C'est presque effrayant de voir à quel point j'avance vite sur cette fiction. Pour une auteur habituée à publier 8,000 mots tous les six mois, sortir trois chapitres de suite sur une seule fiction est quasiment inquiétant.

Sinon, pour ce chapitre : c'est le dernier où Itachi et Sakura ont une relation strictement professionnelle. Ils commenceront à communiquer sérieusement à partir du chapitre 12 et la romance démarrera. Eh oui : après 80,000 mots, la romance démarre enfin !

Car sachez-le, Le Choix d'Itachi (ou LCI, comme je l'appelle) vient de dépasser les 80,000 mots ! Ma plus longue fiction à ce jour *écrase une larme d'émotion*. Moi, l'auteur qui abandonnait tout après cinq chapitres ! Bon, vous vous en fichez sans doute mais c'est une victoire personnelle. Donc merci à tous, vos commentaires m'aident à rester motivée, c'est grâce à eux que je garde le rythme soutenu des derniers jours.

Allez, maintenant, réponse aux reviews des lecteurs extérieurs à :
- ange : ces éléments de background sont précisés plus tard dans la fiction, en général. Pas d'impatience ^^
- BB : bien vu, je suis effectivement une femme. Contente que la fiction te plaise, en tout cas, je suis ravie de voir qu'autant de lecteurs aiment que la relation Itachi/Sakura ne tombe pas du ciel !
- lisou : tu veux un responsable ? Tu veux être remboursée ? Fight me ! è.é Non, plus sérieusement, merci pour ta review. Comme je l'ai précisé plus haut, leur relation va démarrer au chapitre suivant, ta patience sera dûment récompensée ^^
- lalwende : contente de te fournir une distraction ! Il va falloir que je publie hors des heures de bureau, je ne voudrais pas nuire à ta productivité. Merci pour ton commentaire, j'espère que ce chapitre te plaira :)


Sakura repoussa une mèche rose derrière son oreille.

Sa chambre était petite, propre et bien meublée. Un lit, une table, une chaise et une armoire constituaient l'intégralité du mobilier. Cela pouvait paraître peu dans une résidence aussi vaste, mais la qualité des bois utilisés trahissait la richesse de l'ancien propriétaire. Un parvenu, pour autant que Sakura puisse en juger : les dorures qui recouvraient l'armoire évoquaient plus l'argent que le bon goût. Elle se demanda qui il était et dans quelles circonstances ce charmant domaine était revenu dans le giron du Daimyô puis, de là, entre les griffes possessives de Konoha. Un pari lancé lors d'une fête à la Cour, un cadeau pour gagner des faveurs, ou d'autres motifs plus sinistres ? Elle ne saurait sans doute jamais.

Sakura s'était blottie contre le mur, une tasse de thé à portée de main et sa pile de notes sur les genoux. C'était une habitude qu'elle avait prise étant enfant et dont elle était incapable de se débarrasser : dès qu'un problème un peu difficile se présentait, Sakura se recroquevillait dans un coin de sa chambre et réfléchissait.

Si Itachi n'avait pas menti, le Mangekyô Sharingan était radicalement différent des théories élaborées par le service de renseignements. Il était plus qu'un stade évolué du Sharingan ; son mécanisme, en tout cas, différait totalement.

La pupille ultime serait donc liée au sens de la vue ? Sakura avait été surprise de constater que malgré l'usage répété du Mangekyô, les vaisseaux chakraïques oculaires d'Itachi étaient en relativement bon état. Ils étaient trop dilatés, bien sûr, comme le reste de son réseau chakraïque, mais à peine plus, et certainement pas autant qu'elle l'avait envisagé. Dans l'esprit de Sakura, employer sans cesse la pupille ultime devrait distendre les vaisseaux chakraïques concernés, en raison de quoi le Sharingan simple devrait devenir plus douloureux ; la quantité de chakra passant dans cette zone provoquerait des inflammations et si elles n'étaient pas traitées, celles-ci atteindraient les yeux eux-mêmes et conduiraient à la cécité. C'était un raisonnement simple, logique et clair. Evidemment, il n'en était rien.

C'était ennuyeux. Elle avait fondé beaucoup de ses réflexions préalables sur un lien entre Sharingan et Mangekyô Sharingan. Tsunade-shishou lui aurait assené qu'elle méritait bien sa déception : la réalité correspondait rarement aux exigences des médecins, il fallait qu'elle se le rentre dans le crâne !

Sakura soupira et but une gorgée de thé. Hmm. Pêche et vanille. Neko savait choisir de bons produits.

Si ce n'était pas le réseau chakraïque qui posait problème, alors qu'est-ce qui amenait à la cécité ? Le problème se situait-il au niveau du nerf optique ? Des veines, peut-être ? Ou bien était-ce une cataracte ? Un glaucome ?

Elle inscrivit les différentes hypothèses et laissa quelques lignes entre chaque pour développer ses raisonnements.

La cataracte paraissait peu probable : si une pellicule opaque se déposait effectivement sur l'œil de son patient, elle ne se concentrait pas sur la pupille comme cela arrivait dans les cas de cataracte. En plus, cette affection visuelle, se souvint-elle, était causée par l'âge – pas exactement le souci d'Itachi –, un traumatisme oculaire – si le passage au Mangekyô en était un, alors le Sharingan normal aurait aussi dû provoquer le même effet sur le long terme, raisonna-t-elle, ce qui n'était pas le cas – ou une inflammation – or les vaisseaux chakraïques n'étaient pas encore assez gros pour abîmer l'œil.

