Chapitre 67: Un Cavalier et une Cavalière
Harry était assis à une table de la bibliothèque en compagnie de Drago et Hermione. Les deux ne s'entendaient pas du tout mais le Sang-Pur n'était pas revenu sur ses paroles et tolérait sa présence qui pouvait s'avérer utile pour aider le champion de Serpentard. Et il avait promis à son père et son parrain de veiller sur Harry. Hélas ce dernier était toujours avec la Sang-de-Bourbe… Il devait faire avec.
En cet instant, ils aidaient le garçon à se remettre en ordre après sa semaine entière à l'infirmerie à cause de ses brûlures.
«Tu ne poses pas de question,» commenta-t-il au bout d'un moment. «Tu comprends tout?»
Harry échangea un regard avec Hermione, incertain.
«En fait, Malfoy…,» fit la brune. «Comment dire…»
«Je pose des questions déjà mais à la Voix,» termina Harry.
«Et elle sait te répondre sur ça? Elle n'apprend pas avec toi?»
«C'est elle qui m'a appris à me défendre contre toi jusqu'à présent,» rétorqua Harry en relevant le nez.
«Oui,» confirma Hermione. «Et il m'a appris ensuite.»
Drago les observa avec des yeux ronds.
«Qui est cette Voix?»
«Ma protectrice. Et du plus loin que je me souvienne, elle a toujours été là. Ou presque. Elle est comme ma mère pour moi. Et tu sais ce que fait une mère pour son enfant, n'est-ce pas, Malfoy?»
Le blond réfléchit à ce que sa mère ferait pour lui. La réponse était évidente.
«N'importe quoi.»
«Maintenant que c'est clarifié, je termine de recopier tes notes et on passe sur histoire et astron…»
«Snape.»
Harry sursauta tandis que le trio se tournait vers le nouvel arrivant. Drago fronça les sourcils.
«Qu'est-ce que tu veux, Weasley?» demanda-t-il.
«Parler avec Snape. En privé.»
Harry, Hermione et Drago échangèrent un regard surpris. Puis Harry se leva pour suivre le rouquin jusque dans une alcôve à une dizaine de mètres d'eux.
«A ton avis, qu'est-ce qu'il lui veut?»
«Aucune idée. Weasley n'a jamais aimé Harry. Il a toujours été le premier à le critiquer et lui faire des coups fourrés. Enfin, après toi, bien sûr. Mais comme cela a changé depuis quelques mois… Là, je ne sais pas. Il faisait une drôle de tête.»
«C'est sa tête habituelle.»
«Oh, non, crois-moi. Je me le coltine tous les soirs dans ma salle commune depuis plus de trois ans. Ce n'est pas sa tête habituelle. Il s'est passé quelque chose.»
«Quoi?»
«J'en sais rien. On demandera à Harry quand il reviendra… Tu me passes les notes d'Harry en potions?»
«Pourquoi?»
«Parce qu'Harry est le fils de deux potionnistes hors pair et que j'ai besoin d'un coup de main pour comprendre un -moi ses notes. S'il te plait,» ajouta-t-elle dans un soupir en tendant la main.
Le blond hésita quelques secondes, les sourcils froncés par ce que la brune venait de dire, puis il lui sortit les notes de potions du sac d'Harry.
«Tu sais, ce n'est pas parce qu'on a des parents hors pairs qu'on est aussi doués qu'eux.»
«Serait-ce un aveu, Malfoy?» demanda Hermione derrière les notes d'Harry.
«De quoi?»
«A t'entendre, on croirait que tu ne te crois pas aussi doué que ton père…»
«Je n'ai pas dit ça.»
Hermione baissa les notes et lui fit un petit sourire narquois.
«Sache ceci, quand tu manqueras un cours, tu ne trouveras jamais meilleures notes que celles d'Harry. Même les miennes font pâles figures à côtés des siennes. Sauf en astronomie et Histoire de la magie.»
«Et Runes?»
«Non, là aussi, c'est lui le meilleur.»
«Pourquoi?»
«Ca… Je te laisse deviner. La réponse est pourtant évidente.»
«Dis-la-moi.»
«Je crois que tu devrais plutôt la demander à Harry. S'il te fait confiance, il te répondra sûrement.»
Harry revient, pensif tandis que les deux autres voient le rouquin sortir de la bibliothèque.
