Ceci est la seconde partie du chapitre 25. Le dernier chapitre de LCI (hors épilogue) sera le chapitre 26 (pure romance et fluff).

J'ai du mal à me dire que cette fic va être finie. Vous vous rendez compte que mon fichier Word fait 384 pages ? Il lui faut deux bonnes minutes pour sauvegarder à chaque fois que je fais un ctrl+S.

Au fait, on approche les deux cents reviews et les cent prévenus ! Alors merci à vous, ce n'est peut-être rien comparé à ce qu'ont certaines fics mais moi, ça me fait vraiment plaisir de voir qu'autant de gens suivent cette histoire ! Dire que tout ça a commencé parce qu'une amie aimait l'ItaSaku, c'est fou.

Réponses aux reviews anonymes :

- lisou : meilleurs voeux à toi aussi (avec beaucoup de retard). Cette seconde partie n'est hélas pas gai et énergique, on est encore dans la gestion de l'après-guerre, mais le chapitre qui vient le sera !

- Lalwendei : navrée de te décevoir mais non, il faut attendre encore un chapitre pour avoir la romance x) Ce sont les chapitres coupés en deux, ça donne de faux espoirs. Mais ne t'inquiète pas, ta patience finira par être récompensée, promis !

- Lucie : je te blâmerai bien de lire pendant les cours mais je fais pareil donc ce serait assez hypocrite. Merci pour ton commentaire, tant d'enthousiasme fait plaisir à voir ! Et ne crains rien, à seulement un chapitre de la fin, je ne vais pas abandonner ^^


Itachi remua les braises d'une main. Une flamme presque éteinte se ranima et, dans un élan d'audace, vint lécher la peau de son poignet.

Au loin, le hululement d'une chouette retentit.

Il n'avait pas froid. Pendant un instant, la flamme aventureuse lui donna même chaud, puis il la réprimanda d'une pensée et elle quitta docilement sa main pour retourner sur la braise qui l'avait vue naître.

Il n'avait ni froid, ni faim, ni mal. Après avoir passé plus de la moitié de sa vie terrassé par la maladie, ces simples faits suffisaient à le rendre heureux.

Je pourrais passer ma vie ici, songea-t-il en regardant, autour de lui, les arbres dont les branches nues dansaient dans le vent de Décembre.

Le tempérament d'Itachi le portait vers la solitude ; une vie entière sacrifiée aux intrigues du monde ninja n'avait fait que renforcer ce désir. Le dernier des Uchiha aurait accepté avec joie de passer le restant de ses jours en ermite, s'il l'avait pu. Ces quelques jours entre parenthèses, à parcourir la vaste forêt du Feu, le plongeaient dans une paix qu'il goûtait avec un mélange de prudence et d'espoir.

La chouette chanta de nouveau. Itachi étendit ses sens à leur maximum. Elle n'était pas loin ; pas plus de cinquante mètres, d'après le son. S'il forçait un peu, peut-être réussirait-il à percevoir son chakra à la lisière de ses perceptions…

Non, il n'y arrivait pas. Je ne serai jamais un sensoriel, dut-il reconnaître en fouillant dans les braises pour en retirer une pomme de terre.

Comme cela lui arrivait soudain à présent, ses pensées voguèrent vers la femme à qui il devait la vie. Sakura aurait pu sentir le chakra de la chouette. Elle n'était pas plus sensorielle que lui, et pourtant, à force d'obstination, elle était parvenue à imiter ce talent rare. Son contrôle parfait du chakra avait sûrement aidé. Malheureusement, l'exploit requerrait une intense concentration et exigeait qu'elle étende son propre chakra à travers la zone, ce qui le rendait inutile lors d'une filature… Mais il n'en restait pas moins impressionnant.

Il avait découvert cette aptitude à l'époque où la guerre n'était encore qu'un nuage grossissant un peu plus chaque jour, alors qu'ils vivaient encore sur le domaine. C'était peu après que Sakura avait soigné Sakana et gagné ainsi son respect. Il faisait beau, ce matin-là, et Itachi était allé s'asseoir dehors, à même le sol, contre le tronc d'un jeune pin. Le choix du lieu n'avait rien d'anodin : Sakura s'entraînait souvent là et il espérait pouvoir l'observer. Dans leur monde, une séance d'entraînement révélait plus qu'une longue conversation. Sa décision de faire confiance à la jeune médic avait été soudaine, presqu'irréfléchie, et il lui fallait à présent confirmer sa première intuition.

La Jounin le savait également. Quand elle était arrivée, elle l'avait jaugé pendant un long moment avant de commencer ses exercices.

Si défaillante soit sa vue, Itachi avait tout de même pu admirer l'excellent contrôle qu'elle avait de ses mouvements. Elle ne vacillait jamais, ne perdait jamais l'équilibre, aucun de ses coups ne s'égarait, aucun de ses appuis n'était incertain. Son style n'avait rien de celui, gracieux et esthétique, qu'on inculquait autrefois aux kunoichi Uchiha ; il était puissant, brutal, et Itachi n'avait aucun mal à imaginer ses cibles explosant là où elle les touchait.

Il y avait une beauté dans cette violence qui ne se cachait pas.

