick excédé de la voir souffler toutes les cinq minutes dans la salle commune, l'envoya sur le mirador avec Maggie. Celle-ci fut ravie d'avoir de la compagnie, tout en surveillant les environs, elles discutèrent de sujet et d'autre et Morgan eut droit à l'éternelle question « Comment tu te sens ? ». Elle répondit par un énième « Ca va », ni plus ni moins. Après avoir conversé sur la pluie et le beau temps, Morgan remarqua que Maggie tentait de lui dire quelque chose, mais semblait chercher ses mots. Morgan s'en amusa puis finit par lui dire franchement :

- Maggie, si tu as quelque chose à me dire, ce n'est pas la peine de tourner autour du pot…

- C'est de la curiosité…

- Toi, tu as vu quelque chose.

- Ok, j'avoue. Je t'ai vu aller dans la pièce de Daryl une nuit et je me demandais…

- Ce n'est pas ce que tu crois. La coupa Morgan

- Non, bien sûr, lança Maggie

Après une courte pause, Morgan entendit Maggie commercer :

- Donc Daryl et toi…

- Pas ce que tu crois. Il m'a été d'un grand soutien… Disons que je me sentais très seule, je voulais une présence à mes côtés et c'est lui que je suis allée voir.

Devant le sourire malicieux de Maggie, Morgan s'empressa d'ajouter :

- On a juste dormi. Enfin, moi j'ai dormi, pas sûre qu'il ait réussi. Apparemment, j'ai pris toute la couverture.

- Je sais que Daryl cache bien son jeu, sous ses airs de gros dur, il a le cœur sur la main, mais là, tu m'en bouches un coin, avec tout ce qu'il s'est passé entre vous, toutes vos disputes, vos bagarres, il a été une épaule réconfortante.

- Ne le répète pas, il pourrait nous passer toutes les deux par-dessus bord pour oser parler de lui ainsi, plaisanta Morgan

- Contente que tu ailles bien malgré tout.

- Merci.

Les deux amies se sourirent, puis reprirent leur tour de garde.

Le lendemain, Morgan se rendit auprès de Rick, il était dans leur salle commune en compagnie de Beth et Judith. Elle se racla la gorge pour attirer son attention, Beth tourna la tête vers elle, lui sourit et sortit. Rick resta assis, sa fille posée sur ses genoux. Morgan s'installa à ses côtés, Judith la regarda et tendit les bras vers elle. Surprise, la jeune femme eut un mouvement de recul, Rick se moqua et lui posa Judith dans les bras. Morgan se sentit gauche, puis se détendit et se laissa aller, la petite fille jouant avec sa tresse. Elle lança au shérif :

- Je ne suis plus punie ?

- C'était juste une sécurité, tu as prouvé que tu étais des nôtres depuis bien longtemps et j'ai confiance en toi.

- Rick, je voulais te demander si tu avais installé la CiBi ?

- Oui. Elle est en fonction.

- Je dois contacter le camp de Taylor.

- C'est le canal 7.

- Tu ne veux pas savoir pourquoi ? interrogea Morgan

- Je le sais déjà, Daryl m'a parlé de la proposition des soldats…

- Je vais refuser.

- C'est ce que m'a dit Daryl… Mais… Hésita Rick

- Mais quoi ?

- Tu es sûre de ton choix ?

- Disons que je n'ai pas eu trop le temps de me pencher sur la question, Daryl m'a convaincu avant.

Rick la regarda inquiet.

- Je crois que Daryl a raison, avoua Morgan, ça ne sert à rien de remuer le passé. Aller sur leur tombe ne les fera pas revenir. Partir d'ici ne me les ramènera pas …

- Tant que c'est ce que tu penses sincèrement et que tu ne t'es pas sentie obligée de penser ainsi, ça me va. Mais sache que cette décision t'appartient, à toi et à toi seule… J'ai perdu ma femme, j'aurai aimé pouvoir lui dire certaines choses, mais je n'en ai pas eu le temps…

- Tu penses que ça aurait changé quelque chose ? interrogea Morgan

- Pour ma conscience peut-être… On n'est jamais préparé à perdre quelqu'un de cher.

- Le jour où j'ai quitté ma famille, j'ai pris la pire décision de ma vie et elle a tout changé, j'étais seule, perdue… Et même si ça peut paraître stupide par les temps qui courent, je pensais vraiment que j'allais les retrouver et je m'accrochais à ça si fort… Là, j'ai juste l'impression qu'on m'a amputé des deux jambes...

