Chapitre 61 : Beaubâtons, Dumstrangr et la Coupe de Feu
Severus surveilla Maugrey de loin. La présence de l'homme claudiquant le mettait mal à l'aise mais il comprenait le choix de Dumbledore. Les candidatures pour le poste de DCFM se faisaient de plus en plus rares. Il ne restait presque plus que la sienne sur la table mais le vieil homme la lui refusait catégoriquement chaque année. Et cette année, il n'avait même pas daigné la donner pour essuyer un énième refus. Le directeur saurait où le trouver quand il aurait besoin de lui. Si toutefois il viendrait lui demander après le procès qu'il avait fait à son encontre.
Mais le Maître des Potions s'en fichait. Le plus important était son fils. Et ce dernier rapportait des propos inquiétants ou au moins intrigants concernant les leçons auprès de l'ex-auror. Tant Severus savait de source sûre, et par expérience aussi, que l'homme était particulier et extrémiste, tant là, il n'approuvait pas ses méthodes, surtout envers des enfants. Ce n'était pas l'académie des aurors ici !
Il en avait bien touché un mot avec le directeur mais son passé houleux avec Maugrey avait été évoqué. Comme si lui était incapable d'être objectif ! Il avait au moins eu une oreille un peu plus attentive de la part de Minerva et Pomona. Même Filius ! Ses collègues avaient d'ailleurs commencés à poser des questions à leurs élèves pour en savoir plus sur les méthodes de l'auror afin de déterminer si ce n'était dédié qu'à une classe en particulier ou bien aux élèves dans leur ensemble.
La réponse fut rapide et évidente. C'était pour tout le monde. Cela rassura dans un sens Severus. Son fils n'était pas visé. C'était juste le vieil auror qui était cinglé et paranoïaque. Mais avec le soutien de Dumbledore, que pouvait-il faire à part soutenir au mieux les élèves ? Il avait commencé à se tourner vers les autres maisons malgré leurs peur et réticences à son égard. Mais grâce à Harry et son sourire engageant, le Maître des Potions, aussi effrayant était-il, commençait à révéler un cœur tendre sous ses lourdes capes noires. Certes sa réputation en prenait un coup mais si c'était pour la protection des élèves, et par extension de son fils, pourquoi pas ? Il restait de toute façon la stricte chauve-souris des cachots une fois passé la porte de sa classe. Avec les potions, il fallait garder son sérieux et être professionnel.
Alors qu'il lisait l'inventaire qu'avaient fait les derniers élèves en retenue en vue d'un réapprovisionnement, il nota la disparition de quelques ingrédients. Des sangsues et des chrysopes. Des ingrédients communs… Peut-être qu'un étudiant en avait pris un peu plus que nécessaire pour s'entrainer ou faire quelques expériences dans son coin… Heureusement, il s'agissait d'ingrédients communs, faciles à trouver et leur utilisation n'était pas du tout dangereuse. Il enverrait juste quelques étudiants expérimentés et fauteurs de troubles recueillir trois bocaux de sangsues autour du lac noir lors des prochaines retenues.
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Severus patientait à côté de ses Serpentards bien alignés dans la cour. Le jour était venu d'accueillir les délégations de Beaubâtons et de Dumstrangr. Une perte de temps que d'aligner tout ce monde par ce temps. Il faisait déjà froid pour une fin d'octobre et le vent était au rendez-vous. Quoi de mieux pour rendre les gens malades. Il allait être bon à brasser des chaudrons de pimentine pendant quelques soirées encore pour être sûr que Poppy en ait assez. Et avec les nouvelles têtes venues de France, il en aurait encore plus à faire. Au moins, il n'aurait pas à trop s'inquiéter pour les élèves de Dumstrangr. Ces Russes avaient l'habitude des grands froids et étaient déjà très chaudement vêtus, peut-être trop pour le froid d'Ecosse.
Son regard se durcit quand il vit Karkaroff apparaître de derrière ses élèves pour serrer la main de Dumbledore. Il allait devoir le confronter à un moment ou à un autre. Il savait l'homme opportuniste. Mais le serait-il au point de souhaiter le retour du Seigneur des Ténèbres après avoir envoyé un certain nombre de ses servants à Azkaban ? Difficile à dire. Il savait juste qu'il n'avait pas confiance en cet homme.
