Bonjour, chers lecteurs ! (Ou devrais-je dire "chères lectrices" ? Y a-t-il des hommes parmi ceux qui lisent cette fiction ? Je n'en suis pas sûre.)
Voici donc le chapitre hebdomadaire de LCI, plutôt court par rapport à d'habitude. Je n'ai aucune excuse, sinon que mon stage me fatigue et que je n'ai pas trop de temps pour écrire. Oh, et puis il y a Kunoichi qui est à la fois un enfer et un paradis, parce que c'est génial de planifier une fiction longue mais qu'il y a... tellement... de détails... et de recherches à faire... J'ai les articles Wikipédia de la Chambre des Communs britannique et de l'électrocinétique ouverts en permanence, c'est dire.
Au fait, pour ceux qui ne savent pas : je poste régulièrement des mises à jour sur mon profil pour que vous sachiez où j'en suis dans l'écriture de LCI et de mes autres fictions. Vous y trouverez aussi : les résumés de mes fictions en cours et de mes projets, les annonces de hiatus et une liste des trucs que je ne supporte pas dans les fictions. Si un des projets listés vous intéresse particulièrement, n'hésitez pas à m'en faire part.
C'est tout pour aujourd'hui, on passe donc aux réponses aux reviews :
- lisou : ah, je suis ravie que le chapitre t'ait plu ! Ta remarque sur la clarté des pensées en particulier me fait vraiment plaisir, j'ai toujours eu un style un peu compliqué et obscur, tant mieux si ça s'améliore.
Pour l'ItaSaku... Haha, tu verras le moment venu.
- BB : pour être honnête, les trois quarts de mes idées me viennent en écrivant ! Mais c'est vrai que pour des fictions plus complexes (comme mon projet Kunoichi), je fais un gros travail en amont avec beaucoup de recherches pour construire un univers cohérent.
Ah, la confrontation Sakura/Itachi, on s'en approche ! Pas dans ce chapitre mais bientôt, c'est promis ^^
Bonne lecture !
Ils couraient dans la forêt. Riki les guidait d'un pas sûr. Si Itachi avait été télépathe, il aurait vu le dégoût de la Kusa-nin face à leur manque de grâce : pour une danseuse comme elle, ils ne valaient guère mieux qu'un troupeau de géants piétinant sa chère forêt.
Il ne lui en aurait pas voulu. Malgré leurs efforts, une armée ne pouvait se déplacer discrètement. S'il n'y avait eu que des Jounins, peut-être ; en l'état actuel des choses, avec la masse de Chunins et le pas lourd des Genins, ce n'était même pas la peine d'espérer.
Mais Itachi n'était pas télépathe et il dut se contenter de suivre la femme dans sa cape de Kusashu, inconscient des remarques peu flatteuses qui lui traversaient l'esprit. Lui-même ne manquait pas de sujets de réflexion – au premier plan desquels se trouvait la menace la plus immédiate : Kakuzu. Itachi revoyait avec une attention obsessionnelle tous les plans qu'il avait élaborés pour mettre à bas le chasseur de primes le plus célèbre au monde. Un adversaire doté des cinq natures de chakra demandait une attention particulière.
Itachi savait que les probabilités penchaient vers sa victoire. Il savait aussi que parfois, un coup chanceux était suffisant pour qu'un Genin achève un Jounin. L'arrogance tuait les shinobi de rang S avec autant d'efficacité que le meilleur acier ; c'était un piège dans lequel il refusait de tomber.
Itachi ne voulait pas mourir. Il avait des choses à faire, des gens à voir, des explications à recevoir…
Oh oui, il avait des explications à recevoir. Parce que sa petite cousine Mikoto était la bâtarde de son cousin Shisui et d'une civile de la Terre, et ça, Sakura l'apprentie sorcière avec ses virus meurtriers semblait l'avoir totalement oublié.
Heureusement, il avait réclamé une faveur à un contact déserteur dès le début de la guerre : Mikoto vivait désormais dans un abri sûr, ainsi que sa mère et les enfants de l'orphelinat. Sauf que Sakura ne le savait pas. La petite fille qu'elle avait sauvée aurait pu mourir de maladie sans qu'elle n'en soit informée. Pire encore : son sang mêlé aurait pu la protéger alors que tout le monde autour d'elle mourait. Qu'aurait-elle fait, alors, l'enfant aveugle au corps frêle, perdue au milieu d'une guerre ? Il y avait des sorts bien pires que la mort et Sakura l'avait juste oublié.
