J'en ai assez. Je me noie dans ma propre sueur. Cette chaleur est inhumaine. J'ai écrit ce chapitre en deux jours et ce n'est pas normal. La canicule veut notre mort à tous.

Paradoxalement, c'est mon chapitre préféré de cette fiction. Il m'est venu très facilement, ça me donne bon espoir pour le reste de l'arc. J'aime les interactions Sakura/Itachi. J'aime inventer du blabla médical absurde.

Au fait, pour ceux qui ne sont pas au courant, j'indique où j'en suis dans mes fictions sur mon profil, donc si vous voulez savoir si le prochain chapitre viendra bientôt/immédiatement/quelques heures avant le quatrième millénaire, vous savez où vous rendre !

Mais trêve de bavardages, je vous souhaite une bonne lecture et on se retrouve juste après pour les notes de fin de chapitre !


- Nous allons nous arrêter pour la nuit, déclara Sakura.

Itachi hocha la tête.

- Je prends le second tour de garde, ajouta-t-elle.

Son compagnon la fixa longuement. Quand il n'y avait que deux tours, le second était réputé pour être le plus difficile : on devait interrompre un sommeil souvent trop court et affronter une journée plus longue de trois heures – la durée standard d'une garde. Sakura résista péniblement à l'envie de lui demander à haute voix s'il pensait qu'elle n'en était pas capable.

Elle avait les nerfs à fleur de peau. La présence constante et silencieuse d'Uchiha Itachi la maintenait sur ses gardes : une méfiance instinctive envers le grand méchant loup de Konoha et un désir farouche de prouver qu'elle était tout aussi compétente que n'importe quel Jounin l'empêchaient de se détendre. Mais en restant aussi tendue, elle révélait sa nervosité à l'Uchiha et renforçait peut-être le jugement qu'il portait sur elle, et en avoir conscience la poussait encore plus dans ses retranchements… C'était un cercle vicieux.

Et maintenant l'homme la regardait comme s'il se demandait s'il ne valait pas mieux que lui-même, le ninja le plus puissant des deux, prenne le second tour de garde – comme s'ils n'étaient pas une équipe dont elle était la chef, mais deux shinobi aux allégeances différentes voyageant ensemble. Comme s'il n'avait pas à obéir à ses ordres. Comme si elle ne connaissait pas assez ses propres compétences pour savoir si, oui ou non, elle était capable d'assurer un fichu tour de garde et d'être au maximum de ses capacités le lendemain !

Sakura se détourna et enchaîna une poignée de sceaux qui firent émerger l'abri où elle dormirait cette nuit. Elle savait parfaitement ce qui se passait : Uchiha Itachi lui rappelait Sasuke, et la façon dont il l'avait classée comme « trop faible pour être importante », sans aucune méchanceté mais comme un simple fait, ramenait au premier plan les souvenirs du mépris de son ancien coéquipier et de la fillette pathétique qu'elle avait été. L'homme jouait sans s'en rendre compte sur ses insécurités les plus profondes et Sakura s'en voulait de n'avoir toujours pas dépassé cette période humiliante de son passé. Elle avait cru que ce fardeau était derrière elle et découvrait au pire moment qu'il n'en était rien.

- Bonne nuit, Uchiha-san, dit-elle malgré tout, trop fière pour admettre à quel point sa présence l'affectait.

L'homme répondit d'un hochement de tête avant de monter sur une branche pour commencer son tour de garde. Il n'avait pas dit un mot depuis le début de leur course.

Sakura alla se coucher.


Quand elle se réveilla, ce fut d'abord doucement, puis en sursaut dès qu'elle remarqua la position de la Lune. Sakura était fière de sa perception du temps, qu'elle ne perdait que pendant une opération, et ce septième sens ajouté à la position de l'astre l'informaient que cinq heures s'étaient écoulées depuis qu'elle s'était endormie. Itachi aurait dû la réveiller deux heures plus tôt.

Sakura contrôla à grand-peine sa frustration. Il ne l'avait pas réveillée. Il avait apparemment décidé de prendre les deux tours de garde, comme si elle n'était qu'une Genin incapable d'assurer correctement une garde. L'ignoble bâtard consanguin matricide aurait pu lui cracher au visage que l'insulte n'aurait pas été plus cinglante.

