Bonjour, bonsoir, voici le chapitre du week-end du Choix d'Itachi, qui aurait pu s'appeler "Le début de l'action" ou "Le chapitre du dialogue".

Avant tout, merci aux nouveaux followers et à ceux et celles qui ont mis cette fiction dans leurs favoris !

Je pensais garder un rythme de publication hebdomadaire mais après quelques événements, je n'ai pas trop écrit cette semaine et j'ignore si le chapitre 4 sera prêt pour samedi prochain. Mais il devrait être publié au maximum dans deux semaines, quoi qu'il arrive.

Réponse aux reviews anonymes :

Sunas : oui, les malheurs de Sakura ne font que commencer... Quand j'ai vu que les membres de l'Akatsuki portaient du vernis, je n'ai pu m'empêcher de les imaginer avec du dissolvant, d'où la scène. Deidara se peignant les ongles, ça ferait un peu drag queen, non ?

lustucruxD : j'espère pouvoir montrer une Sakura réaliste ! C'est la fiction Five Kingdoms for the Dead d'Evil is a Relative Term qui m'a poussé à faire une Sakura de l'ombre, ça correspond bien à ce personnage (elle a passé sa vie derrière Naruto et Sasuke, après tout...).


Sakura entra d'un pas décidé dans l'auberge. Les quelques personnes présentes dans la pièce principale levèrent la tête puis replongèrent dans leurs occupations. Le patron derrière son comptoir la fixa d'un air mécontent : il devait avoir vu assez de ninjas dans la semaine précédente pour le reste de sa vie.

Sakura avait dormi la nuit précédente dans un onsen du pays du Feu, installée confortablement dans une petite chambre traditionnelle. Etendue sur son lit, elle avait passé son plan en revue.
Que ferait-elle si elle apprenait que son clan, qu'elle avait abandonné il y a dix ans, avait été massacré par un inconnu ? Se précipiterait-elle vers la terre de sa naissance au mépris de toute prudence ? Non, pas si elle tenait à la vie. Quand un criminel tuait un clan entier, on évitait de lui signaler qu'il restait encore quelques survivants – on ne sait jamais, il voudrait peut-être terminer le travail.
Heshiboka Sakuri, vagabonde partie de son clan à la suite d'un désaccord, était une kunoichi médiocre. Du haut de ses vingt-cinq ans, n'ayant pas hérité de la pupille prismatique des Heshiboka, elle parvenait à peine à se hisser au niveau d'un Genin accompli. Mais elle était vivante après dix ans sur les routes et cela suffisait à prouver son bon sens : on ne survivait pas sur le marché des ninjas mercenaires sans une bonne dose de talent ou beaucoup de précautions.
Non, après avoir appris une nouvelle aussi atroce, elle attendrait quelques jours, reviendrait discrètement et demanderait à savoir ce qui s'était passé. La petite survivante serait une inconnue pour elle : elle n'était qu'un bébé quand Sakuri aurait abandonné le clan. Mais la jeune femme ne pourrait retenir son envie de parler à l'une des dernières Heshiboka, la dernière porteuse de l'œil-de-mouche qui avait fait la fierté du clan. A sa manière un peu bourrue, elle voudrait réconforter l'enfant. Sakura avait acheté une jolie barrette en forme d'aubépine, symbole d'espoir, pour offrir à sa « nièce ».
Raconte à Tante Sakuri ce qui s'est passé. Qui est cet homme aux yeux rouges ? Est-ce qu'il était vraiment là ? Tu ne me mens pas, hein, petite ? Tu ne voudrais pas que Tante Sakuri en veuille à la mauvaise personne, pas vrai ?

Sakura avait inclus dans son plan les shinobi que le Village Caché dans l'Herbe, Kusagakure, enverrait forcément. Aucun village ninja digne de ce nom ne laisserait passer un massacre survenu aussi près. Elle ne s'inquiétait pas pour sa couverture : les Heshiboka avaient réclamé leur indépendance politique il y a longtemps, comme le prouvait leur alliance avec Konoha, et l'Herbe ne devait pas posséder de liste des membres du clan. Dans ce genre de familles mineures, les querelles intestines étaient légions, personne ne serait surpris par la réapparition d'une cousine.
Tout aurait été bien plus simple si l'Herbe et la Feuille avaient été alliés. Mais une froide neutralité persistait entre les deux villages, anciens ennemis durant la précédente Guerre Ninja.

Sakura devrait faire attention en interrogeant la fillette. Une ninja aussi prudente qu'elle ne songerait pas à se venger. Un intérêt trop prononcé pour l'assassin de leur famille serait perçu au mieux comme glauque, au pire comme suspect. L'enfant ne serait sans doute pas capable de soupçonner cette tante sortie de nulle part, mais si elle parlait, les shinobi de l'Herbe ne seraient pas aussi naïfs. Ils n'avaient peut-être pas les informations suffisantes pour reconnaître Uchiha Sasuke – Sakura remercia mentalement Naruto d'avoir milité pendant toutes ces années pour que Sasuke ne soit pas ajouté à la liste officielle des déserteurs – mais s'ils avaient l'impression qu'elle n'était pas ce qu'elle prétendait, son séjour risquait de devenir rapidement déplaisant.

Sakura savait qu'elle pourrait s'en sortir. Kusa était un petit village comparé aux cinq Grands : si les choses dégénéraient, le pire qu'elle affronterait serait une team de Chûnins. Mais il suffirait d'une technique un peu trop semblable à celles de Tsunade-shishou pour que les soupçons naissent et que les relations entre les deux villages deviennent glacées.
Et Shishou était parfaitement capable de la laisser gérer l'embrouillamini politique qui en résulterait, avait songé l'apprentie avec désespoir. Eviter la paperasse était devenu un art pour la Hokage. Si Shizune n'avait pas déjà été Jounin, on aurait dû lui donner une promotion pour réussir à convaincre Tsunade (avec force chantages, menaces de violence et bouteilles de saké en guise de récompense) de s'occuper chaque jour des piles de papiers sur son bureau.

Sakura avait consacré la journée du lendemain à se faire voir dans plusieurs villages, tout en donnant l'impression qu'elle voulait passer inaperçue. Si l'Herbe cherchait par hasard à remonter sa trace, ils apprendraient qu'on avait effectivement aperçue une kunoichi correspondant à la description.

« Elle a traversé le village, on aurait dit qu'elle était pressée, elle avait l'air méfiante. Pâlichonne, aussi. Pas en très bonne santé, si vous voulez mon avis. »

Elle était finalement arrivée le troisième jour après son départ de Konoha, aux alentours de dix-huit heures. On l'avait informée que la survivante et les shinobi qui la gardaient logeaient dans l'auberge du village le plus proche. D'après un habitant mécontent, les ninjas avaient réquisitionné un champ en jachère pour tester la fillette – du moins c'était ce que Sakura avait tiré des marmonnements de l'homme sur « des flammes bizarres, et pis comme un raz-de-marée, la pauvre gamine a pas besoin de ça en plus du reste ! ».

