Juste un mot :
Un grand merci aux membres de l'Epidémie pour toutes vos reviews : L'Oeil du Loup, Eponyme Anonyme, Saphira 15, Neunonska, The French Bougresses, EnoraDixon et Erienna. Je n'oublie pas CathouxXx et Ours en Gélatine qui se sont mis à jour en un temps record ! :)
Une pensée également à tous les lecteurs anonymes (vive les stats), merci à vous de lire RD.
Et une standing ovation pour ma Bêta d'enfer que je ne présente plus, sans qui les chapitres de RD ne seraient pas ce qu'ils sont... Et qui, en plus d'être une Bêta attentive, a toujours les mots pour me booster quand je suis à la bourre dans l'écriture... Un brin Bêtatyran, mais que j'adore ! Merci à KansasByKeres !
Morgan avait la tête appuyée contre la vitre, Jeff roulait sans parler, ils n'étaient pas partis depuis longtemps et pourtant, Morgan ne pouvait s'empêcher d'avoir le cœur serré. Tout était de la faute d'Emerson. Pourquoi avait-il laissé Stephen comme ça ? Apercevant un virage, Morgan se redressa et lança à Jeff :
- Là, prends à droite.
Le jeune soldat ralentit, prit son talkie et appela.
- Emerson.
Le talkie grésilla, puis ils entendirent :
- Oui adjudant.
- Retourne à la base, nous vous rejoindrons plus tard. Terminé.
- Bien reçu. Terminé.
Jeff s'engagea dans le chemin de terre, au bout de quelques minutes de silence, il demanda :
- Où allons-nous ?
- A mon ancien chez-moi…
Jeff ne dit rien, continua de conduire, jusqu'à ce qu'elle lui dise de se stopper et qu'ils poursuivraient à pied. Morgan sortit de la jeep et marcha devant Jeff qui avait récupéré sa mitraillette et scrutait les alentours.
- Pourquoi continuez-vous à utiliser des armes à feu, alors que le bruit rameute toujours plus de rôdeurs ?
- Tout le monde n'est pas aussi doué que toi pour survivre… plaisanta l'adjudant
Morgan le regarda, l'homme était plutôt grand, plus grand qu'elle en tout cas, avait des cheveux blonds et était toujours rasé de près. Il semblait avoir le même âge qu'elle et tenir à ses obligations militaires. Jeff la regarda à son tour, interrogatif. Elle hocha la tête et reprit sa route. Morgan connaissait ce chemin par cœur pour l'avoir arpenté des jours et des jours durant, elle s'avança sur un passage et se retrouva derrière le chalet.
- C'est ici que tu étais installée avant la prison ?
- Oui, c'est ici que j'ai attendu le retour de Stephen.
- C'est une installation… intéressante.
- Jeff, posez votre arme, on a du ménage à faire…
Dans la clairière, se trouvaient cinq rôdeurs et deux autres étaient pris au piège dans la fosse. Morgan aurait du s'y attendre, sans son pick-up pour barrer le chemin, les morts avaient pu s'avancer jusqu'ici. Elle sortit sa hachette et siffla. Cinq têtes décomposées se tournèrent vers elle. Elle vit Jeff se mettre à ses côtés, un poignard à la main, il lui lança :
- Je les attire sur le côté, tu les contournes et tu les abats…
- Et si on se jetait dans le tas ? plaisanta Morgan
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
- Ok, on le fera à la méthode « militaire ».
Jeff se déplaça sur le côté, attirant les morts sur lui, il en tua deux d'un geste précis avec son couteau. Morgan à l'arrière se débarrassa des trois autres, elle sentit tout de même la douleur dans son bras, grimaçant, elle se dit qu'elle avait bien fait d'apporter la pommade d'Herschel. Jeff acheva également ceux pris au piège de la fosse et fit le tour de la clairière. Quand il revint vers elle, il lui sourit :
- Ca en fait de la toile militaire…
- T'imagines même pas le nombre de surplus que j'ai braqué.