- Personne n'aurait imaginé que ça aille si loin, nous avec toutes nos armes, notre technologie, on perd face à des êtres dont la seule volonté est de bouffer…

- C'est une drôle de vie que nous menons, tellement de morts, tellement de souffrance… Et cet espoir auquel on se raccroche comme à une bouée, répondit Morgan, mais je dois t'avouer que je suis fatiguée…

Rick ne répondit pas et caressa la joue de Judith. Morgan observa elle aussi la petite fille qui leur adressait des sourires à l'un comme à l'autre. Puis, Rick dit doucement :

- Quand Lori est morte, j'ai cru devenir fou, je la voyais apparaitre… Je lui ai même parlé au téléphone une fois. Je me suis laissé couler, mais je n'en avais pas le droit, je ne pouvais pas me laisser aller, parce que Lori vivra toujours tant que mes enfants vivront, c'est à cela que je me suis raccroché.

Morgan lui sourit, s'approcha de lui et lui lança à voix basse :

- La folie nous a tous guettés… A partir du moment où je me suis décidée à retrouver ma famille, j'ai entendu une voix dans ma tête. Cette voix, c'était la mienne, plus sarcastique, souvent mauvaise, mais dès que j'avais peur ou que je me décourageais, elle résonnait dans mon crâne, me traitant de tous les noms pour me pousser à avancer… Je ne l'ai plus entendu depuis que j'ai su pour eux.

Rick et Morgan se regardèrent quelques instants avant de revenir à Judith. Morgan pensa qu'ils étaient tous deux veufs, mais qu'il avait la chance d'avoir toujours ses enfants. Elle secoua la tête, elle devenait trop sensible, à croire que ce groupe avait réussi à percer sa carapace. Elle ne devait pas trop se laisser aller, ne pas paraitre faible… Rick lui reprit Judith des bras et lui indiqua la CiBi. Il prit le temps de lui en expliquer le fonctionnement, puis la laissa seule pour aller coucher sa fille.

Morgan s'assit devant l'engin et resta quelques instants à l'observer, puis l'alluma. Elle positionna le bouton sur le canal 7, elle se racla la gorge avant de lancer dans le micro :

- Camp du Colonel Taylor, vous me recevez ?

Elle attendit quelques secondes, avant de renouveler sa demande :

- Camp du Colonel Taylor, vous me recevez ?

- Ici Camp du Colonel Taylor, reçu 5/5. Décliner votre identité. Terminé.

- Euh, ici Morgan, je souhaiterai parler au Colonel Taylor ou à l'Adjudant chef Jefferson... Terminé.

Elle n'eut pas de réponse et pensa qu'ils lui avaient peut-être raccroché au nez. Quand soudain, elle entendit le haut parleur grésiller.

- Morgan, ici Jefferson.

- Bonjour Jeff.

- Bonjour, content de voir que la CiBi vous est utile.

- Je voulais vous donner une réponse pour le voyage à la base navale…

- Je t'écoute.

- Je ne vous accompagnerai pas. Merci de me l'avoir proposé, mais…

- Tu n'as pas à justifier ton choix, tu étais libre d'accepter ou pas.

- Merci.

- J'espère que tu repasseras au Camp un de ces jours, le Colonel en serait ravi.

- J'y penserai.

- Au revoir Morgan. Terminé.

- Au revoir. (…) Terminé.

Morgan s'affala dans la chaise et souffla un bon coup. Le poids dans son estomac se fit plus léger.

Voilà, c'était bel et bien fini. Elle sortit de la pièce commune et se rendit dehors, elle parcourut le chemin menant au champ qu'avait entrepris Herschel, Glen et Rick. Morgan se présenta devant ce dernier et hocha la tête. Rick s'essuya le front et lui indiqua le grillage, où cinq rôdeurs s'étaient agglutinés. Elle allait faire le ménage.

