Bonsoir à tous ! Voici le chapitre hebdo... ma...
Non, d'accord : voici le chapitre tri-mensuel du Choix d'Itachi, et vous pouvez hurler car en plus d'être en retard, il est petit. Les 3000 mots ne sont pas atteints, ce qui forme un net contraste avec les chapitres-fleuves précédents.
Ma seule excuse est la classe préparatoire ; les concours sont dans quelques mois et le rythme s'accélère. Ajoutez George R. R. Martin et Tolkien, vous comprendrez que j'ai relativement peu écrit. Mais si votre famille vous agace, que vos petits-cousins hurlent dans toute la maison et que vous n'avez pas de cadeaux pour tout le monde, dites-vus que vous aurez au moins un rapide chapitre à lire.
Je vais m'arrêter là puisque je ne fais pas illusion ; mes monologues de début ne rendront pas le chapitre plus long.
Réponse aux commentaires :
lustucruxD : merci de ta fidélité ! Ah, les neurones de Sakura sont mis à contribution dans ce chapitre, effectivement - voyons voir ce que tu en penses ;)
Sakura inspira profondément.
Mesure moyenne dans le vaisseau brachial, mesure faible dans le point stomacal, répartition égale sur les Portes oculaires.
Elle retint un rire victorieux quand un éclat bleuté illumina ses poings jusqu'au milieu de ses avant-bras.
Elle avait déchiffré le code !
Bon, d'accord : elle avait presque déchiffré le fichu code. Dès qu'elle essayait d'augmenter son flux de chakra, les perturbations induites par ses chaînes devenaient si importantes qu'elle se retrouvait sans savoir comment à canaliser son énergie dans ses muscles dorsaux. La lumière bleue caractéristique du chakra se retrouvait projetée sur le mur contre lequel elle s'appuyait. Tsunade-shishou se serait écroulée de rire : c'est bien, Sakura, on peut dire que tu surveilles tes arrières !
La Sannin avait toujours eu un humour déplorable.
Peu importe, se secoua la jeune Jounin. Elle était sur la bonne voie.
Sakura fronça les sourcils. Le point stomacal semblait être la clef de la zone des avant-bras : et si elle essayait à la fois d'étendre et de diminuer le chakra qu'elle y projetait ? Les perturbations réagiraient peut-être de manière inversement proportionnelle en autorisant une quantité plus importante de son énergie pour protéger le radius et l'ulna.
Mais quelle dose devrait-elle diriger vers les Portes oculaires pour être sûre qu'en plus de protéger son corps, le chakra renforcerait aussi ses muscles ?...
Quand son ventre gronda à nouveau, Sakura réussit à l'ignorer. Le puzzle auquel elle était confrontée prenait toute son attention ; il lui fallait juste quelques heures de plus pour résoudre des détails, déchiffrer la dernière partie du code et diriger son chakra avec l'extrême précision nécessaire pour obtenir exactement la réaction qu'elle voulait. Les perturbations amplifieraient la moindre erreur et Sakura n'aurait même pas essayé de les contourner sans ses années d'expérience en tant que medic-nin, à recoudre les intestins d'un shinobi tout en évitant de percer la poche de poison collée à son foie. Si elle avait su que cette expérience lui donnerait assez de confiance pour s'échapper d'un repère de l'Akatsuki…
Une goutte de sueur coula le long de sa tempe. Elle serra les dents alors qu'une douleur brutale perçait son estomac, comme si quelqu'un depuis Suna essayait d'invoquer l'intégralité de ses sucs gastriques. Il ne fallait pas y penser – elle pourrait manger une fois à Konoha, libre et loin de la menace du Mangekyô. Pas maintenant. Elle était trop proche pour céder, même si la douleur soudaine dans son ventre rendait les contours de ses pensées flous.
Une étincelle de colère fit briller le vert de ses yeux. Elle était une Jounin de la Feuille, pas une pathétique Genin piégée dans la Forêt de la Mort, et ce n'était pas un manque de nourriture qui l'empêcherait de résoudre cette fichue énigme. Si Ino apprenait qu'elle faiblissait après quatre petits jours de jeûne, c'était une éternité de piques sur son poids qui s'ouvrirait à la blonde Chûnin. Oh, préparez une grande assiette pour Sakura ! Elle a besoin de beaucoup manger, elle fait des malaises sinon… Oui, c'est pour ça qu'elle s'entraîne autant, elle essaie de brûler les calories, vous comprenez… Non, ce n'est pas simple, la pauvre.
Comme si Ino la truie allait s'en tirer aussi facilement, ha !