Un glaucome, peut-être ? Mais cette maladie provenait d'une dégénérescence du nerf optique qui provoquait la cécité des deux yeux, pas d'un seul.

Alors quoi ?

Sakura reprit une gorgée de thé. Le Mangekyô Sharingan, même s'il semblait ne pas s'appuyer sur le Sharingan pour fonctionner (elle ne se remettait pas de cette découverte) restait un œil ninja. Non, la solution au problème ne se trouvait pas parmi les maladies civiles, elle en était convaincue.

Il y avait un double défi à régler : la dégradation des Mangekyô d'Itachi et la maladie dégénérative qui le tuait. Le premier était sa priorité. Le Mangekyô sans Itachi pouvait être transplanté, Kakashi le prouvait ; Itachi sans le Mangekyô n'était qu'un ninja très puissant, denrée rare mais pas quasi-unique ou décisive dans la guerre à venir.

Sakura laissa de côté les pensées de Sasuke et d'un adolescent forcé de massacrer son propre clan. Elle était là pour offrir un atout à Konoha, pas pour porter des jugements moraux.

Une question bien plus intéressante était : les deux… soucis d'Uchiha Itachi avaient-ils un lien ? La maladie était-elle causée par l'usage du Mangekyô ? D'ailleurs, était-ce le Mangekyô qui provoquait la cécité, comme tout le monde le croyait, ou est-ce qu'il provoquait la maladie qui tuait Itachi et cette maladie, à son tour, causait la cécité ?

Trop de questions, pas assez de réponses. Sakura commença à mettre au point divers tests pour vérifier ses hypothèses.

Elle irait s'entraîner demain, décida-t-elle. Si coupé du monde soit le domaine, une guerre se préparait au-dehors et elle restait, envers et contre tout (et quoi qu'en pense Uchiha Itachi), l'apprentie de la Cinquième Hokage.

Ino et Naruto lui manquaient.


Matricule 01-5-807, dit Uma, observait attentivement.

Sakura-sama était une médic-nin efficace. Elle posait des questions, notait les réponses, posait d'autres questions, pratiquait des examens, et il s'efforçait de suivre au mieux son processus de pensée pour fournir des opinions quand elle lui en demandait (se voir demander une opinion en-dehors du centre d'examen était inhabituel, mais Uma ne questionnait pas les ordres).

Et d'un seul coup, elle clipait son stylo sur son porte-bloc, son regard vert s'aiguisait, et elle se lançait dans une série de questions qu'il comprenait mais dont la logique lui échappait totalement.

Ensuite, quand il avait escorté le patient 00-2302 hors du bâtiment médical, Sakura-sama reprenait méthodiquement son raisonnement et tout devenait évident.

Sakura-sama était une médic-nin efficace, mais elle était surtout, pour autant qu'il puisse en juger, une médecin de génie.

Uma n'était pas surpris, bien sûr. Il avait suivi une formation de médic – pas à l'hôpital de Konoha, certes, mais quiconque apprenait la médecine dans le village caché de la Feuille ne pouvait ignorer les noms des Trois de Konoha. Senju Tsunade, Katô Shizune et Haruno Sakura revenaient sans cesse dans les ouvrages médicaux en tant que contributrices, mais aussi pour leurs découvertes et les techniques qu'elles avaient conçues. Sakura-sama était extrêmement compétente et il ne doutait pas un instant qu'elle parvienne à soigner le patient 00-2302.

- Uma-san, appela-t-elle depuis le centre de la pièce.

- Sakura-sama.

- Prélevez le chakra d'Uchiha-san et analysez-le, s'il vous plaît.

Il saisit le papier qu'elle lui tendait.

- Patient 00-2302, laissez libre accès à votre ventre.

Quand 00-2302 eut relevé son haut, Uma appliqua le papier et attendit. L'estomac était la plus grosse réserve de chakra du corps : il ne fallut qu'une dizaine de secondes pour que le papier se colore d'un orange sombre marbré de noir.

Si Uma avait pu émettre des jugements de valeur sur ses missions, il aurait déclaré que travailler sous les ordres de Sakura-sama était de loin sa préférée.


Les Kami soient bénis pour lui avoir fourni Uma. Le garçon n'avait visiblement jamais entendu le terme « esprit critique » mais son obéissance immédiate et son efficacité pour les tâches simples lui facilitaient immensément la vie. Sakura ne voulait pas imaginer ce qu'elle aurait fait si elle avait dû pratiquer la batterie de tests dont elle avait besoin par elle-même.

Elle se serait jetée du haut d'une fenêtre, sans doute. Ou mieux : elle y aurait jeté Itachi.

La pensée lui avait traversé l'esprit plus d'une fois.

Heureusement, ils semblaient avoir trouvé un terrain d'entente : Itachi ne la testait pas (venir à un examen médical avec un vêtement perturbant son réseau chakraïque ? Vraiment ?) et Sakura restait strictement professionnelle et limitait leurs interactions au minimum requis. Elle allait manger quand il n'était pas dans la cuisine, elle choisissait un terrain d'entraînement à l'opposé du sien, et tout allait pour le mieux.

Sauf que non.

Parce qu'elle avait beau disposer d'un terrain d'entraînement, Sakura ne s'entraînait pas.

