Donne nous une chance

Hermione se réveilla avec la tête encore engourdie. Elle se dirigea vers sa salle de bain, pris une potion pour le mal de tête et regarda la température extérieure. Le soleil était revenu et elle adorerait pouvoir aller se prélasser sur la plage.

Néanmoins, elle se demanda si Alexender était encore dans son esprit. Elle n'entendait plus toutes ses pensées depuis son évanouissement et en était heureuse. Il s'était avéré être un homme très caractériel lorsque les choses n'allaient pas dans son sens. Après tout, se dit-elle, il doit bien avoir un défaut. Voulant avoir la réponse à sa question, elle essaya de visualiser leur lien. Elle pouvait sentir qu'il était présent, mais pas communiquer avec lui. Peut-être que la distance permettait au lien de s'effacer ?

Dans tous les cas, c'était mieux ainsi que de l'avoir en permanence en elle. Elle n'était pas prête à ce qu'il sache qui elle était. La simple idée qu'il la rejette lui donnait la chair de poule. Pas parce qu'elle l'appréciait, mais simplement, car il était la première personne hors de l'Ordre du Phénix avec qui elle se liait d'amitié depuis la guerre. Hermione fit son sac de plage légèrement contrarié. Elle commençait à l'apprécier, mais ils n'étaient pas assez proches pour qu'elle prenne le risque de se découvrir à lui. Son véritable nom venait avec une tonne de préjugés. C'était déjà un miracle qu'elle se soit laissé aller avec lui aussi facilement et la fin des vacances sonnerait aussi la fin de leurs activités. Peut-être que, si elle en avait le courage, elle oserait lui demander de poursuivre. Mais cela revenait à lui dire qui elle était…

Elle n'avait pas honte d'être elle, elle en était plutôt fière même. Mais lui, en tant qu'ancien mangemort, comment prendrait-il la nouvelle ? Elle était après tout une combattante directe contre son camp pendant la guerre. Elle ne savait pas grand-chose de lui non plus, mais ne s'en faisait pas trop. Si elle se fiait à l'homme qu'elle avait appris à connaître, il lui semblait être quelqu'un de bien. Son nom et son apparence lui importaient peu, il lui était rare de trouver quelqu'un d'aussi passionné qu'elle. Quelqu'un qui lui ressemblait autant, mais qui était aussi totalement différent sur certains aspects.

Il était cultivé, lisait autant qu'elle, peut être même plus. Il ne laissait personne dicter sa conduite et n'avait pas peur d'affirmer son point de vue. Il était sarcastique et franc. Elle était plus réservée que lui, mais son côté Gryffondor faisait en sorte qu'elle ne laissait personne lui marcher sur les pieds. Ils feraient un duo redoutable autant au niveau de leur caractère qu'intellectuellement.

Elle prit le petit chemin de pierre menant à la plage et s'y installa comme à son habitude, allongée sur une serviette, son livre dans ses mains et une bouteille d'eau à côté de son sac. Elle voulait profiter au maximum de la plage, car elle avait une réunion de l'Ordre demain. Minerva voulait absolument qu'ils parlent de leurs vacances ensemble. L'ordre aurait très bien pu arrêter de se voir après la guerre, mais la directrice de Poudlard tenait vraiment à ces rencontres et insistait pour que tous y participent.

Elle se demanda pendant un instant si Snape avait pris des vacances. Ce n'était pas son genre, il préférait sûrement se plaindre ou ronchonner. Non, elle n'arrivait pas à imaginer son ancien professeur prendre une pause ou s'amuser. Si elle se fiait à ce que Harry avait vu dans ses souvenirs, il n'avait peut-être jamais eu l'occasion réelle de prendre du bon temps. Que donnerait un Severus Snape détendu ? Peut-être qu'il serait plus sympathique! Elle rit doucement et se reconcentra sur son livre.

Elle sentit soudain de la magie proche d'elle et regarda son deux pièces rouge devenir noir. Elle resta bouche bée, se demandant ce qui se passait avant d'entendre un rire grave dans sa tête. Elle se tourna et chercha autour d'elle quelques minutes. Plusieurs personnes étaient déjà sur la plage de bon matin. Au milieu des parasols et des chaises pliantes, elle vit Alexender qui la regardait avec un sourire en coin.

