Hello hello !

Voici la suite, qui j'espère vous plaira tout autant que j'ai apprécié l'écrire ! =)

Bonne lecture à vous !

Rar :

Guest : Un chapitre de taille plus standard aujourd'hui, mais riche en mignonnerie, tu devrais en avoir pour ton argent ;) Ravie que la scène avec le patronus t'ait plu ainsi, j'avais beaucoup apprécié l'écrire également. Bonne lecture pour ce chapitre, et merci à toi pour ta fidélité, c'est toujours un plaisir de lire tes commentaires =)
PS : tu vas sans doute encore me détester pour la coupure du chapitre, promis cela n'a rien de personnel x)


Depuis six mois qu'il était coincé dans cette fichue clinique, Severus ne comptait plus les désillusions et les retours à la case départ. Entre les mauvaises nouvelles qui s'étaient succédé, le remède au venin qui tardait, et ses nombreuses chutes, il avait parfois l'impression que jamais la sortie ne se présenterait pour lui, alors qu'autour de lui, les autres patients avançaient.

Les médicomages avaient enfin trouvé un sortilège pour masquer les cornes de minotaure du gamin qui courrait toujours dans les couloirs de l'étage supérieur, le vieillard aux mains et aux jambes disposés en miroir avait pu rentrer chez lui quelques jours plus tôt, et même Gilderoy parvenait à présent à retourner quatre tuiles au Memory sans tricher! Quant à Granger… elle serait sortie avant la fin du mois.

Ces sombres pensées, ajoutées aux nombreuses déconvenues qu'il cumulait, accompagnées des jours de plus en plus sombres et pluvieux du mois de Novembre qui s'installait, avaient étonnement entamé le moral du Serpentard, qui s'était pourtant toujours targué de rester parfaitement hermétique à l'environnement extérieur. A croire que cette nouvelle pente descendante dans sa rééducation _ cette jambe qu'il avait de nouveau cassé lors d'une énième chute en séance _ avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase.

Il n'avait plus envie. Comme si, en un rien de temps, la fatigue et la lassitude l'avaient submergé, balayant comme un fétu de paille la motivation qui l'habitait depuis le mois de juillet où il avait repris connaissance. Pourtant, cette fois, les choses se présentaient bien mieux que ce qu'elles avaient été précédemment. Le service R&D , encore loin d'avoir trouvé un remède définitif aux résidus de venin, avait toutefois concocté un sérum permettant de neutraliser ponctuellement les effets anti-magie des toxines, si bien qu'on avait pu, cette fois, utiliser la magie pour guérir sa jambe cassée. Deux jours après la pose de l'attelle, ses os étaient de nouveau entiers.

Pourtant, Severus n'avait pas souhaité retenter la marche sans béquilles.

Il avait même soutenu à Peter qu'il ne réessaierait plus jamais, et se contenterait à l'avenir de marcher avec une aide. De toute façon, qui cela pourrait-il déranger ? Granger partie, il serait désormais seul pour arpenter les couloirs monochromes de l'hôpital. Peu importerait de marcher rapidement ou lentement. Il n'y aurait plus d'escapades sur le toit du bâtiment, et il avait l'intime conviction que même les promenades dans les jardins perdraient de leur substance, d'ici quelques jours, et que cela n'aurait pour une fois rien à voir avec le climat londonien et la grisaille ambiante.

Malgré l'insistance de Peter et d'Allan, il s'était obstiné à ressortir avec ses béquilles la semaine suivant sa chute, malgré la menace des deux hommes de les lui confisquer s'il s'entêtait ainsi. Plus les jours passaient, et plus l'irritabilité du Serpentard augmentait, inexorablement. Il s'agaçait d'un rien, de la moindre contrariété. De l'insipidité des repas, des gestes un peu brusques du pauvre Jason lors des massages quotidiens, des exercices de magie ennuyeux et répétitifs que lui imposait Neals chaque jour. Les regards silencieux qu'échangeaient les aides-soignants et les infirmiers dans sa chambre étaient éloquents, tant ils ressemblaient à ceux qu'il avait longtemps surpris dans sa salle de classe entre les élèves qui subissaient ses foudres, pour des raisons plus ou moins justifiées.

Souvent moins que plus, d'ailleurs.

Quand Neals essayait de se faire discret en expirant un soupir soulagé lorsque leurs séances touchaient à leur fin, Peter, lui, ne se donnait pas cette peine, et l'avait plusieurs fois aiguillonné de répliques narquoises sur son manque de motivation flagrant. En vain, toutefois. Il fallait dire que Severus avait de l'expérience dans les remarques piquantes et autres tentatives de provocation. Il avait été enseignant pendant plus de quinze ans, après tout. Et si cela n'avait pas suffi, il avait également eu tout le loisir de s'armer pendant ses années chez les mangemorts, où il avait su monter tous les échelons malgré les tentatives d'intimidation des lieutenants du Seigneur des Ténèbres, Bellatrix en tête.

Il n'y avait que lorsqu'il dormait que Severus ne râlait pas contre tout et tout le monde, et peut-être aussi, lorsqu'il passait du temps en compagnie d'une certaine Gryffondor du quatrième étage, même s'il aurait vivement protesté si quelqu'un le lui avait fait remarquer. Par Salazar, il n'aurait plus manqué qu'il soit de meilleure humeur en compagnie des lions !

Et pourtant, Merlin sait que les membres du corps soignant n'en pensaient pas moins dans les couloirs de l'hôpital, et que le sujet était souvent au cœur des conversations dans la salle de convivialité.

