Morgan n'avait pas dormi de la nuit, réfléchissant et écoutant la respiration de Jeff. Elle s'était levée avant lui et plongée sous le jet glacé de la douche. Elle avait entendu le militaire se préparer et avait dû se résoudre à sortir de la salle de bains. C'était le grand jour, elle allait retrouver Stephen ou plutôt ce qu'il était devenu…Stephen L'amour de sa vie, l'être cher perdu, elle ressentit soudain de la peur : comment allait-elle réagir ?
A cet instant, la jeune femme aurait voulu avoir Daryl à ses côtés, mais elle le chassa de ses pensées, sachant pertinemment que le chasseur ne devait être que colère pour le moment.
Morgan prit le temps de s'habiller et retourna auprès de Jefferson, il était en tenue et l'attendait. Ils ne parlèrent pas, un simple hochement de tête leur suffit. Morgan fouilla son sac à dos, en sortant le tour de cou de Stephen et l'enfila. Le contact du tissu ayant appartenu à son homme la réconforta, mais subitement, son estomac se tordit et la bile lui remonta dans la gorge. Morgan se précipita vers la corbeille à papier et vomit le peu que son estomac contenait. Jeff lui tendit un chiffon, Morgan s'essuya le visage et leva les yeux vers l'homme qui était à ses côtés depuis quelques jours :
- Ecoute, commença-t-il, je sais que tu te dis que cette mission est foireuse et que s'il n'y avait pas Stephen, tu ne serais jamais venu, mais je veillerai sur toi, comme je l'ai promis à Rick et à Daryl…
- Ne parle pas d'eux… le coupa Morgan, le cœur au bord des lèvres.
Elle agrippa de nouveau la corbeille sous le regard inquiet de son partenaire.
- Je vais bien et je ne doute pas de tes capacités, juste des miennes. Avoua la jeune femme
- Je serai à tes côtés… Ordre du Colonel Taylor, je ne dois pas te perdre de vue.
- Comment vais-je réagir en voyant Stephen ? Murmura Morgan, et si je perds mes moyens ? Ne me laisse pas perdre pied, quitte à me gifler pour ça…
- Je tenterai d'y parvenir sans avoir recours à la violence, lança Jeff en souriant
- Allons-y ! répondit-elle. Finissons en une bonne fois pour toute !
Morgan ferma sa veste et prit son sac à dos. Elle suivit Jefferson à l'extérieur, jusqu'au hangar des véhicules. Une troupe de soldats patientait à côté de trois camions, Lopez donna des instructions. Jefferson fit l'appel, sous l'œil de Morgan adossée à un des camions. Son regard croisa celui d'Emerson qui la fixait, elle ne put réprimer une grimace. L'arrivée du Colonel Taylor mit un terme à cet échange quand le militaire l'interpella :
- Bonjour Morgan.
- Bonjour Colonel.
- Prête pour la mission ? Lui demanda l'homme en observant ses troupes
- Si on peut dire ça… Marmonna la femme
- Je voulais te remercier pour les tenues anti-zombie, continua Taylor, Jeff a pu organiser cette mission rapidement et sans danger pour les hommes.
- Ravie d'avoir pu rendre service, lâcha-t-elle légèrement agacée par le fait qu'Emerson continuait de la fixer
- A ton retour, je suppose que tu retourneras à la prison ? Questionna militaire
-Oui. S'empressa-t-elle de répondre. J'ai une famille qui m'attend là-bas.
- J'aimerai vraiment développer une entente entre nos deux groupes et souhaiterai rencontrer Rick pour en discuter, pourrais-tu jouer les ambassadrices et faire la liaison entre nous ? Interrogez le gradé
- Je ferai de mon mieux. Assura Morgan
- Parfait, on se voit à votre retour. La salua Le Colonel. Fais attention à toi, reste auprès de Jefferson, il a ordre de veiller sur toi.
- Il va être ravi, ironisa-t-elle en pensant que ces jours-ci, elle avait plus veillé sur lui que l'inverse.
Elle fut coupée par l'intéressé qui vint la chercher et la mena à un des camions. Elle grimpa dans la cabine, Lopez était au volant et Jeff s'installa à ses côtés :
- Les trois mousquetaires partent en mission ? demanda le chauffeur avec un clin d'œil pour elle
- J'ai pensé que tu apprécierais de voyager en cabine plutôt qu'à l'arrière… lança Jeff avec une grimace
- Tant que je n'ai pas Emerson dans mon champ de vision, ça me va, rétorqua Morgan
Sur ces mots, Lopez démarra l'engin et ils prirent la route. Jeff commença :
- Pour notre mission, tu seras dans le dernier groupe avec Lopez et moi, à l'arrière…
- Tu sais que c'est moi qui ai mis au point ces tenues et que j'ai plus l'habitude de les utiliser que n'importe quels gars de ton peloton ? L'interrompit-elle
- Je sais, répondit Jeff, mais tu n'es pas là pour risquer ta vie, tu es là pour Stephen. Laisse-nous nous occuper du reste !