Oh, elle parvenait à libérer deux heures par-ci, une heure par-là pour travailler son taijutsu avec Sakana, mais ça ne comptait pas comme un entraînement – c'était un échauffement, rien de plus. Tsunade l'avait habituée à six à dix heures d'effort physique par jour. Sans ce rythme familier, Sakura se sentait perdue. Elle était dopée aux endorphines depuis ses treize ans, ne pas pouvoir se dépenser lui pesait plus qu'elle ne voulait l'admettre.

Il y avait juste tellement de travail. Elle commençait à se demander si pour guérir Itachi, elle n'allait pas devoir reproduire les recherches de générations d'Uchiha et acquérir une connaissance parfaite du Sharingan. En l'état actuel des choses, il lui manquait trop d'informations. Itachi, maudit soit-il, avait scellé les documents de son clan pour que seul un Uchiha possédant le Sharingan puisse y accéder. Malheureusement, Sakura connaissait les caches qu'il avait mentionnées – elle avait participé au nettoyage annuel du domaine Uchiha – et savait qu'elles étaient vides.

En d'autres termes, Sasuke avait trouvé ces documents. Sakura doutait qu'il accepte de les rendre, surtout pour soigner sa némésis.

Alors elle travaillait. Traités sur les yeux et leur usage, un livre récapitulant les dôjutsu et leur fonctionnement (document de rang S dissimulé sous une montagne de genjutsu et susceptible de déclencher une guerre ou deux, avait expliqué Shishou en le lui confiant), schémas décrivant l'organisme d'un shinobi et l'influence du chakra sur son développement, sans oublier des piles et des piles de notes.

Rien n'avait de sens.

Quand Itachi utilisait son Sharingan gauche, le chakra alimentant la pupille passait dans les veines chakraïques et arrivait dans les yeux. Quand il tentait d'utiliser son Sharingan droit, il se produisait exactement la même chose, mais pour une raison inconnue, la pupille ne s'activait pas.

Le Mangekyô était encore plus absurde. Sakura s'était sérieusement demandé si son patient ne l'avait pas mise sous genjutsu quand elle avait regardé ce qui se passait lorsqu'il activait l'œil.

Ça n'avait rien à voir avec le cas de Kakashi. Pour son ancien sensei, un énorme flot de chakra montait jusqu'à l'œil et alimentait constamment la technique jusqu'à ce qu'il la relâche et remette son bandeau. Pour Itachi… rien. Ou plutôt si : une circulation plus intense dans son organisme, tout son organisme. Pas juste l'œil.

C'était comme si le Mangekyô était une technique qui couvrait son corps entier et pas seulement une pupille… Mais ça n'avait aucun sens. C'était absurde.

Sakura avait envie de s'entraîner.

Non, elle ne pouvait pas. Elle était en mission. C'était dur à réaliser quand elle dormait dans une chambre propre et mangeait trois excellents repas par jour, mais l'objectif passait avant tout.

Ce cas ne serait pas aussi simple à résoudre qu'elle l'avait espéré.

Sakura envoya Uma lui chercher une tasse de thé et se remit au travail.


Une semaine plus tard, l'apprentie de Tsunade se trouvait à la même place et, à peu de choses près, dans la même disposition d'esprit.

Elle était un peu plus tendue, un peu plus fatiguée et un peu moins optimiste, mais l'impression générale de frustration impuissante qui l'habitait une semaine auparavant n'avait pas diminué.

- Je vais faire une pause, dit-elle à Uma.

Le Chûnin hocha la tête et continua de feuilleter le manuel d'ophtalmologie qu'elle lui avait confié.

Sakura repoussa sa chaise et sortit. Un peu d'air frais lui ferait le plus grand bien ; si elle devait passer une heure de plus dans cette pièce sans autre compagnie qu'un membre de la Racine, elle allait briser quelque chose. Probablement sa santé mentale.

Le traitement ne progressait pas.

C'était la vérité brute : quelles que soient les hypothèses, il se trouvait forcément un test qui les éliminerait. Sakura avait fait des progrès – elle comprenait bien mieux le Sharingan qu'avant et avait déjà plusieurs idées pour en rendre l'usage moins fatiguant pour Kakashi – mais le Mangekyô restait un mystère. Elle savait que c'était la pupille ultime des Uchiha, qu'ils ne pouvaient l'obtenir qu'en tuant leur meilleur ami (ce qui signifiait, avait-elle réalisé avec un frisson, que Sasuke s'était fait un ami et l'avait assassiné) ; elle savait que l'œil adoptait une forme différente pour chaque porteur ; elle savait que chaque Mangekyô contenait une puissante technique. Elle savait qu'Itachi avait accès à l'Amaterasu, le feu inextinguible, et au Tsukuyomi, ainsi qu'à une troisième technique nommée Susanoo et qui, d'après lui, constituait une « défense ultime » (il avait refusé d'en dire plus et Sakura avait envoyé Tokage à Konoha avec l'ordre d'en apprendre davantage).

Elle savait aussi que cette pupille conduisait inévitablement à la cécité.

A force d'expériences, elle avait déterminé que si le Mangekyô consommait effectivement une quantité importante de chakra, il ne le concentrait pas dans les yeux, mais sur l'ensemble du corps.

Enfin, dernière découverte mais pas la moindre, elle savait à présent que la maladie incurable d'Itachi et le déclin de son Mangekyô étaient probablement liés. La dilatation de ses vaisseaux chakraïques, qui causait les inflammations et les toux sanglantes, provenait de l'usage du Mangekyô, elle en était certaine.

Malheureusement, cela ne l'approchait pas plus d'un remède.