Donc Kusa voulait récupérer l'enfant, avait déduit Sakura. Elle n'y voyait pas d'objection : les Heshiboka étaient techniquement alliés à Konoha, mais tout le monde savait qu'ils voulaient simplement s'affirmer par rapport au village de Kusa juste à côté d'eux.
La tante Sakuri ne protesterait pas non plus. Une fillette de sept ans rentrait mal dans le mode de vie d'un ninja vagabond.

Si les procédures de l'Herbe ressemblaient un peu à celles de Konoha, une équipe serait sur les lieux du massacre et récupérerait les techniques et les richesses du clan.

(« C'est du vol, Baa-chan ! s'était exclamé Naruto quand on l'avait envoyé sur le territoire de deux clans qui s'étaient entretués.

- Et alors, tu crois qu'ils vont venir se plaindre ? »)

Le reste de la team voulait apparemment vérifier si l'enfant ferait une bonne recrue. Sakura ne doutait pas un seul instant qu'ils l'emmènent. A cet âge-là, les jeunes étaient encore modelables, leur loyauté naturellement vacillante. Et la fillette aurait une excellente motivation pour travailler dur – venger son clan assassiné, quel noble but !
Peut-être qu'elle sera un génie, qu'elle restera dans son coin d'un air mystérieux et que tous les garçons de la classe seront amoureux d'elle. Ce serait amusant, n'est-ce pas, Sasuke-kun ? Peut-être même qu'elle quittera son village pour courir après des fantômes. Et quand elle viendra te trouver pour venger sa famille, que feras-tu ?

Un sourire amer aux lèvres, Sakura se dirigea vers l'aubergiste.

« Une chambre pour une personne, demanda-t-elle d'une voix trop grave de femme adulte.

- Qu'est-ce que vous venez faire par ici ?
- Vous devez vous douter, non ?

L'homme la regarda, observant plus attentivement ses cheveux sombres et sa peau qui, par contraste, paraissait trop pâle, ses habits usés, ses traits tirés comme quelqu'un qui n'avait pas assez dormi les jours précédents (ou qui avait consacré quelques heures à appuyer sur ses cernes pour les rendre plus voyants).

- Vous… vous en faisiez partie ?

Sakura détourna la tête, laissant plusieurs mèches brunes cacher son visage. Elle contracta très visiblement les poings et rendit sa voix encore plus rauque pour déclarer :

- Oui, j'en faisais partie. Heshiboka Sakuri. C'était… il y a longtemps.

L'aubergiste hocha la tête.

- Si j'peux me permettre, combien ?

Sakura compta jusqu'à trois.

- Dix ans.
- Alors vous ne connaissez pas la petiote ?
- Non. Elle devait être bébé quand…
- Ah. Je comprends. Voilà votre clef, cinquième porte sur votre gauche, en haut de l'escalier.
- Merci. »

La kunoichi s'inclina et se dirigea vers l'escalier.

Le chakra qu'elle sentait déjà dans l'entrée se renforça alors qu'elle montait. S'il y avait eu un Jounin, Sakura aurait perçu comme un courant puissant, une rivière toute entière essayant de l'entraîner dans son sens, mais elle n'éprouva que la sensation familière de nombreux ruisseaux tentant chacun de l'amener dans son chemin. Un souvenir d'enfance lui revint en mémoire et la fit sourire avec nostalgie – quand Iruka-sensei avait expliqué à Kiba pourquoi un Jounin dans toute sa puissance faisait peur, alors qu'un groupe entier de Chûnins ne provoquait qu'un sentiment d'inconfort. Réponse : un chakra de Jounin était bien plus intense.

Et puis la moitié d'entre eux, selon les critères civils, auraient mérité une place dans un institut psychiatrique. Les aspirants Genin l'avaient pensé très fort, mais aucun d'eux n'avait osé le dire tout haut : on ne savait jamais, peut-être qu'un des Jounins qui allaient être leurs sensei écoutait aux fenêtres…

Sakura malaxa un peu de son propre chakra, attentive à ne pas en laisser trop filtrer, et l'envoya comme une barrière autour d'elle. Les Kusa nins sauraient vite qu'elle était là ; autant se révéler tout de suite.
Sa chambre la surprit agréablement. Elle était propre, quoique peu meublé : un lit aux couvertures bordeaux et une table basse entourée de coussins constituaient la totalité du mobilier. On avait épargné de l'espace en creusant une armoire dans le mur, et Sakura alla y déposer ses vêtements de rechange.

Les shinobi de l'Herbe étaient toujours à côté. Ils ne prenaient pas la peine de se masquer, sans doute rendus confiants par leur nombre et la proximité du village. Sakura pouvait les comprendre : elle avait beau être Jounin, les environs de Konoha lui donnaient toujours un sentiment trompeur de sécurité, comme si l'ombre de la Feuille possédait sa propre conscience et l'accompagnait.

Si seulement cette impression rassurante d'être protégée pouvait l'accompagner hors du village, soupira la kunoichi. Elle se sentait désagréablement vulnérable, dans un pays étranger, cachée sous un nom et une apparence qui n'étaient pas les siennes, sans pouvoir utiliser ses techniques habituelles.

Sakura secoua la tête. Assez de pleurnicheries ! Elle avait une mission à terminer et des shinobi étrangers à infiltrer. L'Herbe n'allait pas gentiment transférer ses informations à Konoha.

« Shannaro ! murmura-t-elle d'un ton décidé, imitant son for intérieur qu'elle voyait de moins en moins. »

Les hommes de l'Herbe étaient regroupés dans une chambre un peu plus loin, leurs auras faisant comme une lumière brillante pour Sakura. Elle vérifia soigneusement qu'elle avait toujours autour d'elle assez de chakra pour une Genin, puis frappa à la porte.

L'homme qui lui ouvrit portait un gilet vert semblable au sien et ressemblait de manière frappante à un Chûnin de Konoha. Seul son bandeau frontal, dont la gravure formait comme des brins d'herbe, révélait son appartenance. Il lui jeta un regard méfiant et leva légèrement sa main gauche comme s'il s'apprêtait à saisir un kunai. Sakura nota l'action du coin de l'œil : les shinobi de Kusa n'étaient peut-être pas si imprudents, finalement. Ils devaient craindre le retour du meurtrier, venu s'occuper de la fillette qu'il avait laissée en vie sur un caprice.

« Je suis Heshiboka Sakuri, dit Sakura. »

Se présenter d'entrée de jeu était un coup de poker, elle en avait conscience. Mais elle savait aussi que pour que sa couverture fonctionne, il fallait qu'elle montre une certitude sans faille. On ne doutait pas de son propre nom, après tout.

L'homme ne se décala pas. Il darda ses yeux vert clair sur elle comme s'il cherchait à lire la vérité. La médic resta immobile ; Heshiboka Sakuri était fatiguée et en deuil, deux raisons de ne pas se montrer sensible à l'aura imposante de l'homme.

« Et vous pouvez prouver votre identité comment ?

Quel rustre. A Konoha, ça lui aurait valu un coup de poing bien placé de l'apprentie de la Hokage.