Sakura lui avait sauvé la vie, oui, et Itachi avait ainsi contracté une dette envers elle. Mais en soumettant sa petite cousine à un danger mortel, elle avait annulé la dette. Il n'était plus redevable à la médic aux cheveux roses ; ce qu'elle avait fait était bien trop horrible pour ça.
Mais je l'aime quand même, admit-il dans le temple de ses pensées, j'admire son talent et j'ai envie de sa compagnie. Il faudrait qu'il accepte cette contradiction en lui, quand le temps serait venu de rentrer à Konoha…
Un temps qui n'arriverait pas s'il se faisait tuer à cause de son inattention. Itachi étendit ses sens et se concentra à nouveau sur la forêt autour de lui. Les mailles de son sous-haut glissaient contre sa peau. Il appréciait l'absence de cape : habillé simplement, un haut, un pantacourt serré et des sandales, il se sentait plus vif que durant ses années dans l'Akatsuki. Les ninjas de haut niveau pouvaient s'autoriser le luxe du tissu inutile, mais lui-même avait toujours préféré la sobriété.
Riki tourna le poignet et replia ses trois doigts. Nous approchons. Itachi transmit le signal à ceux qui couraient derrière lui.
Puis, alors qu'il sentait l'aura de Kusagakure sur sa peau, elle tordit ses doigts dans un autre signal.
Ennemi informé. Nous sommes attendus.
Kakuzu savait qu'ils arrivaient. C'était parfait : il aurait ainsi le temps de s'éloigner du gros des combats, mais ses hommes, moins compétents, seraient pris au dépourvu.
Itachi accéléra jusqu'à dépasser la Seigneur de l'Herbe. Il attendit d'être hors de vue pour effectuer une série de sceaux si familière qu'elle en était devenue instinctive : Sanglier-Chien-Coq-Singe-Chèvre.
- Invocation, murmura-t-il, et un corbeau apparut sur son épaule.
- Itachi-sama, croassa l'animal. En quoi pouvons-nous vous être utiles ?
Et Itachi expliqua, de sa voix calme et douce, l'aide qu'il requerrait.
- Cela est possible, oui, très possible. En échange, nous voulons les yeux de votre victime, nôtres dans notre royaume comme dans le vôtre, et nous voulons que votre Œil-de-Sang nous contemple quand nous les goberons. Le marché est-il conclu ?
- Il l'est, accepta Itachi.
Le corps de l'homme s'écroula à ses pieds comme une marionnette dont on venait de couper les fils. Tout autour, ses subordonnés le regardaient sans réagir. Ils avaient compris qu'un tremblement de dégoût suffirait à faire d'eux les prochaines victimes.
Ne tuez pas le messager, prônait une obscure secte qu'il avait exterminée au cours de ses longues années de vie. Kakuzu se moquait bien des doctrines religieuses : ces hommes-là étaient de la chair à canon. Maintenant que l'armée ennemie était sur le point de fondre sur eux, ils allaient pouvoir remplir leur office. Comme le petit Sasuke avec sa ridicule équipe – comment l'avait-il appelée, déjà ? Faucon ? Ou était-ce Aigle ? –, Kakuzu allait employer les mercenaires pour se libérer le passage jusqu'à sa cible : Uchiha Itachi. Et, en abattant l'agent double, il entrerait dans l'histoire comme le chasseur de primes ayant décroché la plus grosse récompense jamais offerte.
Kakuzu ignorait le plan final de Madara, mais une chose était sûre : Uchiha Itachi était capable de l'arrêter. Il ne voyait pas pour quelle autre raison le chef de l'Akatsuki dilapiderait sa fortune afin d'obtenir la tête d'un unique shinobi, si puissant soit-il – un shinobi qui, d'après son ancien partenaire au sein de l'organisation, souffrait en plus d'une maladie mortelle.
C'est le Sharingan, évidemment, se dit-il en tranchant la gorge d'une femme qui avait dégluti trop bruyamment.
Dommage qu'Hidan ait disparu : il aurait apprécié la façon dont la kunoichi poussa son dernier râle. Les bulles rouges qui sortirent de la plaie rappelaient ces jouets ridicules dans lesquels soufflaient les enfants pour produire des bulles de savon – de la pacotille vendue à prix d'or pour satisfaire les caprices de marmots ingrats. Encore une chose que Kakuzu n'avait jamais pu comprendre.