- Il était déjà à peine supportable, il sera invivable quand Hermione sera partie ! Avait gémi Jason un jour en serrant dans ses mains sa tasse de café.

Il s'était fait incendier par le Serpentard le matin même, et malgré ses protestations, Peter avait tenu à ce qu'il y retourne le lendemain. «Dis-toi qu'une fois que tu sauras gérer Severus, plus aucun patient ne te posera de difficulté !» avait largement souri le kinésithérapeute en le gratifiant d'une claque dans le dos.

- M'en parle pas ! Avait renchéri un aide-soignant, lugubre. J'ai proposé qu'on lui distribue ses repas en utilisant la magie de bout en bout, afin de limiter les contacts, mais Allan a refusé aussi !

- C'est toujours les meilleurs qui partent les premiers ! Avait soupiré une jeune infirmière stagiaire, dépitée.

Indifférent aux angoisses et autres torsions d'estomac qu'il suscitait, Severus multipliait les allers et venus jusqu'au service R&D , dans l'espoir qu'enfin un remède digne de ce nom sorte des laboratoires de l'hôpital. Si dans un premier temps le Docteur Ausstein l'avait systématiquement renvoyé, il avait dû finalement réaliser qu'avec l'aide de l'alchimiste, les résultats arriveraient peut-être plus rapidement et qu'il en serait donc, dans le même temps, débarrassé dans la foulée, car il avait finalement accepté de lui transmettre les notes concernant les avancées de son équipe.

Un après-midi où il quittait sa séance avec Neals, il avait été surpris de trouver Granger adossée contre le mur du couloir en face de la porte. Depuis l'annonce officielle de la perte définitive de sa magie, la jeune femme ne suivait plus aucun entraînement avec l'orthomagiiste.

- Eh bien, ont-t-ils finalement décidé de vous laisser une dernière chance? Avait-il demandé, narquois.

La jeune femme avait souri tout en secouant la tête négativement.

- Non, pas du tout. C'est vous que j'attendais, en réalité.

Le Serpentard avait arqué un sourcil curieux à son attention. La Gryffondor avait rougi sous son regard sombre, changeant d'appui alors qu'il l'observait avec circonspection.

- Je pars demain matin, vous vous souvenez ? avait-elle repris, embarrassée, en détournant le regard.

Évidemment, qu'il s'en rappelait. Comment l'oublier ? Tout le monde ne parlait plus que de cela depuis quinze jours que son départ avait été officiellement annoncé. Il le savait et pourtant, cela n'avait pas empêché quelque chose de se serrer du côté de sa cage thoracique. Quelque chose qu'il avait préféré ignorer, une fois de plus.

- Je me demandais… Seriez-vous partant pour un dernier tour dans les jardins ? Avait-elle finalement demandé en croisant son regard, un brin gênée.

Severus n'en avait pas envie. L'après-midi touchait à sa fin, il était fatigué, physiquement et moralement. Il avait encore une bonne partie des derniers rapports d'expérience du R&D à potasser, et depuis que le soleil d'automne avait fichu le camp, quelques jours plus tôt, une chape de nuages gris et menaçants avait pris place au dessus des jardins.

Toutefois, le regard ambré de la jeune femme, et le rappel piquant qu'il s'agissait là de leur dernière sortie commune dans ces jardins où ils avaient passé tant de temps, avaient eu raison de ses réticences, et il s'était entendu accepter avant même d'en avoir réellement conscience.

Ils avaient donc remonté les couloirs jusqu'au rez-de-chaussée, la Gryffondor lui épargnant les escaliers qui restaient toujours un moment compliqué à passer, surtout en fin de journée quand la fatigue commençait à peser. Alors que l'ascenseur les menait vers le rez-de-chaussée, il avait senti son regard qui pesait sur les béquilles, et s'était agacé des non-dits qui planaient entre eux. La tension palpable qui les accompagnait depuis la salle d'entraînement pesait sur eux une comme chape écrasante, et l'idée qu'il s'agissait de son dernier jour entre ces murs martelait l'esprit du Serpentard un peu plus à chaque pas.

- Vous n'allez pas vous y mettre aussi ! Avait-il pesté, exaspéré.

La demoiselle avait levé un regard étonné vers lui, surprise par son trait d'humeur.

- Me mettre à quoi ? Avait-elle demandé, saisie.

- Ne jouez pas à l'innocente, Granger ! Je me doute que ces idiots vous ont demandé d'essayer de me décider à marcher sans ces satanées béquilles, cela ne serait pas la première fois qu'ils essaient de se servir de vous pour m'influencer ! Avait-il vertement répondu, excédé.

A sa grande surprise, la jeune femme s'était fendue d'un sourire amusé et un brin moqueur.

- Êtes-vous entrain de suggérer que j'aurais une quelconque influence sur vous ? Avait-elle relevé en le gratifiant d'un regard étincelant de malice.

Le Serpentard avait laissé échapper un reniflement dédaigneux à cette hypothèse.

- Certainement pas ! Avait-il rétorqué avec hauteur.

Contre toute attente, le sourire de la Gryffondor s'était élargi davantage.

- Fort bien, où est le problème alors, puisque vous êtes si sûr de vous ? Avait-elle demandé, espiègle, alors que la cabine s'ouvrait sur le hall de l'hôpital.

Avant que Severus n'ait eu le temps de répondre, elle s'était glissée par la porte ouverte, lui passant presque sous le nez pour le devancer en direction des jardins. Les boucles brunes qui cascadaient dans son dos avaient effleuré son visage en une caresse aussi légère que fugace, répandant derrière elles ce parfum légèrement fruité que Severus avait appris à connaître, et à apprécier. Il avait inconsciemment fermé les yeux à ce contact, incapable de s'empêcher de penser que le lendemain, la jeune femme serait partie.

