Savez-vous ce que vous allez lire ? Votre cadeau de Noël. Si si. Considérez ce chapitre comme tel.
(Un an entre deux chapitres, même pour moi, c'est franchement énorme. Acceptez mes plus plates excuses, je suis une auteur indigne.)
Attention, nous démarrons sur un moment attendu de tous : ça y est, Itachi et Sakura se rencontrent sur un pied d'égalité ! Mais, hélas, il n'est pas frappé par le vert des yeux de notre héroïne ni par la façon qu'elle a de rouler les hanches quand elle est en colère (oui, j'ai lu une fiction où Itachi s'intéressait aux fesses de Sakura - on trouve vraiment de tout sur ce site). Quant à Sakura, elle ne se transforme pas en une dinde gloussante rétrogradée au rang de Genin qui n'arrive pas à courir cinq mètres sans se prendre les pieds dans une racine et tomber sur notre beau ténébreux.
(Non mais franchement, qu'est-ce qui passe par la tête de certains, je vous le demande.)
Le voici donc, tout beau, tout frais, tout droit venu des profondeurs du Poitou-Charentes : le chapitre 8, partie 2 !
Il était là.
Sakura aurait aimé dire qu'elle l'avait senti, qu'un pressentiment l'avait avertie une demi-seconde avant qu'il apparaisse – assez pour se préparer et réagir en cas d'attaque.
C'était complétement faux, bien sûr : quand Itachi sortit d'entre les arbres, elle fut aussi surprise que le plus vert des Genin. Shikaku resta de marbre, mais la manière dont il braqua ses yeux froids sur le déserteur montrait qu'il n'avait pas non plus perçu son arrivée. L'homme n'était pas un ninja de rang S pour rien.
Ils avaient attendu la tombée de la nuit pour s'approcher de l'endroit où Sakura avait été retenue. Shikaku avait déclaré qu'ils feraient des cercles concentriques autour du repère dans l'espoir qu'Itachi les retrouverait. S'il ne se montrait pas, ils rétréciraient progressivement leur spirale jusqu'aux limites de la distance de sécurité. Après quoi ils attendraient encore quelques temps puis repartiraient. Le risque de croiser Hoshigaki Kisame était trop grand.
Cette phase de la mission comportait un imprévu majeur, exactement le genre de choses que Sakura détestait : ils n'étaient tout simplement pas sûrs que le duo soit resté dans le repère. Et si Danzô avait eu un moyen inconnu de contacter Itachi ? Si Itachi était par conséquent parti, s'attendant à ce que Danzô lui envoie un message par jutsu, signaux de fumée ou pigeon voyageur ? Ils n'avaient aucune façon de le savoir et cela horripilait la jeune femme. Le chef des Nara et une médic-nin, devant se reposer sur le bon vouloir des circonstances ! Elle n'était pas faite pour ça, voilà tout – l'improvisation, c'était réservé aux phénomènes comme Naruto qui pouvaient toujours sortir un atout de leur manche. Avec ses réserves de chakra banales, Sakura devait toujours planifier, prévoir et programmer pour accomplir ses objectifs. Et ça, foncer dans l'inconnu en espérant qu'un déserteur allait bien vouloir jouer dans leurs calculs, ça ne lui plaisait pas.
Aussi, quand la haute silhouette de l'Uchiha se dessina dans la lumière de la lune, ne put-elle contenir une étincelle de soulagement.
Itachi ne leur laissa pas le temps d'ouvrir la bouche : d'un geste de la main, il désigna une direction vague et leur fit signe de le suivre. Serrant les dents, Sakura lui emboîta le pas. Shikaku s'était placé à côté d'elle. On aurait dit que la cape aux nuages rouges clignotait – un rayon de lune, visible l'ombre d'un tronc, invisible un feuillage éparse, visible, invisible, visible… Les Konoha-nin l'entendirent plus qu'ils ne virent sauter dans les arbres. D'un même mouvement souple, ils suivirent le bruit du vent dans sa cape et atterrirent sur deux branches voisines.
Sakura se força à rester calme. Elle s'était fermement admonestée durant tout le trajet : les enjeux de la mission étaient trop importants pour qu'elle se permette un manque de professionnalisme. Elle était Jounin de Konoha, et c'était sous cet angle qu'elle devait aborder le problème à résoudre.
Les interminables journées dans un cachot sombre, la faim, la certitude absolue qu'elle avait eue de sa propre mort quand la main d'Itachi avait frappé en direction de sa tête, elle devait l'oublier. N'être plus Sakura-qui-n'avait-pas-pu-fêter-ses-dix-huit-ans, mais la médic-nin Haruno.
Je ferai de mon mieux, Shishou, promit-elle à l'image mentale de son maître. En espérant que cela suffirait.
Une brise les entoura un instant. Tous attendirent qu'elle fût passée ce fut Itachi qui rompit le silence.
« Shimura Danzô est-il mort ?
Sakura resta de marbre. Un espace entre deux arbres laissait la lune éclairer la cape d'Itachi le haut de son corps se perdait dans la pénombre, sauf, coïncidence macabre, son orbite gauche dans laquelle tournoyait un sharingan qui n'aurait pas dû être là.