Rick s'activait auprès d'Herschel, il ne pensait pas que ce serait si compliqué de labourer un bout de terre. La sueur lui coulait sur le visage et dans le dos, tandis que face à lui, le vieil homme semblait parfaitement à son aise. Rick se stoppa et attrapa une bouteille d'eau, profitant de faire une pause. Il contrôla chacun de ses compagnons. Herschel expliquait quelque chose à Glen qui semblait complètement dépassé. Karen et Maggie étaient chacune dans un mirador. Beth et Carol s'étaient installées dans un coin à l'ombre, pendant que l'une reprisait des vêtements, l'autre nettoyait un pistolet. Carl s'était installé sur le bus renversé, son arme à côté de lui, il lisait une bande dessinée. Morgan faisait le tour du périmètre, transperçant le crâne des rôdeurs solitaires. Rick l'observa, il l'avait vu changer au fil du temps qu'elle avait passé en leur compagnie. Au début, agressive et sur la défensive, elle était maintenant un membre du groupe à part entière, même si elle restait plus ou moins réservée avec la plupart des gens Certains comme Carl, Maggie ou Michonne avaient réussi à l'apprivoiser. Quand à Daryl, même s'ils s'amusaient avec leurs joutes verbales, il semblait clair à Rick que Morgan l'avait plus ou moins adopté.

Trois heures s'étaient écoulées depuis que Morgan avait parlé au groupe de Taylor, elle ne semblait pas plus perturbée que d'habitude. Rick se dit que finalement, c'était son choix. Alors qu'il allait se remettre au travail, il vit Morgan relever la tête et s'immobiliser. A cette distance, il ne comprenait pas ce qu'elle faisait, quand tout à coup, Morgan tourna la tête vers lui et lui indiqua son oreille. Rick intima le silence à Herschel et Glen qui se raidirent, à l'affût. Un bruit de moteur, un moteur poussé à grande vitesse. Un frisson parcourut l'échine de Rick, il se mit à crier :

- Beth, Carol ! Les armes ! (…) Carl, descend de là !

Glenn attrapa le bras d'Herschel et le passa par-dessus son épaule pour aider le vieillard à remonter vers la prison.

- Maggie, tu vois quelque chose ?

La jeune femme regardait au travers de jumelles. Morgan se stoppa à côté de Rick et regarda en direction de la route.

- Ca ne peut pas être Daryl, c'est trop tôt… Et il ne roulerait pas à cette vitesse si près de la prison.

Tandis que Glenn mettait Herschel à l'abri auprès de Beth, Carol apporta des mitraillettes à Rick et Morgan. Celle-ci sembla décontenancée, Rick lui expliqua et lui montra le plus important :

- Ca, c'est la sécurité, tu l'enlèves, tu tires la culasse, ton arme est chargée, tu vises et tu tires. Positionne toi bien sur tes pieds, le recul peut surprendre.

Morgan fit ce qu'il venait de lui dire et attendit, Rick cria :

- Maggie alors ?

- C'est une jeep !

- Une jeep ? répéta Morgan

- Une jeep de l'armée…

- C'est quoi ce plan ? demanda Rick furieux

Morgan surprise haussa les épaules :

- Je ne sais pas… Le Colonel n'aurait jamais envoyé quelqu'un ici, c'était convenu ainsi…

- Maintenant, ils sont là. La coupa Rick. On se met en position de défense. Armez les fusils !

Glenn se positionna derrière le portail de la cour avec Carl. Karen et Maggie se mirent à plat ventre dans les miradors. Herschel, Carol et Beth étaient sur la passerelle intérieure. Rick attrapa le bras de Morgan et l'entraina jusqu'au bus renversé. Ils attendirent, le bruit se rapprochait. Rick chargea son arme et regarda le chemin. Une jeep apparut à toute vitesse, arrivée devant le portail, elle fit un arrêt en travers, un soldat sortit en trombe, l'homme était brun, trapu et avait un air déterminé sur le visage, un rôdeur s'approcha de lui, il le mit à terre en une fraction de seconde et lui écrasa le crâne de sa rangers. Rick entendit Morgan à ses côtés murmurer :

- Oh bordel, qu'est ce qu'il fout là ? … Rick, je te jure que je ne sais pas pourquoi il est là !

- C'est un gars de Taylor ?

- Oui.

Le soldat s'approcha du grillage, Rick sortit de sa cachette et le mit en joue, il lui cria :

- Ne bouge pas. Les mains en l'air, tout de suite.

- Je veux voir Morgan. Hurla le soldat

- Tu n'as aucun ordre à donner. Qu'est ce que tu fous là ?

- Je veux voir Morgan.

- Il me semble que Morgan a été claire, elle est de notre groupe, elle reste ici, alors remonte dans ta voiture et va faire un tour plus loin.

- Pas tant que je ne lui aurai pas parlé. S'entêta le soldat

Rick sentit un mouvement à ses côtés, tournant la tête, il vit Morgan, les sourcils froncés, elle s'adressa au militaire :

- Emerson, t'es pas bien ou quoi ? Il y a six personnes qui ont une arme pointée sur toi, qu'est ce que tu fais là ?

