ÉPILOGUE - PARTIE 1

Tongs roses aux pieds, et éventail en main, Candice arpentait ce petit passage de sable le sourire aux lèvres. Il faisait chaud, un peu trop peut-être, il faisait beau, juste ce qu'il fallait, et les oiseaux chantaient. Le triptyque parfait d'une journée de vacances idéale… Rapidement, la blonde débarqua devant une large porte vitrée transparente. Elle attrapa la poignée et pénétra l'intérieur, se satisfaisant silencieusement d'une brève odeur de chlore et d'une sensation d'humidité. Devant elle, une jeune brune à l'accent espagnol lui souriait, le téléphone collé à l'oreille. Candice lui rendit son sourire et prit son mal en patience alors que la porte derrière elle s'ouvrait à nouveau.

«Bonjour, excusez-moi! commença l'hôtesse après avoir raccroché. Je vous écoute?

- J'avais réservé un cours d'aquapilates à 11h, lança Candice avec amabilité.

- Oui, quel est votre numéro de chambre?

- 213.

- Parfait ! Et de ce que je vois, c'est votre première fois ici.

- Exactement!

- Alors bienvenue madame… Dumas, avisa-t-elle en scrutant le nom de la réservation de la chambre sur l'ordinateur. Vous pouvez prendre une serviette juste ici et les vestiaires sont sur votre droite.

- Euh… Merci!

- Bonne séance.»

Candice acquiesça avant de tourner les talons. Elle jeta un sourire à la femme qui patientait derrière elle et récupéra sa serviette avant de suivre le chemin vers les vestiaires. Et la blonde déambulait dans le couloir, arborant ce nouveau nom avec fierté… Jamais personne ne l'avait appelé comme ça, mais étrangement, elle n'en était pas dérangée. C'était comme si, elle s'était enfin sentie à sa place, bien nommée dans une appellation bienveillante qui lui rappelait à son bonheur. Et son bonheur lui, était resté sur la plage avec sa fille. Confortablement installé sur son transat, les lunettes bien vissées sur son nez, Antoine semblait plongé dans la lecture d'un roman policier. Les chiens ne faisaient pas des chats de toute façon… Puis, Candice l'avait finalement un peu forcé à lire ce bouquin. Et lui, comme d'habitude, n'avait pas su résister à son entêtement.

Une bonne heure plus tard, le commissaire avait mis en pause le chapitre 5 de son roman, préférant se perdre dans ses rêveries. Et son esprit se laissait aller au fil du spectacle qui s'offrait devant ses yeux: des rires d'enfants, des couples qui chahutaient ou qui s'embrassaient, quelques cris de goélands et le grincement du sable. La sérénité, finalement… Et alors qu'il fixait sa fille braver les vagues, une voix aiguë retentit derrière lui, ne tardant pas à laisser apparaître une jolie blonde vêtue de rose.

«Coucou… sourit-elle en déposant son sac sur le sol.

- Salut, répliqua-t-il dans un sourire alors qu'elle déposait ses lèvres sur les siennes. Alors cette session de pilates aquatique ?

- Ah c'était vachement bien… expliqua-t-elle en s'installant sur le rebord de son transat. Enfin bon, j'ai bien cru que le cours n'allait jamais démarrer… Je crois que si j'étais pas intervenue, j'y serais encore! soupira-t-elle tout sourire.

- Comment ça ?

- Naaaaan mais c'est la fille qui devait nous donner le cours là… Je suis arrivée et je me suis installée. Et elle était en train de gueuler qu'elle refusait de donner cette séance parce que pour la douzième fois depuis le début de la saison on lui piquait sa serviette de bain.

- Tout ça pour ça? rigola-t-il.

- Mais oui! Donc elle commence à vouloir faire grève, puis elle en faisait des caisses, tu vois. Et moi, de l'autre côté, dans le bassin, je sentais la pression qui commençait à monter chez tout le monde… Enfin bref. Il m'a fallu 5 minutes, bon allez 10 grand max', pour faire avouer au mec qui s'occupait de l'entretien de la piscine que c'était lui… Je me suis lancée dans une démonstration, t'imagines pas…»

À côté, Antoine suivait son discours, un sourire béat fixé sur ses lèvres. Définitivement, il ne pouvait qu'admirer cette femme… et l'aimer, songeait-il en hochant négativement la tête.