«Qu'est-ce que te voulait Weasmoche?»
«Me présenter des excuses,» répondit Harry.
«Je te demande pardon?»
Son camarade haussa les épaules et secoua la tête.
«Apparemment, il a eu un peu toute sa famille sur le dos pour son comportement exécrable. Même sa petite sœur.»
Le blond haussa les sourcils, surpris.
«Pourquoi?»
«Peut-être que c'est dû à la dette de vie que Ginny a envers toi,» commenta Hermione. «Tu lui as sauvé la vie.»
«La famille Weasley a une dette envers toi et je ne suis pas au courant?!» s'exclama Drago avant de se faire réprimander par la bibliothécaire.
Harry grognaet secoua la tête.
«Peu importe. Je m'en fiche.»
«Snape, c'est une dette de vie! Et comment tu l'as fait?!»
«J'ai sauvé Weasley dans la Chambre des Secrets. J'ai failli en mourir aussi.»
«Tu ne l'as jamais raconté.»
«A moi, oui,» intervint Hermione. «Vous ne vous entendiez pas du tout à ce moment-là.C'était même la guerre, il me semble.»
«C'est vrai que le cessez-le-feu n'avait pas encore été instauré,» admit Harry avec un hochement de tête. «Mais cette histoire date d'il y a un moment, pourquoi Weasley vient maintenant? C'est louche.»
«Qu'est-ce qu'elle en pense?» demanda Hermione.
«Elle?» répéta Drago. «Qui ça elle? La Voix?»
«Oui, Malfoy, la Voix.»
«Elle pense que je devrais accepter ses excuses et aller de l'avant.»
«Et tu vas faire quoi?»
«Laissez couler. C'est beau de s'excuser mais va-t-il s'y tenir?» Il secoua à nouveau la tête et se saisit de sa plume. «De toute façon, avec tout ce qu'il m'a fait, je n'ai pas envie de devenir ami avec lui.»
«Tu dis ça mais tu es ami avec Malfoy maintenant.»
«Nope. On est en relation, il y a une différence.»
«Obligé,» confirma Drago. «Hors de question que je perde mon parrain juste à cause de Snape. Surtout si je peux faire en sorte de le garder.»
«Oh… C'est si mignon,» sourit Hermione.
«La ferme, sale S… Née-moldue!»
Harry et Hermione échangèrent un sourire amusé. Malfoy faisait indéniablement des efforts pour bien se comporter.
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«Non, pas comme ça,» sourit Harry. «Il faut que tu y mettes tout ton poids.»
Il montra la différence entre les deux pas à son amie Daphnée. Depuis cette fameuse soirée défi où Hermione avait montré cette activité, la curiosité avait fait son bout de chemin et Tracey et elle les avaient finalement rejoint dans cette pratique. Et depuis, même si c'était un peu éprouvant physiquement quand on est pas habitué à bouger autant, elles se plurent à danser et taper sol du pied en leur compagnie.
«Tu entends la différence?» demanda-t-il en recommençant.
«Oui. Ca sonne plus fort.»
«Allez, on reprend.»
Hermione, assise au piano, reprit le morceau et refit quelques pas en boucle avec ses amies.
Soudain, Viktor Krum entra dans la pièce et les filles s'arrêtèrent en rougissant. Harry avisa le russe, un peu perplexe. Que pouvait-il bien vouloir? Il sentit son regard sur lui et ses amies puis il le vit s'avancer vers le piano.
Harry sourit bien qu'il avait un léger pincement. Il commençait à voir où cela allait l'amener. Ce pincement s'accentua quand il vit sa meilleure amie, les joues rouges, dire oui. Le russe fit un baisemain à Hermione avant de sortir comme si rien ne s'était passé.
«Qu'est-ce qu'il voulait?» demanda Tracey en se rapprochant de la Gryffondor.
«M'inviter au bal.»
«Viktor Krum t'a invitée au bal?!»
«A quel moment, c'est possible?!» ajouta Tracey, surprise. «C'est juste le hasard ou… est-ce que tu as déjà discuté avec lui?»
«Il… passe souvent en bibliothèque…»
Elle n'ajouta rien, encore rouge de gêne. L'attention des deux Serpentards se tourna ensuite sur Harry.
«Et toi, Harry? Tu as une cavalière dont on ne serait pas au courant?» demanda Daphnée.
