Ce chapitre est dédicacé aux huit Islandais affichés dans les statistiques. Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Etes-vous des bots ou utilisez-vous un proxy, nul ne le sait, mais ça me fait bien rire.
Après un long débat, moi et moi-même avons décidé de séparer le chapitre 8 en deux pour la simple raison qu'avec la moitié des événements prévus, il faisait déjà 9,000 mots. Aller au bout de mon plan aurait abouti à un chapitre monstre de 15,000 mots que je n'aurais pas eu le courage de relire, et ce serait dommage.
Plus que jamais, assurez-vous d'avoir du temps devant vous avant de vous lancer dans la lecture !
Note : ce chapitre contient une scène suggestive. Je ne me fais aucune illusion sur votre innocence - vous lisez des fanfictions, après tout -, cet avertissement est simplement là pour vous prévenir que je ne sais pas écrire les scènes suggestives.
La rue était pleine de vie, ce soir-là. Shinobi et civils fêtaient le retour du printemps en emplissant les bars et restaurants du quartier. Sakura profitait du bruit et de la lumière déclinante, savourant sa première soirée paisible depuis son évasion. Un homme soûl qui ressemblait à Rock Lee lui offrit une brochette de dangôs qu'elle se vit forcée d'accepter et déchira à belles dents, alors qu'un ninja jonglait avec des balles de couleurs vives devant un parterre d'enfants admiratifs. La bonne humeur générale avait quelque chose de contagieux, même quand on n'avait devant soi qu'une soirée déplaisante et une mission dès la tombée de la nuit.
Sakura avait appris par Ino que Naruto avait été envoyé aider un village victime d'une inondation, comme toujours au moment du redoux. Mars et avril amenaient avec le beau temps une liste déprimante de catastrophes à petite échelle, tempêtes, marées montantes et vents violents, et Naruto se trouvait systématiquement réquisitionné pour aller aider les paysans. Quand on maîtrisait les clones d'Ombre, les travaux physiques devenaient une bagatelle. (Sakura avait trouvé des lettres de clients demandant à ce qu'on leur renvoie le charmant ninja blond l'année suivante, « et s'il veut rester un peu plus longtemps, il n'y a pas de problèmes » : le charme de l'imbécile blond était toujours aussi efficace auprès des petites gens).
Elle aurait voulu le revoir avant de partir chasser l'Uchiha. Dans une mission aussi libre que celle-ci, elle n'avait aucune certitude de revenir au village avant plusieurs semaines. Les paramètres parlaient d'un retour à Konoha le temps qu'Itachi fasse ses préparatifs et rejoigne le repère, mais depuis quand les missions se passaient-elles comme prévu ? Vu sa chance durant le mois précédent, le déserteur pouvait avoir déjà tout prédit et les attendre pour qu'ils partent immédiatement vers le refuge. Si c'était le cas, Sakura pourrait effectivement dire au revoir à son meilleur ami et ses parents pour un moment.
Ce n'était pas juste, certes. La médic refusait pourtant de se plaindre : d'accord, elle allait devoir traiter Uchiha Itachi (le détestait-elle ou avait-elle pitié de lui ? Elle n'était même pas capable de se fixer là-dessus), mais ça voulait aussi dire que ce dernier ne poserait plus de menace pour Naruto. Voilà qui valait bien qu'elle parte en mission avec le sourire, décida-t-elle en poussant la porte d'un petit restaurant un peu en retrait.
Une clochette carillonna quand la kunoichi pénétra dans la pièce principale. Les tables étaient presque toutes prises et l'homme au comptoir lui fit un bref signe de tête avant de continuer à servir les clients. Comme beaucoup d'établissements dans cette rue, l'endroit faisait aussi office de bar, mais il était encore trop tôt pour noyer ses chagrins dans l'alcool. Un serveur élégamment vêtu d'un yukata gris lui demanda si elle avait réservé ; elle déclina son identité et n'eut même pas le temps de tendre son billet que l'homme lui demandait déjà de le suivre. Il la mena à travers les tables jusqu'à une alcôve dissimulée par des murs de papier de riz, où une silhouette apparaissait en ombres chinoises. Sakura le remercia distraitement quand il ouvrit la porte. Agenouillé face à la table se tenait Sai, une main pâle posée sur le bois noir.
« Bonsoir, Mocheté. Comment reconquérir une femme ? dit qu'il faut commander pour celle qu'on invite, mais Etude sociologique de la nouvelle condition du couple conseille de la laisser choisir. Puisque tu corresponds plus au type moderne de la femme citadine indépendante qu'à l'épouse traditionnaliste, j'ai préféré ne pas commander.
- Tu as bien fait, approuva Sakura en ôtant sa veste noire. (Elle lui avait conseillé lors d'une mission trois mois plus tôt d'élargir le panel de ses lectures à des ouvrages plus modernes). Je suis curieuse de voir ce qui est proposé ici.
- Tu n'as pas fait d'effort d'habillement, constata Sai en observant sa tenue.
- Toi non plus, répliqua-t-elle en prenant place face à lui.
Avec n'importe qui d'autre, cet échange aurait été gênant ; avec Sai, c'était aussi naturel que de se serrer la main. D'autant plus qu'il avait raison. Sakura s'était contentée de mettre une veste cintrée offerte par Ino par-dessus son uniforme habituel. Lui-même avait eu la décence de troquer son haut contre un pull près du corps en coton noir qui masquait ses abdominaux. Il commençait à comprendre la notion de décence, ce que Sakura avait eu du mal à lui faire rentrer dans le crâne durant leurs mois de relations (le pauvre garçon n'avait pas été aidé, il est vrai, par le fait qu'elle apprécie activement chaque partie de son corps en privé pour lui enjoindre de le couvrir un peu plus en public : n'appréciait-elle pas son apparence à la lumière du jour ? Si, justement ! protestait Sakura, ce qui achevait de jeter le jeune homme dans un abîme de confusion).
Le menu du restaurant correspondait à son intérieur : des plats classiques mais raffinés, faits avec des ingrédients de qualité. Sakura se décida pour une tourte fourrée aux légumes mijotés dans une sauce au nom inconnue d'elle jusqu'alors ; Sai choisit des nouilles udon accompagnées d'une soupe de printemps. Le serveur apparut comme par magie dès qu'ils eurent partagé à voix haute ce qu'ils désiraient prendre. C'était celui qui avait accompagné Sakura jusqu'à l'alcôve, un homme d'âge moyen à la peau beige et aux yeux bridés. Il boitillait du pied gauche – problème de cheville, diagnostiqua la kunoichi. Quand le panneau coulissa derrière lui, elle l'entendit marcher sur quelques pas avant le bruit ne se perde dans le brouillard feutré des conversations.
- Je ne pourrai pas rester longtemps, commença Sai.
- Moi non plus.
- La mission ?
- Oui.
- Vous ne partez que dans quatre heures.
- Shikaku-san préfère que nous nous rencontrions avant.
- C'est un homme prudent, alors.
Sakura sourit.
- Qu'es-tu en train d'insinuer ?
- Je ne suis pas en train de dire qu'avec ton habitude à l'hystérie, convaincre un suspect dangereux de se rallier à nous sera très difficile et fatigant pour Nara-san, répondit très sérieusement Sai.
Elle l'aurait étranglé avec plaisir, mais il aurait juste déclaré que son hystérie s'aggravait.
Même si elle était très douée en mission diplomatique, qu'on se le dise. Habitude à l'hystérie, et puis quoi encore !
