JE VIS !

Avec mon stage ouvrier ce mois-ci, je suis épuisée et je passe mes journées (8h-18h) sans ordinateur. Le rythme de publication va s'en ressentir, désolée. J'aimerais vraiment passer le mois à écrire au lieu de ce travail abrutissant mais bon, on ne fait pas toujours ce qu'on veut.

Assez de plaintes, passons plutôt aux réponses aux reviews :
- Azulea
: merci beaucoup ! Malheureusement, tu n'as pas laissé d'adresse d'e-mail donc je ne peux pas te contacter pour ton offre de bêta. Je préférerais choisir des personnes qui commentent depuis un certain temps ou qui ont écrit leurs propres fictions, cela dit. Si tu publies quelque part, donne-moi un lien ^^
Haha, je suis surprise que tu continues à apprécier Kisame, il mérite la mort par le feu à mon avis ! Mais bon, il en faut pour tous les goûts.
- lisou : d'accord, je ne ferai pas d'Uchiha aux cheveux roses, c'est promis. Mais c'est bien parce que c'est toi ! Effectivement, ce sont des souches virales, tu as bien lu les indices. Il y aura d'autres précisions à ce sujet dans le chapitre qui vient.
PS : oui, le classement par les notes est génial, une de mes amies a été Mew, elle était ravie !
- sunshine78 : ah, ça fait plaisir que tu aimes Sakura ici ! Je comprends qu'on ne l'apprécie pas, elle est tout bonnement exaspérante avant Shippuden. "Sasuke-kuuuun~" - argh. Je ne lis pas de schoolfics donc je ne savais pas que le ItaSaku était présenté comme ça mais je suis heureuse que ce soit différent dans cette fiction. Si tu veux de meilleurs ItaSaku, lis les fictions anglaises, elles se passent souvent dans l'univers original.
Merci pour ton commentaire ^^

Bonne lecture !


- Pourquoi pleures-tu ?

Sakura offrit un sourire larmoyant à Sai. Le chef de la Racine était assis sur son canapé, un épais dossier sur les genoux. Elle-même avait préféré rester debout et s'appuyer contre le mur. Si elle s'asseyait, elle allait vomir – encore une fois.

- C'est à cause de la mission ? insista son ami.

Elle hocha la tête en inspirant profondément pour contrôler sa respiration. Une… Deux. Une… Deux.

- Je ne comprends pas. Pour l'instant, tout se passe bien.

- C'est ça, le problème, souffla Sakura. Tout va bien se passer.

Sai fronça les sourcils.

- Alors pourquoi pleures-tu ?

- Combien de personnes vont mourir, Sai ?

Le visage de Sai s'illumina quand il comprit la cause de ses larmes.

- C'est le bilan humain qui t'attriste, mocheté ? J'ai lu que certaines personnes ressentent de la peine pour la mort d'inconnus. Je ne pensais pas que ce serait ton cas.

Sakura se mordit la lèvre inférieure jusqu'à ce qu'un goût de sang lui envahisse la bouche. Sai était le pire individu à avoir auprès d'elle en ce moment. Il ne comprendrait jamais.

Ils allaient gagner la guerre, oui, et elle aurait joué un rôle capital dans cette victoire, comme dans ses rêves d'enfant. Mais dans l'esprit de la petite Sakura, cela voulait dire combattre, remporter une bataille à elle seule, comme l'Eclair Jaune – cela voulait dire la gloire et la reconnaissance.

Elle se demanda si Namikaze Minato avait ressenti la même chose, quand on l'avait qualifié de héros de la Troisième Grande Guerre : une nausée insurmontable et le désir ardent d'oublier les montagnes de cadavre qu'il avait laissées derrière lui.

Nous allons gagner la guerre. Mais à quel prix ?

Et pourtant, elle savait que c'était la seule solution. Konoha avait fait de la rétention d'informations pour ne pas alarmer sa population mais Sakura avait l'un des plus hauts niveaux d'accès du village : pour parler franchement, la guerre tournait mal. L'alliance entre Konoha, Kumo et Suna était en train de perdre. L'Est, en particulier, ne pouvait tout simplement pas tenir face aux vagues de combattants du pays de l'Eau : après des années de guerre civile, les survivants avaient tous des bases dans l'usage du chakra et ne reculaient plus à la vue du sang. Un Jounin aurait pu les balayer d'un revers de la main, bien sûr, mais il n'y avait pas tant de Jounins que ça. Dans tous les pays, la majorité des shinobi étaient des Genins qui, face à suffisamment d'adversaires, finissaient par céder à la pression du nombre.

Quant aux soldats des armées privées entretenues par les Daimyo… Autant se préoccuper de l'herbe qui poussait ou des nuages dans le ciel. N'importe quel Genin fraîchement promu pouvait théoriquement en affronter une dizaine. Pour une Jounin comme elle, c'était une plaisanterie.

Sakura avait prêté serment en devenant kunoichi. Elle avait juré de défendre le Village caché dans les Feuilles, de le protéger à n'importe quel prix, d'anéantir ses ennemis. Tous ses ennemis.

Est-ce que le tailleur d'une grande ville de la Terre était un ennemi ? Est-ce que la femme s'occupant de ses trois enfants dans les tréfonds du pays de l'Eau était un ennemi ? Et les réfugiés de l'Eau venus s'installer dans le pays du Feu pour échapper aux massacres, étaient-ils des ennemis, eux aussi ?
Cela n'avait pas d'importance. Les virus ne faisaient pas de distinctions – ils portaient les marquages génétiques des pays ciblés : ils mourraient.

- Si le virus tue des déserteurs d'Iwa, pourra-t-on demander à ce qu'Iwa nous verse leur prime ? se demanda Sai à voix haute.