A cette heure, il régnait dans le hall une effervescence telle qu'il était difficile de tenir une conversation. Les administrations sorcières ayant fermé une heure plus tôt, la plupart des familles profitaient du début de soirée pour rendre visite à leurs proches, et les questions concernant les indications pour les chambres et les dates de sortie se bousculaient en tout sens. L'équipe de nuit succédait également à celle de jour, et beaucoup de soignants se croisaient donc au milieu de tout ce fouilli, somme toute assez représentatif des bâtiments publics sorciers. Gringotts et le Ministère grouillaient eux aussi de cette activité digne d'une fourmilière.

Si, des mois plus tôt, Severus aurait été tout à fait indisposé par cette ambiance bondée et survoltée, il avait depuis appris à passer outre, et traversait à présent la foule sans se soucier que l'on remarque ses béquilles. Peut-être était-ce aussi la présence discrète de la Gryffondor près de lui qui le temporisait.

- Vous savez, avait repris celle-ci alors qu'ils avaient passé le plus gros de la foule et se dirigeaient à présent vers les portes des jardins. Je n'aurais jamais cru dire cela un jour, mais tout ceci va me manquer.

- Quoi donc ?

- Tout. L'hôpital, les infirmières, ces jardins… vous, avait-elle ajouté dans un murmure après une seconde d'hésitation.

Le souffle de Severus s'était suspendu à ses mots, et il avait soudain eu l'impression de se trouver non pas à l'orée des jardins intérieurs, mais au bord d'un précipice, tant la sensation de vertige qui l'avait envahie avait été forte. Son cœur avait loupé un battement, et un sentiment de panique inexplicable s'était soudainement emparé de lui.

- Croyez-moi, une fois dehors, vous n'aurez plus le temps d'être nostalgique. Vous passerez bien vite à autre chose, avait-il fini par répondre, pragmatique.

La jeune femme n'avait pas répondu tout de suite, et s'était tenue en retrait alors qu'ils passaient près d'un groupe de personnes, le laissant passer en tête, ce qui l'avait empêché d'observer sa réaction.

- Ne vous manquerai-je donc pas ? Avait-elle repris un instant plus tard, avec un sourire forcé qui n'avait guère trompé le Serpentard.

Ce dernier s'était tendu, et malgré ses années de pratique en occlumancie, avait été incapable d'empêcher son esprit de rappeler à son souvenirs tous les moments qu'il avait passés avec la jeune femme au cours des derniers mois. Toutes ces soirées où elle était venue lire en douce dans sa chambre, cherchant le calme et la tranquillité. Toutes ces parties d'échecs, qu'elle avait perdues, mais qui lui avait permis de se re-sociabiliser peu à peu. Toutes ces heures passées dans ces jardins qu'ils s'apprêtaient à parcourir une dernière fois.

Alors même que Severus pensait avoir, depuis toutes ces années, réussi à verrouiller son cœur et ses émotions à double-tour, il s'était surpris à sentir un pincement du côté de sa poitrine. Comme lorsqu'il l'avait perdue, elle, des années plus tôt. Severus s'était raidi. Tout ceci était insensé. Pourquoi repensait-il à cela maintenant? Granger ne ressemblait en rien à Lily et puis, même si ça avait été le cas, les deux situations n'avaient rien de comparables. Elle quittait simplement l'hôpital, pas de quoi en faire toute une histoire. D'autant qu'il s'était promis, vingt ans plus tôt, de ne plus se laisser ainsi dominer par ce genre de futilités.

- Non, je serais enfin tranquille, avait-il répondu d'un ton neutre.

Comme la Gryffondor lui avait de nouveau laissé la priorité pour entrer dans les jardins, il n'avait pu voir son visage se crisper dans une expression attristée qu'elle avait vite faite disparaître lorsqu'il s'était à demi tourné vers elle, les sourcils froncés.

- Il fait étonnement doux ici, vous ne trouvez pas ? Avait-il demandé, interloqué.

Alors même que la météo sombre et pluvieuse de Novembre s'était durablement installée sur la région depuis dix jours maintenant, faisant drastiquement chuter le mercure dans la foulée, il régnait dans les jardins une température agréable digne d'une journée de fin d'été. Le soleil avait déjà amorcé sa chute dans le ciel, baignant les lieux de la douce lumière rougeoyante du crépuscule, que les lumières qui bordaient les allées gravillonnées venaient rehausser d'une touche de dorée.

- Oh, j'allais oublier ! S'était soudainement exclamée la Gryffondor derrière lui. Ne bougez pas.

Avant que Severus n'ait pu réagir, elle s'était approchée dans son dos, et avait posé quelque chose de doux et d'épais sur ses yeux, profitant du fait que ses mains étaient occupées à tenir ses béquilles. Il n'en avait pas fallu plus pour que Severus se hérisse tout à fait et s'agite, justement, tous les sens en alerte.

- Qu'est-ce que…?! Retirez ça tout de suite ! Avait-il aboyé, furieux.

- Ne vous inquiétez pas, c'est juste un bandeau.

Le Serpentard avait essayé de saisir les bords de l'objet afin de le retirer, en vain, car le tissu adhérait comme une seconde peau à son visage, à croire qu'il avait été…

Par Salazar ! Evidemment, qu'il avait été enchanté ! Et il tombait sous le sens que ce n'était pas le fait de Granger !