Jusqu'à ce que Sakura s'arrête à mi mouvement. Elle avait reposé son pied au sol, ramené ses bras contre son corps, et s'était tournée vers Itachi qui avait incliné la tête sur le côté en signe d'incompréhension.

Il y a un cerf blessé plus loin, avait-elle déclaré. Je vais le soigner.

Itachi avait appris deux choses ce jour-là. Un, Haruno Sakura soignait toujours les cerfs blessés.

(Il en comprendrait la raison plus tard, en voyant Shikamaru l'inviter à dîner chez les Nara et Sakura accepter avec l'aisance d'une femme qui se sait bienvenue.)

Deux, elle gardait ses sens étendus au maximum durant l'intégralité de ses séances d'entraînement. Pour être également un adepte de cette pratique, Itachi savait qu'elle demandait une grande concentration et une longue habitude.

Plus tard dans la journée, il avait songé qu'il aurait dû s'en douter. La concentration nécessaire pour travailler son taijutsu tout en restant conscient de toute forme de vie animale aux alentours ne pouvait être supérieure à celle que Sakura avait démontrée pendant qu'elle opérait Sakana.

Itachi finit sa pomme de terre et en retira une seconde des braises rougeoyantes. Il avait beaucoup appris sur Sakura durant ces semaines au domaine – plus qu'elle ne le pensait. Les gens ne réalisaient jamais à quel point ils pouvaient être transparents pour un bon observateur, même un malvoyant tel que lui. Cela avait été une expérience étrange que de sentir une amitié se nouer entre eux, quelque chose de vrai, d'authentique, une relation qu'Itachi n'avait plus expérimentée depuis le suicide de Shisui.

Un membre de l'Akatsuki ne pouvait faire pleinement confiance à personne, Konan et Pein incarnant la seule exception à cette règle. Un membre de l'Akatsuki pouvait recevoir l'amitié d'une cible lors d'une mission d'infiltration, pouvait entretenir des liens cordiaux avec son partenaire de mission, pouvait prendre des partenaires sexuels où il le voulait – mais il aurait fallu être un idiot pour sincèrement apprécier quelqu'un.

Les idiots ne survivaient pas longtemps au sein de l'Akatsuki. Depuis le Massacre, Itachi n'avait connu que la solitude.

La peau de la pomme de terre se rompit sous sa dent. Il mâcha lentement la chair tendre du tubercule, appréciant la saveur de fumée qui lui emplissait la bouche.

Une question demeurait : pourquoi Sakura ? Pourquoi s'être attaché à cette kunoichi en particulier ? Etait-ce juste un concours de circonstances ? Parce qu'elle était le premier être humain avec qui il avait eu des contacts journaliers depuis son départ de l'Akatsuki ?

Le shinobi considéra cette possibilité, puis la rejeta. Il se contrôlait trop bien pour se jeter ainsi sur la première occasion venue de tisser des rapports humains.

Non, il abordait le problème sous un mauvais angle. Sakura, remarqua-t-il en prenant une nouvelle bouchée, n'était pas juste une kunoichi. Elle était une spécialiste mondiale dans son domaine de spécialité, l'apprentie de la Cinquième Hokage, et elle savait être une combattante redoutable quand elle le voulait. Si elle se consacrait pleinement à l'entraînement, elle avait le potentiel nécessaire pour égaler la légendaire Tsunade…

Au fond, peut-être étaient-ce leurs ressemblances qui les avaient liés. Ils étaient tous deux des génies dans des domaines mal compris de la plupart des shinobi : ninjutsu médical, genjutsu… Ils avaient tous deux accompli de nombreuses missions dans l'ombre, ils étaient tous deux prêts au pire pour défendre ce qui leur était cher. Le génocide auquel Sakura avait contribué était une horreur monstrueuse, oui, mais c'était aussi la preuve de sa détermination.

Itachi aurait voulu qu'elle n'ait jamais à faire ce choix. Elle y avait été forcée, pourtant, et elle n'avait pas reculé : c'était une attitude digne de respect.

Il y avait toutes ces raisons qui justifiaient leur amitié… Et puis il y avait autre chose, cette aisance, ce calme dans leurs interactions. Quelque chose de paisible qu'ils s'offraient l'un à l'autre : une rareté dans leur monde si violent. Si Itachi se montrait honnête, il devait admettre que c'était ça, plus que tout le reste, qui le poussait à désirer la présence de Sakura.

Ils se soignaient, voilà tout.

Leur relation, se dit-il en finissant sa pomme de terre, ne contenait ni passion, ni fougue, ni désir brûlant. Ils n'étaient pas faits pour ça ; ou peut-être, rectifia-t-il, n'étaient-ils plus faits pour ça. L'adrénaline, les shinobi la connaissaient trop bien pour l'inviter dans leurs amours. Beaucoup, quand ils rejoignaient leur conjoint, n'aspiraient qu'à un semblant de normalité.

Ils étaient ainsi, tous deux. Ce qu'ils cherchaient, c'était un îlot de paix. Pas l'Amour avec un grand A, mais un soutien indéfectible qui serait là contre vents et tempêtes.

Itachi n'en demandait pas plus, et Sakura… La kunoichi n'avait plus rien à voir avec cette pré-adolescente dont on lui avait parlé, cette petite civile obsédée par Sasuke. Pour être tout à fait honnête, Itachi ne parvenait pas à croire qu'elle ait été cette enfant un jour. La Sakura qu'il connaissait était à mille lieux d'une gamine inoffensive. Il ne parvenait pas à réconcilier la femme qu'il respectait avec les récits qui lui avaient été faits.