Il lui fallait du temps. C'était la composante primordiale de son plan. D'après Kisame, Itachi avait perdu en endurance au fil des ans, privilégiant de plus en plus les combats courts où il se reposait sur son avantage principal : le Genjutsu. Etait-ce son style de combat ?
Ou, plus probablement, y avait-il été contraint par sa mystérieuse maladie ?...
Kakuzu était méfiant par nature. Quand ses agents avaient rapporté la présence d'Itachi à Konohagakure, il avait immédiatement soupçonné l'intervention de la grande Tsunade. Qui d'autre pourrait guérir l'Uchiha ? Il avait même envoyé un assassin s'occuper du garçon – il ne pensait pas que la tentative réussirait, mais ça valait le coup d'essayer. Avec un peu de chance, son mercenaire tuerait Itachi juste avant qu'il ne guérisse et devienne exponentiellement plus dangereux.
Evidemment, la chance ne lui avait pas souri. Il n'avait plus jamais trouvé trace du mercenaire. Alors Kakuzu s'était préparé au retour d'un Itachi plus puissant que jamais…
Mais quelques semaines plus tard, Zetsu avait rapporté une nouvelle des plus surprenantes : alors qu'il suivait discrètement Sasuke, le gamin avait été tué par ses anciens coéquipiers. Itachi était présent, oui, mais il n'avait rien pu faire, avait affirmé l'homme-plante.
A partir de là, Kakuzu avait su qu'Itachi n'était pas guéri. L'attention que l'aîné accordait au cadet était presque obsessionnelle : un Uchiha Itachi en pleine possession de ses moyens laissant son frère mourir sous ses yeux, d'une autre main que la sienne ? Invraisemblable. Ne restait qu'une possibilité : Itachi n'avait pas eu le choix. Il était toujours malade.
Kakuzu avait failli faire une ouverture à l'ancien déserteur. Le moment était idéal : Itachi tourmenté venant de voir le frère qu'il avait protégé mourir... On aurait pu le retourner comme une crêpe, changer la toile de ses loyautés d'un coup de kunai.
Mais si Itachi était malade, il n'avait de toute façon plus d'intérêt pour l'Akatsuki. A présent, le chasseur de primes se félicitait de sa décision : en n'intervenant pas, il avait laissé l'occasion à Madara de promettre une récompense extravagante pour la tête de son descendant. Une somme astronomique, un shinobi extraordinaire, certes, mais affaibli – c'était une occasion en or.
Et Kakuzu n'était rien sinon un homme d'affaires.
Alors il jouerait la montre, avait-il décidé, en laissant ses mercenaires crever jusqu'au dernier sous l'acier conjugué du Feu, de la Foudre et de l'Herbe. Kusagakure était de toute façon perdue : sans le soutien de la Terre, le Village était impossible à tenir. Amegakure était plus une blague qu'un Village, si on parlait de la piétaille et qu'on omettait l'Akatsuki, et Kirigakure était trop loin pour que Kisame lui envoie du renfort à temps. Non, mieux valait abandonner le navire plutôt que de couler avec. Il prendrait juste garde à emmener dans sa fuite son trésor : le corps sans vie d'Uchiha Itachi.
Hélas – cent, mille fois hélas ! – Itachi avait perdu un Sharingan, selon Kisame, et il était probable que l'autre ne soit pas en meilleur état. Sans cette agaçante information, Kakuzu aurait sérieusement hésité entre la prime promise par Madara et la revente au marché noir de deux Sharingans parfaitement évolués.
Mais rester en vie était le plus important, et ce but-ci nécessitait qu'il demeure dans les petits papiers d'Uchiha Madara.
Voilà pourquoi le déserteur relâcha ses cinq chakra et sortit du palais en entraînant à sa suite une escouade surentraînée. Avec l'énergie qu'il dégageait, il devait ressembler à un feu de forêt en pleine nuit ; impossible que sa proie ne le repère pas. Quant aux indésirables qui s'imagineraient pouvoir l'atteindre, eh bien, il n'avait pas emporté l'escorte pour rien, n'est-ce pas ?
Il sortait du Village quand les premières techniques débutèrent derrière lui. Plusieurs de ses hommes ralentirent pour affronter les idiots qui les avaient pris en chasse.
Kakuzu accéléra en traversant la Plaine aux Grandes Herbes qui protégeait Kusagakure – les plantes lui arrivaient à l'épaule et, surtout, perturbaient légèrement les flux de chakra de tous ceux qui n'étaient pas des shinobi de l'Herbe. Un spécialiste de ninjutsu tel que lui se trouverait sérieusement désavantagé s'il devait combattre là. Mieux valait changer de terrain : il mit le cap vers la plate-forme rocheuse quelques kilomètres plus loin.
