Et voilà, c'est la fin. La vraie fin, ce coup-ci. Presque trois ans depuis le début de cette fiction, plus de 180 000 mots, beaucoup de moments où je me demandais si je la finirais un jour, tout ça pour en arriver là : c'est fini. Autant vous dire que ça fait bizarre, c'est la première fois que je finis une si grosse fic.

Merci à tous ceux qui ont lu cette fiction malgré ses défauts, à ceux qui l'ont suivie, qui l'ont mise en favorite, et merci en particulier à ceux qui ont commenté : sans vous, je ne serais jamais parvenue à mettre un point final à cette histoire. Vous êtes géniaux, je vous adore.

Au niveau des commentaires : puisqu'il n'y aura pas de prochain chapitre, je répondrai aux commentaires des lectrices n'ayant pas de compte en éditant ce chapitre.

Réponses aux commentaires du chapitre 26 :

- lisou : un grand merci pour ce commentaire et pour ta présence à chaque chapitre ! J'avoue que ça fait drôle de finir cette fiction. Pour ce qui est de la romance, c'est surtout que ce genre n'est pas celui dans lequel j'ai le plus d'expérience (il suffit de voir ce que LCI est devenue, alors que cette fic était supposée être de la pure romance). Mais si ça t'a plu quand même, je suis rassurée !
Et maintenant, je croise les doigts pour que l'épilogue te plaise aussi :)

- Kushina-san : merci beaucoup ! La fin de Naruto m'a énormément déçue, j'espère effectivement avoir fait quelque chose qui sente moins le deus ex machina. Ecrire l'évolution de Sakura a été un défi et un plaisir tout à la fois.

Réponses aux commentaires de l'épilogue :

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L'hôpital bourdonnait comme une ruche en été. Malgré la chaleur qui les écrasait, les employés couraient d'étage en étage avec la vigueur de ceux qui savent que s'ils prennent une pause, ils ne se relèveront pas avant le lendemain. L'air sentait la sueur et l'alcool désinfectant ; les medic-nins laissaient dans leur sillage cette sensation indescriptible, entre le crépitement du feu et le calme froid du fleuve, qui accompagne le chakra médical.

Tous s'écartèrent sur son passage.

– Haruno-sama, entendit-on alors qu'ils inclinaient la tête.

Au deuxième étage, juste avant le grand escalier, quelqu'un préféra un Uchiha-sama insolent qui suscita des murmures indignés : C'est Haruno, pas Uchiha !

Huit ans après leur mariage, son nom de famille continuait à faire l'objet d'âpres débats dans les rues de Konoha. Personne n'osait lui en parler en face, certes, mais dans un village ninja, les rumeurs étaient une arme aussi efficace que l'acier.

Haruno ou Uchiha ? Qui aurait cru qu'un simple nom diviserait autant la Feuille ?

La foule des médecins se clairsema au fur et à mesure de sa descente. Dans les sous-sols de l'hôpital, le ratio de médecins civils et de medic-nins s'inversait : les shinobi devenaient la majorité, n'admettant en leur sein que quelques rares civils qui avaient prouvé à de multiples reprises leur loyauté envers Konoha. Les tréfonds du bâtiment accueillaient des blessés assez importants – ou assez dangereux – pour barder leurs chambres de sceaux de protection : souvent pour les protéger du monde extérieur, et parfois, comme c'était le cas ces derniers jours, pour protéger le monde extérieur d'eux.

Organiser l'Examen Chûnin était un prestige que le village hôte payait au prix fort. Les équipes médicales de la Feuille étaient débordées.

– Haruno-sama ! l'interpella un homme au front barré de rides inquiètes. Le patient a été relocalisé. Suivez-moi, s'il vous plaît.

– J'arrive.

– Hyûga Hanabi a dressé une carte des perturbations chakraïques dans le réseau du patient mais elle ne parvient pas à rompre l'illusion, expliqua l'homme alors qu'ils traversaient les couloirs. Nous avons essayé tous les types de chakra disponibles sans résultat. La douleur ne fonctionne pas non plus.

– Les fonctions vitales sont-elles préservées ?

– Oui, il n'y a pas de souci de ce côté-là.