Il a réactivé son genjutsu, réalisa Sakura. Quelle initiative étrange. Les personnes présentes savaient toutes ce que l'illusion cachait - à moins qu'Itachi attende la visite d'un invité mystère (et quel intérêt, vraiment ?), ce n'était qu'un gâchis de chakra.
D'un autre côté, l'homme ne devait pas s'attendre à se battre, et ses réserves d'énergie étaient assez conséquentes pour se permettre ce genre de fantaisie.
Surtout s'il se prépare à une tentative de conviction de notre part. Même si nous connaissons tous l'état de son œil, l'exposer aurait un effet psychologique qui rendrait plus facile de le convaincre. Donc Itachi comptait vraisemblablement masquer sa faiblesse et refuser les soins que lui offrait Konoha. Bah ! Sakura ne pouvait pas dire qu'elle était surprise. Tsunade-sama n'avait pas envoyé le Nara du village pour rien.
Quant à la mort de Danzô, c'était un événement qu'Itachi aurait déduit d'une manière ou d'une autre. Il avait laissé Sakura repartir afin qu'elle rapporte à Tsunade l'état de son sharingan gauche - Danzô ayant des espions partout, il l'aurait forcément appris. Tsunade, sans les révélations de Sai sur le clan Uchiha, n'y aurait vu au mieux qu'une preuve qu'un ennemi s'affaiblissait. Danzô aurait compris qu'il s'agissait d'un message d'Itachi et lui aurait envoyé une équipe pour en discuter.
Il était probable qu'Itachi s'en était tenu à ce scénario jusqu'à ce qu'il voit qui constituait l'équipe. La femme dont il s'était servi – accessoirement l'apprentie de Tsunade, donc farouchement fidèle à son maître – et le chef des Nara, un clan connu pour sa loyauté aux autorités officielles du village.
Ce n'était pas Danzô, ça ne pouvait pas être Danzô. Mais Itachi avait dû les observer et constater qu'ils étaient seuls, sans intentions hostiles, qu'ils agissaient exactement comme les messagers de Danzô auraient agi.
Alors quoi ? Alors Tsunade avait envoyé l'équipe qui aurait dû venir de Danzô, donc Tsunade savait. Et comment savait-elle ? Parce qu'on lui avait révélé la vérité. Qui la connaissait ? Les deux conseillers et Danzô. La paire de vétérans n'auraient jamais avoué si Danzô avait été en mesure de le leur faire payer ; quant à Danzô lui-même, il était risible d'imaginer qu'il révèle une information susceptible de nuire autant à Konoha. L'homme avait beaucoup de défauts, mais son désir de protéger le village était indéniable.
La question se posait donc : qu'était-il arrivé à Danzô ?
- Il est mort, répondit succinctement Shikaku.
- Puis-je savoir comment ?
Toujours poli, et sa voix toujours aussi douce, grave, fatiguée. Il n'avait pas marqué de pause avant de répondre, remarqua Sakura. Il devait s'y être préparé depuis l'hésitation qui l'avait prise, là-bas dans le cachot, quand il lui avait demandé où était Danzô et qu'elle n'avait su que répondre.
(Il était probable, réalisa-t-elle, qu'Itachi pense qu'elle était au courant de la mort de Danzô avant même le début de sa mission chez les Heshiboka. Elle avait hésité quand il avait parlé de Danzô, et il apprenait peu après que Danzô était mort : puisque les coïncidences n'existaient pas chez les ninjas, elle devait forcément avoir été au courant. C'était faux, bien sûr, mais Sakura décida de ne pas le détromper. S'il la pensait mieux informée qu'elle ne l'était, il la respecterait peut-être plus : son travail de médic en serait facilité.)
- Nous l'ignorons encore.
- Je ne possède pas d'informations à ce sujet, précisa calmement le déserteur.
- Nous le savons. Ce n'est pas pour ça que Hokage-sama nous a envoyés.
L'œil d'Itachi brillait, tache rouge dans le bois noir. Shikaku supportait le poids de ce regard sans broncher – c'était les ombres, sa coéquipière le savait. Ils étaient tous trois entourés d'ombres qui offraient au Nara un avantage considérable.
- Le successeur de Shimura Danzô a décidé de révéler la vérité à Tsunade-sama, lâcha-t-il enfin.
- Qui sait ?
- Le nouveau chef de la Racine. Tsunade-sama. Sakura-san. Moi.
- Le nouveau chef… Senju Tsunade sait choisir ses alliés.
Elle s'appelle Koichi, songea Sakura en sachant qu'Itachi s'en fichait. Seuls ses proches appelaient la Hokage par son véritable nom ; pour le reste du monde, elle était la digne héritière des puissants Senju et en portait donc le nom. Les ninjas ne perdaient pas de temps avec des détails comme les Koichi.
- Effectivement, approuva Shikaku. Et elle aimerait être sûre que tu comptes parmi les fidèles de Konoha.
- Si vous connaissez la vérité, alors vous savez que je n'ai jamais trahi le village.
- Nous le savons. Tu as joué un rôle important, mais Konoha a encore besoin de toi.
- Vous parlez comme si je comptais partir. Ce n'est pas le cas.