Pour lui, Sakura avait toujours été forte.

C'était ce dont elle avait besoin, songea-t-il en étouffant les braises. De quelqu'un qui voit sa force comme une évidence. D'un allié qui la considère comme une égale.

Itachi regarda les braises de son feu mourir lentement. Il trouverait bientôt les derniers Senju. La Princesse Tsunade les rejoindrait ; Uzumaki Naruto deviendrait le Sixième Hokage ; et Sakura…

Il leva les yeux vers le ciel et prit une profonde inspiration.


Quand elle apprit la nouvelle, Sakura s'effondra de soulagement.

- Eh Mamzelle, faut pas m'claquer entre les pattes comme ça ! s'affola le petit crapaud rouge sur son bureau. Le boss va croire qu'j'vous ai zigouillée !

- La ferme ! fit son compagnon vert. Tu vois bien qu'c'est une humaine de Katsuyu-sama, elle va pas clamser pour si peu !

- Ah ouais, pas bête. Excusez-moi M'dame, j'avais pas vu qu'vous étiez si puissante. Vous aviez l'air un peu fragile alors j'me suis dit…

- Mais tu vas clore ta grande bouche ! s'énerva le crapaud vert. Pardonnez-le, amie du boss, y a des trucs bizarres qui s'passent dans sa tête et qu'on sait pas trop c'que c'est.

Sakura sourit. Elle avait l'impression de retrouver un peu de Naruto en observant les simagrées des batraciens – une part de Naruto qui n'avait ni l'expression trahie, ni les poings serrés, ni le regard bleu étincelant d'incompréhension…

Son sourire coula comme de la cire.

Malgré tout, sa joie demeurait. Les crapauds lui avaient amené le seul message qu'elle voulait recevoir : ils revenaient. Dans trois jours, le gros de l'armée serait à nouveau entre les murs de Konoha. Naruto, lui, n'aurait besoin que d'une journée : il voyagerait en amont du convoi et commencerait dès son arrivée à préparer son accession au pouvoir. Cela signifiait, pour Sakura, le retour à la liberté.

- Ce n'est pas grave, dit-elle aux crapauds. Merci de m'avoir amené ce message. Si vous voulez vous restaurer…

- A manger ? croassa le crapaud rouge.

- Clos ta goule ! Non, M'dame, vous êtes trop bonnes. On va plutôt rentrer chez nous, pas vrai, Mokunozaki ?

- Mais elle a dit qu'elle avait à manger !

- Pas vrai ?

- Euh… Ah… Oui, on va rentrer ! Même qu'on va rentrer tout de suite, haha ! A la revoyure, amie du boss !

Et le duo s'envola dans un nuage de fumée, laissant derrière lui une Sakura amusée malgré elle.

La jeune femme se releva de sa chaise avec des mouvements précautionneux de vieillarde. La fatigue l'usait. Son reflet dans le miroir devenait celui d'une étrangère, et elle en venait à regretter l'époque où, à coup de shannarô ! décidés, son for intérieur la faisait rougir d'embarras. Aujourd'hui, la petite Sakura en noir et blanc lui paraissait infiniment préférable à cette femme aux traits amers qu'elle surprenait parfois au détour d'une vitre.

Il y avait des jours où ses dix-neuf années semblaient être autant de boulets attachés à la cheville.

Autour d'elle, l'appartement immaculé ressemblait à ces images qui ornaient les vitrines des agences de logement. Sai avait insisté pour qu'une des machines humaines qu'il appelait subordonnés se charge du ménage. Sakura avait protesté, au début. Quand les grains de poussière s'étaient multipliés sur la tranche de ses livres médicaux, alors seulement elle avait cédé. Soit ! Que les agents de la Racine ôtent cette poussière ! Peut-être ôteraient-ils ainsi un peu de la culpabilité qui pesait dans sa poitrine. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ouvert un des ouvrages qu'elle avait accumulés avec tant de soin durant son apprentissage ?

Depuis combien de temps ne s'était-elle pas entraînée ?

Tout lui paraissait futile. Quand Shikaku avait amené le dossier d'organisation du Festival de Konoha, celui qui célébrait la fondation du village, elle avait manqué le jeter contre un mur.

- Le festival ? s'était-elle exclamé alors que ses assistants reculaient craintivement. Nous devons nous occuper des morts, organiser l'hôpital, gérer les pensions, satisfaire les clients, répondre au Daimyô, écraser la Terre, et vous me parlez d'un festival ?

Shikaku l'avait fixée, imperturbable.

- Les habitants ont besoin de sentir un retour à la normale. Voir que nous maintenons le festival enverra un message à ceux qui nous croient affaiblis.

Il avait raison, bien sûr – telle était la malédiction des Nara. Mais ce jour-là, Sakura ne se sentait pas encline au dialogue.

- Apportez-moi la mission de la Daimyô Toki ! avait-elle aboyé.

Un assistant Chûnin s'était hâté de lui amener le dossier de la mission en question. Shikaku était resté là quelques secondes, ses yeux noirs comme deux billes d'ombre, puis il avait posé ses rouleaux de parchemin sur le bureau et était sorti. Sakura avait feint d'être trop plongée dans la paperasse pour le remarquer.

