Ce n'était pas de gaieté de cœur que Liam conduisait en direction du lycée, avec Stiles sur le siège passager. Mais les jours passaient et… Son ami avait besoin de faire quelque chose de sa vie. Physiquement, il allait mieux dans la mesure où il avait retrouvé sa forme. Le docteur Dunbar l'avait ausculté et lui avait confirmé qu'il pouvait retourner en cours s'il le voulait. Mais il lui avait dit, devant Liam, de ne pas hésiter à l'appeler s'il ressentait le besoin de rentrer et que son fils ne pouvait pas le ramener. Parce qu'il avait conscience que la majorité de ses blessures étaient psychiques et il ne pouvait pas ne pas les prendre au sérieux, d'autant plus qu'il était médecin. Pour lui, le psychisme n'était pas un détail, quelque chose à prendre à la légère. Néanmoins, c'était lui qui lui avait proposé de tenter de retourner en cours: il était d'avis que de retrouver un semblant de vie normale pourrait lui faire du bien. Liam, de son côté, n'avait pu qu'approuver.
Et quand Stiles et lui en avaient discuté un peu plus tard dans la soirée, ils s'étaient mis d'accord sur le fait que cela pourrait vraiment lui faire du bien. L'hyperactif ne faisait que ressasser, ruminer… Et ça, ce n'était pas bon. L'on craignait pour sa santé mentale… Et l'on avait raison. Parce que Liam gardait à l'esprit que le Stiles qu'il connaissait n'avait pas pour habitude de se confier sur une éventuelle «faiblesse». Qu'il se sente mal, fatigué, triste… Il ne parlait jamais de ces choses-là à quiconque, sauf pour faire sa dramaqueen, ce qui se traduisait par des attitudes de diva soigneusement travaillées pour se donner un style. De quoi, donc, éloigner l'attention d'autrui d'un éventuel mal-être. Or dans le cas présent, non seulement Stiles n'y arrivait pas, mais en plus… Il le lui avait avoué. Avoué. De son propre chef, sans y être forcé.
Encore aujourd'hui, à savoir deux jours après cette discussion, Liam peinait à le croire. Enfin, il fallait qu'il voie le bon côté des choses: Stiles lui parlait. Il se confiait, même s'il essayait de lui en dire le moins possible. Même traumatisé, même au plus mal, il restait le même, d'une certaine façon.
- Tu le sens comment? Lui demanda le loup-garou au bout d'un moment.
Les cinq premières minutes du trajet avaient été on ne peut plus silencieuses, ce qui n'était pas des plus agréables. Ainsi, Liam espérait combler un peu le vide en suscitant cette interaction. Bien sûr, il ne forcerait pas Stiles à parler s'il ne le voulait vraiment pas. Mais il voyait là aussi un moyen de le pousser à s'ouvrir, à lui faire davantage confiance même s'il n'était sans doute pas celui que l'hyperactif aimerait avoir auprès de lui à l'heure actuelle.
Mais Scott n'était pas là, alors il prenait momentanément sa place et ce, même si cela lui faisait tout drôle. Il n'avait cependant pas l'impression de la lui voler. Il se préoccupait vraiment de Stiles et cherchait sincèrement à l'aider tandis que l'alpha, lui, ne s'était pas encore manifesté. Avait-il seulement remarqué l'absence de son meilleur ami en cours, ces derniers jours? Liam se doutait bien que oui, et pas juste parce qu'ils étaient supposément amis et qu'ils traînaient ensemble depuis toujours.
- Je ne sais pas, finit par répondre Stiles après un moment d'intense réflexion. Bien, je suppose.
Il entendait par là le fait que rien de mal lui était arrivé. Il ne stressait pas à outrance, était plutôt d'accord avec l'idée d'aller en cours, il allait retrouver ses amis… Tout était réuni pour qu'il passe une bonne journée – a minima différente des précédentes. Et puis après, il s'habituerait. Bien sûr, ce retour en cours s'accompagnait d'une surveillance accrue de l'hyperactif – une condition à son retour au lycée. Dans les couloirs, Liam devrait rester avec lui et, par extension, l'accompagner jusqu'à ses salles. En classe, il y aurait du monde donc tout irait bien pour Stiles.
- Je suis là si tu as besoin de moi, tu le sais, lui rappela le louveteau.