Jusqu'ici, Sakura avait surtout craint de ne pas réussir à soigner Itachi à temps ou de recevoir une visite impromptue de l'Akatsuki à la recherche de sa brebis égarée. Elle n'avait jamais sérieusement envisagé que la mission puisse échouer parce qu'elle se montrerait tout bonnement incapable de supporter son patient.

C'était, réalisa-t-elle en repérant la silhouette du déserteur dans les arbres, une erreur de jugement conséquente.

Le pire, songea-t-elle en se demandant ce qu'elle allait lui dire, était sans doute qu'une part d'elle-même comprenait son raisonnement. Même avec son syndrome progressant de plus en plus vite – à cause de ce syndrome, en fait, et de l'agrandissement des vaisseaux chakraïques –, il restait absurdement puissant, bien plus qu'une Jounin comme elle, même si Sakura se savait nettement au-dessus de la moyenne de son rang. Et après tout, n'avait-elle pas fait de son mieux pour faire croire qu'elle était une médic plutôt qu'une combattante ? Elle pouvait difficilement lui en vouloir de s'être trop bien laissé berner.

En dépit de tous ces beaux raisonnements, la vérité demeurait : Sakura se sentait humiliée.

- Je prends mon tour, annonça-t-elle en montant sur une branche.

Elle perçut un hochement de tête dans l'obscurité, et ce fut tout. L'homme ne fit pas un geste pour descendre et rien dans son attitude ne laissa entendre qu'il avait relâché sa vigilance.

Dix minutes incroyablement gênantes s'ensuivirent, puis Sakura craqua.

- Nous partons, dit-elle.

Elle se mit à courir sans un regard en arrière et bénit les Kami de ne pas avoir donné au Sharingan la capacité de voir à travers la matière : elle n'aurait pas supporté que le déserteur contemple les larmes de frustration rageuse qui perlaient au coin de ses yeux.


Matricule 01-2-561 observait le dos de son bandeau frontal.

Contrairement à ce que croyaient certains ninjas, l'entraînement de la Racine n'ôtait pas toutes les émotions ; il se contentait de les diminuer jusqu'à un niveau acceptable pour des machines à tuer. Matricule 01-2-561, par exemple, était tout à fait conscient qu'il se trouvait présentement dans un état d'intense confusion. Malheureusement pour lui, s'il connaissait le motif de sa situation émotionnelle, il n'était pas plus proche d'en venir à bout qu'au moment où on lui avait remis son bandeau frontal modifié.

En-dessous du matricule qui l'identifiait se trouvait à présent gravée l'inscription Saru.

Ça ressemblait à un nom de mission. En fait, d'après son supérieur, c'était un nom de mission – mais celui-ci, contrairement aux précédents, serait définitif.

01-2-561 n'était pas étranger à la pratique des noms. Les gens, lui avait-on appris, retenaient plus facilement une suite de syllabes qu'une suite de chiffres, et il n'existait à ce jour aucune culture connue dans laquelle 01-2-561 serait un patronyme accepté. Aussi, quand la nécessité s'en faisait sentir, 01-2-561 recevait un pseudonyme approprié aux besoins de sa mission.

Mais jamais jusqu'alors ne lui avait-on donné un nom définitif. A quoi bon ? Il possédait déjà un matricule pour l'identifier.

S'il avait été n'importe quel autre shinobi, 01-2-561 se serait tourné vers ses compagnons pour vérifier s'ils se trouvaient dans une situation similaire et s'ils en connaissaient la raison. Etant membre de la Racine, l'idée ne lui vint même pas à l'esprit. Il était le plus gradé du groupe et en charge de celui-ci pour leur mission : s'il ne possédait pas une information, personne en-dessous de lui dans l'échelle hiérarchique non plus.

Devait-il se faire appeler par son nom de mission ? Le mot était après tout gravé directement sous son matricule. Mais les noms de mission étaient réservés aux interactions avec des étrangers et Sai-dono avait été formel : bien qu'extérieures à la Racine, les deux personnes qui allaient se joindre à eux ne devaient pas être considérées comme des étrangers. Une saine méfiance envers Uchiha Itachi, élément libre donc imprévisible, s'imposait, mais Haruno Sakura serait la chef de mission et sa supérieure directe – toute tentative de dissimulation d'information, même quelque chose d'aussi bénin qu'un matricule, serait une offense impardonnable selon les codes de la Racine.