- Et cette fosse ?
- Je l'ai creusé, un mois après mon arrivée.
- Que fait-on des cadavres ? On les brûle ?
- Non, on va en faire un barrage pour le chemin, on va les empiler, ça évitera qu'il y en ait d'autre la prochaine fois.
- Et le cadavre à moitié brûlé dans la fosse ?
Morgan grimaça, puis lui expliqua :
- Le militaire qui m'a fait cette cicatrice…
- Tu l'as tué ? s'indigna Jeff
- Déjà d'une, il m'a attaqué chez moi, m'a battu et menacé de mort. De deux, je lui avais dit de se barrer, il avait une morsure, de toute façon, il allait crever. Et de trois, il a voulu me la faire à l'envers, on le laissait partir et il a tenté d'attaquer à nouveau. .. Se justifia la jeune femme les poings sur les hanches. Et tu ne me feras pas croire que ton groupe et toi avait réussi à survivre tout ce temps sans vous confronter à d'autres survivants.
Jeff ne répondit pas, mais son silence en disait long.
- Pourquoi sommes-nous venus ici ? finit-il par demander
Morgan était en train de trainer un cadavre par les pieds jusqu'au chemin, sentant la douleur se répandre dans tout son bras, elle lui lança :
- T'es pressé ? Tu as un avion à prendre ?
- Non, mais je n'ai pas informé le Colonel que ma sortie prendrait autant de temps.
- Ne t'en fais pas, je te protège, s'amusa la jeune femme
Jeff tenta de retenir son sourire, puis attrapa les pieds du mort que Morgan déplaçait et il l'aida à le disposer en travers du chemin. Ils continuèrent ainsi avec chaque cadavre. Morgan guida Jeff à travers la cabane jusqu'à la pièce d'eau, elle tourna le robinet et fut satisfaite de voir que son réservoir n'était pas à sec, elle se lava les mains et les avant-bras, le militaire fit de même. Ils s'installèrent ensuite sur un vieux banc en bois à côté de la porte, Morgan lui offrit une petite bouteille d'eau. Jeff but une gorgée et demanda :
- Comment as-tu trouvé cet endroit ?
- Je ne l'ai pas trouvée, je connaissais déjà cette cabane… C'était la cabane du grand-père de Stephen, il adorait la forêt. Une partie de cette zone est un domaine de chasse, il l'a achetée et Stephen passait tous ses étés ici avec lui à l'écart de tout…
- Ce n'est pas si rustique, la coupa Jeff
- Rustique ? La première fois que Stephen m'a amené ici, j'ai failli repartir et me trouver un hôtel, je lui ai dit que s'il voulait me trainer à la campagne, je voulais au moins des toilettes…
- Et ?
- Il a installé des toilettes sèches, à vider dans le composteur tous les jours.
- Et pour l'eau ?
- On apportait des bidons d'eau, puis il a installé un récupérateur d'eau de pluie… Il avait dans le projet d'installer quelque chose d'autre avec filtre et compagnie, mais il n'en a pas eu le temps…
- Je te l'ai pas suffisamment dit, mais je suis désolé Morgan… Désolé pour Stephen, désolé pour toute cette histoire, désolé que vous ne vous soyez pas retrouvés.
- Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé, cette cabane, c'était… son enfance, nos vacances, je n'arrive pas à comprendre pourquoi il n'est pas venu ici… Surtout sachant qu'on y laissait des conserves, des bonbonnes d'eau, des médicaments pour les urgences… Non, je n'arrive pas à comprendre, j'aurai pensé que ça serait le premier endroit où il serait allé…
- J'ai cru comprendre qu'il avait été évacué à Fort Benning ?
