Avec deux jours de retard par rapport au planning (j'incrimine la prépa et son rythme insoutenable), voici la quatrième chapitre du Choix d'Itachi ! Un peu plus court que d'habitude (seulement 5,000 mots) car je ne voulais pas prendre trop de retard et j'aimerais publier le chapitre 5 samedi prochain...

Pour être franc, je n'en suis pas satisfait. Comme prévu, Itachi et Sakura sont tous deux délicats à prendre en main ; à vrai dire, le personnage le plus simple à maîtriser est Kisame dans toute sa gloire de psychopathe. Donnez-moi vos avis !

lustucruxD : je n'avais pas remarqué mais c'est vrai que le chapitre 3 est un cliffhanger... Et la fin de ce chapitre aussi, d'ailleurs - on va dire que la cruauté de Kisame m'influence ? Merci pour ta fidélité à cette fiction, ça fait chaud au coeur !
Nocciolla : "comme toujours" ? Tu m'as déjà lu avant ? En tout cas, content que cette histoire te plaise et merci pour ton commentaire !


Quand Sakura se réveilla, elle sut immédiatement que quelque chose n'allait pas.

Un bras ankylosé, ça pouvait se comprendre. Elle se rappelait encore de cette fois où Sai et Naruto s'étaient allongés autour d'elle pour une histoire de conservation de chaleur et où elle s'était réveillée avec un garçon sur chaque bras et la circulation coupée. Les fourmis qui avaient couru dans ses membres quand le sang était revenu avaient été très désagréables. Elle s'était arrangée pour que les garçons passent un moment tout aussi déplaisant.

Mais une sensation froide au niveau des poignets et des chevilles, c'était définitivement anormal. Qui pouvait ?...

Les souvenirs lui revinrent en bloc. La mission, le genjutsu, sa tentative de fuite ratée – les fers qu'elle sentait devaient être faits d'un métal qui perturbait la circulation du chakra. Si ses kidnappeurs étaient consciencieux, ils auraient aussi ajouté un système d'alarme pour les avertir dès qu'un prisonnier essayait d'employer son chakra. Sakura pinça les lèvres : elle préférait ne pas précipiter sa prochaine rencontre avec un membre de l'Akatsuki.

Formidable, songea-t-elle sèchement. Elle était emprisonnée dans ce qui devait être une base ennemie, pour une raison inconnue, sans moyen de s'échapper, et si ses souvenirs étaient bons, celui qui la détenait n'était rien de moins qu'Uchiha Itachi. Être enlevée par un criminel de rang S en rentrant d'une enquête sur un massacre, rien de plus normal ! Tout à fait habituel ! Elle allait être torturée et tuée le jour de ses dix-huit ans, quelle fin merveilleuse !

Sakura inspira profondément. Ce n'était pas le moment de céder à la panique. Pour commencer, elle n'était pas morte, donc le déserteur avait un intérêt à ce qu'elle soit en vie. En y repensant, elle n'avait pas non plus été soumise au tristement célèbre Tsukuyomi. C'était déjà plus étrange : pourquoi ne pas profiter du Mangekyo Sharingan pour récupérer des informations, si c'était ce que l'Akatsuki désirait ? A moins – Sakura se sentit frissonner – qu'ils ne veuillent quelque chose en rapport avec sa position d'apprentie de la Hokage. Ou peut-être une médic : une organisation comme la leur pouvait se procurer facilement des médecins, mais le trio des medic-nins de Konoha étaient les plus douées du pays du Feu, voire du monde shinobi, puisque que Chiyo-sama était morte sans prendre de disciples.

Sakura ouvrit prudemment les yeux. Le cachot était vide. Une torche accrochée au mur y répandait une lumière orangée.

Plutôt mourir que de soigner l'un de ces criminels, décida-t-elle fermement. Ils en avaient après Naruto : si l'un d'eux souffrait d'une blessure trop sérieuse pour le médic moyen, tant mieux ! Elle serait heureuse de le voir mourir lentement. Ceux qui menaçaient Naruto devaient disparaître. Ils pourraient tout essayer, elle ne cèderait pas.

