Chapitre 63 : L'Appât de l'Année
Severus se tenait à une fenêtre dans le bureau de Dumbledore. Il observait le reflet la lune sur la surface sombre du lac. La nuit était tombée depuis longtemps sur une bien triste nouvelle contre laquelle il ne pouvait rien faire. Harry devrait participer au tournoi. Il se tenait debout et pouvait paraître calme mais quiconque le connaissait bien verrait la tension dans ses mains. Il entendait encore Dumbledore crier le nom de son fils. Cela ne cessait de faire écho dans ses oreilles. La flamme d'un rouge surnaturel qui recrachait ce maudit morceau de parchemin ne cessait de voler devant ses yeux, le narguant en lui agitant le nom d'Harry sous le nez.
Il écoutait la conversation entre ses collègues : Albus, Minerva et Maugrey étaient là. Le cas particulier d'Harry était justement le sujet principal.
« Cela ne peut pas continuer, Albus. D'abord la Marque des Ténèbres. Maintenant ceci ! »
Severus se tourna vers sa collègue. Minerva était remontée et plus qu'inquiète. Elle se tenait devant Dumbledore, lui-même penché sur sa pensine.
« Que suggérez-vous Minerva ? » demanda le vieil homme.
Minerva échangea un regard avec le Maître des Potions. Ce dernier ne fit rien que s'appuyer contre le rebord de la fenêtre et croisa les bras. Pas un mot ne franchit ses lèvres et il garda un visage de marbre.
« Mettez-y un terme. Ne laissez pas Snape concourir ! »
« Vous avez entendu Barty, les règles sont claires. »
« Au diable Barty et son règlement ! »
La sorcière agita une main et demanda ensuite avec ironie.
« Et depuis quand vous pliez-vous aux désirs du ministère ? »
Severus soupira.
« Il faudrait peut-être laisser les choses se dérouler. »
« Quoi ? Ne rien faire ? Severus, c'est votre fils ! Vous voulez vous servir de lui comme appât ?! »
L'homme lui lança un regard noir et la rejoignit d'un pas silencieux. Il brûlait de colère mais il ne pouvait rien faire de plus et crier à l'injustice n'était pas son genre.
« Bien sûr que non, Minerva. Mais depuis quand s'inquiète-t-on de ce que je souhaite ou même de ce que mon fils peut souhaiter ? Cela n'a jamais été pris en compte jusqu'à ce que je frappe du poing sur la table. Dans l'immédiat, même ça ne changerait rien à la situation. »
« Il ne faut pas laisser votre fils concourir ! »
« Malheureusement, il le doit. »
« Severus… »
« Il va perdre sa magie et peut-être même la vie s'il ne le fait pas, Minerva ! » s'écria alors le Maître en Potions. Alors non, je ne suis pas ravi de la situation ! Oui, j'ai peur qu'Harry y laisse la vie dans ce maudit tournoi mais nous n'avons pas le choix ! Il faut laisser les choses se dérouler et réagir en conséquence du mieux que nous pouvons ! Avec un peu de chance, nous découvrirons l'identité du coupable… »
« Je suis d'accord… avec Severus, » intervint Dumbledore.
« Je me fiche pas mal de votre accord en cet instant, Albus. »
« Que voulez-vous alors ? »
« La permission d'aller à l'encontre du règlement du tournoi pour aider mon fils. »
Il y eut un long silence au sein du bureau. Severus échangea quelques secondes un regard avec Minerva avant de reporter son attention sur le directeur.
« Non. Pas vous, » décida ce dernier. « Alastor, pouvez-vous vous en occuper ? »
« Je peux faire ça. »
« Harry n'a pas confiance en Maugrey, » contra le Serpentard.
« Pourquoi donc ? » s'étonna Dumbledore.