S'il avait été capable de ressentir de la fierté, 01-2-561 en aurait sans doute éprouvé à cet instant. Dans l'état actuel des choses, il était conscient de l'honneur que c'était de servir directement sous les ordres d'une personne aussi haut gradée et primordiale pour le fonctionnement du village, mais c'était une connaissance purement intellectuelle qui ne se traduisait par aucun impact émotionnel.

01-2-561 prit finalement une décision.

- A partir de maintenant et pour une durée indéterminée, je serai 01-2-561 Saru, informa-t-il les six shinobi devant lui.

- Oui, 01-2-561 Saru-taicho, répondirent-ils tous en cœur.

La confusion laissa place à une profonde satisfaction. 01-2-561 Saru avait résolu un problème et pouvait désormais se consacrer à sa mission.

Puis la femme de gauche – 01-2-987, se rappela-t-il – avança d'un pas.

- Je suis 01-2-987 Sakana.

- 01-3-467 Inu, déclara l'homme à sa droite quand elle eut rejoint le rang.

- 01-2-396 Neko.

- 01-4-376 Tokage.

- 01-4-431 Nousagi.

- 01-5-807 Uma, acheva l'unique Chûnin du groupe.

01-2-561 Saru nota ces nouveaux éléments dans un coin de sa mémoire. Maintenant que tout était en ordre, il pouvait distribuer ses directives.

- 01-5-807 Uma, préparez le bâtiment médical pour accueillir Haruno-sama, matricule 00-2601. 01-3-467 Inu et 01-2-987 Sakana, mettez en place les pièges standards autour du domaine, code 6, puis attendez Haruno-sama et Uchiha Itachi, matricule 00-2302. 01-4-376 Tokage, 01-4-431 Nousagi, préparez les chambres. 01-2-396 Neko, vous êtes en charge de l'alimentation.

Les shinobi hochèrent la tête et se dispersèrent. 01-2-561 Saru s'avança vers les sacs posés contre le mur et commença à les déballer.


Il était en train de sortir un poteau d'entraînement d'un parchemin de stockage quand 01-2-987 Sakana, sa seconde sur cette mission, se matérialisa devant lui.

- Haruno-sama et Uchiha Itachi ont été repérés, déclara la kunoichi. 01-3-467 Inu les conduit au domaine.

- Vérifiez l'avancement des tâches de 01-4-376 Tokage et 01-4-431 Nousagi et aidez-les si nécessaire. Dans le cas contraire, rejoignez 01-3-467 Inu.

- Oui, 01-2-561 Saru-taicho.

01-2-561 Saru finit de planter le poteau, rangea les parchemins restants et rejoignit le cœur du domaine au moment où Haruno Sakura et Uchiha Itachi arrivaient. L'homme portait encore la cape aux nuages rouges de l'Akatsuki, nota-t-il.

- Haruno-sama, se présenta-t-il. Mon nom est 01-2-561 Saru et 01-0-420 Sai-dono m'a placé à la tête de cette équipe.

- 01-2-561 Saru ? répéta la kunoichi. Saru est votre nom de mission ?

- Oui, Haruno-sama.

Pour une raison inconnue, la kunoichi eut l'air de retenir un soupir.

- 01-2-561, le but de vos nouveaux noms est de pouvoir être retenus plus facilement. Mettre vos matricules devant va à l'encontre de cet objectif, vous comprenez ?

01-2-561 Saru la fixa. Après quelques secondes, il devint apparent que la Jounin attendait une réponse. 01-2-561 Saru décida que son raisonnement était sensé et qu'il le comprenait.

- Oui, Haruno-sama, déclara-t-il donc.

- Alors comment vous appelez-vous ?

- 01-2-561 Saru, Haruno-sama.

Etrangement, cela ne semblait pas être la réponse qu'attendait sa supérieure. Il l'entendit marmonner quelque chose et crut capter le nom du chef de la Racine et des propos vaguement injurieux quant aux capacités intellectuelles de 01-0-420 Sai-dono, puis elle le regarda à nouveau :

- Ecoutez, pour la durée de cette mission, utilisez uniquement vos noms de mission, d'accord ? Pas vos matricules.