Un éclat de rire passa par-dessus les panneaux en papier de riz. Sakura joua avec l'idée d'allumer le bâton d'encens dans un coin de l'alcôve, avant de se raviser : cela la forcerait à se récurer de fond en comble pour enlever l'odeur caractéristique. Embaumer le parfum n'était pas un moyen efficace pour se faire respecter d'un déserteur de rang S. Elle aurait déjà assez de mal à lui faire oublier qu'il l'avait aisément maintenue en détention pendant plusieurs jours et aurait pu la tuer une douzaine de fois.
- Comment ça se passe, à la Racine ? demanda-t-elle à son compagnon silencieux.
Sai baissa les yeux sur ses mains, songeur.
- C'est une promotion inattendue. J'estime, au vu de mes expériences dans d'autres services, que les membres de la Racine sont plus faciles à diriger que la majorité des shinobi. Cela ne rend pas l'unité dans son ensemble moins complexe. Certains aspects ne pouvaient être perpétués que grâce au secret et devront être abordés, maintenant que Hokage-sama désire être tenue au courant. Il faut aussi prendre en compte les nombreuses entreprises de Danzô-sama. Personne ne les connaît entièrement et on suspecte qu'il a gardé certains rapports dans des caches inconnues, voire qu'il les a détruits.
Le jeune homme expliquait son opinion comme il aurait fait un rapport de mission. Tsunade-sama avait bien fait de le lier à elle en contribuant activement à sa nomination ; il était le meilleur candidat à la tête de la Racine, certes, mais cela ne le rendait pas capable de survivre dans l'arène politique du village. Danzô avait été un politicien subtil, trop sûrement, et aucun successeur au sein de son unité ne pourrait maintenir seul la complexité de l'édifice du maître. Il fallait que la Hokage filtre ce que Sai pouvait dire et à qui. Dans quelques années, le jeune homme serait capable de se débrouiller honorablement – il apprenait vite quand on sortait des rapports humains. En attendant, Tsunade le guiderait et en profiterait pour amener quelques changements parmi les mignons de Danzô, comme il s'y attendait.
- Sais-tu qui tu vas choisir pour l'unité qui surveillera Itachi ?
Tsunade voulait bien faire confiance au faux déserteur, mais elle n'était pas stupide non plus. Un groupe de membres chevronnés de la Racine accompagnerait Sakura au refuge où elle soignerait Itachi, officiellement pour les protéger de tout intrus, officieusement pour s'assurer que l'Uchiha respectait bien les termes du contrat que Konoha allait lui proposer.
- J'ai des idées. Un Chûnin a reçu une formation médicale, il pourra te servir d'assistant.
Sakura hocha la tête. Elle appréciait l'initiative. Un chercheur en médecine pouvait toujours faire emploi d'un assistant, que ce soit pour l'assister dans les prélèvements ou surveiller des expériences.
- Hokage-sama m'a demandé sept personnes. En plus de ce Chûnin, il y aura six Jounins, mais je ne sais pas encore qui seront les trois derniers. Devrais-je privilégier la puissance équilibrée ou la résistance au genjutsu ?
Autrement dit : fallait-il craindre des attaquants extérieurs ou Uchiha Itachi lui-même ?
- La puissance équilibrée, trancha Sakura.
Il faudrait bien qu'il fasse confiance à l'homme, au moins un peu. S'il montrait des signes de rébellion, elle lui insinuerait un poison de sa composition, une petite merveille qui l'assommerait s'il essayait d'utiliser trop de chakra d'un seul coup.
- D'accord.
Ça aussi, Sai allait devoir le modifier : obéir sans discuter n'était une qualité que face à ses supérieurs. Le chef de la Racine n'avait pas beaucoup de supérieurs.
Elle-même avait dû apprendre à diriger quand on l'avait jetée dans un laboratoire médical, avec une dizaine d'assistants et des remèdes à perfectionner. Le temps que Shizune la prenne comme bras droit dans l'unité médic-nin, elle s'était fait les dents et pouvait ordonner avec la certitude d'être obéie. C'était une sensation enivrante, comme un vin un peu âpre dont on n'apprécie la saveur qu'après quelques gorgées, et qui donne envie d'en boire un verre de plus pour mieux l'apprécier. On voulait toujours un verre de plus, avait découvert Sakura, une fois qu'on avait commencé à y prendre goût. Il fallait espérer que la liqueur du pouvoir ne monterait pas à la tête de Sai.
Un petit coup les avertit que leurs plats étaient arrivés. Le même serveur entra et disposa la nourriture commandée sur la table, en plus d'un bol de riz posé entre eux et d'une carafe blanche veinée de noir. Quand il se fut retiré, Sai et Sakura brisèrent leurs baguettes et prirent en même temps une bouchée de riz. Puis la kunoichi saisit une fourchette et un couteau pour entamer sa tourte ; quand elle l'ouvrit, un nuage de vapeur odorante lui monta au visage. Elle inspira profondément et la salive lui vint à la bouche.
- C'est bon, constata-t-elle après une bouchée.
Sai avala une gorgée de soupe.
- Oui.
Ils mangèrent en silence pendant quelques minutes. Sakura profita de cet instant paisible, trop consciente de ce dont Sai allait vouloir parler. La nourriture était vraiment bonne ; il faudrait qu'elle revienne ici. Avec Ino, peut-être, ou bien avec ses parents. Elle gagnait plus que le couple réuni, à présent, entre les missions, le travail à l'hôpital et sa prime de sous-directrice des médic-nins.
Quand le jeune homme reposa ses baguettes, elle se raidit.
- Danzô est mort. J'aimerais que…
Il s'arrêta, perdu, comme s'il réalisait soudain que les formules tirées de ses livres ne l'aideraient pas cette fois, que les auteurs découpaient la vie en catégories numérotées alors que la réalité était une sphère où se côtoyaient une infinité de points. Peut-être avait-il recopié une liste de phrases toutes faites, de son écriture légère d'artiste, sur un papier aussi blanc que sa peau de riz, d'une encre aussi noire que ses yeux de nuit. Et ce papier, s'il existait, devait être dans la doublure de son pantalon noir, ou dans sa poche à kunai noire, ou sous les bandages blancs entourant ses chevilles blanches, ou gravé au fer rouge dans sa mémoire qui avait été noire et blanche, du temps de Danzô, qui s'était timidement colorée pendant son passage dans l'équipe Sept, puis qui avait perdu son arc-en-ciel quand il était redevenu une simple poupée, avec un esprit comme un paysage d'hiver.
Sai était un enfant dans un corps d'adulte, avec un cerveau surentraîné mais les émotions naïves d'un gosse. Il ressemblait à ces surdoués qui arrachaient les ailes des papillons pour comprendre comment ils fonctionnent.
Sauf que Sakura ne voulait pas d'un enfant. Elle avait déjà Naruto pour ça.
Mais Sai la fixait de son regard incertain, une émotion étrange sur son visage d'ordinaire si contrôlé, ses lèvres s'arrondissant autour de mots qu'il ne prononçait pas. Sakura ne put supporter plus longtemps l'honnêteté douloureuse de son ancien amant.
- Ce n'est pas possible, Sai. Je… Je suis désolée.
Désolée de t'avoir laissé admirer la scène seulement pour refermer le rideau. Désolée d'avoir abusé de ta confiance d'enfant, de m'être laissée tromper par ton corps adulte et tes traits si semblables à ceux que j'ai aimés. Désolée d'avoir cru bien faire et de n'avoir pas réussi à me contrôler quand c'est allé trop loin.
