Je n'aime pas du tout ce chapitre. Il est venu extrêmement difficilement et il me donne la migraine à relire.

Sinon, jeu : quelle est la mission mystère de Sakura ? Je n'ai pas de prix à offrir (5000 mots sur le sujet de votre choix ?) mais tant pis, c'est juste pour voir si j'arrive bien à disséminer des indices.

Réponse aux reviews :
- lalwende : il y aura des réponses dans ce chapitre. En fait, les chapitres à suivre devraient répondre à plus de questions qu'ils n'en posent (pourquoi avoir tué Kabut, quelle est la mission mystère de Sakura, qu'est-ce qui arrive à Sasuke...). Merci pour ton commentaire !
- ange : toute cette haine de Sasuke, ça me fait chaud au coeur !
- lisou : très bien vu, c'est exactement ce qui se passe ! Mais ne t'inquiète pas pour ton "indécrottable romantisme", dans une fiction écrite à la base pour une romance, c'est tout à fait compréhensible ^^ J'espère que la chapitre qui vient te plaira tout autant !
- Haleth : merci beaucoup !


Quand on passait trop de temps avec la douleur, on finissait par oublier ce que c'était que de vivre sans. On commençait à parler moins, bouger moins, car la douleur est comme un prédateur qui n'attend qu'un mouvement brusque pour attaquer ; on regardait le monde avec distance, à travers un voile de brume.
Pour la première fois depuis des années… Il se sentait libre. Il était le corbeau prenant son envol, la forêt paisible entourant Konoha, le calme de l'obscurité avant l'aube – la douleur n'était plus. Pendant une seconde – une minute – un siècle – Itachi oublia jusqu'à son nom pour ne plus faire que ressentir. Son corps-arme, aiguisé si finement qu'il menaçait de se briser à tout instant, était devenu le tronc d'un jeune chêne, solide, résistant, lançant ses branches vers le ciel. Il n'avait plus mal : ce simple fait était comme une révélation.

Puis il ouvrit les yeux, et un monde de beauté se révéla à lui.

Dire que le plafond était blanc aurait été comme de dire que le Soleil brillait : véridique, et pourtant loin de retranscrire la splendeur qui vous prenait à la gorge quand vous le contempliez dans toute sa gloire.

Itachi baignait dans cette paix soudaine, mais il le faisait à la manière d'un enfant apprenant à nager : prudemment, conscient au fond de lui que s'il s'agitait trop, les remugles ramèneraient à la surface une chose horrible, terrible, atroce qui n'aurait jamais dû arriver, une absence qui faisait comme un trou béant en lui, comme le trou dans la poitrine de Sakura…

Trop tard.

Sasuke.

Il voyait mieux qu'il n'avait jamais vu. Ce fut le dernier sacrifice d'Izuna : protéger son frère des ténèbres.

- Sharingan, murmura-t-il d'une voix sans timbre.

Son chakra refusa de répondre. Une chaleur soudaine au niveau du cœur lui indiqua la présence d'un sceau.

- Itachi.

Itachi tourna la tête, conscient que le vide qui l'envahissait avait un prix, qu'il ne pouvait pas repousser ses émotions indéfiniment. Cela ne l'empêcherait pas d'essayer.

Sasuke.

- Sakura.

Il la vit comme il ne l'avait jamais vue. Chaque cheveu rose se détachait clairement, chaque fil de son uniforme propre – elle a eu le temps de se changer, nota le shinobi en lui –, chaque pore de sa peau livide. L'appréhension, la résignation, le deuil se lisaient sur ses traits et dans la courbe de son sourire forcé. Pendant un instant, elle lui fit penser au chef de la Racine.

- Sasuke, dit-il simplement.

C'était stupide. Il savait très bien que son frère était mort – l'expression de Sakura le lui hurlait. S'accrocher à un espoir vain ne lui ressemblait pas.

Mais Sasuke était… tout, absolument tout pour lui, depuis le jour où il avait quitté Konoha. Sasuke était la raison pour laquelle il avait accepté le plan fou de Madara, pour laquelle il était devenu un monstre, un paria, un déserteur ; Sasuke était ce qui lui permettait de tenir quand Kisame torturait une femme dans la pièce d'à côté, quand lui torturait un innocent sur les ordres de Pein. Sasuke était la force qui lui avait permis de repousser sa maladie si longtemps. Sasuke était la lumière dans les ténèbres, deux grands yeux noirs et innocents et une voix enjouée lui souhaitant un bon retour de mission. Sasuke était l'avenir du Clan Uchiha…

Sasuke n'était plus.

Itachi réalisa qu'il pleurait.

Otouto, appela ce qui restait d'humain en lui. Otouto, otouto, otouto…

Un sanglot lui échappa. Itachi s'immobilisa, choqué par ce son étrange.

Sasuke. Pourquoi es-tu mort ? Tu n'aurais pas dû mourir. Mes yeux étaient à toi, ma vie était à toi, stupide petit frère. Je devrais être mort de ta main. Quel dieu cruel t'a tué pour me laisser en vie ?

Les larmes coulaient le long de ses joues, un flot discontinu partant du coin de ses yeux pour tomber sur les draps blancs.

