Indéniablement le chapitre le plus ItaSaku depuis le début de cette fiction. Ai-je déjà mentionné que j'étais une quiche en matière de romance ? Et que je ne suis pas satisfaite de ce chapitre ? Tant pis.
Alors, alors, la romance chez les shinobi. Le schéma qu'on retrouve le plus souvent dans les fictions spécifiquement tournées vers les histoires d'amour, c'est ce que j'appelle la "romance shôjo" : un amour qui naît de... euh... je ne sais pas trop quoi (le protagoniste masculin est beau et populaire ?), un nombre assez incroyable de quiproquo et un gros, gros problème de communication.
Le truc, c'est que dans un shôjo, l'histoire d'amour est la seule intrigue. Il faut des malentendus, il faut qu'une phrase à double sens s'étende sur quinze chapitres, il faut que les personnages ne communiquent pas. Parce que si les héros agissaient comme des personnes normales, on pourrait faire, allez, trois tomes, quatre, grand maximum.
L'ennui, c'est que dans un monde de shinobi, ce schéma est complètement irréaliste. Des machines à tuer n'ont juste pas le temps de tergiverser. On leur a appris depuis leur enfance à agir et faire face au problème, donc ça me paraît logique qu'ils appliquent cette attitude à leurs sentiments. Ajoutez à ça le fait qu'ils peuvent mourir n'importe quand (surtout en pleine guerre) et vous comprendrez pourquoi, à mon avis, les ninja ne cherchent pas à faire de l'introspection. Ils apprécient une personne, ils vérifient qu'elle éprouve la même chose, ils se lancent. Si ça ne marche pas, ils se séparent et ce n'est pas un drame. Je veux dire, quand on est mercenaire de métier, on est forcé de relativiser, vous ne trouvez pas ?
Voilà voilà, c'était mon explication du jour.
Réponse aux reviews :
- BB : merci pour ta review ! On dirait que les passages sur Tsunade, Shizune ou les kunoichi en général font l'unanimité, tant mieux (peut-être parce qu'il y a beaucoup de lectrices ?). Par contre, pour ta question sur Naruto et Sasuke... euh... J'avoue que je n'ai jamais envisagé de les faire finir ensemble o.O Je ne fais pas de yaoi (sauf quand c'est canon) et vu qu'ils sont les réincarnations de deux frères, ce serait un peu malsain, je trouve.
- ange : yep, j'ai fit une Ino bi, je trouvais ça sympa sur le coup. Et je te soutiens complètement pour Sasuke, Dieu ce qu'il peut être agaçant avec sa façon de s'apitoyer sur lui-même !
- lisou : pas de problème, je comprends que ce chapitre puisse être un peu long, surtout le début ^^ Merci pour l'astuce canicule, je m'en souviendrai !
Itachi était de retour à Konohagakure depuis trois semaines quand la douleur cessa de le quitter. Comme une amante jalouse, elle le suivit où qu'il aille, cachée derrière une porte, l'observant depuis le coin d'un couloir, présente à son chevet quand il se réveillait en pleine nuit, crachant un mélange putride de glaires et de sang. Elle l'enlaçait dès le matin, le serrait dans ses bras jusqu'à l'étouffer, s'accrochait à son poignet comme le boulet d'un prisonnier, toujours là, toujours hors d'atteinte. Il médita tant qu'il put, essaya de la compartimenter, tenta de dormir quand elle devenait trop forte, mais la douleur se glissa dans son lit et lui murmura à l'oreille des cauchemars aux couleurs du Tsukuyomi.
Son seul répit reposait dans les mains salvatrices de Haruno Sakura.
Tous les jours, elle apparaissait à sa fenêtre avec la régularité d'une horloge. Quand la douleur commença à le paralyser plusieurs minutes de suite, il ajouta le chakra de la medic-nin à la liste de ceux que ses pièges reconnaîtraient, lui autorisant de fait un accès illimité à son lieu de vie. Lorsqu'il crachait un sang trop sombre, elle laissait ses mains effleurer ses épaules, son dos, sa tête, amenant avec elles un soulagement si intense qu'il se sentait flotter dans une mer cotonneuse.
