Hello !

Alors, j'avais pas du tout prévu de publier aujourd'hui, mais... Je n'avais rien sous la main et il fallait bien que je publie pour rendre hommage à Lily et James... Et ce chapitre tombe bien, au final... C'est un petit chapitre de 9688 mots ^^ Donc prenez votre temps.

Bref, LilY et James. Je vous aime.

CW : Mort d'un ou de plusieurs personnage(s) (courage on en a bientôt fini de ce CW).


CHAPITRE 13 – Déjà-Vu

So it finally came to pass

I saw the end of the world

I saw the madness unfold like

Some primal barrier

And I looked back uponArmageddon

And the moment of truth

Between you and me

If we had five more minutes of air to breathe

And we cried all through it

But you spent them with me

On our last few drags of air we agree

I was and you were happy

Billie Eilish – The end of the world

17 ans plus tôt, Godric's Hollow

A Godric's Hollow, l'atmosphère était tendue. La guerre leur volait leur vie et leur famille. Le temps passé avec leurs amis leur manquait. Ils vivaient au passé. Dans les souvenirs. Ceux qu'ils ne pourraient plus créés. Se réunir devenait trop dangereux. De toute façon, comment auraient-ils pu? Deux d'entre eux avaient disparu. A cause du traître.

Dans le salon, Sirius et James débattaient depuis plusieurs heures. Il était temps de placer Godric's Hollow en sécurité. La maison ne devait plus être à découvert, pour le propre bien de Lily et James, mais surtout pour celui de leurs enfants.

Ils avaient déjà un plan, établi par Dumbledore et eux-mêmes: Sirius devait devenir le Gardien du Secret. Il n'y avait eu aucune discussion, ce qui était trop simple. A présent, Sirius et James trouvaient plus judicieux de revenir sur cette décision.

— Ça ne peut pas être moi, Cornedrue. C'est trop évident.

James était d'accord avec ça. Mais qui d'autres? Toute sa confiance régnait en Sirius, son frère de cœur. L'un comme l'autre aurait tout donné pour l'autre. Ils sacrifieraient leur vie pour l'autre. Pour James, il était inconcevable de choisir une autre personne, car, jamais, il ne douterait de la loyauté de Sirius.

— J'veux voir Parrain.

La petite voix douce d'Elizabeth les interrompit. La petite fille arrivait vers eux, sa peluche d'Occamy – auquel il ne restait qu'un œil – dans les bras. Le sommeil était difficile pour elle depuis plusieurs mois. A trois ans, elle était bien trop intelligente pour ne pas remarquer que tout allait mal.

Au canapé, Lily l'attrapa pour la border d'une couverture. Avec eux, peut-être arriverait-elle à dormir. Elle embrassa sa fille sur le front et lui chuchota:

— Il faut que tu dormes, p'tit cœur.

Elizabeth fronça les sourcils et ferma les paupières à sa demande. Lily lui sourit avant de s'asseoir aux côtés de Sirius et James. Triste, elle s'assit sans quitter sa fille des yeux. Lily était épuisée, elle ne supportait plus de tout refuser à son enfant.

— Nous devrions revoir Remus, lança-t-elle en plissant les yeux vers Elizabeth quand celle-ci ouvrait un œil. Il a autant besoin de nous que nous de lui. Beth a besoin de voir son parrain.

Les yeux marron de James appelèrent au secours Sirius. Il était toujours confus face à cette situation dont il ne parvenait pas à se positionner. Il aimait croire Remus, il aimait croire que leur premier choix de parrain ne pouvait pas être le responsable de tant de maux.

Il ne parvenait toujours pas à accepter que Remus puisse les trahir. Pourquoi Remus se serait-il retourné contre eux, alors qu'il n'avait cessé de leur prouver à quel point ils étaient tous une seule et même famille.

Mais si ce n'était Remus, qui d'autre?

— On ne peut pas Lil', trancha Sirius d'une voix assurée, pourtant James parvenait à lire dans ses yeux qu'il n'était pas si confiant. Tu as bien vu comment il agissait ces derniers temps. Il est forcément l'espion. On ne peut pas se permettre de le fréquenter.

— Il n'aurait jamais fait ça…, murmura Lily, ne souhaitant pas qu'Elizabeth entende cette conversation, elle avait bien assez les oreilles partout.

— Ouvre les yeux, la pria Sirius en posant sa main sur la sienne. Depuis qu'il est en reconnaissance chez les loups-garous, il est froid et distant. Il prend à peine part aux décisions.

— Il est aussi perdu que nous tous! s'exclama-t-elle avant de baisser le ton. Lui aussi a perdu Marls et Dorcas. Il est effrayé que Greyback ne l'enlève. Mettez-vous à sa place, ça ne doit pas être simple de fréquenter des loups-garous qui n'ont aucune vie autre que le loup!

— Parce qu'il sait qu'il fléchira! conclut Sirius. Dumbledore nous demande d'écouter ce qu'on ressent. On doit faire confiance à Dumbledore.

