Pour être honnête, je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, mais si je commence à chercher la petite bête et à réécrire tout ce qui ne me convient pas, il ne sortira jamais.

Merci à tous (toutes ?) les reviewers, vos commentaires m'aident beaucoup à garder ce rythme... euh... disons, rapide. Très rapide. Vous rendez-vous compte qu'à une époque, je sortais un chapitre tous les deux mois ? Et maintenant, non seulement c'est un chapitre tous les trois/quatre jours, mais en plus vous, merveilleux lecteurs, commentez régulièrement. Je suis une femme heureuse.

lalwende : merci beaucoup, tu me rassures ! Pour Kakashi, je l'aime en tant que shinobi, je le trouve intéressant, mais je suis aussi convaincue qu'il n'est pas un bon professeur et qu'on aurait difficilement pu choisir pire pour Sakura. Une fillette comme elle, avec du potentiel mais sans aucun guide pour l'exploiter, avait désespérément besoin d'une figure paternelle dans le milieu shinobi qui la voie pour elle-même, qui lui donne l'impression d'avoir de la valeur en tant que personne. Ainsi, elle aurait pu acquérir un peu de fierté et le désir de devenir plus forte au lieu de dépendre émotionnellement de Sasuke. Kakashi l'a considérée comme à peine plus que la proverbiale cinquième roue du carrosse.
(ça se voit que j'ai des projets de fictions où Sakura est un peu mieux prise en charge ? ^^)

Allez, bonne lecture et on se retrouve pour les notes de fin de chapitre !


Comme tous les soirs, Sakura était assise contre le mur de sa chambre, une tasse de thé à la main.

Les livres de Lee étaient passionnants. Cela faisait une semaine qu'elle les parcourait tous les soirs et elle ne s'en lassait pas. Tant de connaissances qu'elle ignorait auparavant ! Même quand on oubliait la maladie d'Itachi, ils lui apprenaient tellement qu'elle regrettait de ne pas les avoir consultés avant. Beaucoup des informations qui s'y trouvaient étaient des choses que Tsunade-shishou lui avait expliquées – leur style de combat reposait sur la manipulation précise du chakra, après tout – mais les auteurs les présentaient d'une façon différente, lui offraient un angle d'approche inédit.

Si empoisonnée par poison agissant sur chakra (ex : main), possible de fermer tenketsu du bras pour l'empêcher de se répandre ? griffonna-t-elle.

Elle posa son stylo et se replongea dans le livre.

Le chapitre sur les natures de chakra l'intéressait tout particulièrement. Elle se concentra surtout sur le Dôton et le Kâton – son affinité à elle, et celle de son patient.

D'après l'auteur, l'immense majorité des shinobi ne canalisaient leur chakra dans un élément que pour pratiquer le ninjutsu. C'était un choix dû, expliquait-il, à la difficulté que l'on avait à transformer le chakra bleu en un chakra possédant une nature. Pour quelqu'un qui n'avait pas un contrôle suffisant, le chakra élémental nécessitait parfois le double de chakra normal pour être formé. Ce n'était absolument pas économique et on en restreignait donc l'usage aux techniques qui en valaient la peine.

Mais ses expériences indiquaient que pour un shinobi suffisamment entraîné, qui parvenait à transformer son chakra avec très peu de pertes, utiliser un chakra élémental pouvait s'avérer avantageux.

Sakura comprit pourquoi le livre était resté prendre la poussière sur les étagères de Lee : les shinobi capables de transformer leur chakra avec des pertes minimales n'étaient qu'une poignée. Pour la plupart d'entre eux, les expériences que l'auteur évoquait ne possédaient aucune espèce d'intérêt.

Apparemment, renforcer ses muscles avec un chakra Dôton permettait d'accroître encore sa force. Suiton, Fûton, Raiton agissaient tous sur la vitesse, alors qu'un coup porté à l'aide de chakra Kâton laisserait derrière lui une brûlure douloureuse. Il citait des chiffres, des tableaux comparatifs, et Sakura sentit l'excitation la gagner à la vue de cette possibilité de s'améliorer encore. Elle avait des réserves de chakra plutôt faibles, pour une Jounin, et grappiller un peu plus de force dans ses coups pour la même quantité de chakra lui paraissait être un excellent marché.

Il lui faudrait tester ça. Elle se demanda distraitement si Gai-sensei accepterait de lui servir de partenaire d'entraînement.

Le livre consacrait également plusieurs pages aux mélanges de chakra. Sakura remarqua quelques inexactitudes sur le Mokuton, le chakra de Bois employé par le Premier Hokage. Elle nota les corrections sur une feuille et la coinça entre deux pages. Ces informations n'étaient pas classifiées dans l'enceinte de Konoha, Tsunade-shishou le lui avait clairement confirmé quand elle les lui avait enseignées ; elle était libre d'en faire part à Lee si tel était son désir. Maintenant que le Clan Senju avait presque disparu, leurs secrets ne valaient plus la peine d'être conservés, à en croire la Cinquième. Sakura trouvait ça triste.

- Yôton, lit-elle à voix basse, manipulation de la Lave, combinaison des chakra de Feu (Kâton) et de Terre (Dôton). Ranton, manipulation de l'Orage, combinaison des chakra de Foudre (Raiton) et d'Eau (Suiton). Ce style est particulièrement développé à Kumogakure. Les spécialistes s'accordent pour penser que les Kumo-nins descendraient d'une souche commune capable de manier le Ranton. La localisation de leur village, dans une chaîne de montagnes, aurait favorisé la consanguinité et préservé ce Keikkei Genkai…

Elle se demanda distraitement comment son affinité Dôton réagirait à un chakra Ranton, mélange de Suiton et de Raiton – l'Eau battait la Terre mais la Terre battait la Foudre, que donnerait le mélange des deux ?

- Enfin, et bien que ces natures tiennent plus du mythe que du fait confirmé, la rigueur scientifique m'oblige à faire état des chakra Yin et Yang. La légende veut que tout chakra soit un mélange de ces chakra primitifs et que seuls le Fruit du Chakra, qui fut mangé par le Démon Kaguya, et le chakra médical les possèdent en proportions équivalentes…

Effectivement, elle se souvenait des légendes que lui racontait parfois Ino, des récits avec lesquels les enfants de shinobi grandissaient – Kaguya, tantôt Déesse, tantôt Démon, le Sage des Six Chemins, les Hommes de l'Ouest, le Fruit du Chakra… C'était cependant la première fois qu'elle lisait que le Yin et le Yang pourraient être des natures de chakra. D'ordinaire, c'était plutôt une manière de séparer le spirituel – Yin – et le temporel – Yang.