Sakura eut envie de rire. Elle préféra ignorer la question.

L'Eau et la Terre n'avaient jamais encouragé l'essor de la médecine : c'était pour eux une discipline inutile, un hobby et non un art respectable. A Iwa, avoir besoin d'un medic-nin signifiait qu'on avait été touché au combat. Dans un pays aussi imprégné de la mentalité samuraï, une telle faiblesse était une disgrâce. Quant à l'Eau, quel pays en guerre civile avait le temps et les ressources de former des médecins ?
L'Akatsuki n'avait, bien sûr, aucun medic-nin en son sein. Kabuto, l'un des meilleurs au monde, avait été tué pour ne pas faire obstacle au plan ; Tsutsumo Akiri et sa fille étaient des Suna-nins alliées à Konoha.

Leurs ennemis n'avaient aucune équipe médicale assez compétente pour contrer les virus.

- Ce sera un génocide, dit Sakura à voix basse.

Sai hocha la tête.

- ça veut dire qu'on ne pourra pas récupérer les primes ? Pourtant…

- Sai, l'interrompit-elle, tes soldats sont chargés de planter les souches, non ?

- Oui, pourquoi ?

- Tu ne devrais pas aller leur parler ? Ou superviser leur entraînement, ou – je ne sais pas, faire quelque chose ?

Son agacement était devenu audible vers la fin de la phrase. Elle était fatiguée, fatiguée jusque dans son âme, et Sai était un rappel vivant de ce que risquait tout shinobi : se transformer en arme sans émotions qui ne vivait que pour anéantir l'adversaire qu'on lui désignait. En cet instant, les ressemblances entre eux deux étaient trop troublantes pour que Sakura y fasse face

- Je suis congédié, observa Sai en se levant. Bonne soirée, Sakura.

- Bonne soirée.

Il ne lui en tiendrait pas rigueur. C'était un des nombreux avantages à être ami avec Sai. Il ne s'offensait jamais, quelle que soit la façon dont on le traitait.

Quand la porte se referma, Sakura dut résister à l'envie soudaine de glisser au sol et de s'entourer de ses bras. C'était sa position de refuge, celle qu'elle adoptait depuis qu'elle ne pouvait plus courir vers ses parents pour être consolée. Jusqu'ici, se recroqueviller lui avait toujours fait du bien, quoi qu'elle ait à affronter. Mais pour la première fois, Sakura comprit que cela ne suffirait pas. Il lui faudrait plus que le réconfort solitaire auquel elle était habituée. Elle avait désespérément besoin d'un autre être humain, une personne de confiance qui pourrait écouter ses craintes et lui dire que tout irait bien, même si c'était un mensonge – en cet instant critique, Sakura ne supportait plus d'être seule.

Naruto ne comprendrait pas. Ino était – absente. Tsunade et Shizune vivaient la même chose qu'elle.

Tout en sachant pertinemment que c'était une mauvaise idée, Sakura ouvrit un parchemin vierge et commença à écrire.

Itachi,

Ton camp a dû recevoir l'ordre de rappel. Comme tu l'as probablement deviné…

La lettre était froide, presque impersonnelle. Ce n'était pas grave : Sakura voulait juste sentir un lien avec Itachi, savoir qu'il lirait des mots qu'elle avait écrits et penserait un peu à elle.

- Ne me hais pas, chuchota-t-elle tout en écrivant. Dieux miséricordieux, faites qu'il ne me haïsse pas. Pas lui.

La dernière fois qu'elle l'avait vu, Naruto l'avait regardée avec des yeux débordant de confusion et de confiance trahie. Sakura craignait par-dessus de revoir cette expression sur le visage de l'Uchiha.

Sache que je suis désolée, inscrit-elle à la fin de sa lettre. S'il y avait une autre solution, je l'aurais choisie.

Puis elle trempa à nouveau sa plume et, sur un coup de tête, consciente qu'elle n'oserait plus jamais lui dire en face une fois qu'il saurait, elle griffonna rapidement : je t'aime.


Dans la clarté du petit jour, le camp faisait peine à voir. L'alignement presque maniaque des rangées de tentes ne faisait que rendre plus frappant le désordre général : des restes de nourriture, de petites tables sur lesquelles reposaient encore quelques cartes écornées, des armes traînant au sol au milieu de plantes piétinées formaient le décor de ce qui avait été, avant leur arrivée, une plaine luxuriante. Tel était le lot des armées désœuvrées, songea-t-il en se promenant dans le camp, son illusion le cachant des regards indiscrets. Comme quoi même des soldats surentraînés cédaient face à l'ennemi le plus fourbe – l'ennui. La politique de défense qu'il prônait avait diminué le bilan humain, mais les shinobi mobilisés s'étaient préparés à une chose et une seule, la guerre. Privés de la rage des combats, cantonnés sur la défensive, ils tournaient en rond comme un chasseur ayant semé son gibier.
Ils ne se mutineraient pas, non, c'était le lot des pirates et des brigands, pas des ninjas, mais leur impatience pouvait être toute aussi dangereuse. Un trio de Chûnins avait failli attaquer à vue des adolescents du camp ennemi, négligeant totalement la forte probabilité que ceux-ci soient des Genins de l'Herbe qui n'obéissaient à Kakuzu que sous la contrainte. L'intervention miraculeuse d'une patrouille les en avait empêchés, mais on n'avait évité la catastrophe que de justesse : le massacre de Genins innocents aurait rendu fous furieux les Kusa-nins qui les renseignaient depuis l'intérieur du village, sans oublier ceux qui avaient rejoint le camp. Riki, la chef des déserteurs de l'Herbe, avait semblé sur le point de succomber à une crise d'apoplexie quand on lui avait rapporté la nouvelle. Son intention de tuer avait été tellement forte qu'un des Chûnins s'était évanoui.