Un matin, alors qu'elle était assise en face de lui, il la vit froncer les sourcils.
- Je suis navrée, Itachi-san, je vais devoir opérer un contact physique. Vos organes sont trop fragilisés pour prendre le risque de manquer de précision.
Il hocha simplement la tête. Les premières fois, son corps se tendit contre sa volonté, habitué à n'être touché que dans la fureur des combats ou des entraînements. Personne n'avait initié un contact amical avec lui depuis son exil, à l'exception de sa petite cousine Mikoto.
Puis il s'habitua. Les mains de Sakura étaient froides sur sa peau ; était-ce elle, ou était-ce la fièvre qu'il sentait brûler en lui ? Il ne lui demanda pas. Ce n'était pas, après tout, une information décisive.
Il l'observait, quand elle était trop concentrée sur son travail pour prêter attention à lui. Son visage devenait alors un livre ouvert qui révélait les moindres soucis, les plus petites victoires qu'elle rencontrait ; la façon dont ses yeux de jade se durcissaient ou brillaient d'une lueur fière le fascinait. Depuis sa naissance, Itachi avait grandi dans le moule du parfait héritier Uchiha. On lui avait appris qu'un visage neutre était un visage noble et que toute émotion pouvait être retournée contre lui. C'était la vérité, mais Itachi n'avait réalisé que trop tard qu'il ne parvenait plus à ôter le masque qu'il avait lui-même créé.
Parfois, quand elle achevait sa tâche, leurs regards se croisaient et il la voyait rougir pendant une fraction de seconde avant qu'elle ne reprenne le contrôle de ses réactions. Itachi n'était pas un membre de la Racine : il savait ce qu'une telle attitude signifiait. Il avait vu toute sa vie des femmes rougir face à lui. Mais le groupe des femmes qui rougissaient et celui des femmes qu'il respectait ne s'étaient jamais chevauchés auparavant.
Alors il continuait à l'observer, distrayant la douleur en se concentrant sur l'ancienne coéquipière de son petit frère. Quand elle relevait les yeux et les plantait dans les siens, il ne détournait pas la tête ; elle non plus. Son expression se faisait alors sérieuse, presque contemplative, et Itachi sentait passer entre eux une compréhension que les mots ne pourraient jamais traduire. Il songea plusieurs fois qu'ils étaient plus similaires qu'on ne pourrait le croire, tous deux fanatiquement dévoués à leur devoir, tous deux se reposant sur des masques qui les protégeaient du monde, tous deux trop différents de leur entourage pour être vraiment compris – lui à cause de son génie, elle par son choix de devenir medic-nin.
Elle avait aimé son frère avec toute la ferveur aveugle d'une pré-adolescente. Il ne parvenait pas à réconcilier la Haruno Sakura qu'elle avait dû être avec celle qui discutait de poésie et de géopolitique avec lui. Elle avait des opinions arrêtées, forgées dans le bureau de la Hokage et dans d'innombrables missions diplomatiques qu'il devinait tachées de sang. Il comprenait, à la manière dont elle se reprenait après avoir argué en faveur de mesures particulièrement dures, qu'elle n'avait pas l'habitude de parler de ce genre de choses au-dessus d'une tasse de thé. Combien de personnes connaissaient l'étendue de ses missions, l'innocence qu'elle avait perdue en assurant la sécurité de Konoha ? Combien, même parmi ses amis, ne comprenaient pas qu'une kunoichi avec une telle connaissance du corps humain faisait du matériel de premier choix pour un assassinat ?
Il se demanda combien de personnes elle avait tuées. Lui se souvenait de tous ; il soupçonnait que la jeune femme qui lui amenait parfois des recueils de calligraphie avait arrêté de compter depuis longtemps.
Une nuit, il se réveilla en sursaut et réalisa qu'il n'arrivait plus à bouger. Ce n'était pas un cas classique de paralysie du sommeil – il n'avait pas l'impression que quelque chose pesait sur sa poitrine. Alors, faisant appel à son chakra pour la première fois depuis des semaines, il invoqua un corbeau, n'importe lequel, celui que son contrôle déficient voudrait bien lui fournir. La douleur faillit le faire s'évanouir, mais il réussit à murmurer à l'invocation d'aller chercher Haruno Sakura.