- Je suis d'accord, avoua Lopez, c'est risqué et ce n'est pas ta mission.
- On croirait entendre Rick et Daryl, merci de ne pas me traiter en demoiselle en détresse, si vous voulez que l'on reste collègue.
Les deux militaires éclatèrent de rire, Morgan grogna et reprit :
- Ecoutez, pour le moment, nous sommes tous dans le même bateau, je vous aiderai dans le nettoyage de la base et je peux vous assurer que vous en aurez besoin… La dernière fois que j'y suis allée, il y avait énormément de morts…
- Nous espérons que depuis le temps, ils seront allés voir ailleurs… Intervint Jeff
- De nos jours, l'espoir tue, rétorqua Morgan
- Trêve de bavardage vous deux ! Ordonna López
Morgan croisa les bras, tandis que l'adjudant se pinçait l'arrête du nez. Le chauffeur les observa et continua :
- On est ensemble dans une même galère et ensemble, nous allons accomplir cette mission. Jefferson, cesse donc ce paternalisme envers elle, et toi, Morgan, cesse donc d'être si… obtus. Beaucoup de gens sont inquiets pour toi, comprends donc que ta survie nous importe aussi.
- Je ferai un effort pour m'en souvenir, promit-elle
- Je tenterai de m'en souvenir aussi et d'être moins paternaliste… lâcha Jeff
- Maintenant, serrez-vous la main ! ordonna l'hispanique
- Tu plaisantes ? demanda Jeff
Devant l'air déterminé de son compagnon, Jeff obtempéra et tendit la main à la jeune femme qui la serra fermement. Lopez éclata de rire :
- Je n'arrive pas à croire que ça ait marché.
- Très mature, vraiment très mature, marmonna Morgan, donc reprenons, nous serons le dernier trio de la base et aiderons au nettoyage, puis quand tout sera sécurisé, vous ferez ce que vous avez à faire et je ferai de même.
Le trajet se poursuivit. Plus on se rapprochait de la base et plus la tension était palpable. Lopez avait les articulations blanchies à force de serrer le volant. Jeff ne cessait d'aiguiser son couteau, tandis que Morgan caressait son tour de cou en scrutant sa hachette. Allait-elle arriver à le faire ? Planter le tranchant de sa hache dans le crâne de celui qu'elle avait tant aimé ? Cela lui semblait bien difficile à imaginer pour le moment. Elle espérait presque qu'Emerson ait menti ou bien que Stephen ne soit plus là… Non, elle lui devait bien ça, c'était son rôle, sa tâche à elle et à elle seule. Son fardeau même, elle ne devait pas fléchir.
Angoissée par l'avenir, Morgan ferma les yeux dans l'espoir de rattraper les heures perdues de la nuit précédente.
Cela faisait deux semaines que Morgan avait quitté Carine et Mag. Elle se rendait à la base navale, dernière indication de Stephen. La jeune femme avait marché, longtemps. Seule parfois, mais souvent en compagnie des rôdeurs grâce à la tenue. Elle dormait dans des voitures abandonnées, pillait les commerces quand elle traversait des villes fantômes, se cachait quand elle croisait des survivants amaigris et elle continuait à marcher. Au bout d'un temps incalculable, Morgan tomba enfin sur un panneau indiquant la base, son cœur bondit dans sa poitrine et en dépit de toute prudence, elle se mit à courir. Elle s'imaginait déjà les serrer dans ses bras. Son cœur menaçait de sortir de sa poitrine. La base était en vue, elle voyait les miradors au dessus des arbres. Morgan se stoppa net quand elle arriva devant et tomba à genoux. La base était envahie, des dizaines de rôdeurs déambulaient à l'intérieur, des bâtiments avaient été ravagés par un incendie. Un destroyer était même détruit.
La base était énorme et munie de plusieurs miradors, la grille d'entrée était surmontée de barbelés. Un grand bâtiment rectangulaire dominait la base. A l'arrière de celui-ci, se tenaient plusieurs hangars en tôle abritant divers engins de guerre ou des véhicules.
- Non… souffla la jeune femme
Elle pénétra à l'intérieur, cherchant en vain un indice supplémentaire de Stephen, mais la vue des hélicoptères crashés au sol lui fit un choc. Stephen n'avait pas pu partir… Peut-être même était-il mort dans la chute, et son fils ? Elle parcourut la base et ne les vit pas. Elle se laissa tomber à terre et pleura. C'était trop pour elle. Elle se sentit vide, ses recherches étaient son moteur et elle venait de tomber en panne. Morgan eut, soudain, envie de s'allonger là et d'y rester.
- Bouge de là ! Ordonna une voix
Morgan sursauta et regarda autour d'elle.
- Bouge, bordel !
La jeune femme paniqua.
- C'est pas le moment de pleurer comme une écolière, tu dois les trouver !
Morgan se releva et enleva le haut de sa combinaison. Elle était seule.