Sakura avait grandi entourée par Naruto et Sasuke, dont la volonté soulevait des montagnes. Son second admirateur avait été Rock Lee, le garçon qui avait pulvérisé ses limites physiques. Sa meilleure amie était Ino qui faisait du contrôle de son apparence une religion.
Assez ironiquement pour une médecin, Sakura avait cruellement sous-estimé le pouvoir du corps. Elle avait emmené Sai à des festivals, lui avait présenté des amis, lui avait expliqué les mécanismes psychologiques des relations humaines – mais l'éveil du jeune homme s'était fait par le corps. C'était entre les draps, dans la chambre sombre de Sakura, qu'il avait réalisé à quel point il pouvait ressentir intensément, qu'il avait compris ce que voulait dire intimité. Son corps n'avait été jusqu'alors qu'un instrument à perfectionner qui le faisait souffrir quand il échouait ; cette nuit-là, il était devenu une part de lui capable de submerger sa raison par la douceur et le plaisir. Toutes les relations humaines n'étaient qu'un dégradé de cet acte ultime, en avait-il déduit. (Sakura désapprouvait mais ne disait rien : comparé aux théories qu'il avait lues, celle-ci était relativement sobre).
Et voilà où ils en étaient, dans l'alcôve feutrée d'un restaurant de qualité, au-dessus de plats fumants qu'ils n'osaient plus toucher.
Si le corps les avait amenés là, peut-être les en sortirait-il aussi, songea Sakura. Elle mâcha soigneusement une bouchée de tourte, savourant la pâte croustillante et les multiples saveurs des légumes.
- Tu ne connais que moi, Sai. Il faudrait que tu… ailles voir ailleurs. Que tu découvres autre chose.
- Je connais beaucoup de gens, nota Sai.
- Tu sais très bien de quoi je parle, le rabroua la médic. Tu ne les connais pas comme tu me connais moi.
- Tu veux dire que je n'ai pas eu de relations sexuelles avec eux ?
- Oui. C'est exactement ce que je veux dire. Va voir ailleurs, trouve d'autres gens, grandis !
Elle se rendit compte qu'elle avait haussé le ton en voyant les yeux noirs de Sai se poser sur ses mains – elle les avait serrées sur la table à se blanchir les phalanges. Contrôle du chakra, parfait, contrôle du tempérament, à revoir, médic-chef Haruno.
Si le corps l'avait attaché à elle, peut-être pourrait-il l'en défaire. Au fond, Sakura le savait, elle se montrait lâche. Elle s'était lancée dans une tâche pour laquelle elle n'était pas prête et quand elle l'avait réalisé, elle s'était enfuie. Ce n'était pas ainsi qu'on se comportait envers un ami.
- J'ai essayé.
La jeune femme releva la tête. Essayer ? Il avait…
Ses yeux s'écarquillèrent. Mais quelle idiote – évidemment qu'il avait essayé ! Qu'avait-elle cru, qu'il resterait abstinent pendant des mois ? Elle avait bien vu les regards des femmes sur le corps attrayant de son amant d'alors. Elle-même avait eu une brève relation avec un paysan des environs, protégée par une technique de Transformation ; pourquoi Sai n'en aurait-il pas fait autant ?
- Ce n'était pas pareil, reprit-il. Les autres femmes sont agréables mais elles sont… fades. Je les ai choisies plus belles que toi, bien sûr, mais ça ne suffisait pas.
Devait-elle se sentir flattée ou insultée ?
- Elles étaient gentilles. Il y en avait qui étaient très intelligentes, et même certaines qui étaient fortes, mais aucune n'était vraiment comme toi.
Combien d'amantes avait-il eu exactement ? se demanda brièvement Sakura.
- Personne ne sera jamais comme moi, lui dit-elle. Personne ne sera jamais comme aucune d'elles non plus. Nous sommes tous différents. Tu t'es habitué à moi, c'est tout.
Sai reprit quelques nouilles entre ses baguettes.
- Non, je ne crois pas que ce soit ça.
Il avala sa bouchée. Sakura réalisa qu'elle voulait partir, fuir ce regard et ce qu'il lui demandait. Elle avait envie d'un combat en terrain dégagé. Elle voulait frapper, déchiqueter, laisser des cratères derrière elle et sentir l'adrénaline de la bataille lui fouetter les veines. Elle voulait rire en constatant qu'elle avait atteint un adversaire particulièrement vicieux et sentir le vent dans ses cheveux alors qu'elle courait. Elle voulait se battre, tout simplement. La vie était si facile quand elle se résumait à abattre un ennemi. Peut-être que les membres de la Racine avaient raison : les relations humaines étaient tellement plus compliquées.
Sai faisait partie du jeu, maintenant. Il dansait comme tout le monde sur l'échiquier social et était sur le point de perdre sa première pièce.
- S'il te plaît, Sakura, reviens. Ça s'est bien passé pendant des mois. Nous pouvons continuer comme ça. Personne n'a besoin de savoir.
Une part d'elle avait envie de dire oui. C'était aberrant, mais Sai avait raison : ils s'étaient bien entendu durant une moitié d'année. Elle ne pouvait nier qu'elle aimait l'idée de rentrer de mission pour retrouver quelqu'un qui l'attendait, mais…
Pas Sai. Surtout quand, lorsqu'il sortait de l'ombre, elle croyait voir Sasuke revenir et sentait son cœur manquer un battement.
- Non, décida-t-elle. Pardon, Sai, mais ce n'est pas possible.
L'expression du garçon redevint indéchiffrable. Sakura savait qu'elle le faisait souffrir par cette décision, mais elle ne pouvait faire autrement. On ne se lançait pas dans une relation pour ne pas faire souffrir l'autre. Les ninjas n'avaient pas le temps pour ce genre de mensonges, surtout à l'approche d'une guerre.
Ils mangèrent en silence jusqu'à ce que leurs bols et assiettes soient vides. Le plat de riz était encore à moitié plein. Quand le serveur revint, chacun sortit le billet qui payait son repas – ceux que Sai avait offerts à Sakura avant qu'elle parte pour cette mission. Les nouveaux restaurants offraient parfois des repas aux habitués de leurs concurrents ; c'était une façon comme une autre de se constituer une clientèle, supposait Sakura.
Quand ils sortirent, le ciel s'était considérablement assombri et la lune ronde brillait comme un néon. Ils décidèrent tacitement de passer par les petites rues. Ils arrivèrent bientôt dans les quartiers résidentiels où on pouvait aisément marcher de front ; Sakura constata qu'ils se dirigeaient naturellement vers l'Ouest, là où se trouvait son appartement. Quelques minutes leur suffirent pour parvenir devant son immeuble. Un couple s'embrassait sous un lampadaire, les mains de la fille se glissant subrepticement dans le pantalon de son compagnon. La kunoichi se sentit rougir, soudain très consciente de la présence de Sai à ses côtés. Quand elle se tourna vers le shinobi, il regardait les deux amants avec une expression qu'elle n'aurait su décrire. Elle lui attrapa le poignet en sifflant quelques choses sur le manque de décence de certains et pénétra dans le bâtiment. Le hall n'était pas éclairé mais la lumière de la lune presque pleine pénétrait par les fenêtres et illuminait le bois.
Comme tout bon village caché, Konoha maintenait ses immeubles aussi près du sol que possible : celui-ci ne comptait que trois étages. En cas d'attaque, on ne voulait pas que les gravats puissent bloquer entièrement les rues. Ils n'eurent que deux escaliers à monter avant de se retrouver devant la porte verte de Sakura, rendue grise par le manque de lumière.
