Dernier chapitre de "Médecine", on attaque "Guerre" à partir du chapitre suivant ! Quels sont vos pronostics ? Qui va gagner ? Comment ? Que va-t-il se passer avec l'Akatsuki ? Quels rôles joueront Sakura et Itachi ? Je prends les paris ! *agite la boîte à billets*

Je n'ai rien à faire en ce moment à part cuisiner, prendre soin de la maison et écrire, et avec cette chaleur, hors de question de mettre le nez dehors entre dix et vingt-deux heures (d'autres Lyonnaises pour compatir ?). Donc j'écris. Beaucoup. Voilà, j'espère que cette fenêtre ouverte sur ma vie passionnante vous aura plu.

Réponse aux reviews :
- lalwende : le yin et le yang sont dans le manga (d'ailleurs, Tobirama est vraiment un utilisateur de ces chakra, d'où la mention de Katsuyu). Par contre, tout ce qui est expliqué dessus, ainsi que le lien avec les Uchiha, est une invention. Je donnerai la date de début de publication de ma prochaine fiction quand j'aurai fini LCI, si tu veux, puisque tu n'as pas de compte pour être prévenue :)
- lisou : je suis contente que tu aies aimé le passage de la reine limace, j'ai adoré l'écrire. Ces petits moments humoristiques sont ce qui rendent une fiction lisible, je trouve (trop de sérieux tue le sérieux). Quant à tes suppositions sur Sakura guérissant Itachi et quand, je ne peux y répondre pour l'instant mais tu comprendras dans les deux-trois chapitres à venir.
- Marion : merci à toi ! Tant d'enthousiasme, ça me réchauffe le coeur !
Haha, tu n'imagines même pas ma joie quand j'ai trouvé comment résoudre la pathologie d'Itachi de manière crédible. En plus, ça m'a bien bouleversé mon intrigue, sur le coup x) Je suis absolument ravie que tu ne vois pas comment les choses peuvent évoluer, ça veut dire que je peux te surprendre ! Contente de te compter parmi mes commentatrices ^^

Bonne lecture et à tout à l'heure pour les notes de fin de chapitre !


Il est impossible, pour un shinobi versé dans les arts du chakra, de ne pas percevoir Konoha. Le village – qui tient plus de la ville, vraiment, mais « Villes Cachées » sonne moins bien que « Villages Cachés » – bourdonne comme une immense ruche toujours éveillée. Des centaines de chakra se mélangent en un halo qu'on ne peut voir, mais qui est comme un phare dans la nuit pour les sens aiguisés des shinobi.

Un ninja sensoriel peut repérer les Villages supposément Cachés à plusieurs dizaines de kilomètres. Ceux qui n'ont pas le privilège de bénéficier de ce talent doivent se contenter de simples centaines de mètres. Plus le village est prospère et ses combattants nombreux, plus cette distance s'allonge. Avant l'attaque du Kyûbi, les missions diplomatiques de Konoha vers Kumo prenaient note du moment exact où ils commençaient à sentir le chakra du Village battant comme un immense cœur. Les shinobi de Kumo allant à Konoha faisaient de même, et chacun se vantait d'avoir la distance la plus grande.

Quand Shizune-sempai avait expliqué cette tradition à Sakura, elle s'était dit que décidément, quel que soit leur âge, les hommes ne pouvaient s'empêcher de jouer à qui a la plus grosse – pardon, la plus grande.

Depuis l'attaque du démon à neuf queues, l'habitude s'était perdue. Il n'y a aucun plaisir à écraser un adversaire déjà à terre. La moitié des shinobi de la Feuille avaient succombé à la haine ravageuse du Renard, et le soleil était devenu une flamme tremblotante qui, quand le Clan Uchiha avait été annihilé, s'était dangereusement approchée d'une simple bougie. Aujourd'hui encore, ce n'était que quand Naruto se tenait dans l'enceinte du village que Konoha pouvait se vanter d'avoir retrouvé son ancien éclat. Les jinchuriki irradiaient comme un brasier et Naruto, abritant le Kyûbi en lui, était indéniablement le plus grand d'entre eux.

Mais, affaiblie ou non, prête pour la guerre qui arrivait ou non, Konoha restait sa maison et Sakura ne put s'empêcher de courir un peu plus vite quand elle s'en approcha. Naruto était à sa gauche, sautant de branche en branche et prenant de l'avance pour lui lancer des défis rieurs. Itachi courait à sa droite, vêtu d'un haut noir arborant l'éventail de son Clan et d'un pantacourt sombre, et si une chose surprenait Sakura, c'était de ne pas être surprise de le voir là. Il y avait quelque chose de naturel à courir entre les deux, entre Naruto et Itachi. Peut-être était-ce le souvenir de Sasuke.

Peut-être était-ce juste Itachi.

Quand les murailles de la Feuille furent en vue, les membres de la Racine s'enfoncèrent furtivement dans l'ombre pour laisser leurs collègues se mettre en formation. Itachi se positionna à la pointe de la lance ; Sakura et Naruto se tinrent de chaque côté de lui, un peu en retrait, lui offrant leur – considérable – poids politique. Gai, Anko, Aoba et Yukaru, qui avait accompagné Naruto, fermèrent la marche.