Et s'ils la torturaient jusqu'à ce qu'elle craque – la voie la plus probable – alors elle pourrait compter sur sa haine. Oui, inutile de s'inquiéter : la haine l'empêcherait de les soigner. C'était un phénomène rare que Sakura n'avait jamais expérimenté en personne, et elle aurait cru que ce n'était qu'une légende, si Tsunade-shishou ne lui avait pas affirmé le contraire. Mais dans ce cas précis, elle était sûre que cela fonctionnerait.
Le chakra médical, lui avait dit la Hokage, naissait d'un désir de paix, de la bonté et de l'envie d'aider qui existaient en chacun, même les pires criminels ; voilà pourquoi on encourageait les médics débutants à méditer longuement à la recherche de la paix en eux. Mais parfois, il arrivait qu'on se retrouve face à un être qu'on ne voulait pas protéger. Il n'y avait rien, pas la plus petite étincelle d'amour ; on sentait comme un désert là où d'ordinaire se trouvait un jardin luxuriant. Et le chakra vert ne venait pas. On pouvait encourager, menacer, supplier, le médic ne soignerait pas.

Tout comme Sakura ne soignerait jamais l'Akatsuki.

Sa résolution arrêtée, la Jounin essaya de se relever. Elle avait passé plusieurs heures allongée sur la pierre, la tête posée sur son bras gauche, une chaîne glacée contre la joue. Il lui fallut deux essais avant de se redresser suffisamment pour dégager son bras ; les fourmis qui l'envahirent lui firent grincer des dents. Un peu de chakra médical pour atténuer la sensation aurait été bienvenu.

Sakura revint en position assise et plia lentement ses quatre membres. Une légère raideur, quelques courbatures, mais ses jambes n'avaient pas l'air d'avoir souffert. Elle tourna ses poignets et chevilles, faisant tinter les chaînes qui y étaient attachés. Rien à signaler non plus. Si on oubliait qu'elle était coupée de son chakra, elle se sentait plutôt en forme ; ses vêtements de vagabonde la gardaient au chaud, son corps avait récupéré de la tentative de fuite, elle n'avait pas de blessure notable…

Et ça ne lui servirait à rien face à Uchiha Itachi, songea-t-elle amèrement. Sakura était une kunoichi lucide – déjà, Genin, elle avait failli ne pas s'inscrire à l'examen Chûnin car elle avait compris qu'elle avait plus de chances de mourir que de passer. Depuis, à force de fréquenter une kunoichi légendaire et Naruto, elle avait compris qu'il fallait parfois défier toutes les probabilités pour réussir. Mais il y avait une différence entre avoir une chance sur dix de réussir et une sur cent. Elle ne voyait aucune façon d'échapper à un homme qui avait massacré les Uchiha alors qu'il avait moins de quinze ans.

Donc elle allait devoir compter sur son point faible : l'improvisation.

Où est Naruto quand on a besoin de lui ? se plaignit son for intérieur.

Si Naruto était à notre place, l'Akatsuki serait en train d'extraire le Kyûbi, lui rappela sèchement Sakura.

C'était une autre possibilité, réalisa-t-elle en se glaçant. Elle était l'appât idéal pour Naruto – si l'Akatsuki l'agitait sous le nez du jinchuriki, il foncerait sans réfléchir. Il leur suffisait d'une taupe chez les fonctionnaires pour savoir où elle se trouvait dès qu'elle quittait le village ; Shishou avait classifié toute information relative à Uchiha Sasuke et classé sa véritable mission comme rang A, mais l'enquête sur le massacre Heshiboka était une mission de rang B, donc publique pour l'administration de Konoha.

Non, impossible. L'intelligence de Konoha était presque certaine que l'Akatsuki avait besoin des bijûs dans un ordre particulier et le Hachibi était toujours en possession de Kumo.

Mais s'ils voulaient la garder jusqu'à ce qu'ils aient capturé le Huit-queues, et l'utiliser comme appât ensuite ?...

Affolée par ces hypothèses, Sakura faillit ne pas remarquer que la porte s'ouvrait. Elle examina ses possibilités avec la rapidité des ninjas : faire semblant de dormir, impossible maintenant qu'elle s'était assise ; montrer sa colère, complètement inutile ; prendre l'air abattu et fatigué, par contre… Oui, peut-être que cela fonctionnerait. Dans un battement de paupières, Sakura laissa sa tête retomber, entrouvrit les lèvres et adopta un regard vitreux.
Les chances qu'Itachi y croie étaient pratiquement nulles. Mais s'il pouvait la sous-estimer un peu – juste un peu – elle pourrait peut-être passer entre les mailles du filet et courir jusqu'à Konoha…

Le déserteur s'arrêta à quelques pas d'elle. La flamme de la torche grandit alors qu'elle levait la tête vers lui, et elle vit en détails la moitié du visage d'Itachi. Il ressemblait à Sasuke, se dit Sakura, mais il en était en même temps complètement différent : ses traits était beaucoup moins durs et semblaient empreints d'une fatigue immense qu'elle n'avait jamais vue chez le cadet, comme si Itachi portait le poids du monde sur ses épaules.