Itachi se sentait dans la peau du dresseur de chiens retenant sa bête aboyante. Les shinobi ne désiraient pas le combat, mais ils l'attendaient malgré tout. Dans leur esprit, chaque jour sans bataille les rapprochait de la réouverture des hostilités. La pression montait lentement.

Puis l'ordre arriva.

Ce matin même, les hauts-gradés des Trois Pays – comme on appelait maintenant la Foudre, le Feu et le Vent – s'étaient réunis pour partager un message commun de leurs Kages. Les parchemins, très brefs, consistaient en un ordre de relocalisation : une liste de noms et de lieux auxquels on devait envoyer leurs porteurs. Itachi avait noté avec soulagement que les Genins fraîchement promus étaient renvoyés à Konoha, Kumo ou Suna, selon leur appartenance. Le reste était plus mystérieux : un assemblement hétéroclite de Chûnins et de Jounins, toutes spécialités confondues, certains appartenant même aux branches secondaires de clans puissants, devaient partir sur-le-champ pour divers postes éparpillés à travers les Cinq Nations. Certains étaient à l'intérieur des Pays Alliés, d'autres à deux pas des fronts où se livraient des batailles enragées.

Pourquoi ces hommes et femmes-là, pourquoi les envoyer à ces endroits-là ? Que cherchaient à faire Tsunade, A, et Gaara ? Il lui manquait des informations : il voyait les fils de la trame, mais pas le motif qu'elle représentait.

Alors il se promenait parmi ceux qui avaient le plus de chances de lui apprendre quelque chose, les shinobi concernés eux-mêmes. Le plan était bon, et puis ce n'était pas comme si qui que ce soit pouvait le repérer quand il avait tissé autour de sa personne une telle toile d'illusions. Malheureusement, comme tous les plans, celui-ci souleva plus de questions qu'il n'apporta de réponses. Quand Itachi eut écouté une petite dizaine de conversations, il sentit s'ouvrir sous ses pieds un abîme de confusion.

Les shinobi n'étaient pas lents d'esprit ; ceux qu'on renvoyait du camp s'étaient rencontrés pour chercher le point commun qui les liait. Or il se trouvait, par le plus grand des hasards, qu'ils avaient tous des grands-parents, voire des parents originaires des trois grands pays ennemis. Et là, les choses commencèrent à diverger. Parmi les groupes au sang chaud, on supputa immédiatement un soupçon de traîtrise. Les Kage pensent qu'on ne leur est pas fidèles ! s'indignèrent une poignée d'idiots. C'était évidemment absurde mais après plus d'un mois à attendre une bataille qui ne venait pas, les esprits s'échauffaient vite. Dans un de ces groupes, un homme aux cheveux noirs déclara d'un ton las qu'ils étaient tous stupides, lui-même venait d'être envoyé dans un poste près de la Pluie et sa grand-mère paternelle était, effectivement, originaire de Kirigakure, mais enfin, il était Nara par sa mère ! Et la fidélité du Clan au cerf était si réputée que nul n'osa disputer l'argument.

D'autres groupes étaient arrivés à la même conclusion. Une Jounin de la Foudre avait dit que si leurs dirigeants doutaient vraiment de certains soldats, ils n'auraient pas fait une annonce publique ; ils les auraient renvoyés discrètement, un par un, sans que personne ne pense à investiguer. Un Jounin du Sable avait dit que justement, peut-être les Kages voulaient-ils qu'ils pensent ça, peut-être soupçonnaient-ils vraiment une traîtrise et cherchaient-ils à brouiller les pistes…
Et un Jounin de Konoha lui avait frappé l'arrière de la tête en lui ordonnant de se la fermer avant qu'ils ne choppent tous une migraine.

Itachi n'était pas plus avancé. Les premiers noms de la liste étaient déjà partis ; on avait décidé que les départs s'organiseraient sur plusieurs jours pour ne pas donner l'impression aux espions ennemis que le camp se dégarnissait brutalement. Malgré tout, et en dépit des renforts qui devaient arriver, le bilan serait négatif pour leur camp. La situation était-elle si désespérée à la frontière de l'Eau ? Ou y avait-il autre chose derrière cette manœuvre ?

Etait-ce un signe pour lui ? Devait-il enfin confronter Kakuzu, avant que le vieillard n'apprenne la faiblesse momentanée de ses ennemis ?

Itachi en était là de ses interrogations quand une brise rafraîchissante amena dans son sillage une nuée de nouveaux visages.

Les renforts ? Mais non, c'était trop tôt, ils n'arriveraient que dans trois jours…

Des médecins. Effectivement, la dizaine de femmes – il ne trouva qu'un seul homme dans leur nombre – à l'entrée du camp présentait un papier tamponné à l'encre rouge. Son Sharingan activé permit à Itachi de distinguer le kanji de médecin. Il s'approcha.

- Nous sommes porteurs de plusieurs messages et de nouvelles rations, expliquait la chef du groupe. Je suis personnellement chargée de remettre ceci à Uchiha Itachi…

- Bonne chance pour le trouver ! renifla un Chûnin de Kumo. Le seul moment où on le voit, c'est quand il y a une attaque !

- Pourquoi, qu'est-ce que vous lui voulez ? demanda un autre.

- Pas tes affaires, répliqua la médecin d'un ton sec.

- Des nouvelles du front ?

- Sois pas idiot, le rabroua une voix anonyme. Hokage-sama ne confierait pas des nouvelles militaires à des civils.

Et la foule d'approuver d'un murmure.