Quand elle sortit du bâtiment, Sakura inspira profondément. Un oiseau gazouillait dans un arbre non loin et la voix de Nousagi lui parvenait depuis un terrain d'entraînement. L'endroit était idyllique, elle devait bien l'admettre. Si elle y était venue dans d'autres circonstances, Sakura ne doutait pas qu'elle l'aurait adoré.

Hélas, en l'état actuel des choses, s'ouvrir à la beauté des lieux lui était difficile. Retenant un soupir, Sakura s'éloigna de la résidence pour marcher vers l'étang.

Les membres de la Racine lui rappelaient Sai quand il avait rejoint l'équipe Sept : obéissants, sans états d'âme et complètement insensibles aux émotions humaines. Ne manifestant aucune curiosité envers le légendaire Uchiha qui vivait parmi eux, ils préféraient se consacrer à leurs tours de garde et à l'entretien du domaine : cuisine, ménage, vaisselle composaient leur quotidien. N'importe quel ninja aurait fini par protester après une semaine à se consacrer aux tâches domestiques, mais eux se contentaient de faire ce qu'on leur disait et de s'entraîner quand ils avaient du temps libre.
Sakura avait exécré Danzô mais elle pouvait comprendre que le vieux renard ait voulu des sous-fifres aveuglément loyaux. Ne pas avoir à gérer les jérémiades de subalternes imbus d'eux-mêmes la changeait agréablement.

Des poissons dorés nageaient dans l'étang. Que se passait-il dans le reste du monde ? Avait-on eu vent des actions de l'Akatsuki ? Itachi s'était arrangé pour que l'organisation ne le cherche pas, mais combien de temps son prétexte le protégerait-il ?

Ses pensées s'égarèrent vers les questions qu'elle avait évitées jusque-là. Pourquoi Sasuke avait-il massacré les Heshiboka ? Pourquoi se laissait-il manipuler par Madara ? Connaissait-il la vérité sur son frère ?...

Sakura secoua la tête. Non, il ne pouvait pas savoir. Si c'était le cas, il n'aurait jamais accompagné Madara, elle en était sûre. Sasuke était un vengeur, pas… pas un monstre.

L'image de Hae dansa devant ses yeux – les cheveux noirs de la fillette, sa peau si pâle, et ses yeux prismatiques brillant de larmes…

Sasuke-kun, songea-t-elle en s'asseyant près de l'eau, qu'as-tu fait ?

Naruto avait-il été informé ? Sakura aurait aimé croire que si on lui en parlait, Naruto viendrait la voir avant de se jeter à la poursuite de leur ancien coéquipier, mais elle devait admettre qu'elle n'en était pas sûre. Naruto avait un lien très fort avec Sasuke, une osmose dans laquelle elle n'avait aucune place. Ils étaient comme des frères, tous les deux, malgré leurs différences et l'absence de lien biologique. Rien que pour ça, elle espérait de tout son cœur que Sasuke avait massacré le clan Heshiboka pour une bonne raison : s'il n'avait agi que par cruauté, Naruto en serait brisé. Il…

Il y a quelqu'un.

En une fraction de seconde, Sakura bondit sur ses pieds, sortit un kunai, créa un clone de terre à l'ombre des arbres et se substitua avec lui.

Elle se relâcha partiellement en voyant Sai apparaître au loin. Il n'y avait aucun genjutsu dans les environs et quand il vit son clone, il lança les pulsions de chakra qui l'identifiaient comme un allié de Konoha. Sakura dissipa le clone et sortit du couvert des arbres.

- Mocheté, la salua-t-il. Ton temps de réaction n'est plus aussi long qu'avant.

- Merci, Sai.

L'expérience lui avait appris que si elle réagissait à son compliment, il ne ferait qu'empirer.

- Je suis ravie de te voir, bien sûr, mais pourquoi es-tu là ?

- Hokage-sama a des informations à te transmettre. Le reste de mon équipe a aussi amené les traités médicaux que tu as demandés.

Rien d'alarmant, donc – pas d'invasion soudaine ou d'attaque de l'Akatsuki. Sakura sentit un poids se lever de ses épaules.

- Tu n'as pas idée à quel point je suis contente de voir, déclara-t-elle en enlaçant son ami.

- Tu tentes déjà de m'agresser sexuellement, Mocheté ? Uchiha Itachi ne satisfait pas ses attentes ? Je croyais que tu aurais des vues sur son corps. Il est physiquement similaire à son petit frère, n'est-ce…

- Si tu finis cette phrase, je t'envoie nager dans l'étang.

Sai lui répondit d'un sourire inexpressif.

- Allons dans ma chambre, dit-elle en se détournant.

- Comme je l'avais prédit, tu comptes m'agresser sexuellement.

- Allons dans ma chambre, répéta Sakura, où j'ai activé des sceaux de protection qui empêcheront des oreilles indésirables de surprendre les informations très confidentielles que tu as à me transmettre.

- Je pense tout de même que tu as envie de mon corps.

Sakura sentit une veine battre dangereusement fort sur sa tempe.

- Sai. Ma chambre. Tout de suite. En silence.

Les Kami soient loués, il n'ouvrit pas la bouche pendant le reste du chemin.

Quand Sakura eut activé ses sceaux, elle s'assit sur une chaise et attendit que Sai commence. Le visage du shinobi perdit son sourire hypocrite pour devenir inhabituellement sérieux.

- Uchiha Sasuke a été vu à la frontière avec la Cascade.

Nord-Ouest de Konoha, donc, au-dessus du pays de l'Herbe, à l'Est du pays de la Terre, compléta mentalement Sakura.