- On raconte par exemple que le genjutsu serait presque complètement lié au Yin, alors que le chakra utilisé dans le cadre du Taijutsu serait Yang. Tout être serait majoritairement Yin ou Yang…

Elle lut quelques lignes de plus – l'auteur concluait en expliquant qu'aucun test ne permettait de distinguer ces « natures » et qu'il était donc probable qu'elles ne soient effectivement que le produit des légendes.

Peut-être qu'Itachi aurait une opinion là-dessus. Les origines du Clan Uchiha appartenaient après tout à ces légendes du fond des âges.


Elle croisa son patient dans la cuisine le lendemain, alors qu'elle allait chercher de quoi se faire une tasse de thé après son échauffement matinal. Il amorçait un mouvement vers l'étagère des boissons quand son regard s'arrêta sur le vase clos qu'elle tenait.

- Vous aimez le tchaï ? demanda Sakura.

Itachi hocha la tête.

- Voulez-vous que j'en prépare une tasse pour vous ? Nous pourrions aller le boire dans la bibliothèque médicale. J'avais justement des questions à vous poser.

- C'est une bonne idée, approuva Itachi. Je vous remercie.

Il s'assit sur une chaise pendant qu'elle faisait bouillir l'eau.

Il semblait fatigué, observa-t-elle en mesurant trois cuillères de thé. Ses cernes, éternellement présentes, ne faisaient que se renforcer, faisant ressortir la pâleur de sa peau. Même si tôt le matin, le genjutsu dissimulant son œil malade était en place.

Elle essaya de vérifier discrètement s'il avait perdu du poids, mais son nouveau haut, trop ample, rendait cette tâche vaine. Depuis qu'il ne portait plus cet insupportable vêtement résille en semi-métal (combien avait-il coûté exactement ? Pourquoi les déserteurs pouvaient s'offrir du matériel de luxe alors que les kunoichi loyales se contentaient d'un ridicule implant dans le plexus solaire ? Hmpf !), l'Uchiha avait opté pour une tunique prune vaguement resserrée à la taille qui le couvrait mieux que son haut gris. Elle tenta bien de regarder ses avant-bras, mais les bandages enroulés autour l'empêchaient de vérifier s'ils avaient maigri.

Au moins pouvait-elle s'assurer qu'il s'hydratait.

- C'est prêt, annonça-t-elle en versant l'eau chaude dans la théière.

Plateau en main, Sakura se dirigea vers le bâtiment médical. Elle dut retenir un mouvement de surprise quand Itachi lui ouvrit la porte – Uchiha Itachi lui tenant une porte, la situation semblait surréaliste.

D'un autre côté, il n'allait pas te laisser les pousser avec le pied.

Il fallait qu'elle se rappelle qu'il était un Uchiha, élevé dans les traditions de l'aristocratie des shinobi. C'était facile d'oublier ce genre de détails quand on ne le connaissait que comme un déserteur de rang S ou, plus récemment, un patient de génie. Pourtant, elle allait devoir s'y habituer. Quand il reviendrait à Konoha, le manteau d'héritier du Clan l'attendrait.

Ce même manteau que Sasuke-kun a piétiné en désertant…

La jeune femme secoua la tête. Ils avaient une guerre à traverser avant que le rôle d'héritier Uchiha ne devienne une considération importante, et vu la part qu'Itachi et elle auraient à y jouer, il n'était pas dit qu'ils en émergent tous deux en vie.

Les deux shinobi prirent place à la table principale, une œuvre d'art en bois sombre. Sakura retira le sachet de thé qui avait infusé et les servit avec les gestes précis d'une scientifique habituée aux expériences délicates. Itachi la remercia d'un hochement de tête.

Pendant quelques minutes, ils ne firent que savourer le thé et le silence matinal qui régnait. La lumière du petit jour traversait le panneau qui les séparait de l'extérieur. Elle semblait danser sur le parquet. Sakura observa des grains de poussière flotter devant son visage – depuis qu'elle avait commencé à entasser ses livres médicaux dans les étagères de la pièce, la poussière se faisait chaque jour plus présente.

Face à elle, Itachi paraissait hypnotisé par sa tasse de thé. La lumière s'accrochait dans ses cheveux, lui faisant comme un halo d'or chaud qui contrastait avec le noir de sa chevelure aile-de-corbeau, la pâleur de sa peau et le violet maladif des cernes qui ne le quittaient jamais.

Ses lèvres aussi étaient pâles, remarqua Sakura alors qu'il les trempait dans sa boisson. Ce n'était pas bon signe. Elle prit note de demander à Neko de surveiller ce qu'Itachi prenait dans la cuisine, tout en sachant que cela n'avait probablement rien à voir. L'homme agonisait lentement, en silence, depuis des années. Il faudrait plus qu'un bon régime alimentaire pour changer ça.

La jeune femme ferma à moitié ses paupières et respira la vapeur qui montait de sa tasse. Elle-même était encore plus blanche que d'habitude, à force de passer son temps en intérieur. C'était joli, elle devait l'admettre – la pâleur était un symbole de beauté dans les Cinq Nations et chez elle, ce teint clair se mariait avec ses yeux vert d'eau et ses cheveux roses pour lui donner un aspect délicat qui aurait été ravissant, s'il n'avait pas été contredit par les muscles de ses bras et de ses jambes. Mais il y avait des choses plus importantes que d'être jolie : s'assurer d'être au maximum de sa condition physique, par exemple.

Il faudrait qu'elle se fasse une analyse de sang quand elle aurait le temps. Avoir une carence en vitamine D par manque de soleil, en plein milieu de l'été, voilà qui susciterait sans nul doute les moqueries de Kajiro-san à l'hôpital.

Sakura posa sa tasse sur la table et remit une mèche derrière son oreille. Les yeux noirs d'Itachi étaient posés sur elle, attendant qu'elle s'exprime.

- Je suis tombée sur quelque chose, hier soir, commença-t-elle doucement – comme si parler trop fort aurait brisé le calme de l'instant. J'aimerais savoir si votre Clan parlait parfois de chakra Yin et Yang.

Itachi cligna des paupières, une fois.

- Beaucoup de nos récits font mention du Yin et du Yang tels que tous les connaissent : comme des composantes du chakra, toutes deux nécessaires pour développer ses réserves. Je n'ai cependant jamais entendu parler d'un chakra qui appartiendrait exclusivement à l'un ou l'autre type.

Sakura hocha la tête et écrasa la pointe de déception qu'elle éprouvait. Une autre piste trop floue pour qu'elle perde du temps à l'explorer. Devait-elle demander à Maito Gai s'il avait un avis sur…

- Le Yin et le Yang, poursuivit cependant Itachi, sont une composante importante des rituels Uchiha. Chaque couple dont l'un des parents avait activé son Sharingan cherchait à avoir deux enfants. L'un d'eux penchait vers le Yin, l'autre vers le Yang, et ensemble, ils formaient un équilibre.