- Je voulais l'entendre de vive voix.

- Quoi donc ? rétorqua Morgan

- Que tu ne viens pas avec nous à la base navale.

Rick tenait toujours en joue le soldat et sursauta quand Morgan s'emporta :

- Tu n'as rien à faire là… Tu te rends compte des conséquences que peuvent avoir tes actes, bon sang ? J'avais dit au Colonel : pas de contact pour le moment… Emerson, tu…

Morgan se stoppa et leva son arme en apercevant au loin sur le chemin, une deuxième jeep. Emerson se tourna vers le véhicule qui approchait et lâcha un juron. La deuxième voiture se stoppa à côté de la première. Rick fut surpris de voir L'adjudant Jefferson en sortir énervé et s'approcher d'Emerson, l'attraper au col et lui crier :

- Tu mériterais que je t'abatte sur le champ. Tu désobéis aux ordres du Colonel en venant ici, tu voles un véhicule, tu sors sans permission, t'as intérêt d'avoir une bonne raison, car sans ça, je te jure que je vais te botter le cul si fort que tu ne pourras pas t'asseoir pendant des jours.

- Il fallait que je lui parle, répondit Emerson sans tenter de se dégager de l'emprise de son supérieur.

- Pourquoi tu crois que je leur ai donné une CiBi imbécile, pour éviter ce genre de conneries et empêcher qu'on s'entretue sur un quiproquo.

- Oui mon Adjudant.

- Alors bordel, remonte dans ce véhicule et retourne au camp.

Rick ne savait plus quoi faire, il ne savait pas s'il devait toujours les tenir en joue ou pas. La colère de Jefferson le surprit, les deux fois où il l'avait rencontré à Woodbury, puis au second rendez-vous avec Taylor, il semblait être un homme avec une grande maitrise de soi, mais là, visiblement, ses nerfs avaient été mis à rude épreuve. Morgan avait baissé son arme et les regardait d'un air désapprobateur. Rick en eut assez, il tira en l'air pour s'assurer d'avoir l'attention des deux hommes.

- Si on vous dérange, dites-le nous, on va faire un tour et on revient.

Jefferson relâcha Emerson en le repoussant en arrière, puis reprit un air impassible.

- Toutes mes excuses pour cette intrusion dans votre périmètre, ça ne se reproduira plus.

Rick se tourna vers ses compagnons toujours sur le qui-vive et leur fit signe que tout allait bien. Puis revint sur Jefferson qui jetait un regard noir à Emerson qui lui regardait Morgan.

- Je dois te parler. Lui lança-t-il

Morgan ne réagit pas.

- C'est important.

Morgan tourna la tête vers Rick, cherchant son approbation. Rick hocha la tête et cria aux deux soldats :

- Toutes vos armes à terre, tout de suite.

Les militaires obtempérèrent et Morgan ouvrit le double portail grâce à la poulie. Jefferson se dirigea directement sur Rick, tentant de lui présenter ses excuses pour le comportement de son subordonné. Mais Rick ne l'écoutait pas, il observait Emerson entrainer Morgan à l'écart, celle-ci semblait énervée par leur conversation animée. Quand tout à coup, il la vit pâlir et gifler le soldat de toutes ses forces. Rick et Jefferson accoururent. Morgan foudroyait Emerson du regard, mais celui-ci le soutint. Ils se défièrent du regard pendant de longues secondes. Avant que Morgan n'ouvre la bouche, et dit sèchement :

- Jeff, attendez-moi là. Rick, faut qu'on parle.


Morgan était agacée par le comportement d'Emerson. Bon sang, mais que voulait-il à la fin ? L'homme insista :

- C'est important.

Morgan regarda Rick, elle voulait en finir une bonne fois pour toute, mais elle attendit que Rick approuve. Elle voulait lui montrer que désormais, elle était un membre de son groupe et qu'elle ne ferait rien contre son avis. Rick la regarda puis inclina la tête avant d'ordonner aux deux hommes de poser leurs armes à terre. Ils s'exécutèrent et Morgan ouvrit l'accès. Emerson prit le bras de Morgan et l'entraina un peu plus loin, mais Morgan répliqua :

- Putain, mais tu veux quoi Emerson ?

- Pourquoi tu ne viens pas avec nous ?

- Et toi, pourquoi tu me tortures ? C'est bon, c'est fini. Je les ai perdus, allez là-bas, ne les ramènera pas.