- S'ils ne sont pas ici, c'est qu'ils sont partis et tu sais où ils se sont rendus…
- Le chalet, répondit Morgan
- Alors qu'est ce que tu fous encore là ? t'as de la route encore… vociféra la Voix
- Nom de Dieu, je deviens dingue…
- Je suis là pour que tu ne le deviennes pas, Imbécile.
Morgan remit sa combinaison en place et fit demi-tour. Elle s'éloigna de la base pour atteindre sa nouvelle destination en compagnie de son alter-ego qui pouvait se montrer très grossière par moment.
Morgan sentit qu'on la secouait, elle ouvrit les yeux difficilement, ce rêve lui avait pompé toute son énergie. Le camion était à l'arrêt et Lopez l'observait l'air inquiet, elle lança :
- Ça va.
Le soldat l'aida à descendre du camion. Jefferson donnait des instructions et tous les soldats reçurent l'ordre de s'équiper d'une tenue. D'autres arpentèrent les alentours et revinrent avec des rôdeurs qu'ils achevèrent. Lopez et Jefferson montèrent sur le camion pour observer la base à l'aide de jumelles.
Morgan sortit sa tenue du sac poubelle et sourit en voyant les grimaces des militaires autour d'elle. Ils semblent soudain comprendre qu'ils allaient tout autant empester d'ici quelques instants. Morgan s'agenouilla devant les corps des rôdeurs et les découpa à la hachette. Elle leur montra ensuite comment étaler le sang et les tripes sur leur combinaison.
Les soldats, peu enclins à s'exécuter, se tournèrent vers Jefferson qui hocha la tête, tandis que Lopez arborait un rictus moqueur. Ils finirent par se diriger vers les cadavres et faire la même chose que Morgan à grand recours de grimaces et grognements dégoutés. Les deux gradés se rapprochèrent et Jeff distribua des oreillettes au groupe :
- Evitez au maximum de parler, pour ne pas être repéré par les rôdeurs. Vous n'utilisez l'oreillette que si votre groupe est éloigné des autres et que vous avez des infos importantes à communiquer.
Morgan accrocha l'engin à son oreille et se dirigea vers Lopez pour l'aider à enfiler son masque avant de lui étaler le sang noir et malodorant. Jefferson fut le dernier à se préparer, il accrocha deux couteaux à sa ceinture et posa la mitraillette dans le camion.
- Bon les gars, c'est le moment. Dix groupes de trois, une équipe toutes les cinq minutes. Nettoyage de la base, tout mort doit être achevé à l'arme blanche, aucun coup de feu ne doit être tiré… Aucune parole ne doit être prononcée… Pas de mouvement brusque, pas de panique. On est rapide et efficace. Allez, on y va, on remplit notre mission et retour au bercail.
Jeff ajusta son masque et donna ses instructions à la première équipe qui se dirigea vers la base. Les trois hommes firent coulisser le portail pour agrandir l'espace. Le grincement du métal attira l'attention des rôdeurs les plus proches.
- Je n'ai pas le souvenir d'avoir refermé le portail la dernière fois que je suis venu… Commença Morgan
Lopez se tourna vers elle et se gratta le menton :
- Ca veut dire qu'il ya eu du passage entre temps. J'espère que la base n'a pas déjà été pillée.
Jeff observa son équipe avec des jumelles et marmonna :
- J'espère aussi… Tranquille les gars, pas de panique…
La première équipe eut le réflexe instinctif de porter leur main à leur ceinture à la recherche de leur arme. Les morts les encerclaient à présent, mais après les avoir reniflé, ils se détournèrent. Certains sortirent par l'ouverture et d'autres reprirent leur marche sans but.
Les soldats restèrent immobiles quelques instants, puis reprirent leur avancée, couteaux en main et achevant les rôdeurs passant à proximité.
Jeff donna l'ordre à la deuxième équipe d'y aller à leur tour. Cette deuxième vague avait pour mission de contourner le bâtiment principal et de nettoyer l'accès aux différents hangars.
Morgan s'impatientait quelque peu, elle pouvait sentir la sueur couler dans son dos et l'adrénaline dans ses veines. L'attente était interminable. Quand enfin, Jeff lui fit signe, ils mirent leur haut de combinaison en place et s'avancèrent vers la base. Le trio marchait au milieu des rôdeurs à terre. Les premières équipes avaient fait le boulot. Tandis qu'une était dans les hangars, une autre s'approchait du bâtiment principal. Un des soldats ouvrit la porte principale et un flot de morts se déversa sur eux. Un des militaires trébucha et tomba en arrière, le haut de sa combinaison glissa. Paniqué, il lâcha un juron un peu trop fort. Cela eut pour effet d'attirer l'attention des rôdeurs en nombre, ils se jetèrent sur lui. Morgan se précipita, Lopez esquissa un geste pour la retenir, mais il la manqua. Le militaire au sol poussait des hurlements, tandis que les morts s'acharnaient sur son cou et son visage. Morgan lui planta sa hache dans la tête. Les cris se stoppèrent. Elle reste accroupie devant le cadavre, soufflant lentement, tandis qu'un rôdeur s'était rapproché pour la renifler. La jeune femme attrapa le couteau à sa ceinture et lui planta dans la tempe, le rôdeur s'affaissa à ses côtés. Elle continua sa danse macabre entre les rôdeurs occupés à dévorer le soldat.