La médic comprit instinctivement qu'il s'agissait d'une tradition exclusive aux porteurs du Sharingan – une information qu'il lui faisait confiance pour ne pas révéler à d'autres.

Quand Itachi tourna les yeux vers les étagères sur sa droite, pensif, elle retint son souffle.

- Je suis Yin. Sasuke est Yang, murmura-t-il, et le prénom de son frère coulait si naturellement de ses lèvres que Sakura se demanda combien de fois il l'avait prononcé, durant ses années d'exil.

Ce ne fut que quelques secondes plus tard qu'elle se rappela de respirer.

- Le Clan croyait que l'enfant Yin montrerait un talent naturel plus développé pour le Genjutsu et nos techniques de Feu. L'enfant Yang aurait plus de facilité à lire et reproduire les mouvements de Taijutsu à l'aide de son Sharingan.

Dans la limite de ses connaissances, une telle description lui paraissait appropriée. Itachi était doué pour tout, bien sûr, mais il était avant tout connu pour sa maîtrise inégalée du Genjutsu. Quant à son affinité Kâton… Elle en avait elle-même constaté la force, lorsqu'Uma-kun lui avait donné les résultats du tout premier examen qu'elle avait effectué. Et elle se souvenait de Sasuke-kun, de son talent en Taijutsu qui lui paraissait extraordinaire, quand elle n'était qu'une petite fille – et peut-être l'était-il vraiment, extraordinaire, mais Sakura ne faisait pas confiance à son jugement d'alors.

- Quand votre Clan opérait-il cette distinction ? Attendiez-vous que les enfants aient commencé leur éducation de shinobi pour voir quels talents seraient les plus affirmés ?

- Non. Les anciens déterminaient ce que nous étions dès la naissance. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours su que j'étais l'enfant Yin. Sasuke, par voie de fait, ne pouvait être que le Yang.

- Comment ? demanda-t-elle soudain.

Comment vos anciens pouvaient-ils le savoir ?

Itachi la fixa. Son visage était parfaitement impassible, comme toujours, mais son immobilité soudaine le trahissait. Il venait de comprendre ce qui l'avait frappée.

Si les dépositaires de la sagesse des Uchiha pouvaient déterminer la nature Yin ou Yang d'un enfant dès sa naissance, avant même qu'il n'apprenne ses premières techniques ninja, et si leurs estimations s'avéraient toujours justes – si l'enfant Yin était toujours meilleur en Genjutsu qu'en Taijutsu, et vice-versa –, cela ne signifiait-il pas que cette légende, ces natures Yin et Yang du chakra étaient… réelles ? Plus qu'une tradition aux origines brumeuses ?

Sakura sentait le potentiel de cette piste. Son cœur battit un peu plus vite : une véritable hypothèse, une piste fiable à explorer ? Enfin ?

- Pensez-vous pouvoir retrouver un indice sur la façon dont vos anciens distinguaient le Yin du Yang ?

Itachi secoua la tête.

- Non. Je n'ai jamais assisté à cette procédure.

- Dans ce cas, je vais avoir besoin de votre aide.

Elle posa sa tasse vide sur le plateau entre eux.

- Uchiha-san, j'aurais besoin de votre chakra pour invoquer Katsuyu-sama.

- Pensez-vous que la reine des limaces en saura davantage ?

- Elle est l'une des plus puissantes créatures faites de chakra. Si quelqu'un peut nous en apprendre plus, ce sera elle.

- Les invocations n'ont pas le droit de révéler des secrets que nous ignorons, lui rappela Itachi.

- Je sais. Mais si nous lui affirmons que nous connaissons l'existence de ces deux chakra, que nous cherchons simplement à en savoir plus afin de reconstituer l'héritage culturel de votre Clan…

Itachi la regarda. Quand il renversa la tête pour finir sa tasse de thé, elle cligna des paupières.

Il se leva.

Elle le suivit, satisfaite qu'il approuve son idée et vaguement gênée à l'idée de devoir lui emprunter du chakra. Katsuyu taxait fortement ses réserves et elle préférait partager le fardeau d'une invocation. En prenant l'énergie directement dans l'estomac d'Itachi, elle éviterait d'ajouter de la pression à ses vaisseaux chakraïques déjà surdimensionnés. C'était la meilleure chose à faire, même si utiliser le chakra d'un autre la mettait mal à l'aise. Elle n'avait fait cela qu'avec Shizune-sempai et Ino.

Ils se dirigèrent de concert vers la plus grande clairière du domaine. Rien de moins ne suffirait pour accueillir la reine des limaces.

Quand ils arrivèrent, le soleil était bas sur l'horizon et l'ombre des arbres s'étalait, si longue qu'elle couvrait presque la clairière. Sakura se plaça dans le croissant encore lumineux. Itachi, à sa droite, resta dans l'ombre.

La kunoichi accorda une pensée à l'époque où, Genin, elle devait se mordre le pouce de toutes ses forces pour en arracher quelques gouttes de sang. Personne ne voulait l'admettre – les shinobi étaient trop fiers pour ça – mais tout le monde savait que ça faisait sacrément mal, et Sakura avait joyeusement laissé tomber cette douloureuse tradition le jour où elle avait appris à faire des scalpels de chakra. Maintenant, il lui suffisait de modeler une goutte d'énergie et de passer son index sur son pouce. Adieu, cicatrices disgracieuses, infections potentielles, et surtout, adieu, geste évident qui révélait à n'importe quel adversaire qu'elle allait pratiquer une invocation !

Sakura laissa une main flotter devant l'estomac d'Itachi et, grimaçant quand le chakra au goût de fumée l'envahit, murmura le nom de Katsuyu en regardant son sang couler sur l'herbe.

Un nuage de fumée, un drain significatif sur ses réserves de chakra, et la masse de la Reine Limace envahissait la clairière.

- Sakura-chan, constata l'invocation en agitant ses antennes. Quel plaisir de te voir. Je ne m'attendais pas à ce que tu m'invoques avant quelques temps, et surtout pas en t'appuyant sur un chakra si… surprenant.

Sakura comprit le message.

- Je vous présente Uchiha Itachi, Katsuyu-sama. Il est à la recherche des connaissances perdues de son Clan. Si cela vous agrée, nous aimerions bénéficier de votre sagesse pour avancer dans cette quête.

La limace fut secouée par ce qui ressemblait à un rire.

- Des connaissances perdues ? Oh, certainement, certainement ! Voilà qui va ravir Karasu : son invocateur le plus prometteur, requérant l'aide d'un autre monarque !