Sous le rideau de ses cheveux roses, son visage était tordu par la honte.

Qui aurait cru que se trouverait son point de rupture ? Elle avait pratiqué des opérations où la moindre fluctuation de chakra aurait signé la mort du patient ; elle avait combattu à en vomir ses tripes sous la douleur ; elle avait précipité des pays entiers dans le deuil par une poignée de virus soigneusement modifiés… Et pourtant c'était à Konoha, dans l'enceinte même de son village, qu'elle se sentait sur le point de craquer.

Quand elle était petite, elle avait rêvé d'être Hokage, un fantasme commun chez les gamins de l'Académie. Ça n'avait rien de l'obsession de Naruto : elle y avait pensé, voilà tout, alors qu'un rayon de soleil levant venait éclairer les narines du Troisième.

Qu'aurait dit la petite Sakura en voyant sa moi future écrasée sous le poids du chapeau ?

Mais tout cela serait bientôt derrière elle. Sakura se laissa lourdement tomber sur son lit. Naruto allait revenir et prendre la place qu'il avait toujours voulue, et elle, elle allait…

Elle allait faire ce qu'elle voulait, pour une fois. Ce dont elle avait besoin. Elle allait faire quelque chose qui n'était pas son devoir.

- Il me doit bien ça, déclara la jeune femme dans sa chambre vide. Il ne me le refusera pas.

Elle aimait Konoha, bien sûr, mais l'amour, parfois, était plus beau de loin.


Dès qu'elles se virent, les deux femmes se tombèrent dans les bras.

- Shishou, murmura Sakura. Vous êtes revenue.

- Tu as tenu le coup ?

Tsunade se recula, enserrant toujours des deux mains les épaules de son apprentie. La vue qui s'offrit à elle répondait à sa question.

- Avec des cernes pareils, tu n'as plus besoin de poches pour transporter tes kunai, renifla-t-elle.

La plaisanterie était pauvre, mais Sakura rit quand même. Elle ne pouvait contenir l'optimisme irrationnel qui la prenait à la vue de sa mentor. Une part d'elle-même restait encore la petite Genin aux yeux brillants qui regardait Tsunade avec une joie incrédule. Elle le savait bien, pourtant, que la Sannin était tout aussi épuisée qu'elle, mais son soulagement se fichait de logique : sa Shishou était , dans l'enceinte de Konoha. Plus rien de mal ne pourrait arriver maintenant que la célèbre princesse Senju était de retour…

Sakura songea avec nostalgie à l'époque où elle y croyait encore. Il lui avait fallu des années pour réaliser du fond de ses tripes que sa seconde mère n'était pas infaillible. Malgré tout, elle avait encore tendance à laisser son admiration obscurcir son jugement. Même maintenant, alors que le Henge de Tsunade laissait transparaître des rides de fatigue, Sakura voulait se convaincre que la simple présence de la Sannin, tel un baume magique, refermerait ses plaies.

- Prête à laisser tout ça derrière toi ? demanda sa mentor en désignant d'un mouvement du bras le bureau du Hokage, le chapeau cérémonial posé dessus et le village qui s'étalait par-delà la fenêtre.

- Plus que jamais, admit Sakura en repoussant une mèche folle. Que Naruto se débrouille avec l'après-guerre.

- Que Naruto se débrouille avec Konoha, grommela Tsunade non sans amertume.

Sakura ne trouva pas l'énergie de protester. Oui, que Naruto se débrouille avec Konoha. Elle avait causé tant de morts pour le bien de ce village… Il était dur, dans un moment pareil, de se rappeler de la volonté du Feu que Sarutobi érigeait en guide spirituel.

Naruto avait la force d'aller de l'avant, lui. Il ferait un excellent Hokage – le meilleur de tous.

Quant à elle…

Tsunade interrompit ses pensées.

- Quand comptes-tu lui dire ?

- Je ne sais pas, admit Sakura en jouant avec le manche d'un kunai à sa ceinture.

La Cinquième soupira. Au-dehors, le soleil entamait sa longue descente vers l'horizon. Les ombres s'étireraient un peu plus à chaque minute, à présent, jusqu'à ce que seule la tour du Hokage soit éclairée d'une lueur orange ; puis la nuit les envelopperait tous. Civils et ninja, faibles et puissants, la lune brillerait sur tout le monde.

Avec un nouveau soupir, Tsunade s'arracha au spectacle de Konoha qui s'agitait pour se concentrer sur son apprentie.

Il y a des années de cela, elle avait fait un choix. Peut-être n'était-ce pas le bon – peut-être aurait-elle dû rester au sein du village au lieu de s'exiler… Mais c'était son choix. En tentant de lui ôter cette liberté, Sarutobi et Jiraiya avaient perdu sa confiance ; elle ne commettrait pas la même erreur avec Sakura. Si son apprentie voulait choisir à son tour, Tsunade la soutiendrait quoiqu'elle décide.

- Vas-y maintenant, conseilla-t-elle donc.

Sakura ne prétendit pas qu'elle ne comprenait pas.

- Shishou, je ne peux pas.

- Et pourquoi pas ? répliqua la Sannin.

