Chapitre 41 : le laboratoire

Alwen ouvrit lentement les yeux, sa vision brouillée par un mélange de douleur et d'engourdissement. Une lumière crue lui brûlait les rétines, et il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre où elle se trouvait. Ses bras et ses jambes étaient tendus dans des angles inconfortables, entravés par des chaînes métalliques fixées à une structure froide et rigide. Elle tira sur ses liens, mais ils ne bougèrent pas d'un millimètre.

L'air était lourd, chargé de cette odeur stérile propre aux laboratoires, un mélange de produits chimiques et de métal chauffé. Elle leva les yeux, distinguant à peine les contours de la pièce. Les murs gris étaient lisses et sans ornement, et une série de machines aux lumières clignotantes bourdonnaient dans un coin.

Plus loin, deux silhouettes se tenaient debout, plongées dans une conversation animée. L'une était une femme d'allure imposante, sa posture droite et ses gestes mesurés trahissant une autorité naturelle. Elle portait un uniforme noir impeccable, orné de symboles que même Alwen, malgré tout ce qu'elle avait vu dans l'univers, ne reconnaissait pas. Sa voix était froide, calculée, chaque mot énoncé avec une précision tranchante.

L'autre silhouette était celle d'un homme mince et nerveux, vêtu d'une longue blouse blanche. Ses mouvements étaient secs, presque mécaniques, comme s'il n'était qu'un rouage bien huilé d'un système implacable. Alwen plissa les yeux, essayant de se concentrer sur leurs paroles.

« We need to know exactly what she is » déclara la femme d'un ton glacial. « Find out how she resurrects. No delays, no excuses. Use whatever means necessary. »

Le scientifique hocha la tête, ses gestes empreints d'une servilité presque dérangeante. « Of course, ma'am. I'll begin immediately. »

Alwen sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Elle n'était pas sûre de l'identité de cette femme, mais elle semblait être la cheffe de la Division. La simple idée d'être sous leur contrôle suffisait à faire monter une peur sourde dans sa poitrine.

Le scientifique s'approcha d'elle, ses pas résonnant contre le sol métallique. A chaque bruit, son cœur battait plus fort. Il ne disait rien, ses yeux froids l'examinaient comme si elle n'était qu'un objet d'étude. D'un geste précis, il sortit un pistolet compact, noir. Alwen sentit la terreur l'envahir.

« Don't ! » supplia-t-elle, tirant désespérément sur ses chaînes.

L'homme ne montra aucune hésitation. Il leva l'arme et tira.

Le bruit fut assourdissant. Une douleur brûlante transperça sa poitrine, coupant son souffle. Elle sentit le sang chaud couler, poissant ses vêtements. Son corps se raidit, son esprit luttant pour comprendre ce qui venait de se passer.

Alors que la vie s'échappait d'elle, un effroyable sentiment la submergea : il allait recommencer. Cet homme, avec son regard vide, allait la tuer encore et encore jusqu'à ce qu'il trouve des réponses.

Mais avant que l'obscurité ne l'engloutisse complètement, une pensée claire traversa son esprit : le Docteur. Où était-elle? Etait-elle en sécurité? Alwen revit brièvement son sourire, le regard tendre qu'elle lui adressait dans leurs moments d'intimité.

Un murmure s'échappa de ses lèvres tandis que tout devenait noir.

« Doctor… »

La douleur éclata dans sa poitrine comme un feu dévorant, puis disparut aussi soudainement qu'elle était venue. Alwen inspira violemment, comme si elle venait d'être tirée des profondeurs d'un abîme sans air. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup, et elle se retrouva face à la lumière crue qui baignait la pièce. Le métal glacé de la structure à laquelle elle était enchaînée semblait encore plus oppressant, et ses membres, engourdis, lui faisaient mal à force d'être maintenus dans cette position contrainte.

Elle cligna des yeux, luttant pour reprendre ses esprits. Une silhouette se tenait à quelques pas devant elle. C'était l'homme en blouse blanche. Il était penché sur un carnet, un stylo en main, et prenait des notes avec une concentration absolue.

Ses doigts tapotaient nerveusement sur les pages, ses mouvements précis, presque mécaniques. Derrière lui, plusieurs machines émettaient des bips réguliers, et des bras articulés projetaient une lumière bleutée sur son corps.

« Subject revived after approximately 11 minutes and 17 seconds » murmura le scientifique en griffonnant sur son carnet. « Internal tissue regeneration is flawless. Cardiac tissue shows no permanent damage. Fascinating. »

« What… What are you doing to me? » demanda Alwen, sa voix rauque et tremblante.

L'homme ne répondit pas. Il tourna une page de son carnet, examinant des relevés affichés sur un écran à proximité. Puis, sans un mot, il s'approcha d'elle avec une série d'instruments qu'elle n'avait jamais vus auparavant.

Il activa un appareil qui émit un bourdonnement étrange, et une lumière verte parcourut lentement son torse, suivant les contours de sa cage thoracique. Alwen frissonna à son contact, se débattant instinctivement contre ses chaînes.