- Il se dirigeait vers la Terre. Il portait une cape de l'Akatsuki.

Sakura sentit une sueur froide lui couler le long du dos.

- Qui l'a vu ?

- Une unité ANBU. Ils ont fui à son approche, comme convenu, et Uchiha Sasuke ne les a pas poursuivis.

Sasuke. Dans l'Akatsuki.

Elle aurait s'en douter. Il était manipulé par le chef de l'organisation, après tout, et avec Itachi momentanément indisponible, rien n'empêchait Madara d'intégrer le plus jeune des deux frères.

- Est-ce que Naruto…

- Naruto n'a pas été informé.

Sakura se massa la tempe dans une tentative vaine de repousser la migraine qu'elle sentait poindre.

- Il faudra lui dire un jour. Plus on attend, plus il se sentira…

Blessé. Trahi.

- … mis de côté quand il sera informé.

- Je transmettrai tes remarques à Hokage-sama.

Comme si sa Shishou ne le savait pas déjà. Sakura préféra changer de sujet.

- Est-ce que Madara a été vu ?

Sai secoua la tête.

- Ni lui, ni aucun autre membre de l'Akatsuki. Comment ta mission progresse-t-elle ?

- Mal. Il n'y a pas assez d'informations et Uchiha-san ne coopère pas pleinement. Dis à Shishou qu'il y a eu des… imprévus et que nos hypothèses étaient incorrectes. Elle comprendra.

- Je lui dirai. Je dois repartir, Sakura.

Il sortit un parchemin scellé d'une de ses poches et le lui tendit. Le kanji « Secret » était gravé dans la cire du cachet. Sakura hocha la tête et le prit.

- Une équipe d'ANBU est à la recherche du déserteur Yakushi Kabuto, ajouta-t-il.

La kunoichi ne demanda pas de précisions : elle était sûre que sa remarque énigmatique prendrait tout son sens quand elle ouvrirait le document qu'il venait de lui transmettre.

- Je te verrai dans deux semaines pour mon rapport, dit-elle en se levant. Bon retour à Konoha.

Sai la salua d'un mouvement de tête et sortit de la pièce.

- Je suis surpris, Mocheté. Tu n'as pas essayé d'attenter à mon innocence, entendit-elle de l'autre côté de la porte.

Sakura serra les poings.

- SAI !


Quand elle eut menacé son ex-amant de sorts peu enviables et généralement irréversibles, et qu'il eut, par conséquent, courageusement fui vers Konoha avec les sous-fifres qui l'avaient accompagné, Sakura se barricada dans sa chambre. Elle activa les sceaux qui l'avertiraient si un chakra inconnu s'approchait puis sortit le parchemin de sa poche, brisa le cachet d'une pulsion de chakra et en mémorisa le contenu.

Quelques minutes plus tard, une étincelle déterminée dans ses yeux verts, la Jounin enterrait les cendres du document dans la cour.


01-3-467, aussi appelé Inu, dut attraper son bras droit pour l'empêcher de s'emmêler dans la toile au milieu de laquelle il se déplaçait.

Il avait perdu l'usage de son membre un peu plus tôt dans le combat, quand Sakura-sama avait finalement réussi à lui planter un kunai empoisonné à la jointure du coude. Depuis, la paralysie se répandait et il savait qu'il ne lui restait que peu de temps avant de perdre sa mobilité.

Il ne s'inquiétait pas, bien sûr. Sakura-sama le soignerait dès que leur match s'achèverait.

Inu se savait talentueux. Il était, après tout, un ex-ANBU, comme l'indiquait le 3 de son matricule, et n'avait dû quitter l'unité la plus intensive de la Racine qu'à cause d'une blessure mal soignée à l'estomac. Si Danzô-dono l'avait fait envoyer à l'hôpital pour recevoir le traitement adéquat, il aurait pu retrouver l'usage complet de son chakra ; mais l'existence d'Inu n'était pas enregistrée dans les documents officiels de Konoha et Danzô ne voulait pas risquer une enquête sur son unité.

Depuis, le Jounin ne pouvait plus employer qu'un quart de ses réserves de chakra. Ça ne l'empêchait pas d'être un adversaire redoutable et rompu aux styles de taijutsu les plus obscurs. Evidemment, Sakura-sama avait essayé dès le début de leur échange de le priver de son plus grand avantage – sa vitesse – et maintenant qu'elle avait réussi, il ne se faisait plus d'illusions quant à une possible victoire.

Se mouvoir dans la toile qu'elle avait tissée devenait de plus en plus difficile. Il admirait l'intelligence stratégique dont elle avait fait preuve en utilisant un réseau de clones et de substitutions pour accrocher les fils aux arbres. Dans un vrai combat, il ne doutait pas que la toile toute entière aurait scintillé là où le soleil la touchait, couverte d'un poison mortel.

Inu connaissait la réputation de Katô Shizune, deuxième mentor de Haruno Sakura.

Il évita un cratère creusé une dizaine de minutes plus tôt par un coup de poing de son adversaire et prépara une volée de shuriken. Les étoiles d'acier coupèrent plusieurs liens et la toile s'effondra autour de lui sans qu'un seul fil ne l'effleure.

Haruno Sakura n'était pas la seule à avoir une excellente intelligence stratégique.