Tu es beaucoup plus belle en noir

Elle se sentit rougir et lui sourit avant de ranger son livre.

Tu crois que je pourrai t'avoir dans ma tête longtemps ? Pas que je n'aime pas cela, mais c'est tout de même légèrement envahissant.

Je ne pense pas, j'ai demandé conseil à des amis et je pense que, lorsque nous serons éloignés longtemps, le lien se coupera de lui-même. D'ailleurs, je ne serai pas là demain.

D'accord, il ne nous reste plus qu'à attendre alors.

L'homme s'approcha et installa une serviette à côté de la sienne et s'allongea sur le ventre. Elle observa le dos de celui-ci et y vit une multitude de cicatrices. Elle ignorait ce qu'il avait vécu, mais sa peau en avait gardé les traces. Elle glissa un doigt contre l'une d'elles et le sentit se tendre sous son touché.

Que fais-tu ? Son ton était plus sec que d'habitude et la Gryffondor s'en voulut de son geste indiscret.

Désolé.

Elle le laissa tranquille et se tourna vers l'autre côté, regardant les châteaux de sable construit plus loin sur la plage. Elle n'aurait pas dû toucher ses cicatrices, après tout, elle aussi en avait et n'aimait pas qu'on les touche. Elle frôla les lettres gravées sur son bras du bout des doigts.

Elle avait caché sa cicatrice d'un sort puisque celle-ci était trop facilement reconnaissable. Beaucoup de personnes avaient été marquées par la guerre, il était plutôt égoïste de sa part de cacher ses marques pour ensuite aller caresser celles des autres. Chaque cicatrice sur son corps lui rappelait quelqu'un ou quelque chose de cette époque et elle sentit une boule à travers sa gorge. Elle était en vie, peu de personnes avaient eu cette chance. Elle était vivante et elle avait attendu avant de vivre sa vie pleinement.

Était-ce de cela que Minerva voulait parler demain ? Ils devaient arrêter d'attendre, arrêter de se créer des obstacles. Ils devaient recommencer à vivre en l'honneur de tous ceux qui ne pouvaient plus le faire. Profiter de cette liberté que l'on avait voulu leur arracher. Elle essuya discrètement une larme au coin de ses yeux, oui, elle allait commencer à vivre.

Arrête, je suis sûr que même les moldus entendent ton cerveau tellement tu réfléchis. Avoir su que cela te ferait un tel effet je n'aurais pas parlé.

Elle sentit un bras s'enrouler autour d'elle et Alexender se caler contre son dos.

Nous n'avons plus beaucoup de temps ensemble. Profitons-en pleinement, sans embrouille, veux-tu ? Nous en aurons bien assez une fois de retour à nos vies normales…

Je… elle prit une grande inspiration et se retourna contre lui pour lui faire face. Tu crois que l'on pourrait garder contact ? Je… je t'apprécie beaucoup et il est difficile pour moi de faire de nouvelle rencontre et j'aimerais apprendre à mieux te connaître…

Tu ne voudras pas me connaître. Il soupira et caressa ses cheveux, en retirant les grains de sable qui s'y étaient faufilés. Je ne dis pas non, mais je ne veux pas que tu te forces à me côtoyer. Si tu ne veux plus me voir, je veux que tu sois franche avec moi. Je ne veux pas d'une relation ambiguë ou à sens unique, j'ai déjà assez fait dans le domaine…

Je comprends, et je te promets d'être franche si tu l'es également en retour. S'il te plait, donne-nous une chance...

Il soupira et ferma les yeux avant de lui répondre.

D'accord.

Elle sourit contre lui et mit sa tête sur son épaule avant de s'endormir doucement au soleil, oubliant le sable et les gens autour d'elle.