Itachi, Itachi, fiston, tu peux venir, je t'attends…
Kakuzu n'était pas un ninja sensoriel. Mais après presqu'un siècle à manipuler le chakra, il était quasiment aussi bon, et le puissant goût de fumée qui caractérisait les Uchiha était aisément identifiable.
- Partez, ordonna-t-il à son escorte. Vous ne feriez que nous gêner.
Il posa le pied sur la plate-forme, poursuivit jusqu'à l'autre bout – à bonne distance de son adversaire – puis attendit.
Itachi venait. Seul au milieu des herbes, tel un héros d'antan, il s'avançait, et Kakuzu se remémora soudain les combattants de son époque, quand la guerre faisait éclore la plus abjecte lâcheté et le courage le plus glorieux. L'Uchiha aurait été à sa place en ces temps rougis par le sang, se dit-il en préparant son chakra.
Il fit un signe, prononça un mot, et la plate-forme s'éleva jusqu'à devenir une colline aux multiples anfractuosités. Dans ce territoire escarpé, il pourrait se dissimuler et éviter ainsi le combat au corps, son point faible. Taijutsu : neutralisé.
En matière de ninjutsu, les cinq éléments de Kakuzu lui offraient un avantage considérable. Neutralisé.
La seule discipline qui pouvait poser un risque, c'était le Genjutsu. Conscient de ce risque, le déserteur s'était longuement entraîné à repérer les illusions et à s'en dégager en combinant les cinq chakra qu'il possédait. Genjutsu : neutralisé.
Face à un Itachi aux portes de la mort, il pouvait gagner. Il allait gagner.
Itachi apparut dans une explosion de vitesse.
Engager au corps-à-corps dès le début pour finir le combat rapidement, diagnostiqua Kakuzu en observant son clone de terre se faire trancher la tête. Il ne veut pas que ça traîne en longueur.
Son plan se confirmait. Kakuzu eut presque envie de sourire quand son adversaire s'arrêta, le cherchant du regard – de son unique œil. Car si, de là où il était caché, le chasseur de primes distinguait deux Mangekyô tournoyants, ses sens l'informaient aussi qu'un tout petit voile, une minuscule distorsion dans la toile de la réalité, masquait l'œil gauche d'Uchiha Itachi.
Il cache son œil malade.
Kisame avait dit vrai. Bien. Kakuzu avait un plan de secours, évidemment, mais il préférait infiniment celui qu'il allait employer : épuiser son adversaire. Déployer toutes ses tactiques d'évasion sans jamais, jamais s'approcher d'Itachi – le génie Uchiha était suffisamment intelligent pour feindre une blessure afin de pousser Kakuzu à fermer la distance entre eux. Forcer le garçon à dépenser son chakra tout de suite. Puis, quand Itachi ne tiendrait plus, quand son bras infaillible raterait la cible, alors seulement Kakuzu frapperait. Pourquoi prendre des risques inutiles, quand il pouvait arriver au même résultat en attendant ?
Lorsqu'Itachi le repéra, une énorme boule de feu fonça dans sa direction. Kakuzu démarra un déluge de substitutions qu'Itachi suivit sans faillir. Il crache le feu comme un vrai dragon, ce petit, constata le vieillard avec amusement. Mais Kakuzu avait créé ce terrain lui-même grâce à sa technique ; il en faudrait beaucoup pour le prendre en défaut ici. Avant, Itachi aurait pu y parvenir. Plus maintenant. Parfois, certaines boules de feu déviaient de leur course et le déserteur croyait entendre un bruit de toux là où se trouvait son adversaire. Malade et pourtant si brillant, songea-t-il en s'enfonçant sous terre alors que cinq clones se précipitaient dans des directions différentes. Un Itachi guéri aurait vraiment été une chose redoutable. Kakuzu aurait peut-être dû recourir à ses secrets les mieux dissimulés pour s'enfuir…
Heureusement, grâce à cette maladie tombée du ciel, il économiserait son énergie pour la suite : fuir Kusagakure en semant les chasseurs qu'on enverrait à ses trousses.