Mas ce n'était pas ses yeux. C'était ceux de Sasuke.

Sasuke ! supplia-t-il avec un sentiment croissant d'horreur.

- Itachi. C'est… c'est fini.

- Non.

Il ne savait pas d'où la réponse était sortie. Bien sûr que c'était fini ; Sasuke était mort. Mais une part d'Itachi ne voulait pas, ne pouvait pas l'admettre. Pas sans perdre pied.

Sakura détourna la tête, lèvres serrées, et ravala un sanglot.

- Il était fou, chuchota-t-elle en fermant les paupières comme si cela suffisait à contenir ses larmes. Ce n'était plus… lui. Sasuke-kun est mort depuis longtemps. Cet homme n'était que…

Sa voix s'étrangla alors qu'elle enfouissait la tête dans ses mains.

- … Le jouet de Madara, finit-elle quand même. Sasuke-kun… Je l'aimais. Même quand il a rejoint Orochimaru, même quand il a essayé de me tuer, je l'aimais !

- Tu avais prévu de le laisser mourir, constata Itachi.

- Non ! Je… Je voulais qu'il revienne. Qu'il écoute Naruto, qu'il rentre à Konoha avec nous, je voulais que… Mais je savais qu'il ne le ferait pas. Pas après les Heshiboka. Même si j'avais soigné son corps, je n'aurais pas pu soigner son esprit. Mais je… je… je l'aimais !...

- As-tu vraiment été incapable de produire du chakra médical ?

… Ou n'était-ce qu'un autre mensonge ?

- Je ne sais pas. Je n'ai pas essayé.

Je l'ai laissé mourir, traduisit Itachi.

- Tu as tout orchestré.

Sakura releva la tête, ouvrit la bouche comme pour protester… puis la referma.

- Oui, confessa-t-elle entre ses larmes.

Voilà pourquoi elle s'était rapproché de lui aussi vite, comme si le temps leur était compté. Voilà pourquoi elle l'avait supplié de venir – parce qu'il fallait extraire les yeux et les réinsérer aussi vite que possible après la mort du sujet. Voilà pourquoi Shizune avait complété leur équipe, alors que n'importe quel Jounin aurait fait l'affaire pour vaincre la ninja sensorielle de Taka. Il aurait dû comprendre. Senju Tsunade gardait ses apprenties à portée de main pendant un mois, et soudain les deux se retrouvaient sur le terrain ?
Shizune savait. Elle était là pour retenir Naruto, pour aider à l'extraction.

Rétrospectivement, tout paraissait évident.

Sakura tentait vaillamment de contrôler ses pleurs. Itachi les laissait couler, indifférent à tout sauf à la peine qui s'étendait en lui.

Sakura l'avait trahi. Pourquoi était-il surpris ? Il comprenait très bien son raisonnement. Elle avait agi dans les intérêts de Konoha en faisant tuer son premier amour pour guérir un shinobi loyal – tout comme lui-même, neuf ans plus tôt, avait massacré l'intégralité de son Clan pour protéger le village. Tous, sauf un. Un petit garçon aux grands yeux noirs qui souriait, riait, et portait sur la vie un regard innocent.

Elle n'avait fait que tuer un membre de l'Akatsuki, un déserteur de rang S. Elle avait sacrifié une relation personnelle pour le bien de l'entité supérieure qu'était Konoha. Pourquoi était-il surpris ? Il avait fait pareil.

Alors pourquoi la regardait-il comme une étrangère ?

Quelqu'un frappa à la porte. Sakura se leva en sursaut. Elle fit un geste vers lui, hésitante, puis recula et sortit de la chambre d'hôpital avec précipitation.

Tsunade vint s'asseoir sur la chaise vide.

- Comment te sens-tu, Itachi ?

Il la fixa.

- Pas mentalement, précisa-t-elle. Physiquement. As-tu des douleurs au niveau des yeux ? Ailleurs ?

Des… douleurs ? Non. Il ne ressentait rien. Il ne ressentait plus rien.

- Non.

- Bien. Je vais ôter le sceau.

Elle s'approcha de lui et posa la main sur sa poitrine. Itachi sentit son chakra réagir à l'annulation du sceau, à nouveau disponible, prêt à être manipulé. Il aurait pu bondir, activer son Mangekyô – le Mangekyô de Sasuke –, déchaîner sa vengeance…

A quoi bon ? La vengeance était le rôle de Sasuke. Lui n'avait plus de rôle : il n'aurait jamais dû survivre.

- Comptes-tu t'en prendre à mon apprentie, Uchiha ?

Une vague surprise parvint jusqu'à Itachi. S'en prendre à Sakura ? Non. Il comprenait le choix qu'elle avait fait. Il avait pris une décision similaire, autrefois.

Tsunade dut lire sa réponse sur son visage, car elle poursuivit :

- Tant mieux, parce que tu es notre meilleure chance de vaincre Madara.

Madara ?... Itachi regarda par la fenêtre, observant distraitement un ANBU au masque de cheval courir sur les toits. La guerre. La Quatrième Grande Guerre des shinobi. Il devait…

Sasuke est mort, lui souffla une part de lui, et il retomba dans l'apathie.