Itachi choisit ce moment pour se montrer. Il laissa tomber ses illusions une par une, donnant l'impression qu'il venait d'arriver sans que personne ne le remarque.

- Vous me cherchiez, dit-il simplement en sortant des rangs.

Il remarqua avec satisfaction que presque tous les shinobi présents avaient porté la main vers leurs poches d'armes ou esquissaient des signes pour lancer leurs techniques. C'était bien : si un ennemi essayait de les surprendre, ils auraient les bons réflexes.

Les civils, dépourvus de l'entraînement de leurs compagnons, se contentèrent de le regarder. La femme de tête s'avança.

- Uchiha-sama, salua-t-elle en lui tendant le parchemin scellé.

Itachi la remercia d'un mouvement de tête puis donna quelques ordres pour qu'on leur indique la tente médicale et qu'on leur fournisse des logements. Les Chûnins affectés aux entrées du camp étaient là pour ça, mais en tant que plus haut gradé présent, on s'attendait à ce que ce soit lui qui lance les directives. Alors Itachi se força à demeurer en place et ne partit, d'un pas souple et tranquille, que quand il vit les médecins emmenés en bon ordre par un shinobi.

Puis un rocher le cacha à la vue du camp et il réactiva sa toile d'illusions pour ouvrir le parchemin aussi vite que possible. Dès que l'objet avait touché sa main, il avait senti le chakra qui l'imprégnait – un chakra qui lui était devenu aussi familier que le sien, pendant les innombrables séances d'examen qu'il avait partagées avec Sakura.

Comme il s'y attendait, au lieu de la technique de rupture habituelle, ce fut une simple pulsion de son chakra qui annula le sceau protecteur. Uzumaki Naruto était le fils du plus grand spécialiste des sceaux que Konoha ait connu, et il se montrait digne de cet héritage. Des messages qui ne pouvaient être ouverts que par leurs destinataires, qu'on ne pouvait forcer à s'ouvrir en connaissant les bons signes de la main… Ce serait un avantage précieux sur le terrain.

Le parchemin se déroula sous ses yeux. Itachi reconnut immédiatement l'écriture déliée de Sakura.

Itachi, disait le parchemin.

Ton camp a dû recevoir l'ordre de rappel. Comme tu l'as probablement deviné, les shinobi relocalisés ne sont nullement soupçonnés de traîtrise. Je pense que d'ici à ce que cette lettre te parvienne, tu auras compris qu'ils ont pour point commun d'avoir des ascendants venant des pays que nous combattons. Ce fait est crucial mais je ne peux pas encore t'expliquer pourquoi – c'est en rapport avec ma mission. Je la mentionne librement car Naruto lui-même a conçu le sceau qui protège cette lettre : personne d'autre que toi ne pourra l'ouvrir (une fois ouverte, je te fais confiance pour que personne d'autre que toi n'ait l'occasion de la lire).

Tsunade-shishou en a profité pour rappeler les Genins promus cette année. Tu approuveras cette initiative, je pense : un champ de bataille est une introduction bien malheureuse à notre métier. Hélas, la situation était critique et nous n'avions pas d'autre choix que de les envoyer combattre.

Tu remarqueras mon usage du passé. Attends-toi effectivement à un renversement dans les semaines à venir. A l'heure où je t'écris, la guerre est sur le point d'être gagnée – grâce à cette mission dont je ne peux parler. Tu comprendras bien assez tôt. Pour l'instant, je te conseille simplement de rester sur la défensive et de garder un œil sur Kakuzu : nous ignorons comment il réagira à ce qui va arriver.

Puis l'écriture de Sakura devenait plus nerveuse, ses traits moins arrondis, comme si elle cherchait à se délester d'un fardeau trop lourd :

Sache que je suis désolée. S'il y avait une autre solution, je l'aurais choisie.

Le sombre pressentiment qu'Itachi nourrissait depuis le début de la guerre grandit à cette vue. Il savait qu'il n'aimerait pas ce que Sakura lui cachait, mais si elle s'en excusait…

Puis ses yeux tombèrent sur les derniers mots griffonnés au bas du parchemin.

Je t'aime, avait-elle écrit.

Il aurait dû en être heureux. Une partie de lui l'était, d'ailleurs, mais cette guerre qui salissait tout vidait cette déclaration de son sens. Car Itachi, au lieu de profiter d'une confession qu'il avait désirée, ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi : pourquoi maintenant, pourquoi à la fin de la lettre, pourquoi l'écrire en petits caractères rapides ? Sakura avait écrit Je t'aime comme d'autres auraient écrit Pardon.

Il aurait dû être heureux. Il aurait dû lui offrir des fleurs et des kunais, lui faire des promesses et lui montrer un Genjutsu Uchiha connu uniquement des membres du Clan : c'était, pour sa famille, l'équivalent d'une demande de fiançailles, cette offrande d'une de leurs techniques, et Itachi avait décidé de choisir Sakura.

Mais cette guerre horrible qui avait tué des enfants à peine sortis de l'Académie lui volait même l'innocence d'un début d'amour. Itachi roula le parchemin et le rangea dans sa poche.

La guerre est sur le point d'être gagnée, se répéta-t-il comme un mantra. Mais même cela ne suffisait pas à le rassurer. Il avait massacré son Clan pour éviter une guerre : pour en gagner une, qu'est-ce que Sakura avait sacrifié ?

Il n'avait jamais réussi à se pardonner son geste, onze ans plus tôt. Sakura y parviendrait-elle ? Ou s'écroulerait-elle elle aussi sous le poids de la culpabilité ?