Lily échappa un rire nerveux. Elle ne comprenait pas cette obsession que Sirius et James avaient pour Dumbledore. Ils le considéraient comme Merlin. Seules Mary et elle n'étaient plus capables de croire en lui. Elles ne percevaient plus que le mal qu'il apportait. Elle regarda James, il hésitait lui aussi. Ils en discutaient assez souvent, mais James ne voyait que le respect que son père portait à Dumbledore.

Il la rassura de ce sourire, celui qui avait fini par la charmer. Tout comme elle, il s'inquiétait pour Elizabeth. Ses yeux oscillaient entre leur fille – qui ne dormait définitivement pas – et cette conversation. Mais c'en était trop pour Lily, elle était à bout.

— Faire confiance à Dumbledore? Vous êtes riddikulus. Il a soi-disant la situation en main, mais jamais nous ne le voyons. Nous sommes les seuls sur le terrain. Les seuls à perdre notre vie, à perdre nos amis. Je n'ai plus confiance en Dumbledore.

— C'est la guerre, Lily, remarqua Sirius.

L'excuse la plus facile de tous les temps. Elle en avait marre de l'entendre.

— La guerre? Où était Dumbledore quand tu as atterri chez Mia et Monty et que tu lui as demandé d'aider ton frère? Où était-il? Il a attendu qu'il ne soit trop tard. Et maintenant, Regulus est mort!

Ses mots étaient assez bruts pour les impacter. Les yeux de Sirius s'étaient assombris, elle avait touché le point sensible.

— Où était Dumbledore quand les Prewett ont perdu la vie? poursuivit-elle. Il n'a même pas eu la décence de rendre visite à Molly. Où était Dumbledore quand Marlene et Dorcas se sont fait attaquer, coup sur coup, alors que le danger régnait? Il n'a rien fait! RIEN! Nos enfants n'ont plus leurs marraines. Notre fille ne voit plus son parrain. Quelle est la suite? Dumbledore n'a rien fait pour nous protéger. Nous sommes ses petits soldats, des pions qu'il avance un par un! Il se moque de nous. Il veut juste la gloire quand nous aurons gagné, si victoire il y a! J'ai plus confiance en Remus, pour une seule et bonne raison: Elizabeth et Harry. Jamais, il ne leur ferait du mal. Mais faites comme bon vous semble, je veux juste que mes enfants soient en sécurité.

Furieuse, elle se leva. Elizabeth était debout et se dirigeait vers eux alors qu'Harry pleurait à l'étage. Leurs états d'âme étaient épongés par les enfants et Lily s'en voulait pour cela. Elle dirigea Elizabeth vers James et Sirius, tandis qu'elle quittait le salon pour consoler son fils.

— Lil'! l'appela James. On peut en parler ensemble.

Lily ne se retourna pas. James se laissa tomber contre le dossier de sa chaise. Il cacha son visage entre les mains. Ils étaient tous tendus. Il craignait qu'ils ne se divisent alors qu'ils avaient besoin d'être un tout. Une petite personne lui tira le bas de sa chemise et il sourit à sa fille.

— Qu'est-ce que tu as, p'tit cœur?

— Pourquoi on peut pas voir Parrain et Marraine?

La voix de sa fille et l'humidité dans ses yeux marron – tant similaires aux siens – lui brisèrent le cœur. Lui aussi en avait assez de ce monde dans lequel vivaient ses enfants. Il en avait assez de les voir perdre les personnes qui étaient leur famille, alors même qu'ils n'étaient que des enfants. Il avait toujours mal de devoir répondre si tristement à sa fille.

— Beth… Tu sais bien qu'on ne pourra plus voir Marraine. Et Parrain… Parrain est occupé, d'accord? On le verra quand il sera moins occupé.

Elle le fixa les yeux plissés – d'un air qui ne lui avait jamais plu. Il ne doutait pas qu'elle savait qu'il lui mentait. Ce côté omniscient chez leur fille était déstabilisant.

— Viens voir Oncle Patmol! l'attira Sirius avant de la prendre sur ses genoux.

Sirius caressa les boucles blondes qui tombaient en cascade sur les épaules d'Elizabeth. Lily avait raison, ils devaient trouver une solution. Leurs enfants ne devaient pas être exposés.

— Qu'est-ce qu'on fait alors? demanda James.

— Queudver. Tu-Sais-Qui ne pensera jamais à cette personne aussi effacée qu'est Peter Pettigrow.


31 octobre 1981

Comme depuis plusieurs semaines, la soirée des Potter était calme. Trop calme. Ils n'avaient plus aucun contact avec le monde extérieur pour le bien de leurs enfants. Ils n'étaient plus que tous les quatre. Ça ne leur déplaisait pas, mais leur famille n'était pas au complet. Leurs amis leur manquaient et les questions d'Elizabeth ne les aidaient pas.

En ce soir d'Halloween, ils auraient pu déguiser Harry en citrouille et Elizabeth aurait trouvé un déguisement auquel ils n'auraient pas pensé. Ils auraient pu sortir et toquer aux portes pour qu'ils aient des bonbons. Leur voisine, Bathilda Tourdesac, les aurait une nouvelle fois gâtées. Ils avaient bien imaginé Sirius et Mary trouver un costume de couple. Il y aurait eu Peter et Remus… Leur imagination s'arrêtait toujours ici, quand il pensait à Remus, ainsi qu'à Marlene et Dorcas.