A partir de cette nuit, elle ne partit plus. Elle amena un futon qu'elle déposa à côté de son lit et ne s'absenta plus que pendant de courts laps de temps pour parler avec la Hokage.
Une fois ou deux, il surprit son regard de jade posé sur lui. Il y vit la colère née de son impuissance à le soigner, mais ce qu'il chérit vraiment, après des années de solitude, fut l'inquiétude authentique qu'il parvint à y déceler.
- J'ai trouvé un moyen de repousser vos symptômes. C'est une plante utilisée en combat pour réduire temporairement l'usage du chakra – elle diminue la taille des vaisseaux chakraïques. On ne l'emploie pas souvent car la version qui agit par absorption cutanée dure une dizaine de minutes seulement.
Itachi but une gorgée de thé. Cela semblait être une bonne nouvelle, mais Sakura n'en paraissait pas heureuse, ce qui signifiait qu'il y avait une contrepartie. Effectivement, elle poursuivit :
- Le problème, c'est qu'après coup, les vaisseaux s'agrandissent durant cinq à six minutes, à en croire les tests. Shizune-sempai et moi travaillons à mettre au point une version qui serait ingérée et n'aurait pas ou peu d'effets secondaires.
- Ce ne sera pas une guérison, nota Itachi.
- Non, en effet. Cela permettra de gagner du temps, rien de plus, et vous ne devrez pas utiliser votre chakra tant que vous suivrez ce traitement. Normalement, je vous ferais poser un sceau qui vous empêcherait de l'employer, mais je préfère vous faire confiance pour ne pas agir à l'encontre de vos intérêts.
Itachi inclina la tête pour montrer qu'il appréciait le geste.
- Quand ce traitement sera-t-il prêt ?
- Dans un ou deux jours au maximum. Ce n'est pas difficile une fois qu'on a la plante.
- Je vois.
Ils restèrent silencieux un instant, assis l'un à côté de l'autre, suffisamment prêts pour que Sakura puisse réagir en une fraction de seconde s'il se mettait à tousser.
- Quelle est la situation extérieure ? demanda-t-il finalement.
La femme à ses côtés posa sa tasse sur la table.
- Difficile, admit-elle. La résistance est faible dans l'Herbe. On pense que Kakuzu s'y est installé avec des troupes d'Ame. Nous avons eu plusieurs victoires sur le front de l'Eau mais les troupes d'Iwa sont solides, et Kumo ne peut pas dégarnir sa frontière pour nous aider.
- Suna ?
Sakura émit un rire de dérision qui ne lui ressemblait pas.
- Ils se sont à peine remis du conflit avec Oto, leurs forces sont négligeables. La seule chose qui les protège, c'est d'être aussi loin de la frontière avec la Pluie. Quant aux troupes civiles, inutile d'en parler. Le Vent a toujours été la moins peuplée des Cinq Nations.
- Les jinchûriki ?
- Le Hachibi est avec son frère, le Raikage. Naruto a été emmené par les Grenouilles pour être entraîné en vue du combat contre l'Akatsuki.
- Les autres ?
- Nous avons eu confirmation de la disparition du Gobi. Avec lui en moins, il ne reste plus que le Hachibi et Naruto.
- Alors Madara s'approche de son but, murmura Itachi.
Il sentit plus qu'il ne vit Sakura se tendre à côtés de lui.
- On nous a rapporté autre chose, confia-t-elle. Qu'il y aurait chez nos ennemis des gens capables de prendre l'apparence des nôtres d'une manière si parfaite que personne ne pourrait les distinguer. Une fois qu'on les aurait tués, ils deviendraient des cadavres blancs sans signes distinctifs.
Itachi fouilla sa mémoire à la recherche d'un membre de l'Akatsuki capable de faire une chose pareille. Rien ne lui vint. Cela ne voulait pas dire grand-chose : ses anciens compagnons d'armes étaient des déserteurs, ils gardaient toujours des atouts dans leur manche.