Sakura jeta un dernier coup d'œil derrière elle. La nuit tombait sur Konohagakure, mais la lune presque pleine éclairait le village de sa lumière pâle. Elle pouvait tout distinguer : la tour de la Hokage au loin, les visages des précédents dirigeants jetant leur ombre sur la paroi, et même la multitude de toits d'ordinaire colorés qui, à cette heure, n'étaient plus qu'un dégradé de gris innombrables.

Cette vision ne manquait jamais de lui réchauffer le cœur, de lui rappeler ce pourquoi elle se battait. Pourtant, en cette belle nuit d'été, cela ne suffit plus. Un point avait été atteint ; une ligne, franchie. Elle ne pourrait plus revenir en arrière.

Comme pour marquer cette étape, la kunoichi se détourna et plongea dans les entrailles de Konoha.

Elle connaissait le chemin : depuis son accession au trône de la Racine, Sai avait mis à la disposition de Tsunade les plans détaillant le travail souterrain de Danzô, et la Hokage ne se privait pas d'utiliser les salles de réunion cachées. Leur défaut, songea Sakura, était qu'on ne pouvait y inviter que des gens connaissant l'existence de la Racine et l'étendue de ses activités. Cela excluait derechef une bonne partie des shinobi. Aujourd'hui, cependant, cela ne serait pas un problème.

Quand elle pénétra dans la pièce, il ne manquait plus que Shizune et Hyûga Hanabi. Les autres étaient tous là : sa Shishou, bien sûr, dirigeant l'assemblée depuis le bout de la table, l'équipe médicale qui avait assisté à la création du virus, Nara Shikaku, Morino Ibiki… Le chef des ANBU n'avait pas pu venir – on ne pouvait pas exactement le faire revenir de la frontière avec Iwa pour une réunion secrète – mais sa présence ne serait pas indispensable.

Sakura prit place à la droite de la Cinquième.

Shizune fut la suivante, de longs cernes ressortant sur la pâleur de sa peau. Hanabi arriva un bon quart d'heure après Sakura : c'était un délai raisonnable, quand on savait que la jeune fille devait se glisser hors du domaine Hyûga sans être repérée pour venir jusqu'ici.

Dès qu'elle eut pris sa place, Tsunade se leva.

- Tout le monde est là. Je serai brève, nous avons tous envie de retourner dormir : les souches ont été lâchées aujourd'hui même dans les quinze points convenus. Aucun de nos agents n'a été interpellé avant d'avoir pu libérer son virus. Trois d'entre eux ont été capturés au retour et ont activé leur sceau de suicide. Nous n'avons pas de nouvelles des douze autres.

Tsunade se rassit et Shizune prit la parole.

- Comme vous le savez, le virus de la Terre est à la fois le plus virulent et le plus sensible au chakra. Il tue en deux semaines si la réseau chakraïque n'est pas développé correctement mais devient inefficace contre un individu possédant autant de chakra qu'un Jounin. En raison de l'importante population civile du pays de la Terre et des contraintes temporelles, nous avons jugé que ces restrictions étaient acceptables. Le virus de l'Eau agit en environ trois semaines et se transmet par des vecteurs parasites tels que les moustiques. Il est donc possible de le contenir, mais étant donné la nature marécageuse du pays de l'Eau, nous avons là encore jugé cette contrainte acceptable. Il est mortel sur tout individu ayant moins de chakra qu'un Jounin de haut niveau.

Elle tourna une page de son cahier, plus par habitude que par véritable nécessité : après les dernières semaines, Sakura savait que son aînée connaissait le dossier par cœur.

- Le virus de la Pluie est le moins réussi et le moins crucial. Il s'agit d'une variante du syndrome de Kiramazu, que vous connaissez tous…

Elle laissa passer quelques secondes pour d'éventuelles protestations puis reprit :

- … et devrait être endigué dans les mois à venir. Là encore, nous tolérons ce défaut car le pays de la Pluie n'a pas d'armée et sa contribution à la guerre repose sur l'Akatsuki.

Puis la kunoichi se rassit. Ce fut Sakura qui se leva, les lignes de son rapport gravées dans sa mémoire.

- L'épidémie touchera essentiellement les civils et les utilisateurs de chakra de bas niveau tels que les samurai, les milices privées et les shinobi les plus faibles, récita-t-elle en regardant tour à tour chacun de ses compagnons. Nous sommes connus pour être le village le mieux formé médicalement : les autorités politiques de la Terre nous offriront sans aucun doute un armistice en échange d'un remède. A ce moment-là, nous prétendrons que nous avons besoin de temps pour le mettre au point. Quand leur population aura été suffisamment décimée, quand nous serons certains qu'il leur faudra des générations pour s'en remettre, alors nous leur donnerons le remède.

Plusieurs hochements de tête lui répondirent. Hyûga Hanabi, pourtant la plus jeune de l'assemblée, gardait un visage dur, mais Ishi Agashi tremblait, des larmes perlant au coin de ses yeux. Telle était la différence entre les shinobi et les civils.

- Ce sera vraiment un génocide, alors, constata la médecin brune d'une voix résignée.

Malgré ses tremblements, elle acceptait l'horreur et la nécessité de ce qu'ils avaient fait. Telle était la différence entre les civils ordinaires et ceux qui habitaient un village ninja.

- Le pays de la Pluie, reprit Sakura, est dirigé par l'Akatsuki. Nous n'attendons rien d'eux. Le pays de l'Eau n'a pas eu de gouvernement stable depuis longtemps et est actuellement dirigé par Hoshigaki Kisame ; ils ne sont pas ouverts à la diplomatie. Cependant, une mort massive de civils les privera des produits de première nécessité – nourriture, armements, vêtements… En effectifs réduits et poussés par la faim, ils se révolteront plus facilement contre Kisame et seront moins difficiles à combattre. Telles sont les bases du plan.