« La démonstration et l'utilisation d'impardonnables en classe pour commencer. »
« Contesteriez-vous mes méthodes, Snape ? »
« Je suis autant partisan des travaux pratiques que vous, Maugrey. Mais je suis contre les impardonnables. Ce ne sont que des enfants. Mais peut-être voudriez-vous que l'on teste l'imperium sur vous pour remettre les pendules à l'heure ? Je serais plus que ravi de me porter volontaire pour le faire. »
« Juste parce que j'ai utilisé ce sort sur votre fils. »
« C'est une des raisons mais en dehors du cadre parental, je reste professeur ici et je me dois de protéger les élèves de l'école. Minerva pourra témoigner que je ne m'intéresse pas beaucoup aux élèves qui ne sont pas de ma maison… »
« C'est vrai, » confirma-t-elle.
« … et pourtant, même moi je peux dire que vous avez été trop loin. Vous avez traumatisé le jeune Londubat ! Auriez-vous oublié ce qui est arrivé à ses parents, Maugrey ?! Le doloris devant lui, même sur une pauvre araignée, cela reste horrible ! Je suis peut-être un connard pour mes élèves mais vous, vous allez passer pour un monstre cinglé d'ici peu de temps ! »
« Si cela peut aider ces mioches à se rendre compte que le monde dehors est dangereux et cruel, cela ne me pose aucun problème. »
Severus se détourna de l'ex-auror pour fixer son employeur.
« Pourquoi refusez-vous ma demande ? »
« Vous risquez d'être surprotecteur, Severus. »
« Il s'agit de mon fils, Albus ! »
Voyant qu'il ne pourrait pas faire changer le vieil homme d'avis et qu'il ne voulait pas être dénoncé auprès des autorités du tournoi, Severus chercha une solution. Son regard tomba sur sa collègue Minerva et il retint un soupir. Lily allait approuver mais peut-être pas Harry…
« Soit. Si vous refusez que je me charge d'aider mon propre fils, laissez-moi au moins choisir la personne qui pourrait l'aider. »
« Très bien. »
« Je choisis Minerva. »
« Quoi ? » fit cette dernière, surprise.
« Je vous choisis vous, Minerva, » répéta Severus. « Cela vous convient-il, Albus ? »
Le vieil homme réfléchit un instant et hocha la tête. La sorcière accepta la responsabilité sans hésiter une fois remise de sa surprise. Le Maître des Potions ne doutait pas qu'elle ferait de son mieux pour protéger Harry.
Il y aurait juste un petit détail à régler dans les jours à venir…
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Severus attendait, appuyé contre un mur. Il était frustré. Où s'était-il trompé ? Minerva l'observa, perdue. Et son fils qui était en retard…
« Papa ? »
« Ah ! Te voilà enfin ! » s'exclama le père.
« Tu avais dit devant la Salle-sur-Demande… »
« Eh bien. »
Le Maître en Potions désigna un mur nu à côté d'une tapisserie montrant une bataille de chevaliers. Harry soupira et secoua la tête.
« La tapisserie de Barnabas le Follet, Papa. Des trolls en tutu. »
Le regard de l'adolescent se posa sur Minerva et un sourire poli apparut sur son visage.
« Bonjour, professeur. »
« Mr Snape. »
« Hmmm… Tu veux que je revienne plus tard pour que tu règles ce que t... »
« Il faut que nous parlions de choses tous les trois, Harry. »
« Oh ! Et tu veux la Salle-sur-Demande parce que … ? »
« Tu as dit toi-même ne pas avoir confiance et c'est bien la seule salle ici où il ne pourra rien voir. »
« Oh… D'ac-cord. Hmmm… suivez-moi, c'est par là. »
Les deux adultes suivirent le jeune Serpentard sur deux couloirs avant de s'arrêter devant un mur de pierres taillées identique au précédent. La seule différence était la tapisserie.
« Tu veux quelque chose en particulier ? » demanda Harry.
« Un endroit confortable où discuter suffira. »
Severus regarda son fils passer trois fois devant le mur avant qu'une porte de bois en chêne sombre n'apparaisse sur ce dernier. Ils pénétrèrent alors dans un salon cosy dans des tons vert et taupe très naturels. Un feu ronronnait dans la cheminée et quelques fauteuils, canapés et poufs étaient disposés non loin de l'âtre chaleureux.
