Salut tout le monde ! Pas mal d'émotions dans ce chapitre que j'aime beaucoup. Il y a du changement ici par rapport au canon et j'aimerais beaucoup avoir vos avis ! Bonne lecture et à très vite !
«Toujours pas.» dit Sirius en essayant de ne pas y penser.
Il s'approcha de l'éclat lumineux qui sortait de la baguette de Hemsley.
«Remus est là-bas en ce moment et il va y rester jusqu'à ce que je revienne.»
Hemsley acquiesça et se tourna vers le mur. Ils avaient trouvé la grotte assez tôt dans l'après-midi, s'étaient assurés qu'elle était vide (ce qui était le cas, heureusement) et ensuite, Sirius avait essayé de joindre Harry par le miroir, à ce qui devait être l'heure du déjeuner à l'école. Au lieu de ça, il était tombé sur Lunard et s'était précipité à Poudlard.
«Rien ici?»
«Pas vraiment. Il y a des traces de magie à certains endroits, mais rien de nouveau … Rien qu'on ne puisse utiliser, en tout cas.»
Sirius soupira.
«Et tu es sûr que c'est ici?» demanda Brown, en sortant de la cavité voisine.
«Ouais, dit Sirius. L'odeur venait d'ici.»
«C'est dommage.» dit Brown, n'ayant pas l'air trop embêté.
Sirius se doutait qu'il attendait avec impatience d'aller à la douche et de manger de la nourriture bien chaude. La bouche de Hemsley frémit. Il pensait apparemment la même chose que Sirius. Celui-ci n'était pas non plus trop ennuyé par l'absence d'avancés sur l'enquête. Cela voulait dire qu'il pourrait vite retourner à l'école et cela lui donnerait le temps de penser à Harry, ou plutôt à qui pourrait souhaiter le voir mort.
Sirius ne pensait pas qu'il fallait être un génie pour savoir qui avait un intérêt dans la mort de son filleul, mais il espérait avoir tort.
Lorsque Harry se réveilla, il se sentit complètement désorienté. D'abord, il pensa qu'il était toujours chez Hagrid, que Crockdur était assis sur ses jambes et qu'il ronflait. Ensuite, il réalisa que ce n'était pas du tout ça – il était dans un lit, pas sur le sol – et ce n'était pas Crockdur, mais un chien plus sombre qu'il avait sur les jambes, aux poils plus hirsutes et que le ronflement venait de Lunard. Ce n'était pas la première fois que Harry s'était réveillé en le trouvant près de son lit, affalé sur une chaise, endormi, et avec la chance qu'il avait, il doutait que ce serait la dernière fois.
L'estomac de Harry grogna bruyamment. Il avait faim. Il s'assit doucement et attrapa ses lunettes, que quelqu'un avait posé sur sa table de chevet. L'obscure infirmerie prit forme devant ses yeux.
Mais comment suis-je arrivé ici? se demanda-t-il. La dernière chose dont je me souviens, c'est de me sentir malade chez Hagrid … Son estomac grogna encore. Mais ça fait combien de temps? Et quand Patmol est-il arrivé ici? Il était censé être occupé ailleurs.
Il s'éclaircit la gorge, mais ni le chien, ni l'homme ne bougea.
«Lunard.» murmura-t-il en tapotant le genou de Lunard du bout du doigt.
Il essaya aussi de bouger – doucement – le pied pour réveiller Patmol. Patmol s'étira et bougea la queue, mais il ne se réveilla pas. Harry toucha de nouveau Lunard. Ce dernier ouvrit les yeux et le fixa.
«Harry? demanda-t-il en se frottant les yeux. Tout va-»
Il cligna encore des yeux.
«Harry- Oh, merci Merlin.»
Il serra fortement Harry dans ses bras. Cela avait sans doute réveillé Patmol, mais Lunard lui tira sur la queue juste pour être sûr.
«Réveille-toi, feignant. Harry est réveillé!»
Patmol se tourna vers Harry et se transforma en même temps.
«Il était temps.» dit-il en baillant.
Il posa les mains sur les épaules de Harry et le dévisagea pendant un long moment.
«Comment tu te sens, gamin?»
«Qu'est-ce qui s'est passé?» demanda Harry.
«Du poison, dit Lunard. Sur le Vif d'or. C'est Ron qui a compris.»
«Le- du poison? J'ai été- par qui? Les Serpentards?»
Patmol le repoussa contre son oreiller.
«Calme-toi, gamin, dit-il, mais même dans le noir, Harry pouvait voir qu'il était inquiet. Je- il y a des choses dont on doit parler.»
«Patmol.» dit Lunard à voix basse.