- J'aimerais te laisser faire ton deuil, Uchiha. Malheureusement, l'époque ne nous permet pas de tels luxes. Regarde-moi.

Il se rappellerait toute sa vie de la nuit où il avait dû massacrer son Clan et des mots horribles qu'il avait infligés à Sasuke. Aurait-il pu faire autrement ? Y avait-il eu un autre moyen qu'il avait négligé ?...

- Regarde-moi.

Ses réflexes de shinobi le projetèrent hors de son lit d'hôpital et en position de garde avant que son cerveau ne réalise qu'il n'était pas en danger – la Sannin venait simplement de concentrer son intention de tuer dans sa direction avec une précision de mednin. Itachi se rassit sur le matelas, momentanément tiré de ce qui ressemblait dangereusement à un début de dépression.

- Uchiha Sasuke est mort, prononça distinctement la Cinquième Hokage. Madara l'a manipulé jusqu'à ce qu'il devienne un danger pour Konoha. Si Sakura ne l'avait pas fait tuer, il aurait soutenu Madara dans ses plans, quels qu'ils soient. Sa mort. Etait. Nécessaire.

- Il était mon frère, Hokage-sama, répondit-il doucement. J'avais juré de le protéger.

- Eh bien tu as échoué, Uchiha Itachi, et tu vas devoir vivre avec ça.

Itachi cligna lentement des paupières ; il ne s'attendait pas à cette réponse. Tsunade laissa échapper un rire amer.

- Crois-tu être le seul à avoir manqué à tes promesses ? le provoqua-t-elle avec une touche de dérision. Penses-tu être l'unique personne dans ce village qui portera toujours son deuil avec elle ?

- Non, Hokage-sama.

- Pourtant, tu agis exactement comme si c'était le cas. Regarde-moi bien, Uchiha. J'ai vécu trois fois le nombre de tes années. Mes coéquipiers sont morts, mon sensei est mort, mes parents sont morts, mon Clan s'éteindra après moi. Mon petit frère est mort, mon fiancé est mort sous mes yeux sans que je puisse le sauver. Et pourtant je suis encore là.

Itachi essaya de s'imaginer dans un an, dix ans, vingt ans. Son imagination ne lui renvoya que du vide. Pourtant, la partie la plus intellectuelle de lui, celle qui fonctionnait encore malgré sa peine, constata que la Princesse Sannin avait dû souffrir autant que lui.

- Comment ? demanda-t-il simplement.

Comment pouvez-vous continuer à vivre ?

- Au début, j'ai fait ce à quoi tu es sûrement en train de penser – j'ai ressassé mes souvenirs jusqu'à ce qu'ils m'écrasent. J'ai bu, j'ai fui Konoha, j'ai vécu au jour le jour sans penser au lendemain. Sans Shizune, je serais probablement morte quelque part entre deux casinos, et même elle, je ne la voyais pas vraiment. Elle n'était que la nièce de mon fiancé.

La Hokage inspira, ses yeux noisette perdant de leur dureté alors qu'elle replongeait dans ses souvenirs.

- Cet idiot de Naruto m'a rappelé ce pourquoi je me battais. Il m'a redonné un but. Les choses ne seront plus jamais les mêmes, mais ça, tu le sais déjà. On ne peut pas ramener les morts. On ne peut que continuer à marcher et faire ce qu'on peut pour honorer leur mémoire.

Elle se leva, passant une main sur son front pour frotter le diamant bleu qui s'y trouvait. Pendant une seconde, Itachi crut voir la sexagénaire cachée sous sa Transformation, mais sa façade d'éternelle jeunesse revint immédiatement.

- De toutes les morts que j'ai affrontées, celle de Dan a été la plus dure. Mais toi, Itachi, tu n'es pas dans la même situation. Il te reste quelqu'un. Oh, ne fais pas cette tête ahurie – Sakura est comme une fille pour moi, pensais-tu réellement que je ne remarquerais rien ? Alors soutiens-la, Uchiha. Bien que je ne parvienne pas à imaginer pourquoi, elle a aimé ton traître de frère. Sa mort est un coup pour elle. Soutiens-la. Elle en aura besoin.

La porte se referma sur la dernière Senju. Itachi la fixa longtemps.

Sasuke, appela l'homme endeuillé caché sous son masque neutre. Sasuke, Sasuke, Sasuke…

Sakura.


Sa mère lui disait toujours que les habitudes prises pendant l'enfance étaient les plus difficiles à briser. Après des années de scepticisme, Sakura commençait à la croire. Comme à chaque fois que quelque chose la perturbait, elle ramena ses genoux contre son torse et renversa la tête contre le mur.

Réfléchir. Réfléchir, réfléchir, réfléchir. Elle ne pouvait pas se permettre de craquer, pas maintenant, elle devait…

Une larme coula sur sa joue.

Elle devait réfléchir, oui, mais le trio Ino-Shika-Cho n'avait toujours pas contacté Konoha et elle était malade d'inquiétude ; Naruto l'avait regardée avec le visage le plus trahi qu'elle avait jamais vu de son existence et quand elle avait lâchement rebroussé chemin, il l'avait laissée partir ; Itachi était sorti de l'hôpital après une guérison qualifiée de miraculeuse par les médecins (ha !) et serait envoyé au combat dès que Madara daignerait se montrer ; et quand il partirait, elle l'apprendrait par la bouche de Tsunade-shishou et non par celle de l'Uchiha lui-même, car elle n'osait toujours pas se montrer devant lui.