- Oui, ils l'ont quitté en hélico quand ça a été envahi…
- Je pense qu'il a du se dire que votre fils était plus en sécurité avec des gens autour de lui armés et prêt à le défendre… Il a du se dire que c'était trop dangereux pour un petit garçon de vivre au fin fond d'une forêt…
Morgan ne répondit pas, son regard se perdit dans la forêt alentour. Qu'est ce qu'elle avait pu détester cet endroit au début, puis elle avait appris à apprécier le calme et la sérénité des lieux, cette impression d'être seuls au monde… C'est elle qui avait insisté pour y venir avec leur enfant tout juste né et rassurer le jeune père de ses angoisses. Elle sourit à cette pensée. Morgan avait tellement de souvenirs, mais elle ne voulait pas partir. Elle soupira et baissa la tête, Jeff se tourna vers elle visiblement inquiet :
- Morgan ?
- Je déteste l'idée de repartir.
- Tu t'es finalement attachée aux membres de ton groupe ?
- Ils m'ont accepté dans leur famille, malgré tous mes mensonges, ils m'ont accueilli… Et… Oui, je crois que je me suis attachée à eux.
- Et Daryl dans tout ça ?
Morgan releva la tête.
- Quoi Daryl ?
- Lors de ma dernière conversation avec lui, il était très protecteur envers toi…
- Daryl m'a sauvé… Je lui dois beaucoup et à cause d'Emerson, il va me détester.
- Je lui ai promis, comme à Rick, de veiller sur toi.
- Je sais m'occuper de moi-même et tu n'as même pas idée dans quel merdier vous allez vous fourrer, rétorqua-t-elle. Cette base est le royaume des rôdeurs, je le sais, je l'ai vu de mes yeux.
- Tu connais l'endroit, Emerson aussi, il suffit de dégager le terrain et elle sera à nous…
- Nous n'irons pas bien loin si vous vous mettez à tirer dans tous les sens, il faut employer une autre tactique, y aller en mode furtif.
- Tu parles comme un soldat, sourit Jeff, comment as-tu fait pour survivre seule face aux rôdeurs ?
- C'est pour ça que je voulais revenir ici… Attends-moi quelques instants.
Morgan retourna dans la cabane et ouvrit une malle, l'odeur qui s'en échappa, la prit à la gorge. Elle attrapa le sac poubelle et ressortit. Elle tendit le sac à Jeff qui grimaça quand il sentit l'infâme puanteur.
- C'est horrible, qu'est ce que c'est ? Des morceaux de rôdeurs en décomposition ?
- Presque.
Morgan sortit le contenu du sac et le montra à Jeff qui lui lança :
- Je ne comprends toujours pas.
- C'est une tenue anti zombies.
- Pardon ?
- Cette chose m'a permis de me balader au milieu de horde de rôdeurs sans qu'ils s'attaquent à moi.
- C'est une blague ?
- Pas du tout. C'est testé, approuvé et je pense même déposer un brevet !
- Tu imagines un peu ? s'exclama Jeff en se relevant. Il suffirait d'équiper une vingtaine d'hommes de cette tenue, ils pourraient nettoyer la zone sans se mettre en danger.
- C'est toujours mieux que de s'y rendre en mode cowboy…
- Faut que je parle de ça au Colonel Taylor… Tu es bien sûre que c'est fiable ?
- Je pourrais facilement danser le moonwalk au milieu des rôdeurs. Répondit-elle
Jeff ricana, puis se mit à faire les cent pas, tandis que Morgan rangeait la tenue dans le sac. Elle s'assit sur le banc et observa Jeff réfléchir à voix haute :
- Il nous faudrait trouver d'autres tenues, il me semble qu'il y en a à l'hôpital que nous avons nettoyé… Je pourrais m'y rendre, mais il faut que je te ramène au camp d'abord, il me faut des hommes aussi…
- Jeff ! l'interrompit Morgan
- Quoi ?
