Note : Holà !
Ce chapitre va nous faire entrer dans l'un des "arcs" importants de cette partie 2. Tant au niveau romance qu'action. Les derniers chapitres beaucoup centrés sur le développement relationnel et psychologique des personnages vont porter leur fruit ;).
J'espère que ça va vous plaire !
Sur ce, je vous laisse lire !
Le lendemain, Allen et Kanda se retrouvèrent vers 9 heures, après le déjeuner. Un Golem les avait averti que Luberrier les attendait tout les quatre, avec Lavi et Lenalee, aux alentours de 11 heures. Ça leur laissait le temps de voir l'infirmière. Malgré une pointe d'anxiété perceptible, Allen sentait bon. Kanda en fut soulagé. Ce serait plus facile pour tous les deux de discuter avec l'autre mégère si Allen n'était pas nerveux. Sans échanger rien de plus qu'un signe de tête, les deux garçons s'étaient suivis, se mettant en marche vers l'infirmerie. L'oméga ne fit que se tenir suffisamment proche de lui pour que Kanda comprenne qu'il n'était pas si serein pour autant. Il le gratifia d'une caresse fugace sur le sommet du crâne, un léger sourire rassurant aux lèvres.
« Ça se passera bien, affirma Kanda. Quoi qu'elle nous dise, ça ira. »
Les chaleurs d'Allen reviendraient bien. Ils devaient s'y préparer.
Allen hocha la tête sans rien dire. Il finit par croiser les bras sur son torse, un sourire flottant au milieu de son visage. Kanda s'interrogea, avant que le Moyashi ne décide de répondre.
« Tu t'es amusé, avec nous, hier soir ? »
Le changement de sujet désarçonna Kanda. Il se reprit vite, se disant que ça allait en effet plutôt bien si Allen passait rapidement à autre chose. Il faisait peut-être la conversation pour justement éviter de s'angoisser. Ça aurait été son genre. Quant à lui, il haussa les épaules, ne voyant pas de raison de mentir ni d'en faire des caisses.
« Ouais.
—C'est tout ? »
Kanda souffla un 'tch'. Évidemment, le crétin s'attendait à une dissertation là où lui n'avait que des mots simples à employer.
« Tu veux que je dise quoi de plus ? C'était bien.
—Rien, rien. » Allen rit. « C'est juste que... comme t'as dit que t'aimais pas ton anniversaire, je voulais vérifier que ça t'avait plu. Je sais que même une fête en petit comité, ça a dû être un effort pour toi. Ça m'a fait plaisir que tu sois venu. Merci. De notre part à tous. »
De nouveau, Kanda se mit à hausser les épaules. Ça n'avait pas été si difficile que ça — il y a quelques mois, il en aurait été incapable. À présent, c'était différent. Il n'avait pas la sensation que c'était nécessaire d'être remercié pour ça. C'était à lui de se montrer reconnaissant, et il l'avait déjà fait hier. Il pouvait tout de même comprendre que le blandin veuille vérifier que ça avait été un bon moment pour lui. Sa sollicitude était touchante, bien qu'exagérée, cela dit. Il avait cerné qu'Allen était comme ça, à toujours prendre soin des autres.
Il parla d'un ton monocorde habituel.
« Vous avez pas été trop chiants, ouais. Vous m'avez trop gâté, par contre.
—Ça sert à ça, les anniversaires, Bakanda. »
Allen lui tira la langue. S'il ne dit rien de plus, Kanda sentait à son odeur qu'il transpirait la joie. Ça devait être fatiguant, d'être aussi sensible aux émotions des autres.
« Dis celui qu'a pas voulu qu'on lui fête le sien, » rétorqua Kanda à juste titre. Face au visage déconfit d'Allen, il s'expliqua : « Si je me souviens bien, pour tes 16 ans, tu l'as dit après. Lenalee était venue s'en plaindre en salle de méditation. Autant te dire que ça m'avait gonflé, vu qu'on pouvait pas se blairer, de l'entendre pleurer pour ça. »
Allen se passa une main dans les cheveux, un bref éclat de surprise dans le regard.
« Il faut croire que la vie m'a puni pour ça, puisque j'ai eu mes chaleurs au milieu de janvier. Mais ouais, tu as raison, j'aime pas trop la période du mien non plus. Ça nous fait un nouveau point commun. C'est juste que ça aide un peu, je suppose, de faire ça avec des gens qu'on aime. Cette année, je ferai l'effort moi aussi. »
Kanda eut un rire sec, toisant les mèches blanches qui tressautaient avec ses pas.
« T'as pas le choix, de toute façon. Vous m'avez fait subir ça tous les trois, crois pas que je te laisserai y échapper. Puis maintenant qu'elle le sait, Lenalee te foutera pas la paix non plus.
—Si tu t'es amusé, t'as rien subi, Kanda. Dire ça, c'est méchant et offensant. »
Comme le couillon commençait réellement à tirer une sale tronche — vraiment, sa réactivité était épuisante à regarder, Kanda lui colla une pichenette en faisant claquer sa langue. Le temps qu'ils discutent, leur pas les avaient mené devant l'infirmerie. Instinctivement, le panneau fit tirer la tronche à Kanda. Il n'aimait pas cet endroit, l'idée d'aller y asseoir son cul pour quoi... une bonne heure, une bonne demi-heure ? Ça faisait chier. Même en sachant qu'on ne lui ferait rien à lui, ses souvenirs des salles de consultations et des médecins le rendaient anxieux, ce qui se traduisait dans son cas par de la colère.
Il prit sur lui, évidemment, surtout en voyant qu'Allen se figeait comme une feuille morte. Quelques phéromones d'angoisse s'échappaient de lui, l'odeur caractéristique de sa peur faisant plisser le nez de Kanda. Il donna un coup de tête en direction de la porte.
« Dépêchons-nous, qu'on se casse d'ici.
—Tu sais, fit Allen d'une petite voix, je peux me débrouiller seul. T'es pas obligé d'y aller avec moi. »
Ça ressemblait à une demande plus qu'autre chose. Kanda le prit à la plaisanterie.