Quand ses maux de ventre refluèrent, Sakura se pencha pour aspirer le filet d'eau qui coulait dans l'angle entre le mur et le sol. Le liquide avait un goût plus proche de l'urine que de l'eau, mais elle essaya de ne pas y penser. Une fois sa soif un peu apaisée, elle ferma les yeux et commença à invoquer l'image de son réseau chakraïque.
Sa concentration était telle qu'elle faillit manquer le bruit de pas dans le couloir. Elle eut à peine le temps de dissiper tout le chakra qu'elle avait concentré que la porte s'ouvrait sur la haute silhouette d'Uchiha Itachi avant de se refermer aussi vite.
L'homme était fidèle à ce dont elle se souvenait. Sa cape noire semblait aspirer la faible lumière de la torche, les nuages rouges comme des taches de sang frais s'accordant à ses yeux pourpres. Le Sharingan tournoyait sans pitié, avec un rythme implacable et hypnotique, et Sakura se demanda si les longs cernes de l'aîné Uchiha avaient un lien avec ses pupilles trop puissantes.
Etait-il plus pâle que la fois précédente, ou avait-elle perdu l'habitude de cette blancheur maladive ? Sakura évalua discrètement le ninja : sa peau n'était pas aussi livide lors de sa dernière visite. Quelque part en elle, la shinobi sentit monter une joie féroce à la vue de son ennemi affaibli, alors que la médecin ne pouvait contenir son désir primaire de soigner.
Sakura serra les dents. Parfois, être une médic-nin provoquait les instincts les plus étranges et malvenus. Elle voulait le tuer, et de manière douloureuse, merci bien, pas comprendre l'impact du Sharingan sur son endurance oculaire.
Mais quand il parla, sa voix rauque dissimulait mal sa fatigue. Ou c'est un piège, songea Sakura, ou il s'est battu il n'y a pas longtemps.
Konoha avait-elle envoyé une équipe de secours ? Le déserteur avait-il dû les combattre ? Peu probable – même de bons traqueurs mettraient au moins une semaine à la localiser, plus encore s'ils voulaient échapper à la vigilance de l'Akatsuki. Alors quoi ?...
« Quelle est la fréquence des rondes autour de Konoha ? »
Pendant un bref instant, Sakura retint une envie typique des médecins d'assommer professionnellement leurs patients. Il était de toute évidence épuisé, son Dôjutsu devait lui coûter du chakra, elle distinguait des taches de boue sur le bas de sa cape, et il persistait à lui poser des questions comme si de rien n'était ? Si elle rentrait à Konoha, elle irait voir Iruka-sensei et ferait introduire dans le cursus de l'Académie un cours sur l'importance d'obéir au médecin et de se reposer après les missions. La tendance des shinobi à se croire immortels était définitivement agaçante.
Et puis franchement, qu'est-ce qui lui faisait penser qu'elle allait répondre ? Est-ce que le grand Uchiha Itachi imaginait que la quarante-troisième fois qu'il posait cette question serait plus efficace que les quarante-deux autres ? Qu'il aille au diable. Sakura se drapa dans un silence obstiné.
Bien sûr, sa décision aurait été beaucoup plus théâtrale si son ventre n'avait pas choisi cet instant pour gronder avec insistance.
Itachi la fixa avec ce qui ressemblait à de la surprise. La kunoichi sentit le sang lui monter aux jours, prise entre la gêne et l'humiliation : combien elle pouvait détester ces chaînes et ce cachot ! Si elle avait eu le contrôle de son chakra, jamais son corps ne l'aurait trahie ainsi !
Et ce fichu nukenin qui ne faisait pas mine de lui donner à manger ! Il devait avoir compris qu'elle était affamée, pourtant – si ça continuait comme ça, ses intestins allaient tenter de s'autodigérer pour obtenir des nutriments. Mais non, il la regardait comme s'il était étonné. Le grand Uchiha Itachi n'avait jamais vu une femme avoir faim, peut-être ?
Sakura fixa l'homme avec fureur. C'était puéril et peu digne d'une Jounin, mais par les kami, elle était fatiguée ; fatiguée de cet emprisonnement, de ce cachot, de la faim et de cet insupportable criminel. De l'épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête : combien de temps allait-elle vivre, et pourquoi ? Comme médic, comme source d'informations, comme appât ?
Elle aurait juste voulu être de retour à Konoha, avec Naruto, Shishou, ses parents, et même avec cet idiot de Sai. A la maison. La colère dans ses yeux verts céda le pas à une profonde lassitude.
Mais elle était une ninja de Konoha et elle ne pouvait pas faillir devant un adversaire aussi dangereux. Les mèches brunes à la périphérie de sa vision lui rappelaient à chaque instant qu'elle était en mission ; peu importe qu'elle ait été découverte et capturée, ses objectifs ne seraient remplis que lorsqu'elle serait de retour à Konoha. En vie et en un seul morceau, de préférence.