Itachi avait prononcé ces mots très doucement, comme s'il essayait lui-même de s'en convaincre. Ils jouaient, constata Sakura, ils lançaient des phrases à double sens et faisaient semblant de ne pas saisir ce que l'autre voulait dire. Ce n'est pas le cas ? La mort était, du point de vue de la médic, un départ des plus définitifs. A moins qu'on n'ait inventé une technique de résurrection, c'était même le départ ultime.
Elle sentit plus qu'elle ne vit une ombre recouvrir son mollet jusque-là éclairé par la lune. Shikaku lui envoyait un signal.
- L'agrandissement des veines chakraïques est fatal à long terme, déclara-t-elle de sa voix la plus professionnelle. Vous êtes sur le point d'entrer en stage terminal. Il ne vous reste au maximum qu'un an et demi à vivre.
- Cela suffira.
Sakura musela fermement la partie d'elle qui voulait grincer des dents. Elle n'était pas avec Naruto, elle ne pouvait pas attraper un déserteur de rang S par les cheveux et lui frapper la tête contre le mur dans l'espoir que ça lui débloque les neurones.
Mais ce ton si doux, cette voix grave et paisible qui envisageait avec calme sa propre mort sans même lutter, cela l'exaspérait au-delà des mots. Elle était médecin et accepter qu'on veuille mourir sans se battre la dépassait.
- Bien entendu, avec la progression du symptôme, vos muscles finiront par être attaqués par votre chakra. Si vous n'êtes pas traité, on peut vous donner… neuf mois avant d'être alité. Vos performances au combat auront diminué bien avant – en fait, elles ont déjà commencé à baisser, n'est-ce pas ? Et je ne parle pas de votre œil.
- En effet.
Sa voix était aussi douce que la brise qui les entourait, mais les virgules noires dans son œil tournoyaient légèrement plus vite. Vu son histoire, Itachi n'avait pas eu grand-chose qui lui appartienne vraiment dans sa vie : sa puissance était l'une d'entre elles. Si même cela lui échappait, que lui resterait-il ? Ses beaux cheveux ? Sans ses talents de ninja, Itachi n'était rien. Sakura le savait ; Shikaku le savait ; Itachi le savait.
- Konoha n'a pas de traitement contre votre symptôme, admit-elle, mais nous sommes le seul village qui soit capable d'en mettre un au point à temps. Si vous acceptez, nous pouvons vous sauver.
- Je n'ai pas besoin d'être sauvé.
C'est comme frapper dans de l'eau. Il se fiche de lui-même, ça lui est complètement indifférent. Il faut le toucher par un autre moyen.
- Etes-vous si convaincu que tout ira selon vos plans ?
Les ninjas avaient toujours des plans, et les ninjas comme Itachi planifiaient même ce qui se passerait après leur mort. Le problème, c'est qu'une fois qu'on était mort, on ne pouvait plus agir pour rattraper d'éventuelles erreurs de calcul. Itachi devait le savoir – Sakura pria pour qu'il le sache.
- Vous avez des plans pour Sasuke, affirma-t-elle (ce n'était pas trop dur à deviner). Est-ce que le massacre Heshiboka en faisait partie ? Est-ce que c'est votre œuvre ?
- Non. Il ne s'agit que d'une erreur de parcours.
Ah !
- Une erreur conséquente, Uchiha-san, rebondit-elle immédiatement. Le Sasuke que je connaissais n'aurait jamais fait ça. J'ai pensé que c'était sa haine pour vous qui l'avait amené là, mais vous contrôlez cette haine, n'est-ce pas ? Vous ne l'auriez pas poussé à faire ça. Quelqu'un d'autre manipule Sasuke derrière votre dos.
Voilà, voilà, c'était ça. Sakura s'en doutait depuis qu'elle avait appris la vérité sur Itachi mais maintenant qu'elle pouvait dérouler son raisonnement, ça lui paraissait évident. Il y avait un autre acteur sur le cas Sasuke et c'était sans doute le levier le plus efficace dont Konoha pouvait se servir pour récupérer Itachi.
- Pensez-vous vraiment pouvoir protéger Sasuke de Madara une fois que vous serez mort ?
Car qui était assez puissant pour qu'Itachi n'ose rien faire contre lui, assez fascinant pour que Sasuke lui obéisse ? Il n'y avait que Madara. L'immobilité suspecte qui figea le déserteur pendant une fraction de seconde confirma sa déduction.
Itachi n'était pas le seul à avoir trahi ses émotions ; en périphérie de son champ de vision, Sakura vit la mâchoire de Shikaku se durcir. Le père de Shikamaru avait été ami avec Asuma avant que ce dernier ne soit tué par Hidan de l'Akatsuki. Sachant qu'un chef répondait systématiquement des actions de ses subordonnés, il pouvait légitimer reporter le blâme sur celui de l'Akatsuki, ce fantôme revenu les hanter depuis le tombeau où il aurait dû finir.
L'homme qui veut réunir les Bijuus. Celui qui veut le Kyubi.
Comment Sasuke pouvait-il se laisser manipuler par quelqu'un qui en voulait à la vie de Naruto ? Avait-il oublié que cet idiot blond avait été son ami ?