Elle tenta – en vain – d'accrocher le regard de la jeune femme. La voix de Sakura était trop douce. Certains auraient pu y lire la force paisible de la mer en été ; Tsunade n'entendait qu'une immense fatigue et une culpabilité qui avançait masquée.

- Je ne peux pas aller lui parler maintenant. Naruto est fatigué du voyage, il se repose…

- Qui espères-tu tromper avec ces excuses ridicules ? Naruto n'a jamais eu besoin de se reposer. Va le voir, Sakura. Dis-lui ce que tu comptes faire !

Les yeux noisette de Tsunade s'adoucirent.

- Plus tu attendras, plus ce sera difficile.

- Mais je…

- Sakura.

Les deux femmes se fixèrent un instant.

- J'ai peur de l'affronter, admit la plus jeune d'une petite voix.

- Je sais, mais tu ne peux pas partir sans le lui dire. Vas-y, Sakura. Ce ne sera pas aussi terrible que tu le crois.


Elle attendit longtemps devant la porte.

C'est drôle, songea-t-elle en écoutant les voix de l'autre côté. Je retombe dans les habitudes de mon enfance.

Mais c'était une constatation un peu absente, comme si elle observait la scène au lieu de la vivre. Une jeune femme aux cheveux roses, des robes de Hokage pendant sur ses épaules, son chakra adroitement contenu pour s'assurer qu'on ne la repérerait pas, debout à côté d'une porte à laquelle elle n'osait frapper. Où s'étaient enfuies les cinq dernières années ? Où avaient déguerpi l'apprentissage sous les ordres de la Princesse Senju, les multiples promotions, les promesses qu'elle s'était faites de devenir aussi assurée qu'Ino ?

A côté de cette porte, Sakura redevenait une Genin timide qui n'osait pas interrompre ses professeurs.

Et Naruto parlait d'une voix trop forte, comme s'il voulait couvrir les sons de la guerre qui résonnaient encore à leurs oreilles à tous…

Ou projetait-elle son propre ressenti sur lui ? Peut-être parlait-il fort parce qu'il avait toujours été ainsi. Peut-être son optimisme n'était-il pas feint. Peut-être Naruto gardait-il véritablement l'espoir de transformer Konoha en un lieu meilleur…

Sakura secoua la tête. Ne pense pas : agis. Elle libéra son chakra et frappa à la porte.

- Sakura-chan ! entendit-elle alors que Shikaku lui ouvrait.

Le Nara n'eut besoin que d'une seconde pour l'examiner.

- Je vais vous laisser, dit-il.

- Merci.

Sakura inspira et ferma les yeux. Elle ne les rouvrit que quand Shikaku eut fermé la porte derrière lui.

Deux yeux océan la fixaient.

- Sakura-chan…

- Naruto.

La honte la frappa comme une vague en pleine tempête.

- Je suis désolée !

- Pardon !

Ils se fixèrent, séparés par le bureau couvert de documents. Leurs exclamations s'étaient croisées. Ce fut Naruto qui reprit :

- Pardon, Sakura-chan. Je ne me suis pas conduit en Hokage.

- Non, c'est moi qui... Ce que j'ai fait était…

- Ce qu'il fallait faire. Shikaku m'a montré les rapports d'avant que… que vous lanciez votre virus. Ça se passait mal pour nous, hein ?

- Oui, admit-elle.

Etait-il possible qu'il comprenne ?

- J'aurais dû savoir, continua son meilleur ami – son Hokage. J'aurais dû savoir que Baa-chan et toi, vous n'auriez pas fait ça s'il y avait eu un autre moyen. Et je pense toujours qu'il devait y avoir autre chose à faire ! ajouta-t-il précipitamment. Mais… les autres solutions étaient trop risquées. Vous avez fait ce que vous deviez faire.

La vue de Sakura se brouilla alors que des larmes, lourdes et salées, coulaient librement sur ses joues

- Alors tu me pardonnes ? demanda-t-elle dans un souffle.

Naruto ancra son regard dans le sien. Comme ils avaient changé, tous les deux, depuis l'époque où ils n'étaient que les deux boulets à la cheville d'Uchiha Sasuke…

Il n'y avait plus de Sasuke, à présent. Plus de Kakashi-sensei pour leur inculquer un sens moral douteux, plus de Sandaime pour les rassurer d'un sourire lesté du poids des années… Il n'y avait plus qu'eux deux, Naruto et Sakura, et les mots qu'ils avaient désespérément besoin d'entendre.

Alors tu me pardonnes ?

- Seulement si tu me pardonnes toi aussi, répondit Naruto.

Et Sakura céda enfin. Elle ne sut qui bougea en premier, mais un instant plus tard, ils étaient dans les bras l'un de l'autre, elle dans ses robes trop grandes, lui encore couvert de la poussière du voyage ; et ils pleuraient comme des enfants, à gros sanglots sans pudeur, alors que des larmes et de la morve leur coulaient sur les lèvres et jusque dans le cou. Ils pleuraient sans retenue, le frère et la sœur qui avaient survécu à la folie d'un shinobi de légende, mais qui avaient tant perdu sur le chemin…

Tellement de morts. Tellement de sang répandu dans les marécages de l'Eau. Tellement de civils assassinés. Est-ce que tout ça avait eu un sens ? Un seul spectre du fond des âges avait failli détruire l'humanité toute entière... Et pour l'en empêcher, il leur avait fallu sacrifier des millions d'innocents.