Sakura jeta un coup d'œil à l'Uchiha. Karasu, le seigneur des corbeaux, elle s'en rappelait vaguement. Elle savait aussi que les Corbeaux, uniformément considérés comme des annonceurs de catastrophes, n'avaient ni la popularité, ni l'ancienneté des Limaces, Crapauds ou Serpents. Un choix d'invocation étrange pour le génie au Sharingan.

Elle se demanda aussi quel genre de créature qualifiait Uchiha Itachi de prometteur. Prometteur, ça voulait dire qu'il avait un potentiel à exploiter ; le consensus, dans le monde ninja, était que s'il l'exploitait un peu plus profondément, il atteindrait le noyau terrestre.

- Katsuyu-sama, reprit-elle alors que la limace observait son patient avec intérêt, nous aimerions en savoir plus sur les chakra Yin et Yang.

Les antennes se pointèrent aussitôt vers elle avant de se frapper l'une l'autre, comme si Katsuyu applaudissait.

- Tsunade-sama va être ravie ! Cela fait une éternité que personne ne m'a parlé du Yin et du Yang – le dernier était, voyons voir, ce cher Tobirama, son grand-oncle. Il est mort depuis, mais quel homme ! Tu l'aurais adoré, Sakura-chan, vous auriez été parfaits ensemble.

- Katsuyu-sama ! protesta la jeune femme en rougissant.

La limace, invoquée presque exclusivement par des femmes, avait une tendance marquée à jouer les entremetteuses. Ce qui n'aurait pas été si dérangeant si la plupart des hommes qu'elle suggérait à Sakura n'étaient pas morts et enterrés.

- Mais tu as raison, revenons à notre sujet, approuva la reine. Le Yin et le Yang. Seuls quelques Clans des origines en gardent le souvenir, hélas. J'ai toujours trouvé que tu étais remarquablement équilibrée, Sakura-chan, mais c'est sans doute parce que tu es une médic-nin. Cela dit, Shizune-chan l'est aussi et on ne peut nier qu'elle manque sévèrement de Yang…

Sakura la regardait monologuer, fascinée. Sa théorie était correcte. Les chakra Yin et Yang existaient vraiment. Par les Kami, elle n'en avait jamais entendu parler, jamais ! Combien de shinobi connaissaient leur existence ? Quel avantage pourrait-elle en retirer lors d'une bataille ?

Y avait-il là un lien avec le Mangekyô Sharingan ?

- Quant à toi, Itachi-kun, (Sakura vit du coin de l'œil son patient adopter une immobilité rigide face à l'appellation informelle), tu es un Yin, bien entendu. Peut-être un peu trop, d'ailleurs…

La masse visqueuse de son corps blanc tremblota, comme si elle essayait de se débarrasser d'une sensation désagréable. Un pic de chakra se fit sentir dans la clairière puis une épaisse fumée noire se détacha de Katsuyu.

- Ah, voilà qui est mieux, annonça la limace avec satisfaction. Je n'arrive pas à comprendre comment certains peuvent aimer le Kâton. J'ai toujours préféré être invoquée par des utilisateurs de Suiton, personnellement…

- Katsuyu-sama, l'interrompit une voix grave.

Itachi venait de prendre la parole.

- Mais il parle ! s'exclama la Reine Limace. De la part d'un Uchiha, c'est inattendu. Mais ne t'arrête pas, mon petit, dis ce que tu as à dire.

Sakura transforma son rire en une quinte de toux. Mon petit. Elle ne pensait pas voir qui que ce soit appeler Uchiha Itachi mon petit un jour. Visiblement, Itachi non plus, vu le regard presque paniqué qu'il arborait.

- Katsuyu-sama, reprit-il lentement. Comment pouvez-vous distinguer nos natures si aisément ?

- Une bonne question, assurément. Hélas, je n'ai pas de réponse. Vous autres humains avez acquis l'usage du chakra au cours de votre histoire ; je suis faite de chakra. Comment décririez-vous les couleurs à un aveugle ?

- Connaîtriez-vous au moins une technique utilisable par un humain pour distinguer le Yin du Yang ? demanda Sakura.

- J'en connais une, oui. Ton Clan la connaissait aussi, Itachi-kun. Cependant, si vous l'ignorez, ce n'est pas à moi de vous l'enseigner. Allons, ne fais pas cette tête, Sakura-chan ! Tu es une jeune fille brillante, je suis sûre que tu parviendras à la reconstituer. Si tu travailles de concert avec ton charmant partenaire, vous pourriez même y consacrer moins d'une décennie !

Sakura passa sur le « charmant partenaire » et, dans un effort de volonté, réussit même à ignorer la mention d'une décennie – Itachi n'avait certainement pas une décennie à vivre, au rythme où sa pathologie évoluait.

- Pouvez-vous nous donner des indices ? Pour faciliter notre recherche ?

Si la limace avait eu des sourcils, elle les aurait froncés.

- Ce n'est pas un jeu, Sakura-chan, gronda-t-elle. Non, je ne vous dirai rien. Vous avez pu découvrir l'existence de ces natures, après tout : vous êtes assez capables pour continuer sur cette voie.

- Dans ce cas, je vous remercie, Katsuyu-sama, dit-elle en s'inclinant.

Quand l'invocation avait pris une décision, il était inutile de chercher à l'en faire dévier. Itachi, à ses côtés, salua également.

- C'est moi qui te remercie, jeune Sakura. Discuter avec toi est toujours…

Elle tourna une antenne vers Itachi.

- … fascinant.

Et sur ces mots énigmatiques, elle disparut dans un nuage de fumée blanche.

Quand Itachi tourna ses yeux d'onyx vers l'apprentie de Tsunade, il paraissait beaucoup moins calme que d'habitude.

- Katsuyu-sama ne voit pas beaucoup d'hommes, justifia Sakura. Pas en-dehors des combats, du moins. Ça la rend curieuse.

- Ah. Je suis donc une… curiosité.

Il y avait une subtile touche de stupéfaction dans sa voix grave.

- Voyez les choses du bon côté, Uchiha-san : Katsuyu-sama vous apprécie !

Itachi ne sembla pas sensible à cet honneur. Sakura décida d'enfoncer le clou.

- Tous les hommes ne peuvent pas se vanter d'avoir l'affection d'une limace géante, déclara-t-elle d'un ton docte.

Quand ils reviendraient au village, elle ferait de son mieux pour décrire à Ino l'expression précise d'Itachi à cet instant. Certaines choses étaient trop comiques pour ne pas les faire partager à ses amis.