Une foule les attendait lorsqu'ils arrivèrent au niveau de la grande porte, prévenue par la rumeur de l'arrivée de leur nouvelle célébrité – Uchiha Itachi. Quelques civils naïfs ne virent que ce qui leur était montré : un homme injustement accusé et, plus important, un ninja aux talents exceptionnels rejoignant Konoha à la veille d'une guerre où ils auraient besoin de toute l'aide possible. La majorité vit la mise en scène pour ce qu'elle était : Uchiha Itachi, le fils prodigue revenu parmi les siens, ses cheveux noirs tirés en arrière pour révéler son visage aristocratique, soutenu par deux des shinobi les plus populaires du village, ses arrières protégés par des Jounins ayant la confiance de la Hokage elle-même – les autorités du village affirmaient très publiquement leur soutien à l'ancienne brebis galeuse. Personne n'oserait remettre en question l'étonnante révélation qui avait secoué Konoha une vingtaine de jours plus tôt.

Moins nombreux furent ceux qui continuèrent à se demander ce qu'il y avait de vrai dans cette histoire digne d'une tragédie antique qu'on leur avait racontée. Le retour en grâce d'un des Clans fondateurs de Konoha n'était pas un événement qu'on pouvait ignorer. Les anciens débiteurs du Clan regrettèrent soudain de s'être trop vantés de leur bonne fortune quand les Uchiha avaient disparu.

Enfin, on pouvait compter sur les doigts de la main ceux qui fixèrent directement Uchiha Itachi et se dirent : quel homme est-ce là ? Que pense-t-il de tout cela ? Pourquoi est-il parti ? Pourquoi est-il revenu ?

Quelles sont ses intentions ?

Ni Naruto, ni Sakura ne furent de ceux-là. Naruto, parce que des années dans le monde shinobi et la position de successeur plus ou moins officiel de la Cinquième n'avaient pas suffi à le départir de sa conviction que les gens étaient bons et méritaient sa confiance.

Sakura, parce qu'elle avait une idée assez précise des réponses à ces questions. Après tout, elle l'avait bien compris : les silences d'Uchiha Itachi contenaient plus que de longs discours.


La porte du bureau de la Hokage se referma sur Maito Gai. Senju Tsunade laissa son regard se promener dans la pièce, s'arrêtant un instant sur chacun des shinobi, puis sur lui, son problème du jour, son souci logistique, celui qui allait encore augmenter la paperasse qui s'accumulait déjà sur son bureau.

Si Itachi avait été un autre homme, il aurait pu se laisser abuser par la façade inoffensive qu'elle présentait. Oui, elle était une « Sannin », elle était une « légende », elle était « de rang S », mais enfin, ce n'était que des mots : elle était surtout la moins crainte des Sannin et, eh bien… elle était la plus grande médecin du monde, n'est-ce pas, médecin, une de ces personnes qui soignent, rien d'aussi dangereux qu'un vrai shinobi qui, lui, cherchait exclusivement à tuer. D'ailleurs, elle passait son temps noyée dans les papiers officiels – on avait même vu son apprentie lui confisquer ses bouteilles de saké pour la forcer à travailler ! – et puis une femme qui cherche à rester jeune souffre forcément d'un complexe sur son apparence, elle veut être belle, elle veut plaire, elle veut nous plaire. Ses coups de gueule, ses coups de poing, ça ne fait pas vraiment peur, vous voyez ? C'est plus pour les apparences qu'autre chose.

Heureusement, Itachi était Itachi, c'est-à-dire un homme largement assez intelligent pour savoir qu'il valait mieux se mettre à dos Orochimaru que Tsunade. Orochimaru était juste fou. Tsunade était l'une des rares personnes capables de lui faire face en combat singulier et ici, au sein du village, il était à peu près sûr qu'elle avait suffisamment de protections en place pour être imbattable. Senju Tsunade était la descendante d'une longue lignée de puissants shinobi et ne faisait pas honte à ses ancêtres. Après tout – on l'oubliait souvent –, si elle s'autorisait la coquetterie d'un Henge permanent, cela signifiait qu'elle avait suffisamment de chakra pour se le permettre sans perdre en efficacité.

Voilà pourquoi, dès que la porte se referma, Itachi nota les noms et les visages de chacune des personnes encore présentes – chacun de ceux qui avaient la confiance de la Cinquième Hokage.

Il y avait Naruto, porteur du Kyûbi, fils du Quatrième Hokage et prétendant le plus probable au poste de Sixième. Ancien coéquipier de son petit frère, continuant à chercher sa rédemption malgré les années écoulées, ancien élève du Ninja Copieur, apprenti de feu le Sannin Jiraiya et meilleur ami de Haruno Sakura. Un garçon capable de susciter la loyauté dans les cœurs les plus cyniques et de semer les miracles sur son passage.

Il y avait Sai, l'un de ces miracles, un ancien soldat de Danzô que Naruto avait converti à sa cause. Itachi en savait peu sur l'homme au sourire mensonger : nouveau chef de la Racine, capable d'utiliser ses dessins de manière offensive et proche de Haruno Sakura. Il en apprendrait plus, bientôt, mais pas tout de suite. Pas tout de suite.

Il y avait Nara Shikaku, dont la présence semblait une évidence. Commandant des Jounins, chef des Nara, probablement l'une des seules personnes pouvant se vanter de posséder un intellect égal à celui d'Itachi. Pour l'instant, l'homme s'appuyait contre le mur, ses yeux mi-clos comme s'il dormait.