- Prouver ? Tous ceux qui connaissaient mon nom sont morts, cracha-t-elle.

- Et alors ? Je suis censé te croire sur parole, kunoichi ?

- Laisse-la rentrer, Ako-kun, chantonna une voix depuis l'intérieur de la pièce.

L'homme cilla.

- Riki-sempai, elle est…

- Ako-kun.

Sakura reçut sans sourciller le regard menaçant du shinobi. Dès qu'il s'écarta, elle observa les deux ninjas agenouillés autour d'une table de bois brun.

- Bonjour, Heshiboka-san, sourit une petite femme au visage poupon. Je suis Ushafu Riki, Chûnin de Kusa, et voici mes coéquipiers, Mariki Ako-kun et Pazen Haru-kun.

Sa voix ressemblait à une mélodie, en harmonie avec ses grands yeux bleus qui fixaient Sakura avec chaleur. Le dénommé Ako vint s'asseoir à côté d'elle, en face d'un autre homme à la carrure de colosse. En la voyant, si frêle dans son uniforme, Sakura eut la vision d'une petite fille qui aurait volé les habits de ses parents. Mais son visage adulte et les deux doigts manquants à sa main droite racontaient une autre histoire.

Sakura s'inclina brièvement, consciente que la démonstration de confiance n'était qu'une façade.

- Je suis venue dès que j'ai… appris, déclara-t-elle.

- Mes condoléances, dans ce cas.

Sakura laissa son regard errer sur le sol, marmonnant un « Merci » fatigué.

- Votre clan vous avait envoyée en mission ? reprit la jolie poupée.

- Non. Nous n'étions pas en bons termes.

La femme hocha la tête.

- Je vois. Mais ne restez pas là, venez parmi nous. Hae-chan et Chokibo-kun devraient revenir bientôt.

- Hae-chan, est-elle…

- La survivante ? Oui, c'est elle.

La blonde prit une gorgée de thé alors que Sakura s'agenouillait du côté opposé de la table. Ses yeux bleus s'ancrèrent dans le regard de jade de la Jounin.

- Vous devez être partie depuis bien longtemps, Heshiboka-san, pour ne pas connaître un membre de votre famille.

- Bientôt dix ans, confirma Sakura en baissant la tête. Je n'aurais jamais imaginé qu'une telle chose arriverait. Nous n'avions pas d'ennemis, pas quand je suis partie.

- Pas d'ennemis que vous connaissiez, Heshiboka-san. Tous les clans ont des adversaires.

Sakura pinça les lèvres, se demandant où l'autre femme voulait en venir.

- Peut-être, Ushafu-san. J'étais jeune, la dernière fois que je les ai vus.

- Si je puis me permettre, quel âge aviez-vous ?

- Seize ans.

- Vraiment ? Vous ne faites pas votre âge.

La médic ne répondit pas. La vagabonde qu'elle prétendait être ne serait pas sensible à un tel compliment. Riki parut le comprendre, puisqu'elle reprit en lui servant une tasse de thé :

- Et quel était le motif de votre… départ ? D'après Hae-chan, les Heshiboka étaient un clan très uni.

- Tous les clans ont des dissensions, répondit Sakura.

La Kusa nin reconnut une parodie de ses propres mots.

- Pourquoi revenir ? Si un assassin en a après votre clan, on pourrait croire que vous voudriez rester éloignée.

Sakura releva brusquement les yeux et claqua sa tasse sur la table. Les deux hommes se tendirent, leurs mains se dirigeant par réflexe vers les poches où ils devaient cacher leurs armes.
La Chûnin venait de suggérer qu'elle serait prête à ignorer le massacre de son propre clan pour un souci de sécurité. C'était une insulte à peine déguisée. Les ninjas de Kusa n'avaient-ils aucune subtilité dans leurs interrogatoires ?

- J'étais en désaccord avec mon clan. Cela ne signifie pas que je doive être indifférente à leur mort !

La blonde lui jeta un regard de chat sous ses longs cils clairs. Sakura entendit des pas légers dans le couloir ; elle vit les trois Kusa nins se redresser imperceptiblement. Il devait s'agir de leur coéquipier et de la fillette. Heshiboka Sakuri n'avait pas les sens assez aiguisés pour les entendre, aussi la médic prit-elle une gorgée de thé comme si elle n'avait rien remarqué.

- N'avez-vous pas peur pour votre vie ? poursuivit Riki.

- Peur ? ricana Sakura. Ce meurtrier ne doit même pas savoir que j'existe. Même si c'était le cas, qu'est-ce qu'il aurait à faire de moi ? Je ne possède pas l'œil-de-mouche, Ushafu-san. Je suis… j'étais une honte pour mon clan. Mais je rendrai les hommages dus aux ancêtres, en tant que dernière adulte des Heshiboka, et je repartirai.

La porte s'ouvrit brusquement. Sakura se retourna : dans l'encadrement se tenait un adolescent aux cheveux sombres, tenant par la main une petite fille qui lui fit immédiatement penser à Hyûga Hanabi. Sa longue chevelure était d'un noir Uchiha, mais ses yeux clairs aux multiples facettes rappelaient un peu le regard fantomatique des Hyûga. Quand elle parla, ce fut d'une voix éthérée.

- Heshiboka ?...

L'adolescent serra sa petite main pâle, surpris par la présence d'une inconnue au milieu de ses compagnons.

- Oui, Hae-chan, chantonna Riki. Je te présente ta tante Sakuri.

Sakura se secoua enfin. Si les couleurs de l'enfant lui rappelaient les Hyûga, elle était restée frappée par ses traits : on aurait dit une version féminine du Sasuke de l'Académie.

Qu'est-ce que tu as cherché à faire, Sasuke-kun ? Pourquoi choisir une enfant qui te ressemble autant ?

Son for intérieur grimaça comme si elle avait mordu un citron. Châ ! C'est malsain !

- Ushafu-san dit la vérité, Hae-chan. Mon nom est Heshiboka Sakuri.

- Vous n'avez pas nos yeux, dit l'enfant.

Son ton était trop calme. Choc post-traumatique, diagnostiqua la médic en Sakura.

- C'est une longue histoire. Je suis partie du clan pendant très longtemps, Hae-chan. Tu devais être un bébé, à l'époque.

La main blanche de la fillette glissa hors de celle du ninja, et elle avança jusqu'à Sakura, son pantalon un peu trop grand effleurant le parquet.

- Alors vous êtes vraiment de ma famille ?

Le cœur de Sakura se brisa devant l'espoir qui envahissait ses pupilles transparentes.

- Oui, Hae-chan, répondit-elle néanmoins, maudissant les frères Uchiha et leur piste de cadavres. »

Les yeux prismatiques commencèrent à briller. Sakura sentit son masque d'indifférence se briser dans un craquement presque audible, alors que l'enfant dessous laissait affleurer sa douleur immense. Quand elle fondit soudain en sanglots, Sakura ne chercha pas à retenir les larmes qui lui montaient aux yeux. La kunoichi en elle lui disait que Heshiboka Sakuri pleurerait, face à la survivante du massacre de son clan. Laisse-toi aller, soufflait la voix froide de la raison. Cela attendrira les Kusa nins, ils respecteront ton deuil et tu auras le champ libre.
Mais la médic dans son cœur se sentait horriblement, infiniment désolée pour cette orpheline dont l'univers venait de s'effondrer, et qui allait subir une nouvelle trahison.