Au bout d'un certain temps, il ne restait plus qu'un tas de rôdeurs. Morgan se redressa et pénétra dans le bâtiment. Jeff et Lopez la suivirent. Le bâtiment était plongé dans le noir et du sang s'étalait sur les murs. Le mobilier était entassé devant des portes, signe que des rôdeurs devaient se trouver de l'autre côté. Ils continuèrent leur exploration, abattant des rôdeurs déambulant dans les couloirs étroits. La base avait survécu un certain temps, au vu de toutes les pièces aménagées en dortoir. Découvrir cet endroit où Stephen et son fils avaient survécu, mit un coup au cœur de Morgan qui s'accéléra. Une main sur son épaule la fit sursauter, elle se tourna vivement et elle entendit Lopez dans son oreille :
- Ça va aller ?
Elle hocha la tête pour toute réponse. Les morts avaient vraiment pris possession des lieux, ils en trouvèrent de partout, dans toutes les pièces, même parfois dans des pancartes.
Alors que le trio pénétrait dans les quartiers du Général en charge de la base, les trois compagnons le virent assis de dos dans un grand fauteuil. Lopez s'approcha pour sécuriser les lieux, le Général se tourna et se jeta sur lui. L'hispanique, surpris, vit le rôdeur à qui il manquait les deux jambes, grignotées jusqu'aux genoux, se trainait sur lui, l'empêchant de s'emparer du couteau dans son dos. Morgan se précipita et attrapa le mort par le tibia et tenta de le tirer en arrière, mais ses mains gantées glissèrent sur l'os et elle tomba en arrière. Une autre mort surgit de sous la table, la saisissant au cou, lui arrachant le masque. Morgan rampa en arrière, filant un coup de pied au rôdeur qui le reçut dans la mâchoire qui s'arracha sous le choc. Alors qu'il grognait en approchant son visage de sa jambe, Morgan lui planta sa hachette pile entre les deux yeux. Jeff s'était précipité pour venir en aide à son ami et acheva le Général.
Lopez resta à terre quelques instants, le temps de souffler. Morgan récupéra son masque et en profita pour rattacher ses cheveux. Jefferson se présenta devant elle et demanda inquiet :
- Elles ont une date de péremption les tenues ?
- Non, mais il peut arriver que lorsque le sang est sec et que notre odeur est accentuée par la transpiration, elles perdent un peu en efficacité, ça ne m'était jamais arrivée aussi vite.
- Merci de prévenir que maintenant, grogna Jeff
Morgan lui fit une grimace et lui adressa un doigt d'honneur pour toute réponse. Lopez était déjà en train d'ouvrir le cadavre à ses côtés et de s'étaler le jus d'entrailles sur lui.
Jefferson parla lentement à ses hommes par l'intermédiaire des oreillettes pour leur conseiller de continuer à se propager du sang sur eux. Morgan s'était assise dans un des grands fauteuils de la pièce et ferma les yeux quelques instants, tandis que Lopez cherchait parmi les papiers éparpillés sur le bureau et tira un cahier à moitié déchiré. Il commença à le feuilleter et lança :
- La base a tenu pendant presqu'un an après le début de l'apocalypse… Ils ont eu un problème avec quelques survivants, mais rien de bien méchant…
- Comment est-elle tombée alors ? demanda Jefferson, il avait la base, les militaires, des vivres…
- Une épidémie a infecté de nombreuses personnes, une maladie inconnue dérivée de la grippe, elle s'est répandue malgré une quarantaine… Raconta Lopez
- Je connais la suite, rétorqua Morgan, il y en a un qui est mort et qui s'est réveillé pour bouffer tout le monde ?
- Oui, c'est un peu ça, ils ont été submergés… Les militaires se sont faits manger ou se sont enfuis…
Jeff fouillait la pièce en écoutant Lopez, soudain une voix résonna dans leur oreille :
- Adjudant, il faudrait que vous veniez voir derrière le hangar…
- On arrive.
Lopez accrocha le cahier dans sa ceinture et suivit Jeff hors de la pièce. Morgan était toujours dans son fauteuil lasse. Elle n'avait aucune envie de se lever. Lopez revint sur ses pas et l'appela :
- Tu ne viens pas ?
- Non, je crois que je vais rester là et dormir avec mes deux potes ! Lança-t-elle en désignant les deux rôdeurs à terre.
- On serait ailleurs, je t'aurai bien dit de prendre le temps de souffler et de nous rejoindre, mais pas ici et pas avec la responsabilité que nous a imposé le Colonel, donc tu seras gentille de te lever, remettre ton masque et venir avec nous.