Il y avait le chef des ANBU dont le masque blanc arborait pour seul symbole une feuille stylisée sur sa joue. Itachi ne connaissait pas son identité et, malgré sa vision défaillante, nota tous les détails qui pourraient lui permettre de combler cette ignorance au plus vite.

Il y avait Kâto Shizune, première apprentie de Tsunade et spécialiste des poisons dont la page dans les Bingo Books était suspicieusement vide. Trop de compétences notées à côté de son nom, trop peu d'exploits : cela signifiait qu'elle accomplissait ses missions dans l'ombre et qu'elle ne laissait aucune trace. Son sourire banal et le petit cochon qui s'agitait dans ses bras ne le distrayaient pas suffisamment pour qu'il ne remarque pas la forme des fioles cachées sous son obi. Elle faisait partie de l'équipe qui, quelques jours auparavant, avait mis fin à l'éternel problème que représentait Yakushi Kabuto, et pourtant elle se tenait là, souriante, sans aucune blessure notable.

Enfin, il y avait Haruno Sakura, deuxième apprentie de Tsunade, sans Clan prestigieux, sans parents cachés pour lui apporter une gloire soudaine, sans talents héréditaires autres qu'un contrôle de son chakra exceptionnel et une intelligence aiguë. Haruno Sakura, qui semblait exsuder l'innocence par tous les pores de sa peau pâle et qui était probablement la seule personne extérieure au Clan Uchiha à connaître leurs plus noirs secrets.

Haruno Sakura, la preuve vivante qu'Itachi était faillible. N'avait-il pas cru qu'elle ne réussirait jamais à trouver quoi que ce soit sur sa maladie, là où tant d'autres médecins plus âgés avaient échoué ? Ne l'avait-il pas gravement sous-estimée ?
Itachi commettait peu d'erreurs. Sasuke en était une. Sakura une deuxième.

- Uchiha Itachi, commença Tsunade.

Itachi se concentra immédiatement sur elle. La femme le fixait avec une indifférence démentie par l'éclat attentif dans ses yeux bruns.

- Ton retour est un casse-tête politique et ton refus de vivre sur les terres de ton Clan ne fait qu'empirer les choses. Si je m'écoutais, je te ferais tuer sur-le-champ pour implanter ton œil restant dans un ninja plus coopératif, mais mon apprentie me dit que tu vaux la peine d'être laissé en vie.

Itachi ne regarda pas dans la direction de Sakura. Il était trop expérimenté pour commettre ce genre d'erreurs. L'annonce brutale de Tsunade était de la poudre aux yeux, il le savait : un Sharingan transplanté ne valait pas celui qu'arborait un véritable Uchiha, et même sans ses yeux, il était trop puissant pour être facilement remplacé.

- J'espère être digne de la confiance de Sakura-san, dit-il donc simplement.

- Pour ton bien, je l'espère également, murmura Tsunade avec une fausse nonchalance.

La menace n'était pas subtile. Du coin de l'œil, Itachi vit Sai lui offrir un sourire hypocrite.

- Toutes les personnes présentes ici connaissent la vérité sur le massacre des Uchiha. Elles sont les seules dans ce village et elles le resteront. Cette information est confidentielle et tu n'as pas la liberté de la divulguer.

- Mitokado Homura et Utatane Koharu ?

- Nous sommes en guerre. Des conseillers qui cachent des informations vitales à leur Hokage sont un risque que nous ne pouvons nous permettre de prendre.

Ça aussi, Itachi le comprit, était une information que seules les personnes présentes dans cette pièce connaissaient. Il se demanda quelle maladie foudroyante avait emporté les deux conseillers, et quel discours la Hokage avait prononcé à leurs funérailles – sans doute un éloge de leurs loyaux services et l'expression de son plus profond regret à l'idée d'avoir perdu deux alliés si valeureux.

- Ta priorité, Uchiha Itachi, est de guérir. Ton second objectif est d'incarner à Konoha le Clan Uchiha. J'attends de toi que tu condamnes avec la plus grande fermeté les actions de ton ancêtre et de ton frère.

- De Sasuke-bâtard ? Mais Baa-chan, ce n'est pas de sa faute ! Il a…

- Sasuke a rejoint l'Akatsuki, Naruto. Il a fait son choix.

- Mais c'est mon coéquipier ! protesta vainement le blond.

- Tout comme Orochimaru était mon coéquipier.

Le garçon serra les poings et détourna la tête. Au fond de lui, Itachi était heureux de savoir que Sasuke avait un ami si fidèle.

Ça ne rendait sa décision de tourner le dos à Konoha que plus incompréhensible, cependant. Il allait devoir faire quelque chose à propos de son stupide petit frère et la pensée ne lui plaisait pas.

- Ta chef de mission, poursuivit la Hokage comme s'il n'y avait pas eu d'interruption, est mon apprentie Sakura.

- Mais Baa-chan, c'est même pas une mission ! Vous pouvez pas demander à Sakura d'être une… une… une baby-sitter !

- Naruto, calme-toi, lui intima Sakura. Shishou me donne juste l'autorité dont j'ai besoin pendant que je continue de chercher un traitement à la maladie d'Itachi-san.

Les regards se firent soudain plus qu'attentifs : acérés. Itachi-san. Sakura avait délibérément utilisé son prénom plutôt que le plus informel Uchiha-san, de cela Itachi était certain – il n'y avait pas de hasard chez les Jounins, que des actions mûrement réfléchies.
Sauf pour le dernier Uzumaki, bien sûr.