- Oui, Haruno-sama.

- C'est bien. Comment vous appelez-vous ?

- Saru, Haruno-sama.

Cette réponse-ci sembla la satisfaire.

- Saru-san, pouvez-vous nous faire visiter les lieux ? Terminez par les installations médicales. Sai m'a envoyé un Chûnin avec une formation de médic, je crois ?

- Oui, Haruno-sama, le Chûnin 01-5… Uma, se corrigea-t-il.

Elle eut l'air soulagée.

- Bien. Allons-y.

Il leur fit rapidement faire le tour des bâtiments. Tokage et Nousagi avaient fini le nettoyage et se joignirent à la visite ; Neko s'informa de l'existence d'éventuelles restrictions alimentaires et, après avoir reçu une réponse négative, demanda et obtint l'autorisation d'aller se fournir en produits de base. Sakana profita de la visite pour faire la liste des pièges utilisés autour du domaine, que Haruno-sama absorba avec l'habitude des professionnels.

Quand ils atteignirent les pièces réservées à l'usage médical, Uma finissait de ranger le matériel qu'il avait amené. Saru nota plusieurs outils et ouvrages sortant du cursus médical standard fourni aux médics de la Racine, mais Haruno-sama sembla les reconnaître comme les siens ; il ôta de son esprit l'hypothèse d'une insubordination du Chûnin Uma. La possession d'ouvrages hors du cursus standard nécessitait une autorisation préalable que, d'après ses informations, Uma n'avait pas demandée.

- Haruno-sama, salua le Chûnin en s'inclinant. Je suis 01-5-807 Uma, formation médicale de niveau 3.

- 01-5-807, vous serez désormais appelé uniquement par votre nom de mission, corrigea Saru.

- Bien, Saru-taicho. Je suis Uma, formation médicale de niveau 3, reprit-il en direction de Haruno-sama.

- Entendu. Saru-san, montrez à Uchiha-san son lieu de vie. Je vous laisse libre quant à l'organisation des lieux. Repos.

Saru salua et sortit, emmenant avec lui Sakana et Uchiha Itachi.

Sakura regarda le groupe s'éloigner avec un net soulagement. Gérer les membres de la Racine était souvent épuisant – comment pouvaient-ils être aussi aveugles à tout ce qui touchait aux relations humaines ? Ne comprenaient-ils pas intuitivement qu'un nom était fait pour être porté seul, pas accolé à un matricule ?

Elle secoua la tête avec désespoir. Initier Sai au comportement humain avait été suffisamment compliqué ; elle n'avait pas l'intention de reproduire l'exploit avec l'ensemble de l'unité, surtout vu les méthodes très… charnelles qu'elle avait employées avec son ancien coéquipier. L'apprentie de la Hokage n'avait pas besoin de ce genre de réputation.

Pourtant, il allait bien falloir qu'elle s'habitue à être entourée d'handicapés sociaux, car son entourage n'allait être constitué que d'eux pendant la durée de cette mission. L'Uchiha comprenait peut-être mieux les subtilités sociales mais sa façon de les ignorer le rendait presque plus difficile à gérer que les subalternes de Sai. Eux, au moins, lui obéiraient aveuglément. L'ancien déserteur ne s'embarrassait pas de telles contraintes.

Et c'était là le nœud du problème, n'est-ce pas ? Contrairement à ce qu'elle avait espéré en réussissant son épreuve, Uchiha Itachi ne respectait pas son autorité. Durant tout leur voyage, il était resté silencieux, sans un mot d'excuse pour ne pas l'avoir laissée prendre le tour de garde qu'elle s'était attribué. La seconde nuit, Sakura avait délibérément gardé le même arrangement – prendre le tour le plus facile aurait été comme une défaite et par les Kami, elle s'y refusait. Elle avait dormi d'un sommeil de plume et s'était réveillée à temps pour effectuer sa garde, mais Itachi n'avait pas fait mine d'aller dormir. Tout au plus avait-il somnolé deux heures pendant qu'elle surveillait les environs.