Lentement, comme si elle tenait une statue de porcelaine, Sakura resserra son étreinte sur la fillette tremblante.

Trois jours plus tard, quand Riki l'autorisa à assister aux entraînements de Hae, Sakura sut que la mission serait réussie. Les Kusa nins auraient été stupides de la croire sur parole : ils la surveillaient sans cesse, attentifs à ses moindres mouvements. Sakura était rentrée dans la peau de Heshiboka Sakuri et n'en sortait plus. Son masque avait gagné une histoire, des récits de voyage pour la plupart empruntés à Naruto, mais aussi des sentiments – un mélange de rancœur et de culpabilité envers ce clan qui l'avait rejetée, mais qu'elle avait abandonné pendant dix années entières, un désir farouche d'indépendance, une vague honte quant à sa faiblesse, et surtout, une affection croissante envers Hae-chan. Le tout sous les yeux vigilants des shinobi de l'Herbe qui ne lui autorisaient jamais un moment seule avec la fillette. Sakura l'acceptait. Hae avait répété pour elle le récit de cette nuit d'horreur, en quelques murmures entrecoupés de longs silences, pendant que ses mèches noires se rabattaient sur son visage et l'isolaient du monde. Sakura n'avait pas ressenti le choc qu'elle aurait imaginé en entendant la description exacte de Sasuke, aussi précise que possible de la part d'une fillette cachée à distance. Hae ne parlait pas du Sharingan qu'elle n'aurait pas pu distinguer, mais elle décrit une fois le sabre aux éclairs, parcouru par des étincelles qui pépiaient comme un millier d'oiseaux.

Quelque part, Sakura était heureuse que Sasuke ait développé la technique de Kakashi pour en créer une version bien à lui : une part irrationnelle d'elle-même n'aurait pas supporté que tous ces meurtres aient été commis par l'unique jutsu original de leur sensei.

Deux jours après, trois des quatre Kusa nins partirent retrouver leurs compagnons sur le lieu du massacre. Pazen Haru, l'autre Chûnin de la team, resta pour garder la survivante. Quand il avertit Sakura qu'il allait chercher quelque chose dans le village, elle sut que le moment était arrivé. Il était temps de s'assurer que l'enfant n'avait rien caché, qu'elle n'était complice d'aucune manipulation.
C'était la première fois que la Konoha nin pouvait passer un instant seule avec sa « nièce » depuis son arrivée, et la petite s'était attachée à elle comme à une bouée dans la tempête. Même le colosse taciturne ne pouvait rester indifférent à l'affection désespérée de l'enfant et au soin que Sakuri prenait d'elle, la serrant dans ses bras dès qu'elle voulait, lui racontant des histoires avant de s'endormir, la félicitant après ses entraînements.

Quand la porte se referma sur la stature imposante de Haru, Sakura regarda la fillette, laissant un sourire adoucir ses traits. Elle n'était pas spécialement bonne actrice : si ses sentiments envers l'enfant paraissaient si réels, c'était parce qu'ils l'étaient. Là était le problème, à vrai dire.

« Tu veux du thé, Hae-chan ? proposa-t-elle à la petite.

Mais celle-ci se contenta de la fixer, la lumière diffractée sur les facettes de ses pupilles.

- Tante Sakuri… Les ninjas de Kusa, ils veulent que je vienne avec eux.

C'était une affirmation, et Sakura hocha la tête. Elle regrettait de ne pas pouvoir emmener l'enfant avec elle – la quitter allait être un déchirement.

Elle deviendrait forte, à Konoha. Elle a du potentiel, et Konoha l'exploiterait mieux que Kusa.

- Emmène-moi avec toi.

La tasse de Sakura s'arrêta contre ses lèvres. Elle savait que ça arriverait, mais ça ne rendait pas la chose moins difficile.

- Je ne peux pas, Hae-chan, répondit-elle. Je suis une vagabonde, tu es trop jeune pour ma vie.

Hae baissa la tête, mordit profondément sa lèvre inférieure. Sakura sentit ses mains se crisper autour de la tasse de thé alors que la veste réglementaire devenait soudain très lourde sur ses épaules. En tant que Jounin de Konoha, elle ne pourrait jamais emmener la fillette. Même si Kusa la lui laissait – hautement improbable – il faudrait révéler à Hae sa véritable identité. La rancœur que l'enfant pourrait concevoir serait trop dangereuse pour le village caché de la Feuille ; on n'avait pas besoin d'un autre Sasuke.

Quand la fillette explosa, Sakura en voulut à Sasuke, une amertume rance mêlée de déception qui lui fit comme une boule au niveau du cœur. Les traits congestionnés par la douleur, Hae ressemblait encore plus à son ancien coéquipier, après qu'Itachi était revenu le voir pour « tester sa haine ».

- Tante Sakuri, je veux rester avec toi ! Je ne veux pas aller avec eux, je veux rester avec toi !

- C'est impossible, Hae-chan.

- Ce n'est pas vrai ! Tante Sakuri…

Les larmes roulaient sur les joues pâles de Hae. Sakura se durcit.

Maudit sois-tu, Sasuke ! Tu savais ce qu'elle allait éprouver, tu le savais ! Qu'est-ce que tu as voulu prouver ? Pourquoi ?

Toujours cette question. Alors qu'elle prenait l'enfant dans ses bras, débitant des promesses sans valeur, qu'elle viendrait la voir souvent, qu'elle l'emmènerait avec elle dans quelques années, Sakura répétait ce mot comme une litanie. Pourquoi ?

Mais elle ne pouvait pas se laisser aller. Jounin de Konoha, encore et toujours, même quand elle aurait voulu plus que tout guérir l'enfant de tous ses maux et de son infinie tristesse.

Elle prit une décision. Tsunade-shishou lui aurait reproché de ne trop s'impliquer dans sa mission, mais elle savait que Naruto aurait approuvé son choix.

- Hae-chan, murmura-t-elle à l'oreille de la fillette dans ses bras, je veux que tu me promettes quelque chose.

- Oui, Tante Sakuri, répondit une voix étouffée.

- Ne répète jamais ce que je vais te dire. A personne, même pas à tes amis ou aux autres enfants de Kusa. C'est promis ?

- … Oui, Tante Sakuri.

- Je vais chercher celui qui a fait ça. Je ne suis pas assez forte pour le tuer toute seule, alors je demanderai de l'aide, mais je le trouverai. Et à ce moment-là, tu pourras être là et m'aider. Pour ça, il faut que tu deviennes puissante.

- Oui.