Ils marchèrent d'un pas rapide jusqu'à une petite salle entourées de portes blanches. La chaleur étouffante des étages avait laissé la place à une fraîcheur bienvenue ; dans la lumière artificielle des néons, on avait peine à croire qu'au-dehors brillait le soleil radieux de la mi-journée.

– Le corps du patient a été soigné avec les méthodes civiles, reprit le médic. A ce rythme, il devrait être remis d'ici un mois. Nous avons préféré éviter le chakra médical – il aurait pu interférer avec le genjutsu…

– C'était une bonne décision.

Les épaules du médecin s'affaissèrent alors qu'un soupir de soulagement lui échappait.

– Oui, nous avons pensé la même chose. Les dégâts physiques ne sont pas si graves… C'est plutôt pour son esprit que nous sommes inquiets.

Il posa la main sur la porte et laissa un sceau violet prendre vie autour de ses doigts. Quelques secondes plus tard, le sceau se rétracta et un clic retentit au niveau de la serrure.

Dans la pièce s'affairaient trois medic-nins. Deux d'entre eux déplaçaient des mains brillant de chakra vert sur le corps du patient ; les sourcils froncés, Hyûga Hanabi contemplait une large feuille déposée sur la table dans un coin. Des ampoules disposées dans les quatre coins du plafond déversaient une lumière crue qui dévorait les ombres jusqu'à faire disparaître toute impression de relief.

Quand le médecin referma la porte derrière eux, Hanabi leva ses yeux pâles.

– Itachi-san, le salua-t-elle, le visage grave. Pouvez-vous me dire ce que vous en pensez ?


Le scandale déchira Konoha.

Que Haruno Sakura, encore toute entachée de l'infamie d'un génocide, revienne au village le ventre arrondi, d'accord. Que l'homme à ses côtés soit le fils prodigue de Konoha, le héros de tragédie dont toutes les mères rêvaient pour leurs filles, passe encore. On pouvait même accepter qu'à peine franchies les portes du village, les tourtereaux commencent à préparer leurs épousailles.

Mais la tolérance de Konoha avait ses limites. Quand Itachi informa poliment l'administration qu'il abandonnerait son nom pour adopter celui de sa future épouse, les villageois réalisèrent qu'il était grand temps de s'indigner.

Ce fut, songerait Sakura des années plus tard, certes pas la période la plus difficile de son existence, non, mais l'une des plus longues. La jeune femme dut déployer des trésors de patience pour ne pas envoyer voler d'un coup de poing l'étal du premier marchand qui grimaça à sa vue. Les phénomènes les plus étranges se répandaient sur son passage : les prix augmentaient, les ruelles se vidaient, les livres qu'elle requerrait n'étaient « plus disponibles »… Sakura comprit l'enfance de Naruto avec une acuité dont elle se serait bien passée.

Elle aurait pu changer ses traits pour se dissimuler derrière le masque d'une innocente civile. Des années à étudier sous la tutelle du meilleur illusionniste au monde – car non, cette gamine de l'Eau dont tout le monde parlait n'était pas meilleure que son Itachi ! – lui assuraient que personne ne verrait à travers son genjutsu. Mais ç'aurait été un subterfuge, une façon d'éviter ses problèmes plutôt que de les affronter ; cela, Sakura s'y refusait. Elle ne s'autoriserait plus ce genre de faiblesses. Elle ne se cacherait pas au sein de son propre village. Il y avait un petit être qui grandissait en elle, à présent, et elle voulait être forte pour cet enfant à naître.

Alors elle carra les épaules, releva la tête et affronta l'opprobre en affichant clairement sa bague de fiançailles. Elle était Haruno Sakura, apprentie de la plus grande Hokage que Konoha ait connue ; elle avait contribué à mettre fin à une guerre, s'était hissé jusqu'au rang S et allait épouser l'homme le plus merveilleux des Cinq Pays.

– Si ça leur pose un problème, qu'ils viennent me le dire en face ! s'enflammait-elle parfois, alors qu'Itachi et elle se racontaient leur journée autour d'une tasse de thé.

– Ce serait singulièrement imprudent de leur part, s'amusait Itachi.

Il n'avait pas tort.


Les dictatures militaires avaient cela de bien que, lorsqu'on avait le dictateur pour meilleur ami, on pouvait aisément ignorer l'opinion populaire. Naruto, dont la mère avait gardé son nom de jeune fille, ne vit aucun problème à ce qu'Itachi adopte celui de Sakura.