- Je le savais ! C'est eux qui ont manigancé tout ceci ! Et qui vous ont fourni cette ignominie ! Avait-il vociféré en redoublant d'effort pour tenter d'arracher le bandeau d'une main.

Bien-sûr que c'était eux ! Peter et Allan, à n'en pas douter ! Depuis des semaines ils le tannaient pour qu'il retrouve de la motivation et de l'entrain !

L'emploi de mots si virulents avait amusé la jeune femme, qui semblait bien insensible à son désarroi, en bonne Gryffondor qu'elle était. Son rire cristallin avait éclaté quelque part près de lui, sans qu'il ne parvienne véritablement à en déterminer la provenance exact. Il avait senti son pouls s'accélérer sous l'effet de l'adrénaline qui montait.

- Vous ne pourrez que convenir des compétences de Neals en matière d'enchantement, à présent, s'était exclamée la traîtresse d'une voix légère.

Severus avait manqué s'étrangler de rage à la mention du nom de son ancien élève, et en avait laissé tomber l'une de ses béquilles.

- Ils sont bien naïfs, s'ils pensent pouvoir s'en tirer ainsi en vous envoyant à leur place !

- N'est-ce pas vous qui venez de m'assurer que vous n'étiez pas homme à vous laisser influencer ? Avait encore demandé la scélérate, grandement amusée.

- Retirez cette chose immédiatement ! Avait-il tempêté, excédé. Granger !

Il avait tendu le bras sur sa gauche, pensant que la jeune femme s'y trouvait, mais n'avait réussi qu'à se déséquilibrer. Son cœur s'était glacé d'effroi à l'idée de la chute à venir et il s'était figé, alors que la peur d'une nouvelle chute l'envahissait comme un poison insidieux, plus rapide encore que celui de Nagini qui contaminait toujours son organisme. Cette peur cuisante et sournoise, qui ne le quittait plus depuis l'incident qui lui avait valu une jambe cassée, quinze jours plus tôt. Cette pensée glaçante de ne plus pouvoir faire confiance à son propre corps, de douter à chacun de ses appuis.

Alors que son cœur palpitait si fort qu'il lui semblait qu'il allait jaillir de sa poitrine d'un instant à l'autre, des mains douces mais fermes s'étaient posées sur ses épaules, le stabilisant tout en lui permettant de s'ancrer plus précisément dans l'espace. Le souffle court, il avait levé une main pour tenter à nouveau de retirer le bandeau, mais des doigts frais sur les siens l'en avaient empêché. Severus s'était figé au contact de la peau de la Gryffondor sur la sienne.

- Calmez-vous, il ne va rien se passer, avait murmuré la jeune femme en lui faisant doucement baisser sa main, qu'elle maintenait toujours dans la sienne.

- Ah oui ? Avait rétorqué le Serpentard en retour, toujours furieux, mais moins agité que précédemment. Pourquoi cette embuscade, alor s? Vous ne perdez rien pour attendre, Miss Granger ! Avait-il sifflé, acide.

- C'est un simple exercice de proprioception. J'avais proposé de vous en informer, mais les garçons étaient persuadés que vous ne voudriez pas en entendre parler, avait-elle précisé d'une voix quelque peu coupable.

Severus avait étouffé un nouveau juron. «Les garçons» ! Il savait bien que Jobardia ne pouvait pas être le cerveau d'un tel coup fourré ! Ce pleutre n'aurait jamais eu la cervelle nécessaire pour élaborer une telle machination ! Qu'il ait déjà réussi à ensorceler ce fichu bandeau était un exploit à lui seul !

- Vous me le paierez cher, Granger ! Inutile d'espérer mon secours la prochaine fois que vous serez aux prises avec vos cauchemars ! Avait-il grondé avec hargne.

- Ne vous fatiguez pas en vaines menaces, avait raisonné la jeune femme. Je serai partie demain matin. Si votre tranquillité vient à être troublée après cette échéance, ce ne sera pas de mon fait…

Malgré la colère qui l'habitait, Severus n'avait pas manqué noter le ton doux-amer sur lesquels ces mots avaient été prononcés, ni l'amertume sous-jacente qui perçait dans la voix de la Gryffondor. Il avait réalisé, un peu tard, que les mots qu'il lui avait tenus quelques instants plus tôt l'avaient peut-être blessée.

Alors que la pointe de la culpabilité perçait doucement au milieu du tumulte d'émotions qui se bousculait en lui, il l'avait vivement repoussée. Une chose à la fois. Pour l'heure, il avait des préoccupations plus urgentes à gérer. Comme le fait de retirer ce fichu masque et d'aller réduire en charpie trois des membres du personnel soignant de Saint Mangouste. Il laisserait la vie sauve à Granger. Après tout, on ne s'en prenait pas à une femme, encore moins quand elle était privée de pouvoirs magiques, et pourvue d'un si joli sourire.

Quoique…, avait-il songé lorsqu'elle l'avait de nouveau empêché de toucher au bandeau. Il allait peut-être revoir ses convictions morales, là tout de suite.

- Granger, virez-moi cette chose ou je vais me faire un plaisir de vous rappeler pourquoi je terrifie autant cet idiot de Londubat ! Avait-il menacé d'une voix sourde.

Le doigt frais qui s'était posé sur sa bouche l'avait réduit au silence mieux que n'importe quel sortilège de mutisme ne l'aurait fait.

OoOoO

Quelques mètres plus haut, dans une chambre avec vue sur les jardins de l'hôpital.