Au milieu de tout ça, sur une échelle de un à nous sommes en train de perdre cette foutue guerre, la mort de Sasuke grimpait péniblement à trois. Quel genre de monstre était-elle pour que le décès de son coéquipier la touche aussi peu ? Elle avait été amoureuse de lui, il avait été son modèle pendant des années, mais quand elle pensait au moment où il avait arrêté de respirer, elle ne ressentait qu'un intense soulagement : après six années à chasser une ombre, c'était fini. Ils pouvaient enfin respirer, passer à autre chose, vivre !
Sauf que même cet espoir-là était vain. Naruto n'oublierait jamais son premier rival – son premier ami. Itachi avait perdu le petit frère qu'il avait tout sacrifié pour protéger. Certes, la mère de Chôji lui avait offert une remise conséquente dans n'importe quel restaurant Akimichi quand la nouvelle s'était répandue, mais ce n'était pas pareil. Personne à Konoha n'aimait Sasuke, les Akimichi encore moins – Chôji avait failli mourir en essayant de récupérer Sasuke, par les Kami ! – mais les Akimichi n'étaient pas ses amis les plus proches. Naruto était son meilleur ami. Itachi était son ami, elle ne pouvait le nier – il aurait pu être plus, sans toute cette histoire, elle l'avait indéniablement espéré. Et tous les deux avaient aimé Sasuke. Elle avait aimé Sasuke.

Quelle était la différence entre eux, pour qu'ils le pleurent alors qu'elle avait juste envie de l'oublier ? Etait-elle en train de devenir comme Shizune, indifférente à tout sauf quelques personnes soigneusement choisies ?

Sakura releva la tête et sécha ses larmes en entendant quelqu'un approcher.

- Haruno, salua une voix grave qu'elle connaissait bien.

- Morino-san.

Morino Ibiki baissa les yeux vers elle. Ils se regardèrent un instant, le dirigeant de la section d'interrogation et la sous-chef de l'hôpital. Il était massif, debout dans l'embrasure de la porte, sa tête couverte par le foulard noir qui masquait ses cicatrices, vêtu de l'uniforme standard des Jounins ; elle paraissait frêle, assise contre le mur, ses longs cheveux roses encadrant son visage pâle, l'uniforme couvert par sa blouse blanche.

Quelle étrange paire ils faisaient tous deux, songea-t-elle en se levant. Le masculin et le féminin, l'ombre et la lumière, le yang et le yin. Itachi aurait pu être sensible à cette vision poétique. Il appréciait les contrastes nets – peut-être parce qu'il pouvait les distinguer plus facilement avec ses yeux abîmés. Mais Itachi n'était pas le bienvenu dans cette partie de l'hôpital, comme presque toute la population de Konoha.

- On ne s'est pas vus depuis ton retour, Haruno, alors je vais te le dire maintenant : félicitations.

Sakura le fixa, choquée. Ibiki n'était pas du genre à congratuler ses collègues. Le mieux qu'on pouvait espérer de lui, c'était un grognement approbatif digne de l'ours dont il tirait son nom. Recevoir des félicitations… C'était flatteur, bien sûr, mais… Il était le chef du T&I. On disait qu'il n'avait pas son pareil pour la torture psychologique. Être félicitée par un tel homme n'avait pas été dans sa liste d'objectifs quand elle était Genin.

- Venant de vous, je ne sais pas comment je dois le prendre, Morino-san, admit-elle.

Un sourire amusé tordit les lèvres de l'homme.

- Prends-le bien. Tu nous as débarrassés d'un traître et tu en as profité pour soigner un de nos alliés. Si tu n'étais pas déjà Jounin, après cette mission, je te recommanderais moi-même pour une promotion.

- J'ai tué mon ancien coéquipier en manipulant mes plus proches amis. Êtes-vous sûr que je mérite des félicitations ?

- Joue les vierges effarouchées si ça te chante mais te fous pas de moi, gamine. Si tu as besoin que quelqu'un te le répète, je vais te le dire : tu as fait le bon choix. Le gosse de Minato peut prétendre le contraire autant qu'il veut mais il sait que tu as eu raison. Même l'Uchiha ne peut pas te blâmer sur ce coup-là, alors arrête de faire semblant de te sentir coupable.

Ouch. Elle était née dix ans trop tôt pour essayer de leurrer Morino Ibiki.

- Allez, retourne travailler, intima le shinobi en s'écartant pour la laisser passer. Et, Haruno ?

- Oui ?

- L'Uchiha s'en voudra à lui, pas à toi. Personnellement, je me suis toujours demandé à quoi ressemblerait un Uchiha aux cheveux roses.

- De quoi parlez-vous, Morino-san ?

- J'ai manipulé mes plus proches amis, cita-t-il. Les seuls que tu as manipulés dans l'histoire sont Uzumaki et Uchiha – l'aîné, pas le cadet.