- Mais surtout, surtout, il faut que tu sois heureuse. Il a voulu te détruire, et tu ne le laisseras pas faire. Tu dois être heureuse, te faire des amis, trouver quelqu'un avec qui continuer le clan. N'oublie surtout pas ça.

Sakura inspira profondément.

- J'ai connu quelqu'un, autrefois, qui a tout perdu pour la vengeance. J'étais amoureuse de lui. Maintenant, je le déteste, parce qu'il s'est laissé dévorer. C'est très important de ne pas oublier nos morts, Hae-chan, mais rappelle-toi que les vivants sont toujours plus importants. Tu peux me promettre ça ?

Et quand Hae acquiesça d'un ton vacillant, la médic en Sakura sentit comme un baume se répandre au fond d'elle. Elle empêcherait Sasuke de transformer la petite en un simple double. Hae ne marcherait pas sur le même chemin stérile.

- Tante Sakuri ? reprit une voix timide.

- Oui, Hae-chan ?

- Il y a quelque chose que je n'ai pas dit aux ninjas de Kusa.

Sakura se raidit. Ses cheveux teints se mêlaient à ceux de l'enfant, formant comme une longue vague noire sur leurs deux corps.

- L'homme, il… il n'était pas tout seul, tu sais ?

- Oui, Hae-chan.

Une rousse qui savait où était Hae-chan. Karin, sûrement. Elle était avec Sasuke la dernière fois.

- Mais à un moment… Il lui a dit de partir. Et il… il est venu me voir. Et ses yeux, ils tourbillonnaient, ils étaient noirs mais il y avait comme une étoile rouge dedans, avec beaucoup de branches…

Oh Kami non. La Jounin sentit un courant glacé la traverser. Ce n'était pas le Sharingan aux trois virgules qu'elle connaissait, la pupille déjà redoutable des Uchiha. Elle aurait voulu pouvoir nier, croire en un genjutsu, mais Hae possédait l'œil-de-mouche et personne ne pouvait imiter l'effet tourbillonnant du Sharingan sans recourir à une illusion. Sakura s'était assez entraînée avec Kakashi-sensei pour le savoir.

Il n'y avait qu'une seule conclusion possible, et elle suffisait à envoyer des frissons courir le long de son dos et à faire éclore des dizaines de plans possibles dans son cerveau.

Le Mangekyô.

Sasuke avait éveillé le dôjutsu ultime de son clan.

Indifférente à son trouble, Hae continua.

- Et il m'a parlé. J'avais tellement peur, Tante Sakuri, il y avait du sang, du sang partout !...

Sa respiration s'accélérait, ses mots devenant hachés, ses grands yeux pâles fixés sur un point du mur, ses mains serrées convulsivement sur le bras de Sakura, à travers le tissu noir. La médic reconnut les premiers symptômes d'une crise de panique.

- Hae-chan, dit-elle en éloignant l'enfant pour poser ses mains sur ses épaules. Hae-chan, regarde-moi.

Lentement, la fillette fixa son regard d'insecte dans celui de la kunoichi. Sakura en profita pour infuser un peu de chakra médical dans le système de l'enfant. Le chakra vert réunissait toute la bonté et l'envie de guérir qui se trouvaient en chacun ; même s'il ne pouvait guérir la peine de la survivante, il pouvait au moins la réconforter. La respiration de Hae ralentit, ses tremblements s'apaisèrent, et Sakura soupira quand le pire fut passé.

- Il m'a dit, reprit Hae dans un souffle, qu'il ne me ferait rien. Il m'a dit… Tu veux que je meure, n'est-ce pas ? Si tu veux me vaincre, haïs-moi, déteste-moi, fuis et survis par tous les moyens. Et un jour, viens me retrouver. »

Sakura avait la nausée. La voix fragile de Hae se superposait à celle de son ancien coéquipier, quand il lui avait jeté les derniers mots de son frère à la figure, pour lui dire qu'elle ne comprendrait jamais. Et Sakura sut en effet, alors que le regard vide de Hae semblait se fixer sur un lieu inconnu, qu'elle ne comprendrait jamais le garçon qu'elle avait aimé.Ses yeux de jade se plissèrent.

Tu me paieras ça, Uchiha Sasuke. Tu le paieras ! jura-t-elle avec fureur.


Hoshigaki Kisame attendit.

Puis il attendit encore.

Et il continua d'attendre.

Contrairement à ce que les idiots croyaient, la vie de déserteur n'était pas faite de courses folles et de combats contre les chasseurs de nukenins. Ou, plus précisément, elle n'était pas faite que de cela, même si c'était incontestablement les moments les plus amusants (Kisame se rappelait encore de cette team envoyée par un village mineur qui croyait pouvoir l'abattre – Samehada les avait trouvés absolument délicieux).

La majorité du temps, les nukenins faisaient comme tous les autres ninjas : ils attendaient.

Les deux membres de l'Akatsuki se trouvaient à plusieurs mètres du sol, perchés dans des branches touffues. Ils n'avaient pas bougé depuis qu'Itachi avait mis les dernières touches à son genjutsu, une illusion discrète qui s'étendait sur un arc de plusieurs kilomètres. Les civils passeraient au travers sans dommage ; les shinobi n'auraient pas autant de chance. Ils ne remarqueraient rien les premières minutes, parce que l'illusion avait été créée par Itachi et qu'Itachi était un génie – en fait, si tout se passait bien, ils ne remarqueraient rien après non plus. Ils ne réaliseraient qu'ils avaient été vaincus que quand ils se réveilleraient, attachés en face de deux criminels de rang S. Kisame adorait la tête que faisaient leurs victimes quand elles réaliseraient à quel point elles étaient complètement, irrémédiablement foutues. Ça lui faisait comme des chatouillis au niveau du bas-ventre.

Et après ça…

L'homme-requin risqua un regard vers l'endroit où devait se trouver son coéquipier, une centaine de mètres plus loin. Itachi avait été vague sur ce qu'il comptait faire des Konoha nin capturés. Il y avait une chance pour que parmi eux se trouve leur proie, le jinchuriki du Kyûbi, et ils se retireraient si c'était le cas : ce n'était pas encore le moment de mettre la main sur le précieux porteur. Mais sinon, Itachi avait calmement insisté pour que les shinobi restent vivants, avec un regard appuyé en direction de Samehada (l'Epée avait ronronné). Ensuite, ils les attacheraient et les emmèneraient dans une caverne isolée quelques kilomètres plus loin, où Itachi se chargerait de leur extraire les informations nécessaires avant de les renvoyer à Konoha. Il n'avait rien dit de plus et Kisame n'avait pas posé de question : Uchiha n'était pas loquace, mais ses plans avaient toujours fonctionné. Connaissant l'esprit tordu d'Itachi, il allait sûrement leur implanter un genjutsu dormant, quelque chose qui les transformerait en traîtres à la solde de l'Akatsuki au moment opportun. Ça ressemblait bien à l'assassin au Sharingan.

Encore fallait-il que les Konoha nins se présentent. Pour l'instant, après deux jours à attendre, ils n'avaient vu que des civils.