- Je m'attendais à ce que Shizune-san soit envoyée en mission, dit-il plutôt. Une infiltratrice spécialisée dans les poisons est une arme précieuse en temps de guerre. Elle pourrait détruire des régiments civils entiers à elle seule.
- Tsunade-shishou préfère que nous restions au village pour guérir les shinobi blessés.
C'était un prétexte, devina Itachi : Shizune était une excellente médic mais son potentiel destructeur, si on la lâchait contre des centaines de civils sans protection contre ses poisons, surpassait largement son intérêt en tant que guérisseuse. Cependant, si Sakura refusait d'en parler, il n'insisterait pas. Il se contenta de la fixer quelques secondes pour faire comprendre qu'il n'était pas dupe.
- Votre ancien partenaire, Hoshigaki Kisame… D'après nos informations, il est le nouveau Kage de Kirigakure.
Itachi se força à avaler sa gorgée de thé, expirer et poser la tasse face à lu avant de continuer :
- Sait-on où est la Mizukage ?
Elle était belle, lui avait-on dit. Une femme versée dans les missions de séduction qui avait su faire preuve d'assez de ruse et de fermeté pour gagner une guerre civile.
- Non, admit Sakura.
Ils ne parlèrent pas pendant deux ou trois minutes, chacun tentant de ne pas imaginer le sort qu'avait subi la Mizukage. La femme était belle, et fière, et forte, et Itachi ne connaissait que trop l'intérêt de Kisame pour de telles kunoichi. Si on lui avait ordonné de la tuer, s'il avait réussi à la maîtriser… C'était une Kage, le combat avait dû être féroce, mais pour Kisame, cela ne rendrait la victoire que plus douce.
Durant leurs années de partenariat, Itachi avait souvent entendu les cris des femmes que son coéquipier torturait.
L'agonie de la Mizukage avait dû être longue. Il pria les Kami pour qu'elle soit terminée.
- Itachi-san. Quand la guerre sera finie, si nous nous en sortons tous les deux, si vous guérissez… Voudrez-vous que je vous aide à le tuer ?
Itachi tourna la tête vers elle. Malgré sa vision déficiente, il distinguait sans peine l'expression à la fois décidée et un peu embarrassée qu'elle arborait.
- Je veux dire, je sais que – que je ne suis pas à votre niveau, mais je peux vous aider. Je sais me dissimuler, mon chakra Dôton est avantagé face au Suiton, je connais bien le corps humain…
- Si nous survivons à cette guerre, l'interrompit-il doucement, j'accepterai votre aide avec gratitude.
Elle le regarda, surprise, avant de détourner la tête avec un sourire gêné. Itachi songea qu'elle était étonnamment attirante ainsi, rougissant quand il acceptait son aide pour euthanasier un fou notoire. Personne n'aurait pu deviner qu'elle avait été élevée par des civils.
Le lendemain, elle lui amena le remède qui lui offrirait quelques mois de répit. Il se demanda si elle allait retourner dormir chez elle, maintenant qu'il ne souffrait plus de paralysies impromptues. Elle n'en fit rien, et Itachi décida qu'il en était heureux. Leur amitié calme, si étrange au milieu du chaos qui régnait dans les Cinq Nations, était une chose qu'il en était venu à chérir.
Le surlendemain, il alla acheter de la nourriture au marché. Le village semblait désert sans les cris provenant des terrains d'entraînement, les shinobi bondissant sur les toits et le halo toujours présent de centaines de chakra réunis au même endroit. Sakura et lui étaient protégés, dans l'enceinte du village, mais la guerre qui faisait rage appelait à elle les autres combattants de Konoha.
Quand il revint dans l'appartement, Sakura était assise contre un mur, le regard fixe. Lorsqu'elle leva les yeux vers lui, son visage semblait hanté.
- Que se passe-t-il, Sakura-san ? demanda-t-il en posant ses courses sur la table pour s'approcher d'elle.
- Rien, souffla-t-elle. Rien, ce n'est rien. Ça va aller.