« Me tente pas, je pourrai changer d'avis. Bougeons. »
Allen attrapa son bras de ses mains gantées.
« Je ne rigole pas.»
Kanda balaya ses paroles d'un geste de dégagement, lui non plus. Il voulut avancer, l'oméga le retenant encore.
Pour Kanda, ça devint agaçant. C'était tout de même important qu'il sache ce dont il était question. Ça lui semblait naturel de s'impliquer. Toutes les informations étaient bonnes à prendre. Allen puait davantage.
« Je te raconterai tout, si c'est ça qui t'inquiète.
—Je veux être là, Moyashi. Arrête tes conneries. »
Kanda se butait. Il tenait à entendre le pronostic lui-même. Leur échange devenait lunaire.
« Je te dirai tout, crois-moi. Fais-moi confiance, je ne suis pas idiot.
—Je comprends pas. Hier, t'étais content que je veuille venir. Tu me fais quoi ? »
Mis devant sa contradiction, Allen hésita. Kanda le vit danser d'un pied sur l'autre, mal à l'aise, et à ses odeurs, il comprit. Il avait peur que sa nervosité grimpante, qu'il sentait monter en lui, n'impacte Kanda, et rende la discussion difficile. Sur le fond, Kanda s'était fait la même réflexion dans le sens inverse. Son nez le piquait effectivement de plus en plus. En revanche, il n'apprécia pas le fait d'être évincé de la sorte. C'était Allen, qui ne lui faisait pas confiance. Il se crispa en croisant les bras.
Ne sachant pas quoi dire, il se contenta de fixer le maudit. Allen se défendit enfin :
« Je pense à nous deux. Tu n'aimes pas l'infirmerie. C'est injuste de t'infliger tout ça. »
Ça n'arrangea pas la situation. Kanda commençait à se sentir blessé, un sentiment nouveau et irrationnel qui l'ennuya. Il commençait à comprendre que oui, Moyashi avait voulu noyer le poisson autant que possible. Maintenant qu'il n'y avait plus de moyen de le faire, et que ça remontait à la surface, il le fuyait lui.
« T'es pas à l'aise que je sois avec toi quand tu paniques, maintenant ? C'est nouveau. »
Allen dut percevoir son sentiment, puisqu'il tendit une main en signe de négation.
« C'est pas contre toi. J'étais vraiment touché que tu veuilles être présent. Comprends-moi. Ça sera dur pour nous deux et mes odeurs vont t'enfumer, je veux pas de ça... »
Kanda pouvait comprendre. Il pensait juste qu'Allen aurait dû savoir qu'ils avaient dépassé ce stade depuis longtemps. Ça lui était déjà arrivé d'être affecté plus que de raison par ses phéromones, certes, et d'être paumé à cause de ça. Ça ne signifiait en rien qu'il ne devait pas être là dans les moments difficiles. C'était frustrant qu'Allen s'en soucie tant. Il fallait qu'il s'appuie sur lui sans honte.
Kanda ne savait pas comment lui dire.
Il haussa les épaules.
« Ce sera dur, mais on en a vu d'autres. Tu ne me chasseras pas.
—C'est pas la question, Kanda. Je veux juste que tu entres en connaissance de cause... Tu dis que tout ira bien, mais on sait bien que c'est faux.
—Te fous pas de ma gueule, tes odeurs, je les prends assez dans le nez pour le savoir. Je comprends pas pourquoi tu m'emmerdes.
—Mais justement ! Kanda, écoute ! »
Ses odeurs se libéraient en masse, Kanda ayant la sensation de respirer un nuage acide de peur panique. Putain, il allait faire une crise de nerfs. Il ne sut comment réagir face à ce qu'il sentit ni l'expression embuée de larmes qui se trouvait face à la sienne, neutre et perdue.
« Je suis terrifié de ce qu'elle va me dire, tu dois le sentir, je veux t'épargner ça, s'il te plaît... J'ai cru que ça irait, mais je sens que non, et j'ai pas envie que tu me vois comme ça. »
Il baissa la tête. Kanda sentit son sang ne faire qu'un tour.
« Mais je te dis que je suis là pour ça, connard de Moyashi ! Me fais pas un cirque pareil, putain !
—Ne m'insulte pas ! Je pense juste à toi ! »
Kanda bouillonnait encore. Il était sûr qu'il ne pensait pas à lui, non.
Il pensait juste à préserver les apparences, parce qu'il n'avait pas seulement peur d'être en chaleur. Il avait la trouille de se retrouver dans le même état émotionnel, de laisser transparaître sa faiblesse dont il avait tant voulu se débarrasser, de ne pas être capable de faire mieux. Ses insécurités quant ce que ça ferait de lui gagnaient du terrain. Il n'arrivait pas à accepter que certaines faiblesses feraient parties de lui, qu'il le veuille ou non. Se priver de soutien ne le rendrait pas plus fort, bien au contraire. Kanda ne savait pas comment dire ça sans le blesser avec l'exaspération que ça faisait monter en lui.
Comme les deux jeunes hommes commençaient doucement mais sûrement à se disputer, leur voix s'élevant de concert, ils finirent par attirer l'attention.
Passant sa tête par l'embrasure de la porte, l'infirmière leur jeta un oeil dubitatif :
« Je peux vous aider, ou vous escorter vers un autre couloir pour hurler ? »
Oubliant leur engueulade, les deux jeunes hommes s'arrêtèrent.
Kanda se dit qu'il faudrait quand même qu'ils en reparlent. Il voulait comprendre l'attitude d'Allen.
Le maudit sembla vouloir parler, un son mourant dans sa gorge. Kanda décida de prendre les choses en main. Il poussa Allen dans le dos, le faisant avancer. Il aplatit sa paume avec douceur contre sa colonne vertébrale pour l'apaiser. L'oméga lui jeta un regard qu'il ne comprit pas. Kanda parla le premier :
« On pense que ses chaleurs pourraient arriver. On aimerait en parler avec vous. »
Les yeux bas, puant comme jamais, Allen hocha simplement la tête. Et après ça, il n'avait pas besoin qu'il soit là ? Bien sûr qu'il pouvait se débrouiller seul, Kanda ne voulait ni lui voler l'occasion de s'exprimer ni insinuer qu'il ne le pouvait pas. Si quelqu'un était débrouillard et savait se faire entendre, c'était bien Allen. Flippé comme il l'était, sa présence aidait pourtant. Allen se reprit à ce moment-là, s'éclaircissant la gorge.