«Non,» soupira-t-il en rejoignant Hermione sur le banc du piano. «Et je viens de me faire couper l'herbe sous le pied pour la personne que je voulais inviter alors…»
Hermione le regarda avec surprise.
«Oh… je suis désolée, je… je n'avais pas réfléchi… Harry…»
'Oh… qu'elle est mignonne!' rit Lily.
«Laisse,» sourit le Serpentard en secouant la tête. «C'est le lapin blanc. Encore et toujours en retard…»
«Le lapin blanc?» demandèrent Tracey et Daphnée, les sourcils froncés.
Harry et Hermione échangèrent un regard complice.
«Est-ce que vous avez déjà entendu parler d'Alice au pays des Merveilles? demanda la Gryffondor.
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Harry était allongé dans son lit à réfléchir.
'Tu t'en trouveras une autre,' lui confia doucement sa mère. 'Il n'y a pas qu'Hermione dans cette école. Et heureusement d'ailleurs. L'avenir du monde sorcier aurait bien du souci à se faire,' plaisanta-t-elle ensuite.
'Oui. Mais je suis moi. Je ne veux pas de quelqu'un qui veut juste s'afficher. J'ai été Harry Potter, certains m'appellent encore comme ça. Et je suis le fils d'un prof… Et un champion de l'école par-dessus le marché! Il y en a qui voudront sûrement profiter.'
'Dans ce cas, cherche parmi celles dont tu es sûr qu'elles ne profiteront pas.'
'Et toi?'
'Quoi moi?'
Harry soupira bruyamment.
'Je suis souvent dans mes pensées, avec toi. Je suis connu pour être l'un des jeunes les plus pensifs… et les plus dingues aussi avec la rumeur sur le fait que j'entendrais des voix. Il faudrait quelqu'un qui ne me juge pas par rapport à ça et qu'elle puisse le supporter.'
'Tu trouveras. Tu as encore le temps.'
'Il me reste encore quinze jours avant le bal, Maman…'
'C'est bien ce que je dis, tu trouveras.'
Harry n'insista pas plus et tourna la tête. Il avait encore une pile de devoirs à faire. Il souffla avant de se redresser. Autant qu'il les termine au plus vite.
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Harry était assez mal à l'aise alors qu'il attrapait Drago par le bras dans la salle commune et le ramenait proche des dortoirs.
«Quoi?»
«Hermione vient de m'apprendre qu'elle vient de recevoir un cours de danse pour se préparer au bal de Noël!»
«Et quoi?»
«Et il est hors de question que je me ridiculise encore parce que je ne sais pas danser la valse.»
«Et tu me demandes ça à moi parce que?»
«Parce que tu es un mec avec une éducation Sang-Pur que mon père n'a pas.»
«Et la Voix?»
Harry soupira en levant les yeux au plafond.
«Elle sait danser la valse mais le soucis est que je ne suis pas un bon meneur. T'as pas un ou deux tuyaux à me donner?»
Le Sang-Pur réfléchit un instant avant de s'éloigner.
«Je reviens.»
«Où tu vas?»
«Chercher ma cavalière. Tu as besoin d'une démonstration.»
Il revint quelques minutes plus tard avec Pansy Parkinson.
«Qu'y a-t-il, Drago?» demanda-t-elle. «Pourquoi Snape est-il là?»
«Aide-moi à lui apprendre la valse.»
La brune le fixa avec des yeux légèrement écarquillés.
«Quoi?»
Elle fixa un instant Harry avant de reposer son regard sur Drago.
«C'est une blague?»
Harry croisa les bras.
«Pardon d'être un sorcier qui a été très mal éduqué par des moldus,» rétorqua-t-il d'une voix glaciale. «Et par éduquer, j'entends bien avoir été dressé comme un serviteur ou un esclave. Le peu de mes connaissances et compétences en matière de bienséance me viennent de mes lectures et des murmures assidus de la petite Voix dans ma tête. Mais elle ne sait pas tout m'enseigner non plus. Alors tu vas m'aider? Ou on jette la honte sur Serpentard parce que son champion n'est pas foutu de savoir danser la valse?»
Pansy plissa les lèvres face à son ton. Puis, devant le regard insistant du blond, elle soupira.
«Dis-moi au moins que tu connais les bases.»
«Je sais sur quel genre de musique cela se danse, comment fonctionne le rythme, ce que je suis sensé faire. Mais je ne sais pas trop comment mener. Alors un coup de main serait le bienvenu.»