L'estomac de Harry grogna à nouveau.
«Tu as faim?» demanda Patmol.
Harry hocha la tête, mais regardait Lunard.
«Pourquoi t'as dit 'Patmol'?» demanda-t-il.
Lunard ne le regardait pas, cependant. Il regardait Patmol avec une expression à la fois triste et sévère.
«Sirius, je ne pense vraiment pas que ce soit le bon moment, dit-il avec agitation. Regarde-le, par Merlin. Il vient seulement de se réveiller-»
«Parle moins fort ou tu vas réveiller Pomfresh, murmura Patmol. Tu veux bien aller lui chercher quelque chose à manger?»
Lunard serra la mâchoire.
«S'il te plaît?»
Pendant un moment, Harry pensa que Lunard allait refuser. Finalement, après un échange de regards intense – et sûrement un sacré débat silencieux entre les adultes – Lunard soupira et détourna le regard.
«Bien, dit-il sèchement, sans les regarder. Bien. Mais je veux que tu saches que je pense que ce n'est pas le bon moment.»
«Il n'y aura jamais de 'bon' moment.» dit Patmol.
Il parlait visiblement à Lunard, mais ses yeux étaient posés sur le visage de Harry.
«Il n'y aura jamais de façon facile de le dire, pas vrai? Est-ce qu'il sera un jour assez âgé, Lunard?»
La voix de Patmol se brisa et malgré son apparente détermination, Harry pensait qu'il accordait quand même de l'importance à l'avis de Lunard.
«Assez âgé pour-»
Patmol leva la main pour dire à Harry de se taire et il le faisait si rarement que Harry ferma la bouche.
«Lunard?» demanda doucement Patmol.
«C'est sûrement vrai.» dit Lunard.
Il jeta un œil vers la fenêtre, à la lune presque pleine dans le ciel.
«Tu- tu peux prendre les décisions difficiles. Tu sais quand le protéger et quand- ouais. Ils te faisaient confiance, alors je te ferais confiance.»
Patmol eut l'air soulagé.
«Merci.» dit Patmol d'une voix rauque.
Harry les regardait l'un après l'autre, franchement stupéfait.
«De la soupe, ça t'irait, Harry?» demanda Lunard.
«Euh oui, j'imagine. Que-»
Mais Lunard était déjà parti.
«Patmol?»
«Tu te souviens de notre première nuit au Square Grimmaurd?» demanda-t-il, en croisant les jambes, assis au bout du lit.
Il ne regardait pas Harry. Il jouait avec un fil qui pendait de sa manche. Harry leva les couvertures jusqu'à son menton et acquiesça lentement.
«On a parlé jusque tard dans la nuit et on a dormi dans la cuisine. Kreattur m'a trouvé là, le lendemain matin ...»
La voix de Harry résonnait dans l'infirmerie vide. Cette nuit semblait avoir eu lieu depuis tellement de temps – presque trois ans aujourd'hui – à l'époque où Harry ne connaissait rien de ses parents, ni de Patmol ou Lunard, ni de la magie.
«Tu te souviens de ce dont nous avions parlé?»
Patmol jouait toujours avec le fil.
«Maman et Papa, toi, dit Harry. Queudver-»
«Et Voldemort, et pourquoi il vous a attaqué.» dit Patmol.
«Il voulait Maman et Papa.» dit doucement Harry.
Il connaissait l'histoire ou du moins, il en avait appris assez grâce à Patmol et Lunard pour savoir ce qui était arrivé.
«C'était la guerre.»
«Non, gamin, dit Patmol en croisant le regard de Harry pour la première fois depuis le départ de Lunard. Pas eux.»
Quelque chose se serra dans la poitrine de Harry et des souvenirs, ses pires souvenirs – et les seuls qu'il avait de ses parents – résonnèrent dans ses oreilles.
«Lily, prends Harry et pars! C'est lui! Je vais le retenir!»
«Non, pas Harry! Je vous en supplie ... Ayez pitié ... Ayez pitié ... Pas Harry! Pas Harry! Je vous en supplie ... Je ferai ce que vous voudrez ...»
«Écarte-toi. Écarte-toi, idiote!»
Harry plaqua ses mains sur ses oreilles, mais il entendit quand même le silence, vit le flash de lumière verte et entendit le bruit de chute.
«Non.» dit Harry.
Des larmes commençaient à lui monter aux yeux.
«Non.»
L'expression de Patmol n'avait pas changé.
«Avada Kedavra.» dit Voldemort.
La lumière verte apparut de nouveau dans l'esprit de Harry.
«Non.» répéta Harry en regardant Patmol.