« C'est comme il dit... J'ai des crampes étranges, depuis quelques jours, ça ne part pas... Je ne sais pas quoi penser. »
La femme leur jeta un regard. Puis, lissant son tablier et souriant avec une forme d'encouragement, elle leur fit signe d'entrer. Allen se mit à tripoter nerveusement la manche gauche de son uniforme, où l'un des boutons était en train de se découdre. Kanda n'en dit rien, si ça le calmait en le distrayant, tant mieux. Ils s'avancèrent à la suite de l'infirmière. Kanda serra brièvement la main libre d'Allen dans la sienne, avant de la lâcher lorsque l'infirmière se retourna. Elle leur fit signe de s'asseoir face à elle, tirant un tabouret qu'elle plaça l'un à côté du fauteuil de repos où elle fit asseoir Allen.
L'examen dura un court temps. Elle prit sa tension, palpa son abdomen, le faisant grimacer sous le regard de Kanda. L'infirmière vérifia aussi la dilatation de ses pupilles, inspecta sa gorge et ses oreilles, ainsi que ses battements de coeur.
Sans prononcer un mot, l'alpha et l'oméga échangèrent un regard une fois que tout fut terminé. Elle ne leur disait toujours rien. De dos, elle ouvrit un tiroir.
« Je vais vous faire une prise de sang, tenez-vous tranquille. »
Allen se raidit à la vue de l'aiguille. Kanda ne pouvait pas lui en vouloir, il n'aimait pas ça non plus. Les piqûres avaient beau avoir été son quotidien avec les expériences scientifiques, il en gardait un vif souvenir désagréable.
Il ne savait pas si Allen avait une phobie aussi viscérale que la sienne, mais il tendit la main gauche vers lui, oubliant toute pudeur. Son anxiété revint flatter les narines de Kanda. L'infirmière sourit en les observant. Elle remonta la manche d'Allen, passa un coton imbibé sur son bras, juste au milieu du coude. Elle tapota pour trouver la veine, et approcha l'aiguille.
« Parlez-lui le temps que je pique, ça le détendra, » dit-elle à Kanda. Puis, en s'adressant à Allen : « Regardez ailleurs, ça sera rapide. »
Kanda caressa la main d'Allen et planta son regard dans le sien.
« Pense qu'on voit l'autre vieux connard dans une heure et demi.
—C'est supposé me détendre ? le tança Allen. Ça me rend plus énervé qu'autre chose.
—Justement. Concentre-toi sur ça. »
L'infirmière piqua à ce moment-là. Allen glapit en serrant la main de Kanda. Il souffla entre ses dents. Plus de peur que de mal. Ce dernier continua :
« Tu vois, c'était pas si terrible. Tout à l'heure, ce sera pire.
—... Merci, Kanda, tu as le don de remonter le moral des gens.
—Avec plaisir. »
Content de son petit sarcasme, Kanda eut un rire, Allen se mordant la lèvre au moment où l'aiguille le quitta. Sans lâcher la main de Kanda, il tourna son regard vers l'infirmière qui lui appliqua un pansement. L'alpha l'imita.
« Vous... pensez que j'ai mes chaleurs, alors ? » s'enquit Allen.
La femme rangea soigneusement le flacon dans un réservoir à tubes. Elle se tint face à eux, sans se départir de son sourire.
« La prise de sang permettra de le confirmer. Mais je serais vous, je ne m'en ferais pas trop.
—Comment ça ? »
C'était Kanda qui avait parlé.
« Ses amygdales sont encore enflées, il a encore des séquelles de sa grippe. C'est possible que ce soit juste ça. »
Les mains sur les hanches, elle adressa à Allen un petit sourire :
« Vous n'avez pas attendu quelques jours avant de remanger comme vous le faisiez avant, n'est-ce pas ?
—Oui. » Allen releva la tête. « J'avais de l'appétit, alors... Je me suis rattrapé.
—C'est bien ce que je pensais. Nous vous avions fait tourner à la soupe pendant trois jours, et vous mangez du solide en grande quantité ? Ne soyez pas étonné d'avoir des crampes. Je vous avais bien dit d'y aller doucement. »
Kanda faillit rire jaune. Tout ça pour ça ? Parce que cet imbécile bouffait comme un cochon après une grippe qui aurait mis au tapis un abruti lambda trois semaines ? Il finit par s'y résoudre, pendant qu'Allen fixait l'infirmière avec un air ébahi. Ses yeux grands étaient à crever de rire.
« Mais... c'est juste ça ? Vous êtes sûr ? » Il se mit à rougir. « Parce que l'autre fois, quand j'ai eu mal, Kanda m'a touché, et ça m'a calmé... Et ça fonctionnait comme ça. Mes chaleurs, je veux dire... Alors... Comment...
—C'est normal, le coupa l'infirmière. Si vous avez mal n'importe où, quand on exerce une pression douce dessus, ça soulage. Revenez demain pour les résultats, ils confirmeront mes dires. La probabilité est faible, en tout cas. »
Allen et Kanda ressentirent le même soulagement. Kanda le sentit à l'anxiété qui s'évapora de son nez. En revanche, il était peut-être temps de s'interroger intelligemment plutôt que d'attendre que les choses arrivent.
« Comment on saura, quand ses chaleurs reviendront ? Quelle sera la différence ? Il les as eu il y a six mois. Elles devraient revenir bientôt. En fait, elles devraient déjà être revenues. Quand vous dites que la possibilité est faible, ça me surprend. »
Ça ne ferait pas plaisir à Moyashi, mais Kanda voulait vraiment savoir. Il n'avait pas le temps de tourner autour du pot. Allen ne lâchait toujours pas sa main. Il ne s'énerva pas, ne le contredit pas. Les mêmes questions devenaient tourner dans sa tête.