– Le Conseil va brailler, dattebayo, dit-il avec le sourire en coin qui lui donnait un air de renard.

Il avait changé, lui aussi. Deux ans à la tête du village ne l'avaient pas départi de son optimisme lumineux, mais il avait appris la prudence et même – à la surprise de Sakura – une certaine forme de subtilité. L'aide de Shikaku y avait été pour beaucoup. Celle de Moegi n'était pas négligeable non plus.

Voilà un couple que même Ino n'avait su prédire.

Naruto s'occupa des récriminations du Conseil et Itachi apprit à esquiver les habitants qui venaient le supplier de ne pas abandonner le glorieux nom des Uchiha. Votre Clan a contribué à fonder ce Village, vous descendez du Sage des Six Chemins, vous méritez mieux que le nom d'une civile !

Dans le secret de leurs appartements, Sakura fulminait.

– Les Uchiha ont planifié un coup d'Etat ! Madara et Obito ont démarré la Quatrième Grande Guerre ! Pourquoi les vénèrent-ils alors qu'ils me reprochent d'avoir tout fait pour finir cette foutue guerre ?!

Dans ces moments-là, Itachi ne pouvait que la serrer dans ses bras et essuyer les larmes de rage qui s'accrochaient à ses cils roses. C'était injuste, voilà tout. Ainsi allait le monde. On n'y pouvait rien. Konoha finirait par oublier, mais en attendant, avec Shizune disparue et Tsunade exilée, Sakura resterait le bouc émissaire idéal pour les civils ignorants.


Tout changea quand Mito naquit.

La bambine ouvrit ses grands yeux noirs sur le monde et le cœur des privilégiés présents dans la salle d'accouchement chavira. Il était impossible de ne pas craquer devant le visage lunaire du nouveau-né. Avec sa touffe de cheveux noirs et sa peau pâle, elle rappela à plus d'un adulte l'époque où les Uchiha se promenaient par dizaines dans les rues. Le passage du temps, en faisant fondre sa graisse de bébé, révélerait des traits parfaitement identiques à ceux de sa mère – jusqu'au grand front qui avait valu tant de brimades à Sakura –, mais à moins d'un an, alors qu'elle agitait ses petits poings ronds et tentait vainement d'expirer le h de Haruno, beaucoup virent en elle une copie conforme d'Uchiha Mikoto.

Soudain, Sakura devint la mère de cette adorable petite fille, on les croise parfois au marché, ne sont-elles pas mignonnes ? Les civils qui lui avaient mené la vie dure demandaient à présent s'ils pouvaient porter Mito, notre nouvelle Uchiha, et si s'occuper de l'enfant ne la fatiguait pas trop ; les femmes, surtout, n'hésitaient pas à la harceler de questions sur la richesse de son lait et sur une possible dépression post-partum. C'est que vous êtes si pâle, Haruno-san, vous nourrissez-vous correctement ? Et Sakura, dont la pâleur ne venait que de l'énergie qu'elle dépensait à garder son calme, souriait poliment et s'éloignait aussi vite que possible, sa fille blottie contre elle.

C'était tout juste si ces insupportables commères ne la remerciaient pas d'avoir laissé les gènes Uchiha supplanter les siens. Ha ! On voyait bien qu'ils n'avaient pas eu à gérer Mito quand elle faisait ses dents ! La bambine avait clairement hérité du tempérament Haruno. Il fallait au moins la patience légendaire d'Itachi pour la supporter lors de ses crises.

Il y eut Mito, puis il y eut Tsuyo. Puis les années passèrent…

Et puis il y eut Heiwa.


Itachi et Sakura eurent trois enfants. L'aînée, Mito, hérita des Uchiha ses yeux et ses cheveux sombres, ainsi qu'un contrôle de son chakra qui, loin d'être médiocre, n'égalerait cependant jamais celui de sa mère. De Sakura, elle prit le reste : les traits, le tempérament explosif et l'infaillible loyauté.