- Alors, alors, où est-ce qu'on en est ? Avait demandé Neals en entrant dans la pièce, prenant soin de refermer la porte derrière lui.

Aucun des deux hommes postés près de la fenêtre ne s'était tourné vers lui, tous deux ayant les yeux rivés sur le patio qui s'étendait en contre-bas.

- Eh bien c'est un peu mal parti mais Hermione se défend, avait répondu Allan en grimaçant un sourire.

- En tout cas, ton bandeau fait des miracles, mon gars, félicitations ! Avait claironné Peter avec enthousiasme.

L'orthomagiiste s'était approché de la fenêtre à son tour pour lancer un coup d'œil sceptique trois étages plus bas.

- Hmm... il reste du chemin à faire, en effet ! avait-il marmonné, clairement partagé sur la situation. Vous pensez qu'elle va se lancer quand même ? Avait-il interrogé, dubitatif.

- Hum hum…, était intervenu une voix quelque peu éraillée, en provenant du lit qui trônait dans la pièce. Pardon mais… le but de toute cette machination n'était-il pas que ce garçon remarche ?

Les trois hommes avaient relevé la tête vers le le patient de la chambre reconvertie en planque le temps d'une après-midi, et avaient échangé un regard silencieux, tâchant de déterminer quelle était la meilleure réponse à apporter à cette remarque, somme toute très pertinente.

- Absolument, Henri ! Avait fini par acquiescer Peter avec entrain. Mais, parfois, vous savez, il faut saisir les opportunités de la vie et faire d'une pierre deux coups. Avez-vous besoin de quelque chose d'autre ? Avait-il poliment demandé, en remarquant que le plateau de collation qu'ils avaient apporté au vieillard pour acheter son silence était vide.

Le dénommé Henri avait baissé les yeux sur son assiette vide, et jeté un coup d'œil un peu dépité vers le verre d'eau encore plein, avant de relever un regard plein d'espoir vers son kinésithérapeute et les deux hommes qui l'accompagnaient.

- Un petit verre de rouge ? Avait-il demandé, suppliant.

Après tout, l'espoir faisait vivre, et il espérait bien vivre longtemps.

oOoOo

Il était de nouveau dans l'obscurité

Comme lorsqu'il s'était réveillé du coma, et que ses paupières semblaient trop lourdes à soulever pour lui permettre d'ouvrir les yeux.

Cette fois, en revanche, il était pleinement conscient.

De tout.

Même si sa colère continuait de sourdre en lui, il avait accepté, temporairement du moins, de remettre à plus tard ses projets de meurtre concernant un trio de soignants composé d'un infirmier, d'un kiné et d'un orthomagiiste. La vengeance était un plat qui se mangeait froid, disait-on.

Et puis, il n'avait guère le choix.

Ainsi privé de sa vue au beau milieu des jardins de l'hôpital, il n'aurait pu aller bien loin, même si ses jambes avaient parfaitement fonctionné.

De fait, il avait aussi repoussé ses projets de vengeances concernant Granger, puisque pour l'heure, il dépendait entièrement d'elle. Et cela l'horripilait tout à fait.

Néanmoins…

Privé de son sens le plus important, son corps s'ouvrait petit à petit au monde de sensations autour de lui. La brise automnale venait caresser sa peau à intervalles réguliers et jouer avec ses mèches brunes, y créant un désordre qu'il n'aurait jamais toléré s'il l'avait vu. Le chant des rares oiseaux encore assez courageux pour traîner dehors à cette heure lui parvenait comme décuplé, à présent que son ouïe constituait son sens de repère principal.

Et puis, il y avait la voix d'Hermione Granger, qui le guidait à travers les sentiers du patio malgré ses protestations.

- Attention à la légère pente ici, voilà, parfait. Encore quelques pas. Est-ce que ça va ? S'était-elle enquise, soucieuse d'aller à son rythme.

Malgré le sadisme évident dont elle faisait preuve en le soumettant ainsi à cet exercice pour lequel il n'avait nullement donné son consentement, elle avait au moins eu la clémence de lui laisser ses béquilles. Enfin, l'une d'entre elle, car celle qu'il avait fait tomber était restée à terre à l'entrée des jardins. Étonnement, il ne se trouvait pas tant en difficultés que cela avec une seule, d'autant que la jeune femme n'avait toujours pas lâché sa main, lui fournissant ainsi la sécurité nécessaire en cas de besoin.

Toutefois, si elle pensait que cette attention suffirait à calmer son agacement, elle se mettait le doigt dans l'œil.

- Posez-vous la question par politesse ou par réel intérêt pour la réponse ? Avait-il cinglé, acerbe. Auquel cas, j'ose espérer que même amnésique comme vous l'êtes, il vous reste suffisamment de jugeote pour déterminer la réponse vous-même !

Il l'avait entendue soupirer à côté de lui, et se l'était sans mal imaginée lever les yeux au ciel, avec peut-être même l'esquisse d'un sourire moqueur au coin des lèvres. De quoi enfoncer le clou dans son orgueil déjà bien malmené par la situation.

- Quand je pense que j'ai tout fait pour vous aider à retrouver votre voix et que vous me remerciez en m'ôtant la vue ! Avait-il sifflé entre ses dents serrées. Vous êtes bien une Gryffondor dans l'âme ! Chassez le naturel et il revient au galop !

- Oh bon sang mais quel comédien ! S'était exclamée la jeune femme en soupirant de nouveau, sidérée. Je vous rappelle que vous avez interféré dans mon précédent départ il y a quelques mois de cela, considérez cela comme un renvoi d'ascenseur, avait-elle répondu, ironique.