Elle se releva, ses jambes visiblement ankylosées. Itachi attendit qu'elle s'exprime.
- C'est mon amie Ino, dit-elle finalement. Yamanaka Ino. Son équipe a été envoyée à la frontière de l'Eau pour tuer un des Sept Sabreurs de la Brume. Ils auraient dû nous contacter il y a deux jours. Je ne sais pas si… j'ai peur que…
Elle essuya avec rage les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
- Je ne peux même pas aller l'aider ! Si elle meurt…
Itachi la regarda, les yeux rougis par des pleurs contenus, serrer ses bras contre elle comme si elle essayait de s'enlacer elle-même. Elle était terrifiée, réalisa-t-il. Terrifiée par la perspective de ne jamais revoir son amie, d'apprendre qu'elle était morte à des centaines de kilomètres de Konoha sans qu'elle puisse rien y faire, apprentie de la Princesse Tsunade ou non. Il pouvait presque entendre ses pensées : à quoi bon être une des meilleures guérisseuses du monde si elle ne pouvait sauver ceux qui lui étaient chers ?
Quand il l'entendit étouffer ses sanglots, il revit soudain Sasuke, en cette nuit funeste où leur Clan avait disparu. Juste un petit garçon plongé dans une horreur trop grande sans personne sur qui s'appuyer. Pris d'une impulsion soudaine, il s'avança et posa une main sur son épaule.
Il s'attendait à ce qu'elle relève la tête, choquée par cet acte si loin de sa personnalité habituelle. Qu'elle s'écarte, peut-être, même s'il assignait à cette action une probabilité faible – elle avait besoin de réconfort et il ne représentait pas une menace. Mais quand elle se blottit contre lui et commença à pleurer, les larmes traversant son haut de toile pour venir mouiller sa peau, il n'eut pas le courage de la repousser. Il se contenta de passer ses bras autour d'elle et de la tenir contre lui, comme il l'aurait fait pour Sasuke, si les deux frères avaient pu grandir ensemble.
Les shinobi pleuraient, mais c'était la première fois depuis Sasuke qu'un shinobi pleurait devant lui. Envahi par un étrange sens du devoir, Itachi posa son front sur les cheveux de la jeune femme en larmes. Si elle avait été une civile, il aurait probablement senti son shampoing – un parfum de cerise, peut-être, pour aller avec son nom et ce rose si pâle – mais Sakura était une shinobi et il ne sentit que la faible odeur qui était elle et que même les produits spécialisés ne parvenaient pas à éliminer.
Ses mains blanches serraient le haut gris qu'il avait recommencé à porter. La dernière fois qu'Itachi avait été aussi proche de quelqu'un, ils étaient pressés contre un mur et l'autre avait un kunai sous la gorge. Pendant trop longtemps, le contact physique n'avait été que ça pour lui : la manifestation la plus pure de la violence.
Le Troisième Hokage le lui avait dit, quand il avait intégré l'ANBU. N'oublie pas que c'est l'amour qui nous permet de ne pas nous perdre. Ton corps n'est pas qu'une arme, Itachi-kun.
Sakura était pressée contre lui, tout contre lui. Si l'un d'eux essayait de tuer l'autre, il ne lui faudrait même pas une seconde.
Itachi ne bougea pas.
Sakura se prit la tête dans les mains.
Elle était mortifiée. Qu'est-ce qui lui avait pris de craquer devant Uchiha Itachi ? Il était le patient, c'était à elle de le réconforter, pas l'inverse ! ça faisait deux jours qu'Ino aurait dû contacter le village : pourquoi craquer précisément à ce moment-là, en présence de l'héritier Uchiha ?
Et il l'avait réconfortée. Sakura ne savait pas ce qui la surprenait le plus : qu'Itachi l'ait laissée pleurer sur son épaule, ou qu'elle-même n'ait pas utilisé le peu de neurones qui lui restaient pour déterminer que c'était une mauvaise idée, par les Kami ! Elle n'avait pas le temps pour de ridicules attachements émotionnels, surtout quand la personne en face avait de fortes chances de succomber dans cette foutue guerre !