Si encore il l'avait méprisée ouvertement ! Mais non, il se contentait d'agir comme si… comme si elle n'était qu'un élément du paysage. Il se comportait de la même manière que son frère à l'époque où elle appartenait encore à l'équipe Sept, le mépris en moins. Peut-être la croyait-il incapable de le soigner, envers et contre tout. Peut-être réfléchissait-il à des choses plus importantes. Peut-être avait-il, ancrée en lui, l'idée que la médecine n'était qu'une capacité civile, secondaire pour un ninja, et qu'en faire sa spécialité faisait de Sakura une kunoichi de seconde zone.

La jeune femme grinça des dents. Maintenant qu'elle n'était plus directement soumise à sa présence silencieuse, la frustration laissait place à une émotion qu'elle accueillait avec beaucoup plus de satisfaction : Uchiha Itachi lui portait sur les nerfs, purement et simplement.

Mais, les Kami en soient témoins, même cet insupportable sociopathe ne parviendrait pas à entamer sa détermination. Konoha avait besoin du Sharingan, même si Shishou ne pouvait lui révéler exactement pourquoi, et Konoha aurait le Sharingan.

Sakura s'assit et se mit au travail.


Deux heures, trois livres et une consultation approfondie du dossier médical d'Itachi plus tard, elle avait une idée plus précise de la marche à suivre. La première étape serait, bien sûr, d'interroger l'Uchiha lui-même sur l'évolution des symptômes depuis son dernier examen. Ensuite, elle procéderait à un examen complet puis prendrait quelques mesures sur la réaction du système chakraïque à l'utilisation du Sharingan et du Mangekyô. Elle avait d'autres pistes – quatre pages d'autres pistes, en fait, couvertes d'une écriture fine et précise entrecoupée de diagrammes. Mais elle ne voulait pas plonger trop vite dans les hypothèses au risque de négliger les faits.

- Uma-san, appela-t-elle.

Le Chûnin interrompit la recherche à laquelle elle l'avait assigné et releva la tête.

Sakura l'observa quelques instants. L'adolescent n'y verrait pas une marque de curiosité : pour un membre de la Racine, réfléchir à l'attitude d'un supérieur était aussi inenvisageable que de lui planter un kunai entre les côtes, avait expliqué Sai. Elle pouvait donc le regarder sans qu'il ne se pose de questions ou ne remette en cause son autorité – si seulement certaines personnes pouvaient en faire autant.

C'était un jeune garçon de seize ans tout au plus dont le seul trait remarquable était le déséquilibre entre son nez proéminent et son arcade sourcilière reculée. Il avait les cheveux bruns coupés exactement comme ceux de Sai et des yeux gris vert inexpressifs. Ses connaissances médicales étaient basiques – une formation de niveau 3 correspondait à une familiarité avec les procédures de terrain et la capacité de soigner maladies bénignes et membres cassés sans trop de difficultés. On ne pouvait guère en attendre plus d'un membre de la Racine : l'absence d'esprit critique les empêchait systématiquement de progresser plus loin. C'était sans doute la raison pour laquelle Danzô n'avait jamais réussi à infiltrer l'hôpital en profondeur (ça et son absence de considération pour les civils qui constituaient la majorité des effectifs).

Le garçon ne lui serait pas d'une grande aide. Elle devrait cependant s'en contenter. Au moins pouvait-elle lui faire confiance pour préparer les expériences et suivre les protocoles qu'elle indiquerait ; les membres de la Racine n'étaient rien sinon méticuleux.

Il lui permettrait aussi de limiter ses interactions avec Uchiha Itachi au minimum requis, et rien que pour ça, elle l'aimait déjà.

- Allez chercher le patient Uchiha, s'il vous plaît.

- Oui, Haruno-sama.

En attendant son retour, Sakura se dirigea vers la pièce qu'elle lui avait demandé d'aménager. Elle ne contenait qu'une chaise en son centre et un écran blanc sur un mur, ainsi qu'un fauteuil dans un coin. Sakura enfila la blouse blanche pliée sur celui-ci. Le vêtement lui rappelait l'hôpital de Konoha et pendant un instant, elle se demanda si elle ne pouvait pas demander à faire venir quelques-uns de ses collaborateurs habituels. Elle rejeta l'idée immédiatement, bien sûr – sa mission était classée Secret Défense – mais non sans regret. Kajiro-san et Otawaya-san, en particulier, auraient été des ajouts bienvenus. Leurs remarques pertinentes allaient lui manquer.