Severus s'était étouffé d'indignation. La peste, comment osait-elle ?!

- C'est donc de cela qu'il est question, en réalité ? Un vil désir de vengeance que ces trois imbéciles vous ont offert sur un plateau d'argent !

- Absolument, c'est précisément pour cela que je passe ma dernière soirée en ce lieu avec vous, avait-elle rétorqué, sarcastique.

- Permettez-moi de revenir sur ma précédente réponse pour insister d'autant plus. Non seulement vous ne me manquerez pas, Miss Granger, mais j'attendrai la confirmation de votre départ avec une impatience grandissante ! Avait-il assené, rancunier au possible.

Les doigts de la jeune femme s'étaient crispés autour des siens, mais elle n'avait pas soupiré, cette fois.

- Je ne peux guère avancer mon départ à ce soir, en revanche, si vous le souhaitez, je peux vous quitter sur le champ. J'imagine que vous n'aurez aucune difficulté à regagner votre chambre tout seul, avait-elle suggéré avec superbe.

Le Serpentard s'était renfrogné, exaspéré par ce petit ton supérieur qu'il lui avait déjà entendu dans les couloirs de Poudlard. Son silence n'avait sans doute pas plu à Granger, car la fourbe demoiselle avait brusquement lâché sa main, le laissant avec pour seul appui l'unique béquille qu'il tenait dans sa main droite. Le Serpentard s'était figé aussitôt, tous les sens en alerte, une peur saisissante lui nouant douloureusement l'estomac.

La garce !

- Non, Granger, restez-là ! S'était-il exclamé en tendant vivement son bras sur sa gauche pour l'empêcher de s'éloigner davantage.

Il avait tâtonné dans le vide quelques secondes, la panique commençant à l'envahir à l'idée qu'elle soit réellement partie. Et puis sa main s'était de nouveau glissée dans la sienne, et il s'était autorisé à expirer un soupir de soulagement qu'il n'avait pas eu conscience de retenir.

- Vous voyez que vous pouvez supporter la présence d'un Gryffondor lorsque cela s'avère nécessaire, avait-elle raillé d'une voix victorieuse.

Severus s'était fait violence pour ne rien rétorquer, jugeant plus raisonnable de simplement grommeler quelques mots inintelligibles plutôt que de risquer qu'elle ne le laisse tomber pour de bon. Du moins, pour qu'elle reste encore quelques temps avec lui, puisque de toute façon elle le laisserait définitivement tomber le lendemain matin.

De fait, il avait pris sur lui pour faire taire sa langue trop acérée. Quelques mètres plus loin, la jeune femme les avait fait s'arrêter, et avant qu'il n'ait eu le temps de réaliser ce qu'il se passait, il s'était retrouvé pieds nus dans l'herbe fraîche des jardins. Ou peut-être était-ce un tapis ? Diantre, il n'aurait même pas été capable de le dire avec certitude !

- Qu'est-ce que vous manigancez, encore ? Avait-il demandé avec fiel. Vous trouviez que ce n'était pas suffisamment humiliant de m'ôter la vue ?

Granger n'avait pas répondu, prouvant ainsi, à son plus grand regret, qu'elle était sans doute plus mâture que lui en cet instant. Il l'avait sentie bouger près de lui, et avait deviné qu'elle s'était placée face à lui lorsque sa deuxième main s'était posée sur celle qui tenait toujours sa béquille.

- Hors de question ! Avait-il protesté en la sentant ouvrir ses doigts pour lui faire lâcher prise.

- Écoutez, je sais que vous n'avez pas confiance en moi, mais faites-vous au moins confiance à vous. Je sais que vous pouvez le faire, avait affirmé la jeune femme.

La vérité était qu'elle semblait croire en ses capacités bien plus que lui-même. Et que, malgré ses protestations et ses râleries, il avait toute confiance en elle. Lorsqu'elle avait de nouveau saisi la béquille pour la lui faite lâcher, il n'avait pas résisté, même s'il avait pincé les lèvres plus fort encore, tentant de contenir le tremblement d'appréhension qui montait en lui.

- Parfait, avait murmuré la jeune femme, dont la main était revenue chercher la sienne une fois la béquille posée au sol. Maintenant, vous allez me suivre doucement. Nous allons passer différents sols de différentes textures. L'idée est simplement de vous familiariser avec différentes sensations pour augmenter votre proprioception et vous permettre de gagner en assurance pour la suite, avait-elle expliqué d'une traite.

Severus avait tourné son visage aveugle vers elle en sourcillant. Il connaissait bien ce petit ton de récital, trop rapide et trop formel pour être naturel. C'était de cette façon qu'Hermione Granger avait récité ses cours des années durant, lorsqu'elle pouvait encore prétendre au titre de Je-Sais-Tout.

- Je vois que l'on vous a bien briefé sur le sujet, avait-il raillé sans pouvoir s'en empêcher.

Il n'avait pu que deviner sa grimace.

- Est-ce si évident ? Avait-elle demandé avec auto-dérision.

- Si je ne savais pas que vous avez perdu la mémoire, je jurerai avoir devant moi Miss Hermione Granger, l'éternelle première de la classe ! Avait assuré Severus avec un rictus narquois.

Il l'avait entendue gémir de protestation.

- Oh non, par pitié, j'ai dit que je ne voulais plus être comme cela ! Disons que l'idée est d'expérimenter de nouvelles choses, dans ce cas ! Vous n'avez qu'à imaginer être loin de cet hôpital, quelque part sans personne pour venir rompre votre chère tranquillité, et vous laisser porter par les sensations. D'accord ? Avait-elle reformulé, non sans une pointe d'ironie.