Patmol était malin et talentueux, mais Harry n'avait jamais imaginé qu'il serait capable de réparer ses problèmes d'un coup de baguette. Harry l'avait vu après Azkaban, l'avait vu en difficulté à cause de la potion du Détraqueur et l'avait vu échouer à détruire l'Horcruxe, encore et encore. Non, Patmol n'était pas tout-puissant … Mais Harry n'avait jamais autant espéré cela qu'en cet instant et que Patmol puisse lui dire qu'il mentait, juste parce que Harry voulait qu'il le fasse.
«Je suis désolé. » dit Patmol, avec tant de sincérité que Harry se sentit désolé pour lui.
«Non, répéta Harry. Non-»
«Gamin-»
«Ils auraient pu vivre! s'écria Harry. Si tout ce qu'il voulait, c'était- Il a demandé à Maman de s'écarter et elle- il- tout ce qu'il voulait- Non.»
Et avec ça, Harry s'effondra.
Pendant un long moment, il se perdit dans l'horreur de l'information que Patmol venait de lui donner et il fut à peine conscient du fait que Patmol lui parlait, le serrait dans ses bras, lui caressait le dos …
«Pourquoi?» demanda Harry dans le creux du coude de Patmol.
Même à ses propres oreilles, sa voix semblait brisée.
«Pourquoi- pourquoi moi?»
«Tu te souviens quand j'ai parlé d'une prophétie?» dit Patmol, et sa voix se bloqua dans sa gorge.
Harry acquiesça sans lever la tête. La paume de Patmol traçait un cercle dans le dos du pyjama de Harry.
«Voilà pourquoi. Elle-»
Il prit une inspiration profonde.
«Voldemort ne connaissait que la première partie: Celui qui a le pouvoir de vaincre leSeigneur des Ténèbresapproche ... Il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra leseptième mois ... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore ... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit ...»
«Ça- Patmol, qu'est-ce que ça veut dire? demanda Harry, effrayé. Vaincre le Seigneur-»
«Ça veut dire, Harry, dit Patmol. Que Voldemort – un jour – sera vaincu par quelqu'un né à la fin du mois de juillet, de parents qui ont- et bien, euh … plusieurs fois fâché ce bon vieux Voldy. Trois fois, techniquement. Par exemple, si on compte le fait que le père a accidentellement transplané loin de Voldemort après avoir refusé de le rejoindre, que la mère l'a peut-être désarmé en lui volant involontairement l'allégeance de sa baguette dans un duel et si on compte le fait qu'ils ont tout fait pour l'arrêter, qu'ils sont même morts pour l'enfant de la prophétie, alors ça compte sûrement comme un troisième défi-»
«Un garçon, dit Harry. Elle parle d'une marque et qu'il aurait un pouvoir-»
«En effet, dit Patmol, et sa voix trembla légèrement. Aussitôt que Dumbledore l'a entendu, il a contacté les personnes qui avaient défié Voldemort et dont les fils étaient nés à la fin du mois de juillet.»
«Qui?» demanda Harry, la voix tremblante.
«Tes parents.» dit-il.
Le cœur de Harry se serra.
«Et ceux de Neville.»
«Neville?»
«Il est né un jour avant toi, expliqua doucement Patmol. Et ses parents étaient aussi membres de l'Ordre. On leur a dit de se cacher, de n'en parler à personne, mais James, bien sûr-»
«Te l'a dit.» proposa Harry.
«Ainsi qu'à Lunard. Pas à Queudver, merci Merlin. Il n'était pas là cette nuit-là.»
«Alors- alors c'était soit moi, soit Neville-»
Patmol recommença à lui frotter le dos.
«Comment on est censé savoir, alors-»
«Et il le marquera comme son égal, Harry.» dit doucement Patmol.
Quelque chose dans sa voix fit relever la tête à Harry et quand il le fit, Patmol posa la main sur son front. Sur sa cicatrice.
«Moi? demanda Harry. Je- je suis censé- tuer-»
«Personne ne te demande ça, Harry, répliqua rapidement Patmol, avec fermeté. Aujourd'hui, il n'y a que quatre personnes vivantes qui connaissent toute la prophétie. Toi, moi, Lunard et Dumbledore. Personne d'autre ne sait, personne n'attend ça de-»
«Mais nous, on le sait. Et il ne peut pas revenir, il faudra que je fasse quelque chose- Qu'est-ce que je-»
«Tu n'as rien à faire maintenant, dit Patmol. Tu as onze ans. Tu vas grandir, aller en cours, jouer au Quidditch et t'amuser avec tes amis.»
Harry observa la détermination sur le visage de son parrain.
«Je te le promets.»