Après cet épisode, les recherches de Sakura s'orientèrent vers la fameuse technique perdue des Uchiha. Elle était convaincue que les chakra Yin et Yang étaient une des clefs qui permettraient de soigner Itachi – il ne pouvait en être autrement. Quelque chose qui semblait être une tradition pour les Uchiha et que personne d'autre ne connaissait devait forcément avoir une importance.

L'approbation silencieuse d'Itachi ne faisait que l'asseoir dans sa certitude.

Ils prirent l'habitude de se retrouver dans la cuisine au petit matin. Sakura choisissait un thé – toujours noir ; Itachi n'aimait pas le thé vert –, faisait bouillir l'eau, et Itachi lui tenait les portes jusqu'au bâtiment médical où ils s'installaient.

Ils ne parlaient pas beaucoup, dans ces moments-là. Quelques questions, une ou deux réflexions sur les livres qu'ils étaient en train de consulter, et c'était tout. La table était toujours vide, les ouvrages ayant été rangés par Uma la veille au soir. Il n'y avait qu'eux et le plateau sur lequel étaient posées leurs tasses dépareillées.

Sakura trouvait ironique qu'Itachi ait la tasse blanche aux motifs de cerisier, et elle la tasse noire décorée d'arbres argentés.

Sa présence avait quelque chose d'apaisant. Parfois, elle se laissait aller à le regarder, se demandant quel genre de Clan pouvait naissance à un homme aussi impassible, capable de planifier froidement son sacrifice en laissant un voile d'opprobre couvrir sa mémoire. Les illusions qu'elle avait entretenues autrefois, épouser Sasuke, devenir la matriarche Uchiha, lui paraissaient bien lointaines désormais. Il n'y avait pas de paillettes autour du Clan au Sharingan, pas de gloire à y trouver autre que celle qui se forgeait dans le sang et la mort. Durant ces matinées d'été, Sakura remercia souvent les dieux de ne pas l'avoir fait naître Uchiha. Ses parents ne lui avaient peut-être pas transmis de techniques héréditaires, mais ils lui avaient appris à sourire, à dire ce qu'elle voulait, à être aussi libre qu'une kunoichi pouvait l'être. Visiblement, un tel apprentissage n'avait pas été la priorité des parents d'Itachi. Des parents qui, se rappelait-elle alors, avaient aussi été ceux de Sasuke. Il les idolâtrait, à l'époque où l'équipe Sept existait. Aurait-il eu la même opinion, s'il avait grandi sur leur férule ? Elle en doutait.

Parfois, une quinte de toux secouait Itachi, et quand elle s'achevait, des gouttes de sang coulaient de sa main pour venir danser dans sa tasse de thé. Alors Sakura se levait, vidait le thé souillé dans un grand bol noir, et le resservait. Elle venait se mettre derrière lui et pendant plusieurs minutes, un chakra vert apaisait les inflammations du déserteur.

Une fois ou deux, ses pensées s'égarèrent vers le Clan Hyûga et la croisade que Naruto menait contre eux. Plus elle apprenait à connaître Itachi, mieux elle comprenait la colère de son meilleur ami contre les porteurs du Byakugan. Si les Hyûga avaient quoi que ce soit de commun avec les Uchiha, ils avaient effectivement besoin que le village intervienne dans leurs affaires.

Mais la plupart du temps, Sakura s'accordait le plaisir coupable de ne faire que ressentir. Le silence, le goût délicat du thé sur sa langue, la lumière chaude du petit matin, une présence taciturne, mais amicale : elle stockait ces moments dans l'espoir de retrouver un peu de cette paix fragile une fois que la guerre ferait rage.

Cela ne prendrait pas longtemps. Le parchemin remis par Gai à son arrivée était formel : bientôt, les Cinq Nations se rencontreraient à nouveau sur les champs de bataille ; d'abord les villages cachés, puis les pays qui les abritaient, car si les shinobi entraient en guerre, nul ne serait à l'abri. Ce serait Konoha, Kumo et Suna contre Iwa, Kiri et Ame, affirmait Shizune dans le parchemin. Le Feu, la Foudre et le Vent contre la Terre, l'Eau et la Pluie.

Et derrière les conflits, tirant les fils comme un terrible marionnettiste : Uchiha Madara, l'ancêtre revenu du fond des âges pour les hanter et les attirer dans le gouffre où il aurait dû finir.

Parfois, entre deux gorgées de thé, Sakura sentait un poids trop lourd l'écraser. Elle était shinobi, oui, mais elle ne voulait pas connaître la guerre. Quand on servait sous les ordres de Konoha, on connaissait le sang, la peur et le combat, mais il y avait toujours, au bout, un lieu dans lequel on serait en paix : Konoha était l'ancre qui les empêchait de se perdre dans la violence de leur métier. Une guerre, c'était la perte de ce repère rassurant. C'était la conscience aiguë qu'en cas de défaite, ils y laisseraient plus que leur peau – ils perdraient leur village.
Sakura avait dix-neuf ans. Elle était médic-nin, meilleure amie du jinchûriki du Kyûbi – du futur Hokage – apprentie de la Hokage actuelle. Dans cette guerre qui s'annonçait, elle pouvait tout perdre.

Et lui ? se demanda-t-elle un matin en regardant l'homme face à elle. Uchiha-san attend cette guerre depuis le massacre de son Clan. Si je le guéris, il montera au front. A-t-il peur ? Que se passera-t-il, s'il revoit Madara ?

S'il revoit Sasuke ?

Sakura aimait se battre. Elle était loin de la petite fille cachant honteusement son alter ego violente. Elle appréciait le combat, l'adrénaline, la violence qui lui permettait de se déchaîner. Parfois, oui, elle aimait tuer. Certaines personnes le méritaient. Le caractère sacré de la vie était un rêve de moine isolé, le genre de fantasmes que seuls ceux qui n'avaient jamais été confronté à un psychopathe, un violeur, un pédophile récidiviste pouvaient nourrir. Sakura aimait se battre.
Mais, que les Kami lui soient témoins, elle n'avait pas envie de combattre dans une guerre. Elle voulait que sa vie continue comme avant – faite d'entraînements, de missions, de gardes à l'hôpital. Faite de discussions absurdes avec Naruto, de ragots échangés avec Ino, de conversations avec l'énigme fascinante qu'était Uchiha Itachi.

La guerre… Ce n'était rien de tout ça. C'était sale, cruel et inutile.

Quand elle en arrivait là de ses réflexions, Sakura reprenait une gorgée de thé et levait les yeux vers Itachi. A chaque fois, elle trouvait le regard noir posé sur elle.

Alors elle tâchait d'oublier le monde extérieur pour quelques heures et de n'être plus qu'une médic soignant un patient exceptionnellement brillant.