Leur Halloween n'était pas l'idéal. Peut-être auraient-ils plus de chance l'année prochaine.

Là et maintenant, James amusait Harry avec des grimaces. Il ne se lassait pas d'entendre le rire de ce petit être. Ses yeux vert émeraude pétillaient déjà de bêtises et James ne doutait pas que son fils serait un digne descendant des Maraudeurs.

Entre chaque grimace, il se tournait vers Elizabeth dont il était aussi fier. Leur premier enfant. Sa petite fille chérie. Elizabeth avait aussi hérité de ce don particulier pour trouver des idées bien malicieuses, malgré son calme et sérieux. Depuis plusieurs minutes, elle enchaînait les puzzles qu'elle résolvait sans grande difficulté.

Et Lily… Ah sa Lily! Elle observait chaque étape de raisonnement d'Elizabeth. Il la surprenait esquisser un petit sourire à chaque réussite.

James aurait pu passer des heures à regarder sa famille. Il en était si satisfait. Il était si heureux avec eux. Ses parents auraient été du même avis. James avait aimé tant d'années Lily jusqu'à ce qu'elle l'aime en retour, il n'avait jamais cessé de l'aimer. Toute sa vie – depuis ses onze ans – il avait été amoureux de Lily Evans Encore aujourd'hui, il réalisait qu'il serait capable de donner sa vie pour elle. Pour eux.

Leurs deux enfants étaient de vrais trésors. Elizabeth ressemblait beaucoup à sa mère – Euphemia, elle héritait de leurs yeux marron clair. Alors qu'Harry avait les yeux vert émeraude très remarquables de Lily, pour le reste, et bien Harry était son portrait craché. En toute objectivité, ils avaient les plus beaux enfants du monde. Un sourire aux lèvres, il reporta son attention sur son fils.

Ses yeux n'atteignirent pas leur objectif.

Ses prunelles marron avaient croisé la fenêtre.

De l'autre côté du trottoir, Lord Voldemort se tenait avec une prestance terrifiante.

Et il était certain que Lord Voldemort parvenait à voir la maison. James était certain que Voldemort les voyait.

— Merde, merde, merde, jura-t-il.

Comment… Queudver… Peter…

— MERDE!

— Gros mots, papa! le dénonça Elizabeth en le pointant du doigt.

Il n'avait pas le temps de répondre ou même de l'amuser. Non. Il attrapa Harry pour le caler dans les bras de Lily. Son fils commença à pleurer, tandis que les yeux d'Elizabeth s'humidifiaient. Elle ne comprenait pas et il n'avait pas le temps de lui expliquer.

Les émeraudes de Lily se jetèrent vers la fenêtre. Son front se plissa, désemparée. James s'excusa, d'un sourire invisible, de ne pas l'avoir crue. Jamais, il n'aurait dû changer de Gardien au dernier moment. Jamais, il n'aurait dû douter de Remus.

Il était trop tard. Tout était sa faute.

James devait réparer ça.

— LILY, PARS AVEC BETH ET HARRY. PARTEZ LOIN! JE VAIS LE RETENIR.

Il n'aurait pas dû crier. Elizabeth s'accrocha à lui, son Occamy dans une main et le visage plein de larmes. Il détestait voir sa petite fille pleurer. Il détestait ça. Habituellement, il l'aurait prise dans les bras pour lui offrir le gros câlin dont elle avait besoin. Mais il ne le pouvait pas.

— PAPA! hurlait-elle.

Sa fille n'était pas dupe. Il avait la petite fille la plus intelligente du monde, pour le meilleur et le pire…

— P'tit cœur, va avec maman.

— NON! s'époumona-t-elle.

Et il regrettait qu'elle soit sa fille pour être aussi têtue.

— ELIZABETH LILY POTTER, TU VAS AVEC MAMAN!

James ne haussait que très rarement le ton. S'il le faisait, Elizabeth savait qu'elle n'avait plus son mot à dire et qu'elle se ferait gronder. Elle ne répondit pas. Il l'embrassa sur le front et la porta pour que Lily ait les deux enfants dans ses bras.

— James…, murmura Lily, qui restait forte telle la Gryffondor qu'elle était.

— Je t'aime Evans.

Le crissement de la serrure fit réagir Lily. Elle se dépêcha de monter pour rejoindre la chambre d'Harry. Son cœur se déchirait à chaque «Papa» tremblant d'Elizabeth. Leur fille avait peur. Rien ne pourrait la rassurer.

Dans la chambre, elle déposa Harry dans son lit. Elle lui caressa les cheveux et embrassa son crâne, sur sa touffe de cheveux noirs. Lily assit Elizabeth sur le rocking-chair. Ses mains caressèrent les joues de sa fille pour effacer ses larmes.

— Beth, calme-toi…, murmura-t-elle de la voix douce pour laquelle elle était souvent complimentée. Ça va aller, p'tit cœur.

Sa fille hoquetait, étouffée dans ses pleurs. Lily l'étreignit en lui caressant les cheveux, mais le temps leur manquait. Elle devait se battre avec James. Elle ne pouvait pas l'abandonner. Jamais. Comment Elizabeth pourrait-elle rester à l'abri?