Malheureusement, Inu réalisa trop tard que, occupé à se débarrasser de la toile qui restreignait ses déplacements, il avait perdu la kunoichi de vue. Il ne sentait pas son chakra dans les environs, mais ça ne voulait rien dire – elle avait, disait-on, un contrôle parfait, et Inu n'était pas un ninja sensoriel. Où se cachait-elle ? A gauche, à droite, derrière ou…

Affinité Dôton, se rappela-t-il.

Le sol explosa sous ses pieds et avant qu'il ait le temps de se téléporter, un scalpel bleu menaçait son artère fémorale. Sakura-sama était encore à moitié enterrée, sa tête au niveau de la hanche d'Inu.

Il avait perdu. Un seul mouvement et elle tranchait sa cuisse. Même s'il avait essayé une technique de dernier recours – déclencher la bombe qu'on lui avait implantée dans l'estomac et qu'il pouvait amorcer d'une simple pensée, par exemple –, elle n'aurait qu'à replonger dans la terre dans laquelle elle était immergée.

- Je me rends, dit Inu.

Sakura reprit pied sur le sol meuble, des gouttes de sueur coulant sur son front. Il aperçut son sourire féroce pendant une demi-seconde avant qu'un masque de politesse neutre ne le remplace.

- Merci pour ce match, Inu-san.

- Merci à vous, Sakura-sama.

- Je vais soigner votre bras. Laissez-moi voir…

L'homme se laissa faire pendant qu'elle imbibait la plaie d'antidote et soignait ses quelques coupures. Après plus de vingt-cinq ans en tant que ninja, Inu supportait suffisamment la douleur pour ne pas grincer des dents quand les sensations envahirent son bras.

Sakura acheva de neutraliser les restes du poison et rangea le flacon d'antidote.

Ce combat lui avait fait énormément de bien. Elle était fatiguée, bien sûr, mais c'était une bonne fatigue, physique et saine, sans rien de commun avec l'épuisement mental qu'elle avait éprouvé trois heures plus tôt. Elle se sentait rafraîchie, propre, presque légère, en retournant vers le domaine.

Quand elle arriva au niveau du bâtiment médical, Itachi la croisa. Ils se fixèrent un instant – lui toujours aussi immaculé, son œil malade couvert par un genjutsu, elle en sueur et incapable de contenir sa bonne humeur alors que les endorphines couraient dans son sang. Même la grâce féline de l'ancien déserteur ne suffisait pas à l'agacer.

Son allure diminua pendant qu'il la regardait, une expression indéchiffrable sur son visage, et elle lui renvoya un sourire de pure exaltation. Il se détourna et repartit vers son terrain d'entraînement.

Ha ! Qu'il se débrouille avec ça. Elle en avait fini avec les états d'âme d'Uchiha Itachi !

Sakura se demanda distraitement pourquoi l'indifférence du déserteur l'avait autant affectée durant la semaine. Le contrecoup du choc émotionnel qu'avait été le massacre Heshiboka, peut-être. Ou un désir de prouver à l'homme qui l'avait kidnappée qu'elle n'était pas une simple damoiselle sans défense. A moins que ce ne soit la ressemblance perturbante avec Sasuke.

Bah. Elle n'était pas elle-même sans un bon combat de temps en temps.

Sakura s'étira avec délice et rentra dans le bâtiment médical.

- Sakura-sama, l'accueillit Uma avec un hochement de tête.

- Uma-kun, répondit la kunoichi en s'écroulant sur une chaise. Peux-tu me donner le quatrième dossier sur ta gauche – non, pas celui-là, l'étagère du dessous – voilà, lui ? Merci.

Son optimisme ne durerait pas mais pour l'instant, Sakura était bien décidée à en profiter.

Soigner un seul shinobi ne pouvait pas être si difficile, n'est-ce pas ?


Sakura se réveilla en sursaut.

Elle s'était endormie presque immédiatement après s'être allongée, son corps réclamant un repos bien mérité après le combat de la journée et l'entraînement auquel elle s'était astreinte durant la soirée. Son sommeil avait été sans rêve, et pourtant…

Et pourtant elle était éveillée. La lumière de la lune baignait sa chambre d'une lueur crépusculaire. Rien ne bougeait. Sakura étendit son chakra – rien. Elle posa un doigt sur le sceau peint au-dessus de sa tête – rien non plus. Alors pourquoi n'était-elle pas en train de dormir paisiblement ?

La kunoichi essaya bien de trouver le sommeil, tourna une fois, puis deux dans son lit, mais sans résultat. Elle soupira et se leva. Dire que la nuit avait si bien commencé.

Elle marcha sans inquiétude sur les trois pièges qu'elle avait installés sur le parquet, certaines qu'ils ne réagiraient qu'en présence d'un chakra non identifié. Naruto les avait dessinés lui-même et Sakura avait toute confiance en son meilleur ami – pour ce que était du fuinjutsu, il était le digne héritier du Quatrième Hokage.

La chambre ressemblait à l'estampe d'un artiste excentrique qui n'aurait eu sur son pinceau que du gris, et à ses côtés seulement de l'eau pour le diluer. En poussant un peu de chakra dans ses yeux, Sakura aurait pu saturer ses cônes jusqu'à apercevoir les couleurs comme en plein jour – elle avait certainement un contrôle suffisant – mais la nuit avait un charme unique, paisible, reposant qui manquait au jour, et ce voile gris posé sur le monde en faisait partie.

Le rebord de la fenêtre était frais sous ses doigts. Son souffle laissait de petits nuages sur la vitre. La lune formait un D de guingois dans le ciel. Sakura se sentit envahie par une paix qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps – bien avant le massacre Heshiboka.