- On peut y aller ensemble. Si l'hôpital est nettoyé, il ne devrait pas y avoir de surprise, je suis armée, toi aussi, l'endroit n'est pas si loin, au pire, on restera sur place la nuit et on retournera au camp demain matin…
- Ce plan-là n'était pas prévu…
- Tout comme le plan de venir me chercher à la prison, rétorqua Morgan
- Je me suis laissé emporter sur ce coup-là. Emerson a désobéi quand je lui ai annoncé ton refus… J'ai tout juste eu le temps de prévenir le Colonel Taylor.
- Et bien, tu le préviendras depuis le talkie de la jeep, le camp survivra à ton absence un jour de plus, se moqua Morgan avant de redevenir plus sérieuse et lui avouer, et surtout, je ne suis pas prête à y aller… Et de me retrouver en présence d'Emerson.
Jefferson l'observa avant de se passer une main sur le crâne et de regarder autour de lui.
- Sache que je ne fais pas ça normalement, je ne monte pas des plans foireux, je ne pars pas en mission sans renfort et sans préparation, ça peut te paraitre futile toutes ces précautions, mais si notre groupe est toujours en vie jusqu'à présent, c'est parce que nous suivons le protocole. Ca nous a gardés en vie, ça nous a permis de monter un camp solide, de recueillir des gens, donc ça prouve l'efficacité de notre méthode d'une certaine manière.
Morgan ne sut que répondre, mais Jeff enchaina :
- Après je peux comprendre ton appréhension à te trouver dans notre camp, on ne t'a rien demandé, Emerson t'a forcé la main, tu as quitté ton groupe sans plus d'explication, donc je vais faire quelque chose que je ne fais pas habituellement et je vais t'emmener en balade…
Il enchaina en voyant le sourire de la jeune femme :
- Mais ne pense pas que ça va être une promenade de santé, je vais évaluer tes compétences, voir comment tu réagis en territoire hostile, voir quels sont tes points forts et tes points faibles, car la Base Navale est notre prochaine mission et tu vas y participer, donc je veux savoir comment tu te comportes en situation réelle…
- Tu vas me faire passer un contrôle ? s'indigna Morgan
- Tu veux qu'on retourne au camp ? questionna Jeff
Morgan secoua la tête, puis elle lui lança :
- Toi aussi, tu vas passer un test alors…
- Quel genre de test ?
- Voir comment tu survis sans ta mitraillette.
Jeff fronça les sourcils, puis lui tendit la main :
- Ok ça sera ma journée sans arme à feu, mais demain, c'est toi qui passeras la journée avec…
- J'aurai du mal, je ne sais pas tirer…
- Mais tout à l'heure à la prison…
- Je la tenais, la sécurité était enlevée, mais si j'avais du tirer, je ne suis pas sûre que j'aurai atteint quoi que se soit.
- Et lors du rendez-vous avec Taylor, tu avais une mitraillette…
- Un coup de bluff pour vous montrer que nous aussi, nous étions armés.
Jefferson la regarda choqué avant de l'interroger :
- Tu as survécu depuis le début de l'épidémie, seule et sans arme à feu ?
- Oui… j'ai rencontré des personnes qui m'ont beaucoup apportées, je n'ai jamais eu besoin d'armes à feu. La tenue me permettait d'aller vider les magasins envahis en toute sécurité. J'ai même fait un trajet avec eux pendant quelques jours, je me demandais où est ce qu'ils allaient ainsi regroupés…
Le militaire la regardait comme si elle était une extraterrestre, puis lui sourit, avant de lui dire :
- Je sens que ce petit voyage ensemble va être intéressant. Tu as de l'eau et des provisions ici ?
- Oui, j'ai laissé des fournitures au cas où.
- Prépare ce qu'il faut, pour disons deux jours, nous allons nous rendre à l'hôpital ensemble…
- Chouette, on part à l'aventure.