La kunoichi se tourna vers son ancien équipier. La nuit lui va bien, se dit-elle. Quand il abandonnait son sourire ridicule, Sai ressemblait beaucoup à Sasuke. Sa peau était plus claire, ses yeux plus noirs et sa face plus maigre, mais il avait le même nez droit et fin, les pommettes juste un peu trop hautes et, surtout, l'expression neutre des shinobi qui se savent assez puissants pour vivre sans avoir peur.
Pourquoi se sentait-elle si attirée par ce type de personnes ? Elle aurait été plus tranquille en aimant les gens qui brillaient comme des soleils, ceux qui attrapaient la vie comme un fruit tout juste mûr et laissait le jus leur dégouliner sur le menton. C'était Hinata qui avait eu raison depuis le début.
Quand Sai s'approcha, glissa une main sur sa hanche et ancra ses yeux dans les siens, elle eut une brève pensée pour Naruto et ses cheveux blonds. Puis des lèvres pâles se posèrent sur les siennes dans un geste mille fois répété et elle oublia son frère de cœur.
Son cœur s'emballa immédiatement. Elle avait connu un autre homme depuis son amant shinobi, ce petit paysan rencontré lors d'une mission, mais ce n'était pas comparable. Sai la connaissait. Bon sang, c'était elle qui l'avait initié aux relations sexuelles. Il savait l'embrasser comme elle l'aimait, par de brèves pressions de lèvres qui s'approfondissaient jusqu'à ce qu'elle halète et l'attire à elle avec violence ; il posa une main discrète sur sa hanche puis, quand elle s'y attendait le moins, glissa ses doigts sous son haut et effleura la peau délicate de son dos. Sakura sentit la chair de poule courir le long de sa colonne vertébrale et enfonça ses ongles dans la nuque du garçon. Dans le silence du couloir, leurs souffles étaient comme un îlot de bruit, et ils se noyaient ensemble.
Par les kamis, elle avait oublié combien c'était bon. Quand Sai remonta lentement sa main et releva le haut de Sakura, celle-ci se pressa agressivement contre lui et l'embrassa jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous deux à bout de souffle. Sai en profita pour la pousser contre le mur et déplacer ses doigts baladeurs sur l'avant, chatouillant le sein gauche de la kunoichi qui retint un gémissement. Quand il plongea la tête dans son cou pour mordiller la peau sensible à la jointure de l'épaule, elle n'y tint plus : rejetant la tête en arrière, elle poussa une plainte rauque et remonta son genou contre la cuisse de Sai.
La pensée la frappa comme un poing, venue des profondeurs de son cerveau primaie. Sois là, présent tout entier, sois à moi et ne me laisse jamais !
Ses yeux verts s'écarquillèrent ; les baisers qui la rendaient fiévreuses une seconde plus tôt lui donnèrent soudain la nausée. La main sur son sein devint une tromperie insupportable : ils ne pouvaient pas continuer. Elle ne pouvait pas trahir Sai ainsi.
Sakura repoussa brutalement son amant.
Elle lut dans ses yeux l'incompréhension et, oui, la blessure du rejet, encore. Son cœur de médic et d'amie se fendit devant une telle vision. Malgré ses années en tant que kunoichi, Sakura n'aimait pas la souffrance, surtout dans le regard d'un ami.
« Ce n'est pas possible, Sai. Je te l'ai déjà dit, on ne peut pas continuer.
- Danzô n'est plus là, pourtant.
En effet. Mais comment lui dire que Danzô n'avait eu qu'une part secondaire dans leur séparation ?
- Je ne peux pas te faire ça. Toi et moi, ce n'est pas… on ne s'apporte plus rien, juste du sexe. Je veux être amie avec toi. Pas ça.
- C'est Sasuke ?
Pourquoi ce fichu asocial devait-il se montrer aussi perspicace ? Mais pourtant, réalisa Sakura, ce n'était pas que ça. Ce n'était plus que ça.
- Pas entièrement, révéla-t-elle. C'est surtout nous. Il te faut quelqu'un d'autre, et il me faut quelqu'un d'autre aussi. Soyons amis, Sai, comme avec Naruto.
- Naruto est toujours amoureux de toi.
La voix de Sakura se brisa légèrement quand elle admit :
- Je sais. Mais qu'est-ce que je peux y faire ? Je vais partir pour une mission à durée indéterminée, il faut que… qu'il en profite.
Elle prit une profonde inspiration. Des relents d'excitation partaient de son bas-ventre, face à la ligne de peau blanche entre le pantalon de Sai et son pull qu'elle avait relevé sans s'en rendre compte, dans la précipitation du moment.
- Aide-le à trouver quelqu'un d'autre, s'il te plaît. Peut-être Hinata ? Elle l'a toujours adoré, ce serait une bonne chose s'il le voyait enfin…
- Non.
- Non ?
- Les symptômes de Hyûga Hinata sont ceux d'une adoratrice face à une icône. Elle exhibe une profonde timidité, une révérence marquée et l'absence de désir de remettre en question toute parole de la figure qu'elle admire. Les livres expliquent que ce sont des signes de dévotion, pas d'amour.
Il y avait une chose qu'on pourrait dire de la future compagne de Sai : elle ne s'ennuierait jamais avec un phénomène pareil dans les pattes. Sakura cligna des yeux une fois, deux fois, vérifia l'air parfaitement sérieux de Sai et fit taire la partie de son cerveau qui admettait que, par tous les kamis, c'était une théorie parfaitement sensée. Par les fenêtres à sa gauche, elle vit que le ciel bleu sombre avait viré au noir.
- Tu… Non, ne répète pas, je vais être en retard pour la rencontre avec Shikaku-san. Pas Hinata si tu veux, mais trouve-lui quelqu'un. Et trouve-toi quelqu'un aussi, Sai, tu le mérites.
- Je le ferai, puisque tu le conseilles.
- Non, pas puisque je le conseille, parce que tu en as besoin, tu comprends ?
Elle allait être en retard et elle avait encore plusieurs choses à vérifier, mais il fallait faire rentrer ça dans le crâne de l'ANBU.
- Mais tu le conseilles parce que j'en ai besoin, n'est-ce pas ? interrogea un Sai un peu perdu.
Sakura renonça.
- Oui, c'est vrai. En tout cas, fais-le. Il faut vraiment que j'y aille, Sai – merci pour le repas, c'était très bon. Merci pour… pour tout.
- A toi aussi. Merci pour tout.
Leurs regards se croisèrent.
- Et bonne chance avec Uchiha-san, conclut-il avant de repartir vers les marches d'escalier. »
Ce ne fut qu'une fois seule au milieu du couloir que Sakura remarqua qu'il avait dit « bonne chance », et non pas « courage ». Il avait eu raison. Face à Uchiha Itachi, la chance aurait en effet plus d'importance que le simple, stupide courage.
Pardon, Naruto, mais tout le monde ne peut pas être comme toi.
Le seul miracle de Sakura était de ne pas être morte durant ses années de Genin, faible, vaniteuse et égoïste. Elle doutait qu'Uchiha Itachi soit sensible à l'exploit.
Cette mission va être une plaie, songea-t-elle en ouvrant sa porte.
Assis sur un banc, Shikaku attendait.