Stupide Sasuke, déclara la partie la plus froide d'elle-même, toujours prêt à tomber plus bas pour tuer un frère qui n'est responsable de rien, tout cela est si abyssalement stupide, une fois que Naruto sera Hokage on ne fera plus jamais d'erreurs aussi monstrueuses, il faudra réformer ce système de clans, on n'a pas théorisé le concept d'équilibre des pouvoirs pour qu'une bande de vétérans avides s'assoient dessus et détruisent la vie d'enfants innocents…
Quand Naruto deviendrait Rokudaime, Konoha allait trembler. Et en attendant, c'était l'aîné Uchiha qui allait servir son village comme tout bon ninja se devait de le faire, qu'il approuve ou non. Des malades qui refusaient les soins, et puis quoi encore ! La colère donnait à Sakura un regain de conviction bienvenu.
- Vous ne connaissez pas les plans de Madara. Il ne vous fait pas suffisamment confiance. Pensez-vous vraiment que rester plus longtemps dans l'Akatsuki pourra servir à quelque chose ? Plus la guerre approchera, moins vous pourrez en apprendre sur ce que projette Madara. Et mourir à quelques mois de la Quatrième Grande Guerre n'aurait aucun sens pour un ninja tel que vous.
- Tu es intelligente, approuva calmement Itachi (et Sakura se raidit, car il la complimentait comme une enfant et ce n'était jamais bon signe), mais je ne compte pas mourir par cette maladie.
Pardon ?
Il n'y avait toujours personne sauf eux trois dans ce coin de forêt. La lune s'était déplacée jusqu'à éclairer les lèvres pâles d'Itachi ; elle n'illuminait plus que le côté gauche du visage de Shikaku, et Sakura elle-même était plongée dans la pénombre.
Réfléchis, réfléchis, s'enjoignit-elle. Il ne compte pas mourir de cette maladie. A-t-il un remède miracle ? Complètement improbable. A-t-il, a-t-il… un moyen de retarder l'échéance ? Non : si c'était le cas, il n'aurait pas laissé son œil gauche se perdre. Mais alors comment…
Ah. Mourir avant que la maladie ne l'achève. Couper l'herbe sous le pied du sort.
- Ce serait stupide, constata platement Shikaku (il avait déduit ce que Sakura venait de comprendre, en avait tiré des conséquences, avait tiré d'autres conclusions et réagissait aux sous-entendus des sous-entendus d'Itachi, le tout en un battement de cœur : Sakura réalisa avec admiration qu'elle avait encore beaucoup à apprendre). Madara dirait tout ce qu'il sait à Sasuke pour le retourner contre Konoha.
Sasuke ? Qu'est-ce que Sasuke avait à voir là-dedans ?
Sakura inspira. Elle n'était pas une enfant perdue au milieu d'une conversation d'adultes. Elle devait analyser ce qui se passait, comprendre et, au besoin, aider Shikaku. Elle aussi, après tout, était douée pour jouer au shôgi.
Une fois son étonnement passé, la réponse à sa question lui vint presque instantanément : Itachi comptait laisser Sasuke accomplir son but de toujours, bien sûr. Mourir de la main de son petit frère. Et les multiples failles de ce plan lui apparurent derechef.
- Madara pourrait cacher une partie de la vérité à Sasuke, mais les anciens lui révéleraient le reste, répliqua Itachi. S'il est en possession de toutes les informations, Sasuke n'attaquera probablement pas Konoha.
- Bien sûr que si, intervint la médic.
Itachi tourna la tête vers elle.
- Il le fera. Je le connais, je l'ai affronté depuis sa désertion. S'il a tué le clan Heshiboka, il est capable de se retourner contre Konoha.
- C'est improbable, mais j'ai aussi prévu ce cas de figure, admit Itachi.
- Et que comptes-tu faire ?
Le ton de Shikaku était intéressé mais sceptique. Itachi sembla hésiter un instant puis déclara :
- Je laisserai Sasuke prendre l'œil qui me reste et j'y implanterai une technique qui l'arrêtera s'il tente de s'attaquer à Konoha.
Trop de failles.
- Combien de fois cette technique l'arrêtera-t-elle ? releva Shikaku. Comment ? S'il est immobilisé en plein milieu d'une bataille dans l'enceinte du village, il mourra.
- Naruto le protégera.
- Pas si Naruto est en train de participer à une guerre au même moment ! explosa la jeune femme.
Peut-être que l'intégralité des ninjas qui l'avaient rencontré tenait Naruto pour un demi-dieu mais Sakura savait de première main qu'il n'était qu'un homme. Itachi était donc prêt à mourir pour la certitude que Naruto protégerait Sasuke une fois qu'il ne serait plus là ?
Ce n'était même pas si ridicule, et c'était ça qui attristait Sakura. Parce que Naruto était capable de succéder à Itachi dans le rôle de protecteur de Sasuke. Il s'abriterait derrière cette promesse qu'il lui avait faite quand ils n'étaient encore que des gosses, et utiliserait ce prétexte pour ne plus jamais laisser le brun partir. Et Sakura aspirait tout au fond d'elle à la réunion de ce trio qui n'avait existé que si brièvement, elle voulait retrouver ses deux compagnons et, à travers eux, une partie de son enfance, mais c'était un souhait vain qui ne profiterait pas au village et qui la ramènerait des années en arrière, dans la Forêt de la Mort où Naruto et Sasuke devaient lui sauver la vie parce qu'elle était trop faible pour le faire elle-même, et…
Ce n'était pas le destin de Naruto. Son meilleur ami devait absolument dépasser le nœud gordien qu'était Sasuke.