Morgan se rendit dans le chalet euphorique, elle ouvrit la trappe sous le lit et prit des provisions et des bouteilles d'eau, elle se fit une petite pochette de premiers secours, juste au cas où. Elle ouvrit le placard pour récupérer un sac à dos et alors qu'elle était en train de fouiner pour en trouver un, c'est là qu'elle le vit, roulé en boule, le tour de cou de Stephen. Elle n'avait jamais remarqué que cet objet était là, par terre, jeté en vrac. Elle le sortit, le secoua pour le dépoussiérer et le passa autour de son cou. Puis attrapant un sac à dos, elle y mit les fournitures et sortit pour rejoindre Jefferson qui regardait un plan, Morgan posa le sac à ses côtés et observa par-dessus son épaule.
- J'aimerai bien essayer ta tenue, lança le militaire
- Peut être que tu en auras l'opportunité à l'hôpital…
- Non, nous l'avons nettoyé et barricadé, aucun risque qu'il y ait des rôdeurs sur place.
- Ne t'en fais pas, nous trouverons un moyen de faire passer le test à la combinaison, le rassura Morgan, ça va être l'occasion de tester pas mal de choses.
Quelques minutes plus tard, le duo avait rejoint la jeep et roulait en direction de l'hôpital. Jefferson avait contacté le camp et informé le Colonel de son détour avec Morgan pour rejoindre le bâtiment inoccupé. Taylor avait donné son accord à contre cœur quand Jefferson lui avait parlé d'une possible solution pour éviter les pertes à la base navale. Morgan s'était gentiment moquée du militaire et avait préparé ses hachettes pour leur arrivée. Le trajet était assez long, au bout de plusieurs kilomètres sans un mot, Morgan demanda :
- Comment s'est passé le début de l'épidémie pour toi ?
Jefferson resta les yeux fixés sur la route envahie par les herbes, Morgan put voir sa mâchoire se crisper. Pensant qu'elle avait posé la mauvaise question, elle contempla de nouveau la route, quand soudain, elle l'entendit lui dire d'une petite voix :
- J'étais en permission chez mon vieux père quand j'ai été rappelé de toute urgence à la base sans savoir pourquoi. Une fois arrivé sur place, le Colonel nous a briffés en présence d'un général, nous devions nous poster à l'extérieur du CDC et protéger le bâtiment. Le Colonel n'a répondu à aucune de nos questions, mais il était suffisamment nerveux pour tous nous inquiéter. Quand enfin, le Général est parti, le Colonel nous a expliqué la situation. Il ne voulait pas qu'on risque nos vies sans être au courant. J'ai pu appeler mon père pour lui dire d'être prudent et de ne pas sortir de la maison… Le CDC a été submergé, des scientifiques se sont barricadés à l'intérieur, on a assisté à des suicides de masse, puis les morts sont arrivés, quand nos premiers gars ont été débordés et dévorés, le Colonel nous a ordonné d'évacuer. Nous sommes partis et nous sommes restés sur la route longtemps, nous sommes allés de base en base, récupérant des armes, des munitions, nous ravitaillant en essence… Mais plus le temps passait et plus il y avait de rôdeurs, on a perdu beaucoup de nos amis, d'autres militaires nous ont rejoint, on a pu les contacter grâce à un canal d'urgence de l'armée…
Morgan pouvait voir sur les traits tirés de Jeff que l'épidémie l'avait durement éprouvé. Pourtant une question brûlait ses lèvres, mais elle n'osait pas la laisser franchir. Jeff continua d'une voix dure :
- J'ai vu des choses auxquelles je n'étais pas préparé et pourtant, je suis dans l'armée… On a survécu malgré tout en voyageant sans cesse, en ne restant jamais au même endroit et puis un jour, nous sommes repassés devant ma ville… Et pour la première fois de ma carrière militaire, j'ai désobéi à un ordre de mon supérieur : j'ai pris une jeep et je suis retourné chez moi…
Morgan attendait, elle espérait que Jeff avait pu sauver son père, mais en voyant son visage rempli de tristesse, elle comprit que ce n'était pas le cas. Jeff poursuivit, les yeux toujours rivés sur la route.