«Quoi ? osa Candice.

- Ah rien rien ! rigola-t-il. Mais… comme d'habitude, Candice Renoir est sur tous les fronts quoi…

- Bah attends ! J'avais payé pour ce cours moi…, protesta-t-elle sous le ricanement d'Antoine.

- Bon… Sinon, je vous invite au resto? proposa-t-il en entrelaçant ses doigts dans les siens.

- Ah oui donc à peine mon sport fini, il faut que je retourne à table!

- T'es pas obligée de venir avec nous sinon… Je crois qu'il reste de la salade à l'appart', s'amusa-t-il face à sa moue boudeuse.

- Et il est où ce restaurant? plia-t-elle en le tirant de son transat.

- L'argument facile… se moqua-t-il. Suzanne?! Tu viens te sécher on va déjeuner!»

...

Cocktails en main pour fêter ce troisième jour de vacances qui respirait la sérénité, les trois riaient d'une histoire fracassante racontée par la plus jeune. Un apéritif digne de ce nom, qui donnait une saveur exotique au moment présent...

«Donc t'as cru que c'était requin? renchérit Candice à sa belle-fille qui était face à elle.

- Mais oui! s'exclama-t-elle bruyamment en explosant de rire. Mais c'était papa en vrai…

- Nan mais n'importe quoi, pouffa-t-elle dans un rire communicatif.

Derrière le couple, une jeune brune approchait l'air hésitant.

- Madame Dumas?

- Euh… Oui? lâcha Candice de surprise en se retournant sous les yeux circonspects de son compagnon.

- Euh… Je sais pas si vous vous souvenez de moi. On s'est vues tout à l'heure, au pilates.

- Ah! Oui! Vous étiez derrière moi dans la file, à l'accueil! sourit gentiment Candice.

- Exactement. Et j'ai adoré votre démonstration tout à l'heure, enfin, j'en ai eu le souffle coupé…

- Oh… Merci.

- Et en fait, je voulais vous voir parce que j'aurais besoin de votre aide. Quelqu'un a cambriolé ma chambre y a deux jours, et, la sécurité d'ici n'entend pas mener l'enquête sous prétexte que je suis responsable d'avoir laissé la baie vitrée entrouverte pendant que je me douchais. Je voulais savoir si vous pouviez faire quelque chose…

- Oh… souffla difficilement Candice. Je… Je suis désolée mais je suis en vacances… Peut-être pouvez-vous directement contacter la police?

- Mais ils ne veulent rien savoir non plus. Je les ai déjà appelés plusieurs fois…

- Je sais pas quoi vous dire… Je…

- S'il-vous-plaît.»

Les yeux suppliants face à elle l'attiraient comme un aimant. Un appel à l'aide et à l'enquête du genre qui pouvait la transcender… Et désormais elle luttait. Elle luttait dans un combat acharné entre un cœur envieux et une raison pragmatique. Et inévitablement, elle sentit deux yeux verts se poser sur elle, lui provoquant un flashback de leurs précédentes vacances. Un rappel à la catastrophe et à l'angoisse de perdre ses proches. Paniquée, la blonde s'accrocha vivement au bras de son amoureux et hocha difficilement la tête pour refuser…

«Si j'avais été en service, je vous aurais aidé volontiers. Mais là, je ne peux pas… J'ai le droit à un peu de répit avec ma famille, et j'ai pas envie de les sacrifier, vous comprenez?

- J'entends.

- Mais recontactez la police et si vraiment, ils ne se décident pas à bouger, je vous conseille de taper un scandale à l'accueil.

- Un scandale?

- Oui! Et ce, tout en précisant que si personne ne fait rien, vous contacterez la presse locale… Vous verrez, avec cette menace de mauvaise pub, il y a un gros risque d'agitation probable! s'amusa-t-elle doucement.

- Je note alors. Je vous remercie quand même…

- Avec plaisir. Et je suis désolée…

- Non mais je comprends. C'est juste que face à votre génie de ce matin, je me suis dit que je tenterai… Mais c'est pas grave!

- C'est gentil, sourit-elle fièrement. Bon courage alors!

- Merci! Et bonnes vacances à vous.»