La muraille dans son dos projetait une ombre noire. En Nara qu'il était, le Jounin appréciait pleinement cette pénombre qui les dissimulaient, lui et son uniforme sombre ; il avait grandi au contact de l'obscurité et des secrets des Trois Clans et n'appréciait rien tant que ces endroits d'où il pouvait voir sans être vu. Ce lieu-ci était idéal : il pouvait voir la Porte de l'Ouest et la rue dégagée qui y menait, tout en restant si profondément enfoncé dans l'ombre que nul n'aurait pu le distinguer sans savoir qu'il était là. Or une seule personne le savait, ce soir, et elle n'était pas encore arrivée.
Elle n'était pas en retard, bien sûr. Haruno Sakura n'était tout simplement pas en retard – cela faisait partie des faits que Shikaku avait intégrés quand la jeune femme était passée Jounin. Uzumaki Naruto pouvait transformer l'équilibre politique d'une région à lui seul, Hyûga Neji travaillait mieux avec les femmes, Inuzuka Hana fonctionnait particulièrement bien en position de chef d'équipe avec un Aburame pour second ; c'était le genre de choses que le responsable des Jounins se devait de savoir. Non, Haruno n'était pas aveugle, Shikaku avait simplement voulu arriver en avance. Il était là depuis plus d'un quart d'heure, au jugé, et se demandait quelle heure il pouvait être.
Il avait bien une montre, une antiquité mécanique pour laquelle il avait une affection irrationnelle, mais elle était dans la poche de son pantalon et s'il voulait lire l'heure, il lui faudrait se pencher, la saisir, trouver son briquet et l'allumer pour faire un peu de lumière. Beaucoup d'efforts pour rien puisque Haruno Sakura n'était jamais en retard. Il serait donc onze heures vingt-deux quand elle arriverait, décida Shikaku, et il aurait perpétué la tradition Nara de l'effort minimal.
Ensuite, eh bien, il cesserait d'être un Nara pour devenir un Konoha-nin en mission secrète.
Et quelle mission. Shikaku savait parfaitement que le massacre Uchiha avait des dessous cachés ; n'importe qui doté d'une demi-cervelle aurait deviné que c'était trop pratique, ce clan aux nombreux ennemis annihilé par l'un des siens (ce qui le faisait s'interroger sur la quantité de neurones de certains de ses camarades – il avait entendu des Jounins soutenir dur comme fer qu'Uchiha avait simplement craqué). Mais la vérité qui lui été révélée n'était pas celle qu'il aurait favorisée s'il avait dû parier.
Il y avait d'abord ce coup d'Etat Uchiha, dûment documenté grâce aux rapports de réunion que Danzô avait conservés : les Uchiha y planifiaient leur prise de pouvoir dans le détail. Shikaku n'avait jamais été un admirateur fervent du clan au Sharingan mais il leur avait attribué jusque-là un peu de bon sens. Un coup d'Etat, vraiment ? A quel point s'étaient-ils isolés pour imaginer que Konoha accepterait un coup d'Etat ? A Kumo, à Kiri, oui : la mentalité là-bas était que celui qui réussissait à s'approprier le trône du Kage était assez puissant pour représenter le village. Konoha faisait les choses différemment. L'équilibre entre les clans était une caractéristique de la Feuille ; le rompre par la force, ce n'était rien de moins qu'un appel à la guerre civile. Croyaient-ils donc qu'ils pourraient subjuguer les shinobi par des promesses de pouvoir et les civils par leur prétendu lien avec le Sage des Six Chemins ? Tous les possesseurs de dôjutsu revendiquaient le Sage pour ancêtre – les Hyûga aussi pouvaient jouer de cette carte-là. Leurs yeux pouvaient bien voir l'avenir, ils avaient été tristement aveugles.
Shikaku avait soigneusement rangé dans un coin de son esprit les pistes qu'il devrait explorer dès qu'il aurait le temps : le pouvoir réel de Danzô, les liens que les Uchiha avaient dû nouer pour mettre en place leur traîtrise… Il y avait matière à réflexion. Dommage qu'il ne puisse mettre son héritier dans la confidence – Tsunade lui avait formellement interdit d'avertir Shikamaru. Aussi prometteuse soit la jeune génération, les situations aussi sensibles nécessitaient l'expérience de leurs aînés, avait-elle affirmé. (Shikaku aurait pu hausser les sourcils en évoquant la présence de Sakura, pas exactement une aînée, mais il n'en avait rien fait : l'héritière spirituelle d'une Sannin et Hokage avait plus de privilèges que le fils d'un chef de clan, tel était l'ordre du monde. Et puis Tsunade n'aimait pas qu'on pointe du doigt ses incohérences, or une Tsunade agacée tenait plus de la bombe à retardement que de l'adulte mature. Shikaku avait élevé au cours de son mariage l'évitement du conflit au rang d'art).
Il réorganisait mentalement les arguments qui pourraient toucher Itachi quand une tache gris rose attira son attention. L'éclairage nocturne à Konoha était aussi diminué que possible, mais la lumière de la lune suffisait à dévoiler la chevelure rose de Sakura. La jeune femme scruta des yeux l'obscurité et s'avança dans la nappe d'ombre ; elle portait l'uniforme des Jounins du village, un choix que Tsunade lui avait suggéré à la demande de Shikaku. Le stratège comptait invoquer la corde de la loyauté au village, et l'argument aurait plus de poids venant de deux professionnels habillés comme tels.
L'apparence, encore un point qu'il devait faire rentrer dans la tête de Shikamaru : son paresseux héritier méprisait un peu trop l'importance de l'aspect.
Il distingua avec satisfaction le diamant sur le front de la médic. Sakura avait travaillé dur pour maîtriser la technique de son maître ; il ignorait quelle quantité de chakra elle avait emmagasinée dans ce simple losange bleu, mais le symbole ferait son effet. Il ferait d'elle la digne héritière de Tsunade dans l'esprit d'Itachi, un avantage dont ils auraient besoin pour convaincre l'Uchiha que cette simple jeune femme, qu'il avait détenue avec tant de facilité, pourrait effectivement le soigner. Tout était bon à prendre dans leur situation.
« Nara-san, le salua Sakura. Je suis honorée de travailler avec vous.
Ah, les formules rituelles de politesse. Ils étaient déjà partis en mission ensemble, mais jamais en duo – Shikaku allouait rarement Sakura à lui-même ou un autre Nara : cela faisait trop de cerveau pour une seule équipe. Mais à la réflexion, il aurait dû la mettre avec Shikamaru plus souvent : peut-être aurait-elle enseigné à son rustre surdoué d'héritier les bases de la politesse.
- Je le suis aussi, répondit-il en hochant la tête. Assieds-toi, j'aimerais qu'on revoie nos stratégies.
La kunoichi obéit docilement. Elle avait sanglé un petit paquetage sur son dos qu'elle posa un peu à l'aveugle sur le banc, handicapée par l'obscurité profonde. Leur conversation permettrait à ses yeux de s'habituer à la nuit ; le temps qu'ils partent, elle aurait recouvré une partie de sa vue. C'était aussi pour ça que Shikaku avait choisi l'ombre de la muraille comme lieu de rencontre. Un bon ninja ne perdait jamais d'occasion de gagner du temps.
- Je suis allé en mission six fois avec Itachi, débuta-t-il en tournant son visage buriné vers Sakura. Quatre fois dans le cadre de l'ANBU. Il était très grave pour son âge, pas très cruel comparé à la moyenne des petits génies. Retors durant les combats – on a eu des cas où les ennemis se sont rendus en livrant toutes les informations avant même qu'on les touche – mais je ne l'ai jamais vu faire preuve de cruauté gratuite.