Le cadet, Tsuyo, ressemblait étonnamment à son père. Ses cheveux d'un rose soutenu firent pousser les hauts cris aux commères du village, indignées de voir les gènes Haruno triompher – qui plus est sur un garçon – du sang Uchiha auquel elles attachaient tant d'importance. Mais le bambin, loin de s'offusquer de leur attitude, se contenta d'absorber silencieusement les réactions de son entourage. Il avait le talent surnaturel d'Itachi, le contrôle parfait de Sakura et l'intelligence de ses deux parents : à trois ans, ses prunelles noires brillant de détermination, il demandait à entrer à l'Académie.

– Non, répondit Itachi.

Sakura hésita.

– La Terre fait des siennes, argua-t-elle auprès de son mari le soir même, dans l'intimité de leur chambre. Le village a besoin de shinobi…

– Non, répéta Itachi.

La Jounin reposa le kunai qu'elle aiguisait ; le nuage de chakra qui brillait autour de ses doigts s'évapora.

– Il me ressemble déjà trop, dit Itachi.

Il avait le ton impavide qu'il n'utilisait plus avec Sakura depuis des années. Dehors, la lune se levait.

La kunoichi se leva, avança jusqu'à la chaise de son mari et l'enlaça par-derrière, posant son menton sur les cheveux sombres dont la texture soyeuse, après toutes ces années, ne cessait de l'émerveiller.

– Il ne sera jamais toi, murmura-t-elle. On ne lui demandera pas de tels sacrifices.

– La vie de shinobi est déjà un sacrifice.

– Il pourrait se faire des amis.

– Il y perdrait son enfance.

Sakura inspira profondément. Itachi exigeait rarement quoi que ce soit ; le tempérament profondément pacifiste de l'Uchiha, traumatisé par une vie sanglante, le poussait vers un évitement presque maladif du conflit. Qu'il insiste ainsi…

– D'accord, accepta-t-elle à mi-voix.

Itachi se tourna légèrement, juste assez pour que leurs visages se fassent face, et sourit. C'était un de ces sourires très doux qu'il leur réservait, à elle et aux enfants – le sourire d'un bonheur inespéré qu'il n'osait pas éteindre trop fort de peur de le briser. Il avait eu le même sourire, se souvint Sakura, en voyant l'océan pour la première fois.

Malgré l'insistance du Conseil, Tsuyo n'entra pas à l'Académie avant ses six ans.

Mito et Tsuyo n'avaient qu'un an et demi d'écart. Heiwa arriva cinq ans plus tard – une éternité, pour un couple shinobi. Comme son frère, elle avait les cheveux roses et les yeux noirs ; contrairement à son frère, elle dépassait tous les enfants de son âge d'une bonne tête.

Dès ses premières années, la fillette afficha un caractère marqué. Petite dernière choyée par ses aînés, elle prit des habitudes de princesse que son père, trop indulgent, ne réprimanda pas. Sakura s'était à peine remise de son accouchement qu'une énième révolte secouait la Terre : shinobi de rang S et médic-nin de haut vol, elle fut envoyée au front et n'en revint que sporadiquement. Difficile, dans ces conditions, de mettre un terme aux caprices de Heiwa. La bambine devint le cauchemar du village, aidée de la fille de Konohamaru et d'un Minato bien décidé à marcher dans les traces de son père. Ensemble, les trois vauriens pénétrèrent par effraction dans une zone gardée de la bibliothèque, remplacèrent les kunai en acier des ANBU par des répliques en caoutchouc, puis, fidèles à la tradition, défigurèrent en une nuit les six visages gravés sur la montagne aux Hokage.

Or il se trouva que le jour de cet exploit fut aussi celui où Tsunade, dissimulée sous un Henge, accompagnait Sakura jusqu'au village. Quand l'ancienne Kage vit la gamine bondir à travers le village, poursuivie par un Chûnin au bord de l'apoplexie, elle prit un air pensif. Quand elle observa Heiwa tirer la langue à une Sakura furieuse, son air pensif s'approfondit. Et quand Itachi eut amené la fillette dans sa chambre pour lui lire une histoire, elle se tourna vers son élève et dit :

– Tu n'aurais pas trompé Itachi avec Naruto ?

Sakura en recracha son thé.

– Shishou !

– Elle ressemble plus à Naruto que Minato lui-même.

– Vous savez très bien que c'est génétiquement impossible. Elle a les yeux noirs.

Tsunade en resta là pour la soirée. Le lendemain, cependant, alors qu'Itachi était parti à l'hôpital et que les deux femmes s'entraînaient loin des yeux indiscrets, elle revint à la charge.