— On va jouer à cache-cache, d'accord? proposa-t-elle.

— J'veux pas… jou… jouer… à cache-cache, sanglota Elizabeth.

— Tu vas aller te cacher. Tu resteras cachée jusqu'à ce qu'Oncle Patmol, Tante Mary ou Parrain te trouvent, okay?

— Parrain va venir? demanda Elizabeth en reniflant et Lily sut qu'elle avait trouvé le bon moyen de la calmer.

— Parrain va venir. On joue alors?

— Oui, maman.

Lily admira ses deux enfants. Les larmes montaient. Ses yeux émeraudes devaient briller de mille feux. Jamais, elle n'aurait pu être plus heureuse qu'avec la famille que James et elle s'étaient construite. Elle regarda Elizabeth, puis Harry.

Peu importait l'issue de cette soirée, si elle pouvait sauver ses enfants, rien de plus ne comptait.

— Papa et Maman sont désolés, mes petits cœurs. Mais on vous aime. On vous aime très fort. Tout va bien se passer.

Elle blottit fort Elizabeth contre elle et l'embrassa.

— Va te cacher maintenant.

Sans surprise, sa fille se glissa dans le coffre, au milieu des peluches. Là-dedans, Elizabeth ne serait pas visible. Elle embrassa Harry et s'approcha de la porte. Si elle lançait un sortilège assez puissant, les enfants ne seraient pas découverts.

Elle avait perdu trop de temps.

La porte claqua. Lord Voldemort était face à elle Et si Voldemort était, alors James...

Lily refoula cette idée.

Lord Voldemort l'ignora. Il n'avait d'yeux que pour Harry, ce bébé. Il avança vers lui. Lily ne réfléchit pas, elle se jeta devant son fils.

— Pas Harry, s'il vous plaît! Pas Harry!

— Sors de là! grogna Lord Voldemort.

— NON! résista-t-elle. Pas Harry! Tuez-moi à sa place!

— Pars, petite sotte!

Dans la légère ouverture du coffre à jouets, Elizabeth observait sa maman crier sur le monsieur à la cape noire. Il lui faisait peur avec sa grande cape noire. Sa maman ne parlait que d'Harry. Que pouvait-il bien faire à son petit frère?

Harry n'avait pas été sage et le monsieur allait l'amener se faire gronder par les Gnomes de jardin? Peut-être qu'il allait la chercher, elle aussi! Après tout, c'était elle qui avait mangé tout le chocolat et qui avait accusé Harry. Elizabeth colla son Occamy contre elle. Elle n'avait pas envie de se faire gronder par les Gnomes de jardin. Promis, elle ne ferait plus jamais de bêtises de toute sa vie!

Le monsieur à la cape noire tendit sa baguette magique vers sa maman. Il prononça un mot qu'elle reconnut comme «Abracadabra». Mais, il n'y eut pas de papillons ou de fleurs – comme quand Tante Mary le prononçait.

Il y eut une grande lumière verte et sa maman tomba au sol.

Elizabeth essayait de bouger, mais elle n'y arrivait pas. Elle avait vraiment peur. Le monsieur venait de faire mal à sa maman. Et papa? Où était papa?

Elle colla encore plus fort son Occamy contre elle. Elle n'eut pas le temps d'être au fond du coffre que le monsieur à la cape noire se dirigea vers Harry.

Il tendit à sa baguette vers son petit frère et cria à nouveau «Abracadabra».

Il y eut un cri. Une lumière verte. Une explosion. Des pleurs.


Sirius se réveilla en sursaut. Le souffle coupé. Son cauchemar était terrible. Inimaginable. Leur plan échouait, malheur arrivait à la famille Potter. C'était une douleur atroce, presque réel. Comme si le cœur de Sirius était déjà brisé. Il était difficile de retrouver sa respiration. Sirius n'aimait pas ce cauchemar.

Il se rallongea et colla son front au dos de Mary. Il huma son parfum, ce mélange de jasmin et de vanille qui ne la quittait jamais. Il frotta son nez sur la peau douce de Mary. Merlin. Ils avaient beau se chamailler à longueur d'année, jamais Sirius n'aurait échangé sa place ici. Avec elle. Sirius tenta de se rendormir. Mille questions se bousculaient dans son esprit. Alors qu'il avait convaincu James et Lily de ce plan, il se mettait lui-même à douter. Un simple cauchemar le tourmentait.

Ni la peau de Mary. Ni son parfum ne l'apaisait.

Sirius avait besoin de se rassurer. Il se dégagea délicatement du lit et enfila les premiers vêtements à sa portée.

— Que fais-tu, Sirius? demanda Mary, à moitié endormie.

— Je… Je dois vérifier quelque chose pour l'Ordre, mentit-il – sans difficulté, au moins un avantage à être un Black. Je reviens vite. Rendors-toi.

Pour la rassurer, Sirius l'embrassa sur le front. Mary se laissa tomber sur son oreiller. Il contempla ses yeux chocolat se refermer. Sirius avait juste à voir Peter. Juste ça. Après, il pourrait retrouver Mary dans leur lit.