La brune hocha la tête.
«Très bien, je t'aiderai avec Drago. On viendra en salle de musique rejoindre ta Sang-de-Bourbe.»
«Pansy!» siffla le blond. «Ne me cause pas d'ennui.»
«Quoi?»
«N'insulte pas Granger alors que je suis juste à côté. J'ai déjà assez du mal à ne pas le faire moi-même!»
«Mais c'est ce qu'elle est!»
«Et moi, j'ai un parrain qui a eu un fils avec une Née-Moldue et je dois faire mon possible pour ne pas insulter ces personnes pour ne pas me faire méchamment réprimander. Alors s'il te plait, fais un effort.»
Pansy pinça encore plus les lèvres au point qu'elles n'étaient plus que deux lignes rose pâle extrêmement fines. Puis, elle hocha la tête.
«Très bien. Elle saura jouer un morceau de valse?»
Harry décrocha ses mâchoires serrées depuis l'insulte et fit un bref hochement de tête.
«Je peux facilement trouver une partition oui. Ce ne sera pas un problème.»
«Alors demain dans la salle de musique. Après les cours.»
Elle s'en alla d'un pas raide mais distingué, laissant les deux garçons seuls dans les dortoirs.
«C'est quand même dingue. Tu fais ce truc avec tes pieds…»
«Des claquettes,» soupira Harry.
«C'est ça, des claquettes, mais tu ne sais pas valser.»
«Parce que j'ai appris à faire des claquettes.»
«Avec qui?»
«J'ai bien observé. Et j'ai reproduit. C'est pour ça que je suis venu vers toi plutôt que vers une fille à la base. J'ai besoin de voir comment tu fais. A moins que tu te laisses mener par Parkinson?»
«Alors là, certainement pas!» s'indigna le blond.
«C'est bien ce qu'il me semblait.»
Harry souffla.
«Bon, je vais te laisser. Il va falloir que je prévienne Hermione du petit changement de programme.»
«Vous comptiez faire quoi?»
«Essayer de résoudre l'énigme de l'œuf.»
«On t'aidera si on en a encore le temps.»
Harry hocha lentement la tête. Pour cela, il en était sûr. Toute la maison, même s'il n'avait pas beaucoup d'amis, était solidaire avec lui pour ce qui était du tournoi. Il trouverait la solution à l'énigme de l'œuf dans les temps.
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Apprendre la valse n'avait pas été aussi horrible et tendu qu'Harry ne l'aurait pensé au préalable. Pansy avait eu quelques mots déplacés bien sûr mais cela s'était vite arrangé de la façon la plus pacifique possible. Au moins, il avait dorénavant la certitude de ne plus ridiculiser sur la piste de danse pour ce qui était de la valse. Il avait même appris quelques astuces plus avancées avec Pansy, Daphnée et Tracey. Les deux dernières les avaient évidemment rejoints avec Neville et cela s'était transformé en petit moment détente entre amis.
Cela avait été si libérateur. Les jumeaux avaient été si bien inspirés de faire exploser les dortoirs de Gryffondor l'année précédente. Les Serpentards s'étaient quelque peu habitués à échanger avec des lions. Et même après deux mois de vacances, certaines activités pas trop osées étaient encore faites ensemble.
«Bon,» fit Pansy une fois qu'elle eut dansé une dernière fois avec Harry. «Tu es prêt.»
Elle s'écarta et effaça un pli imaginaire de son uniforme.
«Il ne te reste plus qu'à te trouver une partenaire pour le dépêche-toi, sinon il ne restera plus que les moches.»
Harry prit la mouche avant de rétorquer d'une façon purement Serpentard.
«J'ignorais que l'on pouvait mettre Tracey dans cette catégorie.»
«Eh!» se plaignit cette dernière avant de lever le menton, outrée.
Harry se rapprocha de Tracey.
«D'ailleurs, c'est pour te sauver de cette catégorie et de l'insinuation très peu courtoise de Parkinson que je vais demander à une de mes meilleures amies si elle souhaite m'accompagner au bal de Noël.»
Il lui fit face avec un sourire et lui tendit la main.
«Qu'en dis-tu, Tracey? Acceptes-tu d'être ma cavalière?»
La Serpentard sourit.
«Ce serait avec plaisir, Harry.»