Morgan ne répondit pas, mais planta son regard dans celui de l'hispanique qui fronça les sourcils. Elle en avait assez. Assez de tout ça, de tous ces hommes qui pensaient pouvoir sans cesser lui dire quoi faire. Assez de n'être qu'à leurs yeux qu'une femme à protéger, alors qu'elle avait passé son temps à les aider. Est-ce qu'un jour, elle réussirait à reprendre le cours de sa vie ? Mettre un terme à toutes ces quêtes et retourner vivre avec les personnes qu'elle avait choisies ?
Finalement, toujours sans un mot, Morgan se redressa et remit son masque. Elle se dirigea vers la sortie, suivie de Lopez.
Les trois compagnons se rendirent au hangar et retrouvèrent les autres soldats. Ils étaient en train de discuter, un tas de rôdeurs à leurs côtés. Ils se tournèrent vers eux et l'un d'eux leur fit signer de le suivre. Il les mena à l'arrière du hangar et leur désigna une fosse où étaient alignées les cadavres. Morgan eut un mouvement de recul. Jefferson demanda :
- Le périmètre est-il sécurisé ?
- Non, pas encore… Nous faisons le point sur notre avancée. Répondit à un des soldats
- Alors continuons le boulot, ordonna Jeff, nous nous réunirons lorsque la base sera nettoyée.
Le ton autoritaire de leur adjudant poussa les militaires à remettre leur masque et reprendre leur ouvrage. Jefferson décida de rester avec les autres équipes pour les superviser. Il demanda à Lopez s'il pouvait se charger de nettoyer avec Morgan.
La jeune femme s'éloigna du groupe et reprit sa tâche au côté de Lopez. Ils jetèrent leur dévolu sur un bâtiment et y pénétrèrent. S'étourdissant de violence, la jeune femme reprit le nettoyage avec une motivation nouvelle. Elle ne sentit pas le temps passer, son bras endolori à force de frapper au couteau, la sueur coulant dans son dos, l'atmosphère étouffante de la combinaison. Morgan avait l'impression de n'avoir fait que frapper, frapper et frapper encore des crânes. Les cadavres gisaient dans leur sillage.
Lopez tint son rythme, désireux lui aussi, d'en terminer au plus vite, mais derrière chaque porte des rôdeurs attendaient. Il avait l'impression d'être dans un mauvais jeu d'arcade, où chaque coin sombre, chaque couloir, chaque ouverture, cachait un piège. Il était épuisé, mais gardait la cadence imposée par la jeune femme qui semblait animée d'une telle rage qu'elle lui faisait presque peur parfois.
Ils ne se doutaient pas du temps qu'ils avaient passé dans ce bâtiment à vérifier chaque pièce, chaque placard, chaque sanitaire… Le soleil était au plus haut dans le ciel, la chaleur augmentait. Morgan, la bouche pâteuse, se stoppa et regarda autour d'elle. Son compagnon était en train de faire un croche patte à un mort, avant de l'achever d'un coup de machette qu'il avait récupéré un peu plus tôt dans un des dortoirs envahis. Ils étaient devant la dernière porte, du dernier couloir, du dernier étage de l'édifice. La fin était proche dans tous les sens du terme. Morgan hocha la tête à l'attention de l'hispanique quand il posa sa main sur la poignée. Il ouvrit doucement et la porte grinça légèrement. Un grognement retentit immédiatement et deux bras pourris se tendirent dans leur direction. Morgan le repoussa de son pied dans le ventre. Le rôdeur tomba à terre et Lopez l'exécuta. Ils restèrent aux aguets, mais il n'y avait pas un bruit… La pièce était plongée dans le noir, armés de lampe torche, ils firent le tour de l'endroit, en faisant bien attention de vérifier sous les meubles, derrière les portes , de partout où pouvaient surgir les cadavres. Mais il n'y avait plus rien. Morgan entendit Lopez souffler de soulagement et sourit.
- Jefferson, bâtiment principal nettoyé, Equipe 10 ok. Lança-t-il dans son oreillette
- Equipe 3 ok aussi, hangar nettoyé…
- Equipe 1, secteur sécurisé.
- Equipe 4, idem.
- Equipe 2, secteur nettoyé aussi.
- Equipe 5, en vérification de la clôture, tout est ok.
- Equipe 6, port ok, mais il vaut mieux ne pas tenter de monter à bord des navires, les rôdeurs sont nombreux, ils se jettent à l'eau depuis qu'ils nous ont vu… Nous allons rester sur les docks pour surveiller le périmètre.
- Equipe 7 et 8, sur les clôtures, RAS.
- Equipe 9 sur les miradors, on a une belle vue d'ici.
- Entendu, lance la voix de Jefferson, bon boulot les gars… et la fille !
Morgan éclata de rire, suivi par Lopez :
- Il n'avait pas intérêt à m'oublier, lança-t-elle
- Ici Jefferson, la base est sécurisée. Equipe Ravitaillement, vous pouvez avancer les camions, refermez le portail derrière vous. Terminé.
- Bien reçu, nous sommes en approche de la base.
Morgan soupira et retira son masque, respirant enfin à plein poumon. Lopez l'imita, soulagé et s'étira. Puis il observa Morgan et lui tendit la main, elle la serra et il lui dit avec un sourire sincère :
- Bon boulot partenaire.