Les trois la remercièrent dans un hochement de tête soulagé. Et la blonde venait de récupérer sa paille orange avec fierté. Enfin, Candice avait réussi à poser des limites. Et enfin, Antoine se sentait passer en numéro 1… Alors même si tout s'expliquait par les évènements malheureux du précédent voyage, lui la regardait désormais avec stupéfaction, ébahi par ce retournement de situation inespéré. Perplexe, Candice sentit ce regard qu'elle jugeait bien trop appuyé et finit par le fixer doucement.

«Quoi?

- Alors là…, siffla-t-il avec surprise. Je sais pas ce qui me choque le plus…

- T'es bête… rigola-t-elle.

- Nan mais, Candice Renoir qui décline une invitation à l'enquête?! Vraiment?! Mais qu'avez-vous fait de cette personne, j'vous le demande ?! ironisa-t-il.

- Je t'ai dit que je t'avais promis qu'il n'y aurait pas de bêtises…

- Hum… Et ça m'épate, j'avoue!

- Elle t'a appelé Dumas, rigola Suzanne en inspirant dans sa paille.

- Alors oui, ça aussi ça me surprend… Parce que tu te fais passer pour ma femme en plus?!

- Bah non! Je me fais pas passer pour ta femme, je SUIS ta femme!

- Bah pas trop, ajouta Suzanne. Vous êtes même pas mariés.

- Mais ça c'est parce que papa m'a toujours pas proposé… le piqua-t-elle d'un grand sourire.

- Nan mais, pardon?! cracha-t-il. Mais la mauvaise foi! Tu m'as toujours dit que t'étais contre!

- Oui mais… tu sais ce qu'on dit… Y a que les cons qui ne changent pas d'avis…, répliqua-t-elle presque inaudible.

- Hein? Ça veut dire quoi ça?

Presque gênée, elle haussa les épaules et se planqua derrière le menu.

Candice Renoir, je réitère ma question. Ça veut dire quoi ça?

- Mais rien… Je dis juste que… que j'ai le droit de changer d'avis c'est tout!

- Et donc? insista-t-il.

- Rien! pesta-t-elle avec un léger agacement.

- Ok…Bon... Alors... Ce menu…»

Et amèrement, Candice entendit dévier la conversation vers le contenu du menu. À côté, Antoine venait lui aussi de plonger sa tête derrière ce grand carton généreux, et ce, comme si de rien n'était, pestait-elle silencieusement. Elle avait été claire pourtant, non?! Qu'est-ce qu'il lui fallait de plus? Un dessin?! Une explication étayée sous forme de dissertation?! Mais non, lui restait sourd, et face à cela, la blonde se renferma sur elle-même. Le reste du repas se déroula dans une ambiance étrange: entre faux-semblants, regards fuyants et rires discrets, plus rien n'allait! Rien de mieux pour dépiter la plus jeune qui observait la situation avec intelligence… Et comme en temps de crise, Suzanne fit le choix d'animer le moment, juste histoire de détendre l'atmosphère qui tournait presque à l'orage…

Après le repas, les trois marchaient silencieusement au milieu d'un brouhaha touristique. Cette rue commerçante était définitivement bien trop envahie par les touristes au goût du commissaire qui attrapa la main de sa fille pour traverser la foule. Derrière eux, une blonde penaude tentait de suivre leurs pas. Et penaude, c'était peu de le dire… Visiblement, Candice n'avait toujours pas digéré le repas du midi, et pas sûr que cela soit à cause du contenu de son assiette…!

«Attendez! cria-t-elle pour qu'ils s'arrêtent. Y a une boutique juste là, je voudrais aller voir…

- Ok. On t'attend ici alors, lança Antoine en montrant un banc isolé.

- J'en ai pas pour longtemps.

Rapidement, les deux prirent place sur ce banc en pierre blanche, observant Candice se frayer un chemin sans sourire.

- Elle est bizarre non ? osa Suzanne en grimaçant.

- Ouais…

- C'est à cause de ce midi?

- J'en sais rien… Pourtant on a bien mangé.

- Non mais c'est à cause de ce qu'elle a dit…

- Ah! Je sais pas! De toute façon elle dit jamais clairement les choses, comment veux-tu que je sache… se plaignit Antoine en s'enfermant à son tour.»