Elle se rassit, l'esprit vide de tout sauf de son devoir, de l'acier dans ses os et un diamant à la place du cœur. Aucune faiblesse. Ne t'autorise aucune faiblesse, lui dit la voix de Tsunade depuis le fond de sa mémoire. Si tu te permets une seule brèche, tu coules. On pleurera plus tard, on vomira plus tard, on hurlera plus tard, mais pour l'instant, nous devons être invulnérables.

Sakura était une excellente élève. Elle avait tout ravalé en elle, et si ses émotions menaçaient d'exploser en une fontaine de sang, ce n'était pas grave. Elle paierait le prix plus tard. Pour l'instant, elle avait un diamant à la place du cœur et une pilule conçue pour réduire les chocs émotionnels dans l'estomac : elle était une créature de raison pure.

Ce fut Shikaku lui-même qui se leva à sa suite.

- Pour les négociations avec la Terre, voilà comment nous allons procéder. Nous exigerons d'abord l'arrêt immédiat des conflits et la remise de tout plan conçu en coopération avec l'Akatsuki…


Dans le silence funèbre de la pièce, le râle de l'enfant retentit avec la force d'un coup de tonnerre. Les ongles d'Aiko laissèrent des traces en demi-lune sur ses mains maigres.

- Docteur, s'il vous plaît, supplia-t-elle sans lâcher des yeux son fils couvert de sueur.

La vieille femme secoua la tête. Elle avait une main sur le front du petit ; de l'autre, elle jeta par-dessus son épaule le linge couvert de sang.

- Docteur, sauvez-le, répéta Aiko en sentant une douleur terrible lui étreindre le cœur.

Son fils, son ange, la chair de sa chair… Lui qui attrapait les poissons dans les marécages plus vite que n'importe qui dans le village, qui s'enfuyait le soir et revenait avec des brindilles dans les cheveux et un sourire auquel manquaient ses dents de lait – il était si pâle, si frêle dans ce lit soudain trop grand !

- Je suis désolée, dit la guérisseuse en secouant sa tête chauve. Je ne sais pas ce qu'il a.

- Il a été dans la forêt l'autre jour, peut-être qu'il a mangé des champignons vénéneux ? Vous savez guérir ça, non ? demanda-t-elle avec empressement.

- Pas cette fois. Il ne répond à aucun de mes remèdes. Je suis désolée, Aiko-chan.

- Mais il allait parfaitement bien il y a trois jours ! Je… Je ne comprends pas…

L'enfant fut pris d'une nouvelle quinte de toux. Aiko s'interrompit pour se précipiter à son chevet, ses courts cheveux lilas salis par des jours d'inattention. Elle prit sa tête entre les mains et pria, pria en voyant le visage de son fils – son bijou, son trésor, tout ce qui lui restait de l'homme qu'elle aimait – devenir rouge, puis blanc, alors qu'un sang épais coulait de ses lèvres.

- Koki, non… Bats-toi… Je t'en prie, mon chéri… Non, non, non !

La douleur revint, abominable, atroce, physique dans son intensité. Aiko poussa un hoquet de souffrance.

- Eloigne-toi, Aiko-chan, ordonna la guérisseuse. C'est peut-être contagieux.

- Non, souffla Aiko alors qu'une nouvelle crampe la prenait. C'est une intoxication alimentaire… Pas contagieux… Koki, mon chéri…

La toux qui la secoua démentit cruellement ses propos. Quand la jeune femme retira la main qu'elle avait mise devant sa bouche, un liquide cramoisi coula sur le sol.

La guérisseuse leva des yeux écarquillés vers l'enfant, puis vers la mère. Aiko tendit la main vers elle.

- Ne partez pas, je vous en supplie… Koki a besoin de… AH !

Elle se plia en deux, le visage au ras du sol, la souffrance traçant des sillons pourpres à travers tout son corps. De là, elle put voir les pieds de la vieille femme reculer, un pas, deux, puis tourner les talons et sortir de son champ de vision.

- Non… supplia-t-elle entre ses larmes. Ne partez pas… Koki… Koki !

Son cri fit frissonner la guérisseuse qui s'enfuyait.

Je dois prévenir le chef, songea-t-elle. Ce n'est pas normal.

Un hurlement de peine déchira le silence derrière elle. Elle accéléra.

- KOKI !


Au milieu de la nuit, une famille s'enfuit de sa maison.

- Papa, pourquoi est-ce qu'on doit partir ? demanda inconsciemment la plus jeune fille. Tu dis tout le temps que c'est dangereux de quitter le village à cause de la guerre !

Le père prit sa fille sur ses épaules.

- Maintenant, c'est encore plus dangereux de rester.

- C'est à cause de la maladie, devina la fille aînée en retenant des larmes amères.

Le père hocha la tête.

- Mais Papa, pourquoi on devrait partir, nous ? On est pas malades !

- Justement, tête de linotte, la rabroua son aînée. Toutes les familles ont des membres malades, sauf nous, pile au milieu d'une guerre contre le pays du Feu ! Tu te rappelles au moins que les parents de Papa et Maman viennent de là ?

- Et alors ? On est pas du pays du Feu !

- Ce pays est dans tes gènes, ma chérie, intervint la mère en resserrant son châle effilé. Et j'ai la sensation que c'est la seule chose qui importe.

- Mais je comprends pas ! tempêta la fillette. On a rien fait ! C'est pas nous qui avons rendu Okito ou Baa-chan ou Mizuri-sensei ou… ou tous les autres malades ! Pourquoi on doit partir ?

- Parce qu'ils s'en fichent ! gronda l'adolescente en essuyant une larme. Tu ne vois pas qu'on est les boucs émissaires idéaux ? Je les ai entendus, ils croient qu'on est des espions, ils veulent nous livrer à Kirigakure !