Il marqua une pause, réalisa qu'il s'était adossé au mur et avait levé la tête vers les étoiles pendant qu'il parlait.
- Il y avait quelque chose de perturbant chez lui, bien sûr. C'était un Uchiha et un génie, après tout. Kakashi était du même bois. Même maintenant, quand il s'investit vraiment dans quelque chose, il peut faire peur.
Il entendit un bruit d'approbation à sa gauche. Haruno avait eu le Ninja Copieur comme sensei, après tout, même si il s'était laissé dire que les deux n'avaient plus beaucoup de contacts aujourd'hui. Voilà qui ne le surprenait pas.
Le célibataire sans liens humains, accro au porno, survivait alors que le père, le mari aimant, l'ami et le sensei mourraient tous ensemble dans la personne d'Asuma. La vie était cruelle, vraiment, songea Shikaku en regardant les étoiles briller d'une lueur froide. Ce n'était pas qu'il souhaitait la mort de Kakashi – l'homme avait ses bons côtés et représentait un atout considérable pour le village. Mais si on lui proposait de sacrifier Kakashi pour ramener Asuma, il n'hésiterait pas une seconde : Asuma ferait naître une joie bien supérieure à la tristesse que provoquerait la perte de l'autre ninja.
C'était la loi des mathématiques, voilà tout.
- Sous mon commandement, Itachi a toujours été un excellent élément. Il se montrait très obéissant, et ce n'est pas toujours le cas chez ceux qui se savent brillants.
Comme lui-même et une bonne partie des Nara. Voilà ce qui arrivait quand on louait trop les gosses sur leur intelligence. Son fils à lui n'avait pas été dorloté dès le berceau et résultat, il avait su obéir quand il le fallait : là-dessus, Shikaku pouvait être content de lui.
- Il y avait des moments où on se rappelait que ce n'était qu'un jeune adolescent. Quand il devait tuer, il était toujours très froid, trop, même. D'après ce que j'ai pu en voir, c'était de la comédie : la vérité, c'est que la mort ne le blasait pas. Je sais bien ce qu'on vous dit, que s'habituer à la mort, c'est mauvais. Il y a du vrai : quand on tue trop facilement, ce n'est pas bon signe. Mais la mort est une routine chez nous et qu'on le veuille ou non, le vingtième meurtre est forcément plus simple que le deuxième.
Il observa la fille du coin de l'œil. Elle regardait au loin d'un œil vitreux. Elle comprend, se dit Shikaku, les deux cicatrices sur le côté de son visage le démangeant soudain. Il les ignora et poursuivit :
- Itachi ne s'est jamais habitué à tuer, je pense. Son vingtième meurtre était probablement aussi dur pour lui que le deuxième ou le trentième. Il est admirable qu'il n'ait craqué.
L'étoile du Berger l'éblouissait.
- Ou bien il a craqué et personne ne l'a vu. C'est ce que tout le monde a pensé après le massacre Uchiha ; la théorie du shinobi seul massacrant un clan sur un coup de tête n'a pas fait l'unanimité…
… chez les gens intelligents, continua-t-il mentalement…
- … mais il était indéniable qu'il y avait eu une part. Laisser en vie son petit frère était aussi un élément révélateur : ou il était un sadique pur, ce qui correspond mal au personnage, ou il avait un autre motif. C'est tout ce que je peux dire de lui avec assez de certitude. On peut émettre l'hypothèse qu'il n'a pas trop changé au fond puisqu'il a continué à espionner l'Akatsuki et à faire des rapports à Danzô. Qu'il choisisse de te révéler son problème oculaire est aussi encourageant. Dans le cadre de cette mission, je pense qu'on devrait jouer sur sa loyauté à Konoha et insister autant que possible sur ton talent de médic. Il faut lui faire comprendre que le village et son frère ont besoin de lui et surtout, lui laisser imaginer ce qui pourrait se passer s'il mourait. Itachi est un obsédé du contrôle, il n'aurait pas pu survivre autrement en jouant double jeu dans l'Akatsuki – il faut employer ça pour le forcer à envisager l'avenir s'il guérissait. Une fois que ce sera fait, il commencera à avoir envie d'être convaincu et on n'aura plus qu'à le pousser dans ses retranchements.
Sakura ne disait rien. Elle devait être parvenue aux mêmes conclusions.
- Comment s'assurer qu'il me considérera comme une médic crédible ? demanda-t-elle enfin. J'ai l'âge de son petit frère.
- Tu connais la réponse à celle-là.
Pourquoi aurait-elle révélé le diamant sur son front, sinon ?
- Shishou, admit la jeune femme. Mes cheveux ont assez poussé pour que je puisse les attacher, ça devrait augmenter la ressemblance qu'il peut y avoir entre nous. Mais je ne pense pas que ce sera assez.
Non, effectivement. Il ne suffirait pas de laisser Sakura montrer son diamant et s'attacher les cheveux comme son maître pour qu'Itachi accepte de considérer l'apprentie la moins connue de Tsunade comme une médic de génie. Il fallait ajouter d'autres indices, assez subtils pour qu'Itachi ne les remette pas en question, mais suffisamment importants pour changer sa vision de Haruno. Shikaku avait prévu ça aussi ; la fille n'aimerait pas, mais elle obéirait.
La lune avait obliqué vers le Nord depuis le début de leur conversation, et l'ombre de la muraille diminuait : il leur faudrait bientôt se mettre en route.
- Itachi t'a détenue, dit-il. Hokage-sama m'a expliqué que tu t'es évadée grâce à une technique requérant un contrôle particulier du chakra. C'est ça ?
- Oui.
- Elle a aussi dit que tu as fait exprès de paraître plus faible pour t'évader plus facilement.
- En effet, confirma Sakura comme si elle se demandait où il voulait en venir.
- Itachi n'a sans doute pas été dupe. Tu t'es battue avant qu'ils te capturent, donc il se doute bien que tu n'es pas une Genin inoffensive. Mais tu n'as fait que fuir. Tu n'as jamais réellement combattu face à eux, pas vrai ?
La kunoichi fronça les sourcils. S'était-elle déjà battue face à Hoshigaki et Uchiha ? Non, Shikaku le savait bien. De là venait la faille qu'il comptait exploiter : Itachi connaissait-il vraiment la valeur de la jeune femme au combat ?
En d'autres termes, comment l'avait-il évaluée – comme une combattante, ou comme autre chose ?
L'illumination naquit dans les yeux verts de Sakura. Elle avait saisi vite ; Shikaku apprécia.
- Il ne m'a jamais vu me battre vraiment, non, commença lentement la kunoichi. Je suis Jounin, il le sait, mais je n'ai jamais fait que lui montrer mon contrôle du chakra. Cependant, l'Akatsuki a sûrement des informations sur moi… Ah ! Elles viennent de mes missions diplomatiques, c'est ça ? Et Shishou préfère que je cache mon travail de shinobi pour insister sur ce que je fais à l'hôpital. Danzô ne lui a pas transmis d'informations sur Konoha, j'imagine, il était beaucoup trop méfiant. Donc tout ce qu'Itachi sait de moi, c'est par le biais de l'Akatsuki. On peut estimer qu'il connaît mon cursus de medic-nin et qu'il sait que je suis Jounin – s'il imagine que je combats mal, alors il doit se dire que…
Elle ferma les yeux et poursuivit.