« Papa, est-ce que ça va ? » demanda soudain Harry dans les rangs.
« Très bien, Harry. »
« Tu es sûr ? Tu en fais une tête. »
« Je viens de voir une vieille connaissance qui ferait passer les Maraudeurs pour des anges. »
« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Severus Snape ? » sourit l'adolescent.
« Il est devenu un père responsable, » rétorqua l'adulte dans un murmure que de quelques Serpentards autour de son fils.
Il posa une main sur l'épaule de ce dernier et la serra doucement.
« Viens dans mon bureau après le dîner. Il faut que nous parlions. »
« D'accord. »
Pour un meilleur accueil, notamment des élèves de Beaubâtons qui gelaient sur place, tout le monde fut invité à rendre dans la Grande Salle pour le banquet de bienvenue. Deux chaises avaient été ajoutées à la table des professeurs et, sans surprise, Severus vit le directeur de Dumstrangr s'installer à côté de lui.
« Severus, » le salua-t-il avec un accent slave très prononcé.
« Igor. »
« Cela fait bien des années, l'ami. »
« Je ne suis pas ton ami, Igor. Notre passé, c'est le passé. Je me suis racheté une conduite. Ne viens pas foutre la merde dans ma vie. »
« Loin de moi cette intention. »
« J'espère pour toi car je ne tolèrerais pas que les élèves souffrent à cause de ta présence. »
« Je ne suis pas un monstre. »
« Non, tu es un mangemort. Comme moi. Et nous savons tous les deux ce que l'autre est capable. »
« Et nous avons tous les deux des élèves à protéger. »
« S'ils souffrent à cause de toi, cela m'est égal de finir à Azkaban mais sache que tu regretteras que ce ne soit pas le Seigneur des Ténèbres en personne qui s'occupe de toi. Me suis-je bien fait comprendre, Igor ? »
« Parfaitement, » répondit le Russe, surpris et un brin craintif.
Toutefois il se reprit bien vite et continua.
« Je ne te savais pas si protecteur. »
« Parce que tu ne connaissais que le Mangemort que j'étais, non l'homme qui se cachait derrière. »
Les deux hommes se turent alors pour écouter le discours de bienvenue oh combien ennuyant de Dumbledore. Puis, le repas fut servi. Le Maître des Potions jeta un œil à ses serpents en contact direct avec les élèves de Russie et fut satisfait de voir qu'il n'y avait aucune vague malgré la présence d'une star à leur table.
« Ainsi donc les rumeurs sont exactes ? »
« Auxquelles fais-tu référence ? » demanda Severus en coupant dans un steak saignant.
« Harry Potter serait ton fils ? »
« Exact. Et c'est Harry Snape. »
« Et comment est-ce possible ? »
« Sa mère a décidé de me cacher son existence pour le protéger quand je suis devenu Mangemort. »
« Oh… Intéressant. »
« Que comptes-tu faire de cette information ? »
« Rien. »
« Tu as intérêt, Igor. Je ne laisserai personne s'en prendre à mon fils. Jamais. »
Le reste du repas se déroula en silence. A la fin du dessert, Mr Croupton et Ludo Verpey étaient arrivés à table. Viendrait bientôt le moment que Severus redoutait, la présentation de la Coupe de Feu.
« Le moment est venu, » commença Dumbledore avec un sourire à la fin du repas. « Le Tournoi des Trois Sorciers va commencer. Mais je voudrais donner quelques explications avant qu'on apporte le reliquaire afin de clarifier la procédure que nous suivrons cette année. Pour commencer, permettez-moi de présenter à ceux qui ne les connaissent pas encore Mr Bartemius Croupton, directeur du Département de la coopération magique internationale et Ludo Verpey, directeur du Département des jeux et sports magiques. »
Severus applaudit poliment chacun des hommes et attendit la suite, les muscles tendus. Il sentait qu'il aurait des courbatures et des frayeurs tout le long de cette année.