- Naruto ne pourra pas être partout, affirma-t-elle. Uchiha-san, si vous comptez sur des incertitudes, des possibilités et des calculs, votre frère ne vous survivra pas. Votre plan n'était pas mauvais avant l'intervention de Madara mais maintenant qu'il est là, vous ne pouvez plus vous reposer sur ce que vous aviez prévu.
Itachi l'écoutait. Les yeux rouges étaient fixés sur elle.
- Si vous deviez absolument mourir, votre plan serait le meilleur que vous auriez à disposition. (Flatte l'orgueil du génie, vas-y, ça fonctionne toujours). Mais vous n'avez pas à mourir. Konoha peut vous aider – et vous pouvez aider Konoha. Votre destin n'a pas à être scellé par des plans que vous avez conçus il y a des années, Itachi-san. De nouveaux éléments sont apparus. S'il y a une guerre, le village aura besoin de vous.
Il fallait qu'il s'en rende compte. C'était le Sharingan, avait dit Tsunade, et la maîtrise parfaite qu'en avait Itachi : Konoha aurait besoin de cela dans une guerre qui impliquait Madara.
- Si je quitte l'Akatsuki, je ne pourrais pas y revenir. Comment peux-tu être sûre de réussir à me soigner, Haruno Sakura ?
Sakura sentit une boule de joie pétiller dans sa poitrine. Ça y est. Elle l'avait amené là où elle le voulait. Le diamant bleu sur son front sembla presque chaud lorsqu'elle reprit :
- Je ne peux rien garantir absolument, mais j'ai étudié sous les ordres de Tsunade-sama. J'ai résolu des cas difficiles par le passé et elle me fait confiance pour traiter le vôtre également. Je suis votre meilleure chance de survie, et croyez-moi, je suis une bonne chance de survie.
Elle essayait de parler fermement, ses yeux verts solidement plantés dans ceux d'Itachi avec tout le professionnalisme dont elle était capable, mais elle ne pouvait nier que c'était bon de dire qu'elle était la meilleure dans quelque chose et de le penser.
(Elle excluait Tsunade-sama de sa réflexion, bien sûr : se comparer à Tsunade n'aurait servi qu'à se faire du mal.)
Les yeux d'Itachi se posèrent sur le diamant sur son front. Vas-y, regarde-le bien, j'y ai consacré assez de temps et d'efforts pour qu'un shinobi de rang S le contemple.
- Je veux bien vous croire, admit Itachi en revenant aux deux Konoha-nins.. J'aimerais cependant obtenir une preuve des affirmations de Haruno-san.
- Que désirez-vous ?
Itachi la scruta quelques instants. Sakura eut l'impression d'être passée aux rayons X, mais curieusement, cela ne lui fit pas peur. Il voulait la tester ? Qu'il la teste. Elle était douée, bon sang. De cela au moins, elle pouvait être fière.
L'éclat rouge de l'œil gauche d'Itachi s'éteignit.
- Shikaku-san, avec votre permission, je vais transmettre une information à Sakura-san par le biais d'un genjutsu.
Sakura se raidit. Il ne lui demandait même pas sa permission à elle. Un instant il la regardait comme une médic-nin, l'autre il agissait comme si elle n'était qu'une enfant. C'était assez désagréable. Pas autant que d'entendre un noble civil lui demander subtilement si elle avait obtenu son poste d'ambassadrice à l'horizontale, cependant.
Son orgueil blessé s'apaisa un peu quand Shikaku se tourna vers elle ; lui au moins prenait la peine de lui demander son opinion. Elle approuva d'un hochement de tête et il transmit son approbation au déserteur.
Quand Sakura croisa à nouveau le regard d'Itachi, son œil valide luisait comme une étoile sinistre et le monde autour d'eux semblait retenir sa respiration. Elle attendit quelques secondes sans que rien ne change, puis comprit.
J'y suis déjà. Le genjutsu est en place.
Un bref élan d'admiration la prit. Même Kurenai ne pouvait réussir une transition aussi douce de la réalité à l'illusion. La forêt était toujours aussi noire, les rayons de lune tombaient sur le visage du déserteur selon le même angle, seuls les bruits de la nuit s'effaçaient peu à peu. Si l'homme en face d'elle les avait maintenus, Sakura songea qu'elle n'aurait peut-être même pas remarqué qu'elle était prisonnière d'une technique. La pensée la fit frissonner.
Quand Itachi parla, ce fut d'une voix qui semblait venir de partout et nulle part à la fois.
- Il y a une maison à un jour et demi d'ici, commença-t-il lentement. Elle est sur le territoire de la Terre, assez proche de la frontière du Feu. Il faut traverser le troisième col des Oro en partant de l'Ouest, suivre le chemin jusqu'à la fin de la forêt et partir Nord-Nord-Ouest jusqu'à un village nommé Wuchian. Là-bas, tu demanderas la pension. C'est un vieux bâtiment en bois avec un toit de chaume.