En employant son prénom, Sakura montrait qu'il y avait une forme de respect, de confiance en eux – qu'elle se sentait assez à l'aise pour s'autoriser cette appellation. C'était, comprit-il immédiatement, une recommandation. Les personnes présentes dans cette pièce se méfiaient de lui, Sakura devait en être consciente, et elle venait de se porter garante de son patient. Il apprécia l'intention.

- C'est exact, reprit Tsunade. Itachi, puisque tu tiens à me casser les pieds en refusant de vivre sur le domaine Uchiha, tu habiteras entre l'hôpital et l'appartement de Sakura, on t'a déjà trouvé un trois-pièces qui devrait convenir. Tu as l'autorisation d'utiliser les terrains d'entraînement du village et d'en profiter pour recréer des liens avec tes frères d'armes.

La phrase sonnait si mal dans sa bouche qu'Itachi sut immédiatement qu'il s'agissait d'une citation. Effectivement, la Sannin se tourna vers sa première apprentie et grogna :

- Même moi, je ne parierais pas sur une chose pareille, Shizune. Je ne sais pas ce que tu imagines mais Uchiha Itachi n'est pas le candidat idéal pour créer des liens.

- Cela vaut la peine d'être tenté, Tsunade-sama, répondit Shizune sans se départir de son sourire.

Itachi ne manqua pas le regard qu'échangèrent les deux apprenties derrière le dos de leur maître.

- Si tu le dis. Et maintenant, Uchiha, déclara la Hokage en se tournant vers lui, tu vas me dire tout ce que tu sais sur l'Akatsuki, ses membres, ses objectifs, et Madara.


L'appartement était spartiate. Trois pièces, avait dit Tsunade : une salle de bains, une cuisine qui tenait lieu de salon, une chambre. Dans chacune, le strict minimum en matière de mobilier : une table et des chaises pour la cuisine, un lit et une armoire pour la chambre. Quelques placards muraux au-dessus du four, nota Sakura, et on avait déposé des draps et une serviette sur le lit. Il y avait de quoi vivre, mais tout juste.

- Je vais vous laisser installer les sceaux de protection, dit-elle à Itachi qui observait son nouveau lieu de vie. Je reviendrai tout à l'heure.

L'homme hocha la tête. Sakura s'apprêtait à sauter par la fenêtre quand une voix l'appela.

- Sakura-san.

Elle se retourna.

- Merci.

Prise d'une forte impression de déjà-vu, Sakura sourit.

- Vous êtes loyal, Itachi-san. Le village a besoin de vous.

Et elle partit dans les rues de Konoha.

Le petit magasin de thé dans lequel elle entra quelques minutes plus tard était assombri par les voilages qui couvraient sa devanture, mais on distinguait malgré tout des rangées de pots noirs partant du sol pour monter jusqu'au plafond. Quand le propriétaire la vit, il lui adressa un salut chaleureux.

- Venue refaire tes stocks, Sakura-chan ?

- Pas cette fois, Oji-san. Je viens pour quelqu'un d'autre.

- Quelqu'un d'autre, hein ?...

L'homme, qu'elle connaissait depuis qu'elle avait l'âge de marcher, allait sur ses soixante-dix ans. Il était petit et sec, un paquet de nerfs enroulé dans une peau ridée qui ne s'habillait que dans des tons ternes et adorait les enfants, bien qu'il n'en ait jamais eu. C'était aussi un grand passionné du thé sous toutes ses formes. Sakura ne se fournissait que chez lui depuis qu'elle avait pris son indépendance et elle faisait exprès de n'acheter que de petites doses pour pouvoir venir plus souvent.

Oji-san, de son vrai Obaru, était aussi un civil qui avait vécu toute sa vie à Konoha et en avait retiré une saine paranoïa.

- Ça n'aurait pas un rapport avec cet Uchiha dont tout le monde parle au marché ? Celui qui est revenu aujourd'hui, pile en même temps que toi, d'ailleurs ?

- On ne peut rien vous cacher, Oji-san.

- S'il aime le thé, ça ne peut être qu'un bon garçon, affirma Obaru avec l'assurance de l'homme qui a passé les cinquante dernières années à vendre du thé. Que prendras-tu ?

- Seulement du noir. Deux cents grammes de tchai, cent grammes de Keemun, cent grammes de thé au lotus, s'il vous plaît.

Elle resta silencieuse pendant qu'Obaru versait les thés dans de petits sacs noirs en tissu. Sakura demanda des nouvelles de sa femme en payant et Obaru se lança dans un récit des dernières aventures de la terreur, comme il la surnommait affectueusement.

Quand Sakura quitta la boutique, le parfum léger du thé s'accrochait à ses cheveux.

Itachi apprécia l'attention. Elle pouvait le voir à la façon dont il la remercia, son regard posé sur elle avec calme, la ligne de ses épaules détendue. C'était un contraste frappant avec la façon dont il se tenait dans le bureau de la Hokage : pas nerveux – Uchiha Itachi n'était pas nerveux, cela n'arrivait tout simplement jamais – mais prêt à réagir, attentif à tout ce qui se passait autour, conscient de son environnement et des dangers qui pouvaient en surgir. Dans le petit appartement qu'il venait de piéger, il paraissait bien plus paisible.