Sakura bénit le ciel d'avoir le dos tourné. L'expression qu'elle arborait la trahirait sans aucun doute si Ibiki la voyait de face. Trahirait quoi, elle ne savait pas, mais elle la trahirait.

- J'ai dit amis, nota-t-elle avec une pointe de mauvaise humeur. Il y a une différence entre l'amitié et décrire nos potentiels enfants.

- Si tu le dis, Haruno.

Sakura s'éloigna rapidement. Il bluffait, elle en était presque certaine, mais avec Morino Ibiki, on ne pouvait jamais être sûr. Si ça se trouve, il pensait qu'Itachi et elle produiraient des enfants talentueux et voulait lui mettre l'idée en tête. L'homme était un spécialiste de ce genre de suggestions.

La jeune femme secoua la tête. Elle gérerait ça plus tard. Pour l'instant, elle devait oublier les récents événements et se concentrer sur sa mission. Trop de choses en dépendaient.

Quand elle entra dans le laboratoire, Shizune l'appela.

- Ah, Sakura. As-tu testé l'échantillon B15 sur le sujet témoin ? J'obtiens une réaction quand je l'associe à la carlite…


Sasuke n'aurait pas de tombe dans l'enceinte de Konoha. Il était mort en traître, abattu par le futur Hokage alors qu'il tentait de tuer une medic-nin de génie. Il avait tourné le dos au village qui l'avait vu grandir et avait rejoint en connaissance de cause les rangs de l'ennemi – d'abord Orochimaru, dont les expériences avaient traumatisé une génération, puis Madara, à cause de qui des dizaines de noms étaient gravés chaque semaine sur le monument aux morts. La seule chose qui aurait pu le sauver aux yeux de ses anciens compatriotes, sa vengeance, avait été tournée en ridicule quand la rumeur s'était répandue qu'Itachi n'avait jamais massacré les Uchiha, qu'il avait au contraire protégé Konoha en infiltrant l'une des organisations criminelles les plus cruelles au monde – et d'ailleurs, ne disait-on pas que les chasseurs de déserteur envoyés à sa poursuite revenaient toujours en vie ?...

Madara avait été le traître de son temps, puis Orochimaru, puis Itachi lui-même… Et à présent, Sasuke.

Ça n'aurait jamais dû finir ainsi. Son frère aurait dû revenir à Konoha sous les acclamations de la foule après avoir vengé le nom des Uchiha. Il aurait dû épouser une femme qu'il aimait, fonder une famille, réapprendre le bonheur, voir le fils de Minato devenir à son tour Hokage. Au lieu de ça, Sasuke était mort dévoré par la haine après avoir tenté de tuer la femme qui aurait pu devenir la mère de ses enfants. Il était mort haï de tous dans une vallée coupée du monde, et son cadavre avait été ramené à Konoha dans un parchemin de stockage pour être autopsié et analysé.

Itachi observa d'un œil vide la tombe de sa famille. S'il mourait durant la guerre, on y inscrirait son nom. Sasuke n'aurait jamais ce privilège.

Je suis désolé, otouto.

- Eh, Itachi.

Itachi ne bougea pas. Il reconnaissait cette voix. Une touffe de cheveux blonds apparut dans son champ de vision.

- Baa-chan veut pas qu'on l'enterre dans le village, mais c'est pas grave. Quand je serai Hokage, je récupérerai son corps et on lui creusera une tombe dans le domaine Uchiha. Comme ça, tes enfants pourront rendre visite à leur oncle !

Son enthousiasme sonnait faux. Itachi le laissa faire : chacun avait sa manière de faire son deuil, et celui de Naruto était sincère. Sakura avait pleuré la perte de ses rêves d'enfant ; Naruto, lui, pleurait Sasuke.

- Je suis sûr qu'ils en seront heureux, répondit l'Uchiha.

Ils passèrent plusieurs minutes à regarder la tombe dans un silence inconfortable avant que Naruto explose, les poings serrés et les yeux brillant de larmes.

- Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? s'exclama-t-il. On avait promis de le ramener ! On avait promis qu'il reviendrait à Konoha avec nous ! Elle était amoureuse de lui, elle aurait dû le soigner !

- Sakura a fait ce qu'elle devait faire, dit calmement Itachi.

- C'était pas ça, ce qu'elle devait faire ! Sasuke aurait pu combattre pour nous, il fallait juste qu'il comprenne que Madara est un connard ! Au lieu de ça, elle… elle… Sakura-chan… Elle l'a tué ! Elle m'a dit qu'on allait le chercher, et elle a tout prévu pour prendre ses yeux !

- Un shinobi doit savoir faire des sacrifices, Naruto-kun.

Le blond pointa un doigt accusateur vers lui.

- Pourquoi tu la défends ? Elle a tué ton frère ! Tu devrais la haïr !

- Et toi, la hais-tu ?

La colère déserta soudain le visage de Naruto. Itachi y vit la même expression que celle qu'il arborait depuis son réveil à l'hôpital : une immense fatigue. C'est fini. On ne peut plus revenir en arrière. On ne peut plus le sauver.

J'aurais dû te tuer en même temps que le reste de notre Clan, petit frère. Tu aurais moins souffert.