Un seul être. Un seul shinobi plus proche du dieu que de l'homme. Si le chakra n'existait pas, un tel massacre aurait-il pu être possible ? Mais de telles questions étaient oiseuses : le chakra existait, et les shinobi aussi. Ce potentiel de destruction ne s'évanouirait pas. C'était à eux de s'assurer que personne ne l'emploierait à cette échelle – pas tant qu'ils vivraient.

Quand ils s'écartèrent enfin, la nuit était tombée. Dans un geste aussi naturel que de respirer, Naruto posa son front contre celui de Sakura.

- Je vais partir, confessa celle-ci. En même temps que Shishou.

Le blond recula brutalement.

- Quoi ?

- Je vais quitter le village.

- Mais… Non ! On a besoin de toi ici, Sakura-chan ! Toi et Baa-chan, et Shizune-san, vous êtes les meilleures médic-nins de Konoha, il faut que…

- Laisse-moi partir, Naruto. S'il te plaît. Sasuke a déserté, tu as eu ton voyage d'initiation avec Jiraiya-sama, et moi je… Je ne peux plus rester. Je n'en peux plus. S'il te plaît.

- Ce n'est pas un argument ! s'énerva Naruto. Le bâtard a déserté parce qu'il voulait du pouvoir et je suis parti parce que l'Ermite Pervers me le demandait, c'est tout ! Mais toi, tu veux t'enfuir !

- Non, ce n'est pas… Je veux juste exister hors de Konoha. Ici, je… j'ai l'impression d'étouffer. Si je reste, je ne pourrais jamais oublier…

Elle avala péniblement sa salive.

- La guerre, finit-elle.

- Mais Baa-chan et toi, vous êtes nos meilleures médics !

- Nous resterons le temps de finir les opérations critiques. Mais après ça, les autres médics pourront prendre le relais.

- Sakura-chan…

- S'il te plaît, Naruto. Laisse-moi partir.

- Comment tu peux me demander ça ? Baa-chan aussi est partie pendant des années, et regarde comment elle était en revenant au village !

- C'est différent ! Shishou avait perdu son frère et son fiancé. Elle n'avait personne à qui se confier, même Shizune-sempai ne pouvait rien faire… Ce ne sera pas comme ça pour moi. Je veux apprendre d'autres choses, devenir plus forte, je veux pouvoir vivre ! Ici, ce n'est pas…

Elle ne put continuer. Comment expliquer à quelqu'un comme Naruto que Konoha ne lui apportait plus ce dont elle avait besoin ? Son meilleur ami avait toujours juré par le village.

- Sakura-chan, ne pars pas. J'ai besoin de toi.

- Et moi, j'ai besoin d'être égoïste. Je suis désolée, Naruto. Vraiment. Mais je reviendrai, tu sais – ce ne sera pas définitif. J'ai juste besoin de partir.

Naruto dut lire quelque chose dans ses yeux, car il inspira et finit par dire, d'une voix qui se brisa sur la fin :

- Promets-le.

- Je te le promets.

- Je t'aime, Sakura-chan, tu sais ?

- Moi aussi, Naruto.

Elle l'aimait. Elle aimait ses parents qui n'étaient pas venus la voir depuis la fin de la guerre et qu'elle n'était pas allée voir non plus. Elle aimait Ino cloîtrée dans sa chambre d'hôpital, Shizune qui s'éparpillait lentement, sa Shishou que l'âge atteignait enfin… Elle aimait Konoha, envers et contre tout.

Mais elle ne pouvait plus se laisser enchaîner.


Les jours suivants passèrent comme un rêve. Les blessés pouvaient arriver au compte-gouttes pendant des heures, puis on demandait soudain de l'aide à l'accueil et une vingtaine de brancards entraient en même temps. Sakura dormait toute habillée sur un lit de camp dans son bureau ; Tsunade faisait de même. Dans la tour du Hokage, Shikaku assistait Naruto pour préparer la cérémonie d'intronisation.

Un jour. Deux. Trois. A l'hôpital, on finit par compter le temps en nombre d'opérations urgentes à faire.

Au début, les chiffres ne faisaient qu'augmenter. Les élèves de l'Académie formés à l'assistance se révélèrent d'une aide précieuse : compétents et intimidés par leurs aînés, ils avaient, au cours de la guerre, appris à connaître l'hôpital aussi bien que le fond de leur poche. Sakura songea plus d'une fois que si elle avait eu le temps, elle aurait appris leurs noms et leur aurait glissé un compliment pour leur bon travail. Le temps, hélas, était une denrée rare.

Puis, comme par magie, le nombre de chambres pleines diminua. Sakura réalisa qu'elle n'assignait plus autant d'opérations, et qu'à présent, il s'agissait de sauver un membre plus souvent qu'une vie. Lentement, le flot s'apaisa. On sortit la tête de l'eau. Les étudiants de l'Académie furent invités à rentrer chez eux pour passer un peu de temps avec leurs familles.

Un beau matin, Shizune partit.

- C'est une mission d'infiltration, expliqua-t-elle à Sakura la veille. Le pays de la Terre nous en voudra pendant encore longtemps. Nous devons nous assurer que cette rancœur ne se transforme pas en rébellion.