Sakura aurait voulu lui cracher au visage. Prendre cet air de martyr après avoir assassiné son clan et brisé la vie de son petit frère, c'était se foutre du monde !
Evidemment, elle se contint. Il y avait des moyens plus agréables de mourir qu'en insultant un psychopathe meurtrier, même quand on en avait tellement envie que ça vous démangeait les poings.

« Es-tu Haruno Sakura, Jounin de Konohagakure ? »

Il avait une voix douce, comme un coussin de soie, plaisante à l'oreille et légèrement rauque.

Il savait qui elle était et Sakura retint un soupir fataliste. De toute façon, ses racines roses devaient commencer à repousser ; dans trois jours au maximum, elles deviendraient clairement visibles. Des ninjas aux cheveux roses, ça ne courait pas les forêts, et si Haruno Sakura voulait rester discrète, l'apprentie de la Godaime n'avait pas ce luxe.

« Oui, admit-elle d'une voix lasse. Que voulez-vous de moi ? »

Un prisonnier avisé n'aurait pas posé de questions, mais Sakura ne voulait pas avoir l'air avisé. Uchiha Itachi était trop maître de lui-même pour s'énerver ; en revanche, même lui devait bien évaluer ses adversaires. Elle était un peu ennuyée qu'il connaisse son rang à Konoha – passer pour une pauvre Chûnin tout juste douée en ninjutsu médical aurait fait son affaire – mais peut-être croirait-il que sa promotion avait été facilitée par Tsunade.

De toute façon, ce n'était pas comme si le Jounin moyen pouvait lui causer des problèmes.

« Appartenais-tu à l'équipe d'Uzumaki Naruto ? reprit l'homme aux yeux rouges. »

Son masque faillit se briser ; Sakura retint de justesse le grondement qui lui montait dans la gorge. Naruto était comme un frère pour elle, la lumière qui les guidait tous. Il deviendrait Hokage de Konoha, et elle était prête à parier qu'il changerait le monde au passage. C'était Naruto la Tornade et l'Akatsuki ne leur enlèverait pas !

« Oui, répéta-t-elle cependant.

Ce n'était pas comme s'il l'ignorait. Il commençait par instaurer un rythme de questions auxquelles elle pouvait répondre ; ensuite, quand elle s'y serait habituée, il passerait brusquement à ce qui l'intéressait vraiment.

Très bien, décida-t-elle.

- Uzumaki Naruto se trouve-t-il actuellement à Konohagakure ?

- Oui.

- Part-il en mission ?

- Oui.

- Part-il en mission seul ?

- Non.

- Uchiha Sasuke se trouve-t-il dans l'enceinte de Konoha ?

Sakura ne marqua pas de pause. Si le duo de l'Akatsuki savait qu'elle était sur le massacre Heshiboka, ils avaient dû avoir d'autres informations dessus. Un homme aux yeux rouges et aux cheveux noirs, massacrant un clan et laissant une seule survivante ? Itachi avait forcément fait le lien, et Konoha n'ordonnait pas des tueries de cette ampleur.

- Non, déclara-t-elle donc.

- Shimura Danzô se trouve-t-il à Konoha ?

Les tickets de restaurant jumeaux. Sai lui montrant le sien, comme une invitation.

« Je ne passerai pas derrière D… Shimura-sama.

- Je sais.

- Je ne passerai pas derrière Shimura-sama, répétait-elle.

- Je sais. Accepte, s'il te plaît. »

Elle se maudit quand elle réalisa qu'elle avait laissé passer son délai de réponse aux questions précédentes.