L'infirmière tira un autre tabouret pour s'asseoir face à eux. Elle parut réfléchir à ses mots avant d'ouvrir la bouche.
« Ça dépend des omégas. Je vous avais dit, il me semble, que les premiers cycles étaient aléatoires. Lorsqu'elles reviendront, vous pouvez, dit-elle à Allen, effectivement, avoir des crampes, comme maintenant. Généralement, vous aurez aussi de la fièvre et votre odeur sera plus forte. En tant qu'alpha, » elle parlait à Kanda, « vous pourrez le sentir tout de suite. Croyez-moi, vous ne douterez pas.
—Et il faut s'attendre à quoi ? demanda Allen. Les symptômes seront les mêmes ? Est-ce que je vais... me retrouver dans le même état ? »
Il y eut un silence.
« Ça vous inquiète ? »
Allen se renfrogna. Même Kanda eut envie de lui dire que ça se voyait suffisamment sans qu'elle n'ait besoin de le souligner comme ça. Elle sourit de nouveau lorsque l'oméga acquiesça sans parler.
« Ce sera sans doute différent. Je ne sais pas vous le dire exactement, mais vous êtes moins stressé, non ? »
De nouveau, Allen hocha la tête.
« Et, » elle fixa cette fois leurs mains liées, « vous êtes ensemble, maintenant. Ce n'est pas la même chose.
—On est pas un couple. »
Ils avaient parlé d'une même voix, et lâchèrent leurs mains. L'infirmière plissa les yeux, se reprenant :
« Je veux dire, de toute façon, que vous vous entendez bien mieux qu'auparavant. Ce sera plus facile.
—Vous pensez ? s'inquiéta encore Allen.
—J'en suis persuadée. »
Kanda n'ajouta rien. Il avait envie de demander s'il y avait une chance que ses ruts se déclenchent en même temps, parce que vu la violence de la dernière fois, il avait la trouille de ce qui pourrait se passer. Il n'évoquerait pas l'idée devant Allen, pas la peine de le faire plus paniquer qu'il ne l'était déjà. L'infirmière aurait un remède contre ça, une connerie à lui donner, forcément. Il repasserait. S'il fallait déjà retourner ici demain chercher les résultats, il poserait la question quand Allen serait parti.
Ils se relevèrent, sachant qu'ils n'avaient rien de plus à dire. L'infirmière les escorta jusqu'à la porte, qu'elle referma derrière eux, les abandonnant dans le couloir. En passant, elle dit gentiment à Allen que tout irait bien. Le maudit hocha la tête encore, un sourire poli aux lèvres. Kanda savait qu'il n'en était pas sûr.
Côte à côte, les deux jeunes hommes échangèrent un regard. Ils s'étaient ôtés une épine du pied. Allen se mordit la lèvre.
« Kanda, pour tout à l'heure, je suis... désolé. »
Kanda comprit qu'il parlait de leur dispute. Il fut surpris qu'Allen n'essaie pas de l'enfouir sous le tapis. Il secoua la tête à son tour, décidant de se montrer complaisant.
« C'est pas grave. Je comprends. » Allen plissa les yeux, aussi, Kanda soupira. « Oui, j'ai pigé. T'as paniqué et t'as pas envie que je le vois. Je comprends juste pas pourquoi, vu que je le sens déjà.
—C'est juste que... tu m'as déjà vu beaucoup... » il eut un soupir en cherchant ses mots, « vulnérable. J'apprécie de pouvoir l'être avec toi, mais j'ai toujours du mal avec ça. J'ai jamais aimé me montrer comme ça. J'ai besoin de me prendre en main, surtout quand c'est si intense. »
Allen était déterminé. Le besoin de gérer les moments difficiles par soi-même avant de s'exposer était sain. Il ne pouvait pas l'en empêcher. L'important était de ne pas non plus tout endurer seul.
« Tu peux te prendre en main, mais accepte un peu d'aide. Il faut un juste milieu, tu vois ce qui se passe quand on se renferme trop. C'est pas moi qui vais te l'apprendre, ça, quand même. »
Haussant les épaules, Allen n'eut aucune expression. Juste la tête de quelqu'un qui réfléchissait avec difficulté.
« T'as pas tort, mais... c'est juste dur pour moi, et ça s'améliorera pas. Je veux dépasser ça.
—T'y arriveras pas si tu t'imposes de souffrir seul, insista Kanda. Moi, je veux pas sentir ton odeur de frousse dans le nez sans savoir ce qui se passe. Je t'empêche pas de te démerder, au contraire. Quand c'est trop, comme aujourd'hui, joue pas aux fiers. C'est tout ce que je te demande. »
Kanda espérait que ça suffirait pour qu'il comprenne que se fustiger ne servait à rien. Il se retenait de lui asséner aussi que ses chaleurs le concernait tout autant. C'était son corps qui serait affecté en premier lieu, Kanda n'avait, pour une fois, pas l'indélicatesse de l'ignorer.
Allen opina du chef à sa remarque. Il se mura ensuite dans le silence, dansant sans doute entre le soulagement et une digestion de ce que Kanda venait de lui lancer.
Le kendoka fit quelques pas vers lui, tendant également les bras dans sa direction.
« Viens, échangeons nos odeurs. Ça te fera du bien.
—... Merci. » Allen se blottit contre Kanda, jusqu'à ce que ce dernier sente son nez contre sa clavicule. « T'es si gentil avec moi, Kanda... Pourquoi ? »
Ça faisait un moment qu'Allen ne lui avait pas posé une question comme ça. Kanda fut pris de court, encore une fois. Ils n'en étaient plus là depuis longtemps. Et pourtant, Moyashi ne comprenait toujours pas que c'était simplement naturel. Il se raidit.
« On est liés. » Allen se serra encore contre lui, son nez frottant contre sa peau. Kanda déglutit. Son propre coeur battit plus fort. « Et je tiens à toi. C'est pas de la gentillesse, je m'intéresse à ce que tu ressens. »
Il y eut un silence. Le maudit ne dit rien. Il ne fit que sentir Kanda, sans dire quoique ce soit d'autre, dans son étreinte. Au bout d'un moment, il parla contre son torse.