Severus fit signe à tout le monde de s'asseoir. Minerva agita sa baguette et un service à thé fumant apparut sur la table de salon.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda alors Harry en s'asseyant dans un fauteuil.
« Il faut que l'on mette Minerva dans la confidence. »
« Confidence de quoi ? »
« Je pense que tu l'as compris. »
« Je ne … »
Harry avait les sourcils froncés. Mais alors qu'il restait silencieux, attentif aux paroles de Lily sans doute, progressivement, la surprise et l'incertitude apparurent sur son visage.
« Tu es sûr ? » demanda-t-il au bout d'un moment.
« Dumbledore, dans sa grande bonté, a décidé que je ne pouvais pas t'aider durant ce tournoi. Mais même avec elle, tu restes désavantagé comparé aux autres champions. Tu es plus jeune, moins expérimenté, et tu n'as pas une personne qui peut te dire ce qu'il en est réellement de l'extérieur. Mais vu ton cas particulier, il faut mettre Minerva au courant. »
« Sans vouloir vous offenser, professeur McGonagall, mais pourquoi vous ? »
« Votre père m'a désigné après un refus catégorique sur la désignation du professeur Maugrey. »
La sorcière se tourna vers son collègue.
« Pourquoi tant de mystères, Severus ? »
« Harry, montre-lui. »
« Tu es sûr ? »
« Oui ! »
« Me montrer quoi, Severus ? »
« Juste… ne le racontez à personne, Minerva. Albus a déjà cherché à la faire taire parce qu'il a peur d'elle. De notre côté, nous préférons la garder comme atout. »
« Mais de quoi parlez-vous ? »
Pendant ce temps, Harry avait sorti sa baguette et avait déjà murmuré l'incantation. Une biche argentée se tenait juste à côté de lui et les fixait en silence.
« Votre patronus, Mr Snape ? » fit Minerva sans comprendre.
« Lys ? »
« J'essaie encore de déterminer ta démarche, Sev. Bonjour, Minerva. »
« Lily ?! »
« Alors, Severus ? Une explication. »
« Il est évident que tu vas aider Harry. »
« Bien sûr que je vais l'aider ! Il est en danger ! » s'énerva la biche en frappant de son sabot sur le sol.
« Mais on ne dit pas toujours toutes les informations à un enfant. »
Severus se tourna vers sa collègue. La sorcière terminait sa tasse de thé avant de la poser sur la table. Elle était sous le choc.
« Vous vouliez que je sache que Lily était là pour que je l'informe de tout sans restriction. »
« Exactement, Minerva, » confirma le Maître en Potions. « Même si Harry n'est pas prêt à tout entendre, Lily l'est et peut le gérer et le conseiller au mieux. Et je ne doute pas que Lily a confiance en vous. Tout comme moi. »
« Ma confiance s'est un peu étiolée depuis quelques années mais oui, » confirma la biche.
« Lily… »
« Vous avez fait des erreurs tous les deux. J'ai dû assumer votre rôle depuis la tête de mon fils. Cela n'a pas été facile. Merlin, merci qu'Hermione est intelligente et très à l'écoute sinon Harry aurait été seul face à tous les élèves de cette école et face à Voldemort ! »
« Lily… »
« Ne me demande pas de me calmer, je suis parfaitement calme ! »
« T'es sûr, M'man ? Parce que là, on dirait pas. »
« Toi, en tête à tête dans ta tête pour que je te fasse une tête ! »
« Ca marche, » soupira le Serpentard en se laissant tomber dans le fauteuil. « Ca m'apprendra à te contrarier. Quand t'es comme ça, t'est insupportable. »
« Et toi, insupportable pour ce qui concerne Maugrey. »
« C'est un sale type, j'ai pas à me justifier ! Je vais déjà à son cours et je le respecte autant que n'importe quel professeur ! Même plus que Lockhart ! »
« Par certains aspects, je suis d'accord avec lui, Lys, » informa Severus avant de soupirer. « Bref. Au moins, nous sommes tous sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne le tournoi. Harry, si tu as besoin de quoi que ce soit, ingrédient, potions, ou n'importe quoi de matériel à avoir ou à préparer pour les tâches, tu peux venir me le demander. Pour le reste, je ne peux pas t'aider. Dumbledore risquerait de me dénoncer. »
« Il ne peut pas toujours nous surveiller. »
« Mais Maugrey pourrait ? » demanda Lily, dubitative.