Les minutes qui suivirent ne furent que vitesse, clones et substitutions. Kakuzu sentit même quelques kunais trancher ses membres – Itachi avait toujours été incomparable en lancer d'armes. Contre celui qu'on surnommait parfois l'homme-zombie, c'était bien sûr parfaitement inutile : les fils de chakra noirs qui circulaient dans son corps n'avaient qu'à récupérer le membre manquant pour le recoller au reste du corps. Dans ces moments-là, Kakuzu perdait un peu de sa vitesse, et Itachi faillit plus d'une fois faire connecter ses coups.
S'il ne se fatigue pas bientôt, je vais devoir recourir à des techniques plus puissantes. Sinon, il pourrait bien finir par me toucher…
La pensée s'avéra prophétique. Alors que Kakuzu croyait s'être dérobé suffisamment vite en se substituant à un rocher, deux kunai vinrent trancher sa jambe droite, le second dissimulé dans l'ombre du premier. Sans perdre un instant, le déserteur envoya ses fils noirs pour rattacher sa jambe, mais celle-ci était sectionné en deux endroits : il lui fallut une demi-seconde de plus pour tout recoller.
Autant dire une éternité. Kakuzu observa la blessure – comprit qu'il ne serait pas assez vif – leva la tête – soudain, Itachi était sur lui.
Il connecta le masque de Foudre et frappa aveuglément, ses yeux verts croisant rapidement l'unique œil rouge d'Itachi. La vue de l'autre œil couvert d'une pellicule blanchâtre ne provoqua même pas un début de satisfaction : Kakuzu était bien trop occupé à se désengager. Même affaibli, Itachi le dépasserait sans mal dans un corps-à-corps.
Heureusement, sa lame de foudre avait atteint son but. Itachi dut reculer et Kakuzu se dissimula immédiatement dans le terrain rocheux en semant ici et là des clones d'ombre. Itachi resta au milieu des rochers où ils s'étaient affrontés.
Le bras droit, il avait atteint le bras droit, le bras dominant du génie Uchiha. Comme tous les bons ninjas, Itachi était ambidextre, mais même lui serait handicapé par la perte d'un bras…
Puis, alors que le sang coulait goutte par goutte sur la pierre, Itachi s'abaissa sur un genou dans un geste d'une lenteur théâtrale, recroquevillé de manière à masquer son bras blessé aux regards. Kakuzu plissa les paupières. Etait-ce un piège ? Sur un genou, tête baissé : Itachi était éminemment vulnérable dans une telle position. C'était une véritable invitation. Viens, approche, frappe-moi…
Kakuzu grimaça. Quel piège évident. Trop évident, même : cela cachait quelque chose. Est-ce que…
Chakra. Un chakra inhabituel, quelque chose qu'il ne connaissait pas, comme un voile tordu et…
Non. Il n'a pas pu. Je ne peux pas être dans une illusion !
Itachi se releva, et cette fois, Kakuzu reconnut dans sa lenteur solennelle une caractéristique des Genjutsu.
Son bras. Impossible ! Je l'avais frappé mais son bras est…
Guéri. Pas une seule trace de sang, pas une cicatrice : c'était comme s'il ne s'était rien passé.
Nos regards se sont croisés. Merde. Il m'a eu. Je dois sortir de là et vite. Il n'a peut-être jamais été blessé, il fait ça pour m'embrouiller la tête et me forcer à commettre des erreurs.
Ne pas l'attaquer. Rester à sa place. Ne pas foncer dans un piège. Devant lui, Itachi ou cette construction de chakra en forme d'Itachi l'observait avec calme, ses deux Mangekyô tournoyant paisiblement.
Merde, merde, merde !
Kakuzu libéra ses cinq chakra, les fit tourner en lui, les laissant se rencontrer dans des chocs qui lui firent serrer les dents tant la douleur était intense – sans effet. L'illusion ne se dissipa pas. Il ne vit aucune différence autour de lui.
Itachi était peut-être bien le meilleur maître en Genjutsu au monde, et Kakuzu venait de tomber dans sa toile. Comment briser l'illusion ? Il devait y avoir une faiblesse, quelque chose… Tout semblait parfait, le monde qui l'entourait ressemblait trait pour trait au monde réel, mais un Genjutsu n'était jamais parfait. Il y avait toujours une faiblesse. Alors où ?