- Je pourrai jamais haïr Sakura-chan, admit Naruto. Mais je sais pas si je pourrai lui refaire confiance un jour. On s'était juré de ramener Sasuke à Konoha. Je croyais que… qu'elle l'aimait. On tue pas les gens qu'on aime !

- Parfois, on le doit, murmura Itachi.

- Hein ?

- On peut aimer quelqu'un malgré ses défauts. Quand ceux qu'on aime menacent ce qui nous est cher… On doit faire un choix.

- Ah… Tu parles pas de Sasuke, là.

L'image de Mikoto et Fugaku passa devant les yeux d'Itachi.

- Sakura a fait un choix, conclut-t-il.

Naruto baissa la tête, vaincu, et poussa un caillou du pied.

- Tu sais, j'étais sûr que quand on ramènerait Sasuke, il épouserait Sakura. Je pensais que je deviendrais Hokage et que Sasuke serait le chef de la police. Ils auraient des enfants, plein d'enfants, Baa-chan pourrait prendre sa retraite à l'hôpital et Sakura-chan formerait les medic-nins. Elle fait toujours semblant d'être violente mais au fond, elle aime pas être seule. Avec Sasuke, elle aurait pu se sentir heureuse, mais maintenant… J'ai peur qu'elle devienne comme Baa-chan.

- Tsunade-hime n'est pas un mauvais modèle à avoir, nota Itachi avec une touche d'amusement à l'idée que la plus appréciée des Sannin puisse être un exemple à ne pas suivre.

Une goutte de sueur coula le long de la tempe de Naruto quand il réalisa ce qu'il venait de dire.

- Pas comme kunoichi, hein ! protesta-t-il en se passant une main dans les cheveux. Mais Baa-chan est pas heureuse. J'ai pas envie que Sakura-chan devienne pareille si on la laisse seule.

- N'es-tu pas son ami ?

- C'est différent, déclara Naruto sur un ton qui ne souffrait pas de discussion. Elle a besoin de quelqu'un qu'elle aime comme… comme… comme Kurenai-sensei aimait Asuma-sensei.

- Serais-tu prêt à l'accepter ?

- Comment ça ?

- Si Sakura tombe amoureuse de quelqu'un, l'accepteras-tu, ou en voudras-tu à la personne qu'elle choisira de ne pas être Sasuke ?

Naruto prit plusieurs secondes pour réfléchir.

- Je l'accepterai, conclut-il. C'est le choix de Sakura-chan. Si j'essaie de la protéger, elle m'a dit qu'elle me frapperait tellement fort que quand je deviendrai Hokage, on aurait déjà la forme de ma tête incrustée dans la paroi.

Ce qui ressemblait effectivement à Sakura.

- Mais… J'aurais préféré que ce soit Sasuke. C'était la place de Sasuke, dattebayo !

Itachi fit semblant de ne pas remarquer les larmes qui scintillaient sur les joues de Naruto.

- Le monde ressemble rarement à ce qu'on avait prévu, conclut-il en songeant à ses propres plans balayés comme un château de cartes.

- Ouais.


Le lendemain, Itachi décida qu'il devait parler à Sakura.

Tsunade-sama lui avait donné une semaine au maximum pour retrouver ses pleines capacités. En réalité, Itachi était certain qu'elle voulait juste l'avoir sous la main pour être sûre qu'il ne fasse pas de rechute ; il ne lui fallait certainement pas une semaine pour reprendre l'habitude d'un corps sain. Il se demandait aussi s'il ne servait pas d'instrument de propagande, destiné à impressionner les ninjas présents dans le village ainsi que les civils afin de les rassurer quant à l'issue de la guerre. Après tout, l'Eclair Jaune à lui seul avait fait beaucoup pour assurer la victoire contre Iwa lors de la Troisième Grande Guerre. Itachi ne doutait pas qu'avec son rétablissement, il atteignait, voire surpassait le Quatrième Hokage.

Mais il ne pourrait pas rester trop longtemps à Konoha. Les journaux avaient beau publier de longs articles sur les victoires de la Feuille, la solidité de l'alliance avec Kumo, l'avantage inestimable que représentaient les deux Jinchûriki, on murmurait parmi les gradés que le Daimyo du Feu avait fait rédiger le brouillon d'une reddition – juste au cas où, shinobi-san ! – et que les membres de l'Akatsuki pouvaient vaincre un régiment sans transpirer.

Nous sommes en train de perdre cette guerre, songea Itachi en entrant dans l'hôpital. S'il y avait des plans de secours, on ne l'en avait pas informé : Tsunade lui martelait qu'il devait se concentrer sur Madara et qu'avec la mort de son ancêtre, l'alliance entre l'Akatsuki, la Terre et l'Eau s'effondrerait.

Itachi n'en était absolument pas certain. Pire : Tsunade n'en était pas certaine, il le sentait.

Une civile d'âge mûr à l'entrée de l'hôpital lui indiqua qu'elle avait vu Sakura descendre les escaliers plus tôt dans la journée.