Sakura se redressa et inspira profondément. Les émotions perturbaient son jugement. Elle s'était juré que quoi qu'elle éprouve, elle ne reproduirait pas le fiasco Sasuke : le devoir passerait avant les sentiments.
Evidemment, personne ne pouvait prévoir qu'un jour, les deux se retrouveraient intimement liés.
Et voilà qu'elle se retrouvait à douter de ses propres décisions, des choix qu'elle avait effectués, des projets qu'elle avait mis en place. Etaient-ils vraiment le meilleur moyen d'atteindre son but ? Ou était-elle juste aveuglée par son affection croissante pour Itachi ?
D'ailleurs, était-ce cette affection croissante qui la poussait dans les bras de l'ancien déserteur, ou juste la conscience aiguë de c'était maintenant ou jamais, que si elle ne saisissait pas cette opportunité sur-le-champ, la porte se refermerait à jamais ?
Si elle renonçait, Itachi avait de grandes chances de mourir. Mais si elle allait jusqu'au bout, comment pourrait-il ne pas la haïr ?...
- Si seulement il y avait un autre moyen, chuchota-t-elle dans sa chambre vide.
Elle avait fait tout ce qu'elle pouvait. Elle avait même été voir Kakashi-sensei avant qu'il ne parte à son tour vers Iwa, une prière aux lèvres pendant qu'elle lançait le henkou.
Hélas, les Kami avaient épuisé leur miséricorde : le Mangekyô de Kakashi était Yin, comme celui d'Itachi. Elle ne pourrait pas échanger un œil du génie Uchiha contre celui du Ninja Copieur.
Même la plante proposée par Shizune ne pouvait être qu'une solution temporaire. L'organisme d'Itachi s'habituerait au remède, il lui faudrait des quantités de plus en plus importantes, comme pour une drogue – et plus il en consommerait, plus le sevrage serait difficile.
Sakura avait peur. Itachi était son patient, mais si elle échouait à le sauver, ce serait plus que sa fierté professionnelle qui en serait détruite. Sauve ses yeux, avait dit Shishou. Sauve sa vie si tu le peux, mais quoi qu'il advienne, sauve ses yeux. Qu'est-ce que cela révélait sur elle, qu'elle préfère infiniment sauver la vie d'Itachi plutôt que son Mangekyô ?
Quelque part au milieu du mois, Sakura était revenue en portant à bout de bras un canapé. Ce n'était certes pas un grand canapé, mais quand il l'avait vue entrer par la fenêtre en traînant derrière elle l'épais meuble bleu, Itachi s'était rappelé que Tsunade n'avait pas transmis que des techniques médicales à son apprentie.
La couleur du canapé était presque la même que celle de son haut orné du blason Uchiha. C'était aussi, avait affirmé la médic, une couleur suffisamment sombre pour qu'on ne distingue pas les taches de sang dessus. Elle avait refusé qu'il la rembourse en déclarant qu'il s'agissait d'un cadeau d'anniversaire, puisqu'il n'avait pas jugé nécessaire de l'en informer quand ils étaient au domaine. Itachi s'était retenu de mentionner que le neuf juin, date de sa naissance, il croyait encore que personne ne pourrait le sauver et elle ne l'appelait que « Uchiha-san ». De toute façon, Sakura le savait. Elle voulait juste une excuse pour acheter un siège plus confortable.
Il ne s'en était pas plaint. Souffrir sur un canapé était légèrement plus confortable que souffrir sur une chaise.
Avec le remède qu'il buvait tous les matins, la douleur avait reflué, mais l'habitude était restée : il avait commencé à passer de plus en plus de temps sur le fidèle canapé, perdu dans ses méditations ou dans ses lectures. C'est ainsi que Sakura le trouva quand elle entra.
- Itachi-san, commença-t-elle, au sujet d'hier…
Il la laissa chercher ses mots. Les Jounins étaient fiers : pleurer devant lui avait dû entamer l'orgueil de la jeune femme. Il aurait voulu lui dire qu'elle n'avait en rien perdu son estime, mais elle parla avant qu'il ne mette ce projet à exécution :
- Je vous remercie.