– Elle a ton contrôle parfait, Heiwa ?

– Oui, Shishou, répondit Sakura en esquivant le poing de sa mentor.

– Elle veut devenir ninja ?

Sakura désengagea et laissa ses bras retomber le long de son corps.

– Que voulez-vous, Shishou ?

La vieille femme – quand il n'y avait qu'elles deux, Tsunade se passait de son Henge habituel – frotta machinalement le diamant sur son front.

– Une apprentie, Sakura, admit-elle finalement. Je veux une apprentie. Une élève qui soit à la fois médecin et kunoichi. Je t'ai transmis tout ce que je savais, bien sûr, mais à l'époque, j'étais la Hokage d'un village menacé. A présent, j'ai le temps. J'aimerais former une autre fille.

– Et vous avez pensé à Heiwa.

Ce n'était pas une question. Tsunade ancra son regard dans celui de la Jounin.

– Elle me plaît bien, ta fille. Avec des parents comme les siens, je suis convaincue qu'elle a du potentiel. Et ça rassurerait Itachi, n'est-ce pas ?

Sakura ne pouvait le nier. Certes, son mari se montrait très protecteur envers leurs enfants, mais Tsunade n'habitait pas loin : elle n'aurait qu'à les visiter plus souvent et à amener Heiwa avec elle. Depuis qu'il avait appris la médecine, Itachi tenait cette discipline en très haute estime et serait ravi de voir Heiwa s'engager dans cette voie. A cela, il fallait ajouter le fait que les medic-nins ne se risquaient jamais en première ligne à moins d'avoir maîtrisé deux techniques de très haut niveau. Heiwa serait à l'abri du danger pendant son apprentissage – du moins autant qu'un ninja pouvait l'être.

– Effectivement, ça le rassurerait, concéda-t-elle. Je lui en parlerai, Shishou, mais je ne vous promets rien.

– Je ne t'en demande pas plus.


A la surprise d'une grande partie du village, aucun des enfants d'Itachi et Sakura ne développa le Sharingan.

– Le gène est récessif, confia Sakura à Ino, un soir où elles discutaient autour d'une tasse de thé.

– Tu comptes en informer le Conseil ? s'enquit la blonde.

Sakura avala une gorgée de thé et ne répondit pas. Les deux amies échangèrent un sourire narquois.


La chambre était plongée dans l'obscurité. Seul un demi-cercle de flammèches reposait sur le bureau, projetant de longues ombres jusqu'au lit dans un coin de la pièce. Le grattement d'un stylo alternait avec le bruit des feuilles qu'on déplace.

– Viens te coucher, murmura une voix ensommeillée depuis l'amas de draps. Tu finiras ces rapports demain.

L'homme se retourna pour offrir à sa compagne un sourire fatigué.

– Je ne peux pas, admit-il. Hokage-sama veut organiser un nouvel examen Jounin. Il faut que l'hôpital soit prêt.

La femme se redressa.

– Vraiment ? Je ne peux pas croire que Naruto ne m'ait pas prévenue !

– Tu as à peine eu le temps de faire ton rapport de mission.

– Il aurait quand même dû me le dire ! Il sait que Mito participera à cette session !

Soudain réveillée, Sakura rejeta les draps au loin et s'avança jusqu'au bureau. Elle tendit muettement la main ; Itachi lui trouva un stylo et poussa une partie de la paperasse vers elle. Ordre d'acquisition des composés chimiques nécessaires aux antidotes de classe 1, lut-elle au sommet de la pile.

Si Itachi avait été un autre homme, peut-être aurait-il laissé ses yeux courir le long de la silhouette de sa femme. Le large tee-shirt orange de Sakura révélait un corps forgé par l'exercice physique et vierge de toute cicatrice – l'un des avantages à faire partie des meilleurs medic-nins au monde. A bientôt trente-six ans, on lui en donnait trente ; si elle n'avait pas eu un tempérament aussi explosif, elle aurait fait une bonne candidate pour les missions de séduction. Elle n'avait pas les traits harmonieux d'Ino ou le raffinement subtil de Hinata, mais Sakura possédait un charme qui n'appartenait qu'à elle, quelque part entre la délicatesse de ses coloris et la force explosive de ses poings.