Sakura réalisa qu'elle retenait son souffle. Comment connaissait-il ce lieu ? Y était-il venu quand il était encore ninja de Konoha ou après avoir infiltré l'Akatsuki ? Avait-il tué quelqu'un là-bas, ou y avait-il au contraire trouvé un contrat ?
Sakura se sentit un peu honteuse d'être aussi surprise par ces questions. Comme beaucoup de gens, elle imaginait les membres de l'Akatsuki comme des criminels dont la vie entière était absorbée par les contrats, mais c'était des hommes eux aussi, avec un passé et des récits.
Itachi continua, sa voix grave encore plus fatiguée :
- Une fois que tu seras là-bas, demande à voir Cha Yun. Dis-lui que tu viens de ma part et obéis-lui. Si tu parviens à faire ce qu'elle te dit, je te suivrai. Sinon, je considérerai que tu n'es pas à la hauteur de tes mots et je poursuivrai mon projet initial.
- Combien de temps ai-je ?
- Une semaine pour mettre au point ce qu'elle te demandera, évalua-t-il immédiatement. Les résultats devraient se voir après trois semaines.
Sakura hocha la tête. Elle hésita un instant puis se lança.
- Qui est-ce ?
Itachi ouvrit ses lèvres éclairées par la lune. Attendit. Puis parla enfin.
- Une enfant qui n'aurait pas dû vivre.
Le silence retomba. Il n'en dirait pas plus, comprit Sakura.
Un oiseau battit des ailes au-dessus de leurs têtes et la jeune femme réalisa qu'Itachi avait mis fin à l'illusion. Elle signala à Shikaku qu'elle était de retour d'un bref regard.
- Nous allons partir, décida le Nara. Auras-tu besoin de l'aide de Konoha pour justifier ton absence auprès de l'Akatsuki ?
- Je m'en occuperai seul.
- Très bien.
Itachi hocha la tête. Shikaku tourna les talons Sakura commençait à le suivre quand la voix du déserteur lui parvint dans son dos.
- Ce que tu verras là-bas… N'en parle à personne. Absolument personne.
Elle ne prit pas la peine de se retourner. Itachi ne s'en rendait sans doute pas compte mais la question était insultante. Elle laisserait passer – pour cette fois.
- Je suivrai le code médical, répondit-elle néanmoins avec sécheresse. »
Itachi ne dit rien de plus, et les deux Konoha-nins s'éloignèrent rapidement.
Etait-ce le troisième col ou le quatrième ?
Sakura plissa les yeux. Elle campait au sommet de cet arbre depuis une bonne dizaine de minutes et le même point la turlupinait.
Traverser le troisième col des Oro en partant de l'Ouest, avait dit Itachi. Sur le coup, ça n'avait pas choqué Sakura. Les Oro étaient une très vieille chaîne de montagnes culminant péniblement à un kilomètre de hauteur, et accessoirement la frontière entre le Feu et la Terre. Ils comptaient de multiples cols dont personne n'apprenait les noms et qu'on désignait d'ordinaire par leur numéro. Sakura connaissait surtout le septième, par où passait la principale route marchande, et le onzième que les Konoha-nins empruntaient quand ils voulaient se faire discrets.
Mais les cols de l'Ouest, du premier au cinquième, étaient peu connus des habitants de Konoha, et Sakura commençait à le regretter sérieusement.
Shikaku et elle avaient couru jusqu'à s'être suffisamment éloignés du repère. Quand ils avaient atteint la distance de sécurité, Shikaku s'était arrêté et lui avait demandé ce qu'elle avait vu dans l'illusion.
« C'est un test, avait expliqué la médic-nin. Il veut que je soigne quelqu'un pour montrer mes capacités.
- Compréhensible. Y a-t-il une limite de temps ?
- Oui, admit Sakura. Je ne pense pas pouvoir passer par Konoha. »
Shikaku l'avait regardée un instant mais n'avait pas posé plus de questions. Sakura lui en était reconnaissante : s'il avait poussé plus loin, elle se serait trouvée prise entre la nécessité d'obéir à son chef d'équipe et celle de garder le secret que lui avait confié Itachi. Shikaku s'était contenté d'ouvrir son sac de voyage et de lui donner les rations qu'il avait emportées.
« Je vais rentrer à Konoha et faire préparer le refuge. Si tu réussis à convaincre Itachi, amène-le directement là-bas et commence à travailler. »
Sakura avait hoché la tête, vérifié une dernière fois que personne ne les suivait, et était partie vers le Nord.
Elle avait couru jusqu'aux premières lueurs de l'aube et s'était accordé une brève pause. Une maladie touchant une enfant, avait dit Itachi, avec un traitement à mettre au point en une semaine. C'était extraordinairement court pour développer un remède, mais Itachi devait le savoir : quelles étaient ses intentions ?
La jeune femme s'était remise en route sans avoir trouvé la réponse. Elle avait attendu d'être en vue des montagnes, s'était perchée au sommet d'un tronc pour visualiser son trajet, et les problèmes avaient commencé.
Etait-ce une montagne ou une excroissance ?
Elle devait passer par le troisième col, entre les troisième et quatrième montagnes.