« Mr Verpey et Mr Croupton ont travaillé sans relâche au cours de ces derniers mois pour préparer le Tournoi des Trois Sorciers, » poursuivit le directeur de Poudlard. « Ils feront partie avec Madame Maxime, le professeur Karkaroff et moi-même du jury chargé d'apprécier les efforts des champions. »
Dès que le mot 'champions' fut prononcé, l'attention des élèves sembla s'intensifier. Severus retint un grognement alors qu'il le remarquait et jeta un regard à son fils. Harry était attentif mais pas intéressé plus que cela par l'événement, contrairement à d'autres élèves, même de sa propre maison. Les plus intéressés étaient bien entendus les Gryffondors mais aussi les Serdaigles. Les Poufsouffles et les Serpentards se faisaient plus rares même si l'intérêt était présent.
Rusard apporta le reliquaire contenant l'artefact et Dumbledore continua son discours.
« Les instructions concernant les tâches que les champions devront accomplir cette année ont été soigneusement établies par Mr Croupton et Mr Verpey. Et ils ont pris toutes les dispositions nécessaires au bon déroulement de cette compétition. Trois tâches auront donc lieu à divers moments de l'année et mettront à l'épreuve les qualités des champions… Leurs capacités magiques, leur audace, leur pouvoir de déduction et, bien sûr, leur aptitude à réagir face au danger. »
Ces derniers mots provoquèrent un silence absolu. Tout le monde retenait sa respiration.
« Comme vous le savez, trois champions s'affronteront au cours de ce tournoi, un pour chacune des écoles participantes. Ils seront notés en fonction de leurs performances dans l'accomplissement de chacun des tâches et le champion qui aura obtenu le plus grand nombre de points sera déclaré vainqueur. Les trois champions seront choisis par un juge impartial… La Coupe de Feu. »
Le vieil homme agita sa baguette magique et tapota le reliquaire. De ce dernier sortit une coupe de bois grossièrement taillé. Dès l'instant où il le posa sur la table des professeurs, des flammes bleues en jaillirent, tel un petit feu de cheminée. Severus déglutit en l'observant. Il n'était pas du tout à l'aise alors qu'il jetait à nouveau un œil à la table de Serpentard. Le visage de son fils lui donna raison. Harry avait déjà vu cette coupe. La succession d'événements de ses rêves avait commencée. Voilà qui allait être problématique d'en arrêter le flux. Maudit événement !
Inconscient du trouble de son Maître des Potions, Dumbledore continua la présentation du Tournoi.
« Quiconque voudra soumettre sa candidature pour être choisi comme champion devra écrire lisiblement son nom et celui de son école su un morceau de parchemin et le laisser tomber dans cette Coupe de Feu. Les aspirants champions disposeront de vingt-quatre heures pour le faire. Demain soir, jour de Halloween, la Coupe donnera les noms des trois personnes qu'elle aura jugées les plus dignes de représenter leur école. Dès ce soir, la Coupe sera placée dans le hall d'entrée et sera libre d'accès à celles et ceux qui souhaiteront se présenter. Pour garantir qu'aucun élève qui n'aurait pas atteint l'âge requis succombe à la tentation, je me chargerai moi-même de tracer une Limite d'Age autour de la Coupe de Feu lorsqu'elle aura été placée dans le hall d'entrée. Il sera impossible à toute personne d'un âge inférieur à dix-sept ans de franchir cette limite. »
Severus remercia intérieurement le directeur et les organisateurs de l'événement d'avoir pensé à cette limite et, le hasard faisant bien les choses, Harry se trouvait en-dessous. Il n'aurait normalement rien à craindre. Normalement. Mais cela était sans compter sur l'aimant à problèmes qu'il portait constamment sur lui… Il allait quand même en toucher deux mots avec son fils juste après le dîner, histoire de lui faire une petite piqûre de rappel. Juste pour être sûr. Il ne devait en aucun cas s'approcher de cette foutue coupe !
« Enfin, pour terminer, je coudrais avertir les candidats qu'on ne saurait participer à ce tournoi à la légère. Une fois qu'un champion a été sélectionné par la Coupe, il, ou elle, a l'obligation de se soumettre aux épreuves du tournoi jusqu'à son terme. Déposer votre nom dans la Coupe constitue un engagement, une sorte de contrat magique. Une fois que quelqu'un a été nommé champion, il n'est plus question de changer d'avis. En conséquence, réfléchissez bien avant de proposer votre nom, il faut que vous ayez de tout votre cœur le désir de participer. Voilà. A présent, je crois que le moment est venu d'aller dormir. Bonne nuit à tous. »