La kunoichi dut avouer qu'elle-même se sentait à l'aise, ici. Itachi avait de l'estime pour elle, elle le lui rendait bien, et leurs conversations faisaient partie des choses les plus stimulantes de son quotidien. Il n'avait rien à voir avec Sasuke : là où le cadet faisait de ses silences des murs qu'il construisait pour s'enfermer, l'aîné se taisait pour mieux observer ; quand Sasuke cachait ses émotions sous un vernis de mépris si fin qu'on pouvait les voir s'agiter à travers, Itachi les dissimulait avec tant de soin qu'on se demandait parfois si elles existaient encore.

L'intensité de Sasuke vous frappait comme une vague immense qui balaye tout sur son passage. Celle d'Itachi ne se révélait qu'à ceux qu'il choisissait, et elle était alors comme une aiguille qui vous piquait la peau, subtile, précise, et impossible à ignorer.

Itachi était Yin, Sasuke était Yang. L'analyse des anciens Uchiha s'appliquait à plus que la nature du chakra, songea Sakura en rangeant le thé qu'elle avait acheté.


Quand elle arriva chez elle, l'appartement était immaculé. Pas un grain de poussière, pas une seule feuille jaune parmi les plantes médicinales sur le bord de sa fenêtre, pas un seul meuble déplacé. Tout était parfait, rangé, briqué, comme si elle n'était partie qu'hier. Tout, sauf une chose.

- Tu as intérêt à m'être reconnaissante, Grand-Front. J'ai mieux pris soin de ton appartement que du mien !

Sakura sortit une chaise et s'assit en face de sa meilleure amie.

- Tu n'as pas d'appartement, Ino-truie. C'est bien pour ça que tu passes le plus clair de ton temps chez moi, non ?

- Oh, tout de suite ! Je profite juste de l'indépendance que mérite une jeune et belle kunoichi. La dernière fois que j'ai ramené un homme dans la résidence, mes cousins ont menacé de le châtrer, tu savais ça ? J'ai dû leur faire avaler le gazon pour qu'ils y renoncent.

Elle s'humidifia les lèvres, un souvenir visiblement plaisant en tête.

- Le type qui j'avais choisi a adoré ça. Il avait un truc pour la violence, c'était surprenant mais pas désagréable – Sakura, tu m'écoutes ?

- Bien sûr, Ino-truie. Je reviens de plusieurs semaines de mission, le récit de tes aventures sexuelles est évidemment la seule chose que j'ai envie d'entendre.

Sakura comprit une seconde trop tard que ce n'était pas la meilleure chose à dire. Qu'Ino l'attende dans son appartement au lieu de colporter les rumeurs les plus folles au sujet d'Uchiha Itachi n'était pas un hasard. Ino était une Yamanaka – non, Ino était la Yamanaka – et en tant que telle, elle ne détestait rien tant que de rester dans l'ignorance.

- Excuse-moi, Sakura-chan. Je t'embête avec mes histoires alors que tu as tellement de choses passionnantes à me raconter.

Si Sakura avait été une kunoichi moins entraînée, elle aurait instinctivement réuni du chakra dans ses poings en sentant la subtile menace dans la ton de sa meilleure amie. Mais elle était l'apprentie d'une femme qui lançait des bouteilles à pleine puissance sur tout ce qui l'agaçait, y compris ses deux disciples quand elle atteignait les tréfonds de la mauvaise humeur, alors elle se contenta d'un sourire forcé et d'un très, très mauvais pressentiment. Parce qu'Ino ne s'excusait que quand elle voulait vraiment obtenir quelque chose, et si beaucoup de gens avaient tendance à sous-estimer la superbe blonde, Sakura n'était pas de ceux-là.

- J'ai été chargée de soigner Uchiha Itachi, dit-elle simplement. Shishou pense qu'avoir un utilisateur du Sharingan de notre côté sera un avantage pour affronter Madara et Sasuke…

- Bon sang, Grand-Front, oublie la guerre ! Comment est-ce qu'il est ?

- Sasuke-kun ? Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu…

- Sakura ! J'ai pris soin de ton appartement pendant des semaines, je l'ai protégé de Naruto, j'ai même acheté ce livre ridiculement épais dont tu avais peur de rater la sortie, alors je veux et j'exige de savoir à quoi ressemble Uchiha Itachi !

- Il t'intéresse, Ino-chan ? Ton père voudrait une alliance avec les Uchiha ?

- Ne sois pas ridicule. Tu sais très bien que Papa m'étranglerait dans mon sommeil si je me mariais à l'héritier d'un autre clan. Tu seras la dirigeante des Yamanaka, ton mari devra intégrer notre Clan, pas l'inverse, bla, bla, bla. Alors, il est comment ?

Sakura prit une inspiration et contrôla ses doigts qui tambourinaient sur la table. Elle ne pourrait pas y couper.

- Il est… complexe.

Ino haussa un sourcil parfait.

- Ne me regarde pas comme ça ! Il est plus compliqué que ce qu'on pourrait croire, d'accord ?

- Stupéfiant. Un ninja de rang S est plus compliqué que ce qu'on pourrait croire. Tsunade-sama n'a pas perdu son temps en t'apprenant l'observation, hein ? demanda Ino, sa voix suintant l'ironie.

Sakura marmonna une insulte. Elle devait cependant concéder le point : qu'Itachi soit complexe était une évidence. Tout bon ninja cachait des choses en lui, et Itachi était un ninja d'exception.