«Mais il va revenir, dit Harry. Les Horcruxes-»
«Oui, il va revenir, dit simplement Patmol. Et on s'en occupera à ce moment-là. Si tu veux aider, tu pourras aider. Et si tu ne veux rien à voir avec ça, alors on trouvera une façon de t'éviter ça. Personne ne te forcera à faire quoi que ce soit, je m'en assurerais.»
«Mais il faudra que je fasse quelque chose. Il va me chercher, pas vrai? Si je suis le seul-»
La voix de Harry se brisa.
«-il voudra m'évincer, non? Patmol?»
«C'est … probable, oui, dit lentement Patmol. C'est pour ça que je t'en parle maintenant.»
«Maintenant? Mais-»
Un simple regard sur le visage de Patmol et Harry comprit.
«Ce n'était pas les Serpentards qui ont piégé le Vif d'or, dit Harry, le souffle court. N'est-ce pas?»
«On ne sait pas, dit Patmol. Mais on ne pense pas.»
«J'ai besoin de-»
Harry repoussa le bras de Patmol et sortit de son lit. Le sol de pierres était glacé sous ses pieds nus.
«Harry.» dit Patmol en se levant.
«Non, répliqua Harry. Il faut juste-»
Il pouvait sentir les larmes remonter, alors il secoua simplement la tête et recula jusqu'aux portes de l'infirmerie. Patmol se leva et s'avança vers lui. Harry secoua la tête – essayant de dire sans parler qu'il avait juste besoin d'être seul, pour réfléchir, que ce n'était pas quelque chose qui pourrait s'améliorer avec un câlin ou en lui ébouriffant ses cheveux. Il se retourna vers les portes- et tomba sur Lunard, qui tenait un bol de soupe.
Lunard le regarda et leva le bras … mais attrapa le bras de Patmol, plutôt que celui de Harry. Harry se mit à courir avant que Lunard ne réalise ce qu'il se passait.
«Laisse le partir, Patmol.» dit Remus, sans lâcher Patmol.
La silhouette pâle de Harry, en pyjama, disparut au bout du couloir et les claquements de ses pieds nus sur la pierre s'éteignirent.
«Le laisser partir-»
«Tu voulais lui dire, lui rappela Remus. Laisse-le gérer ça de la façon qui lui convient.»
«En partant en courant? Après avoir été empoisonné?»
«Il a plus de risque de se faire attraper par un préfet que d'être ennuyé par le poison.» dit Remus en posant le bol de soupe sur la table près du lit vide de Harry.
Il traîna Sirius jusqu'à l'une des chaises et s'assit à son tour, l'air triste.
«Donne-lui du temps, Sirius. Je ne pense pas que j'aurais été capable de digérer de telles informations à mon âge et Harry n'a que onze ans, Sirius. Il n'allait pas bien le prendre.»
Harry marcha jusqu'au bout d'un couloir – il s'était arrêté de courir depuis un moment – et se figea. La personne, qui était apparut en sens inverse, se figea également.
«Potter, dit Blaise, visiblement soulagé. Je pensais que c'était un préfet.»
Harry, qui ne voulait pas de compagnie – surtout pas celle de Zabini – tourna les talons et retourna d'où il venait.
«J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas?» demanda-t-il.
Harry l'entendit le suivre.
«Laisse-moi tranquille.» dit Harry.
«Tu n'étais ni au petit-déjeuner, ni au dîner, dit-il. Et Granger et les autres avaient l'air inquiet ce soir.»
Les entrailles de Harry se serrèrent à la pensée de ses amis. Qu'était-il censé leur dire? Ne rien dire, ne pas mentionner qu'il avait maintenant une mission à accomplir, une mission qui le tuerait probablement et les impliquerait ou les blesserait s'ils restaient à ses côtés, soit directement, soit en étant blessé par sa perte? Ou devait-il tout leur raconter et les regarder le fuir, comme n'importe quelle personne normale le ferait? Il ferma les yeux.
«Tu étais où?»
Harry ne répondit pas.
«Je te parle. Je croyais que c'était ce que tu voulais toutes ces fois où tu es venu pour essayer de discuter-»
Blaise souffla, plaça une main sur son épaule et le tourna vers lui. Harry savait qu'il devait avoir une tête terrible et cela fut confirmé quand l'expression agacée de Blaise disparut de son visage. Il eut l'air mal à l'aise et lâcha Harry.
«Laisse-moi.» dit Harry en s'éloignant.
«Est-ce que quelqu'un est mort?» demanda Blaise.
Ouais, moi, je pense.
«Tu es- tu veux qu'on trouve un professeur? Lupin?»