« C'est un secret pour personne qu'il hait les mangemorts. Et avec la marque au bras, je suis une cible de choix. Il me jettera en pâture à la première erreur de ma part. Et il ne serait pas de trop d'avoir une personne de plus dans le staff qui soit dans la confidence. Surtout si je viens à être mis hors course. »
« Il y a Mme Pomfresh, » dit Harry.
« Poppy est certainement très capable mais elle reste que l'infirmière, Harry. On ne lui dit pas tout. »
« D'ailleurs, qu'en est-il des vols dans votre réserve, Severus ? »
« On t'a encore volé des ingrédients ? » demanda la biche. « Quoi cette fois ? »
« De la corne de bicorne. »
« Avec le sisymbre et les chrysopes de la semaine dernière, cela commence à faire beaucoup non ? »
« C'est juste ennuyeux pour le sisymbre. Il avait été cueilli à la pleine lune. Peut-être un élève qui fait des expériences. »
La biche marcha quelques instants, pensive.
« On t'a volé autre chose ? »
« Pas que je sache. Les ingrédients vont et viennent pour les cours. Si quelque chose a disparu, ce n'est rien de dangereux. Pourquoi ? »
« Harry a fait un autre rêve. Cela se précise un peu. »
« Quel rêve ? » demanda Minerva.
« Harry est oniromancien. Et il fait des rêves de catastrophes à venir, » répondit plus clairement Severus. « Qu'as-tu vu, Harry ? »
« Je ne suis pas sûr. Un type avec un visage étrange. »
« Etrange comment ? »
« il changeait de teint et de couleur et c'était comme si… comme s'il n'avait aucun trait distinctif pendant un moment. Et ses cheveux changeaient aussi de couleur. Je ne sais pas comment expliquer ça. »
« Moi, je pense savoir, » répondit Lily. « Dis-moi si je me trompe Severus, mais de tous les ingrédients disparus, ils entrent tous dans la composition du polynectar, non ? »
« Tu penses que quelqu'un prépare du polynectar ? Ici à Poudlard ? Cette potion est interdite aux élèves. »
« Comme si cela allait arrêter un élève … Mais les professeurs et les surveillants peuvent la préparer. »
« Pas sans un niveau de septième année. Et encore. Il faudrait un surdoué. A part Dumbledore et moi, personne n'a les compétences nécessaires dans l'équipe pour préparer du polynectar. »
« Tu y avais déjà songé ? »
« Oui. Personne n'a les compétences. »
« Sauf peut-être celle qui se cache sous du polynectar. »
« H24 ? Peu probable. »
Severus soupira et passa une main sur son visage.
« Encore une année de merde en perspective, » maugréa-t-il.
« Severus, voyons, votre langage ! » le réprimanda Minerva. « Quoi qu'il en soit, si jamais vous avez des questions ou besoin de quoi que ce soit, Mr Snape, vous pouvez venir me voir. Je vous aiderai au mieux pour rester en vie lors de ce tournoi. »
« Merci, professeur. »
« Et Lily, gardez-le en vie, s'il vous plait. Je ne veux pas avoir à ramasser cet homme à la petite cuillère une fois encore s'il vous arrivait malheur. »
« Ah ? » fit la biche.
« Eh ! » s'exclama très peu dignement Severus. « Minerva ! C'est un coup bas ! »
« En compagnie de Serpentard, tu devrais en avoir l'habitude, Papa, » rétorqua Harry amusé avant de lui tirer la langue.