- Chija, ne parle pas à ta sœur sur ce ton !

Chija se mura dans un silence furieux.

Ce n'était pas de leur faute. Son père et sa mère avaient quitté le pays du Feu quand ils étaient enfants, Chija et Piru ne l'avaient jamais vu de leur vie, mais ils devaient quand même fuir. Parce que cette maladie horrible semblait toucher tout le monde, absolument tout le monde… sauf les ressortissants du Feu.


… sauf les ressortissants de la Foudre, songea un homme entre deux âges en tirant sur la corde de son âne.


… sauf les ressortissants du Vent, pensa un adolescent en suivant le cortège qui se dirigeait vers le pays qu'ils avaient quitté des années plus tôt.


Parce que ces maladies ne semblaient toucher personne… sauf ceux qui avaient des origines dans les contrées de la Pluie, de la Terre et de l'Eau, déduisit le médecin. Et, pour chaque ethnie, la maladie différait, comme si un dieu vengeur avait accordé à chacune d'entre elles une agonie en lien avec ses péchés.


Un matin, en se levant, Hoshigaki Kisame, Mizugake du Village Caché dans la Brume et terreur des soldats combattant à la frontière de l'Eau – quel que soit leur camp – ressentit comme une sensation déplaisante dans la poitrine.

Il haussa les épaules et fit ce qu'il faisait toujours : libérer son immense chakra et le laisser circuler dans ses veines. Les gardes en faction serrèrent les dents, une servante s'évanouit et une partie de la vermine du palais mourut sur-le-champ. Dix minutes plus tard, il était totalement désinfecté.

Quand on lui apprit qu'une maladie mystérieuse décimait les civils et faisait même quelques victimes parmi les shinobi, il comprit d'où provenait sa sensation.

Cela ne l'inquiéta pas. Poisons et virus n'avaient jamais été de taille face à lui.


Elle s'écoulait entre les arbres, fluide comme la rivière après les premières pluies. Les branches bruissaient à peine sur son passage, les animaux sauvages ne se retournaient pas ; elle dansait avec les troncs le ballet immémorial dont tous ses compagnons connaissaient les pas. Les bois avaient posé sur ses épaules un manteau d'obscurité. Sous ce châle protecteur, elle était une ombre parmi les ombres, un fantôme laissant dans son sillage le murmure de l'herbe balayée par le vent. Nul ne connaissait mieux ce pays qu'elle : elle était le Daimyo de ces bois millénaires, l'invitée d'honneur qui se glissait parmi eux comme la fille prodigue longtemps égarée. En comparaison, les hommes vêtus de gris qui venaient à sa rencontre n'étaient qu'un troupeau lourd et sans grâce : leur pas assuré ne pouvait égaler l'aisance qu'elle avait à progresser entre les arbres.

Ils s'arrêtèrent dans un bosquet, chacun le dos à un tronc selon un code qu'on leur avait fait rentrer dans le crâne dès leurs années de Genin. Elle attendit d'être au milieu d'eux, toujours invisible, toujours inaudible, pour exhaler un souffle.

Ils se retournèrent dans un ensemble parfait, kunai sortis. Elle était déjà sortie du bosquet. Ce fut Ako qui la repéra.

- Riki, murmura-t-il en inclinant la tête.

- Kusashu-sama, dirent les trois autres autres en inclinant le buste.

Sous son masque gris, Riki sourit en entendant le titre. Seigneur de l'Herbe : c'était ce qu'ils n'avaient pas voulu donner à Kakuzu, son titre à elle, depuis que l'usurpateur avait tué le précédent Kusashu. Elle dirigeait le Village Caché dans l'Herbe avec autant de légitimité que Senju Tsunade le Village Caché dans les Feuilles.

- Shishou, dit une cinquième voix, et Riki sentit son cœur se soulever de joie.

- Hae-chan, viens, ordonna-t-elle de sa voix mélodieuse.

La cagoule de son élève laissait voir ses pupilles prismatiques. A dix ans à peine, Hae était un prodige, la meilleure élève que Riki ait jamais eu et, si les esprits leur souriaient, celle qui porterait après elle la cape de Kusashu.

- Ushafu-shishou, je suis contente de vous voir.

- Moi aussi, Hae, sourit-elle en prenant l'enfant dans ses bras.

Elle caressa la capuche qui recouvrait les cheveux noirs de son apprenti. Son gant était du même gris que le tissu qu'ils utilisaient tous ; trois trous laissaient passer ses doigts. On avait recousu hâtivement les trous correspondant aux doigts qu'elle avait perdus.

- Ako, au rapport.

- Il y a des imprévus, Riki. Mariya nous a transmis que les renforts attendus par l'Usurpateur ne sont toujours pas arrivés. Les produits importés depuis le pays de la Terre ont été retirés des magasins et d'après Hika-san, un marchand, tous ceux qui ont récemment été en contact avec des émissaires de la Terre viennent d'être mis en quarantaine. Nous essayons d'en savoir plus.

- Vraiment ?... Comme c'est intéressant. Qu'en est-il des importations des autres pays ?

Ako sembla fouiller sa mémoire.

- Nous ne savons rien sur eux.

- Fouillez un peu. Tu te souviens de Kizashi, le potier?

- Oui ?

- Il achète une terre du pays de la Pluie pour certaines collections. Demande-lui si ses achats ont été restreints.

- Comme tu veux, Riki. Enfin, Kusashu-sama.

Riki rit. Son vieil ami avait l'habitude de lui obéir en mission, mais un titre comme celui de Kusashu avait plus de mal à rentrer. Ce n'était pas grave. Elle avait été choisie pour ce rôle grâce à sa proximité avec les membres de son village – elle ne tenait pas plus que ça aux formalités.