Elle n'y avait pas repensé – elle n'avait pas voulu. Mais elle ne pouvait nier que cela soulevait beaucoup de questions, car Sai avait quasiment sous-entendu qu'elle n'aurait même pas à choisir. Danzô avait-il pris sa retraite ? Impossible. Avait-il désigné Sai comme successeur ? Ou Sai s'était-il émancipé de la tutelle de la Racine ? Il y avait passé presque toute sa vie – il avait même renoncé à ce que l'équipe Sept lui offrait, à cet équilibre étrange qu'ils avaient trouvés, elle et lui, pour redevenir une des poupées sans émotions de Danzô.

Ou bien était-ce… autre chose ?

Mais Danzô, malgré tous ses défauts, était comme un roc. Il était un homme de l'ombre impitoyable, trop même, mais d'une solidité à toute épreuve, et il avait dédié son existence à Konoha.

- Oui, dit-elle, consciente que sa gaffe n'avait pas échappé à Itachi. »

Si elle revenait à Konoha, elle arracherait la vérité à Sai par tous les moyens possibles.

Itachi avait remarqué l'hésitation de la prisonnière. Il masqua soigneusement sa surprise : il n'avait rien attendu de cette question. La jeune femme devait lui demander pourquoi il voulait savoir une chose pareille, ou bien répondre « oui » avec un regard soupçonneux, mais cette hésitation était imprévue – comme si…

Comme si Danzô avait une importance stratégique et que toute information qui lui était liée ne devait pas être fournie à un déserteur. Ce qui était le cas, mais très peu de personnes à Konoha le savaient – même la Hokage ne connaissait pas l'ampleur de ce que Danzô avait fait. Sa plus jeune apprentie non plus, a fortiori. Itachi classa l'hypothèse.

Restait donc l'autre solution : elle ne savait vraiment pas si Danzô se trouvait à Konoha.

Ou bien – et c'était le plus probable, décida-t-il – elle voulait le mener sur une fausse piste. Haruno Sakura ne pouvait pas connaître l'histoire de ses liens avec Danzô. Elle ignorait la vérité sur le massacre Uchiha, donc elle croyait que Danzô n'était que le chef d'une unité à la morale vacillante.

Il conserva ces deux possibilités en tête. On ne restait pas un déserteur vivant si on ne savait pas mener ses enquêtes – dès que la Jounin serait de retour à Konoha, il ferait sa propre investigation.

Danzô disparu. Même un ninja aussi performant qu'Itachi eut besoin de quelques instants pour accepter cette hypothèse. Il était bien placé pour savoir que tous les hommes étaient mortels, mais Danzô avait toujours donné l'impression d'être au-dessus de contraintes aussi bassement humaines, comme s'il tenait plus des dieux terribles des anciennes tribus que de la race humaine.

Itachi ne pouvait nier que si c'était vrai – car les probabilités restaient faibles –, il ne s'en plaindrait pas. La part rationnelle de son esprit calculait déjà les changements qu'il pourrait apporter à ses plans, les simplifications en cascade que la mort de Danzô lui offrirait ; mais une autre part de lui, la créature grondante au cœur de chaque Uchiha, s'enivrait de la liqueur de la vengeance.

Il musela fermement la bête. La mort de Danzô ne serait pas forcément positive : car si le vieil homme reposait effectivement sous terre, qui en était responsable ? Que savait cette personne et de quel côté était-elle ? Pour avoir vaincu le paranoïaque Danzô, elle devait jouer au même niveau qu'un membre de l'Akatsuki, et cette pensée n'était pas rassurante…

Mais c'était des enquêtes qui attendraient un autre jour. Pour l'instant, Itachi devait remplir une toute autre mission.

« Le Kyûbi semble-t-il se libérer plus facilement du corps du porteur ? reprit-il donc. »

La femme ne répondit pas. Elle jouait son rôle décemment – plutôt bien, même, pour une jeune Jounin – mais Itachi était un Uchiha. Avec ou sans Sharingan, il était un génie au sens de l'observation inégalé. Les légères contractions des muscles de son cou, le changement de son rythme respiratoire, les subtiles modifications de ses traits lui hurlaient qu'elle n'était pas aussi fatiguée et indifférente qu'elle voulait le faire croire.

Aucune de ses pensées n'apparut sur ses traits ; quand il reprit l'interrogatoire, ce fut de ce même ton neutre imprégné d'une imperceptible fatigue.

« Le Kyûbi semble-t-il se libérer plus facilement ?