«Non, répondit lamentablement Harry, en frottant ses yeux humides sous ses lunettes. Je vais juste-»
«Juste quoi, Potter? Je sais qu'on a eu quelques désaccords cette année, mais je ne suis pas complètement idiot. Je ne vais pas te laisser tout seul dans l'état dans lequel tu es. Et Granger, Weasley et Malefoy? Pourquoi on n'essayerait pas de trouver-»
«On est au milieu de la nuit, dit Harry. Et je ne veux pas vraiment les voir maintenant. Personne, en fait.»
Il ne voulait pas imaginer le regard horrifié et plein de pitié de Hermione, la douloureuse inquiétude de Ron et la peur sincère de Drago, et il ne voulait certainement pas les voir en personne.
«Alors tu vas où? demanda Blaise. Visiblement pas au lit, puisque la tour de Gryffondor est par là … Pour être tout à fait honnête, t'as l'air fatigué pourtant.»
«Pourquoi tu ne vas pas te coucher?» s'exclama Harry.
«C'est ce que j'allais faire, dit Blaise, avant de tapoter sa poche. Je reviens de la volière.»
Harry se demanda pourquoi il avait choisi de lui dire ça.
«Mais on dirait que j'ai d'autres choses à faire ce soir.»
«Amuse-toi bien.» lui dit Harry, en s'éloignant.
«Tu sais, je pensais que le Potter toujours joyeux et amical était pénible, dit Blaise. Mais maintenant, je pense que je le préfère au Potter grincheux et sur la défensive.»
«Je pensais que Blaise Zabini était agaçant, dit Harry. Et je le pense toujours. Laisse-moi tranquille. S'il te plaît.»
Blaise eut l'air troublé par l'emphase que Harry avait mis sur sa dernière phrase ou peut-être par le fait que sa voix s'était brisée quand il l'avait dit.
«Viens.» dit Blaise en posant une main sur l'épaule de Harry.
Il essaya de s'en défaire, mais l'autre garçon l'en empêcha et le guida à travers le hall, montant un escalier avant d'entrer dans une classe inutilisée. Il y avait des plumes cassées, des morceaux de parchemins à moitié utilisés un peu partout et plusieurs tables étaient abîmées ou reposaient sur des pieds instables.
La seule chose – à part Blaise – qui n'avait pas l'air assez cassé pour avoir sa place ici était un miroir, appuyé contre un mur. Blaise força Harry à s'asseoir sur une chaise, qui craqua sous lui, avant de s'asseoir sur une table toute proche. Harry fixa les pieds de Blaise, tandis que Blaise fouillait dans ses poches.
«Tiens.» dit Blaise en plaçant quelque chose dans la main de Harry.
C'était la moitié d'un Mars – une confiserie moldue – et il fixa Blaise, confus.
«Papa me les a envoyé, dit Blaise. C'est mes préférés, mais le chocolat aide quand je suis triste, alors peut-être que ça peut-»
Il secoua la tête.
«Contente toi de manger, Potter, d'accord?»
«C'est à toi.» dit Harry.
«Je n'en veux plus maintenant que t'as mis tes mains de sang-mêlé dessus, dit Blaise avec une voix égale et calme. Mange, Potter.»
Il y avait de l'émotion dans cette phrase. Plus que dans n'importe quelle parole que Blaise avait prononcé cette année, en vérité. Il ressemblait presque à Blaise Benson.
«Pourquoi tu parles comme ça? demanda Harry, sautant sur n'importe quelle occasion pour détourner ses pensées de la prophétie ou de Voldemort. Tu te rappelles que tu n'es pas un sang-pur?»
Blaise soupira.
«Giovanna-»
«Pourquoi tu l'appelles Giovanna?» le coupa Harry.
«Parce que ce n'est pas ma mère, dit Blaise en fixant toujours le chocolat dans ses mains. Je n'ai pas de mère, je n'en veux pas et n'importe quelle folle ne peut pas juste-»
Il prit une inspiration profonde et Harry supposa que les mots qui sortirent ensuite n'étaient pas vraiment prévus.
«Elle tuerait Papa.»
«Quoi?» demanda Harry, abasourdi.
«C'est une sang-pur, soupira-t-il. Papa non et si les gens apprennent qu'elle- que mon père est un moldu, elle perdra le respect qu'elle inspire à beaucoup de monde. Les parents Malefoy, parmi d'autres, auraient sans doute beaucoup de choses à dire. Ce serait sa parole contre la mienne, mais même s'ils ne me croyaient pas, les rumeurs commenceraient … Alors je fais ce qu'on me dit, je joue au bon petit sang-pur et elle laisse Papa tranquille … Il ne sait même pas.»
«Je suis désolé.» dit Harry.