- Une quarantaine, ça fait penser à une maladie, songea-t-elle à voix haute. Est-ce que les shinobi d'Iwa ont l'air particulièrement nerveux ou tristes, comme si leurs proches étaient en danger ?

- Non, intervint l'un des hommes derrière Ako. Ils sont encore pires que d'habitude. On a dû cacher un autre corps la semaine dernière.

Riki fronça les sourcils. Tuer les envahisseurs, si plaisante soit l'activité, n'était pas quelque chose dont ils faisaient une habitude. Kakuzu se vengeait sévèrement quand il l'apprenait. Ces hommes coûtent des fortunes à entraîner ! protestait-il toujours, d'après Hae. Aussi leurs meurtres étaient-ils restreints à des situations particulières.

- Assassinat ou viol ? demanda-t-elle d'un ton dur.

- Viol. Soki, une Genin de vingt-et-un ans.

- Comment va-t-elle ?

- Elle supporte. On l'a laissée s'occuper du violeur elle-même.

Riki hocha la tête, son air d'approbation caché sous le masque. Tuer leurs violeurs était une bonne méthode pour aider les victimes shinobi à aller de l'avant. Pour les civils, c'était plus compliqué : un civil qui mettait fin aux jours de son tortionnaire finissait une fois sur deux par requérir l'autorisation de devenir shinobi, et ne supportait souvent pas la dureté de leur métier.

- Kusashu-sama, quelle est la situation au camp ?

- Uchiha Itachi, les esprits l'emportent…

Hae se raidit contre elle.

- … persiste à se maintenir sur la défensive. Je vais me montrer gracieuse et considérer que cette mystérieuse quarantaine est due à un plan de Konohagakure. C'est la seule explication possible à son attitude, si l'on exclut la lâcheté.

Il était évident, à son ton, qu'Ushafu Riki n'excluait absolument pas la lâcheté. Parmi l'élite de Kusagakure, sa rancune envers le clan au Sharingan était connue et approuvée : Heshiboka Hae était une enfant adorable et celui qui avait détruit son clan méritait les pires châtiments que lui réservaient les esprits. En l'absence de Sasuke, on reportait le désir de vengeance sur Itachi.

- Je le confronterai à ce sujet dès mon retour, chantonna-t-elle. Notre prochain rendez-vous aura lieu dans une semaine. Oui, Ako-kun, je sais que c'est risqué, mais mon instinct me dit que tout va bientôt s'accélérer.

Ako soupira.

- Si tu en es si certaine, emmène Hae-chan avec toi. L'Usurpateur devient de plus en plus cruel. Si quelqu'un craque et lui révèle que Hae est ton apprentie, elle sera en danger.

A la surprise du groupe de Kusa-nins, Riki hocha simplement la tête.

- J'y songeais depuis quelques temps.

- C'est vrai, Shishou ? Je peux venir ?

- Mais oui, Hae, s'amusa Riki en caressant la tête de son apprentie. Ne fais pas semblant d'être surprise, s'il te plaît, tu as un gros sac sur le dos, ce n'est pas très discret.

Sous son masque, Hae baissa les yeux. Les shinobi présents rirent de la déception de la petite : effectivement, avec toutes ses affaires regroupées dans un baluchon, Hae pouvait difficilement prétendre qu'elle ne voulait pas rester avec son maître.

- Nous allons partir, dit Riki. Six jours, point de rendez-vous quarante, même heure. Prévenez les autres, qu'ils soient prêts à combattre à tout moment.

- Bien, Kusashu-sama.

Tous s'inclinèrent. Riki les regarda s'enfoncer dans les bois. Quand ils furent hors de vue, elle s'agenouilla jusqu'à être à la hauteur de son élève.

- Tu te souviens de nos leçons sur la danse des bois, Hae- ?

- Oui, Shishou.

- Il est temps pour toi d'en recevoir une nouvelle. Es-tu prête à devenir une ombre ?

Les yeux-de-mouche de Hae brillèrent d'excitation.

- Je suis une rivière, récita-t-elle de sa voix flûtée. Je suis la fille des esprits du bois, l'ombre du grand chêne et l'espace entre les lamelles du champignon géant…

Riki sourit en la voyant marcher au rythme de la chanson, les notes résonnant dans son cœur comme celle du tambour menant les troupes. Kusagakure était son village, chacun des habitants était sa responsabilité. Kakuzu avait essayé de voler ce qui lui revenait de droit.

Elle s'engagea à la suite de Hae, danseuse la plus gracieuse de l'histoire de l'Herbe. L'Usurpateur paierait. Quand Riki léguerait sa position à Hae, le Village de l'Herbe serait si bien défendu que nul n'oserait plus s'en prendre à lui sans trembler.

Et cet Itachi comprendra que les Kusa-nins ne sont pas faits pour l'inaction, jura-t-elle silencieusement.


Les passages du camp d'Itachi et de Riki ont été écrits après le reste. Est-ce le style vous plaît ? Je venais de lire le dernier Jaworski, ça m'a influencée. (D'ailleurs, si vous aimez la fantasy : LISEZ LES LIVRES DE JEAN-PIERRE JAWORSKI. Gagner le guerre et sa saga celtique Rois du monde sont des bijoux. Il a même reçu le prix Imaginales et c'est un excellent prix, alors n'hésitez pas. Voilà, c'était mon message de promotion de la littérature française.)

Sinon, à la semaine prochaine (voire plus tôt mais n'espérez pas trop), je suis toujours très heureuse d'entendre vos ressentis sur mes chapitres, passez de bonnes vacances !