- Tu t'es bien débrouillé aussi ! Le boulot est fait, quel est le programme ?
- Pour nous, une petite pause ne serait pas du luxe. Sortons d'ici.
La femme le suivit dans le labyrinthe de couloirs et ils sortirent à l'air libre, éblouis par l'intensité du soleil. Lopez avisa un arbre, s'assit à son ombre et sortit une gourde. Il invita Morgan à s'asseoir à côté de lui et partagea son eau avec elle. Morgan sentait ses mains trembler, l'adrénaline toujours dans ses veines, elle avait du mal à boire au récipient.
- Ça va ? demanda l'homme inquiet de ses tremblements
- Ouais… Voilà une bonne chose de faite, on va pouvoir savoir si la base est à la hauteur de vos espérances.
- J'espère que nous n'avons pas fait tout ça en vain… Emerson doit nous montrer où sont stockées les réserves, en espérant que tout ce qu'il nous a indiqué est encore là.
Emerson. A ce nom, son cœur loupa un battement. Elle avait presque oublié pourquoi elle était là. Bientôt, elle allait retrouver Stephen. Son ventre se tordit, au point de presque lui faire régurgiter le peu d'eau qu'elle avait dans l'estomac.
Jefferson s'approcha d'eux en retirant son masque et arborait un sourire satisfait :
- J'adore cette combinaison !
- Je t'avais dit que ma méthode était la meilleure, s'écria la jeune femme
- En remerciement de ton aide et du partage de tes connaissances, tu prendras une partie de ce qu'on trouvera pour le groupe de la prison.
- C'est gentil, merci.
- Ordre du Colonel Taylor, coupa Jeff avec un clin d'œil
L'équipe Ravitaillement pénétra dans la base avec ses gros camions, des soldats en descendant et allèrent se poster aux endroits stratégiques : les miradors et les toits des bâtiments, surveillant les alentours.
Le reste suivrait les instructions de Jefferson. Plus tôt, Lopez lui avait remis le plan de la base trouvé dans le bureau du Général. Emerson leur indiqua les différents lieux de stockage. Les soldats étaient répartis dans les équipes qui avaient procédé au nettoyage. Jefferson fit tout de même un long discours de prudence :
- Restez sur vos gardes, la base est sécurisée, mais nous savons tous pertinemment que les morts se cachent partout, même là où on ne les attend pas… Au possible, si vous tombez sur un rôdeur, essayez de ne pas utiliser vos armes à feu, faites ça au couteau ou autre, ça évitera d'en rameuter un peu plus au portail. Donc prudence les gars et bonnes trouvailles.
Quelques instants plus tard, l'endroit était comme une fourmilière. Morgan reprit les corvées avec Lopez, elle l'aida dans les cuisines à trier les denrées. L'endroit regorgeait de nourriture non périssable, mais l'odeur de pourri avait envahi la pièce, venant des frigos où tout devait être périmé. Lorsqu'un des soldats ouvrit un des frigos derrière elle, Morgan ne vit pas les rôdeurs en surgir et se précipita sur le pauvre jeune soldat qui tira en l'air, les balles ricochant sur les parois en inox. Morgan s'aplatit à terre, la tête entre ses mains pour se protéger comme elle pouvait. Elle rampa sous la table de préparation, suivie par un mort qui lui chopa la cheville, elle tira son pied, mais elle était un met bien trop appétissant pour un rôdeur enfermé depuis des mois dans un frigo, il ne voulait pas la lâcher. La jeune femme rampa de toutes ses forces, elle pouvait entendre la mâchoire du mort claquer derrière elle. Elle sortit de l'autre côté et tira de toutes ses forces. Le rôdeur la lâcha enfin, mais resta coincé à la sortie, grognant et tentant de l'attraper. Morgan toujours à terre en face du mort, chopa le premier ustensile qui trainait par terre, un genre de grande fourchette à barbecue et lui planta dans l'œil. Elle se posa dos au four et souffla, dieu qu'elle était lasse de tuer des morts, tous les jours, tout le temps…
La voix affolée de Lopez lui parvint :
- Morgan, t'es où ?
Restant assise au sol, elle leva simplement le bras et lança :
- Ça va, je vais bien…
Il s'approcha soulagé.
- Comment va ton petit gars ? demanda-t-elle
- Ca va, il a eu de la chance… Et il a eu de la chance de n'avoir touché personne… S'emporta-t-il
- Sois indulgent, c'est qu'un gosse… souffla t elle
- Mouais… Bordel, mais qu'est-ce qu'ils foutaient là-dedans ?
- Si la base est tombée rapidement, ils n'ont peut-être pas eu d'autre choix que de se planquer là en attendant… Et ils n'ont peut-être pas pu en sortir…
- Il n'y a pas de poignée à l'intérieur, poursuivit l'homme
- Mauvaise pioche… Ce n'était pas la bonne cachette. Ironisa la femme
Ils furent coupés par l'entrée de Jefferson dans la cuisine. Il haussa un sourcil à la vue du mort embroché et se tourna vers Morgan qui se releva précipitamment, il hocha simplement la tête et elle comprit que c'était le moment. Lopez lui lança :
- Je vous accompagne.