Sakura attacha ses longs cheveux roses et ramena son bandeau frontal au-dessus de son front – il empêcherait des mèches rebelles de la perturber pendant les examens. Avec son porte-bloc gris et un stylo à la main, elle se sentait revenue dans son rôle de médic, l'appréhension qu'elle ressentait face à Uchiha Itachi toujours présente, mais affaiblie.

« Si tu veux faire ce travail, fillette, tu ne peux pas te laisser dominer par tes émotions, déclara Tsunade. Tu dois savoir garder la tête froide et rester professionnelle. En tant que médic-nin, tu n'auras pas le luxe de ne soigner que des inconnus : si tes partenaires sont blessés en mission, c'est sur toi que reposeras leur survie, compris ?

- Oui, Tsunade-sama.

- Non, je ne crois pas. Regarde-moi bien, Sakura.

Sakura releva la tête, surprise – c'était la première fois que Tsunade-sama l'appelait par son prénom.

- Un jour, tu devras soigner un ami ou même – ou même plus. Tu devras plonger les mains dans le sang d'une personne que tu aimes et tu ne devras pas pleurer, trembler ou t'évanouir. Tes partenaires pourront hurler tout leur soûl, toi, tu devras rester professionnelle. Quoi que tu éprouves, quoi que tu aies envie de faire, tu devras soigner ton patient et rien d'autre. Est-ce que tu comprends ?

Sakura ouvrit la bouche, prête à répondre que oui, oui, elle comprenait, ce serait long et dur mais elle serait une bonne élève, puis la referma. Les paroles de Kakashi-sensei lui revinrent. « Un vrai ninja doit regarder au-delà de l'évidence », avait-il dit lors du test des clochettes. Au-delà de l'évidence.

Les rouages s'alignèrent.

- Non, Tsunade-sama. Je ne peux pas encore comprendre.

La Hokage hocha la tête et Sakura dut retenir un bond de joie en réalisant qu'elle venait de réussir le test.

Il lui avait fallu longtemps pour comprendre. Elle n'avait vraiment réalisé la sagesse des propos de Shishou qu'en soignant Ino lors de cette mission où sa meilleure amie avait failli perdre un bras. Ç'avait été la pire mission de sa vie, pire encore que celle où Sasuke avait essayé de la tuer : elle se souvenait toujours de la fatigue qui recouvrait toutes ses pensées d'un voile de brume, du goût âcre des pilules énergétiques qu'ils avalaient tous comme des bonbons et du sang rouge d'Ino sur sa peau trop pâle.

Itachi… En comparaison, Itachi ne paraissait plus si redoutable.

Sakura exhala un soupir. Elle était forte. D'une façon différente du frère de Sasuke, mais forte tout de même. Elle avait fait trop de chemin pour se laisser dominer par ses insécurités.

Quand Uma laissa entrer son patient, elle était prête.

- Uchiha-san, le salua-t-elle. Veuillez vous asseoir. Uma-san, restez sur le côté, s'il vous plaît.

L'homme avait abandonné sa cape et ne portait plus qu'un haut gris, un pantacourt noir et des sandales.

Sakura sentit une vague d'agacement la menacer quand elle remarqua la résille qui sortait du col de son haut.

- Uchiha-san, reprit-elle, lors de nos prochaines séances, vous ôterez tout ce qui pourrait m'empêcher d'avoir une vision claire de votre réseau chakraïque.

Itachi hocha la tête et se leva pour enlever d'abord son haut, puis le vêtement en résille qu'il portait en-dessous. Sakura en profita pour vérifier la présence de cicatrices fraîches ou mal traitées ; n'en trouvant aucune, elle s'avança pour récupérer l'habit. Les mailles semi-métalliques étaient brûlantes sous ses doigts – l'affinité pour le feu d'Itachi semblait anormalement puissante.

Sakura essaya de ne pas penser à ce que cette petite lutte de pouvoir signifiait. Itachi devait savoir qu'elle désirait l'examiner ; venir avec un haut fait dans un semi-métal perturbant le flux de chakra ressenti de l'extérieur (combien avait-il payé pour un vêtement entier composé d'un matériau aussi cher ? Elle avait économisé des mois pour s'acheter un simple implant !) n'avait aucun sens… sauf s'il voulait voir à quel moment elle remarquerait que quelque chose n'allait pas.