Le dix-huitième jour après l'arrivée de Gai, Anko et Aoba, Sakura se réveilla plus nerveuse que jamais. Elle effectua ses étirements matinaux avec des mouvements secs, se lava rapidement, remplit les poches intérieures de ses vêtements d'armes variées, brossa ses cheveux avec tant de force que quand elle eut fini, la brosse était plus rose que brune.

Quand elle rejoignit Itachi dans la cuisine, elle lâcha tout-à-trac :

- Vous avez connu Madara. Pensez-vous que nous ayons une chance de gagner cette guerre par des moyens conventionnels ?

Il ne balaya pas sa question d'un revers de la main, prenant au contraire plusieurs secondes pour y réfléchir, et elle lui en fut stupidement reconnaissante.

- Si les alliés de Madara ne lui cèdent pas leurs jinchûriki, peut-être. S'il réussit à réunir la majorité du Jûbi…

Sakura sentit son cœur couler comme du plomb dans sa poitrine.

- Nous perdrons, finit-elle.

- C'est une possibilité envisageable.

Elle tourna les talons et courut presque jusqu'aux terrains d'entraînement. Aoba, qui finissait son tour de garde, la regarda mettre trop de force dans ses coups.

Il était parti quand Itachi arriva à son tour sur le terrain.

- Sakura-san, appela-t-il.

Sakura fit exploser un poteau d'entraînement en infusant son poing de chakra Dôton. Quand elle se tourna vers Itachi, une goutte de sueur coulait sur sa tempe.

L'Uchiha s'avança. Ses lèvres s'entrouvrirent, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose, puis se refermèrent. Les mailles de son collier accrochèrent l'éclat du soleil levant.

Sakura sentait sa poitrine se lever et s'abaisser pour soutenir son souffle erratique. Elle ne voulait plus penser. Juste un instant, elle voulait oublier ce qui l'attendrait à Konoha et la discussion qu'elle avait eue avec Tsunade, un mois plus tôt. Etait-ce trop demander ? Avait-on encore droit à ce maigre privilège de l'oubli, quand on portait les responsabilités qui étaient les siennes ?

Elle ne pouvait échapper au souvenir de cette conversation funeste. Ce qu'elle allait devoir faire… Ce qu'elles allaient devoir faire, toutes les trois – Tsunade, Shizune et elle – elle ne voulait plus y penser. Itachi la regarderait-il toujours avec cette estime dans les yeux, s'il savait ?

Naruto l'aimerait-il toujours ?

Elle voulait juste se perdre dans l'intensité aveugle du combat.

- Acceptez-vous de m'affronter, Sakura-san ? Taijutsu, sans chakra.

Uchiha Itachi était la personne la plus perceptive qu'elle ait jamais rencontrée.

- Merci, murmura-t-elle.

Puis ils combattirent.

Ce ne fut pas un match impressionnant. Se battre sans chakra signifiait qu'ils n'augmentaient pas leurs coups, qu'ils ne dopaient pas leur vitesse, leur force, qu'ils se reposaient uniquement sur leurs muscles. Sans chakra, Itachi ne pouvait pas se déplacer si vite que l'œil peinait à le suivre. Sans chakra, les coups de Sakura ne creusaient pas de cratères dans le sol.

S'ils avaient été ennemis, la kunoichi aurait perdu dans les premières secondes. Elle s'y attendait. Itachi retenait ses coups ; même en proie à une maladie mortelle, il restait un génie, et elle était trop nerveuse pour penser clairement. Elle voulait juste se perdre.

Il le lui permit.

C'était quelque chose que les civils ne pouvaient pas comprendre : qu'elle se jette d'elle-même vers un adversaire clairement meilleur qu'elle, esquive, bloque, réplique jusqu'à ce que ses membres la portent à peine ; qu'elle tire une joie sauvage de la sueur qui brillait sur le front de l'Uchiha, des fractions de seconde où leurs regards se croisaient. Itachi était meilleur qu'elle, mais elle avait travaillé dur pour devenir douée et n'avait pas honte de sa prestation.

Quand ils arrêtèrent, le soleil était plus haut dans le ciel et Sakura devait se tenir à ses cuisses pour ne pas basculer en avant.

- Je croyais que la médecine était votre spécialité, déclara finalement Itachi avec l'ombre d'un halètement.

C'était leur plan, à Shikaku et elle – lui faire croire qu'elle était une médic d'exception et qu'elle n'avait obtenu son rang de Jounin que grâce à cela, alors que ses talents de combattante peinaient à suivre. Il faudrait qu'elle raconte au stratège Nara comme ils avaient bien abusé Itachi. Visiblement, l'Uchiha ne réalisait que maintenant qu'il avait été leurré.

- Vous avez tout de même gagné, dit-elle.

Il pencha la tête, laissant une mèche noire lui couler sur la joue comme un ruisseau d'encre. Bien sûr, semblait-il signifier. Sakura ne se sentit pas vexée. Il était le ninja le plus accompli jamais né, après tout.

Ce jour-là, elle acheva un fac-similé de la technique des Uchiha. Elle le nomma henkou : équilibre.


Uma referma la porte derrière lui.

Sakura colla le sceau de protection sur le sol. Une pulsion de chakra suffit à l'activer : les complexes motifs s'animèrent et se répandirent sur les murs avant de disparaître.

- Je ne reconnais pas ce sceau, constata calmement Itachi.

- Naruto l'a créé. Il s'est basé sur les sceaux de privauté traditionnels et les a améliorés.

- Avez-vous confiance en son travail ?

Sakura se tourna vers l'Uchiha, indignée.

- Bien sûr ! Il est un des meilleurs experts de Fuinjutsu à Konoha, comme… comme son parrain !

Elle n'avait pas prévu de dire « son parrain ». Elle avait été à deux doigts de dire son père, de révéler un secret de rang A – secret de Polichinelle, certes, mais secret tout de même. Maudit soit cet homme pour la mettre en confiance ainsi. Entre les examens et leur thé matinal, ils passaient beaucoup trop de temps ensemble, dernièrement.

- Comme le Quatrième Hokage, poursuivit doucement Itachi.

Il sait.
Sakura devait admettre qu'elle n'était guère surprise. La ressemblance entre Minato et son fils était flagrante pour qui savait observer, et Itachi n'était rien sinon perspicace.

- Oui, comme le Quatrième, admit-elle.

Itachi n'ajouta rien.

Maintenant qu'Uma était parti et que la pièce était sécurisée, il était temps de se mettre au travail. Sakura releva ses cheveux en un chignon serré et ôta ses éternelles mitaines.

Itachi était assis sur sa chaise, torse nu, seule tâche de couleur dans la pièce aux murs blancs. La médic se plaça derrière lui et posa les mains sur ses épaules.