« Je sais pas comment te remercier pour ça. je sais qu'on est amis, mais ce que tu fais, c'est..., » Allen se reprit, « il y a le lien, mais... ça me surprend. Tu sais toujours comment faire pour que je me sente mieux. »
Kanda grogna dans sa barbe. Il eut un rire sec, malgré tout.
« Tu viens de le faire.
—Joue pas sur les mots, Bakanda.
—C'est ce que tu viens littéralement de faire, Moyashi. Pour le reste, peut-être bien que je commence à bien te connaître. »
Allen lui offrit un sourire, toujours contre lui.
« Peut-être bien. Tu ne connais toujours pas mon prénom, par contre...
—J'le connais. J'aime juste mieux ton surnom. »
Si le maudit se mit à bougonner, Kanda caressa son crâne avec douceur. Il donna un coup d'épaule vers le couloir.
« Allons-y. Le vieux con va nous attendre.
—Ce serait dommage..., » murmura Allen avec ironie.
Kanda échangea un rire complice avec lui. Ouais, il s'en foutait aussi de faire attendre ce sale connard. En revanche, il s'en foutait un peu moins si Allen était celui qui prenait pour leurs conneries à tous.
Allen ouvrit la porte le premier. Luberrier les attendait. Il tapotait négligemment de l'ongle sur son bureau, les observant tandis qu'ils entraient uns à uns, tous les quatre bientôt alignés devant lui. Komui était déjà présent, lui aussi. Il avait un dossier dans la main. On aurait dit qu'il comptait leur attribuer une mission. Kanda fronça les sourcils. Ça devait être quelque chose d'énorme s'il avait besoin de quatre exorciste. Vu la gueule de Komui, ça puait la merde. Kanda flairait le coup fourré. Il les avait bien prévu que Luberrier les punirait d'une façon ou d'une autre. Restait à voir à quel point.
« Je ne reviendrai pas sur votre escapade de la veille. » Il y revenait quand même, puisqu'il la mentionnait. « Sachez que je suis extrêmement déçu. »
Kanda résista à l'idée de lâcher un "on s'en branle", bien senti. Ça aurait été immature en plus d'empirer la situation.
« Comme vous vous ennuyez et que vous vous entendez si bien, j'ai décidé d'attribuer une mission à trois d'entre vous. Lenalee restera aider son frère à la section scientifique. Il faudra de l'aide pour superviser vos entraînements particuliers, dit-il en s'adressant à Allen et Kanda, quand Link reviendra. Elle s'en chargera. »
Ça ne plut pas à Kanda. Allen se renfrogna également, se tournant vers Lenalee, plutôt dépité. Les entraînements étaient délicats pour eux. C'était déjà difficile avec Link, surtout avec ce qu'ils avaient expérimenté la dernière fois... Que Lenalee assiste à ça le mettait mal à l'aise, Allen ressentant sans nul doute la même chose. Kanda sentit son odeur agacée. Puis, sa peur refit surface. Kanda n'eut pas le temps de s'interroger, Luberrier continua :
« Vous partez pour le Japon dès ce soir. Le voyage sera long. Je laisserai Komui vous expliquer les détails. Vous serez en collaboration avec la branche Asiatique. Normalement, Komui ne devait envoyer qu'un groupe de Traqueur, mais il est important de vous mobiliser également. Lavi, Bookman ne vient pas, il est parti rejoindre Link sans vous. Vous auriez dû l'accompagner, mais cette mission est prioritaire. »
Le rouquin hocha la tête, en se mordant la lèvre à son tour. Il le privait d'une partie d'information sans doute importante. Allen se tortillait encore, triturant ses doigts. Il finit par parler :
« J'attends les résultats d'une prise de sang, monsieur. Elle doit confirmer que je ne suis pas en chaleur. L'infirmière a dit que ça devrait attendre demain. La mission pourrait être compromise. »
Kanda comprit son inquiétude. Allen avait encore peur, malgré les dires de l'infirmière. La prise de sang serait le seul moyen fiable de savoir ce qu'il en était, après tout. Luberrier haussa les épaules.
« On vous enverra un Golem pour vous communiquer les résultats.
—Mais si mes chaleurs se déclenchent, je... » Allen paniquait sans le montrer, seulement, Kanda le sentait à plein nez. « Monsieur, laissez Kanda partir avec Lavi si vous le souhaitez, mais je dois savoir...
—Vous ne pouvez pas être en chaleur sans votre alpha, Walker. Croyez-vous que vous êtes le premier couple lié au sein de la citadelle ? Nous vous louerons une chambre en toute intimité, pour que vous régliez le problème ensemble, si tel est le cas. »
Allen devint cramoisi. Son sentiment d'humiliation eut une odeur que Kanda détesta.
Le sort en était jeté. Ils apprirent le détail de la mission. D'étranges disparitions se faisaient constater dans la Capitale. Les locaux décrivaient une créature difforme qui ne ressemblait en rien à ce qu'ils connaissaient des Akumas. S'il y avait une nouvelle évolution, si vite, ils devaient le savoir. Ce serait dangereux. Ils n'étaient pas encore apte à combattre efficacement un niveau 4, alors un niveau 5... Ils ne seraient pas trop de trois avec l'aide de quiconque serait présent en Asie. Ils disposaient d'encore moins d'Exorcistes que la branche Européenne.
Un peu d'action ne les dérangeait pas, loin de là, c'était leur mission. En revanche, les faire partir dès ce soir sans attendre au moins la prise de sang d'Allen — Kanda savait le temps qu'il fallait pour atteindre la Chine et le Japon, ils n'étaient pas à un jour près... C'était bel et bien une forme de punition cruelle. Luberrier insista encore auprès de Kanda pour obtenir son rapport à la place de ceux que lui fournissaient Link. Le kendoka ne résista pas, il avait bien compris que ça ne servait à rien.
Lorsqu'ils sortirent, Komui les dépassa en leur offrant un sourire encourageant.