- Il est très calme, continua-t-elle donc. J'ai l'impression qu'il a peur de se laisser aller, de se laisser contrôler par ses émotions. Et il est… il est brillant, Ino, autant que Shikamaru – mais sans la paresse. Parfois, quand je lui parle, j'ai l'impression de marcher à la surface d'un océan et de chercher à en voir le fond. Ça me fait peur mais c'est… fascinant, dut-elle admettre.

- Il ressemble à Sasuke ?

- Non.

La réponse avait été immédiate.

- Ils n'ont rien à voir. Itachi-san se contrôle beaucoup mieux. Il est du genre à se fixer un objectif et à faire ce qu'il faut pour l'accomplir sans dévier du chemin qu'il s'est fixé. Il ne cherche pas la reconnaissance, il ne veut pas montrer qu'il est meilleur que les autres – il l'est, c'est tout. Et il a la présence la plus intense que j'ai rencontrée.

- Plus que Tsunade-sama ? interrogea Ino avec scepticisme.

- Disons différente. Mais au moins autant.

- Tu sais, Grand-Front, la taquina Ino en passant ses doigts joints derrière sa tête, si je ne savais pas qu'on parle du frère de Sasuke, je pourrais croire qu'il t'intéresse.

- Ne sois pas ridicule, Ino-truie. C'est mon patient, c'est normal que je le connaisse.

- Il a la présence la plus intense que j'ai rencontrée, singea la Yamanaka.

- Tu dis la même chose de Shishou et je n'imagine pas que tu t'intéresses à elle pour autant !

- Ce que je ne donnerais pas pour avoir cette poitrine, soupira Ino avec envie. Ne me regarde pas comme ça, Grand-Front, je ne vais pas séduire une Sannin.

- Tu as bien réussi à séduire Ayame-san.

- Et si tu laisses Naruto l'apprendre, je lui révélerai à quel point tu trouves Itachi – qu'est-ce que tu as dit déjà ? Ah oui – fascinant.

- Ino ! Je ne vais raconter à Naruto que tu as séduit la fille d'Ichiraku-san, d'accord ? On a déjà parlé de ça, ce serait une très mauvaise idée. Il serait prêt à te provoquer en duel pour défendre l'honneur d'Ayame, cet idiot. Et je ne trouve pas Itachi-san fascinant dans ce sens-là. Il est extrêmement puissant, c'est tout.

- Bien sûr, Grand-Front. Continue à te bercer d'illusions. D'abord Sasuke, puis Sai, et tu vas me faire croire que tu comptes résister longtemps à Itachi ?

- Itachi-san est un ami, Ino-truie, point.

- Mais c'est qu'elle y croit, en plus ! s'amusa la blonde. Tu l'appelles par son prénom, tu dis que c'est un ami, il remplit toutes les cases de ton homme parfait…

Sakura se sentit rougir jusqu'aux oreilles. D'agacement, se répéta-t-elle. Pas de gêne.

- J'ai fait cette liste de l'homme parfait quand on avait neuf ans. Tu veux qu'on ressorte la tienne ?

Ino se calma sur-le-champ.

- Inutile, Grand-Front. Mais tu ne peux pas nier qu'à t'écouter en parler, on pourrait croire que tu serais ouverte à plus qu'une amitié.

Sakura réfléchit quelques secondes. C'était l'avantage d'être amie avec Ino : l'infernale blonde ne mâchait jamais ses mots et n'autorisait pas ses proches à se mentir à eux-mêmes. Elle était plutôt du genre à leur agripper la nuque pour les forcer à regarder la vérité en face.

- C'est vrai, finit par admettre la médic. Il… Je crois qu'on irait bien ensemble. Mais ça ne sert à rien, Ino. Non, je sais ce que tu vas dire, je ne suis pas en train de renoncer, c'est juste qu'il est le frère de Sasuke. J'ai déjà commis cette erreur avec Sai, mais avec son frère, ce serait… malsain.

Ino dut hocher la tête, même si sa réticence était évidente.

- Il n'y a pas que Sasuke dans ta vie, Sakura. Tu peux tomber amoureuse sans que ça ait de rapport avec lui.

Sakura laissa échapper un rire.

- Redis-moi ça quand on sera en train de parler de quelqu'un d'autre que son frère !

- Pas faux, Grand-Front, admit Ino en riant elle aussi. Pas d'Uchiha Sakura dans le futur, alors. Tu en es où avec Sai ?

- On a tourné la page, ça y est.

- Tant mieux. Honnêtement, Grand-Front, un Racine ? Ça n'aurait jamais fonctionné.

- Merci de retourner le couteau dans la plaie, Ino-truie. Et toi, avec Chôji ?

Ino se prit la tête dans les mains dans un geste si théâtral que Sakura ne put s'empêcher de glousser.

- C'est atroce, gémit la blonde. Il me plaît, je lui plais, mais il faudrait que l'un de nous renonce à sa position d'héritier pour qu'on commence quelque chose. Nos parents ne nous laisseront jamais faire.

- Si l'un de vous deux avait un frère ou une sœur, vous pourriez abdiquer.

- Va dire ça à Maman. Je vais voir s'il a des cousins qui lui ressemblent au niveau de la personnalité, peut-être qu'ils me plairont aussi…

- De la personnalité ? Pas du physique ? la taquina Sakura en se laissant aller à un brin de mesquinerie.

- Tu sais très bien que son physique n'est pas le meilleur argument de Chôji.