- Non. »

Sakura réunit sa patience. Il n'y aurait sûrement pas de torture physique aujourd'hui, mais la longueur d'un interrogatoire pouvait être encore plus efficace que des pinces et du feu.

Ses yeux de jade se durcirent. Uchiha allait voir ce que voulait dire la loyauté à son village et ses compagnons.


Ça grinçait, ça crissait, le métal hurlait et une odeur de poisson pourri agressait l'odorat : Kisame aiguisait ses kunai.

Le nukenin souriait joyeusement au milieu de la pluie d'étincelles. Les flammèches venaient cuire ses bras nus, Samehada dans un coin se tortillait avec bonheur, l'humidité suintait des murs, tout était bien dans le monde pour le déserteur de Kiri. La seule chose qui aurait pu rendre cet instant meilleur, ç'aurait été une brune attachée au mur et essayant désespérément de lutter contre la pieuvre d'eau qu'il aurait modelée.
Son sourire prédateur s'élargit. Itachi-san détestait ça – il trouvait toujours un moyen de lui rendre la vie infernale dès qu'il ramenait une femme – mais Itachi était présentement occupé avec la Konoha nin, comme tous les jours depuis quasiment une semaine. Kisame savait qu'il ne lui faudrait que quelques minutes pour courir au prochain village, kidnapper une femme selon ses goûts et la ramener. Après, il n'aurait plus qu'à la dénuder, l'enchaîner et profiter du spectacle, cet exquis mélange de plaisir, de douleur et d'humiliation qui envahissait le visage de ses amantes.

Il sentit un frisson le parcourir, à l'idée de la peau tannée d'une brune de l'Herbe rougie par les griffures, ses yeux laissant couler des larmes de désespoir, son corps tremblant sous l'assaut d'un plaisir qu'elle refusait – et le moment délicieux où il tracerait une ligne sanglante sur son cou…

Samehada savoura avec lui l'image saisissante. L'Epée détestait le sexe mais adorait la violence, et pour se faire pardonner de ses péchés charnels, Kisame lui laissait toujours boire le sang des femmes avec lesquelles il jouait.

Oui, peut-être pourrait-il remonter à la surface et tester ses armes fraîchement aiguisées sur une cible vivante… L'idée semblait merveilleusement attrayante, après plus d'un mois d'abstinence et cette cruelle déception concernant la fausse brune de Konoha. Une pluie d'étincelles tomba sur son bras quand il changea l'angle d'aiguisage d'un kunai, laissant des brûlures violettes sur sa peau bleue.

Kisame leva le pied ; la roue à aiguisage s'arrêta progressivement en crissant contre le métal. Il jeta le kunai d'un geste négligent sur la pile près du mur. Le plus proche village se trouvait à une dizaine de kilomètres à l'Ouest, mais il en avait vu un autre lors de leur dernier passage, vingt kilomètres au Nord, plus discret et bien pourvu dans la marchandise qui l'intéressait. Samehada lui envoya son approbation, excitée par la vision sanglante qu'ils venaient de partager, et se lova dans sa main quand il saisit son manche. Elle adoucit sa surface minérale quand l'Epéiste la posa avec amusement sur son épaule nue. Pas de cape aux nuages rouges pour cette petite excursion – si l'Akatsuki commençait à enlever des paysannes au hasard, les Cinq Puissances allaient se poser des questions. Non, mieux valait rester incognito.
Bien sûr, Kisame ne se faisait pas trop d'illusions sur ses capacités à passer incognito. Un homme-requin de deux mètres à la peau bleue avec une Epée bandée sur le dos ? Forcément un professionnel des missions d'infiltration. D'une discrétion à toute épreuve. Absolument aucune caractéristique spécifique, non Monsieur !

Le déserteur haussa les épaules. Bah ! Au pire, il pouvait toujours tuer les témoins, pas vrai ?
Samehada l'enveloppa d'une vague d'approbation. Il y avait des moments, comme ça, où l'Epée adorait son Epéiste.

Rétrospectivement, Kisame savait bien que c'était une mauvaise idée, que ça ne pouvait pas fonctionner. S'il se coupait le doigt en jouant avec un shuriken pendant la nuit, Itachi vérifierait le matin que la plaie était bien refermée ; on ne pouvait pas faire quelque chose dans un rayon d'un kilomètre autour d'Uchiha sans qu'il trouve un moyen de le savoir.
C'était pour ça, entre autres, que Deidara s'était mis à l'appeler Dieu (« Omniscience, yeah ! »). Ça avait beaucoup fait rire Kisame au début (un peu moins quand il avait commencé à se demander si, par les Kamis, le déserteur d'Iwa ne serait pas sérieux).