Sauf s'il voulait la tester.

Sakura remercia les Kami d'être dos au déserteur quand la réalisation la frappa. Elle ôta toute trace de colère de ses traits, remit son masque de professionnalisme et posa le vêtement (plusieurs années de salaire !) sur le fauteuil.

Itachi avait remis son haut et la regardait.

- Uchiha-san, commença Sakura en calmant la partie d'elle qui voulait lui demander à quoi exactement il croyait jouer, avez-vous souffert de maladies bénignes ces derniers temps ? Inflammations, migraines, douleurs soudaines ?...

Itachi hocha la tête et Sakura attendit des précisions.

Quand le silence s'ensuivit, elle se demanda à quoi ressemblerait la jolie tête d'Itachi engoncée dans de l'acier en fusion.

- Quelles maladies bénignes ?

- Des douleurs, dit-il.

Sakura retint une remarque sarcastique sur sa loquacité. C'était la première fois qu'il parlait en deux jours et l'absence d'usage rendait sa voix rauque.

- Où ?

- A la tête et à l'estomac.

Elle nota l'information. Prévisible : les vaisseaux chakraïques s'agrandissaient et le patient, au lieu de suivre les indications médicales et de limiter son usage du chakra, pompait autant qu'il pouvait en infuser dans ses membres. Evidemment, à moyen terme, avec des réserves comme celles d'Itachi, les organes subissaient une inflammation qui se traduisait par des douleurs subites dans les zones les plus sollicitées. Sakura envisagea la possibilité de soigner ces symptômes, puis la rejeta : elle devait traiter la base, pas les conséquences. En plus, avec un peu de chance, la douleur pousserait le patient à limiter son usage du chakra…

Bon. Avec beaucoup de chance, peut-être.

Etant donné l'identité du patient en question, énormément de chance serait plus sûr.

- Avez-vous remarqué une différence dans l'utilisation des techniques liées à votre Sharingan au cours des derniers mois ? Leur puissance ou leurs effets ?

- Pas pour l'œil gauche.

- Et pour l'œil droit ?

- Je ne peux plus utiliser le Sharingan avec mon œil droit.

- Qu'en est-il du Mangekyô ?

- Il est inutile dans mon œil droit et plus difficilement utilisable qu'auparavant dans mon œil gauche.

Sakura prit note.

- Avez-vous perdu la vue dans votre œil droit ? reprit-elle.

- Presque totalement.

- Mais votre Sharingan, lui, est totalement inutilisable dans cet œil.

- Oui.

La vue et l'emploi du Sharingan étaient donc dissociés. Sakura le savait mais l'entendre de la bouche d'un authentique Uchiha l'aidait à imaginer comment employer une telle information.

Elle enchaîna immédiatement avec la question suivante :

- Le déclin de votre Mangekyô s'est-il effectué en même temps de celui du Sharingan ?

Itachi ne bougea pas pendant plusieurs secondes. Sakura retint son souffle. C'était la question la plus importante de cet entretien, car c'était celle dont elle ne connaissait pas la réponse. Konoha n'avait aucun document médical décrivant le fonctionnement du Mangekyô Sharingan sur un organisme d'origine.

Le Mangekyô Sharingan utilisait-il les mêmes vaisseaux que le Sharingan normal ? C'était le cas chez Kakashi, dont les vaisseaux chakraïques étaient anormalement distendus au niveau de l'œil gauche : ils gardaient en permanence la taille nécessaire au flux de chakra requis par le Mangekyô. Cela expliquait le bandeau qu'il gardait sur son implant (Naruto et elle avaient émis tellement d'hypothèses sur ce bandeau durant leur années de Genin que la vérité lui avait semblé décevante, quand Shizune la lui avait révélée).

Comment la pupille agissait-elle pour un Uchiha ? Les vaisseaux pouvaient-ils changer de taille ? Y avait-il un tout nouveau groupe de vaisseaux qui se mettait en place quand le shinobi développait son Mangekyô ? Pourquoi la pupille provoquait-elle systématiquement un aveuglement progressif ?