Il n'était pas sûr de ce qu'il voulait dire à la médic. Il lui devait la vie, mais le prix avait été élevé – bien plus que ce qu'il aurait payé s'il avait su. Et pourtant, Itachi savait qu'il ne pouvait pas partir sans lui avoir dit qu'il ne lui en voulait pas, qu'il comprenait son choix, si horrible soit-il. Parce qu'ils étaient des shinobi et que leur devoir passait avant tout. Il ne voulait pas partir au combat sans avoir clarifié ce malentendu.

Le sous-sol de l'hôpital n'était qu'une enfilade de couloirs blancs aux portes bleues. Certaines avaient des panneaux affichant leur fonction – des salles de stockage, principalement – alors que d'autres étaient ornées de sceaux menaçants. Malgré l'agréable fraîcheur, presque personne ne se promenait dans les couloirs, et les rares employés qu'il y vit le regardèrent avec surprise. Itachi commençait à se demander si Sakura n'était pas derrière une des portes scellées quand on l'interpella. Lorsqu'il se retourna, une jeune civile en blouse blanche s'inclina en rougissant.

- Uchiha-sama, désirez-vous quelque chose ?

- Je cherche Haruno Sakura.

- Ah !... Sakura-sama est… enfin, elle…

- Elle n'est pas à l'hôpital ?

- Si ! Mais elle est dans une zone à accès limité. Je suis navrée, Uchiha-sama, vous ne pouvez pas y entrer.

- Savez-vous quand elle ressortira ?

La jeune femme secoua la tête.

- Elle ne sort pas beaucoup en ce moment. Vous risqueriez d'attendre plusieurs jours.

- Dans ce cas, je reviendrai plus tard. Merci à vous.

- Oh, de rien, Uchiha-sama, ce fut un honneur.

Et, sur une dernière courbette, elle s'éloigna en serrant ses feuilles contre elle.

Une zone à accès limité, songea Itachi en retournant s'entraîner. Pourquoi Sakura passait-elle des journées entières dans une zone limité du sous-sol de l'hôpital ?


Sakura regarda avec curiosité une jeune femme aux longs cheveux bruns reprendre sa respiration.

- Que se passe-t-il, Agashi-san ?

- Ah, Haruno-sama ! Je viens de croiser Uchiha Itachi. Il… Il vous cherchait.

Sakura sentit ses muscles se tendre.

Respire, s'intima-t-elle. Morino-san a raison, tu as fait ton devoir. Tu n'as pas à te sentir coupable. Peut-être que si elle se le répétait suffisamment de fois, elle cesserait de voir le visage trahi de Naruto et le regard vide d'Itachi danser devant ses yeux.

- Que voulait-il ?

- Je… Je ne sais pas. Je lui ai dit que vous étiez dans une zone à accès limité.

C'était le moins qu'on puisse dire. Elles étaient cinq à travailler ici : Tsunade-shishou, Shizune-sempai, Agashi-san, Hyûga Hanabi et Sakura elle-même. Quatre autres personnes pouvaient y accéder – Nara Shikaku, Sai, Morino Ibiki et Otabura Jin, le chef des ANBU. Quiconque entrerait par infraction dans le saint des saints serait passible de sanctions allant du confinement à la peine de mort, suivant les raisons de sa présence et ce qu'il verrait.

Autant dire que tant qu'elle ne sortait pas, ses chances de croiser Itachi demeuraient infinitésimales. C'était une façon d'agir très lâche, certes, mais Sakura avait envie d'être faible. Être forte, ça voudrait dire confronter Itachi, regarder la peine dans ses yeux, voir sa façade de politesse neutre se remettre en place au lieu de leur étrange amitié.

Alors oui, Sakura préférait être faible. Elle avait bien le droit, non ? Juste un peu de faiblesse. Se laisser aller à ne pas être forte – juste une fois.

Par les Kami, ce qu'elle ne donnerait pas pour pouvoir se blottir dans les bras de quelqu'un et s'endormir sans avoir peur du lendemain.

Ne sois pas ridicule, Sakura. Il y a deux personnes dans ce village qui te laisseraient faire et ce sont les deux personnes que tu as le moins envie de voir.

Sakura secoua la tête et se tourna vers ses tubes à essai.


Quel était l'endroit où l'on avait le plus de chances de trouver un autre shinobi ? Les terrains d'entraînement, bien sûr. Mais Sakura n'y avait fait que des apparitions sporadiques dernièrement.

Quel était l'autre endroit où il était sûr de trouver la kunoichi aux cheveux roses ? Le sous-sol de l'hôpital. Sauf que cet endroit-là était à accès limité et qu'il ne faisait pas partie des heureux élus.

En désespoir de cause, Itachi décida d'attendre dans l'appartement de la jeune femme.

Ses pièges étaient tristement inefficaces, constata-t-il en s'installant sur le canapé, un volume médical en main. Bien sûr, Itachi trichait honteusement en employant son Sharingan, mais tout de même. Si Madara venait l'enlever durant la nuit pour faire pression sur Naruto, il bénéficierait du même avantage.

Itachi reposa bien vite le livre de médecine. Les schémas des organes internes lui rappelaient trop le corps inanimé de son frère perdant peu à peu la vie. Au lieu de ça, il ferma les yeux et commença à méditer. Dans un village comme Konoha, on percevait bien des choses en étendant ses sens. Il était si concentré sur les différents bruits venant de la rue qu'il faillit rater le son distinctif d'un pas bien connu dans le couloir.