Le premier sommet se distinguait clairement. C'était l'un des plus bas, peut-être sept cents mètres, guère plus. La vallée qui le séparait du second faisait comme une balafre dans le paysage. Le deuxième col était plus doux, formé par des millénaires d'érosion, mais se distinguait encore clairement. Le problème, c'était le troisième : il était si plat qu'on pouvait aussi le voir comme un plateau au sommet de la montagne. Or, si c'était un plateau, le véritable troisième col était le suivant mais s'il était tout de même considéré comme un col, alors c'était lui qu'elle devait emprunter. Un casse-tête compliqué par la distance entre les montagnes. D'aussi loin, elle pouvait englober du regard les sommets et leurs cols, mais si elle s'approchait assez pour trouver des locaux qui la renseigneraient, elle devrait faire un choix entre se diriger vers les villages devant la troisième montagne ou la quatrième. Et si elle s'était trompé, il lui faudrait courir longtemps pour rattraper son erreur, sûrement jusqu'au début de la nuit ; or elle ne désirait pas s'engager dans un col inconnu en pleine nuit. La Terre regorgeait de bandits en tout genre qui fondraient sur elle comme des oiseaux de proie.
(Pas qu'elle craigne une bande de hors-la-loi, bien sûr, mais si on l'attaquait vraiment et qu'elle ne les tuait pas tous, la nouvelle se répandrait qu'un ninja avait traversé le col ; Sakura préférait la discrétion.)
Elle avait pensé à repérer le septième col qu'elle connaissait et faire un décompte à partir de celui-là, mais la chaîne bifurquait vers le Nord et des nuages lointains recouvraient l'Est des Oro.
« Le col, finit-elle par décider. »
Si elle s'était trompée et que le plateau était le véritable troisième col, elle tenterait la traversée nocturne. Un col aussi haut découragerait peut-être les bandits de s'y installer ; le col plus marqué, en revanche, était idéal pour une agression.
Elle ne croisa pas âme qui vive sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le temps qu'elle arrive au premier village, elle avait passé en revue toutes les maladies et les soins qu'elle connaissait, une préparation utile quand on allait aborder une pathologie inconnue.
Il n'y avait pas d'auberge dans le village, du moins aucune qui ressemblât à celles que Sakura connaissait. Les rues étaient vides, les maisons de bois fermées. On était en fin de matinée et la population devait travailler ; la kunoichi se sentait comme une étrangère venue épier une ville fantôme. Ce qu'elle était, d'ailleurs : tout, de ses cheveux roses à son uniforme en passant par son corps musclé de combattante, la différenciait des gens qui vivaient ici. Elle avait plus de points communs avec un Kiri-nin élevé dans le sang et la pluie qu'avec les paysans de son propre pays, ou même ses propres cousins civils. Pendant un instant, cette pensée l'attrista.
Puis une femme sortit de chez elle, un panier de linge à la main, et Sakura se focalisa à nouveau sur la mission.
« Excusez-moi ! lança-t-elle en la voyant s'éloigner. »
La femme en lâcha presque son panier.
Elle était de taille moyenne, la peau mate et les épaules rudes. Ses cheveux bruns étaient ramenés en chignon au-dessus d'une nuque étrangement élégante qui tranchait avec son visage sans beauté. Sakura ressentit une pointe de respect en la voyant se reprendre presque immédiatement et lui faire face. Si elle-même n'avait été qu'une paysanne civile, elle n'aurait pas été rassurée à la vue d'une ninja.
« Vous voulez quoi ? »
Sa voix était basse et méfiante. Sakura essaya de contrebalancer d'un sourire l'aspect strict de son uniforme.
« J'aimerais savoir si je suis bien en face du troisième col.
- Le col des Chek ? Oui, c'est celui-là. Vous l'aviez confondu avec le Demi-plateau, hein ?
Alors c'était comme ça que les habitants du coin appelaient ce col si peu marqué. Le Demi-plateau. C'était approprié, songea Sakura.
- Je ne suis pas du coin, admit-elle.
- Ça se voit. Si vous voulez traverser le col, dépêchez-vous. C'est pas sûr la nuit. C'est pas sûr le jour non plus, d'ailleurs.
- Je ferai attention. Merci de votre avertissement.
- Y a pas de quoi. Faites bon voyage.
- Merci à vous. »
L'autre femme marmonna quelque chose et repositionna le panier sur sa hanche avant de disparaître dans une petite rue. Sakura décida de traverser le village au plus vite. Tant pis pour les provisions : elle avait ses propres rations en sus de celles de Shikaku, cela suffirait jusqu'au village dont avait parlé Itachi. Elle chasserait ou cueillerait au besoin – on était, après tout, au début du printemps.
Les champs s'étendaient jusqu'au pied de la montagne. L'alternance des parcelles jaunes et vertes s'arrêtait là où la forêt commençait ; entre les arbres hauts, on distinguait la silhouette ondulante d'un chemin qui courait jusqu'au col. Sakura plissa les yeux en le regardant, momentanément aveuglée par le soleil qui brillait avec force.
