Chapitre 59 : Une Rentrée Pleine de Surprises

Harry était dans le train en direction de Poudlard. Il était entouré de quelques-uns de ses amis. Hermione, Neville, Tracey et Daphnée. Installé dos contre la paroi du fond, près de la fenêtre, il dessinait dans son carnet avec quelques fusains.

« Tu fais quoi ? » demanda Tracey, curieuse.

« Je dessine. »

« Ca, je m'en serais doutée, Harry, » fit-elle en levant les yeux au ciel. « Mais tu dessines quoi ? »

Le garçon frotta un instant avec son doigt un espace particulier pour étaler le pigment avant de montrer l'ébauche à son amie.

« Mes cauchemars, » répondit-il dans un soupir.

« Tu rêves de dragon ? »

« Ces derniers temps oui. Et il me poursuit pour me croquer. »

« Tu n'as pas à t'inquiéter, » dit alors Daphnée avec un sourire rassurant. « Poudlard est l'endroit le plus sûr qui soit. Il n'y a absolument aucun dragon. »

Lily pouffa à l'intérieur de la tête de son fils tandis que ce dernier posait son carnet sur la tablette.

« Hmmm… Daphnée, il y a deux problèmes dans ta phrase. »

« Ah ? »

« Poudlard et sûr, » releva déjà Hermione derrière son manuel d'histoire de la magie. « En trois ans, on a bien failli se faire tuer une dizaine de fois. Si quelqu'un ose encore me dire que Poudlard est un endroit sûr, je demande à Harry de leur faire faire un tour de la chambre des secrets. »

« Non. Merci. J'ai eu ma dose de cauchemar avec cette satanée chambre. »

Il secoua la tête.

« Sinon… Poudlard et dragon. »

« Il n'y a jamais eu de dragon à Poudlard. On l'aurait vu. »

« Est-ce que vous saviez qu'Hagrid a eu un bébé dragon pendant quelques semaines ? » demanda alors la Gryffondor toujours derrière son livre. « On a eu des difficultés de le convaincre de l'envoyer dans une réserve de dragons en Roumanie. »

« Tu déconnes, Hermione ?! »

« Je l'ai aidée, » révéla Harry avec un sourire. « C'était en première année. »

« Mais … Pourquoi personne n'a jamais été mis au courant ?! » demanda Neville qui était devenu blanc comme un linge.

« Peut-être parce qu'on a fait ça en toute discrétion, » sourit le serpentard. « Je n'avais déjà pas beaucoup d'amis à l'époque, pour ne pas dire que deux amis, je ne voulais pas en voir un disparaître derrière des barreaux juste parce qu'il n'a pas la même notion du dangereux que nous. Et techniquement, même si personne ne sait exactement ce qu'il s'est passé, je me suis quand même fait punir. »

« Moi, je le savais, » intervint une voix trainante à l'entrée du compartiment.

Drago Malfoy et Pansy Parkinson venaient d'ouvrir la porte et ils avaient l'intention de rester là, semblait-il, puisqu'ils avaient leurs valises avec eux.

« Oui, mais toi, tu fouinais partout juste pour avoir une raison de m'envoyer en retenue. »

« Ce n'est pas faux, » dit le Sang-Pur alors qu'il mettait sa valise, puis celle de Pansy sur le porte-bagage.

« Et d'ailleurs vous êtes là parce que …, » continua Harry un peu curieux de voir le duo prendre ses aises.

« Une demande de mon père et de parrain, » répondit le blond en s'asseyant à côté de Neville.

« Et moi, je ne lâche pas Drago. »

Le jeune Serpentard et Lily retinrent un soupir simultané. Pansy était jalouse sans doute avec toutes les filles déjà présentes dans le compartiment. Harry ne tint d'ailleurs pas compte de sa remarque, préférant de loin s'attarder sur le filleul de son père.

« Nos pères t'ont demandé de venir dans notre compartiment ? » demanda-t-il, dubitatif.

« Parrain ne l'a pas demandé mais cela se lisait dans son regard. Le mien oui, par contre. A croire que tu es en sucre, Snape. »

« … Je ne sais pas comment je dois le prendre. »

« Prends-le comme tu veux. Personnellement, je n'ai pas l'intention de décevoir mon père. »

Harry souffla bruyamment cette fois et secoua la tête. Il échangea ensuite un regard avec sa meilleure amie avant de retourner à son croquis. Il fut toutefois partiellement conscient du regard du Serpentard sur lui. Qu'est-ce qui avait été dit dans son dos encore ? Qu'est-ce que le blond savait ? Il demanda à sa mère mais même elle était bien incapable de répondre.

'On ira demander à Papa plus tard,' décida le jeune homme avant de se désintéresser de cela.

xXxXxXx

« Même pas en rêve, Snape, » fit soudain Malfoy, tirant Harry de ses pensées.

« Hein ? »

'Quand on est poli, on dit pardon, Harry,' réprimanda doucement Lily.

« Tu n'auras pas cette gloire éternelle ? » développa le blond à deux places de lui.

Harry le fixa un instant sans comprendre. Puis le gallion tomba. Dumbledore venait de présenter les événements qui se dérouleraient tout au long de l'année. Le tournoi …

« Alors là, même pas en rêve que j'y participe à ce fichu tournoi ! » rétorqua-t-il.

Il avait pris garde à ne pas parler trop fort pour ne pas attirer l'attention sur eux.

« Je mets déjà suffisamment ma vie en danger comme ça pour ne pas y plonger directement la tête la première ! »

Malfoy fronça les sourcils.

« Cela ne t'intéresse pas ? »

Harry le regarda, sidéré.