Kakuzu envoya un clone d'ombre détruire l'Itachi qui l'observait toujours avec une tranquillité insolente. Son adversaire ne prit même pas la peine d'esquiver : dès que le clone d'ombre le frappa, il se dissipa en une nuée de corbeaux noirs. Genjutsu, Genjutsu, tout n'était que Genjutsu, il devait s'enfuir…
Une boule de feu sur sa gauche. Kakuzu commença à esquiver puis retint son geste, laissant un de ses bras se faire aspirer par les flammes. Le feu était magnifique, orange vif, brûlant, mais quand il se dissipa, Kakuzu put voir son bras en parfait état. Une fausse boule de feu, similaire à la vue et au toucher, mais pas dangereuse. Itachi jouait avec ses nerfs. Le chasseur de primes savait qu'une illusion aussi complexe que celle-ci devait demander beaucoup à son adversaire : il était probable que dans le monde réel, Itachi était bloqué sur place, tentant de reproduire dans son Genjutsu jusqu'aux détails les plus insignifiants. Pour gagner, l'Uchiha devait le pousser à la faute.
Kakuzu serra les dents. C'était dans ces moments-là que la présence d'Hidan était la bienvenue. Qu'est-ce qui avait pris à son ancien coéquipier de disparaître sans crier gare ?
Il faut que je parte avant de m'enfoncer trop profondément dans son Genjutsu.
Plus il y restait, plus la technique affirmait son emprise sur lui. C'était le cas pour tous les Genjutsu : ils agissaient sur le cerveau et le cerveau, en retour, finissait par s'habituer à eux.
Si cela arrivait, Itachi pourrait relâcher son emprise et agir dans le monde réel. Il serait au bord de l'épuisement de chakra, mais quelle importance, si Kakuzu lui-même ne pouvait bouger ?...
- Amaterasu, lança soudain une voix sur sa droite.
Kakuzu l'ignora. Ne te laisse pas déconcentrer. Il planta une lame de foudre dans son propre bras mais la douleur ne fut pas suffisante.
Des flammes noires commencèrent à dévorer son épaule. Le déserteur les ignora. Distractions, distractions, ce ne sont que des distractions…
La douleur du feu sombre semblait presque réelle. Les illusions étaient pourtant réputées pour être perturbées par la douleur… Mais il semblait bien qu'Itachi, maître parmi les maîtres, avait trouvé un moyen de mettre au point une illusion résistant à la douleur – sans recourir au Tsukuyomi. Kakuzu aurait applaudi l'exploit des deux mains, s'il n'avait pas été dirigé contre lui.
Le shinobi grimaça alors que le feu illusoire s'attaquait au masque Kâton cousu dans son dos et au cœur dissimulé dessous. ça paraissait si réel… Mais non, il ne devait pas rentrer dans le jeu de l'Uchiha.
Une autre boule de feu l'enveloppa sans le blesser. Agacé, Kakuzu essaya de connecter le masque de feu pour en renvoyer une…
Il n'y parvint pas. Là où le masque se trouvait, il ne ressentait plus que… du vide. Comme si le cœur avait été transpercé ou… brûlé.
C'est impossible. Je suis dans un Genjutsu. Il ne peut pas me faire de mal !
Le masque de foudre ne répondait plus.
Amaterasu. Il utilise Amaterasu, c'est la vraie technique !
Comment avait-il pu ? Et surtout, comment lui, Kakuzu, allait-il s'en sortir ? Il n'y avait qu'un moyen connu d'échapper au feu divin des Uchiha et c'était de ne pas se faire prendre.
Non, non, non ! Je ne peux pas mourir comme ça ! Comment fait-il ? Nous sommes dans une illusion ! Est-ce un piège ? Non !
Le masque d'eau. Puis d'air.
Il essaya désespérément de déconnecter la partie brûlée de sa chair de celle qui était encore saine. Des fils noirs arrachèrent son dos et son bras droit, les tinrent à l'écart du reste de son corps… Mais Amaterasu, imperturbable, remonta ses fils de chakra et continua à le dévorer.
Il ne restait plus que son propre cœur. Il était en train d'être brûlé vif par des flammes aussi ardentes que le soleil lui-même et qu'aucune technique d'Eau ne pouvait éteindre…
NON !
Itachi s'avança. Devant lui, la carcasse de Kakuzu n'était plus agitée que de spasmes. L'odeur de chair carbonisée envahissait l'air.
Les yeux du déserteur croisèrent les siens.
- Amaterasu, souffla-t-il. Comment ?...
Itachi ne répondit pas.
Un corbeau apparut sur son épaule.
- Itachi-sama, croassa-t-il. En quoi pouvons-nous vous être utiles ?