Et elle avait un plan. Elle devait se rappeler du plan. Des schémas dansèrent dans son esprit.
Itachi l'observait toujours sans un mot. Pourtant, quelque chose avait changé dans ses yeux ; leur couleur rouge était toujours aussi sombre, les virgules tournoyaient avec la même lenteur angoissante, mais Sakura sentit que le déserteur n'était pas présent dans ce cachot. A quoi il pensait, elle ne pouvait le deviner : au passé, aux informations qu'il voulait lui soutirer, aux plans qu'il manigançait, sûrement. Face à n'importe qui d'autre, la jeune femme se serait sentie humiliée par ce manque d'attention – elle restait une ennemie surentraînée, même si des chaînes lui entravaient les poignets ! – mais venant d'Uchiha Itachi, cette attitude n'avait rien de condescendant. La différence de force entre eux était trop importante, voilà tout. Même si elle réussissait à ôter ses chaînes et invoquer la reine Limace dans la seconde, il réussirait quand même à la maîtriser. Elle résisterait peut-être cinq minutes, voire dix, à grands renforts d'illusions et d'astuces héritées de Tsunade, puis elle tomberait à court de chakra ou finirait emprisonnée dans un genjutsu – et ce, si l'homme-requin ne se joignait pas au combat. Haruno Sakura était une réaliste, même parmi les ninjas.
Quand Itachi se remit en mouvement, sa prisonnière se tendit. Si elle avait été à sa place, elle aurait profité de la faiblesse physique et psychologique de son captif pour lui soutirer les informations les plus sensibles. L'élève de Tsunade banda sa volonté : l'Akatsuki n'aurait rien d'elle. Naruto ne serait pas en danger.
Elle observa avec méfiance la forme d'un bras bouger sous la cape aux nuages rouges pour se diriger vers la ceinture du nukenin. C'était là qu'il accrochait le bol de riz tiède dont elle s'était nourri jusque-là, mais le soupçon ne la quittait pas. Elle ne savait pas pourquoi Itachi n'avait pas utilisé son Mangekyô ou une forme de torture plus traditionnelle ; mais elle était certaine que si quelque chose devait arriver, ce serait maintenant.
Ce fut bien un bol en bois blanc qu'il sortit de sa cape et vint poser devant elle. Pourtant, malgré sa faim dévorante, Sakura l'ignora.
Elle faillit se pincer. Est-ce que ses yeux la trompaient ?
Il était blessé. Plus que fatigué, plus que las : blessé. Une large entaille courait sur son bras gauche. Il avait dû la rouvrir en lui tendant le riz ; un sang sombre vint lécher les bords de la plaie. Une goutte tomba dans le bol comme un soleil rouge dans un ciel blanc.
Quand il se releva et laissa la cape recouvrir son bras, elle crut le voir vaciller légèrement.
Le grand Uchiha Itachi n'était donc pas invincible. Elle pensa à Naruto, Tsunade-shishou, ses parents, Ino, toutes ces figures dont la Sakura rationnelle de l'Académie avait commencé à faire son deuil. Même le plaisir promis par le riz ne surpassait pas l'euphorie qu'elle ressentait en imaginant Konoha.
Rien n'était fait, bien sûr, mais cette blessure handicapait le shinobi ; il faudrait bien qu'il aille la bander, et ce serait un moment où il serait moins attentif. En dissimulant son chakra, elle avait une chance réelle de fuir. L'Akatsuki ne s'approcherait pas trop de Konoha – dès qu'elle aurait atteint la zone patrouillée par des unités de la Feuille, elle serait en sécurité…
Un hoquet lui échappa. Les chaînes à ses poignets tintèrent alors qu'elle se tendait vers l'avant, incapable de contrôler sa fascination mêlée de répulsion.
Elle le sentait presque physiquement, cette sensation de voile déchirée caractérisée du genjutsu qui vient de tomber.
Son œil – l'œil gauche d'Uchiha Itachi était recouvert d'une pellicule blanchâtre translucide, la pupille noire à peine distinguable.
Sakura eut à peine le temps de se remettre de sa surprise que la vision s'estompait ; le Sharingan revint danser dans l'orbite du shinobi.
Et, avec lui, revint l'imperceptible impression du voile qui retombe.
Sakura se força à respirer. Uchiha Itachi souffrait d'une diminution de ses capacités oculaires. La cataracte, peut-être, ou une trop grande concentration de chakra, ou…
On s'en fiche ! s'égosilla sa Sakura intérieure. L'un des ninjas les plus dangereux que recherchait Konoha dissimulait sous une illusion son trouble visuel. Il fallait qu'elle le révèle à Tsunade !