Immédiatement, Itachi se rigidifia. Sakura était désolée d'en passer par là, mais sa technique fonctionnait mieux avec un contact direct. Elle ignora l'immobilité suspecte de l'autre shinobi et lança le henkou.

La technique avait été infernale à mettre au point. Sakura avait dû en passer par tous les exercices qu'on lui avait appris pour augmenter ses réserves depuis l'Académie, estimer en quelles proportions ils augmentaient la partie Yin ou Yang du chakra, puis elle avait croisé ces informations pour tâcher de repérer les natures de chakra et, enfin, elle avait dû synthétiser ces données dans une seule technique.

Son premier essai avait caractérisé le chakra médical comme Yang aux trois quarts. C'était absurde. Le chakra médical était équilibré, Katsuyu-sama avait été formelle.

Son deuxième essai ne renvoyait que Yin ou Yang. Puisque toute chose contenait une part de Yin et une autre de Yang, et puisque Sakura cherchait à savoir dans quelles proportions les deux chakra étaient présents, ce résultat était singulièrement inutile.

Le troisième essai avait provoqué une balle de flammes d'un rouge sombre particulièrement malsain. Sakura avait écrit en gros NE PAS REPRODUIRE dans les notes qui avaient amené à ce résultat.

Le quatrième, enfin, avait été le bon. La technique lui renvoyait une sensation mathématique qu'elle pouvait facilement traduire en pourcentage : à gauche, le Yin, à droite, le Yang, et avec ça, elle parvenait à estimer la répartition d'un chakra avec une précision autour de cinq pourcents. Ça avait fonctionné sur elle, en tout cas.

Quand elle poussa son chakra dans le système d'Itachi, la réponse fut immédiate. Quatre-vingt-huit pourcents Yin. Si Sakura ne s'y était pas attendu, elle aurait arrêté la technique sur-le-champ face à l'absurdité du résultat. C'était un déséquilibre énorme – pas étonnant qu'une pathologie se soit développée !

Il faut lui rendre du Yang, songea-t-elle. Mais comment ? On ne pouvait pas rééquilibrer le chakra d'une personne comme ça, en claquant des doigts. Par les Kami, elle parvenait à peine à repérer ces natures, comment était-elle supposée agir dessus ?

Du calme, médic-chef Haruno. Diagnostic d'abord, action après.

- Activez votre Sharingan.

L'Uchiha obéit. Sakura mit le henkou à jour. Quatre-vingt-dix pourcents. Puisqu'elle avait une marge d'erreur de cinq pourcents, elle pouvait tout aussi bien considérer que la répartition du chakra n'avait pas varié.

Et maintenant, le véritable test.

- Activez votre Mangekyô Sharingan.

La peau d'Itachi était brûlante sous ses doigts. Quand les résultats lui parvinrent, Sakura réalisa qu'elle serrait bien trop fort les os saillants de l'Uchiha.

Mais il y avait de quoi. Un étrange mélange de triomphe et d'horreur l'envahit. Elle venait de comprendre la cause de la maladie d'Itachi, l'origine de son aveuglement progressif – et tous ses instincts lui criaient que c'était terriblement contre nature.
Avec le Mangekyô activé, le chakra d'Itachi était exclusivement Yin.

Pas la moindre trace de Yang. Sakura reproduisit le henkou trois fois, et chaque résultat fut d'une clarté absolue.

- Vous pouvez annuler votre technique, souffla-t-elle en ôtant ses mains.

Ils restèrent silencieux pendant plusieurs secondes interminables, la médic fixant son patient d'un regard vitreux, l'homme se tenant droit, ses côtes douloureusement visibles sous sa peau. Quand Itachi parla enfin, sa voix était d'une neutralité parfaite. Sakura ne s'y laissa pas prendre.

- Quels sont les résultats ?

- Katsuyu-sama avait raison : vous êtes déséquilibré, Uchiha-san.

Si elle avait été face à lui, la kunoichi aurait pu voir l'ombre d'un sourire amer sur les lèvres d'Itachi.

- Vous êtes Yin aux neuf dixièmes et je pense que le Mangekyô Sharingan en est responsable. Quand vous l'utilisez… votre chakra devient Yin. Complètement Yin, sans une seule trace de Yang. Je pense que…

Elle inspira, et tout devint clair.

- Vous étiez Yin, auparavant, comme vos anciens vous l'ont dit, mais pas dans ces proportions. A partir du moment où vous avez acquis votre Mangekyô, à chaque fois que vous l'avez employé, votre chakra s'est… modifié. Vous êtes devenu de plus en plus Yin, de moins en moins équilibré, et les symptômes se sont aggravés.

Triomphe. Horreur. Les deux sensations se mêlaient en elle. Tout était soudain évident, et Sakura se demandait si elle n'aurait pas préféré rester dans l'ombre.

- C'est l'héritage du Sharingan, n'est-ce pas ? Le seul moyen de retrouver un équilibre, de guérir… il vous faut l'autre Mangekyô. C'est le seul traitement connu !

Elle contourna la chaise et se planta devant Itachi. Le shinobi n'était plus pâle ; il était livide. Son illusion était tombée, révélant un œil couvert d'une pellicule blanchâtre.

- Il vous faut un Mangekyô Yang qui contrebalancera les effets du Yin. Pour un Uchiha qui a activé la pupille ultime, le seul moyen de survivre est de prendre les yeux de son frère. Ce n'est pas seulement pour garder la vue – c'est pour rester en vie !

Il ne la regardait pas. Son œil valide semblait hanté. Sakura craint soudain qu'il ne s'évanouisse.

- Uchiha-san, appela-t-elle avec angoisse. Uchiha-san, s'il vous plaît, regardez-moi. Ce n'est pas inéluctable. Il doit y avoir un autre moyen, une façon de repousser les symptômes – de gagner assez de temps pour synthétiser un Mangekyô Yang – Uchiha-san, regardez-moi !

Il était aussi blanc que Sai.

- Itachi-san !

Sakura remercia les dieux quand son prénom sembla sortir le déserteur de sa transe. Il la fixait, plus vulnérable qu'elle ne l'avait jamais vu, comme si cette vérité atroce était la pierre de trop ajoutée au fardeau qu'il portait déjà.

- Ne paniquez pas, demanda-t-elle faiblement. Quand nous retournerons à Konoha, j'en parlerai à Tsunade-shishou, elle pourra vous aider…

- Non.

Il y avait une fermeté effrayante dans ce mot.

- N'en parlez à personne, Sakura-san. L'héritage de mon Clan… ne doit pas être révélé à d'autres. Je vous le demande comme une faveur.