Morgan se tourna, lui adressant un léger sourire, reconnaissante. Jefferson ouvrait la marche jusqu'à l'extérieur où attendait Emerson dans un coin. La chaleur était étouffante, Emerson parla presque gêné :
- Remettez votre combi, l'endroit où nous allons est proche de la clôture et des rôdeurs se sont agglutinés.
Morgan s'exécuta et remit son masque, la respiration presque haletante, tant son cœur donna l'impression de vouloir surgir hors de sa poitrine. Durant le trajet, ses oreilles sifflèrent, elle se répéta lentement :
- Respire, respire.
Elle suivrait Emerson machinalement. Ils avançaient prudemment, le nettoyage de la base s'était bien déroulé, mais ils avaient bien compris qu'on n'était jamais à l'abri d'un rôdeur solitaire.
Quand enfin, Emerson se stoppa, le rythme cardiaque de Morgan s'intensifia au point qu'elle le sentait battre dans sa gorge. Elle regardait le militaire qui lui désigna un espace clos devant elle. Elle observa et vit que c'est un genre de transformateur électrique de grande taille, fermé par un grillage surmonté de barbelés.
De nouveau, elle regarda Emerson qui hocha la tête. Morgan s'approcha de l'endroit : l'herbe avait envahi l'espace, un petit monticule de terre était recouvert de fleurs sauvages. Au sommet, trônait une petite croix faite de deux planches en bois vieillies par les intempéries. Morgan ne pouvait en détacher son regard, c'était là... La dernière demeure de son fils. La jeune femme agrippa la clôture et prit appui dessus, les jambes soudain tremblantes.
Après tout ce temps, toutes ses recherches, elle l'avait trouvé, son bébé reposait là. Les larmes lui montèrent, ayant de plus en plus de mal à respirer. Elle ne vit pas tout de suite qu'elle n'était pas seule. Le son de sa propre respiration amplifiée par le masque, elle n'entendit pas le léger râle.
Au bout de quelques instants, le son se fit plus net. Son souffle se bloqua et la vision apparut : IL lui tournait le dos, la démarche lente, les pas hésitants, les bras ballants, le rôdeur regardait en l'air. Morgan le reconnut, serrant plus fort le grillage de ses mains. La jeune femme sentit les larmes couler sur ses joues lentement. Stephen.
Soudain, la jeune femme se sentit étouffée, elle fallait qu'elle enlève son masque et s'exécuta précipitamment. Rejetant ses cheveux en arrière qui étaient collés à ses joues moites, elle maintint sa prise sur la clôture. IL était là, Stephen, SON Stephen, l'amour de sa vie, si proche et pourtant plus de ce monde. Elle l'appela désespérée :
- Stephen !
La créature se tourna lentement, c'était bien lui. Elle le reconnut, malgré son visage rongé par la décomposition. Il s'approcha en grognant de plus belle. Morgan ne bougea pas, regardant ce qu'était devenu l'être aimé. Stephen se précipita sur la clôture, tentant de la mordre. La jeune femme l'observait se démener pour l'atteindre, elle ne pouvait détacher son regard de ses yeux vides, inexpressifs. Morgan se recula et se dirigea vers le portillon menant à l'intérieur, Stephen la suivit. Quand elle l'ouvrit, il se jeta sur elle, les bras tendus, elle le chopa à la gorge et le repoussa à l'intérieur. Déséquilibré, Stephen revint à la charge, Morgan le repoussa une nouvelle fois et ferma du pied le portillon. L'homme qu'elle avait tant aimé se redirigea vers elle, elle lui dit :
- Je suis désolée Stephen… Je suis désolée pour tout.
Il lui agrippa le bras, tentant de la griffer au travers de sa combinaison. Elle se recula pour l'éloigner une nouvelle fois :
- Si tu savais comme je regrette de t'avoir abandonné ce jour-là…
Elle continuait de parler tout en reculant pour le balader dans l'espace clos.
- Morgan ! Entendit-elle
Elle tourna la tête et vit Jefferson, le masque retiré, il fronçait les sourcils. Emerson était posté à ses côtés, découvert également et livide. Tandis que Lopez restait immobile, interrogatif.
- Arrête ça, lui ordonna l'Adjudant
- Non, j'ai encore des choses à lui dire…
Elle continuait de promener le mort devant elle, quand elle vit soudain Jeff se diriger vers le portillon. Elle se précipita en dégainant sa hachette et la planta de façon à bloquer l'ouverture. Jeff le prit à pleines mains et le secoua de toutes ses forces :
- Morgan, ouvre ! C'est un ordre ! … Ca ne sert à rien, ce n'est plus lui…
La femme l'ignora et continua à marcher en rond pour diriger le rôdeur. Elle poursuivit à son intention :
- J'aurais aimé que l'on reste ensemble, reprit Morgan, que l'on soit tous les trois pour affronter ça… J'aurais préféré mourir avec vous…
- Non ! cria Jeff. Morgan, ne fais pas ça !