Dans le garage, il récupéra sa moto volante. Il la démarra et parcourut le ciel. Sirius trouva le chalet où logeait Peter, dans une forêt irlandaise. La porte était entrouverte. Son cœur palpita. Ce n'était pas un mauvais pressentiment. Tout ne se passait pas réellement comme prévu. Sirius fit un pas dans le chalet. Vide. Il parcourut les pièces. Retourna chaque meuble à la recherche d'un rat. Hurla le nom de Peter.

Mais tout était vide. Peter était absent. Queudver était le traître. Et s'il n'était pas là…

NON.

Il sauta sur sa moto et vola au plus vite que le pouvait l'engin jusque Godric's Hollow. Face à la maison de Lily et James, dont la porte était grande ouverte et les lumières allumées, son cœur manqua un battement.

Sirius hésita à rentrer –saisi par la peur – qu'allait-il y découvrir?

Rien, essaya-t-il de se convaincre. Il n'y aurait rien. Lily et James avaient réussi à s'échapper avec les enfants. Ils étaient déjà avec Dumbledore à la recherche d'un nouveau lieu sûr. Peut-être même étaient-ils à sa recherche pour faire de lui le nouveau Gardien du Secret.

C'était peut-être évident, mais lui, lui, ne les trahirait pas. Jamais.

Il ferma les yeux, priant Merlin pour qu'ils aient vraiment réussi à s'enfuir. Il avança à petits pas. Sirius n'eut pas besoin d'entrer dans la maison pour que tous ses espoirs s'envolent. Il s'agrippa au mur le plus proche quand il découvrit le corps sans vie de son meilleur ami. De son frère. James Potter.

Il s'écroula au sol sur le corps de celui sans qui il serait incapable de vivre. James avait perdu ses lunettes. Il… Sirius les chercha du bout des doigts, tâtonnant le parquet. Il les trouva et les replaça sur le visage de James. Sirius s'accrocha à lui. Il avait la sensation d'avoir perdu chacun de ses membres, dont l'organe principal. Jamais prêt à le laisser partir. Comment pouvait-il en être autrement? James avait été son premier ami à Poudlard, le premier à éclipser tous les préjugés à son sujet. James avait été le ciment de l'amitié des Maraudeurs. James… Il était sa personne.

— Je m'excuse, James. Je suis si désolé.Je…

Des gémissements à l'étage l'interrompirent. Il observa les escaliers avant de retrouver le visage de James. Sirius ne pouvait pas abandonner James, mais il restait un dernier espoir.

Lil'. Beth. Harry. Il devait prendre soin d'eux. James aurait préféré qu'il s'occupe de sa famille plutôt qu'il ne pleure sur son corps.

Il monta les marches une par une, baguette en main. Les bruits le menèrent dans la chambre d'Harry. Un filet de lumière se dégageait. Une lueur d'espoir. Quand il pénétra dans la pièce, Sirius réalisa que la chambre de son filleul était méconnaissable. Un pan de murs était détruit et des éclats de briques jonchaient le sol…

Son cœur cessa de battre un court instant, horrifié de cette chambre d'enfant qui avait perdu toute innocence. Lily était là. Sur la moquette. Inerte. Ses longs cheveux roux cachaient son doux visage. Il préféra détacher son regard de cette vue. Sirius soupira de soulagement quand il aperçut son filleul dans son lit. En vie. Il s'approcha pour le réconforter et découvrit qu'Harry était blessé. Une terrible cicatrice en forme d'éclair trônait sur son front.

Harry était en vie. Sirius n'avait plus qu'à trouver Beth. Il prendrait les enfants et les amènerait chez Mary et lui.

Sirius la chercha, mais Beth n'était pas ici. Son cœur battait à un rythme anormal. De la palpitation, à la bradycardie. Sirius devait la trouver. Il devait prendre soin d'Harry et d'Elizabeth. Ils prendraient soin des enfants. Avec Rem… COMMENT AVAIT-IL PU ÊTRE UN IMBECILE PAREIL! Il regrettait de ne pas avoir sa mère pour lui lancer un Doloris, elle avait raison. Il était un incapable. Il ne méritait que cela.

Peut-être son erreur serait pardonnée s'il trouvait Beth.

Il courut dans la chambre de la petite fille. Son lit était vide. Où était-elle? Qu'avait-il fait à Beth? Ses pensées s'entrechoquaient. Comment réfléchir dans telles conditions?

— BETH! BETH, OU ES-TU? cria-t-il, empli de désespoir peut-être l'entendrait-elle. ELIZABETH!

Il fermait les yeux en l'appelant, espérant que la toute petite voix lui réponde. Seuls les pleurs fatigués d'Harry comblaient le silence de la mort. Un souvenir d'une dernière partie de cache-cache entre Beth et Remus lui revint.

Elle se cache toujours à deux endroits. Si elle veut vite être trouvée, elle se cache sous son lit. Sinon, elle sera dans le coffre à peluches d'Harry.

Les mots de Remus faisaient un écho dans sa tête. Il retourna dans la chambre d'Harry et se dirigea vers le coffre à jouets. Il souffla, suppliant Merlin d'avoir épargné la petite fille.

Il ouvrit le coffre à jouets. Ses genoux claquèrent au sol. Ses jambes ne pouvaient pas supporter un tel choc.