Quand Sakura entra dans son salon, son expression passa de la surprise à la panique avant de s'arrêter sur l'émotion qu'elle adoptait par défaut face à une situation imprévue : la colère.

- Que faites-vous chez moi, Itachi-san ?

- Sur quoi travailles-tu à l'hôpital ?

Elle lui jeta un regard méfiant.

- C'est classifié. N'évitez pas mes questions.

- Je voulais te voir.

- Vous m'avez vue. Sortez, s'il vous plaît.

Elle lui tourna le dos et se dirigea vers sa chambre.

- Sakura, appela-t-il en la voyant quitter la pièce. Je ne t'en veux pas.

Elle se retourna si vite qu'il n'aurait pas saisi le mouvement sans son Sharingan. Elle inspira, ouvrit la bouche, puis la referma. Son masque de colère laissa place à un épuisement qu'Itachi avait déjà vu aujourd'hui, mais sur un visage plus bronzé, avec de grands yeux bleus et quatre moustaches sur les joues.

- Naruto m'en veut, murmura-t-elle d'une voix brisée. Il pense que je suis responsable de la mort de Sasuke.

- Sasuke… Sasuke a été poussé à faire de mauvais choix. La haine que je lui inspirais l'a…

- Certainement pas, Itachi-san. Je vous interdis de prendre la responsabilité des choix de Sasuke. Il connaissait la vérité sur le massacre et il a quand même choisi de se battre pour Madara. Ce n'est pas votre faute !

- Alors de qui est-ce la faute ?

- La sienne. C'est la sienne. Vous ne pouvez pas vous juger coupable de ses décisions à lui.

Ils restèrent silencieux un instant, Sakura fixant obstinément le sol, Itachi fixant obstinément Sakura.

- Itachi-san, demanda-t-elle soudain, est-ce que c'est vrai ? Quand vous dites que vous ne m'en voulez pas, est-ce que…

- C'est la vérité, affirma-t-il doucement. Ce n'est pas un choix que j'approuve et j'aurais préféré que tu m'en parles…

- Vous n'auriez jamais accepté.

- … Mais je comprends tes motivations.

- Parce que vous avez fait un choix similaire autrefois, n'est-ce pas ?

Itachi se sentit soudain excessivement fatigué.

- Oui. Parce que j'ai fait un choix similaire. Tu n'es pas obligée de me vouvoyer, tu sais.

- Je pensais que tu t'opposerais à trop de familiarité de ma part, maintenant que j'ai… que j'ai fait le choix que j'ai fait.

- Nous sommes des shinobi, constata Itachi. Parfois, nous n'avons que de mauvais choix face à nous.

Sakura hocha la tête. Elle ne comprenait que trop bien.

- Tu as tenu ta promesse, ajouta-t-il.

- Pardon ?

- Tu avais promis de guérir cette maladie.

Elle rougit, gênée.

- J'aurais préféré trouver une autre solution.

Il ne répondit pas. Que pouvait-il dire ? Elle avait raison.

Avec un soupir, Sakura se dirigea vers la cuisine. Quand elle revint, elle portait deux tasses de thé, dont une qu'elle tendit à Itachi en s'asseyant à côté de lui.

Ils burent sans un mot en regardant par la fenêtre la nuit qui tombait. Itachi laissa le Sharingan se dissiper.

- Je suis désolée, dit soudain Sakura. Pour Sasuke. Je suis convaincue d'avoir pris la bonne décision, mais… je suis quand même désolé, Itachi. Il était ton frère.

- Je comprends.

Elle ramena ses genoux contre son torse, la vapeur montant de sa tasse pour se condenser sur son front. Quand Itachi tourna la tête vers elle, il constata qu'elle pleurait.

- Merci de ne pas m'en vouloir, déclara-t-elle d'une petite voix.

- S'il y avait eu une autre solution, tu l'aurais choisie.

- ça oui, approuva Sakura avec un rire un peu tremblotant. Itachi, je… Pour les choses qui vont se passer, je suis désolée aussi.

Les choses qui vont se passer ?...

- Veux-tu en parler ? offrit-il.

- Je ne peux pas. Classifié. Mais je suis vraiment, vraiment désolée.

Elle posa sa tasse et, enfouissant son visage entre ses mains, prit plusieurs longues inspirations, comme pour contrôler ses pleurs.

- C'est comme pour Sasuke, confessa-t-elle dans un murmure. Au bout d'un moment, il n'y a plus d'autre choix.

Quand Itachi tendit le bras sans un mot, elle lui jeta un regard reconnaissant et vint se blottir contre lui.

Les choses qui vont se passer.

Sasuke était mort. Itachi avait juste envie de demander à Sakura de partir avec lui – loin, très loin de Konoha et de la montagne de secrets sur laquelle reposait le village. Mais quand la jeune femme commença à sangloter, de petits sanglots presque silencieux, il se demanda si le pire n'était pas à venir.


Merci d'avoir lu, on se retrouve dans quelques jours pour la suite !