Mais Kisame était patient – on ne devenait pas un shinobi de rang S sans passer quelques jours à attendre une proie. Itachi était certain que Konoha aurait envoyé une équipe pour enquêter sur le massacre. Si le petit Sasuke s'était en effet sali les mains, nul doute que ses gentils compagnons voudraient en être certains, avait ricané son coéquipier.

Kisame se lécha les lèvres et continua d'attendre.


« Ushafu-san ?

- Qu'y a-t-il, Heshiboka-san ?

- J'ai décidé de partir demain, lâcha abruptement la brune. »

Les deux femmes étaient assises sur un tronc tombé, observant de loin l'entraînement de Hae.

« Qu'en pense Hae-chan ? demanda finalement la blonde.

- Hae-chan… devra bientôt partir à Kusa. Je ne peux pas l'emmener, elle le sait. Elle comprendra.

Riki tourna ses grands yeux bleus vers elle. Sakura avait appris, durant son bref séjour, à ne pas sous-estimer la Chûnin : sous ses dehors de poupée, elle était d'une finesse redoutable. Il était probable qu'elle fasse partie des rares Jounin de Kusa avant ses vingt-deux ans.

Mais Sakura était l'apprentie d'une Sannin légendaire, Jounin à seize ans et dix mois, médic de génie et kunoichi respectée.

- Avez-vous pu rendre les hommages à vos ancêtres ?

- Oui. Je remercie encore Kusa de son appréciée collaboration.

- Nous respectons votre deuil, Heshiboka-san. Hae sera triste de vous voir partir. »

Sakura regarda la fillette tenter un mouvement de taijutsu particulièrement vicieux que Chokibo-kun esquiva difficilement. Le garçon était un Genin solide, mais Hae apprenait vite.

Riki l'avait autorisée la veille à se rendre sur les lieux du carnage en compagnie de la team chargée des recherches. Les shinobi l'avaient observée avec méfiance, et Sakura avait fait semblant de ne pas remarquer les rouleaux épargnés par le feu qu'ils glissaient dans leur sac. En retour, ils l'avaient laissée s'agenouiller au centre de ce qui évoquait à présence un champ d'épouvantails après avoir été un village uni. Elle avait pratiqué les rites, brûlé l'encens et récité les prières en y mettant tout son cœur, petite silhouette sombre au milieu des carcasses des maisons incendiées.
Comme beaucoup de ninjas, Sakura croyait vaguement en une puissance supérieure. Elle avait grandi en allant au temple régulièrement avec ses parents. Puis son premier meurtre avait eu lieu et elle avait commencé à éviter l'endroit, honteuse du sang sur ses mains alors que les prêtres révéraient la paix et l'amour. Mais, comme tous les shinobi, elle évitait de dire crûment qu'elle ne croyait en rien : dans un métier comme le leur, la chance était beaucoup trop importante pour qu'on prenne le risque d'offenser une divinité.
Pratiquer les rites funéraires pour des ancêtres qui ne sont pas les miens est-il un blasphème ? s'était-elle interrogée en s'inclinant vers l'Est. Si c'est le cas, pardonnez-moi, Shinigami, dieux des morts.

L'endroit, avait-elle conclu, ressemblait de manière frappante aux iconographies du domaine Uchiha quelques jours après le massacre.
Sakura avait imaginé beaucoup de choses, après la désertion de Sasuke – qu'il deviendrait puissant, tuerait son frère et reviendrait au village, ou bien que la prochaine fois qu'ils se verraient, Orochimaru parlerait par sa bouche, voire même qu'il retournerait à Konoha en reconnaissant combien il avait été stupide de partir…

Mais jamais, jamais elle n'avait imaginé qu'il deviendrait comme son frère. Et ça faisait mal, comme si toute son enfance paisible avait été recouverte d'un voile d'ombre et de sang.

« Je ne sais pas si je pourrai revoir Hae, confessa-t-elle à Riki.

- Comptez-vous le poursuivre ?

Sakura n'eut pas besoin de demander de qui elle parlait.

- Oui, acquiesça-t-elle d'une voix rauque.

- Je n'aime pas vous dire cela, Heshiboka-san, mais vous vous ferez tuer. Renoncez. L'honneur de votre clan ne vaut pas que vous lui sacrifiiez votre vie.

- Je dois le faire, déclara Sakura, au moins pour Hae-chan. Même si je meurs, cet homme doit…

Sa voix se brisa. Elle ne savait plus qui elle était, Sakuri ou Sakura, une Jounin de Konoha ou la tante d'une orpheline brisée, et l'inquiétude sincère dans les grands yeux bleus de Riki lui rappelait Ino.

- … cet homme doit payer, finit-elle.

Et Sakura songea, alors que les cheveux noirs de Hae tourbillonnaient, ses yeux blancs à peine visibles, qu'elle ne pourrait plus jamais regarder Hyûga Hanabi sans repenser à une autre enfant, loin, bien trop loin de Konoha.

Elle offrirait la barrette en forme d'aubépine à Hae ce soir. Ce serait son cadeau d'adieu.

- Je n'ai pas le choix, Riki-san, murmura-t-elle faiblement.

- Je comprends, Sakuri-san. Que les dieux vous protègent. »


« Tante Sakuri… »

Sakura retint les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle s'était stupidement, sincèrement attachée à la petite durant les dix jours qu'elle avait passés à l'auberge. Mais ça n'aurait pas été un problème si celle-ci ne lui avait pas rendu son affection.

Sakura la serra dans ses bras, regrettant une fois de plus de ne pas pouvoir l'emmener avec elle à Konoha. Au moins elle savait que Hae serait bien traitée à Kusa ; Riki y veillerait. Chokiro serait un bon frère et un partenaire d'entraînement patient. Haru, sous ses dehors taciturnes, faisait des merveilles en tant que professeur, et l'instinct protecteur d'Ako assurerait ses arrières. Sa « nièce » était entre de bonnes mains.

Tendrement, Sakura effleura la barrette qui retenait les cheveux noirs de l'enfant.

« Tu seras heureuse à Kusa, Hae-chan. Le clan n'aimait pas trop ce village, mais ce sont des gens bien et ils t'apprendront beaucoup.

- Tu reviendras me voir ?

- Il y a quelque chose que je dois faire avant. Si je réussis, je ferai tout ce que je peux pour venir te retrouver, c'est promis.

C'était la vérité. Par les kami, elle avait l'intention de contacter Hae, un jour ou l'autre, quand – quand tout ça serait fini. Son cerveau surentraîné calculait déjà les différentes manières de retrouver la trace de l'enfant une fois qu'elles seraient séparées. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à mettre un détecteur dans la barrette ?

- Bonne chance, Tante Sakuri. Ne meurs pas. Je t'aime.

Une larme coula sur la joue de Sakura.

- Moi aussi, Hae-chan. Moi aussi. »

Sakura reposa l'enfant et salua les quatre Kusa nins. Les yeux de poupée de Riki s'ancrèrent plusieurs secondes dans les siens. Courage, lui transmit la Chûnin. Vous en aurez besoin.