- … que j'ai obtenu le rang de Jounin malgré mes faiblesses sur le terrain. Donc qu'elles sont compensées par autre chose, c'est-à-dire un talent de médic exceptionnel.
Shikaku confirma d'un hochement de tête.
- C'est un bon plan, admit Sakura. Uchiha Itachi est assez intelligent pour faire ce raisonnement.
Shikaku ne manqua pas de remarquer que malgré ses mots d'approbation, les poings de la jeune femme s'étaient serrés. Il comprenait pourquoi : les ninjas talentueux n'aimaient pas faire semblant d'être faibles, surtout ça avait été vrai un jour. Mais si Haruno Sakura doutait encore d'elle-même et de ses fulgurants progrès, c'était un problème qu'elle devait régler seule ; le plan était le meilleur et rien d'autre ne comptait.
Ils parlèrent encore un peu, revenant sur des points qu'ils avaient déjà étudiés quand Tsunade les avait réunis pour leur donner leur ordre de mission. Comment approcher le repère où Sakura avait été détenue, que faire si, contre tout bon sens, Itachi l'avait déserté (ce qu'ils jugeaient peu probable : l'homme devait se douter que Danzô ou un autre commanditaire voudrait le contacter), comment gérer le problème de l'Akatsuki, car les organisations criminelles élitistes appréciaient rarement de voir un membre s'évanouir dans la nature…
Tout un programme, songea Shikaku. Ils avaient intérêt à convaincre Itachi : sans la coopération pleine et entière du déserteur, l'extirper des griffes de la Lune Rouge serait impossible, dussent tous les cerveaux du village y travailler ensemble. Autant dire qu'avec six personnes au courant dans tout Konoha, ils auraient sérieusement besoin que l'Uchiha se range de leur côté.
Réalise-t-elle l'importance de son rôle ? s'interrogea-t-il en regardant Sakura sangler son sac. Si Itachi ne laissait pas une chance à la jeune médic, il était peu probable qu'il accepte de venir avec eux. L'homme avait ses propres plans soigneusement préparés, ses réseaux à gérer, l'Akatsuki à surveiller… Accepterait-il de bouleverser tout ça pour les suivre ? Il était resté formidablement loyal au village durant toutes ces années, mais il en avait aussi été indépendant. Danzô ne lui donnait pas d'ordres, juste des indications ; Utatane Koharu et Mitokado Homura, les deux conseillers et commanditaires du massacre Uchiha, n'interagissaient quasiment pas avec lui. Itachi avait survécu depuis sa désertion en comptant sur ses capacités. Il devait forcément avoir conscience de son génie ; s'il considérait que rester dans l'Akatsuki serait plus profitable à Konoha qu'obéir aux ordres de Tsunade, il ne les suivrait pas. Et c'était sans compter l'épineuse question du petit frère.
Quelle était la place de l'orgueilleux gamin là-dedans ? Konoha ne possédait pas Sasuke et très franchement, du point de vue de Shikaku, le monde se porterait mieux si un kunai se perdait entre les deux yeux du déserteur. Mais Naruto était un ardent défenseur de son ami d'enfance, aussi cette option était-elle pour l'instant close. Y avait-il moyen de marchander avec Itachi une amnistie complète si son frère se présentait aux portes du village ? En l'état actuel des choses, si Sasuke revenait soudainement, il serait détenu, interrogé, son sperme prélevé pour maintenir la lignée Uchiha ; il aurait de la chance de pouvoir sortir du village sans tuteur avant les deux ou trois prochaines années. Une fois qu'on aurait trouvé une femme volontaire pour porter un futur Uchiha, le père deviendrait du matériel jetable. Fini, le traitement de faveur auquel le garçon avait toujours eu droit : s'il finissait par devenir une gêne pour Konoha, on ne manquerait pas de volontaires pour régler le problème. Si puissant que soit devenu Sasuke, aucun ninja ne gardait sa garde levée en permanence, surtout au sein de son propre village.
Tout cela, Itachi devait l'avoir compris. Le déserteur savait forcément ce que son frère avait fait au clan Heshiboka : sinon, comment Kisame et lui auraient-ils su qu'un Konoha-nin traverserait la frontière à cet endroit-là, dans un segment de temps précis ? On pouvait compter sur les organisations criminelles pour avoir de bons informateurs, et on pouvait compter sur Itachi pour garder un œil ou les deux sur son frère. N'importe qui comprendrait que Sasuke, en commettant un massacre aussi similaire à celui qui avait traumatisé Konoha, venait de se lancer un shuriken dans le pied s'il voulait un jour revenir parmi ses anciens compagnons d'armes.
Mais Itachi pouvait encore sauver son frère. Il avait l'occasion d'aider Sasuke une nouvelle fois en lui garantissant une vie normale, une fois que la guerre serait venue et passée. Quel grand frère refuserait de se sacrifier pour son petit frère ? Pas Uchiha Itachi.
C'était du chantage, bien entendu. Shikaku se doutait qu'un déserteur aussi puissant qu'Itachi n'était pas exactement un homme aisé à menacer, aussi ne comptait-il utiliser cette méthode qu'en dernier recours. Il espérait ne pas en venir là, mais un ninja devait toujours avoir un plan de rechange.
- Je suis prête, Nara-san, dit Sakura en se levant.
La lune avait presque franchi le mur. La moitié du visage de Sakura était prise dans l'ombre ; l'autre était éclairée d'une lueur blafarde qui donnait à ses traits pâles un air fantomatique. Elle ressemblait à cette déesse du pays des Neiges, mi-femme, mi-cadavre, qui régnait sur les Lieux Sombres ; pas une vision des plus attrayantes. Non, Haruno était plus jolie sous le soleil – c'était une fille de jour, de lumière et de printemps. Pas étonnant que Tsunade l'envoie aussi souvent en mission diplomatique. Avec un minois aussi innocent et des couleurs aussi pâles et féminines, elle devait jouer à merveille le rôle de l'ambassadrice pacifique et inoffensive. Shikaku fit mentalement le décompte du nombre de fois où la deuxième apprentie était partie assassiner un dignitaire sous couvert de voyage diplomatique ; quand il arriva à dix, il se promit d'en toucher un mot à Tsunade. Si Haruno devait être le bras droit de Naruto, mieux valait lui laisser un peu de santé mentale : l'excès d'assassinats de sang-froid pouvait avoir un effet négatif sur l'équilibre psychologique, c'était connu.
- On y va, dit-il en accrochant ses pieds à la muraille.
La fille l'imita. La pierre reconnut leurs chakra, les laissant quitter le village sans lancer l'alerte ; arriver au sommet fut un jeu d'enfant, se glisser dans l'ombre des arbres une promenade de santé. Shikaku prit naturellement les devants, ses yeux plus habitués à l'obscurité. Il entendit Sakura caler son rythme sur le sien alors qu'il bondissait dans les branches.
Et ils coururent. Dans un silence rarement entrecoupé de brèves remarques, ils coururent ; Shikaku connaissant le chemin emprunté par Sakura à l'aller, leurs seules paroles étaient des suggestions d'angles d'approche pour la conversation avec Itachi. Ils préféraient cependant garder leur souffle pour la course : la frontière était loin et ils n'avaient que vingt-quatre heures pour parvenir là où la kunoichi avait été détenue.