- Tu sais, je trouve ça malsain d'être attirée par le frère de Sasuke-kun mais tu n'es pas mieux – moi au moins, je ne cherche pas volontairement des cousins qui pourraient le remplacer.

- Ha ! Alors tu admets que tu es attirée par Itachi !

Sakura rougit. Ino était comme un chien avec son os dès qu'elle avait une idée en tête.

- Oui, je l'admets, contente ? Bon sang, Ino, il est attirant. C'est comme un rêve de petite fille, le grand prince ténébreux au passé tragique et… rah !

Elle sortit un kunai de sa manche et l'envoya dans un geste fluide se planter dans la cible qui pendait au mur.

- Toujours aussi violente, Grand-Front, commenta Ino comme si elle discutait des récoltes.

- Il me respecte, Ino !

Et soudain, les digues se brisèrent et un fleuve de mots, de regrets et de frustrations cachées que seule une kunoichi pouvait comprendre lui échappa :

- Il m'écoute parler, il n'agit pas comme si j'étais une kunoichi avant d'être un shinobi, il a de la considération pour moi ! Et il n'y a pas de condescendance quand on parle, il ne se considère pas comme supérieur simplement parce qu'il est le meilleur ninja, il n'agit pas comme si j'avais besoin de protection, il… il…

- Il te considère comme une égale, termina Ino en posant une main sur son bras.

Sakura releva les yeux vers elle.

- Oui, dit-elle, et cette simple admission était libératrice.

Parce qu'Ino était une kunoichi avec une formation médicale, et qu'elle comprenait. Même avec sa progression fulgurante, même quand ils admiraient sincèrement ses talents de médic, ses coéquipiers masculins agissaient toujours comme s'ils devaient la protéger. Leurs compliments quand elle accomplissait une prouesse au combat étaient complètement sincères, mais ils l'étaient justement trop, sans trace de jalousie ou d'un désir de compétition, comme s'il ne pouvait y avoir de compétition avec elle – comme si elle appartenait à une catégorie différente, du simple fait d'être une femme et une medic-nin. Tsunade-shishou lui avait dit que ça arriverait mais parfois, cela lui pesait. Comme toutes les kunoichi, Sakura ne pouvait s'empêcher de désirer la reconnaissance qu'elle aurait eue si elle avait été un homme.

C'était ce respect, ce regard qui leur disait je te considère comme une égale que beaucoup de kunoichi recherchaient dans un partenaire de vie. C'était pour ça que les couples comprenant une Jounin étaient réputés, à juste titre, pour avoir des relations tumultueuses : parce qu'une kunoichi de talent voulait un homme qui soit capable de voir en elle une adversaire. Si un shinobi lui passait tout, si l'esprit de compétition légendaire qui caractérisait les ninja ne se réveillait pas quand elle le surpassait dans un domaine, alors il ne la prenait pas au sérieux. Il n'y avait rien de pire pour une femme élevée dans le combat dès son plus jeune âge. C'était ce que Naruto, Naruto son frère de cœur que Sakura adorait, ne pourrait jamais lui donner. C'était la raison pour laquelle Kakashi, bien qu'il n'ait jamais eu de relation stable, avait autant de succès parmi les kunoichi qu'il fréquentait. Il les voyait comme des guerrières avant d'être des femmes.

C'était, avait-elle compris il y a bien longtemps, la raison pour laquelle, même si Sasuke revenait un jour, il ne se passerait jamais rien entre eux. Parce que dans les yeux de son premier amour, elle verrait toujours la fillette faible et puérile qu'elle avait été.

- Tu sais, si Uchiha est vraiment comme tu le dis, je vais finir par m'y intéresser aussi, remarqua Ino.

- Ton père te tuerait, lui rappela Sakura avec un sourire.

- Sauf si Itachi intégrait mon Clan. Tu imagines le scandale ? Yamanaka Itachi, le Conseil s'étranglerait de rage.

- Rien que pour ça, je serais prête à être ta demoiselle d'honneur pour le mariage.

Et les deux femmes rirent en même temps, ignorant la guerre et le monde extérieur pour jouer à n'être que deux adolescentes échangeant des ragots.


Quand Sakura se réveilla le lendemain matin, elle dut repousser le bras qu'Ino avait passé autour de sa taille. Il faudrait qu'elle songe à acheter un lit plus grand. Dormir dans un une-place quand elles avaient treize ans après une soirée pyjama, passe encore, mais maintenant qu'elles avaient toutes deux des corps de femmes adultes, les quatre-vingt-dix centimètres de largeur peinaient à les contenir.

- Debout, Ino-truie, fit-elle en secouant l'épaule de son amie.

Les paupières d'Ino papillonnèrent alors que ses yeux bleus semblaient encore perdus dans les brumes du sommeil.

- Quelle heure ?...

- Sept heures. Je vais aller m'échauffer.

Ino s'étira, complètement indifférente à la façon dont le geste faisait ressortir sa poitrine et l'ensemble de lingerie bordeaux qu'elle avait choisi – de toute façon, Sakura n'était pas de ce bord-là – puis s'enroula à nouveau dans les draps.

- Pas de mission aujourd'hui, justifia-t-elle d'un ton ensommeillé.

Sakura renonça et alla se faire une tasse de thé.