Quand Sakura sortit de l'auberge, elle dut s'empêcher de se retourner une dernière fois.

Pas étonnant que l'unité d'infiltration ait le plus de troubles psychologiques de tout village. Créer un masque, le porter pendant des jours ou des mois, se faire des liens qu'on devrait forcément rompre, puis répéter la boucle encore et encore, c'était suffisant pour détruire quelqu'un de l'intérieur. Même les autres shinobi évitaient les infiltrateurs : comment croire des gens qui vivaient dans le mensonge et les jeux de rôle en permanence ? Au bout d'un moment, manipuler devenait une seconde nature et l'idée d'un sentiment authentique un vague souvenir, comme une utopie à laquelle on avait dû renoncer.

Sakura s'estimait chanceuse : on ne lui avait pas ordonné de tuer Hae. Si ç'avait été le cas, elle aurait pu prendre rendez-vous avec la cellule psy dès son retour.

Ce qui était surprenant, au fond, ce n'était pas que Shizune passe sa vie à se noyer dans son travail et à s'occuper de Tsunade comme une mère poule ; c'était plutôt qu'elle soit encore assez stable pour le faire. Pour devenir une spécialiste de l'infiltration aussi talentueuse que la médic brune, il fallait renoncer à des choses pires que ce que demandait l'ANBU. Sakura était heureuse d'être seulement une membre honoraire de la brigade d'infiltration. Ça lui laissait un peu de santé mentale.

La seconde apprentie de Tsunade courut lentement, à un rythme de Genin. Elle ne sentait personne sur ses pas et elle était presque sûre que Riki n'avait pas envoyé de traqueur pour la pister, mais il ne fallait prendre aucun risque : elle ne se détendrait qu'une fois arrivée à Konoha. Shannaro ! s'encouragea-t-elle. Dès qu'elle aurait franchi la frontière du Feu, elle se trouverait une petite auberge où elle pourrait créer un clone de Terre qui partirait vers le Nord. Et ensuite, se promit-elle en entrant dans la forêt de l'Herbe, ce serait vitesse maximale jusqu'à Konoha.

Konoha, ses forêts paisibles et pleines de vie, la douceur de son printemps, les pépiements des oiseaux migrateurs revenant au pays… Pendant une seconde, Sakura eut l'impression frappante de voir dans ses moindres détails la forêt qui entourait le village. Puis les arbres de l'Herbe revinrent et elle secoua la tête, un sourire indulgent aux lèvres. Un tel mal du pays après seulement deux semaines !

Je rouille, à force de rester à l'hôpital, songea-t-elle.

Elle allait devoir repasser au régime d'entraînement intensif si Tsunade prévoyait une nouvelle tentative de ramener Sasuke – ou pire. Sakura frissonna. Elle n'aimait pas y penser, mais elle n'était pas comme Naruto, capable de vivre d'espoirs et de les rendre réels. A l'heure actuelle, elle avait conscience que si elle se dressait face au cadet Uchiha, il n'y aurait que la mort en face.

Est-ce que Sasuke-kun me tuerait vraiment ?...

Il a déjà essayé, lui rappela une petite voix insidieuse. Sakura aurait voulu la chasser comme un insecte agaçant, mais cette voix avait raison, n'est-ce pas ? Il l'aurait tuée, là-bas, tout comme il avait massacré les Heshiboka…

Une sensation étrange étincela à la limite de sa perception.

Sakura faillit se redresser. Elle se contint au dernier moment – ne leur montre pas qu'ils sont repérés.

Quelle idiote elle pouvait être, à se laisser emporter par ses pensées en plein milieu d'une mission ! Elle était pourtant persuadée que Tsunade-shishou l'avait débarrassée de cette mauvaise habitude. Un tel manque de professionnalisme ne lui correspondait pas.

Un frisson lui grimpa le long du dos. Non, ça ne lui ressemblait décidément pas. C'était le genre de choses qu'elle ne ferait pas en temps normal, sauf si…

Sakura réunit son chakra. Oui, elle le sentait à présent : ses perceptions étaient fausses. Quelqu'un – un maître en la matière – avait imité la pulsion de chakra calme et régulière qui parcourait la forêt, et elle s'était laissée avoir par le genjutsu. Furieuse, la kunoichi plissa les yeux. L'ennemi était doué ; elle allait devoir agir vite. Kusa nin ou autre chose, quiconque dépensait autant d'énergie à la prendre au piège ne pouvait lui vouloir du bien.

« Rupture, gronda-t-elle en envoyant une pulsion de chakra qui dissipa l'illusion. »

Elle enregistra la sensation soudaine de deux présences proches alors que ses foulées s'accéléraient brutalement.

Pas le temps d'élaborer des plans compliqués. Les deux shinobi l'avaient prise en chasse et Kami, ils étaient rapides ! Sakura créa deux clones de Terre et se substitua à l'un d'eux. En parallèle, elle envoya une pulsion de chakra forte dans un arbre sur la gauche et une autre, bien plus faible, dans la direction opposée – elle n'espérait pas que ses adversaires se laissent avoir par un piège aussi grossier, mais ça valait le coup. Les débutants imaginaient toujours qu'elle était sur le point se substituer à une branche du premier arbre, les combattants plus expérimentés repéraient la deuxième pulsion et croyaient qu'elle réapparaîtrait là. Evidemment, pendant ce temps, la vraie Sakura avait envoyé quelques clones au combat alors qu'elle se dissimulait dans le feuillage d'un arbre…

Les deux derrière elle continuèrent de la poursuivre, indifférents à ses leurres. Evidemment. Elle n'était pas face à une bande de Chûnins ; il faudrait sortir l'artillerie lourde. Sakura attrapa un explosif et l'envoya à l'aveugle dans la direction de l'aura la plus imposante, lança une volée de shuriken sur l'autre ninja et bondit dans les branches.

L'un de ses ennemis au moins était un spécialiste des genjutsu. Ça voulait dire qu'elle ne pourrait utiliser ses propres illusions – le risque était trop grand que l'autre les retourne contre elle, et même si elle réussissait à l'immobiliser, son comparse la mettrait hors jeu.

Ils se rapprochaient. Sakura sut, avec une certitude absolue et désespérante, que si le combat s'engageait, elle ne gagnerait pas.

Pardon, Shishou, de vous avoir fait gâcher tellement d'heures à enseigner. Désolée, Naruto, je ne pourrai pas tenir ma promesse. Sai, je ne saurai jamais de quoi tu voulais me parler le jour de mon anniversaire – d'ailleurs, est-ce qu'on est déjà le vingt-huit mars ? Non, c'est demain. Désolée, tu ne pourras pas me souhaiter mes dix-huit ans. Pardon à toi aussi, Hae-chan, tu ne reverras jamais « Tante Sakuri »…

Elle allait perdre, oui, mais elle ne se rendrait pas sans combattre.