Voilà pourquoi, avec leurs années de vagabondage commun, il ne fut pas surpris en sentant un pic de chakra dans le couloir qu'il allait emprunter. Il avait pourtant fait l'effort de passer par le couloir à l'opposé du cachot de la Konoha nin.
Bah – c'était le prix à payer pour avoir quasiment le chakra d'un Bijû et un génie pour coéquipier. Passer inaperçu prenait une toute autre ampleur. Kisame étendit ses sens et en fut récompensé quand un léger bruit de tissu se fit entendre dans son dos. Il se retourna, une Samehada agacée sur son épaule.

« Ah, Itachi-san, dit-il à l'autre déserteur. Qu'est-ce que la femme a dit ?

L'autre homme pencha la tête, « je ne suis pas dupe » peint sur ses traits félins.

- Des choses… intéressantes. Où allais-tu ?

- Faire prendre l'air à Samehada, quelques courses, répondit innocemment Kisame.

Il était plus grillé qu'une anguille sur un barbecue. Les yeux rouges étaient fixés dans les siens et d'une seconde à l'autre, Itachi-san allait ouvrir la bouche et constater, de ce ton paisible et implacable qui donnait la chair de poule à des shinobi d'élite…

- Sans cape.

Gagné. Comme quoi, même les déserteurs psychopathes et taciturnes pouvaient être prévisibles.

- Une envie de fraîcheur, sourit Kisame en exhibant sa dentition de requin.

Maintenant qu'il était fichu, autant y aller jusqu'au bout, pas vrai ? Il pourrait peut-être exaspérer un peu son coéquipier, et Itachi pouvait être tellement amusant quand son contrôle parfait craquait légèrement…
Mais l'autre déserteur n'était pas d'humeur joueuse. Son Sharingan était activé, les runes noires tournoyant avec une lenteur hypnotique.

- Nous devons remplir la mission originelle, déclara-t-il. La date limite est dans cinq jours.

Et Kisame savait que l'euphorie qui l'envahissait était partiellement provoquée par Samehada qui voulait enfin de l'action !, mais il se passa malgré tout la langue sur les lèvres avec appétit. Cinq jours maximum pour un peu de torture et un assassinat ? L'ordre de mission, s'il s'en rappelait bien – et il s'en rappelait bien : il était un shinobi de rang S, après tout – disait effrayer la population et leur donnait un mois entier, parce que le système de sécurité du lieu était extrêmement complexe, aucun des ninjas que j'ai engagés n'a réussi !
Kisame pariait sur deux jours pour entrer sans se faire repérer, trois s'il se montrait généreux. Puis Itachi-san lui laisserait la partie salissante et oh, c'était encore mieux que les paysannes brunes de l'Herbe car Uchiha ne pourrait rien lui reprocher : celui qui les payait voulait qu'on retrouve un corps déchiré avec des traces de viol.

Un peu de cruauté salariée, qui était-il pour dire non ? Samehada ronronna avec affection.

Plus qu'à aller chercher sa cape et ils étaient partis. Dans des moments comme celui-là, Kisame ne regrettait vraiment pas d'avoir déserté.


Sakura sentit son ventre gronder.

Uchiha Itachi était venu l'interroger souvent au cours des jours précédents, sans doute plusieurs fois par jour. Elle n'en aurait pas juré : dans ce cachot sans fenêtre, impossible pour elle d'évaluer le temps qui passait, et Uchiha, comme tous les professionnels, ne venait pas l'interroger à des heures régulières. Il était de notoriété publique chez les interrogateurs qu'il ne fallait pas laisser aux prisonniers de repères temporels.

Sakura se demanda si c'était ce qu'Uchiha faisait. Avait-il remarqué qu'elle ne craquait pas et décidé de passer à l'étape supérieure ? Elle avait dormi deux fois et eu le temps de faire trois séries complètes d'exercices depuis sa dernière visite. C'était étrangement long, quand on savait qu'il venait parfois l'interroger trois fois entre deux moments de sommeil – elle n'osait pas dire nuits.