- La maison était verrouillée, j'ai pris la clé de secours et je suis entré. J'ai à peine ouvert la porte que j'ai compris, la puanteur ambiante qui y régnait, m'a fait réaliser que mon père était mort… Mais lorsque j'ai refermé la porte, j'ai vu mon père dans la cuisine, debout face au frigo ouvert, il ne bougeait pas. Je me suis approché, je lui ai posé la main sur l'épaule, il s'est tourné et à tenter de me mordre, il était devenu une de ces choses… J'ai attrapé mon couteau et je lui ai planté dans la tête. Mon père était parti, je n'avais pas pu l'aider.
Morgan posa sa main sur son bras, elle ne s'attendait pas à ce que Jeff continue son récit et pourtant, il poursuivit son histoire :
- Ce qui m'a étonné, c'est que mon père était barricadé chez lui, il avait cloué des planches aux fenêtres, il avait des provisions et il n'avait pas de morsure… J'ai regardé partout, pas de trace d'un quelconque contact avec un rôdeur, en fouillant la maison, j'ai trouvé une boite de médicaments vide, c'était ses comprimés pour le cœur, il n'en avait plus… Soit il a tenté de mettre fin à ses jours en avalant le tube entier, soit il n'avait plus de médicament et il a fait une crise cardiaque. Ce qui voulait dire que du moment qu'on meurt, on revient en mort vivant… J'ai trouvé le chien dévoré dans la salle de bains. Mon père devait attendre mon retour, j'ai trop tardé. Il me manque beaucoup, c'était ma seule famille, j'ai perdu ma mère jeune, ma carrière passait avant tout, je ne me suis jamais marié et je n'ai pas eu d'enfants…
- Désolée pour ton père, je n'aurai pas du être si curieuse, s'excusa Morgan en retirant sa main de son bras et se grattant la nuque mal à l'aise
- C'est la première fois que j'en parle… Avoua l'adjudant en lui faisant un léger sourire, puis il ricana, à mon retour auprès de Taylor, il était furax, il m'a insulté de tous les noms, mais quand je lui ai parlé de ma découverte, ça l'a tellement fait s'interroger qu'il en a oublié ma désertion. Trois mois plus tard, on débarquait à l'hôpital. Des civils se sont joints à nous, petit à petit. Puis moins d'un an après, nous avons trouvé l'hôtel. Nous avons sécurisé la zone et Taylor a proposé de rester sur place, nous avons renforcé au mieux l'entrée. Et puis, me voilà six mois plus tard, à déserter le camp pour tenter de trouver des tenues censées nous protéger des morts…
- Elle est testée et approuvée ma technique et je vais te le prouver, le coupa Morgan
Jeff se rangea sur le bas côté, soudainement anxieux. Morgan l'observa curieuse et le vit sortir du véhicule. Il regardait des traces au sol, les sourcils froncés. Il revint vers elle et remit la jeep en route, il continua une cinquantaine de mètres avant de bifurquer sur la droite et de cacher la jeep à l'écart dans un chemin de terre. Devant le mutisme du soldat, Morgan finit par lui demander :
- Il se passe quelque chose ?
- Il y a eu du passage récemment, ce n'est pas nous, c'est certain, ça ne faisait partie d'aucun itinéraire établi cette semaine.
- D'autres survivants… souffla Morgan en accrochant ses hachettes à sa ceinture
Elle vit l'adjudant charger son arme de poing et la mettre dans son étui le long de sa cuisse. Morgan releva les sourcils :
- On avait dit pas d'armes à feu.