Mais le nukenin ne la laisserait jamais partir, pas maintenant qu'elle possédait cette information.
Sakura invoqua toute l'intelligence qu'elle possédait. Il fallait penser vite, pendant qu'Uchiha Itachi la regardait d'un œil vitreux, comme choqué par ce qui venait de se passer.
Etait-ce possible ? N'était-ce pas tout simplement un piège ?
Mais pourquoi lui faire croire qu'il avait une faiblesse ? Pour la pousser à essayer de s'échapper ? Cela ne lui servirait à rien, puisqu'elle était déjà à sa disposition. A moins qu'il veuille qu'elle revienne à Konoha et leur donne une information erronée ? Mais là aussi, cela n'avait pas de sens : Tsunade se méfierait. Même si son apprentie lui transmettait la nouvelle, la Kage baserait ses plans sur le principe qu'Uchiha Itachi était toujours un criminel hautement dangereux en possession de deux Sharingan. Mieux valait envoyer trop de shinobi et les voir revenir entiers que perdre bêtement des Jounins parfaitement formés.
Il était possible, réalisa Sakura avec une allégresse inattendue de la part d'une prisonnière enchaînée, que ce soit vrai. On hissait toujours Itachi au rang de demi-dieu, mais il était un homme, donc faillible. Elle avait suffisamment soigné Kakashi-sensei pour savoir que le Sharingan modifiait le réseau chakraïque de son porteur : si la pellicule blanche s'était répandue trop vite, le flux vital du déserteur devait être perturbé.
Assez pour perdre le contrôle d'une illusion ?
C'était possible. C'était crédible. Il y avait une chance décente pour que l'ennemi ait effectivement perdu un œil et subi une perturbation temporelle de son réseau de chakra.
Sakura comprit que si c'était le cas, elle allait peut-être mourir dans les secondes à venir. Dès qu'Itachi se reprendrait de la surprise de voir son jutsu lui échapper, il pourrait essayer de la tuer pour s'assurer qu'elle ne révèle pas son secret.
Sakura sentit son rythme cardiaque s'accélérer. Je vais peut-être mourir, dit-elle à son for intérieur. Mais la Sakura noire et blanche n'apparut pas ; son esprit resta vide, peuplé uniquement de battements de cœur frénétiques. Si elle devait mourir ici, ce serait seule.
Quel que soit son désir d'être brave, la kunoichi ne pouvait détourner son regard du criminel en face d'elle. Les détails du cachot se gravèrent dans sa mémoire : la torche enflammée brûlant contre le mur, la porte de pierre noire tachée de suie, et l'homme au milieu de la pièce, son profil gauche éclairé par les flammes orange, ses yeux rouges la fixant sans la voir. Il était d'une beauté féminine et tragique, avec le sang coulant le long de ses phalanges pour finir sur le sol et les cernes profondes courant jusque sur ses joues. La pensée la frappa comme un poing : elle allait peut-être mourir de la main d'Uchiha Itachi, l'ennemi juré de son premier amour.
Mais la peur viscérale que la kunoichi attendait ne vint pas.
Oh, elle n'était pas rassurée. Son cerveau comptait les secondes avant que le déserteur reprenne ses esprits ; ses intestins vides dansaient la gigue dans son ventre et une boule d'angoisse tenait sa poitrine.
Et pourtant, elle n'était pas aussi horrifiée qu'elle aurait dû l'être. Sa famille, ses amis, la brillante carrière médicale à laquelle elle était promise – tout cela disparaîtrait dans le tintement argenté des chaînes, alors qu'elle se débattrait contre la poigne de fer d'Itachi.
Mais si le nukenin la tuait, ça voudrait dire qu'il perdait vraiment la vue. Sans ses pupilles héréditaires, un homme aussi recherché que l'assassin des Uchiha échapperait difficilement à ses nombreux ennemis. Ce qui signifiait, réalisa-t-elle, le cœur battant, qu'une des plus dangereuses menaces pesant sur Naruto serait éliminée – et que la quête de Sasuke s'achèverait sans danger. Le garçon qu'elle avait aimé pourrait revenir sur le droit chemin, sortir de la folie dans laquelle il s'était enfoncé ; lui et Naruto ensemble pourraient détruire les ennemis de Konoha. Si Uchiha Itachi perdait ses yeux…
Alors Haruno Sakura pourrait mourir en souriant. Peu importe que son cadavre se décompose jusqu'à ce qu'on ne voit plus qu'un squelette aux cheveux teints aux habits de vagabonde, elle partirait en plaçant l'avenir entre les mains de l'Equipe Sept.
Quand le déserteur se mit à bouger, elle accepta avec apaisement le sort qui l'attendait. Un éclair de douleur envahit son esprit de blanc, et tout disparut.