- Kai, murmura-t-elle en joignant ses doigts dans le signe de la chèvre.

Aucun genjutsu ne se brisa autour d'elle. Non, cette sensation de paix était authentique. Sakura laissa échapper un rire de dérision devant sa propre paranoïa.

Le domaine était véritablement superbe, dut-elle admettre. D'ici, elle pouvait voir briller les perles transparentes encastrées dans les tuiles – une lubie de Cour au coût exorbitant qui revenait régulièrement à la mode – et admirer les colonnes sombres qui soutenaient l'auvent du bâtiment à sa gauche. Deux petits dragons montaient la garde de chaque côté du toit, leurs corps sinueux enroulés autour de répliques du célèbre bâton du Sage des Six Chemins. L'aspect éminemment traditionnel de cette décoration conforta Sakura dans sa certitude que le lieu avait été construit par un parvenu : seul quelqu'un cherchant à se faire accepter aurait suivi à la lettre les règles ancestrales qui régissaient l'arrangement d'une résidence. Les anciennes familles, sûres de leur position, se permettaient toujours des fantaisies avec les résidences secondaires.

Amusée, Sakura remarqua que même la végétation entourant l'allée face à elle obéissait aux codes esthétiques en vigueur depuis des temps immémoriaux – un mélange de petits arbres, de parterres fleuris et de plantes dans de grands pots en terre…

La Jounin retint sa respiration.

Au milieu de l'herbe, les dalles suivaient un arrangement original : deux dalles claires étaient suivies par une foncée, et le motif se répétait aussi loin qu'elle pouvait voir. Sakura chercha dans sa mémoire les souvenirs des cours pour kunoichi qu'on lui avait fait suivre à l'Académie – mais non, cette formation ne lui évoquait rien. Une dalle claire, une sombre, voilà le motif auquel elle se serait attendue. Ça ? C'était une autre lubie de Cour – Ino n'avait-elle pas mentionné ce dallage particulier en revenant d'une mission de protection d'une quelconque noble en voyage de noces ?

Dans le cadre si respectueux des rites, le dallage détonnait. Les indicateurs de Sakura virèrent au rouge. Si elle avait dû mettre en place un genjutsu en pleine nuit dans une résidence inconnue et construite seulement quelques années plus tôt, c'est exactement ce qu'elle aurait fait – choisir un dallage en vogue à la Cour à ce moment-là.

C'était probablement de la paranoïa, surtout quand Saru était de garde, mais s'il y avait bien une chose que Sakura avait apprise au cours de sa carrière, c'était qu'il valait mieux se sentir stupide que mort. Elle recula doucement, masqua son chakra aussi efficacement que possible et quitta la chambre.

Elle sortit par une porte dérobée et se plaqua contre le mur. Impossible de vérifier si un genjutsu était en place sans étendre son chakra et révéler sa présence. Sakura fixa le lieu qui la perturbait – Saru ne passerait par ici que dans cinq minutes, si ses estimations étaient correctes. Une éternité, pour des shinobi. Devait-elle réveiller Neko ? Ou…

Uchiha Itachi apparut soudainement. Sakura sentit le contrecoup du genjutsu qui se brise, comme des vagues sur la surface d'un lac, et aperçut une silhouette s'éloignant précipitamment. C'était cet inconnu qui avait posé l'illusion, elle en était certaine – Itachi n'aurait jamais commis une erreur de débutant comme de mal reproduire les motifs du dallage…

Reprends-toi, Sakura, ce n'est pas le moment de penser au dallage !

La kunoichi carra les épaules et quitta le coin de mur derrière lequel elle se cachait. Itachi ne la regarda même pas. Il avait détecté sa présence avant même que le genjutsu tombe, devina Sakura.

Elle se planta devant lui, au centre de l'allée, et réfléchit. Il rencontrait quelqu'un en secret. Un informateur, sans doute : ni les membres de la Racine, ni elle ne lui fournissaient d'informations sur la situation des Cinq Nations. Rétrospectivement, il paraissait évident qu'Itachi n'allait pas se laisser couper du monde, et Sakura se maudit de ne pas l'avoir compris plus tôt. Elle ne pouvait même pas lui en vouloir : il avait besoin de savoir comment l'Akatsuki évoluait au cas où l'organisation décide qu'il était parti trop longtemps et se mette à sa recherche.

Mais il aurait dû l'en informer. Elle dirigeait cette mission. Il aurait dû lui dire, par les Kami !

Sauf que si elle commençait à lui faire des reproches, il la regardait de ce regard impénétrable, hocherait la tête puis l'ignorerait complètement. Sakura sentit une fatigue qui n'avait rien à voir avec l'heure tardive l'envahir. Comment devait-elle affirmer son autorité face à un shinobi bien plus puissant qu'elle qui avait passé la moitié de sa vie hors du village ?

Alors elle se contenta de mettre son masque de politesse neutre – celui qu'elle avait perfectionné au chevet d'innombrables patients plus exaspérants les uns que les autres.

- Je suis en charge de cette mission, Uchiha-san. Si vous souhaitez faire entrer des éléments extérieurs sur notre territoire, informez-m'en auparavant.

Elle ne resta pas pour voir sa réaction. Tsunade-shishou lui avait appris que pour être obéi, il fallait agir comme si on s'attendait à l'être, et Sakura appliquait fidèlement les conseils de son maître.

Elle retourna dans sa chambre et s'endormit dès que sa tête toucha l'oreilla.


- Itachi-san.