Les trois militaires se démenaient pour ouvrir quand ils se stoppèrent horrifiés : Morgan s'était arrêtée, laissant Stephen se rapprocher.
- Non, Morgan ! Putain, fais pas ça ! Hurla Jeff
Les trois hommes virent le rôdeur attraper les épaules de la jeune femme et se pencher dangereusement vers son cou. Lopez fit la courte échelle à Emerson qui tenta d'escalader la clôture mais fut déséquilibré par les barbelés et atterrit lourdement aux côtés de Jeff qui secouait le portillon comme un fou en criant à Morgan de ne pas faire ça. La jeune attendit que Stephen soit suffisamment proche et lui souffla :
- Je t'aime !
Puis alors que la mâchoire de son amour d'autrefois claquait proche de sa gorge, elle lui planta son couteau dans la tempe. Stephen s'affaissa, elle le suivit à terre en le serrant dans ses bras avant d'éclater en sanglots, sous les yeux horrifiés de ses trois compagnons militaires convaincus qu'elle allait mourir sous leurs yeux.
Morgan laissa sa tristesse sortir et pleura. Elle pleura longtemps.
Lopez était encore blanc comme un linge. Jefferson finit par ouvrir le portillon à grands renforts de coups de pied aidés par Emerson et se précipita vers elle. Il posa une main sur son épaule, elle releva la tête vers lui et lança :
- C'est bien fini cette fois.
- Et j'en suis vraiment désolé. Glissa-t-il
Elle regardait de nouveau Stephen caressant ce qui lui restait de cheveux. Emerson observait le spectacle, mal à l'aise. Il se retira en courant, pour revenir quelques minutes plus tard, une pelle en main. Il commença à creuser à côté de la tombe de l'enfant. Morgan le regardait faire et serrait son homme, un peu plus fort. Elle venait juste de le retrouver, elle ne voulait pas le laisser partir, pas déjà. Jefferson alla prêter main forte à son compagnon. Lopez était retourné dans un des bâtiments et revint avec un drap blanc. Il le déposa à côté de Morgan et le déplia. Il entendit la jeune femme murmura :
- Pas déjà…
- Morgan, tu lui as dit ce que tu voulais, maintenant il est temps pour lui de reposer auprès de votre fils. Il est temps pour lui de trouver la paix.
Morgan serra plus fort Stephen, le menton tremblant et fixa d'un regard noir Lopez. Cela dura quelques instants, puis il vit le regard de la femme s'humidifier de nouveau et hocher la tête. Elle caressa une dernière fois son visage, puis elle se releva et aidée de l'hispanique, elle déposa Stephen au milieu du drap et ils le couvrirent. Emerson et Jeff avaient achevé le trou et vinrent leur prêter main forte pour déposer le mort à l'intérieur. Morgan se reprit, sécha ses larmes, puis prit une poignée de terre qu'elle jeta sur son ancien amant.
Les trois militaires firent de même et recouvrirent le corps de terre. Morgan resta droite et immobile face à la tombe. Jefferson s'étant assuré que cette fois, il n'avait plus rien à craindre, les trois militaires la laissèrent quelques minutes pour se recueillir. Morgan fixa le tas de terre, puis chercha un gros caillou, elle en trouva un assez grand, sortit un marqueur et inscrit :
« Ci-gîts, Stephen Sawyer, mari et père aimant, et fils Léo»
Elle savait que l'inscription ne durerait pas, mais ça lui faisait du bien qu'ils ne soient pas dans des tombes anonymes. Elle ferma les yeux quelques instants, tentant de se convaincre que ce n'était qu'un cauchemar. Elle allait se réveiller pour découvrir qu'elle avait été piégée par une monumentale caméra cachée, Stephen surgirait tout à coup pour se moquer d'elle et de sa crédulité. Mais quand elle les rouvrît, le monde était toujours le même, rien n'avait changé, les tombes étaient toujours devant elle, les grognements des rôdeurs toujours perceptibles… Elle s'accroupit, envoya un baiser sur chacune des tombes et ressortit de l'endroit en refermant bien le portillon et s'éloigna sans un regard en arrière.
Quelques heures plus tard, Morgan se trouvait à l'avant du camion qui les ramenait à la base du Colonel. Lopez conduisait l'air soucieux, tandis que Jeff gardait obstinément le silence, sans un regard pour elle. Au bout d'un instant, n'y tenant plus, il explosa, faisant sursauter ses deux compères :
- Ne refais plus jamais un truc pareil, j'ai vraiment cru que t'allais te laisser dévorer…
Morgan le regarda fixement et finit par dire :
- J'y ai pensé, un instant… Et puis je me suis dit que je suis encore en vie aujourd'hui et que mourir comme ça, après toutes ces épreuves, c'est nul… Le suicide, c'est définitivement pas mon truc…
La colère de Jefferson était retombée, mais il garda tout de même le silence le reste du trajet.