« Malfoy, je crois qu'entre un troll, un basilic, des détraqueurs et Voldemort qui ramène sa face de serpent chaque année, j'ai déjà suffisamment de problèmes comme ça. Pas la peine d'y rajouter des épreuves mortelles. Un mage noir sur le dos, c'est déjà bien assez. »

« Le Seigneur des Ténèbres est mort, Snape. »

« Tellement bien mort qu'il est déjà revenu deux fois pour me casser les pieds. Et il prévoit de recommencer, c'est certain. »

« Tu l'as vu ? »

Harry fixa le blond.

« En rêve, je veux dire. »

« Tu sais ? »

« Père m'en a parlé. Tu es un faiseur de rêves. »

« Tu l'as dit à quelqu'un ? »

« Non. Et je ne le dirais jamais à personne si cela peut te rassurer. Père me l'a fait promettre. »

Harry fronça les sourcils.

« Pourquoi … pourquoi ton père a fait ça ? »

« Je crois que … je ne sais pas trop. Cela concerne ma famille. Une erreur a été commise envers un faiseur de rêves. Je suppose qu'il ne souhaite pas que la même erreur se reproduise. »

'Cela apporte déjà un début d'explication. Nous en parlerons avec ton père plus tard,' décida Lily. 'Profite du banquet.'

Soudain le tonnerre gronda et un immense éclair traversa le plafond magique. Plusieurs cris se firent entendre.

« Ah … Alastor ! » s'exclama Dumbledore en s'avançant.

Un homme venait d'apparaître aux portes de la Grande Salle. Il était vêtu d'un long imperméable totalement trempé. La tempête faisait rage dehors. Ses quelques cheveux paille tirant vers le gris couvraient à peine son crâne plus que dégarni. Son visage étaient couverts de cicatrices et il avait un énorme œil globuleux et artificiel qui tournait dans tous les sens. Il claudiquait vers l'estrade, s'appuyant lourdement sur le gros bâton qui lui servait de canne. Un bruit sourd sur la pierre se faisait entendre à chacun de ses pas. Une jambe de métal…

'Hmmm… Maman, tu connais ce monstre ?'

'Ce n'est pas un monstre, Harry,' fit Lily, sur un léger ton de reproche. 'C'est Alastor Maugrey. Un auror réputé au Ministère. Il est un peu bourru mais il est franc et direct. Et aussi un peu extrême dans ses méthodes. Je suppose qu'il sera ton professeur de DCFM cette année.'

'Et c'est une bonne ou une mauvaise chose ?'

'Une bonne chose, je pense. Mais prends garde avec lui, il peut voir tout ce que tu fais. Son œil magique voit à travers la pierre, le tissu et même la chair. Tu ne pourras pas agir sans qu'il te voie. Alors fais très attention si jamais tu fais une bêtise.'

'Okay…'

Soudain, l'œil bleu électrique fixa Harry et il eut un horrible frisson qui lui parcourut l'échine.

'Je n'aime pas cet homme.'

'Lui non plus. Il n'aime personne. Mais il pourrait beaucoup t'apprendre.'

'Maman, hors de question que je me retrouve tout seul dans une pièce avec lui ! Je ne le sens pas !'

'C'est absurde ! Je connais Alastor. Il n'est peut-être pas des plus sympathiques mais ce n'est pas un mauvais bougre !'

'PAS QUESTION !'

Lily soupira.

'Très bien, Harry. Si cela peut te rassurer. Mais tu sais que tu n'es jamais seul…'

'Je sais mais tu n'es pas objective.'

'Parce que toi, tu l'es ? Tu ne le connais même pas.'

'J'ai confiance en mon instinct et il me dit de me méfier de lui.'

En effet, une aura étrange et néfaste se dégageait de cet homme, Harry pouvait presque la sentir. Mais il n'arrivait pas à l'expliquer. Juste … Cet homme, Alastor Maugrey, était dangereux. Et il ne voulait pas savoir à quel point.

Il parlerait de son malaise face à son nouveau professeur à son père. Il lui avait promis de ne pas garder ses malaises pour lui.

xXxXxXx

Severus referma la porte de son bureau, songeur. Il avait croisé son fils dans un couloir. Il souhaitait déjà lui parler. Il en était heureux bien sûr. Une relation de confiance s'était construite entre eux depuis l'année précédente et elle n'avait fait que se renforcer. C'était d'ailleurs suite à cette confiance mutuelle et cette relation père-fils que l'homme avait pu voir qu'Harry était mal à l'aise. Et dès que Maugrey était apparu au détour d'un couloir, il avait pris la poudre d'escampette pour se rendre dans la salle commune.

Le Maître des Potions avait froncé les sourcils à ce comportement fuyard. Que voulait-il bien dire ? Pourquoi son fils agissait ainsi ? Et Maugrey… Oh, il n'aimait pas l'auror qui le voyait toujours comme un Mangemort et cherchait la moindre erreur de sa part pour l'envoyer en prison. Toutefois, il devait reconnaître son talent. Grâce à lui, bon nombre de serviteurs du Seigneur des Ténèbres ont été enfermés ou ont déjà reçus le baiser du détraqueur.

Alors quand l'homme est arrivé vers lui, il a échangé quelques mots, aussi polis que possible sans tomber dans l'excès de mièvrerie et d'hypocrisie qu'ils dédaignaient l'un et l'autre. Puis, il était parti lui aussi. Mais lui avait une raison pour ne pas rester en la compagnie de l'auror. Quelle était celle d'Harry ? Il l'ignorait. Il verrait dans les jours qui suivraient. Dans l'immédiat, il devait faire quelques potions en urgence pour Poppy.