« Dôton : Tremblement de terre ! incanta-t-elle en se laissant tomber de sa branche. »

Alors qu'elle se rapprochait, le sol commença à trembler puissamment ; Sakura sentit la technique puiser dans ses réserves de chakra. Ses deux clones, tous les deux à sa gauche, avaient sauté eux aussi. Elle se concentra pour en créer rapidement un autre, qui apparut juste à côté du clone du milieu, et murmura le nom de sa technique suivante.

« Dôton : Assimilation du sol »

Quand elle toucha le sol, Sakura s'y enfonça immédiatement et tomba dans la bulle d'air créée par sa technique. En surface, le sol se rehaussa comme si elle n'avait été qu'un clone de Terre revenu à sa forme d'origine ; elle laissa son autre clone, du côté opposé de leur formation en V, disparaître également. Seul le clone du milieu restait à la surface. Avec beaucoup de chance, les deux shinobi penseraient que la vraie Sakura était celui-là, qu'elle avait créé un nouveau clone et laissé ses deux anciens repartir pour ne pas gâcher trop de chakra – il fallait qu'ils y croient, parce qu'ils étaient beaucoup trop rapides pour que Sakura puisse mettre au point un plan ou un piège…

Une goutte d'eau lui tomba sur l'épaule. Il n'avait pas plu depuis deux jours, la terre était censée être sèche, donc cette goutte n'avait rien à faire là – jutsu Suiton, comprit la kunoichi.
Sakura ne réfléchit pas : un kunai traversa la surface de sa cachette et l'explosif attaché au manche détonna immédiatement. La Jounin émergea dans le brouillard au goût de poudre, son chakra aussi bien masqué que possible. Les deux shinobi pourraient toujours sentir sa présence – ils étaient juste trop proches pour qu'elle puisse leur échapper complètement – mais ils auraient besoin d'y consacrer une plus grande part de leur attention. Elle crut distinguer une silhouette sombre avant que celle-ci ne disparaisse, trop vite pour que ses yeux la suivent.
Sakura se précipita vers le Sud comme si elle avait le diable aux trousses – ce qui n'était pas faux, au fond. Elle créa deux clones qu'elle envoya en direction de Konoha et lança des pulsions de chakra au hasard en espérant faiblement que cela perturberait un peu ses opposants, avant de se substituer à un rocher un peu plus loin. Un explosif détonna là où elle s'était tenue une seconde plus tôt.

Des fausses pistes, elle devait créer des fausses pistes, les mener en bateau pendant qu'elle prenait le large…

Une silhouette apparut quelques mètres devant elle. Sakura réagit par réflexe et bondit en jetant un kunai. Elle le vit s'empaler dans le cœur de l'homme, et ce ne fut qu'à cet instant qu'elle remarqua la cape aux nuages rouges, les longs cheveux bruns et les yeux rouges tourbillonnants.

Uchiha Itachi disparut dans un envol de corbeaux. La kunoichi sentit un choc brutal contre sa nuque, et elle s'évanouit avant d'avoir eu le temps de penser « genjutsu » et « quand ?... ».

Itachi ne releva pas la tête quand Kisame apparut à ses côtés. Samehada irradiait un mécontentement presque tangible, mais l'Epéiste semblait d'excellente humeur.

« Elle est douée, hein, Itachi-san ? Ce n'est pas souvent que quelqu'un repère tes illusions. »

Le déserteur ne répondit rien. Il s'accroupit jusqu'à la forme inanimée et ramena quelques mèches sombres derrière l'oreille de la femme, ses yeux de sang fixés sur son visage. Le sourire de Kisame s'agrandit. Une brune aux lèvres pulpeuses, juste ce qu'il aimait – il n'aurait pas dit non à une mâchoire plus dure, mais la ligne volontaire de ses sourcils lui plaisait.
Samehada, sur son dos, s'enferma dans une immobilité dégoûtée. Malgré sa forme très suggestive, l'Epée n'avait aucun intérêt pour la sexualité, sauf si elle était accompagnée d'une quantité suffisante de sang.

« Qui est-ce ? demanda-t-il à Uchiha accroupi. »

Kisame était habitué aux silences de son coéquipier, mais le regard qu'il fixait sur la kunoichi avait une intensité presque dérangeante sur ce visage neutre. Avec la chance qu'il avait, Uchiha s'était découvert une libido et comptait garder la femme pour lui…

Itachi lui fit signe de s'approcher. Il tenait une poignée de cheveux dans une main, relevée pour dégager les racines. Kisame se pencha.

Autant pour la brune, alors : cette couleur qui commençait à apparaître, c'était plutôt…

« Du rose ?

- Oui. Coloration artificielle, expliqua l'autre nukenin.

Une Konoha nin aux cheveux roses ? Ça lui disait quelque chose. La mort du Troisième Hokage, un exaspérant ninja dans un justaucorps vert, et…

- La coéquipière de ton petit frère ? lâcha-t-il avec étonnement.

Il l'aurait crue morte, depuis le temps. Les gamines braillardes, ça ne faisait pas long feu dans le métier, surtout avec une couleur de cheveux aussi voyante. Depuis quand les Genins sans espoir devenaient assez doués pour repérer un genjutsu d'Uchiha Itachi ?

- Et apprentie de la Sannin Tsunade, ajouta Itachi.

Ah, voilà qui expliquait tout. Il se souvenait de ce Bingo Book du pays de la Terre qui listait une seconde apprentie de la Hokage. Effectivement, elle avait les cheveux roses – quelques détails lui revinrent en mémoire, quelque chose sur le ninjutsu médical et une force monstrueuse.

Comme son maître, conclut-il. Ça ne poserait pas de problème aux shinobi de rang S de l'Akatsuki. La fille était peut-être douée, elle n'était qu'une Jounin.

Samehada ronronna sur son dos quand Itachi lui demanda de porter le corps. Kisame sentit l'Epée lui envoyer un brouillard de pensées qu'il traduisit approximativement.

Tu crois qu'il va nous la donner ? Juste un peu, juste informations. Faire peur.

Le sourire de requin de Kisame s'agrandit. La soif de sang de sa meilleure amie était presque palpable.

Non, ma jolie, il ne voudra pas. Il compte la renvoyer à Konoha. Mais dès que ce sera fini, nous irons remplir l'autre contrat, et tu auras tout ce que tu voudras.

Samehada se frotta affectueusement contre lui.


Fin de la partie "facile" de cette fiction : à partir du prochaine chapitre, Itachi et Sakura se rencontrent, et quelque chose me dit que ce sera beaucoup plus difficile à écrire. Le rythme de l'histoire va sûrement s'accélérer aussi, surtout vu le caractère de Sakura.

Qu'avez-vous pensé des shinobi de Kusa ? Riki m'a un peu échappé : je ne l'avais pas prévue du tout, c'est comme si elle s'était imposée dans le chapitre. Quant à Hae, j'ai dû lutter contre moi-même pour qu'elle ne soit pas ramenée à Konoha par Sakura. Cette enfant a juste trop de potentiel. Résultat, j'hésite à la faire réapparaître plus tard dans l'histoire...

Mais assez de monologues d'auteur, j'espère que ce chapitre vous a plu et à la semaine prochaine (ou celle d'après) pour le suivant !