Il était persuadé d'avoir trop vécu. Le plus dur fut de voir Elizabeth, cette petite fille innocente, aussi inconsciente que ses parents. Sirius chercha un signe de vie. Rien. Pas de pouls. La petite fille aux boucles blondes angéliques était elle aussi morte des mains de Voldemort, alors même qu'elle n'était qu'une enfant sans défense.

Difficilement il se releva. Ses jambes tremblaient. Il retint en sanglot quand il porta le corps encore léger de Beth. Il colla la tête de la petite fille contre son cœur, puis l'allongea près de Lily. Elle méritait de reposer avec sa maman et non de rester seule dans un coffre. Il caressa les boucles blondes d'Elizabeth.

Il ne restait plus qu'Harry, son filleul. Le corps fébrile, il s'inclina au-dessus du lit et prit son filleul dans ses bras pour le réconforter.

— Tout va bien se passer, Harry, murmura-t-il.

Il blottit Harry contre sa poitrine et se laissa glisser le long des barreaux pour s'asseoir au sol. Il préféra fermer les yeux. Sirius ne souhaitait pas voir plus longtemps les corps sans vie de Lily et d'Elizabeth. Il resta longtemps assis, caressant le dos de Harry.

Quand son filleul fut assoupi, Sirius se leva. Il devait emmener Harry loin d'ici. Il sentait tout son être trembler de douleur. Une douleur insoutenable. Tous les sortilèges que sa mère lui avait affligés plus jeune n'avait pas été aussi insupportables. Même le jour où il avait été proche de la mort ne lui avait pas semblé aussi douloureux. Peut-être était-ce cela sa punition: la culpabilité et la souffrance.

Il descendit les escaliers et jeta un dernier regard à James. Il n'avait plus qu'une chose à dire.

— Méfait accompli, Cornedrue.

A peine traversa-t-il le pas de la porte qu'une masse importante se trouva devant lui. Il leva les yeux pour échapper à toute cette barbe et il reconnut le visage de Rubeus Hagrid.

— Dumbledore m'envoie chercher le p'tit, dit Hagrid.

— Je peux le garder, assura Sirius en serrant son filleul contre lui. On s'en occupera avec Mary et…

— Non, déclara Hagrid. Dumbledore m'a dit d'l'amener chez sa tante.

— Chez cette horrible Pétunia? grimaça-t-il.

— C'est Dumbledore qui l'dit. Il m'a dit que c'était mieux pour le p'tit.

Comment vivre chez la sœur de Lily pouvait-il être le mieux? Pétunia détestait James. Elle détestait les sorciers. Elle avait été odieuse avec Lily. Elle n'avait jamais voulu voir les enfants. Mais Sirius se devait croire en Dumbledore. Il avait changé les plans et cela avait été fatal. Il ne pouvait aller à l'encontre de cette décision. Pour Harry. Il embrassa les cheveux noir de jais d'Harry avant de le tendre à Hagrid qui le cala sous son manteau.

— Et eux? demanda-t-il, pensant à ses amis et celle qu'il considérait comme sa nièce.

— Madame Pomfresh va venir faire les examens nécessaires.

— Ils sont morts… Tous…, murmura-t-il.

— Quelle tragédie! s'exclama Hagrid en reniflant. Lily et James, des personnes formidables. Et leur p'tite?

— Morte, déclara-t-il. Oh… Remus va être fou… Lunard…

— Pauvre enfant. J'dois y aller, Sirius. Fais attention à toi.

— Attends! l'arrêta-t-il. Prends ma moto, je n'en ai plus besoin.

Hagrid le remercia et s'envola dans le vrombissement de la moto. Sirius regarda une dernière fois la maison de Godric's Hollow, dans laquelle il avait vécu tant de merveilleux moments, mais dont il garderait un funeste souvenir.

Peut-être aurait-il dû retrouver Mary. Mais Sirius choisit de retrouver le responsable. Il devait arrêter Peter Pettigrow.


Poppy Pomfresh arriva devant la maison de Godric's Hollow, à l'adresse que lui avait donné Albus Dumbledore. Quelques minutes plus tôt, il l'avait informée du drame de cette nuit. Elle n'avait pu y croire, elle avait perdu tant d'élèves. Chaque annonce restait indigeste.

Malgré la connaissance des attentes, Poppy se trouva déstabilisée à la vue du corps du jeune James Potter. Elle inspira. Expira. Elle ne devait pas laisser ses émotions prendre possession de son esprit. Poppy devait faire son travail. Seulement son travail. Elle s'agenouilla et murmura le sort d'analyse du cœur.

Un trait droit. Mort. Elle nota sur son carnet: Décès de James Fleamont Potter, 31 octobre 1981.

A l'étage, la lumière la guida. Elle trouva son ancienne élève, Lily, ainsi que sa petite fille blottie contre elle. A nouveau, elle lança le sortilège sur Lily.

Un trait droit. Morte. Elle nota sur son carnet: Décès de Lily Daisy Potter, née Evans, 31 octobre 1981.