C'était… surprenant. Il s'attendait à ce qu'elle dise que ça ne se reproduirait pas, qu'elle était désolée, qu'elle n'agissait pas ainsi, d'habitude. Il aurait alors pu lui répondre que ce n'était pas grave, et la journée aurait continué.
Cette honnêteté soudaine était désarmante. Elle était aussi, dut-il admettre, étrangement agréable. Accepter ses faiblesses montrait la maturité de Sakura ; les lui révéler ainsi…
Cela en disait beaucoup. Sur elle, sur eux, sur la confiance qu'ils se portaient.
- Que lisez-vous ?
Elle s'assit à côté de lui et regarda le titre.
- L'Art de la Guerre, lut-elle. Approprié. J'ai toujours trouvé que les tactiques de Sun Tzu s'appliquaient mal aux shinobi, cela dit.
- Quel ouvrage préférez-vous ?
- Les Guerres de l'Ombre, répondit-elle sans hésitation. L'auteur se concentre beaucoup plus sur les ninjas.
- Mais il néglige les samurai et les civils. Nous pécherions par orgueil en nous croyant au-dessus d'eux.
- C'est vrai. Cependant, vous ne pouvez nier que nous sommes de meilleurs combattants que contrairement aux samurai, nous n'avons pas de code d'honneur qui nous rend prévisibles.
- Peut-être devrions-nous, déclara paisiblement Itachi.
Sakura laissa s'écouler plusieurs secondes avant de répondre.
- Peut-être, dit-elle finalement. Mais ce n'est pas le monde dans lequel nous vivons. Dans notre monde, l'honneur ne suffit pas à défendre le village. Sinon, la section Root n'aurait jamais existé.
Son sous-entendu, le coup d'Etat Uchiha évité de justesse sur les ordres de Danzô, flotta entre eux.
- Effectivement, admit Itachi. Nous ne vivons pas dans un tel monde.
Ils continuèrent à discuter, calmement, tranquillement, comme si Yamanaka Ino et son équipe ne manquaient pas à l'appel, comme si Madara ne se dirigeait pas vers la résolution de son plan fou. Mais derrière les yeux verts de Sakura, Itachi voyait l'angoisse s'agiter.
Peut-être était-ce pour cela qu'il faisait l'effort de réponses complètes, ne laissait jamais la conversation s'éteindre. Pour offrir à la médic quelques instants de paix dans ce monde de guerre.
Ils discutèrent longtemps. Même quand Sakura fit son examen du soir, ils continuèrent de parler : de techniques d'entraînement, de poésie, des mérites comparés des kunai et des senbon. De leurs enfances aussi, un peu. Itachi lui raconta le Clan Uchiha comme elle ne l'avait jamais connu ; elle lui parla du monde civil où on offrait des fleurs plutôt que des armes.
Il y avait une aisance dans leurs discussions qu'Itachi ne se souvenait pas avoir déjà rencontrée. Leurs intérêts se retrouvaient, même si leurs goûts différaient souvent ; tous deux aimaient la poésie, mais leurs mouvements favoris n'avaient rien à voir. Itachi lui parlait de Genjutsu, des erreurs souvent commises par les débutants, de cette sensation de lâcher-prise quand on laissait l'esprit de la victime remplir lui-même les cases manquantes. Sakura parlait du corps humain et de ses faiblesses, de la technique de la Paume Mystique, de l'euphorie qu'on éprouvait à la réussite d'une opération particulièrement complexe.
Quand la nuit commença à tomber, ils parlaient encore.
- Nous devrions aller dormir, finit par dire Itachi.
Sakura étouffa un bâillement.
- Le canapé est confortable.
Itachi haussa un sourcil. Sakura sourit et, lentement, bien assez lentement pour qu'il recule s'il l'avait souhaité, posa sa tête sur son épaule.