« Je vais voir si l'infirmière peut accélérer ses analyses. »
Il posa une main sur l'épaule d'Allen, l'oméga secouant la tête avec dépit. Il murmura que ce n'était pas grave. Mensonge. Kanda le dévisagea un moment, essayant de savoir s'il avait besoin de lui ou s'il pouvait y aller. Komui était déjà au bout du couloir, il disparut lorsque Lavi ouvrit la bouche, tirant Allen pour qu'ils avancent aussi. Kanda les suivit.
« Ça va aller, vieux. J'savais pas que...
—Je voulais pas en parler. » Allen se mordit la lèvre. « L'infirmière dit que c'est rien, que je m'inquiète pour rien, mais je préférais être sûr avant. »
Il se gratta la nuque. Il afficha un sourire.
« Enfin, c'est pas grave. Je peux qu'attendre...
—Le connard a raison, intervint Kanda, au pire, on réglera le problème ensemble si quelque chose arrive. Mais je fais confiance à l'infirmière. »
Ce n'était pas l'idéal. Allen opina malgré le durcissement de sa mâchoire — qu'ils doivent faire face à la situation dans une chambre d'hôtel plutôt qu'ici lui déplaisait autant qu'à Kanda. Il ne s'était pas départi de son sourire de façade. Kanda voyait qu'il voulait positiver, il n'y avait pas mieux à faire de toute façon alors il n'allait pas l'en blâmer. Il lui adressa un fin sourire, qu'Allen lui rendit. Lavi leur adressa une oeillade, avant de déclarer de sa nonchalance habituelle qu'il allait préparer sa valise. Pendant qu'Allen répondait qu'il allait en faire autant, Kanda se tourna vers lui avant qu'il ne parte.
« Si tu veux me rejoindre en salle de méditation tout à l'heure, tu peux. J'ai besoin de me vider la tête et ça ne me dérangerait pas que tu sois là. »
Allen parut surpris de l'invitation. Puis, il haussa les épaules.
« Je pense que je préférerai un entraînement. J'ai besoin de me dépenser. Si t'as assez d'énergie, bien sûr. »
Il le provoquait avec un petit air narquois. Kanda saisit le défi dans sa voix.
« Vendu. C'est toi qui aura plus d'énergie quand j'en aurai fini avec toi.
—On verra ça. »
Ils rirent, complices.
Kanda espéra tout de même que Komui pourrait bien leur donner les résultats avant leur départ, que ça ne leur enlève une épine du pied.
Allen et Kanda s'étaient battus longtemps dans la salle d'entraînement.
Allen avait bel et bien de l'énergie à revendre, il avait vite ragé de sa défaite à l'épée pour ensuite passer au corps à corps où Kanda dût avouer qu'il avait bien réussi à lui tenir tête. Une façon productive de se changer les idées.
L'alpha avait perdu l'habitude de s'entraîner avec lui de manière aussi intense — ça faisait un bon mois qu'ils avaient été trop occupé, il s'était rapidement senti drogué aux phéromones. Allen était dans le même état. Difficile de démêler leurs émotions, dans ces cas-là. Kanda ressentait un certain désir, quand son corps pivotait contre le sien, son expression déterminée et parfois incertaine l'excitait plus que de raison. Il n'allait pas demander si — à cause du lien — Allen ressentait quelque chose de similaire. C'était possible, peut-être même que ses phéromones nourrissaient ce qui naissait en Kanda, lui aussi amplifiant la déferlante d'odeurs.
Il leur avait fallu un moment pour se calmer, assis côte à côte, à reprendre leur respiration sans échanger un regard ou un mot. Ils n'avaient pas besoin de parler pour savoir qu'ils étaient dans un état étrange.
Le maudit lui avait balancé une oeillade, juste avant de serrer les jambes, les entourant de ses bras avant d'y glisser sa tête dedans. Kanda s'était lâché les cheveux. Il avait besoin d'une putain de douche.
Au moment où il allait proposer à Allen de repasser aux vestiaires, un Golem noir débarqua. Kanda reconnut le sien. Timcanpy lui rentra dedans, le faisant grésiller avant qu'il ne délivre son message.
Il eut un espoir pour les résultats de la prise de sang.
« Rendez-vous à la grande porte dans une demi-heure. »
Allen poussa un soupir déçu. Lui aussi y avait cru. Kanda se redressa, prenant appui sur sa main droite pour se donner de l'élan. Il tendit sa main à Allen une fois debout.
« Ça va ? »
Acquiesçant, le maudit saisit sa main tendue et se releva à son tour. Il bailla dans sa main.
« Disons que je suis crevé... Ça m'a lessivé.
—Tu t'es bien battu, ouais. »
Plutôt deux fois qu'une, même. Allen perçut cela comme un compliment. Son visage s'illumina.
« Dois-je comprendre que j'ai été un adversaire à ta taille ?
—Qui t'a foutu par terre à la fin ?
—La fatigue m'a eu, c'est pas ma faute. Une nuit plus longue et je t'aurais fatigué le premier ! »
Kanda eut un sourire. Celui-là était la mauvaise foi personnifié, de temps en temps. Il déposa la paume de sa main contre le crâne du blandin, l'enlevant rapidement.
« Tu n'auras qu'à dormir dans le train, tu me prouveras ça la prochaine fois. Dépêchons-nous.
—Ouais. Merci pour cet entraînement, Kanda. »
Maintenant qu'ils s'étaient défoulés, Allen sentait bon. L'odeur d'un mec qui avait fait une bonne séance de sport, certes, mais ses phéromones d'oméga n'en étaient que plus agréables.
Ils ne s'attardèrent ni l'un ni l'autre dans une contemplation, pourtant. Ils avaient un temps très limité pour se rendre présentable, qui incluait passer aux douches communes, attraper leur bagage et se rendre à l'autre bout du bâtiment. Ce serait la course.
Ils n'auraient donc pas de nouvelles des résultats ce soir.
Ils partaient pour un voyage extrêmement long. Deux jours de train de Londres à Saint-Peteresbourg par le Nord-Express. De là, ils prendraient le transsibérien une semaine durant avant de rejoindre Pékin. Du port le plus proche, qu'ils atteindraient en une journée de diligence, ils prendraient un bateau pour rejoindre le japon. Quatre jours de traversée sur mer, et ils seraient là-bas. Aller en Asie depuis l'Europe était un calvaire à leur époque, voilà pourquoi seuls ceux qui avaient du temps, bien souvent l'argent qui allait avec, ou comme eux une raison importante de s'y rendre optaient pour un tel périple. Il était rare que la congrégation de l'Ombre envoie ses exorcistes dans des missions intercontinentales.