Hermione entra au square Grimmaurd quelques heures avant la réunion. Elle voulait aider Ginny à tout installer afin que la rousse ne soit pas dépassée. Avec le mariage qui approchait, elle piquait parfois des crises de colère monstrueuses et personne ne voulait affronter une Ginny en colère. Elle allongea la table et y mit le bon nombre de chaises, puis retourna voir son amie dans la cuisine. Ginny ne comprenait pas pourquoi McGonagall voulait absolument une rencontre avec tout le monde alors que seule la moitié de l'ordre était partie en voyage.

— Tu as besoin que je fasse quelque chose ? osa demander Hermione.

— Tu peux trouver un autre endroit que ma maison pour faire les rencontres de l'ordre, ne pas étrangler mon frère quand il passera le pas de la porte, ramener Alexender avec toi pour que je puisse voir l'homme qui ta sortie de ta coquille et trouver mon fiancé qui est parti je ne sais pas où, plutôt que de m'aider ?

— Demande à Minerva pour le faire à Poudlard, je suis sûr qu'elle va comprendre que vous vouliez un peu plus d'intimité. Je ne promets rien pour Ron, mais, dans tous les cas, je n'attaquerai pas la première. Alexender et moi voulons continuer après les vacances, donc tu pourras peut-être le rencontrer. Tu as envoyé Harry acheter des breuvages il devrait être de retour dans quelques minutes. Les préparations t'angoissent à ce point ?

Ginny soupira et regarda son amie avec les larmes aux yeux.

— C'est juste que nos vies sont tellement paisibles, commença à expliquer Ginny, j'ai l'impression que quelque chose d'énorme et inattendu va arriver et je ne veux pas que ce soit pendant mon mariage. Nous ne sommes jamais tranquilles autant longtemps, ça me fait peur et j'en viens à souhaiter qu'une catastrophe arrive. S'il arrive un truc horrible juste avant le mariage, alors nous aurons eu notre aventure de l'année et mon mariage se passera sans incident majeur… C'est égoïste de ma part, je sais…

Hermione prit son amie dans ses bras et caressa ses cheveux.

— Tu sais, peut être que ton mariage est simplement le début d'une merveilleuse aventure et qu'il est donc le grand évènement que tu attends ? L'aventure de l'année est simplement Ginnevra Weasley et Harry Potter vivant heureux.

Ginny acquiesça doucement et essuya ses larmes avant de se tourner vers la salle à manger et y faire léviter des verres en reprenant son souffle.

— Ton mystérieux inconnu est donc ouvert à te fréquenter sous sa vraie apparence ? demanda Ginny.

Hermione leva les yeux au ciel, Ginny n'avait pas perdu une miette de la confidence, même sur le coup de l'émotion.

— Oui, avec promesse de lui dire si son identité me déplaît. Il ne se doute sûrement pas que c'est mon identité à moi qui risque de lui poser problème.

— Hermione, ton nom attire plus de qualité que de critique je ne vois pas pourquoi il ne serait pas intéressé, dit son amie. Sauf si c'est un mangemort, mais tu le saurais déjà si c'était le cas, dit-elle avec humour.

Hermione mordilla sa lèvre et regarda au plafond avant de souffler.

— Il… il a la marque, dit-elle alors que la rousse la regardait avec de grands yeux. Mais il a dit ne pas avoir eu le choix et qu'il ne croyait pas en la suprématie du sang.

La rousse fixa son amie une longue minute alors que celle-ci se tortillait les doigts coupables de ne pas avoir mentionné ce détail avant.

— Tu as couché avec un mangemort ? demanda lentement Ginny.

— Oui…

Les deux jeunes femmes se regardaient maintenant dans les yeux. L'une était rouge tomate et l'autre avait la bouche légèrement ouverte. Le silence perdura quelques instants avant que Ginny ne referme la bouche et qu'Hermione se tortille sur place en attendant que son amie parle.

— Je ne sais pas si je dois rire ou rester choquée… je veux une photo quand il va apprendre que tu es la raison de l'échec de son maitre. Il y a une différence entre ne pas croire en Voldemort et coucher avec une des raisons principales de son échec.

Les deux jeunes filles finirent de préparer la salle à manger et se rendirent dans le salon afin d'attendre les arrivées par cheminette. La soirée s'annonçait beaucoup plus détendue que d'habitude et les récits de voyage de tous allaient être rafraichissants.