- Dans l'état actuel des choses, ce serait du suicide, observa Sakura en repoussant une mèche grasse derrière son oreille. Ils ont perdu plus des trois quarts de leur population.

Shizune secoua la tête.

- C'est pour ça qu'ils sont aussi dangereux. Ils n'ont que trop peu à perdre, à présent.

Et elle s'en alla, sa silhouette souple s'enfonçant sous le couvert des arbres comme elle l'avait fait des centaines de fois auparavant. Tsunade et Sakura avaient pris une pause pour lui souhaiter bonne route.

- Est-ce qu'elle reviendra ? demanda la cadette à son aînée.

Tsunade essuya la larme traîtresse qui coulait sur sa joue.

- Je ne sais pas, admit-elle finalement. Shizune n'a… Elle a toujours été au bord du gouffre. Maintenant, avec la guerre, avec ce qu'on a fait…

- Elle a accepté une mission vers la Terre, remarqua Sakura en se frottant les yeux. Le pays où l'action du v… virus est la plus visible.

Tsunade ne répondit rien. Shizune courait vers ses démons, et les deux autres médics savaient bien qu'elle n'avait pas la force de les affronter.

Ce n'était pas un au revoir, comprit Sakura en se mordant les lèvres pour empêcher les sanglots de la secouer. C'était un adieu.


- Le sang prévaut. Nous l'accueillerons, promit la doyenne.

Itachi inclina la tête en remerciement, bien qu'il soupçonnât que les liens du sang ne fussent pas la seule raison derrière cet accord. Il y avait trop d'enfants au bec-de-lièvre dans le village, trop de vieillards boiteux et de femmes aux dents noires ; le savoir médical des anciens Senju semblait s'être perdu au fil des générations.

La princesse Tsunade ne manquerait pas de travail ici. Tant mieux : soulager des bambins qui faisaient leurs dents était une tâche sans aucune ambiguïté morale, et peut-être ces menus travaux allégeraient-ils la conscience trop lourde de la Cinquième. Chacun avait sa manière de s'ôter des épaules le poids de la culpabilité.

Il échangea les salutations d'usage et se prépara à partir. La Hokage avait son refuge ; sa mission en ces lieux était terminée. Le reste, tenta-t-il de se convaincre, ne le concernait pas.

Mais bien sûr, Itachi n'avait jamais été doué pour se mentir à lui-même. S'il partait si vite, comme une flamme qui ne s'élève que pour être soufflée par le vent, ce n'était pas parce que sa mission était achevée. Les Senju lui avaient, après tout, offert une hospitalité de plusieurs jours, et n'importe quel idiot soupçonnerait dans leurs coffres la présence d'anciens documents regorgeant de mystères. En temps normal, il serait resté. La curiosité insatiable des shinobi comptait parmi les rares facettes de leur métier qu'Itachi ne reniait pas.

Il serait resté, s'il n'y avait eu quelqu'un qui l'attendait.

- Je vous remercie pour votre hospitalité. La princesse Tsunade sera parmi vous sous peu.

- Merci à vous, et que les arbres vous guident, Uchiha Itachi.

Itachi se figea – brièvement, imperceptiblement –, puis reprit sa marche d'un pas au calme délibéré.

Il s'était présenté aux Senju sous le nom d'Umino Hikaru et avait passé les négociations dissimulé sous un genjutsu.

Que les arbres vous guident, Uchiha Itachi.

Un mince sourire dansa sur ses lèvres. Peut-être avait-il sous-estimé les ruines du prestigieux clan.


La cérémonie d'intronisation fut à la fois drôle et tragique, belle et terrible, grandiose et simple. Quelques personnes âgées ne cessèrent de se remémorer le jour où Namikaze Minato avait été fait Quatrième Hokage : n'avait-on pas une impression de déjà-vu ? La ressemblance entre le père et le fils n'était-elle pas frappante ?

Puis Naruto sourit à un gamin et, perdant toute retenue, le fit tournoyer avec des « Je vais être Hokage, dattebayo ! » enjoués, et les vieilles gens secouèrent la tête en murmurant « Kushina, définitivment Kushina ».

Sakura se tint sur l'estrade érigée pour l'occasion, à côté de Tsunade, toutes deux enveloppées dans les lourdes robes ornées du nom de Konoha. La régence de Sakura avait été courte, mais intense ; elle avait exercé le pouvoir suprême au sein du village, et il était naturel qu'elle soit présente en tant qu'Hokage par intérim. Du moins tel était le raisonnement qu'on lui avait tenu quand elle s'était exclamé qu'elle irait avec les autres Jounins et qu'il était hors de question qu'elle monte sur cette fichue estrade.

La suite avait prouvé une vérité bien connue par tous les chefs d'Etat : rien n'était plus redoutable qu'un secrétaire.

C'était surréaliste, songea-t-elle plusieurs fois au cours de la cérémonie. Naruto devait éprouver la même impression. Quand elle enflamma son propre chapeau cérémonial et remit le sien à Naruto, les anciens coéquipiers échangèrent un regard un peu ébahi. Sakura contribuant à couronner Naruto Hokage : les dieux avaient de l'humour !