Une nouvelle évolution d'Akumas justifiait les frais, ainsi que l'implication de trois de leurs meilleurs éléments. Allen priait au moins que si ses chaleurs se déclenchent, ça n'arrive pas dans un train bourré de voyageurs épuisés par le trajet, dont sans doute de nombreux alphas. Il avait beau être lié à Kanda, il n'était pas marqué. Les espaces clos comme ça n'étaient pas faits pour que ce genre d'incident surviennent en toute sécurité. Il était déconseillé pour un oméga qui pouvait avoir ses chaleurs de faire de longs trajets.
Il s'accrochait à l'idée que sa prise de sang le rassurerait définitivement.
Il n'aurait alors que l'ennui, la mauvaise humeur de Kanda qui râlait déjà et les pitreries de Lavi auxquels penser. Il aurait bien aimé que Lenalee soit là aussi, elle lui aurait remonté le moral et l'aurait aidé à canaliser les deux autres imbéciles.
Ça aurait au moins le mérite de le distraire pendant qu'il attendait.
Leur cabine était pourvue de lit-couchettes superposées. Kanda avait choisi celle d'en bas à gauche, Allen s'installant juste en face et Lavi au-dessus. Assis à côté d'Allen, il insistait pour qu'ils fassent une partie de cartes tous ensemble, Kanda le rabrouant avec de moins en moins de patience.
D'habitude, Allen se serait joint au rouquin pour prêcher sa paroisse auprès du kendoka. À la place, il haussait les épaules sans grande volonté.
« Treize jours de voyages vont se succéder, les enfants, fit Lavi en levant un sourcil. Vous allez faire la gueule tout le trajet ?
—Lavi, ta gueule. »
Pour une fois que Kanda l'appelait par son prénom, le rouquin eut un mouvement de recul. Il soupira, comprenant qu'il fallait laisser tomber.
« Pas ce soir pour toi, j'ai compris. » Il se retourna vers Allen. « Toujours pas motivé, Al ? On peut aller marcher dans le wagon, si tu préfères. »
Allen hésita de nouveau. Il jeta un coup d'oeil à Kanda. L'alpha leur tourna le dos à ce moment-là, s'allongeant sur son matelas. Allen était aussi fatigué que lui, pour être franc. Il présumait qu'une bonne nuit de sommeil, toute relative avec les chaos du train, lui serait aussi profitable.
Peut-être en profiterait-il pour se glisser à côté de Kanda si ses inquiétudes ne se calmaient pas, une fois qu'ils seraient tous endormis.
Ce serait plus pratique si Lavi ne le voyait pas, tant si Kanda acceptait que si son agacement n'était pas parti d'ici là et qu'il l'envoyait paître.
« Je préfère pas, avoua-t-il. Mais demain, on explorera le train autant que tu veux. »
Allen lui sourit pour appuyer son propos. Lavi opina, pas vexé pour un sou. Il tendit son cou en direction de Kanda tout en ricanant :
« J'en connais deux qui se sont littéralement trop éclatés en salle d'entraînement, tellement qu'ils sont tout ronchons maintenant. »
Prouvant qu'il ne dormait pas, Kanda émit un "tch'. Allen rit doucement, Lavi faisant de même.
L'archiviste posa une main sur le crâne d'Allen, sans chercher à lui aplatir la tête comme il le faisait pour le charrier. Il se montrait sensible à son tour à son état d'inquiétude. Lavi n'était pas dupe, après tout.
« À tout à l'heure, reposez-vous bien. »
Il partit sur ces mots.
Allen avait ses mains sur ses genoux. Il frotta son pantalon d'uniforme en s'éclaircissant la gorge. Le train cahota, le faisant jouter en avant. Il se rattrapa au lit de justesse. Bon sang, ils allaient bien dormir...
« Kanda... ? Je peux venir avec toi ? »
La masse de cheveux qui dépassait de la couverture dans laquelle il s'était blotti s'agita. Allen craignit de le déranger au mauvais moment. Le tissu fut repoussé, Kanda bougeant de pair afin de laisser un espace suffisant derrière lui pour que son corps s'y glisse. Allen eut un sourire lumineux.
Son coeur se mit à battre plus fort, tandis qu'il se morigénait encore pour ces réactions. C'était en toute amitié. Allen aurait été heureux aussi si Lavi lui avait laissé profiter de sa chaleur alors qu'il ne se sentait pas très bien. Bon, peut-être pas à ce point. Quoiqu'il en soit, Kanda était juste gentil avec lui en raison de leur amitié. Allen chérissait leur relation telle qu'elle était.
Il prit place à côté de Kanda, éteignant la lampe à l'huile qui gardait leur cabine allumée. Le kendoka pivota vers lui à ce moment.
Ils se retrouvèrent face à face, Allen appréciant sa chaleur plus que de raison. Kanda l'attira contre sa poitrine, lui permettant ainsi de le sentir. Cela eut immédiatement l'effet escompté sur l'oméga.
« Tu repars dans ton lit quand l'autre andouille revient, » murmura Kanda.
Il employait un ton qui, Allen n'osait pas en croire ses oreilles, suggérait peut-être qu'il n'avait pas envie que ça se produise.
Avec la même intonation, il acquiesça.
« Bien sûr. »
Allen soupira lorsque les bras de Kanda l'enveloppèrent. Ça faisait du bien.
« Merci, dit-il dans l'obscurité de la chambre, se cherchant une excuse pour son allégresse. Il fait un peu froid. »
Kanda émit un "hm" approbateur.
Ils s'endormirent sous peu, bien incapables de lutter.