- On avait dit pas d'armes à feu contre les rôdeurs, rétorqua-t-il, mais je ne vais sûrement pas me frotter à de possibles survivants avec ma bonne volonté et mon couteau…
Morgan éclata de rire, puis le suivit quand il s'avança vers le bâtiment sous le couvert des arbres le long de la route. Accroupis derrière des buissons, Jeff observait les environs de l'édifice avec ses jumelles, tandis que Morgan jetait un coup d'œil sur les alentours de leur cachette.
- Une des portes de service a été fracturée.
- Il y a du mouvement ?
- Non, pas de rôdeur sur le parking. Pas de mouvement à première vue dans les étages…
- Qu'est ce qu'on attend alors ? demanda Morgan
- Pas de véhicule aux abords non plus, poursuivit Jeff comme si elle n'avait rien dit, le toit est inoccupé, pas de mouvement dans la forêt autour, mais ils peuvent être cachés…
- Jefferson ! interrompit Morgan, si vous ne le sentez pas, on n'y va pas.
- On continue le long des arbres et on avance doucement sur le parking, jusqu'à cette porte, d'accord ?
- Ok.
Le duo se releva et se dirigea en courant vers la construction, tandis que Morgan observait toujours les alentours, Jeff dégaina son arme, ouvrit doucement la porte de service et regarda à l'intérieur.
Le couloir était sombre. Il sortit une lampe torche de sa poche de treillis et balaya le couloir de son faisceau. Il était vide. Jeff entra en premier, suivi de Morgan qui bloqua la porte pour éviter un éventuel rôdeur de rentrer. Ils remontaient le corridor, lentement, à l'affût du moindre bruit, mais le bâtiment était silencieux et semblait vide. Ils arrivèrent à l'accueil, il n'y avait rien, ni personne… On pouvait voir les impacts de balle sur les murs accompagnés de traces de sang, mais les murs et les sols avaient été grossièrement nettoyés. Jeff se tourna vers Morgan qui haussa les épaules, il rengaina son arme. Il indiqua un plan à la jeune femme, il lui dit doucement :
- Nous sommes ici. La réserve où je pense que sont stockées ces tenues est au sous-sol, à côté de la morgue, juste là…
- T'es sûr que cet endroit est bien nettoyé ?
- Oui.
- Le sous-sol plus la morgue, il y a de quoi avoir les chocottes non ?
- Ne pense pas à ça, se moqua Jeff, allons-y !
- Je te suis, tu connais mieux les lieux.
Ils reprirent leur chemin, poussant les doubles portes prudemment pour ne pas avoir de surprise cachée derrière. Quand ils empruntèrent les escaliers pour se rendre au sous sol, Morgan vit les murs qui portaient encore des traces de sang, il y en avait plus dans l'escalier qu'à l'accueil et ça puait la mort. Jeff la rassura et continua leur traversée, la lampe braquée sur les marches. Morgan se sentait mal à l'aise. Elle souffla un bon coup quand enfin, ils atteignirent la porte du sous sol. Ils marchèrent encore le long d'un corridor plongé dans l'obscurité, le faisceau de la lampe était suffisamment puissant pour éclairer le couloir en entier.
Soudain Jeff se stoppa net, Morgan l'évita de justesse. Elle le contourna et le vit tourner la tête. A leur gauche, il y avait une double porte qui bougeait légèrement. Quand Jeff pointa la lumière dessus, ils virent des rôdeurs à travers la vitre. Le mort les vit aussi et grogna, d'autres derrière lui s'agglutinèrent également, la double porte s'ouvrit, laissant se déverser un flot de rôdeurs dans le couloir. Jeff attrapa le bras de Morgan et lui hurla de courir.
Morgan fit ce qu'il lui dit, mais pour aller où ? Le couloir prenait fin face à eux. Jeff la tira dans une pièce et referma la porte derrière eux. Il fit une barricade avec une armoire, puis essoufflé, il se plia en deux avant de braquer la lumière sur elle, la voyant tétanisée, il lui lança ironique :
- Bienvenue dans la réserve !