Poppy posa sa baguette sur la petite devant elle. Dumbledore lui avait donné des consignes, mais elle avait eu du mal à croire à cette prophétie et à ce que cela signifiait. Pourtant, elle prit conscience que Dumbledore avait vu vrai.

Un rythme très lent s'afficha. Lent, mais présent. Elizabeth Potter était vivante.

Elle rangea la baguette et porta la petite fille dans ses bras. Elle quitta les Potter pour transplaner à Pré-au-Lard d'où elle pourrait retrouver Poudlard.

Dans son infirmerie, elle déposa délicatement la petite fille sur un lit avant de l'entourer de rideaux blancs. L'enfant ne devait pas être trouvée, ordre de Dumbledore. Poppy humidifia une serviette et nettoya le visage de l'enfant. Elle s'assit à ses côtés en lui tenant la main. Elle espérait pouvoir rassurer la petite fille. Elle n'était pas seule.

— Tu es à Poudlard ici, chuchota-t-elle. Tu verras d'ici huit ans ce sera comme ta maison. Tu y construiras une nouvelle famille.

Poppy soupira. Elle craignait le futur de cette enfant. Elizabeth avait déjà tant perdu en étant si jeune. Ce monde était injuste. Poppy n'arrivait pas à se réjouir de cette victoire.

Le frottement des rideaux lui indiqua qu'une personne arrivait. Le Directeur de Poudlard se plaça de l'autre côté du lit, admirant la petite fille tel un miracle. Ses lunettes en demi-lune cachaient la moitié de son visage, mais Poppy le devinait.

— Elle est vivante, déclara-t-elle.

— Lancez le sortilège dont je vous ai parlé Pompom, demanda Dumbledore.

Elle pointa la baguette en direction d'Elizabeth et exécuta l'ordre de Dumbledore. Des lumières s'élevèrent dans les airs et formèrent une boule au-dessus du corps de la petite fille. Des arabesques blanches s'entremêlaient à des arabesques noires. Dumbledore s'émerveillait.

— La Boîte de Pandore, chuchota Dumbledore. Un parfait mélange de magie noire et de lumière. La prophétie est réelle. C'est incroyable.

— Que va-t-elle devenir? préféra demander Poppy, s'intéressant à la petite fille devant elle.

— Je vais m'en occuper. Prenez soin d'elle en attendant.


1er novembre 1981

Depuis cette nuit, Mary MacDonald patientait – en proie à ses émotions impossibles à calmer. Nerveuse. Effondrée. Elle n'avait plus rien, ou presque.

Sur le canapé de Remus, Mary tremblait. Elle n'avait plus aucun contrôle sur son corps. Remus devait bientôt rentrer, elle n'en pouvait plus d'attendre seule. Elle essuyait sans cesse les larmes qui la dominaient. Elle ne pouvait rien y faire. Elles coulaient, coulaient, coulaient. A n'en plus finir.

La porte s'ouvrit. Mary se releva, telle une marionnette dont on avait tiré les fils subitement. Remus était là. Il était là devant elle. Le peu du cœur qu'il restait à Mary se brisa un peu plus. Elle ne l'avait pas vu depuis des mois. Elle le regrettait. Mary avait cru Sirius, comme toujours. Elle l'avait cru. Il l'avait trahie. Il les avait trahis.

Ils avaient tous abandonné Remus alors qu'ils étaient censés être sa famille. Personne n'avait su prendre soin de l'autre. Ils l'avaient abandonné alors que Remus n'aurait jamais trahi leur famille.

Remus la remarqua dans cette obscurité. Il se figea. Il n'imaginait pas à quel point toute sa vie allait être bousculée, tout comme la sienne.

Kingsley était venu lui annoncer la nouvelle en plein milieu de la nuit. Mary avait été anéantie. Il l'avait informée que Dumbledore se chargeait de venir l'annoncer à Remus. Elle le refusait. C'était à elle le d'accomplir cette tâche.

C'était leur famille les victimes et Dumbledore était responsable.

Alors elle l'avait attendu. Toute la journée. Il ne s'approcha pas, méfiant.

— Mary?C'est toi?

La voix de Remus perça dans l'appartement désert et sombre. Elle percevait l'inquiétude dans sa voix. Il s'approcha d'elle, préoccupée par son état malgré l'abandon qu'elle lui avait fait subir. Comment avait-elle pu l'abandonner?

— Mary, que se passe-t-il? Sirius va bien?

Elle s'effondra à nouveau. Remus s'agenouilla pour la prendre dans ses bras. Elle s'autorisa à se coller à lui, à la recherche du réconfort vital. Que pouvait-elle lui dire? Aucun mot n'était adapté. Rien ne lui semblait juste, elle n'aurait jamais dû à annoncer ça. Ils avaient déjà tant perdu. Chaque annonce était pire alors que la douleur était semblable.

— Remus, il s'est passé quelque chose d'horrible.

Il prit de la distance pour mieux l'observer, mieux comprendre ce qui pouvait la faire fléchir. Elle, l'indomptable Mary MacDonald.

Elle raconta le récit de Kingsley en y ajoutant ses informations: le départ précipité de Sirius dans la nuit, mais surtout sa trahison.