Severus s'était surpris à esquisser un sourire en coin.

- C'est déjà plus acceptable présenté ainsi, avait-il concédé, bon gré mal gré.

Il n'en avait pas fallu plus à la jeune femme pour qu'elle ne recule d'un pas, l'attirant à sa suite, ses deux mains toujours prises dans les siennes. Sans doute craignait-elle qu'il ne change d'avis si elle tardait trop à se mettre en route. Réticent, Severus avait concédé un premier pas, puis un deuxième, d'une lenteur insupportable, prenant le temps de tester la fiabilité de chacun de ses appuis avant de transférer son poids du corps d'un pied à l'autre. Merlin, ce qui c'était humiliant ! Il avait l'impression d'être un enfant à qui l'on apprenait à marcher.

Granger ne s'était toutefois pas moqué, et avait même fait preuve d'une discrétion remarquable en ne se répandant pas en encouragements niaiseux et horripilants à chaque pas qu'il faisait. Quelques pas plus tard, alors qu'il commençait, sinon à gagner en assurance, du moins à perdre en appréhension, la texture sous ses pieds avait changé, laissant place à une surface lisse et froide, qu'il avait deviné être du carrelage. S'il avait marqué un temps d'hésitation lors de la transition, le temps que son esprit et son corps traitent l'information, il avait néanmoins poursuivi, tout en remerciant silencieusement la Gryffondor de se caler sur son rythme sans l'inciter à continuer coûte que coûte.

Une dizaine de pas supplémentaires l'avaient amené sur un sol plus irrégulier, que la jeune femme avait anticipé en serrant davantage ses mains dans les siennes. La texture sous ses plantes de pied était jonchée de reliefs arrondis mais lisses, pas inconfortables mais pas tout à fait plaisants à parcourir non plus. Severus avait froncé les sourcils sous son bandeau.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Avait-il demandé, interloqué. Des galets ?

- Peter a dit qu'il fallait varier les surfaces et rajouter un peu de complexité, avait expliqué la Gryffondor.

Severus s'était renfrogné.

- Évidemment, j'imagine qu'il a dû follement s'amuser à préparer tout ceci ! Avait-il commenté d'une voix sombre. J'ose espérer qu'il n'a pas eu la brillante idée de «complexifier» les choses avec des clous et des braises incandescentes…

Dans son monde d'obscurité, le rire de la jeune femme avait semblé exploser comme un feu d'artifice devant lui, le faisant tressaillir de surprise. Il avait levé son regard dans la direction qu'il pensait être celle de son visage, regrettant presque de ne pouvoir l'admirer alors qu'elle se laissait ainsi aller à la légèreté.

- J'avais proposé une fausse aux serpents, mais mon idée n'a pas été retenue, avait-elle ri, son hilarité redoublant devant l'expression indignée que le Serpentard n'avait pu retenir.

Fusiller quelqu'un du regard n'était pas chose aisé lorsque l'on portait un bandeau, mais cela avait été plus fort que lui. Évidemment, le résultat avait été plus que limité, voire inexistant, et face à lui la jeune avait continué de rire, bien-sûr. Finalement vaincu par son amusement, l'ancien espion avait fini par pousser un soupir résigné, avant de se surprendre à relever le coin des lèvres en un léger sourire.

Il ne restait plus rien de sa colère précédente, et il était même parvenu, Merlin sait comment, à retrouver un rythme cardiaque normal et à se détendre, alors même qu'il se tenait là, debout au beau milieu des jardins sur un sol magiquement modifié, les yeux bandés et sans béquilles, avec pour seul point de repère les mains de la demoiselle dans les siennes, et seule boussole l'éclat de son rire cristallin.

- Tant que vous ne me jetez pas dans une fosse aux lions, je devrais pouvoir m'en sortir, avait-il répondu, sarcastique. J'en ai déjà beaucoup trop à gérer dans mon entourage, ces derniers temps!

- Hey ! S'était indignée la jeune femme en faisant passer une secousse dans ses mains, ce qui devait être sa façon tactile de tirer la langue à quelqu'un qui était privé de sa vision.

Severus avait souri derechef, pas mécontent d'être parvenu à entamer l'orgueil de la lionne.

Sous ses pieds, les galets avaient laissé place à une surface douce et meuble, qu'il avait deviné être du sable, et il s'était surpris à apprécier le contact des grains délicats sous sa peau. Par Merlin, sans aller jusqu'à dire que cette idée était bonne, il devait admettre qu'elle n'était pas dépourvue d'intérêt. Il avait l'impression que son corps réapprenait à accepter ses jambes, alors que cela faisait pourtant des mois qu'il s'exerçait à les faire refonctionner. A l'évidence, la technique ne suffisait pas.

Le terrain suivant marquait une légère pente montante, puis un plat sur un sol si doux qu'il n'aurait pas été contre marquer une pause à cette endroit. Évidemment, le dévers était arrivé peu après, et il avait malgré lui pris davantage appui sur les mains de la jeune femme, craignant le pire sur ce relief plus difficile à appréhender sans vision.

- Combien de temps ce cinéma est-il encore censé durer ? Avait-il interrogé quelques instants plus tard, après être passé successivement sur ce qu'il avait estimé être du bois, de la mousse, et des feuilles mortes.

- C'est bientôt terminé, lui avait assuré la Gryffondor, même s'il n'avait guère de preuve de ce qu'elle avançait.