Itachi, cependant, n'avait jamais eu la libido débridée d'un Kiba ou d'un Kakashi. Il garda les yeux baissés sur les documents à remplir, savourant en silence le contact de l'épaule de Sakura contre la sienne.

A deux, le travail avançait bien plus vite. Malgré sa démission du personnel hospitalier neuf ans plus tôt, Sakura mettait un point d'honneur à se tenir informée des changements dans les procédures.

– Tu dois signer celui-là, dit-elle en lui montrant un document.

Itachi ne prit pas la peine de relire : il apposa sa signature dans l'onglet réservé au directeur de l'hôpital et posa le doigt sur le cercle noir, laissant le sceau dissimulé en-dessous aspirer une goutte de son chakra.

– Combien de temps as-tu avant ta prochaine mission ? demanda-t-il en paraphant un dossier.

– Une semaine environ. Lee voudrait repartir plus tôt mais j'ai demandé à Naruto de ne pas l'écouter.

– Neji y participera ?

Sakura secoua la tête.

– Non, pas cette fois. Il est chargé d'une épreuve de l'examen Jounin. Ce sera juste Lee, Tsuyo et moi.

Itachi ne sourit pas mais son amusement était palpable. Tout prodige qu'il soit, Tsuyo avait longtemps privilégié le ninjutsu et le genjutsu au détriment du taijutsu ; c'était une stratégie sensée pour un possesseur du Sharingan, capable de copier un mouvement après l'avoir observé une seule fois, mais risquée pour les autres. Effectivement, ses carences lui avaient valu d'être refusé une fois à l'examen Jounin, puis une deuxième. Itachi avait alors suggéré qu'ils trouvent un enseignant à leur fils, et Sakura avait bondi sur l'occasion pour demander à Lee le paiement d'une vieille dette.

Voilà comment le spécialiste en genjutsu le plus prometteur de sa génération s'était retrouvé apprenti de Rock Lee. Leurs débuts avaient été chaotiques, c'était le moins qu'on puisse dire.

Itachi posa une nouvelle feuille dans la pile complète. Il aurait bientôt fini.

En parlant d'apprentissage…

– Tsunade-hime a envoyé un message pour demander à Heiwa de la rejoindre d'ici deux semaines.

– Déjà ? Heiwa devait rester à Konoha jusqu'au solstice, il me semble.

– Elle n'a pas donné plus de détails.

Sakura hocha la tête, résignée. Tsunade gardait toujours ses communications aussi brèves et floues que possible. Même parmi les shinobi de Konoha, très peu savaient qui était la tutrice de Haruno Heiwa : la rancœur envers Tsunade était encore très forte dans certaines parties du continent. Le prestige qu'être l'apprentie de la Cinquième Hokage aurait offert à Heiwa ne valait pas les risques encourus.

Il lui fallut encore plusieurs minutes avant d'atteindre la fin de sa pile. Un coup d'œil à sa droite l'informa qu'Itachi avait également terminé. Le fantôme d'un sourire sur ses lèvres, les épaules relâchées, son mari la contemplait.

Sakura posa son stylo et remit une mèche rose derrière son oreille.

– Tu n'as plus rien à faire ce soir ? s'assura-t-elle en passant une main derrière la nuque d'Itachi.

– Rien d'urgent, répondit-il en baissant ses paupières comme un chat satisfait.

Sakura envoya un fil de chakra fermer le rideau et enfonça ses mains dans la chevelure noire de son mari.


Ils étaient des shinobi. Leur premier meurtre précédait leur premier baiser ; ils savaient manier un kunai avant d'apprendre à utiliser un four. Ils connaissaient la tromperie, la violence et la mort. Ils connaissaient la guerre.

Mais ils connaissaient aussi la loyauté, l'amitié et la confiance.

Et surtout, songea Sakura en se blottissant dans l'étreinte d'Itachi, ils connaissaient l'amour.


FIN


S'il vous reste des questions sur ce qui est arrivé à certains personnages, posez-les dans les commentaires, j'y répondrai sur cet épilogue ou sur mon profil pour que tout le monde puisse voir.

(Comme je te l'avais promis, lisou, il n'y a pas d'Uchiha aux cheveux roses. Techniquement, les trois enfants d'Itachi et Sakura sont des Haruno :p)

Merci encore à vous tous d'avoir suivi cette fanfiction !