«Ne le sois pas.» dit sèchement Blaise, passant presque de Benson à Zabini.
Harry se recroquevilla sur sa chaise et grignota le bout de sa barre de chocolat.
«Je ne voulais pas te bless-»
«Je ne suis pas blessé … C'est juste que-»
Il regarda ses baskets, le visage furieux, mais cela disparut après un moment et il soupira.
«Tu vois, c'est comme ça. Se sentir désolé ne changera rien. J'ai découvert que c'est mieux de juste faire ce qu'on a à faire et de gérer les choses à mesure qu'elles arrivent.»
Blaise, apparemment, avait eu droit à plusieurs mois pour apprendre à gérer sa situation, tandis que Harry n'avait même pas eu une heure, mais quelque chose dit à Harry que Blaise ne s'était enfui pour se morfondre lorsqu'il avait rencontré Mme Zabini pour la première fois. Harry se sentit honteux. Au moins, il avait Patmol et Lunard pour l'aider. Blaise était seul face à sa mère et s'il semblait un peu amer, c'est sûrement plus que justifié.
«On dirait un Gryffondor.» dit Harry.
«Il fallait que j'entre à Serpentard pour qu'elle soit heureuse, alors me voilà à Serpentard.» dit Patmol, sur la défensive. Autrement, le Choixpeau ne m'aurait sans doute pas mis là.»
«Peut-être.» dit Harry.
« Et toi, pourquoi tu as été envoyé à Gryffondor? demanda Blaise avec mépris. A l'école, j'aurais plutôt dit que tu étais un Poufsouffle, sympa et optimiste et juste-»
«Il n'y a rien de mal à être un Poufsouffle.» dit Harry en fronçant les sourcils.
Blaise laissa échapper un ricanement et Harry ne savait pas vraiment s'il jouait son rôle ou s'il pensait vraiment ça.
«C'est juste … Ce n'était pas la Maison qui me convenait. Je n'ai apparemment pas l'éthique de travail suffisante. Alors c'était Gryffondor, parce que je suis courageux et stupide, expliqua Harry en haussant les épaules. Je peux pas dire que je ne sois pas d'accord.»
J'ai définitivement montré mon côté stupide ce soir et absolument rien de mon côté courageux. Il soupira et releva ses lunettes.
« Stupide, c'est vrai.» dit Blaise en levant les mains.
Mais il n'ajouta rien de plus. Harry le regarda, reconnaissant, mais confus.
«T'as l'air d'être au bord des larmes.» lui dit Blaise.
«Ça ne t'ennuyait pas quand c'était Hermione.» murmura Harry.
«Granger et moi, on se supportait uniquement pour toi, dit Blaise. Avant que tu n'arrives, je ne lui avais jamais parlé.»
«Mais on était amis-»
«On était tes amis. Je me suis senti mal de lui avoir dit ces choses, mais ça ne faisait pas encore une semaine et elle – une sang-de-bourbe-»
«Ne dis pas ce mot.» dit fermement Harry.
«Peu importe.» dit Blaise.
Ensuite, il se tut. Harry pensa qu'il allait s'excuser, mais il secoua simplement la tête.
«Ce que je veux dire, c'est qu'elle a failli dire à tout le monde que j'étais allé à l'école avec elle. Il n'aurait pas fallu être un génie pour comprendre qu'un de nous deux mentait, pas vrai? Et alors, il y aurait eu des tas de questions et Papa-»
Il releva le menton.
«Je n'ai pas aimé faire ça, mais je le ferais encore et je ne m'excuserais pas pour ça.»
Blaise inclina la tête.
«Et toi, Evans?»
«Quoi, moi?» demanda Harry en levant les yeux au ciel.
«Une sorcière maléfique n'est pas venue t'enlever à ta famille?»
«Non, répondit Harry. Un sorcier maléfique les a tué plutôt.»
Blaise eut l'air malade.
«J'ai Patmo-»
«Je- J'avais oublié. Je suis désolé, Potter. J'ai vraiment- Désolé.»
C'était l'expression la plus sincère que Harry avait vu sur son visage depuis le début de l'année. Harry agita la main, incertain de réussir à parler.
«Je ne sais pas ce qui est le pire, dit-il après un moment, d'une voix défaite. Toi, avec une famille morte que tu ne peux pas aider, ou moi, avec un père que je peux aider … mais seulement en devenant le plus grand crétin du monde … Et si à force de faire semblant, je devenais vraiment comme ça?»
«Je ne sais pas, dit Harry, ruminant encore les propos de Blaise. Mais c'est comme tu l'as dit tout à l'heure: c'est comme ça et se sentir désolé ne changera rien.»