- Non, dit finalement Itachi.

Alors le déclin du Sharingan et celui du Mangekyô étaient séparés. Cela corroborait l'hypothèse de vaisseaux chakraïques exclusivement réservés à la pupille ultime…

Mais Itachi n'avait pas fini.

- Mon Mangekyô décline parallèlement à ma vue.

Sakura eut besoin de quelques secondes pour absorber l'information.

- Vous avez dit n'avoir perdu que partiellement la vue alors que votre Mangekyô est complètement inutilisable dans votre œil droit…

- Mon Mangekyô est inutile, corrigea-t-il de cet éternel ton doux et fatigué. Je peux utiliser le Tsukuyomi avec la même puissance qu'un Genjutsu moyen.

C'est-à-dire une puissance si faible qu'un simple Kai suffirait à le briser, compléta Sakura. Cela signifiait que le Mangekyô n'était pas tout-ou-rien : il n'y avait pas un seuil de chakra à franchir pour que la technique fonctionne. Il était possible de moduler sa puissance.

Le Mangekyô et la vue étaient donc liés ? Cela semblait contre-intuitif. Si le Sharingan et la vue étaient dissociés, on s'attendait à ce que le Mangekyô représente sa propre catégorie ou soit lié au palier d'en-dessous, le Sharingan – pas qu'il soit relié à la vue.

Pouvait-on activer le Mangekyô sans passer par le Sharingan normal ?...

En tout cas, cela expliquait que le Sharingan ne détériore pas la vue alors que sa version évoluée amenait à la cécité.

Sakura finit de transcrire les réponses et passa à la suite.

- Je vais examiner vos yeux. Annulez votre illusion.

Itachi ne bougea pas mais son œil droit se couvrit d'une couche translucide.

Après ça, l'examen fut routinier. Sakura se garda de faire des observations, préférant schématiser tout ce qu'elle sentait sous ses doigts quand elle laissait le chakra médical pénétrer dans les yeux d'Itachi. Elle le fit ouvrir la bouche, dire « Ah » (Itachi mit plusieurs secondes à obéir, probablement choqué de se voir demander une chose pareille), constata que ses vaisseaux étaient effectivement dilatés et put vérifier qu'il n'y avait au niveau des Portes oculaires que les vaisseaux de chakra normaux et les veines et nerfs optiques.

Itachi resta silencieux. Son absence de curiosité paraissait morbide à Sakura. D'ordinaire, ses patients voulaient soit s'échapper ("Kakashi-sensei, REVENEZ ICI !"), soit savoir absolument tout de ce qu'elle faisait – l'immobilité de l'Uchiha était inquiétante. On ne devenait pas un ninja de rang S sans s'informer sur son environnement.

Mais au fond, de la part d'un homme convaincu qu'il mourrait dans les prochains mois, ce n'était pas si surprenant.

Sakura chassa son agacement et le déserteur lui-même de la pièce. Sa grâce naturelle de shinobi était encore plus visible quand il ne portait pas de cape et la kunoichi retint le désir irrationnel de détruire le mur d'un coup de poing. L'opinion d'un nukenin, si puissant soit-il, qui que soit son petit frère, ne lui importait pas. Même s'il n'était pas vraiment un nukenin.

Elle secoua la tête et ignora ces pensées parasites. La jalousie de Sakura n'avait pas d'importance ; la médic-chef Haruno avait du travail.


Fiou. Ne vous inquiétez pas si vous n'avez pas absorbé les détails techniques du fonctionnement du Sharingan, ils seront mentionnés plus longuement par la suite.

J'ai toujours trouvé curieux que dans beaucoup de fictions ItaSaku où Sakura est présentée comme plutôt faible, non seulement elle n'est pas jalouse d'Itachi, mais en plus il s'intéresse tout de suite à elle. Du coup, si vous vous attendiez à un coup de foudre ou une attirance immédiate, euh... désolée. Vous venez de subir 70,000 mots et vous n'êtes pas au bout de vos peines.

N'oubliez pas que vos reviews me font extrêmement plaisir, même si elles sont courtes ! N'hésitez pas à me faire part de vos théories quant à tout et n'importe quoi, et souvenez-vous que pour un auteur, il n'y a rien de plus motivant que les opinions de ses lecteurs !