Lavi déambula dans le train, sans grand but au début, partant finalement en quête du wagon restaurant. On les avait nourri il y a deux heures au début du trajet, mais il n'avait pas la patience d'attendre qu'on leur demande à nouveau s'ils voulaient une collation. Il n'était pas contrarié d'être tout seul. Au vu de comment s'était déroulé leur entretien avec Luberrier, Lavi présumait qu'Allen avait plus besoin de la compagnie de Kanda en toute intimité que la sienne. Ça leur ferait du bien d'être ensemble. Il était un peu triste qu'Allen ne lui en ait pas parlé, autant à lui qu'à Lenalee. En même temps, ils n'auraient pas pu faire grand-chose de plus pour lui. Le connaissant, Lavi se disait aussi qu'il ne voulait pas lui rajouter des soucis. Tout garder pour soi ne l'aiderait pourtant pas.
Allen se confiait beaucoup plus à Lenalee et lui depuis ses chaleurs, mais récemment, Lavi remarquait que ça coïncidait curieusement avec la fois où il avait craqué pour son rêve partagé avec Kanda, il s'était mis à se renfermer. Ça finissait par se remarquer.
Maintenant que Lavi avait expérimenté la chose, bien que sa situation soit totalement différente de celle d'Allen, il pouvait encore mieux comprendre ses difficultés. La colère qui tournait dans la tête, la sensation de ressasser ses réactions comme s'il aurait pu éviter de s'abandonner s'il avait su ce qu'il se passait vraiment, la frustration et l'humiliation. C'était un bouillis d'émotion à vif délicat à exprimer.
Le lien était une épreuve au quotidien. Lavi avait beau l'envier, il savait que si Allen s'entendait bien avec Kanda et qu'il l'aimait, le flou de leur relation et la brusquerie avec lequel le lien leur faisait expérimenter des choses si intimes sans qu'ils ne le veuillent ne rendait rien de tout cela facile.
C'était pour ça que partir de son côté et le laisser avec Kanda était la bonne chose à faire.
Pour sa part, Lavi avait la sensation de souffler un peu. Il ne pourrait pas être à son rendez-vous à Londres en milieu de mois. Tant pis, ce n'était pas grave. Peut-être était-ce un signe. Il avait compté sur la mission avec son grand-père ainsi que la présence d'Howard pour le sauver, mais finalement, il serait entouré de Kanda et Allen. Ça ne le gênait pas le moins du monde, tant qu'il avait une porte de sortie. Ça voudrait dire attendre pour savoir la vérité. Plus Lavi retournait tout ça dans sa tête, plus il avait peur des réponses.
À l'autre bout de la planète, Tyki ne risquait pas de lui coller aux miches. Lavi reviendrait vers lui quand il serait prêt.
Cette mission serait une parfaite escale.
Lavi slalomait au milieu des passagers qui marchaient eux aussi dans le couloir, se rendaient-ils à la section des couchages ou aux simples wagon passager — il allait bientôt faire nuit, il n'y avait presque personne dans ces ailes-là, elles se rempliraient le lendemain.
Il trouva le restaurant après avoir traversé la moitié du train. Il n'était pas bien tard, le wagon était plein. Il siffla entre ses dents. Ce serait dur de se trouver une place. Il serait bon pour s'incruster avec les premiers venus ou encore retourner penaud dans la chambre avec un sandiwch et déranger ses deux amis. Il soupira, cherchant dans l'espace étroit et bondé une table de libre. Il ne restait qu'un seul siège au bar sur lequel il se précipita rapidement. Pas sa place préférée, il aurait bien voulu avoir l'une des fenêtres dans le viseur pour ne pas sentir les cahots du train sans voir son mouvement, puis pouvoir s'occuper l'esprit en se délectant de l'agitation ambiante.
Pas grave, ça ferait bien l'affaire.
Il se commanda un petit encas, ses dépenses pour l'anniversaire de Kanda couplées à leur promenade le jour J l'avait mis sur la paille. Ça lui suffirait, de toute façon.
Perdu dans ses pensées, une fatigue de circonstance l'envahissant, Lavi remarqua que le siège d'à côté était libre. Son voisin s'en était allé. Sans qu'il n'y fasse attention, un autre homme vint s'asseoir. Il crut que c'était le même au début. Il réalisa bien vite que la couleur de leur pantalon n'étaient pas les mêmes, le rouquin percevait la nuance de noir plus profonde, le tissu de meilleure qualité.
Lavi fut saisi par le relent d'une odeur de tabac, qui ne le dérangea pas en premier lieu. Ça sentait comme ça partout, les wagons n'étaient pas non-fumeurs. C'était plutôt désagréable quand on ne fumait pas.
Il commença à s'interroger lorsqu'il remarqua que l'homme à ses côtés ne commandait rien. Le pantalon de costume noir et les chaussures fraîchement vernies reflétaient la lumière de la pièce. Le train ralentit, ils approchaient sans doute d'une gare.
Lavi leva la tête à ce moment-là.
Un individu au teint basané avec un chapeau haut-forme attendait patiemment, la tasse du client qui l'avait précédé devant lui. Il donnait l'illusion de savourer la fin de son café, alors qu'il n'en était rien. Il n'aurait pas dû être là.
L'archiviste devint livide.
Pas ici, pas maintenant.
Allen lui avait refilé sa malédiction.
«... Tyki ? articula-t-il d'une voix tremblante. Qu'est-ce que tu fous là ?
—J'ai été surpris de te sentir ici, moi aussi. »
Le coeur de Lavi se serra dans sa poitrine. Il essayait de lui faire croire qu'il ne le suivait pas ? Sérieusement ?
Tyki croisa les bras sur son torse. Il eut un sourire amusé.
« J'imagine que toi aussi, on t'envoie au Japon ? »
À suivre...
Note : Pour ceux qui l'attendaient, on obtiendra enfin des révélations dans le prochain chapitre avec Tyki et Lavi ;).
Allen et Kanda ont toujours leurs sentiments en stand-by, mais ils iront doucement là où ils ont besoin d'arriver.
De même, il va vraiment y avoir de l'action par la suite ! J'annonce pas mal de canon-divergence à venir, ça devrait (théoriquement) être sympa.
Si vous avez lu jusqu'ici, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire avec votre avis ou vos hypothèses pour la suite, histoire d'encourager un peu la machine de l'inspi ! :)
Merci d'avoir lu !