Un quart d'heure plus tard, lavée et habillée, ses longs cheveux roses retenus sur les côtés par les barrettes en bois que Naruto lui avait offertes deux ans plus tôt, elle se dirigeait vers les terrains d'entraînement. Soigner Itachi et aider Shishou à planifier l'effort de guerre, en sus de la mission secrète que la Sannin lui avait confiée, la libéraient de toute autre obligation. Personne ne pourrait lui faire de reproches si elle consacrait les premières heures de la journée à s'entraîner – tant mieux, car c'était exactement ce qu'elle avait l'intention de faire.

Quand elle arriva au niveau des terrains réservés aux Jounins, ses espoirs furent satisfaits : Uchiha Itachi était là, travaillant ses mouvements de taijutsu contre Aoba. Sakura l'observa avec un œil de médic. Ses performances étaient moindres que ce qu'elle avait vu au domaine quand ils avaient combattu ; il semblait par moments perdre sa grâce naturelle pour se tendre d'une manière qui trahissait une douleur inattendue. Aoba ne remarquait rien, probablement trop occupé à se défendre contre celui qui, même malade, restait un des meilleurs ninjas produits par Konoha.

Sakura relâcha son chakra et sentit immédiatement sept – ou huit ? Etait-ce un écureuil ou un shinobi dissimulé dans l'arbre de l'autre côté du terrain ? – présences observant le combat.

- Aoba-san, Itachi-san, appela-t-elle.

Les deux hommes cessèrent le combat.

- Puis-je me joindre à vous ? demanda-t-elle en faisant circuler son chakra dans ses muscles pour les préparer.

Itachi hocha muettement la tête ; Aoba répondit d'un « Bien sûr, Sakura-san ».

Le combat à trois exigeait plus de stratégie, car l'attention devait être en permanence divisée entre les deux adversaires. Des alliances se fondaient et se rompaient aussi facilement que les fils d'une toile d'araignée, de longs moments se déroulaient à ne rien faire d'autre qu'observer, attendant l'instant idéal pour bondir et frapper ; mais au bout d'une douzaine de minutes, un schéma commença à se dessiner. Aoba et Sakura s'alliaient contre Itachi, le plus talentueux d'entre eux, et le repoussaient de concert jusqu'à ce que l'œil exercé de Sakura repère une tension dans le corps de l'ancien déserteur. Alors, profitant sans honte de sa faiblesse momentanée, elle essayait de porter un coup décisif tout en surveillant du coin de l'œil Aoba, qui faisait de même. Si l'un d'eux recevait un coup d'Itachi, l'autre tentait – souvent en vain – de frapper l'Uchiha et, si sa tentative échouait, opérait une retraite.

Ce fut Sakura qui mit fin au combat en réussissant à porter son coup grâce à un balayage particulièrement intéressant d'Aoba. Itachi recula, sonné, et Sakura profita du déséquilibre de son partenaire pour le piéger dans un étranglement.

Aoba sous elle, Itachi reprenant son souffle un peu plus loin, Sakura prête à assommer son compatriote en pinçant un nerf si l'Uchiha faisait signe de bouger. La situation était définitivement à son avantage.

- Je pense que nous pouvons arrêter là, admit Aoba.

- Je le crois aussi. Bon combat, Aoba-san, Itachi-san.

- Vous aussi, dit le premier en saluant ses deux partenaires.

Itachi fit de même, aucune trace de rancune n'émergeant de sa posture face à l'union des deux autres shinobi face à lui ou la façon dont ils avaient exploité sa maladie.

Aoba partit interpeller l'un des spectateurs et Sakura s'approcha de son patient.

- Voulez-vous que nous allions pratiquer votre examen ?

- Si cela ne vous dérange pas, répondit-il simplement.

Ils partirent de concert vers l'appartement d'Itachi. Le jour était jeune, mais les rues de Konoha grouillaient déjà de monde ; Sakura se rappela juste à temps qu'on était mardi, jour de marché, et passa par une ruelle discrète.

- Auriez-vous un plan du village ? demanda Itachi en regardant autour de lui.

Ce quartier, comme beaucoup d'autres, avait vu le tracé de ses rues complètement bouleversé lors de la Reconstruction, après l'invasion manquée de Pein. Pour Itachi qui était parti depuis plus d'une décennie, l'endroit devait paraître aussi étranger que Kumo ou Iwa.

- Je vous en procurerai un, promit-elle.

Ils continuèrent à marcher à une allure de promeneurs. Le jour était jeune et le soleil d'été brillait d'une lueur pâle. Il était difficile, songea la jeune médic, d'imaginer qu'en ce moment même, les Cinq Nations armaient leurs troupes et les Villages Cachés aiguisaient leurs kunai.

Il était encore plus difficile, alors qu'ils avançaient dans un silence confortable, de se dire qu'ils joueraient tous deux un rôle majeur dans la Quatrième Grande Guerre.


Trois jours plus tard, Sakura reçut un message de la Hokage. La guerre est officielle. Attaque sur la frontière de la Terre victorieuse. Amegakure est en train d'envahir l'Herbe. Ne quitte le village sous aucun prétexte.

Elle brûla le parchemin sous le regard impénétrable d'Itachi.


Et voilà. Les choses sérieuses commencent. Ai-je mentionné à quel point j'aimais l'amitié Ino/Sakura ? Non ? Eh bien c'est fait.

Contrairement au passage entre "Ignorance" et "Médecine" qui s'est fait sans rupture temporelle ou spatiale, il y aura un petit saut dans le temps entre "Médecine" et "Guerre", environ un mois.

On se retrouve dans trois-quatre jours pour le chapitre suivant !