«C'est plus réconfortant quand je me le dis à moi-même que quand je t'entends le dire.» murmura Blaise.
«Je pense que c'est un bon conseil.» dit Harry, en lui offrant un faible sourire.
Blaise haussa les épaules. Ils restèrent là tous les deux, assis en silence. Blaise mangea la moitié de sa barre chocolatée (qu'il semblait avoir oublié jusque-là) tandis que Harry réfléchissait.
«Je pense que je vais aller me coucher, dit finalement Blaise. Ça va aller?»
«Tu n'étais même pas censé être là du tout.» fit remarquer Harry, même s'il était heureux que Blaise ait été là.
C'était sympa – même si le timing était très mauvais – que Blaise ait fait un effort, pour changer des tentatives de Harry pour lui parler, ne recevant que des insultes ou des demandes pour qu'il s'en aille.
«Mais j'étais là et tu as l'air beaucoup plus calme, alors-»
«Ça ira.» répondit Harry en levant les yeux au ciel, mais il adressa à Blaise un petit sourire.
Blaise, après une pause, lui rendit un minuscule sourire, tout en se laissant glisser du bureau.
«Tu pourrais jeter ça? demanda Blaise en donnant à Harry le papier du Mars. Je ne peux pas risquer de le faire tomber dans la salle commune.»
Harry le prit et le rangea dans la poche de son pyjama de l'infirmerie.
«Merci.» dit Blaise, avant de partir.
Harry décida que Blaise avait raison. Il se sentait plus calme, même c'était sans doute parce qu'il avait été distrait par l'histoire de Blaise. Il bougea un peu sur la chaise et sursauta en apercevant du mouvement de l'autre côté de la pièce. Son reflet, dans un miroir … Seulement il y avait du rouge orangé dans le miroir et il n'y avait rien de rouge dans la pièce sombre avec Harry. Il regarda derrière lui, avant de se lever et de se rapprocher.
Le roux appartenait aux cheveux d'une femme. Les cheveux de Maman. Elle se tenait debout juste derrière son reflet à lui, souriant parfois en le regardant, parfois en regardant l'homme derrière Harry. Papa. Harry comprit ce que les gens voulaient dire quand ils disaient qu'il ressemblait à James. Ils étaient absolument identiques dans le miroir, debout côte à côte.
James cligna de l'œil en regardant Harry, avant de se tourner vers Patmol, qui était de l'autre côté de Harry, avec une main posée sur son épaule. Il donna un coup de coude à Lunard, qui était près de Patmol, tout en disant quelque chose à Lily. Au fond, Kreattur lui adressa un signe de la main et s'écarta pour laisser Tonks rejoindre le groupe. Elle enlaça le reflet de Harry et embrassa la joue de Lunard avant de dire quelque chose qui fit rire Lily.
Le Harry du miroir se mit aussi à rire et Harry – le vrai Harry – le dévisagea. Patmol ébouriffa les cheveux de son reflet et la main de Harry se plaqua sur son front. Ses doigts touchèrent le relief de sa cicatrice et il soupira. Le Harry du miroir se mit de nouveau à rire et leva les yeux vers Lily, qui lui embrassa le front, dépourvu de toute marque.
C'est ce qui aurait pu arriver, réalisa Harry, en fixant la scène de l'autre côté du miroir. S'il n'y avait pas eu Voldemort, pas de prophétie. Il ne savait pas envers quel Harry il éprouvait le plus de jalousie: la statue de Harry-bébé à Godric's Hollow ou le Harry du miroir.
Lorsque Harry ne réapparut pas plusieurs heures plus tard, Remus abandonna et ils traquèrent tous les deux l'odeur de Harry à travers le château à peine éclairé par la lumière de l'aube. Ce ne fut pas un exercice très difficile. Il réussirent finalement à le trouver endormi devant un grand miroir, sur le sol d'une classe abandonnée et poussiéreuse. Il avait des traces de larmes sur les joues, mais son visage était calme et il avait l'air plutôt apaisé, allongé là.
Au moins, il peut dormir, pensa Sirius. Son esprit le tourmentait et il avait imaginé Harry assis depuis le début de la nuit dans un coin du château, éveillé et terrifié, occupé à s'inquiéter à propos de Voldemort.
«Je l'ai trouvé.» dit Sirius, en s'approchant et en se baissant vers Harry.
En revanche, son reflet resta debout dans le miroir, alors que Sirius était toujours agenouillé. Il leva la tête.