Sakura savait qu'elle pourrait retrouver le lieu en plein jour. Même en fuyant une prison avec la conviction qu'ils mourraient si on les rattrapait, les shinobi restaient des shinobi : elle avait noté la direction générale du lieu et la répartition de la végétation. Dans le cas où Itachi tenterait de les prendre dans ses illusions, Shikaku le saurait – l'homme était connu pour son acuité visuelle. Cela ne l'empêchait pas de s'interroger : réussirait-elle aussi facilement à se localiser en pleine nuit ? Joindre Itachi de jour aurait été stupide, bien sûr ; Hoshigaki serait levé et ne manquerait pas de se demander ce que fichaient deux Konoha-nin dans les environs. Non, Itachi les attendrait plutôt la nuit (s'il les attendait – encore un paramètre dépendant de l'Uchiha). Sakura comprenait la logique de ce choix, mais ça ne l'arrangeait pas.
Tant pis, conclut-elle en se réceptionnant de justesse sur une branche glissante. Elle ferait ce qu'elle devait faire, aussi déplaisant cela puisse-t-il être.
La course continua. L'humidité était omniprésente en cette nuit d'avril, mais la fraîcheur du sous-bois combattait la douceur printanière que les troncs relâchaient. Un loup hurla quelque part, un écureuil fuit sur leur passage et une brise vint murmurer dans les feuilles. Ils continuèrent à avancer, l'homme au visage buriné et la fille à la peau pâle, à la fois si différents et si semblables dans leurs uniformes de Jounin. Sakura ne pouvait qu'espérer atteindre un jour le niveau de compétence, d'expérience et d'intelligence de Nara Shikaku. Si elle travaillait dur, peut-être qu'un jour ce serait elle qui courrait devant, ses pas assurés dans l'obscurité malgré l'écorce glissante des branches, son cerveau classant naturellement les paramètres de la mission. Shikaku n'était pas seulement efficace ; il ne se contentait pas de réussir ses missions. Il était aussi efficient ; il les achevait en utilisant le moins de temps et de ressources possibles, en exploitant au maximum le potentiel de ses agents pour les pousser à progresser. Il méritait vraiment son poste de directeur des Jounin. Pour une telle mission, Sakura n'aurait pu rêver meilleur partenaire.
Alors pourquoi ressentait-elle tant d'appréhension ?
Les humains n'étaient pas des créatures rationnelles et mathématiques, elle le savait bien. Malgré son désir de prouver sa valeur, Sakura restait une simple femme – elle avait appris à s'y faire : sa Shishou était aussi une humaine avec ses émotions et ses faiblesses, après tout. Mais il y avait des défauts plus humiliants que d'autres et ce qu'elle éprouvait en cet instant, alors que la rosée traîtresse rendait ses foulées plus glissantes que jamais, était une chose qu'elle aurait préféré ignorer.
Elle avait peur, voilà tout. Pas d'Itachi en lui-même ; l'homme qui l'avait retenue et affamée dans un cachot perdu était devenu, dans son esprit, un futur patient atteint d'une maladie incurable. Un médic ne craignait pas ses malades.
Non, celui qu'elle craignait, celui qui lui donnait envie de rebrousser chemin et d'aller se pelotonner dans les bras de Naruto, c'était le frère de Sasuke. Avant, sa haine l'avait protégée : il avait détruit la vie de son ami et osait avoir les mêmes traits, porter le même nom, il osait vivre alors qu'il les avait tous tués ? Ce monstre méritait la mort douloureuse que Sasuke lui infligerait ; quoi que fasse le garçon qu'elle avait aimé, elle lui pardonnerait, car il l'aurait fait pour tuer cet être horrible qu'elle détestait.
Et maintenant ? Que faire, alors qu'elle ne savait toujours pas que ressentir pour Uchiha Itachi ? Elle ne pouvait plus le haïr, mais il avait fait souffrir Sasuke ; elle allait devoir le soigner, mais elle voulait aussi s'éloigner le plus possible de lui. Si seulement il ne ressemblait pas autant à son premier amour ! Mais penser à ces traits androgynes, cette beauté élégante et masculine qui émanait de l'homme, comme une version plus aristocratique de Sasuke, lui donnait envie de se réfugier entre les murs de l'hôpital et de redevenir une simple médecin. Tout serait plus simple si elle pouvait soigner des patients anonymes et interchangeables – des hommes et des femmes qui ne lui rappelleraient pas de manière aussi frappante un garçon qu'elle avait vénéré.
C'était ridicule, n'est-ce pas ? Oui, ça l'était. C'était digne de Sakura la pleurnicharde se faisant à moitié tuer dans la forêt de la mort ! Elle avait changé : elle était devenue forte, une médic respectée qui n'hésitait pas à hausser le ton et avait obtenu le grade de Jounin.
Alors pourquoi la pensée du beau visage d'Uchiha Itachi la perturbait autant ?
Peut-être parce que, derrière cette vie de kunoichi et médecin, elle restait une adolescente se remettant d'une relation étrange, qui n'avait fait le deuil de son premier amour qu'en apprenant qu'il avait massacré un clan. Peut-être parce que derrière son masque de femme sûre d'elle jusqu'à en être autoritaire, Sakura voulait juste quelqu'un qui l'aime et lui dise qu'ils gagneraient la guerre, que Naruto survivrait et que Sasuke, son Sasuke-kun adoré, n'était pas devenu un monstre. Elle était fière de sa force, bien sûr. Elle aimait se battre et sentir la puissance de ses coups, voir les regards stupéfaits face à ses talents de guérisseuse ; mais qui n'avait pas envie, parfois, de se relâcher et d'admettre qu'ils voulaient juste se reposer ?
Sakura ne pouvait pas parler à ses parents : ils ne comprendraient pas. Tsunade, qui l'aimait d'un amour de mère, était une kunoichi trop endurcie par la vie. Ino était son amie charmante mais un peu frivole qui l'écouterait attentivement sans vraiment comprendre. Et Naruto, Naruto voudrait l'aider mais n'y arriverait pas et en souffrirait. Inutile d'évoquer Sai ou Kakashi-sensei.
Alors voilà, Sakura. Tu es entourée d'amis et pourtant tu es seule, comme un charbon mouillé au milieu d'un brasier. Tu cours vers un homme qui te rappelle irrésistiblement le garçon qui a assassiné un clan de sang-froid, et que pourtant tu aimes encore un peu, tout au fond de toi. Tu t'imagines, lors d'un examen médical, passer tes mains sur le torse nu de cet homme que tu as haï pendant si longtemps ; et une chaleur se répand dans tes veines alors que tu visualises ces muscles finement dessinés, les longs cheveux sombres coulant sur cette peau pâle. Et tu t'en veux d'avoir de telles pensées, de n'être finalement qu'une jeune femme – tu te dis que tu devrais être au-dessus de ça et que tu es ridicule. C'est un peu vrai. C'est un peu faux aussi. Tu sais, pourtant, comment tes hormones fonctionnent. Tu sais que tu ne peux pas lutter contre ta libido, que ce n'est pas grave tant que tu n'en montres rien.
Pourtant, stupidement, tu t'en veux. Le jour est apparu entre les feuilles, plusieurs heures ont passé. Shikaku s'est arrêté ; tu l'as imité et te reposes contre un tronc en étirant tes membres fourbus.
Quel dommage que les shinobi ne puissent pas étouffer leurs sentiments à volonté, comme on appuierait sur un interrupteur pour éteindre la lumière, tu penses confusément avant de plonger dans un sommeil léger.
... et voilà, on y est : ils se rencontreront dans la deuxième partie du chapitre. Après 55,000 mots, il était temps, effectivement.
Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à commenter !