Son ventre protesta encore quand elle commença ses abdominaux latéraux. Généralement, à la fin de ses interrogations, Itachi sortait de sous sa cape un bol de riz qu'il la regardait manger. Elle avait pensé à utiliser les baguettes de bambou qu'il lui fournissait pour les lui planter dans les yeux, mais les fichus brindilles se cassaient dès qu'elle les mordait un peu trop forts. Inutilisables comme armes, évidemment.

« Vingt… Vingt-cinq… Trente… souffla-t-elle en rythme. »

Kami soit loué, sa longueur de chaîne lui permettait de manger sans aide. La seule pensée du déserteur de rang S lui donnant la becquée suffisait à faire naître un profond dégoût dans sa poitrine.

Sakura compta jusqu'à cent, puis passa aux flexions. Elle ne pouvait pas se lever complètement, mais cela suffisait pour tirer sur les muscles de ses cuisses.

Elle n'était pas morte. Rien de surprenant : le criminel voulait savoir quelque chose. Mais elle n'avait pas non plus été torturée, et cela la perturbait déjà plus. Pas qu'elle s'en plaigne, bien sûr, mais les pupilles tournoyantes d'Uchiha étaient devenues légendaires parmi les Jounins pour les innombrables tortures qu'elles avaient infligées. L'homme voulait-il se servir d'elle puis la renvoyer à Konoha avec un genjutsu dormant qui la pousserait à aider Akatsuki ? Elle ne le laisserait pas faire. A moins qu'il ne veuille garder une médic en bonne forme sous la main, au cas où – il ne lui avait posé aucune question sur sa formation médicale, mais s'il connaissait son nom et son rang, il devait savoir qu'elle était l'apprentie de Tsunade la Sannin.

Ce n'était pas normal. Sans avoir le génie de Shikamaru, Sakura se savait intelligente et ne pas comprendre les motivations de son ravisseur l'affectait plus qu'elle ne voulait l'admettre. Cela aurait pu être une autre technique de la part du déserteur, mais franchement, pourquoi déployer autant de temps alors qu'une simple torture aurait suffi ? S'il ne voulait pas utiliser son Tsukuyomi, il suffisait de quelques pinces et d'un peu d'inventivité pour récupérer ce que l'on désirait…

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? La faim et la monotonie du cachot commençaient à peser sur ses nerfs. Elle inspira longuement, attentive à la manière dont ses poumons absorbaient l'air.
Calme. Ce n'était pas le moment de faire honte à sa Shishou en craquant misérablement. Elle n'était ni morte, ni torturée, donc elle n'aurait aucune excuse si elle perdait le contrôle : c'était ce que Tsunade aurait dit, en kunoichi légendaire et implacable.

Elle ne comprenait pas. Elle était dans un cachot, surveillée par l'un des shinobi les plus dangereux du monde, et elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi.

Uchiha ne faisait que poser les mêmes questions, tous les jours. Il n'était pas revenu sur Danzô – et Sakura ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou se méfier – mais il montrait un intérêt prononcé pour Naruto, sans surprise.

Sakura appuya son dos contre le mur, ses jambes formant un angle droit. La position de la chaise lui rappelait de vieux souvenirs, quand Shizune-sempai lui donnait des cours d'anatomie en la forçant à rester ainsi jusqu'à ce qu'elle puisse citer de tête la position de tous les os du bras.

Uchiha n'avait rien demandé pour Sasuke. Pourtant, il devait savoir que son petit frère avait massacré ce clan… L'incident était-il lié à l'Akatsuki ? Sasuke aurait-il pu suivre les traces de son aîné dans l'organisation ?...

Sakura secoua la tête. La haine de Sasuke pour Itachi était le ciment de sa vie. Il n'y renoncerait pas sans devenir fou.

Et reproduire la pire tragédie de son passé, c'est être sain d'esprit ? persifla son for intérieur.

La Jounin se laissa retomber au sol. Elle ne savait plus. Sa colère contre Sasuke avait brûlé avec la chaleur de sa rage, quand elle avait quitté Hae-chan, mais plusieurs jours dans ce cachot l'avaient calmée. A présent, elle voulait comprendre pourquoi son ancien coéquipier avait fait une chose pareille. Il devait y avoir une raison, quelque chose de plus qu'une simple lubie ; si Sasuke voulait envoyer un avertissement à Konoha, il y avait tellement d'autres façons de le faire que cette scène macabre !