- Karame-san, salua l'Uchiha. J'aurais besoin que vous et vos frères m'aidiez à former un clone au moment où je vous appellerai. Quand vous seriez touché par notre ennemi, vous reprendriez vos formes originelles pour vous disperser. Le pouvez-vous ?
- Comme dans une de vos illusions ? Cela est possible, oui, très possible…
Itachi fit de son mieux pour ignorer la douleur dans son bras droit. Dans sa panique, Kakuzu avait coupé profondément.
Mais il avait un plan. Alors il inspira, imperturbable, et s'abaissa lentement, comme un serviteur au passage d'une reine, jusqu'à ce que son bras blessé soit caché par son buste.
Les sceaux médicaux offerts par Sakura étaient stockés sous son haut en maille. Il en sortit deux et les appliqua sur la plaie. Le chakra vert fit son office : en moins d'une minute, seul un examen minutieux aurait révélé qu'il avait été blessé à cet endroit.
Tout aussi théâtralement, Itachi se releva.
Les spasmes s'achevèrent. Itachi se pencha, son ombre recouvrant le corps brûlé de Kakuzu. Il pleura une larme de sang qui alla s'échouer sur le visage encore intact de son ennemi.
- Il n'y a jamais eu d'illusion, avoua-t-il finalement d'une voix calme. Tout s'est passé dans la réalité.
Puis, d'un geste si vif que Kakuzu ne le remarqua même pas, il planta un kunai dans le dernier cœur de son ancien allié et ferma simultanément l'œil droit.
Les flammes noires se dissipèrent. Kakuzu s'éteignit.
Le plus grand chasseur de primes au monde n'était plus.
- Karame-san, appela-t-il. Votre dû vous attend.
Avec un croassement de joie, le corbeau atterrit sur le visage de Kakuzu. Comme promis, Itachi dut activer son Sharingan, ce qu'ils appelaient l'œil-de-sang. Une nuée de corbeaux rejoignit leur aîné et tous commencèrent à béqueter les yeux si verts de l'ancien déserteur, et leurs craillements emplissaient l'air, et sur leurs becs, il pouvait voir une gelée tremblotante qui avait autrefois été un œil…
Itachi observa le macabre spectacle jusqu'au bout. Il honorait toujours ses marchés. Puis, quand les corbeaux eurent disparu, il s'avança et sortit un parchemin de stockage de sa poche.
Tsunade fronça les sourcils au-dessus de sa bouteille quand un chien messager se matérialisa sous sa fenêtre. Les invocations n'étaient pas un moyen sûr de transmettre des messages – il y avait d'excellents sceaux permettant de les traquer. Pourquoi Kakashi commettrait-il cette erreur de débutant ?
Elle comprit en lisant le parchemin que le chien lui avait tendu : l'info n'était pas confidentielle. En fait, son Jounin avait peut-être fait exprès d'utiliser un moyen de communication qu'on pouvait facilement interrompre. La nouvelle qu'elle venait d'apprendre était de celles que l'Alliance Feu-Foudre-Vent voulait répandre aux quatre coins du continent, qu'ils allaient brandir avec autant de fierté que la capitulation de la Terre.
Kusagakure avait été reconquise. L'Herbe les rejoignait.
Bon, se dit-elle en se servant un verre de sake pour célébrer, cette dernière annonce était surtout de l'esbroufe. L'Herbe n'avait jamais été une grande puissance, et puis ils préféraient s'occuper de leurs affaires. Rajoutez à ça le fait que leur priorité soit de reconstruire leur village et leur contribution à l'armée commune allait être négligeable. Ce n'était pas grave : avec Iwagakure qui s'écartait des combats et les troupes massées à Kusagakure qu'on allait envoyer aux frontières de la Pluie et de l'Eau, l'Alliance ne manquait pas de combattants.
Tsunade sourit, un sourire un peu amer, mais un sourire quand même. Leur plan fou avait fonctionné. Se priver de Sakura pendant des semaines pour soigner Uchiha Itachi, créer ce virus terrible qui allait contre toutes leurs valeurs morales, ça avait servi à quelque chose. Ils allaient gagner la guerre : Konoha allait non seulement vivre, mais en plus se débarrasser des menaces qu'étaient Iwagakure et Kirigakure. Elle léguerait à Naruto un Village plus fort avec des alliances solides. Minato l'aurait félicitée. Le Quatrième Hokage avait lui aussi eu à prendre des discussions discutables – enfermer le Démon-Renard dans son propre fils n'était pas la moindre. Il aurait compris, elle n'en doutait pas.