Il ne parlait pas là de son rôle de garde du corps, mais du soutien émotionnel qu'il tentait d'être depuis le début de cette histoire. Le problème c'est qu'en dehors de son odeur assez parlante, Stiles se montrait assez inexpressif. Cette simple idée contrastait complètement avec l'hyperactif qu'il connaissait parce que son visage exprimait d'ordinaire toujours quelque chose, même si la chose en question pouvait s'avérer fausse.
- Oui, je le sais, répondit Stiles en soupirant.
Pas d'agacement certes, mais Liam ne réussit pas à identifier clairement l'émotion qui l'habitait le plus. Stiles le regarda un instant, avant de reprendre la parole:
- Désolé, je ne suis pas de très bonne compagnie, je suis… J'ai du mal avec tout ça.
La vérité, c'est que l'hyperactif savait parfaitement qu'il ne parlait et n'agissait pas comme il avait l'habitude de le faire… Parce qu'il se sentait non pas «dans ses pompes», mais à côté. Il avait conscience du décalage entre celui qu'il était et celui qu'il devenait. Un être perdu qui peinait à s'habituer au fait que sa vie avait radicalement changé. Quelque chose en lui s'était irrémédiablement brisé et il fallait qu'il l'accepte. Parfois, il se disait que c'était déjà le cas… Puis il se rendait compte qu'il s'était complètement fourvoyé et qu'en réalité, il n'en était rien.
- Stiles, je sais ce que tu traverses et jamais je ne te jugerai là-dessus, affirma Liam en le regardant brièvement.
Parce que l'air de rien, il devait surveiller la route. D'ailleurs, ils étaient presque arrivés.
- Je me fiche que tu sois de bonne compagnie ou non. Ce qui compte pour moi, c'est que tu saches que même si ça ne va pas, même si tu te rends compte que tu as besoin d'autre chose, tu peux me le dire.
Liam n'avait pas pour habitude d'articuler des mots tels que ceux-ci mais ils lui paraissaient parfaitement à propos. Pas forcément naturels, certes, dans la mesure où il n'avait jamais eu à affronter pareille situation.
Stiles ne lui répondit pas mais lorsqu'il croisa à nouveau son regard, il était légèrement moins sombre, plus détendu.
Et reconnaissant.
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Bien sûr que l'on fut surpris et heureux de retrouver Stiles, lequel n'avait pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours. Mais la réciproque ne fut pas vraie ou du moins, pas complètement. Parce que Stiles, bien qu'il ait effectivement besoin de changer d'air, voulait le faire seul. De fait, quand il traversait les couloirs avec Liam à ses côtés, il parlait peu – ce qui ne surprenait pas le louveteau, lequel commençait doucement à comprendre comment il fonctionnait. Il agit également en tant que médiateur entre Stiles et les autres. C'est-à-dire qu'il ne leur expliqua que vaguement la situation et leur demanda de ne pas insister pour en savoir plus pour le moment. Il n'eut pas besoin d'insister davantage puisque la majorité des membres de la meute à qui il parla étaient suffisamment mature pour comprendre que Stiles avait besoin de temps. Enfin, Liam s'attendait toutefois à ce que Scott force un peu, ce qu'il ne fit pas. Au contraire, il eut l'air légèrement indifférent par rapport à la situation de son meilleur ami… Ce qui semblait signifier qu'il ne comptait ne pas lui parler à outrance dès le départ. Soit. Liam ne put s'empêcher de noter l'absence de Lydia, mais il ne fit aucun commentaire.
La journée de cours se déroula aussi normalement que possible et le peu de fois où Stiles lui en parla, il avait l'air positif. Le seul hic, c'est qu'il avait tout le temps soif et qu'il ne pouvait pas boire à sa guise à cause du fait que tous les professeurs ne toléraient pas d'avoir des bouteilles d'eau en classe. Et c'était embêtant parce que l'hyperactif lui raconta cette sensation de sècheresse qui le prenait de l'intérieur lorsqu'il ne pouvait s'hydrater comme il le voulait. Un détail, en somme, qu'il mit sur le compte de son petit-déjeuner trop salé.
Mais mis à part ça, ça allait. Stiles arrivait à suivre sans trop penser au reste… Et Liam considéra ce fait comme une petite victoire. Il réussit même à lui décrocher un petit sourire à la fin de la journée.
Il fallait croire que l'expérience du lycée avait été concluante.