Et Sakura se demanda pendant un instant si Naruto avait vraiment raison. Le blond n'avait jamais abandonné l'idée de sauver leur vieil ami, avec cet entêtement admirable qui le caractérisait, et Sakura avait voulu le croire. Mais une part d'elle s'entêtait à lui crier aux oreilles ce qu'elle ne voulait pas entendre : y avait-il encore quelque chose à sauver ?

Elle ne savait plus. Les mèches noires aux racines roses glissaient sur ses joues comme les larmes qu'elle retenait.

Elle avait passé son dix-huitième anniversaire dans une geôle, la seule présence humaine qu'elle avait vue depuis des jours semblait avoir disparu et son premier amour était devenu un fou sanguinaire qui menaçait son village.

La Jounin laissa l'arrière de sa tête reposer sur le mur de pierre. Son ventre gronda une fois encore, résonnant dans la petite cellule ; elle eut l'impression qu'un serpent s'était glissé dans ses intestins et essayait de les aspirer dans sa gueule.

Pas le moment de se plaindre, songea-t-elle en serrant les dents contre la douleur. La petite Sakura effrayée de la Forêt de la Mort avait disparu quand Tsunade-shishou l'avait prise sous son aile. Aujourd'hui, Sakura la civile, Grand-Front, le boulet, était Jounin, un rang que peu de ninjas atteignaient, et si son ravisseur voulait jouer à la guerre psychologique, parfait ! C'était exactement ce qu'il lui fallait.

Car Sakura avait un plan. Faire du renforcement musculaire ne servirait à rien si elle restait attachée et sans chakra ; elle n'arriverait même pas à arracher ses chaînes du mur. Alors elle avait réfléchi, s'était replongée dans cette part de son cerveau qui faisait d'elle la première de l'Académie aux tests théoriques, et elle avait trouvé. L'idée était complètement folle : ç'aurait été risible si n'importe qui d'autre l'avait proposé. Mais elle était une médic-nin de génie au contrôle admiré par Senju Tsunade en personne et si quelqu'un pouvait le faire, c'était elle. Même Tsunade-shishou ou Shizune-sempai auraient du mal à la croire quand elle leur raconterait (quand, pas si, car Sakura savait qu'elle ne pouvait pas commencer à douter de sa seule issue).

Son projet se basait sur un fait tout simple que le premier Genin venu aurait pu réciter : le chakra était l'énergie vitale d'une personne. Un ninja apprenait simplement à le manipuler et à l'amplifier. Dire que les chaînes shinobi coupaient l'accès au chakra était une erreur commune – la personne attachée serait morte, si c'était vrai. Le métal se contentait de perturber la circulation du chakra de telle façon que le shinobi n'arrivait plus à le manipuler correctement. Après des années à pratiquer sans relâche les mêmes techniques, on ne pouvait pas deviner le schéma de perturbation induit par le métal, imaginer une manière de passer outre et contrôler son chakra avec assez de précision pour réussir malgré tout quelques jutsu de base. C'était impossible.
Aussi impossible, avait décidé Sakura, que de se libérer de la technique de possession du clan Yamanaka en plein milieu d'un combat, alors qu'on était encore Genin.

Après quatre jours de manipulation prudente, elle avait une idée assez précise de la manière dont son flot vital était perturbé. Trouver comment elle devrait faire circuler le chakra pour annuler les perturbations lui donnait la migraine – où est ce feignant de Shikamaru quand on a besoin de lui ? – mais elle était sur une bonne piste. Quand elle aurait trouvé, elle n'aurait qu'à manipuler son chakra avec la précision d'un scalpel pour retrouver un peu de sa force monstrueuse.

L'étape suivante serait de faire s'écrouler le repère pour s'enfuir dans la confusion qui en résulterait. Les yeux de jade de Sakura brillèrent d'une lueur féroce : peut-être que la jolie tête fatiguée d'Uchiha Itachi finirait écrasée sous une pierre.

Pff. Comment si cette chose pouvait mourir comme ça, bouda son for intérieur.

Parfois, rêver fait du bien, lui rappela Sakura.

Et, alors qu'elle mettait au point le schéma qui contrerait ses chaînes, des images de l'aîné Uchiha en sang flottèrent aux marges de son esprit. Sasuke était peut-être devenu un monstre, mais Sakura l'aiderait avec joie à tuer ce traître.