- Je ne te veux pas de mal, mais…

- Mais quoi ? Ecoute, je te remercie de m'avoir donné des réponses, maintenant il faut que je tourne la page, et là, tu ne m'aides pas. Je veux que tu t'en ailles et que tu ne reviennes plus…

- J'ai menti…

Morgan sentit son cœur louper un battement, l'homme semblait chercher ses mots :

- Je n'ai pas pu achever Stephen après sa morsure… C'était mon ami et je n'y suis pas arrivé. Je l'ai laissé à côté de la tombe du petit, c'est un endroit clos, il y est sûrement encore, je n'ai pas pu…

Morgan réagit tout à coup et lui balança sa main sur la joue, elle y avait mis toute sa colère, colère qui se transformait en haine à cet instant. Emerson ne la quittait pas des yeux, comment osait-il la regarder en face ? Comment avait-il osé faire ça ? La jeune femme entendit Rick et Jeff se rapprocher, elle réussit enfin à parler :

- Jeff, attendez-moi là. Rick, faut qu'on parle.

Elle s'éloigna vers la prison, Rick marchant à ses côtés, attendant visiblement qu'elle s'exprime, mais que pouvait-elle dire ? Elle entendit Rick dire aux autres de surveiller les militaires. Il la suivit jusque dans sa cellule, ce n'est qu'une fois dans la pièce, qu'elle laissa sortir toute sa colère, des larmes coulèrent de ses yeux tandis qu'elle criait sa rage. Rick l'attrapa par les épaules et la secoua en lui hurlant de se calmer. Elle s'attrapa la tête et se laissa tomber sur la banquette. Rick s'agenouilla devant elle et la regarda, elle réussit enfin à mettre des mots sur sa colère :

- Ce connard a laissé Stephen se transformer en rôdeur… Il n'a pas pu l'achever… Ca veut dire que ça fait des mois que Stephen est devenu une de ces choses. Je pensais qu'il était en paix, avec notre fils, mais non, il déambule sans but…

- Morgan…

- Je dois y aller Rick, je dois faire en sorte qu'il repose en paix. Je ne peux pas le laisser comme ça…

-Je comprends.

- J'en connais un autre qui ne sera pas de ton avis… commença Morgan

- Je fais mon affaire de Daryl.

- Il va me détester, je lui avais promis…

- Et tu comptais tenir ta promesse, mais il y a des faits nouveaux, si ce gars ne t'avait pas menti, tout se serait passé différemment. Ecoute Morgan, je comprends pourquoi tu veux y aller, j'aurai fait la même chose et d'un côté, je préfère que tu y ailles entourée de soldats prêts à te défendre, plutôt que tu repartes sur les routes, seule. Fais ce que tu as à faire, la porte sera toujours ouverte pour toi…

- Merci Rick.

Rick serra son épaule et la laissa seule. C'était un cauchemar, elle qui avait vraiment pensé à se poser une bonne fois pour toute, il n'avait fallu que quelques secondes pour tout ficher par terre. Séchant ses larmes du dos de sa main, elle attrapa un sac à dos et y mit des affaires et ses hachettes.

Une fois les préparatifs terminés, Morgan attrapa le sac contenant l'écharpe et la boite sous son lit, les serrant contre son cœur, elle se rendit dans la cellule de Michonne et posa le tout sur le lit de son amie, une façon implicite de lui demander une nouvelle fois de prendre soin de ses affaires. Soufflant un bon coup, elle mit son sac à dos et sortit du bâtiment. Devant les mines interrogatives de ses compagnons, elle répondit :

- Je dois partir.

Avant qu'ils ne puissent protester, elle leva la main et leur lança :

- Rick vous expliquera.

Elle rejoint les deux soldats d'un pas rapide, puis Morgan s'approcha d'Emerson et lui balança sèchement :

- Je vous accompagne, mais à partir de maintenant, tu ne me parles plus, tu ne m'approches plus, tu ne me regardes même plus… Tu n'es rien pour moi et je ne voyagerai pas en ta compagnie.

Morgan regarda une dernière fois Rick qui l'observait compatissant, elle ne put que lui dire :

- Dis leur que je suis désolée et que je reviendrai.

- C'est entendu, répondit Rick. Hey Jeff, je vous la confie.

- Je veillerai sur elle et vous la ramènerai intacte. Je vous en fais la promesse.

Morgan suivit Jeff jusqu'à sa jeep et monta à bord, elle n'osait pas regarder en arrière, voir ses amis qu'elle quittait une nouvelle fois. Elle se jura que c'était la dernière.