Lui, Remus, Dora, Lily et James se tenaient à côté et derrière Harry, qui souriait à ses parents. Les adultes riaient et discutaient – tous, sauf Dora, avaient l'air d'avoir le même âge … Il y avait des rides de rire sur le visage de James et Lily avait une mèche blanche sur ses tempes. Des larmes embuèrent les yeux de Sirius. Le Harry du miroir disait quelque chose à Kreattur, qui était apparu. Lorsque Sirius regarda de plus près, Charlus et Dorea apparurent près de lui et de James, l'air vieux, mais heureux et Marlène apparut près de Lily, identique à son apparence actuelle. Elle cligna de l'œil en regardant Sirius et il la fixa en retour, curieux. La dernière silhouette à apparaître, ce fut Regulus. Il avait aussi l'air plus vieux, toujours mince, mais plus costaud que Sirius ne l'avait jamais vu.
Il dit quelque chose à James, puis à Sirius et enfin à Harry, qui se mit à rire. Et alors, Reg s'étira. Il portait un tee-shirt, remarqua Sirius, et ses bras étaient nus et ne portaient aucune marque. Pour la première fois, Harry regarda Sirius, qui ferma brièvement les yeux. La frange de Harry laissait apparaître son front, qui était aussi nu que le bras de Reg.
«Patmol?»
Remus était près de Sirius, lui secouant doucement l'épaule.
«Patmol, qu'est-ce-que-»
«C'est rien.» dit Sirius, grincheux.
Il lança un dernier regard triste à la scène dans le miroir, avant de réveiller Harry, le secouant doucement. Harry lui adressa un regard vitreux, jeta un œil en direction du miroir, puis de nouveau vers Sirius, qui se demanda ce qu'il avait vu.
«Je suis désolé, dit Harry, qui semblait au bord des larmes. Je suis désolé, je suis désolé-»
«C'est rien, dit Sirius en le serrant dans ses bras. C'était beaucoup à encaisser.»
«Je suis désolé, murmura Harry. Je vais juste-»
«Personne ne te reproche rien, Harry, lui assura Sirius. Mais il faut qu'on y aille, avant qu'on nous tue tous les deux-»
«Quoi?» demanda Harry, effaré.
«Madame Pomfresh va bientôt se réveiller et si elle trouve ton lit vide, on est tous les deux morts.»
Harry et Sirius sortirent rapidement de la pièce. Sirius avait l'air plus effrayé que Harry, mais Harry n'était pas encore un patient ou un visiteur assez régulier pour avoir développé une peur saine de l'infirmière. Remus les observa, conscient qu'il ferait mieux de partir, mais la curiosité le poussa à rester.
Le miroir du Rised? se demanda-t-il, en lisant les mots qui entouraient la glace. Le miroir semblait trop propre pour être dans cette classe abandonnée depuis longtemps et de la façon dont Sirius l'avait regardé, il doutait que ce soit un miroir ordinaire. Seride? Deeris? Redise? Deser- Désir? Rised, désir?
Remus se planta face au miroir. Pendant un moment, il se vit simplement. Juste lui dans une pièce, avec une fenêtre. Il faisait nuit dehors, la lune était pleine et pourtant, Remus avait l'air parfaitement en forme. Il manquait un bon nombre de ses cicatrices les plus visibles. Un anneau argenté brillait à son doigt et tandis qu'il le fixait, une petite main – avec une bague assortie – se glissa dans la sienne. Il savait que cette main appartenait à Dora et bien sûr, son visage radieux, encadré d'un halo de cheveux roses, le dévisageait.
Harry – un Harry un peu plus âgé – entra dans la pièce avec un enfant sur la hanche. Un enfant qui ressemblait à James. Remus le fixa, stupéfait – son plus grand désir était que Harry ait un enfant? - mais lorsque Harry tendit le garçon à Remus, l'apparence du garçon changea et il se mit à ressembler fortement à Remus quand il était petit.
Mon enfant, pensa Remus en levant la main pour toucher le miroir. Ces choses étaient impossibles avec sa condition, mais cela ne semblait avoir aucune importance dans le miroir. Ni son reflet dans le miroir, ni l'enfant ne semblaient dérangés par la pleine lune. Sirius apparut derrière Remus, chatouilla l'enfant dans ses bras, avant de donner un léger coup de coude à Remus, qui passa l'enfant à Dora. Lui et Sirius se transformèrent en un loup et un chien – volontairement – et s'approchèrent d'une porte que Remus n'avait pas remarqué jusque-là, où un cerf les attendait avec impatience, ses bois trop grands pour passer la porte. Une femme aux cheveux roux caressait le museau du cerf, riant en voyant les deux animaux s'approcher d'eux.
Soudainement, Remus se figea. Sur la tête du cerf se trouvait un rat à la fourrure marron clair. Remus fronça les sourcils et recula d'un pas, avant de soupirer.