Il la regardait avec cette intensité qu'il dirigeait d'habitude vers ses ennemis. Il la voyait vraiment, elle, Haruno Sakura, la médic qui venait d'apprendre la vérité cachée au cœur du Clan Uchiha.

Itachi savait que son Clan dissimulait des secrets trop honteux pour être révélés au grand jour. Madara l'avait envoyé les retrouver, autrefois, dans une vaine tentative de détourner le génie Uchiha de Konoha pour l'attirer dans ses griffes. Mais Itachi avait toujours cru que c'était la vue qu'il perdrait en utilisant le Mangekyô. Madara n'avait jamais semblé malade, ni Kakashi, et Itachi avait vécu dans l'illusion qu'il était le seul à réagir ainsi à la pupille ultime des Uchiha. Il avait toujours cru qu'un Uchiha qui refuserait de prendre les yeux de son frère – qui résisterait à la barbarie qui courait dans leurs veines – serait puni par la cécité.

Il était prêt à payer ce prix.

Mais il n'avait jamais pensé que ce serait sa vie sur la balance. Itachi n'avait jamais aimé son Clan, mais ce n'était que maintenant qu'il comprenait leur vraie nature : prends la vie de ton frère… ou meurs. Tue… ou sois tué.

Il eut soudain le désir irrationnel de se saigner à blanc, d'ôter de son corps jusqu'à la dernière goutte du liquide qui le liait à cette horreur qu'était le Clan Uchiha.

Mais il ne pouvait pas. Il devait vivre et garder ce secret en lui jusqu'à ce que leur Clan maudit soit annihilé. Madara, Sasuke, lui – ils étaient les héritiers d'une vérité qui n'avait pas sa place dans ce monde. Ils incarnaient une horreur qui devait disparaître, pour que les Cinq Nations connaissent un jour la paix.

La vérité ne devait pas se répandre.

- Je n'en parlerai pas, le rassura Sakura, pâle, elle aussi, dans sa blouse blanche. Mais si je ne parviens pas à trouver un moyen, si Konoha a besoin du Mangekyô pour gagner la guerre…

… Alors elle ferait passer Konoha avant sa promesse.

- Je comprends, répondit Itachi.

Et c'était vrai. Il comprenait. Après tout, lui aussi avait fait passer Konoha avant tout.


Le lendemain amena avec lui la seule personne capable de remonter un tant soit peu le moral de Sakura.

- Naruto ! s'exclama la kunoichi en voyant son frère de cœur débouler à fond de train dans la cour herbeuse du domaine.

- Sakura-chan !

Et, toute décence oubliée, sous le regard moqueur de Mitarashi Anko et celui, plus mesuré, d'Itachi, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et commencèrent à babiller comme des enfants de cinq ans.

- Tu vas bien ! Comment s'est passé ta mission ?

- Cet enfoiré de Kabuto est six pieds sous terre, 'ttebayo ! Tu aurais dû voir Shizune-san, elle faisait peeeeuuuuur quand elle a commencé à utiliser ses poisons – les autres sont encore à l'hôpital donc c'est moi qu'on a envoyé…

- Tout le monde va bien ? Neji-san ? Shikamaru ?

- T'inquiète pas, Sakura-chan, ils seront bientôt guéris, Baa-chan s'occupe d'eux. Et toi, ça va ? J'arrive pas à croire que tu doives guérir de le frère du Teme ! S'il t'insulte, dis-le-moi, je lui ferai ravaler sa langue !

- Non, ça va, il est… il est gentil, quand on apprend à le connaître.

(Anko, qui écoutait la conversation sans aucune honte, leva un sourcil narquois en direction d'Itachi, frappé d'une immobilité suspecte.)

- Gentil ?! Eh ben il a rien à voir avec Sasuke-bâtard, alors…

Le ninja blond jeta un coup d'œil soupçonneux au déserteur.

- Pas de mains baladeuses en salle d'examen ! lança-t-il en se retournant pour pointer un doigt menaçant vers l'Uchiha.

- Naruto ! protesta son amie en lui assenant un grand coup sur la tête.

- Mais, Sakura-chan, je voulais juste te défendre ! geignit le garçon.

Deux mètres plus loin, et même s'il ne l'aurait pas admis sous la torture, Itachi se sentait un peu dépassé par les événements.

Voilà donc le garçon qu'il avait eu pour tâche de chasser quand il appartenait encore à l'Akatsuki. C'était la première fois que l'Uchiha pouvait le voir d'aussi près et aussi… détendu.

La complicité entre Naruto et Sakura était évidente. C'était le genre d'affection un peu rude que partageaient un frère et une sœur, qui leur donnait l'assurance qu'aussi ridicules soient-ils, l'autre ne ferait que renchérir. C'était une de ces amitiés légères en apparence qui montraient leurs épines dès que quelqu'un tentait de blesser l'un de ses membres – alors l'autre frappait le gong, prenait les armes et se jetait tête baissée à la défense de son ami. Itachi n'avait jamais rien connu de tel, mais il s'en était approché, à l'époque où son cousin Shisui vivait encore.

Il y avait une innocence dans cette amitié qui contrastait avec Haruno Sakura telle qu'il la connaissait, comme une médic efficace et, plus récemment, une kunoichi méritant largement son rang de Jounin. La jeune femme polie avec qui il discutait calmement autour d'une tasse de thé pouvait faire preuve de l'exubérance d'une enfant, en présence du junchûriki.
Il y avait quelque chose de gênant à les observer quand ils étaient ainsi, dans leur bulle, à se raconter avec de grands gestes les derniers événements de leur vie en recourant à des références qu'eux seuls comprenaient.

Itachi allait partir quand Sakura tourna la tête vers lui. La jeune femme ne dit rien, mais ses yeux verts s'adoucirent et le sourire qu'elle lui adressa par-dessus l'épaule de Naruto semblait le convier à partager sa joie. Itachi, l'éternel solitaire, se souvint de ce qui faisait la force de Konoha.

Le travail d'équipe.


Et voilà ! Prochain chapitre : Konoha, Konoha, Konoha. Et la guerre, aussi, parce que le monde n'est pas une bulle rose sentant le jasmin.

Vous avez dû le deviner mais je ne compte pas refaire les Cinq Nations VS l'Akatsuki. Si puissants soient les membres de l'Akatsuki, qu'eux et une armée de Zetsu puissent tenir tête au reste du monde me paraît irréaliste. Du coup, ce sera le beaucoup plus classique trois pays VS trois pays et Madara.

Oh, et sinon, question : quand j'aurai fini LCI (ce qui risque d'être plus tôt que prévu si l'inspiration continue de venir à ce rythme), est-ce que certains d'entre vous lirez ma prochaine fiction Naruto ? Le résumé hypothétique est sur mon profil.