Il fixa sans un mot la kunoichi aux cheveux roses appuyée contre lui. La logique aurait voulu qu'il se lève, mais…
Pourquoi ? Il n'était pas insensible. Il n'avait repoussé toute relation personnelle durant des années qu'à cause de Sasuke ; aucune femme ne méritait un homme en phase terminale dont la vie appartenait à son petit frère. Mais la situation était différente, à présent. Et Sakura, Sakura connaissait sa maladie mieux que nul autre. Elle était chargée de le soigner. Si elle voulait que cette… chose, cette éventualité entre eux se concrétise, n'était-ce pas son choix ? Personne ne l'y forçait. Elle prenait sa décision en ayant toutes les cartes en main.
Cela lui paraissait… curieux, qu'elle vienne vers lui aussi vite, mais les shinobi vivaient vite et mouraient jeune – a fortiori en période de guerre.
Elle n'était plus une enfant. Il ne pouvait pas la repousser « pour son propre bien » ; elle était une Jounin de Konohagakure, et c'était elle qui décidait de ce qu'était son propre bien.
Et lui, Itachi, n'avait jamais essayé de se mentir à lui-même. Alors il leva un bras, le passa au-dessus des épaules de Sakura et appuya sa tête contre la sienne en remerciant silencieusement les Kami.
Le soleil se levait à peine quand un coup à la fenêtre les réveilla en sursaut.
- Je vais aller voir, murmura Sakura en se frottant les yeux.
De là où il était, Itachi distinguait une tache colorée qu'il associa à un ninja. Sakura – si facile à reconnaître avec son uniforme sombre et ses cheveux roses – récupéra le parchemin qu'il amenait et l'ouvrit. Le ninja disparut de son champ de vision.
- Shishou me convoque, expliqua-t-elle face à son regard interrogateur. Je vais me changer et voir ce qu'elle veut. Je reviens dès que j'ai fini.
- A tout à l'heure, Sakura.
La jeune femme nota immédiatement l'absence du –san. Itachi distingua un léger sourire sur ses lèvres, quelque chose d'étrangement mélancolique. Peut-être savait-elle que se rapprocher de quelqu'un en période de guerre n'était pas toujours une bonne idée.
Mais visiblement, elle était elle aussi prête à prendre le risque.
- A tout à l'heure, Itachi.
Quand elle revint près d'une heure plus tard, le calme qu'ils avaient partagé s'était envolé. Ses yeux de jade étaient grand ouverts et Itachi était certain que si sa vision avait été meilleure, il aurait distingué des pupilles dilatées.
Une attaque ? L'alarme n'avait pas sonné. L'entretien avec la Princesse Tsunade, décida-t-il. Il se prépara à tout – une mort, une attaque surprise sur un pays allié, une trahison soudaine…
- Sasuke a été vu à l'intérieur des frontières.
A tout, sauf à ça.
- Itachi-s… Itachi. Je… Je suis désolée d'avoir à te demander ça mais…
Elle ne cessait de bouger, de jeter des coups d'œil vers la fenêtre, de poser la main sur la poche d'armes à sa ceinture, comme si chaque seconde était décisive.
- Naruto et moi l'avons cherché pendant des années. Il nous a toujours évités. Et je sais que… qu'il a fait des choses atroces, qu'il a rejoint l'Akatsuki, mais il y tellement de choses qu'il ignore ! Si tu viens…
Alors seulement, Itachi comprit ce qu'elle allait demander.
- Il ne fuira pas, souffla Sakura. Si nous réussissons à le convaincre… Shishou ne peut pas refuser le retour d'un ninja de rang S en pleine guerre. Il était notre coéquipier et… Si nous pouvions… Je suis désolée de te demander ça alors que tu es malade, mais…
- Je viendrai.
Pour son petit frère qu'il n'avait pas su protéger. Pour arrêter cet engrenage de vengeance et de haine.
Pour Sasuke. Pour Sakura.
La médic se jeta dans ses bras.
- Merci, murmura-t-elle d'une voix chargée de larmes. Nous le ramènerons, je te le jure. Naruto et moi… On se l'est promis.
Itachi réalisa que, contre tout ce que sa raison lui soufflait, il avait envie de croire en cette promesse.
Eh oui, Sasuke approche ! Les retrouvailles de l'Equipe Sept avec Itachi dans le rôle de l'invité surprise.