Il y avait eu de nouveau du sable sur quelques pas, juste avant que la demoiselle ne l'arrête.

- Ce n'est pas trop tôt ! S'était-il exclamé, un brin impatient.

- Il en reste encore un, mais il y a deux marches à descendre.

Severus s'était raidi à ces mots, et avait freiné des quatre fers lorsque les mains de la jeune femme l'avait attiré plus en avant.

- Hors de question ! Avait-il vivement protesté.

- Cela va bien se passer, je vais vous aider.

Le Serpentard n'avait pu s'empêcher un rictus. Ce qu'il pouvait détester ces mots, et tout ce qu'ils sous-entendaient. Qu'il n'était plus capable. Qu'il était dépendant. Ce qui était d'autant plus rageant que c'était véridique. Il était tombé en séance avec Peter sur un sol plat sans dénivelé. Il n'y avait aucune chance qu'il puisse descendre deux marches seul sans béquille sans aller embrasser le sable, ou quoique ce soit qui se serait trouvé en bas des escaliers.

Avec réticence, et parce qu'il ne souhaitait qu'une chose, que toute cette mascarade prenne fin, il s'était laissé entraîné par la jeune femme, qui avait multiplié les indications pour le guider. Les marches étaient basses, et suffisamment larges pour qu'il ne se préoccupe pas de comment y positionner ses appuis. Il s'était figé lorsque ses orteils étaient entrés en contact avec un liquide frais, qui effleurait la surface de la première marche.

- Ce n'est que de l'eau, l'avait rassuré Granger, sentant son hésitation.

- Il ne perd rien pour attendre, vraiment rien pour attendre ! Avait pesté Severus entre ses dents serrées tandis qu'il grimaçait au contact de l'eau plus fraîche.

De légers bruits d'éclaboussure lui avaient indiqué que la jeune femme avait progressé dans le bassin, et qu'elle aussi devait donc se trouver pieds nus, se prêtant dans le même temps au même exercice que lui.

La transition entre les deux marches avait été le passage le plus ardu. Le sol anti-dérapant permettait de ne pas s'inquiéter d'y glisser, mais l'appréhension avait néanmoins fait hésiter le Serpentard. Il avait senti la jeune femme raffermir sa prise sur ses mains, et finir par lâcher l'une d'elle pour enrouler ses doigts autour de son avant-bras, dans une position plus sécurisante.

Il avait descendu la deuxième marche, et s'était retrouvé dans l'eau jusqu'à mi-mollet. La caresse dansante de l'eau fraîche sur sa peau lui avait fait un bien fou, et s'il n'avait pas déjà été aveugle, il aurait fermé les yeux d'aise, tandis que le soulagement d'être arrivé au pied des escaliers sans encombre l'envahissait.

L'espace d'un instant, le Serpentard s'était laissé accaparé par l'explosion de sensations que ce nouveau milieu aquatique suscitait en lui, se laissant envahir par un sentiment de quiétude bienvenu après ces dernières semaines de découragement et de morosité. Alors que la sérénité du moment balayait les dernières traces de colère et de ressentiment, il avait soudain réalisé que le contact de la Gryffondor sur sa main et son bras s'était allégé et, paradoxalement, n'avait qu'alors pris conscience de la proximité de la jeune femme.

- Vous voyez, avait-elle murmuré, un sourire dans la voix. Ce n'était pas bien compliqué. Je ne vous tiens même plus.

Elle ne le tenait plus, en effet. Elle le caressait, ses mains étant simplement au contact de sa peau pour le rattraper en cas de nécessité. Elle l'effleurait, d'un contact aussi léger que celui d'une plume, qui avait fait se couvrir sa peau de chaire de poule. Malgré ses pieds immergés dans l'eau fraîche, Severus avait senti une chaleur sans précédent l'envahir, prenant sa source aux endroits où la peau de la jeune femme touchait la sienne, remontant de ses bras pour se diffuser dans tout son corps. La pensée, fugace et déconcertante, qu'il aurait aimé qu'elle le touche de façon plus franche, l'avait saisi, le troublant plus que de raison.

Quelque chose dans l'air ambiant avait changé, alors que l'atmosphère autour d'eux semblait soudain se charger d'une tension nouvelle, qui avait fait haleter Severus. Une appréhension d'un autre genre que celle de la chute l'avait soudainement envahi, lorsqu'il avait perçu le bruissement de l'eau, alors même qu'il n'avait pas esquissé un geste. Granger bougeait, et pas pour l'exhorter à avancer, cette fois. C'était elle qui avait fait un pas vers lui, réduisant la distance qui les séparait à peau de chagrin, inondant ses sens de sa proximité.

Leurs mains toujours jointes s'étaient retrouvées entre eux, et il avait senti son autre main remonter le long de son bras, effleurant l'intérieur de son coude pour venir se poser timidement sur son torse, à quelques centimètres à peine de sa cage thoracique. Le parfum fruité qui l'avait déjà happé à leur sortie de l'ascenseur l'avait de nouveau enivré, et c'était son cœur qui avait trébuché, cette fois, et non ses jambes, lorsque son souffle s'était mêlé au sien alors qu'il tentait désespérément d'y voir clair à travers ce bandeau qui l'aveuglait.

- Hermione…, avait-il murmuré, en proie à une incertitude grandissante quant à ce qui allait suivre. Qu'est-ce que vous…?

Le dernier mot avait été étouffé par la bouche de la jeune femme qui s'était posée sur la sienne, aussi délicate qu'une plume effleurant la surface de l'eau.