Hélas, on ne pouvait en dire autant du reste de la population, civile comme shinobi. Tsunade n'avait rien d'une idiote : elle savait bien que le génocide qu'elle avait ordonné, une fois la liesse de la victoire passée, allait provoquer l'opprobre international. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle avait utilisé ses connaissances pour assassiner des milliers de personnes ; pire encore, des milliers d'innocents.
Non, Tsunade n'était pas stupide, et quand ses subordonnés l'avaient félicitée pour ce plan miraculeux qui allait leur assurer la victoire, elle avait souri avec arrogance et s'en était attribué tout le mérite. Oui, c'est mon plan. Je l'ai mis au point avec une petite équipe mais l'idée est de moi. Je me suis assurée la coopération des autres Villages mais l'idée est de moi. Tout là-dedans est de moi. La décision est terrible, je sais, et c'est moi qui l'ai prise… Parce qu'en récupérant les lauriers, elle s'assurait que plus tard, quand l'horreur frapperait tout le monde, elle récupérerait aussi le blâme.
Tout est de moi là-dedans. Mes apprenties ? Des assistantes forcées d'obéir. Mon successeur ? Pas au courant. Les autres Kage ? A peine informés. Les médecins sous mes ordres ? Des sous-fifres qui accomplissaient des expériences sans connaître le but final.
On ne pourrait s'en prendre qu'à elle et non à Konohagakure toute entière. Avec un peu de chance, les gens seraient même prêts à croire que ses apprenties n'y étaient pour rien – Tsunade ne voulait surtout pas gâcher l'avenir de Sakura.
- Bah, dit-elle tout haut en avalant cul sec son verre d'alcool, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude de l'exil.
Sauf que durant son dernier exil, les gens avaient été bons avec elle. Elle était une héroïne de guerre au passé tragique et on faisait preuve de tolérance envers son comportement. Ce coup-ci, beaucoup plus de personnes voudraient sa tête, notamment des shinobi étrangers.
Mais bon. Elle était Koichi Tsunade, la dernière Sannin, la dernière Senju, meilleure mednin du monde – jusqu'à ce que Sakura me rattrape – et Cinquième Hokage. Il faudrait plus que des circonstances contraires pour l'abattre.
Et pour l'instant, elle avait un autre objectif en tête.
Alors, Madara, songea-t-elle en examinant la carte sous ses yeux, que vas-tu faire ? Tes petits alliés sont sur le point d'être battus mais ils ne sont que des pions pour toi. Tu as perdu Itachi, Hidan, Deidara, Pein, Konan, Sasori, Sasuke et maintenant Kakuzu. Le temps te manque. Que vas-tu faire ensuite ?
Ses yeux noisette se déplacèrent vers la frontière de l'Eau où les derniers jinchuriki combattaient. B et Naruto. Et l'un de tes agents les plus puissants est aussi dans cette zone. Kisame au chakra extraordinairement puissant régnait sur l'archipel marécageux.
Tsunade prit un pion orné de l'éventail Uchiha, un autre aux cheveux peints en rose, et les déplaça aux côtés de son successeur.
La dernière bataille va bientôt commencer.
Pour commencer : est-ce que ça vous a plu ?
Pour ce qui est du combat Itachi/Kakuzu, vous vous souvenez de ce qu'a dit Naruto durant son combat contre Sasuke ? "Les affrontements entre shinobi ne duraient pas longtemps. En général, une minute suffisait – il ne fallait après tout qu'une seule erreur pour mettre fin au combat. Quand on voulait capturer l'adversaire en vie, comme c'était le cas ici, ça pouvait aller prendre plus de temps, mais ce n'était jamais de grands combats épiques qui finissaient en guerre d'attrition."
C'est ce que j'ai voulu montrer avec ce combat. Kakuzu est très puissant, il pourrait utiliser des techniques redoutables, mais ce qui fait d'Itachi un ninja d'exception, c'est qu'il ne lui laisse pas l'occasion de les utiliser. C'est vrai : pourquoi pousser Kakuzu dans ses retranchements ? Mieux vaut lui faire croire qu'il aura une victoire facile, le pousser à baisser sa garde. Contre Itachi, à mon avis, il suffit d'une seule erreur pour perdre.
Voilà voilà, c'est mon explication de ce petit combat, j'espère qu'il vous aura plu malgré l'absence d'epicness.
Je me répète mais : s'il vous plaît, laissez-moi un commentaire si vous avez aimé et à samedi prochain !