Et ce fut fait. Naruto coiffa le chapeau, Tsunade prononça les paroles rituelles, et les civils se détournèrent de la Cinquième en disgrâce pour acclamer le Sixième Hokage. Naruto les remercia d'un sourire béat avant de jurer qu'il ferait tout pour aider son village. Après des années de labeur, il avait accompli son rêve, 'ttebayo !

Tsunade et Sakura s'éclipsèrent.


Itachi se réveilla en sursaut.

- Sasuke, murmura-t-il en analysant la toile d'illusions qui le protégeait.

Pas d'ennemis aux alentours : c'était bien un cauchemar qui l'avait tiré du sommeil. Le visage de son frère à l'agonie se superposait à celui, enfantin et innocent, du petit garçon qui le regardait avec des étoiles dans les yeux.

Sasuke. Le frère qu'il aurait donné sa vie pour protéger.

Son plus grand échec.

Itachi inspira. Voilà pourquoi il ne pouvait plus rester seul. Ces images le poursuivraient où qu'il aille. Elles le harcelleraient jusqu'au suicide, s'il les laissait faire. Pourquoi ne l'as-tu pas protégé ? Comment as-tu pu te tromper à ce point ? A quoi bon être un génie, si ce n'est que pour échouer dans le plus crucial des calculs ? Tu voulais le rendre fort, et tu l'as rendu fou !

Fou, fou, fou : voilà ce qu'il deviendrait, à terme, s'il continuait à regarder en arrière.

Alors Itachi se leva. Il tendit la main vers son sac avec précaution. Sa perception de la profondeur n'était plus aussi nette qu'avant, maintenant qu'il avait sacrifié un œil à l'Izanami.

Il fixa les sangles sur ses épaules, ôta les ancres qui maintenaient ses illusions en place, et reprit sa course vers Konoha.


- Félicitations, Naruto.

Sakura sourit. Elle était véritablement heureuse. Le chapeau allait mieux à Naruto qu'à elle ; il lui allait même mieux qu'à Tsunade. La Cinquième Hokage avait accepté le titre contrainte et forcée. Le Sixième l'avait poursuivi toute sa vie.

- Merci, Sakura-chan ! Heureusement qu'il y a Shikaku pour s'occuper des trucs administratifs, admit-il en se passant une main derrière la nuque. Baa-chan plaisantait pas quand elle parlait de la paperasse !

- Trop tard, tu as signé pour les quarante prochaines années.

Naruto mima une crise cardiaque.

- Mais je suis pas venu pour ça, dit-il en reprenant son sérieux. Tiens, Sakura-chan. Tu peux l'ouvrir maintenant.

Et il lui tendit un paquet maladroitement emballé. Curieuse, Sakura déchira le papier blanc.

- Mais c'est…

Sa voix s'étrangla. Les anneaux de métal lui coulaient entre les doigts. Elle envoya un filet de chakra médical tester le matériau : son chakra crépita, luisit vaguement pendant une seconde, puis s'éteignit comme une bougie qu'on souffle.

Elle tenait un haut en semi-métal conçu pour brouiller sa signature chakraïque – une rareté qui coûtait si cher que seuls les anciens clans pouvaient se permettre d'en offrir à leurs membres les plus prometteurs. Le simple petit implant du même métal qui s'enfonçait dans l'os de son col lui avait coûté le salaire de trois missions de rang A.

- Tu étais jalouse de celui d'Itachi, expliqua Naruto en désignant le vêtement. Tu sais, je suis riche maintenant alors…

Sakura se jeta dans ses bras.

- Merci, sourit-elle. Tu es formidable, Naruto.


Tsunade serra et desserra ses poings. Face à elle, la bouteille de saké semblait la narguer.

Avec un soupir, l'ancienne Hokage se détourna pour continuer ses préparatifs. Bientôt, elle serait enfin libre de Konoha et des contraintes qui allaient avec.


- Peux-tu avertir Haruno Sakura et Uzumaki Naruto que j'arriverai dans la journée ? demanda Itachi.

Le corbeau poussa un croassement affirmatif, puis se dispersa dans un nuage de plumes noires.


Sakura hocha la tête.

- Bien reçu.

Le corbeau s'envola.

Seule dans sa chambre, la jeune femme joua avec les mailles de son sous-vêtement de métal. Elle allait partir. Quitter Konoha pour autre chose qu'une mission ou une guerre. Pour la première fois de sa vie, elle allait errer, libre, à travers le monde. Etait-ce ce que Naruto avait ressenti en partant sur les routes avec Jiraiya, ce mélange d'excitation et de nervosité ?

Plus que quelques heures, et elle franchirait les portes du village.


- Hokage-sama, vous devez…

- Je reviens tout de suite, promis ! Juste… Euh… Un besoin de solitude ! Pour le dossier, allez voir Shikaku !

Et, avec un dernier sourire lumineux vers ses secrétaires, Naruto bondit par la fenêtre.


Le village bourdonnait à la lisière de ses sens comme une ruche au printemps. Itachi accéléra. Attends à la porte Nord-Ouest, avait transmis le corbeau. Il n'existait pas de porte Nord-Ouest ; c'était un code pour désigner une petite clairière à une centaine de mètres de la muraille.

Quand il y pénétra, trois personnes l'attendaient.

Son regard accrocha celui, vert et brillant, de Sakura.


Elle sourit.

- Itachi.