Les cultures commençaient à quelques mètres de la sortie du village, séparées par une multitude de petits chemins. Le relief avait obligé les paysans à faire des concessions : au lieu des étendues rectangulaires aux angles soignés qui entouraient Konoha, c'était un labyrinthe de formes étranges que Sakura traversait, adapté aux petites collines qui poussaient çà et là, aux ruines imposantes qui finissaient de s'enfoncer dans le sol et aux multiples cours d'eau descendant des Oro. Les habitants au travail lui jetaient des regards surpris mais ne disaient rien, sans doute intimidés par son uniforme et son allure rapide. Sakura hésita à courir, puis renonça. La pente de la montagne avait l'air raide et lui demanderait bien assez d'énergie. Pour l'instant, elle pouvait profiter du terrain relativement plat pour conserver ses forces. D'autant que le soleil sur son visage et les pépiements des oiseaux donnaient à cet interlude un air printanier.
Elle marcha, marcha et marcha encore. Une fois qu'elle aurait soigné la personne qu'Itachi l'envoyait voir (car Sakura ne doutait pas qu'elle y arriverait : en médecine au moins, elle était sûre de ses capacités), il lui faudrait passer au déserteur lui-même. Des semaines, peut-être des mois, dans un refuge loin de tout, à s'occuper quotidiennement du frère de Sasuke…
Sous l'œil de la Racine, se rappela-t-elle. On ne la laisserait pas seule en compagnie d'un criminel de rang S. Tsunade ne voulait pas que les choses dérapent.
Pendant une seconde, Sakura imagina comment Jiraiya-sama aurait réagi à la nouvelle s'il avait encore été de ce monde. Une jeune et talentueuse médic-nin soignant un criminel attirant, qui plus est le frère de son premier amour, dans un refuge loin du village… Quelque chose lui disait que dans l'esprit de l'écrivain pervers, les examens médicaux deviendraient vite très peu professionnels.
Mais les romans de Jiraiya étaient connus pour leur irréalisme. Dans la vraie vie, un médic tenait la bride à tout ce qui faisait de lui un être humain dès qu'il entrait en salle d'examen. Une histoire entre le nukenin et elle était, de toute façon, complètement impossible : l'homme avait tout de même massacré tout son clan, aussi valides soient ses raisons, l'avait maintenue en détention, était dans tous les Bingo Books du continent et semblait lui accorder le respect et la considération dus à une Genin tout juste sortie de l'Académie.
Sakura ne comprenait même pas pourquoi elle se donnait la peine de lister les raisons.
Fichue mission, songea-t-elle en donnant un coup de pied dans un caillou. Fichue politique, fichue Akatsuki, fichus Uchiha et leur maudite fierté !
Sa belle humeur des minutes précédentes s'était évanouie. Soudainement, le soleil tapait trop fort, le bruit des oiseaux l'empêchait de réfléchir et marcher l'agaçait.
Est-ce que quelqu'un avait songé à ce qu'elle avait à dire, hein ? Elle était Haruno Sakura, et ça laissait peut-être le frère de Sasuke indifférent, mais n'importe quel hôpital des Cinq Pays aurait sacrifié un quart de son budget pour bénéficier de ses talents médicaux ! Mais non, ça n'avait pas d'importance puisqu'un précieux Uchiha était en danger. Son poste à l'hôpital de Konoha ? Les patients à sa charge ? Les expériences qu'elle avait imaginées durant sa mission et qu'elle avait hâte de tester une fois de retour ? Le poison paralysant demandé par le T&I ? L'équipe d'analystes qu'elle gérait ? Peu importe, tant qu'elle pouvait servir de baby-sitter améliorée pour un martyr aux yeux rouges !
Le deuxième caillou se fissura en deux parties qui parcoururent plusieurs centaines de mètres dans les airs avant de retomber.
Elle était la meilleure médic-nin du monde après Tsunade-shishou. Se retrouver ni plus ni moins qu'exilée du village pour soigner un agent double la vexait, mais ce qui l'énervait vraiment, c'était ce que ça signifiait pour tous ceux qu'elle ne soignerait pas. A Konoha, elle pouvait s'occuper de chirurgies délicates, d'empoisonnements rares, de nouvelles mutations de virus connus ; elle pouvait développer de nouvelles techniques médicales accessibles même à des Chûnins sans talents particuliers, travailler sur plusieurs projets qui rendraient les missions moins meurtrières pour les shinobi imprudents – bon sang, si on ne l'envoyait presque que sur des missions courtes, c'était précisément pour qu'elle revienne prendre son poste à l'hôpital aussi régulièrement que possible !
Mais tout ça pouvait bien aller aux Enfers : Uchiha Itachi avait besoin d'une nourrice, et sa vie valait bien plus que toutes celles qu'elle pouvait sauver en travaillant à l'hôpital. Sakura était tout sauf naïve mais parfois, le réalisme impitoyable du monde ninja la rendait malade.
Le sol sous ses pieds commençait à monter. Un bref coup d'œil derrière elle confirma que les paysans étaient trop loin pour la voir. Sakura fit le vide dans son esprit et commença à courir. Avec un peu de chance, elle croiserait quelques brigands sur lesquels se passer les nerfs.
Ne m'étranglez pas, je vous promets qu'il y aura plein de moments ItaSaku très bientôt avec de la violence (Sakura), de la colère (Sakura), de l'agacement (Sakura), de l'incompréhension (Sakura) et une bonne dose d'asociabilité (Sa... non, je plaisante : Itachi).