« Talk to me ! What do you want ? Why are you doing this ? »

L'homme inclina légèrement la tête, comme pour mieux observer les résultats affichés sur un petit écran attaché à son appareil. Il approcha ensuite un second instrument, un cylindre métallique doté de pointes, qu'il plaça au-dessus de son bras. Une douleur sourde la fit tressaillir lorsque les pointes s'enfoncèrent dans sa peau, comme si elles prélevaient quelque chose directement dans ses tissus.

« Stop ! Stop it ! » cria-t-elle, ses yeux fixant les siens, espérant y trouver une once d'humanité.

Mais il n'y avait rien. Aucun regard, aucune réaction, juste une froideur méthodique.

« Why won't you answer me ? What do you want from me ? »

Pour la première fois, l'homme leva les yeux de ses instruments et la regarda directement. Il posa calmement l'appareil sur une table proche, puis, sans un mot, se détourna. Alwen sentit un court soulagement, pensant que peut-être, il avait fini. Mais son cœur s'arrêta lorsqu'elle le vit saisir l'arme qu'il avait utilisée plus tôt. L'homme s'approcha à nouveau d'elle, toujours aussi détaché. Ses gestes étaient fluides, précis, comme si ce qu'il s'apprêtait à faire n'avait aucune importance. Il leva le pistolet, pointant directement sa tête.

Alwen se débattit, tirant désespérément sur ses chaînes, mais elles restaient solidement ancrées.

« Don't do this ! Stop ! Please ! »

Le scientifique resta impassible. Ses yeux glacials étaient fixés sur elle, son visage figé dans une expression vide. Il appuya sur la gâchette.

La douleur fut instantanée et brutale, comme si une explosion déchirait son crâne. Tout devint noir en un instant, mais, dans cet ultime moment, une seule pensée la traversa: il ne s'arrêtera jamais.

Alwen reprit conscience avec un hoquet, son corps frémissant sous l'assaut du retour brutal à la vie. Ses chaînes l'immobilisaient toujours, froides et oppressantes contre sa peau. La douleur dans sa tête avait disparu, mais le souvenir de l'impact, de la mort, était encore gravé dans son esprit comme une cicatrice invisible.

Elle entendit des voix non loin d'elle. Forçant son esprit embrumé à se concentrer, elle distingua l'homme en blouse blanche, le scientifique, en train de parler avec un autre individu. Ce dernier avait une carrure massive, son visage dur et marqué de méfiance.

« I swear, it's true » insistait le scientifique, presque fiévreux. « She cannot die. I've killed her multiple times now. Each time, she comes back. It's… miraculous. Or monstrous. Depending on how you see it. »

L'autre homme fronça les sourcils, jetant un regard vers Alwen comme si elle était une bête de foire. « That's impossible. There's always a trick. A hidden mechanism. You're telling me this… woman defies nature itself ? »

Le scientifique hocha frénétiquement la tête. « See for yourself. Test her. You'll understand. »

Alwen sentit son estomac se nouer. Elle tira sur ses chaînes, mais elles tinrent bon. Le deuxième homme s'approcha lentement, ses bottes résonnant contre le sol métallique. Dans sa main, un couteau effilé scintillait sous la lumière crue.

« Don't touch me ! » cria Alwen, sa voix brisée par la panique.

Il ne répondit pas. Il s'arrêta à son niveau, étudiant son visage comme s'il cherchait à percer un mystère. Puis, sans prévenir, il leva le couteau et entailla son bras.

La douleur fut vive, un éclat brûlant qui fit grimacer Alwen. Une ligne rouge apparut sur sa peau, et le sang perla immédiatement. Mais, sous leurs yeux, la blessure commença à se refermer. Lentement, méthodiquement, sa chair se reconstitua jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une fine trace, puis plus rien.

L'homme haussa un sourcil, visiblement intrigué. Il échangea un regard avec le scientifique, qui le fixait avec un mélange de satisfaction et d'excitation malsaine.

« Incredible, isn't it ? » murmura ce dernier.

Le deuxième homme se tourna à nouveau vers Alwen, cette fois avec une lueur de fascination perverse dans le regard. Sans un mot, il entailla son bras une seconde fois, plus profondément.

Alwen hurla, sa voix résonnant dans la pièce. La douleur était insoutenable, mais tout aussi rapidement, sa peau cicatrisa encore, effaçant toute trace de l'agression.

« Stop it ! » cria-t-elle, les larmes coulant le long de ses joues. « Please, stop ! »

L'homme l'ignora. Il traça une autre coupure, cette fois sur son autre bras. Puis une autre, sur sa cuisse. Chaque blessure suivait le même schéma: une douleur atroce, une effusion de sang, puis une guérison miraculeuse.

Le scientifique observait avec une intensité presque démente, prenant des notes et murmurant des observations à voix basse.

Alwen sentit une vague de désespoir la submerger. Elle se débattit, mais ses chaînes refusaient de céder. Chaque coupure, chaque cicatrice instantanée lui rappelait à quel point elle était piégée, vulnérable face à ces hommes qui la voyaient comme un simple sujet d'étude.

Et, plus que tout, une pensée hantait son esprit: où était le Docteur?