Itachi hocha la tête dans sa direction.

Sakura le laissa prendre place en silence alors qu'elle enfilait sa blouse blanche. La nervosité qu'elle éprouvait les premiers jours avait disparu. Elle ne pouvait pas prétendre être indifférente – Itachi ressemblait juste trop à Sasuke et était, pour parler franchement, trop puissant pour qu'on lui soit indifférent – mais l'habitude avait usé les émotions qu'il suscitait.

Son impassibilité avait aidé, Sakura devait le reconnaître. Itachi tenait plus de la machine que de l'homme ; au bout d'un moment, face à son absence de réaction, on se lassait de dépenser de l'énergie inutilement. Être sur ses gardes, vouloir faire ses preuves, être vexée, frustrée, humiliée, à quoi bon, quand Uchiha Itachi avait un pied dans la tombe et en regardait le fond avec intérêt ?

Sakura pouvait supporter beaucoup, mais l'indifférence paisible d'un homme se croyant condamné dépassait cette limite. Alors elle avait décidé qu'elle s'en ficherait : Uchiha Itachi était le Patient n°00-2302 et si le village l'ordonnait, elle le tuerait durant un examen pour prendre son Sharingan.

Si seulement il ne ressemblait pas autant à Sasuke-kun.

Sakura posa son porte-bloc et se mit au travail. La piste qu'elle explorait en ce moment était liée à la réaction des vaisseaux d'Itachi à différents types de chakra : chakra médical, chakra étranger, le chakra du shinobi lui-même… Y avait-il des variations quand le Mangekyô était activé ?

Elle laissa ses mains voguer à quelques millimètres du haut d'Itachi.
Elle ne le touchait jamais : Itachi devenait étrangement immobile quand quiconque initiait un contact physique avec lui, même dans le cadre aseptisé d'un examen. Sakura avait ses instants d'immaturité, mais elle n'était pas assez mesquine pour lui faire subir quelque chose qui le mettait clairement mal à l'aise.

Ses vaisseaux avaient encore grandi, constata la médic en fronçant les sourcils. Elle pouvait sentir les dommages faits aux organes internes, les cellules cancéreuses proliférant dans le foie, dans l'estomac, partout. Comme chaque jour, Sakura les éradiqua méticuleusement, consciente qu'elles reviendraient le lendemain. Soigner les organes était comme mettre un pansement sur une jambe de bois : parfaitement inutile sur le long terme. Plus les vaisseaux se dilataient, plus vite les organes s'usaient – pour l'instant, Itachi survivait avec une heure de soins par jour, mais dans un mois ? Deux ? Aurait-il besoin d'une heure de soin toutes les douze heures ? Toutes les six heures ?

Une heure de soin toutes les demi-heures ?

Bientôt, l'usure irait plus vite que la guérison. Même quand le déserteur tentait de ralentir son chakra, il ne pouvait pas l'arrêter complètement. Le chakra était une énergie vitale, après tout. Mais ce chakra qui le maintenait en vie était aussi ce qui le tuait…

Une seconde. Et si...

Depuis un coin de la pièce, Uma vit Sakura-sama relever soudainement la tête, ses grands yeux verts écarquillés. Les gants de chakra translucide autour de ses mains s'éteignirent. Quand elle tourna la tête, elle sembla regarder à travers lui.

- Uma-kun, murmura-t-elle comme si elle s'accrochait à une pensée vagabonde, tu sais détruire les foyers cancéreux, n'est-ce pas ?

- Oui, Sakura-sama.

Depuis que l'apprentie de la Hokage lui avait expliqué cette procédure, il y avait consacré six heures par jour jusqu'à la maîtriser correctement. Son contrôle n'était pas parfait mais cela suffirait.

- Je ne serai pas là demain, dit la jeune femme en posant sa blouse blanche. Je reviendrai… après-demain, sans doute. Tu soigneras Uchiha-san à ma place. Uchiha-san…

Elle récupéra plusieurs feuilles couvertes de notes, détacha ses cheveux et ouvrit la porte de la salle d'examen.

- … Vous pouvez partir. Au revoir, Uma-kun.

Le patient 00-2302 sortit de la pièce. Sakura-sama réunit ses mains dans le sceau du Tigre et disparut en ne laissant que le vide derrière elle. En shinobi entraîné, Uma apprécia la maîtrise parfaite du Shunshin.

Il rangea la salle, ramena les livres que Sakura-sama avait consultés dans leurs étagères et consacra une nouvelle heure à pratiquer la technique d'isolation puis de destruction des cellules cancéreuses.

Quand il émergea du bâtiment médical, Sakura-sama avait quitté le domaine.

- Saru-taicho l'accompagne, lui dit Sakana.

Uma alla manger.


Sakura courait. Derrière elle, Saru suivait en silence.

Malgré ses efforts, la kunoichi ne pouvait dissimuler la lueur triomphante dans ses yeux.

Tsunade-shishou recevrait son rapport un peu plus tôt que prévu.


Fiou. C'est fait. Alors, que contenait le parchemin mystère que Sai a donné à Sakura ? Qu'est-ce que celle-ci vient de réaliser ?

Prochain chapitre : Konoha, Lee (j'aime trop Lee pour ne pas le mettre dans mes fictions), Tsunade. Et vous vous souvenez de Cha Yun ? Sakura va enfin révéler ce qu'elle a compris en l'effleurant avant de quitter la pension.

On se revoit au prochain chapitre, c'est-à-dire bientôt, et passez une bonne journée !