Elle échappait à son regard au fur et à mesure qu'il se décomposait. Mary en vint à évoquer la mort de James et Lily. Son cœur battait à mille à l'heure, elle était au bord de l'évanouissement. Son être la torturait, la sensation de vide était une souffrance tiraillante.

Elle s'assit et elle lui apprit le nouveau meurtre de Sirius: la mort de Peter et de ces pauvres Moldus.

Remus était de plus en plus agité, prêt à s'effondrer lui aussi. Elle s'arrêta. Il posa la dernière question. Malgré toutes les horreurs qu'ils avaient vécues, celle-ci était la pire. Elle savait qu'il s'agirait du coup fatal pour Remus. Le dernier coup. Celui qui abattrait Remus.

— Et les enfants?

— Harry a survécu, il a vaincu Tu-Sais-Qui. Un miracle, articula-t-elle difficilement en essuyant ses larmes, arriverait-elle à y mettre un terme un jour?

— Et Elizabeth? demanda Remus, soulagé pendant quelques secondes.

Elle leva ses yeux marron chocolat. Pourtant habituellement réconfortants – d'après ses amis –, elle était certaine qu'ils avaient perdu cette vertu. Mary chercha les mots. Aucun son ne passa la barrière de ses lèvres. Elle n'eut pas besoin de les prononcer, ses yeux s'exprimèrent à sa place. Elle le sut car Remus tapa du poing contre le sol, lui qui était si calme. Elle posa une main sur son épaule.

— Désolée, Remus, s'excusa-t-elle. Désolée…

— C'était une enfant! rugit-il.

— Je sais… Je sais…

— Pourquoi? Pourquoi leur a-t-il fait ça? Pourquoi nous a-t-il fait ça? A TOUS!

Elle reçut un nouveau coup de poignard. Plus profond que celui qu'elle avait encaissé plus tôt. L'amour qu'elle portait à Sirius l'avait aveuglée. Comment avaient-ils pu faire confiance à un Black tout ce temps?

— C'était dans son sang, déclara-t-elle, car elle ne voyait aucune autre explication.

D'une énergie inconnue, Mary bondit sur ses pieds quand la porte s'ouvrit. La colère enfla quand elle reconnut le vieil homme à la longue barbe et aux lunettes en demi-lune.

— Miss MacDonald. Je vous prie d'accepter mes excuses et mes condoléances, prononça-t-il ce qui l'agaça d'autant plus.

— Je ne veux rien entendre qui proviennent de vous, Professeur Dumbledore. Rien. Plus jamais.

Elle scruta, avec peine, Remus. Mary culpabilisait de l'abandonner une deuxième fois, de l'abandonner dans ce terrible moment. Remus Lupin ne méritait pas tout ce malheur qui s'abattait sur lui. Sans cesse. Elle culpabilisait, mais elle n'avait pas la force de faire face à tout ça. C'était trop.

— Je suis désolée, Remus. Je dois partir… Je… Je ne supporte plus ce monde. C'est trop.

Elle recula. Il lui attrapa la main. Les yeux gris de Remus la supplièrent.

— Reste, Mary.

— Désolée… Je ne suis pas aussi forte que vous le pensiez. Mais toi, tu l'es. Prends soin de toi, Remus.

Elle s'échappa par crainte de changer d'avis. Elle fuit Remus. Mary accueillit à nouveau la colère en passant devant celui qui avait été son Directeur pendant sept ans:

— C'est votre faute si on a tout perdu, siffla-t-elle. Vous avez été incapables de nous protéger. On est tous morts. A cause de vous.

Elle quitta l'appartement, puis l'immeuble. Mary inspira l'air frais avant de porter la main à sa bouche pour étouffer le sanglot qui menaçait de la coucher au sol. Elle devait partir.

Elle était détruite. Toute sa vie était détruite. Elle n'avait plus rien à faire ici.

Alors, Mary transplana. Une dernière fois.


— Remus.

Bien sûr, Remus entendait la voix calme d'Albus Dumbledore. Il ne voulait juste pas y répondre. La fureur était envahissante. Rien ne pouvait le calmer. Certainement pas l'homme qui les avait toujours manipulés. Lily, Mary et lui avaient commencé à émettre des doutes après la mort de Marlene, toute cette accumulation leur donnait raison.

Ils avaient tous essayé d'être braves pour offrir le meilleur monde possible à Elizabeth et Harry. Ils avaient échoué, sauf pour l'empirer. Peut-être auraient-ils dû partir à l'autre bout du monde. Ils auraient pu trouver une grande maison à partager.

Il était trop tard.

Ses amis et lui s'étaient conformés aux plans de Dumbledore, dans une confiance aveugle. Ses beaux discours les avaient charmés et Dumbledore s'était contenté de tirer les ficelles des marionnettes qu'ils représentaient. Il avait initié chacune de leur action, les menant vers la pire destinée.

— Remus. J'aimerais vous parler.

— Mary a raison, répondit-il, le regard rivé au sol.

— Vous êtes en colère, Remus, et je le comprends. Mais je vous prie de m'écouter.

C'en était trop. Il bondit, furieux, pour affronter le vieil homme. Il le pointa du doigt. A ses yeux, il était coupable. Si Dumbledore avait réellement aidé Sirius, s'il avait fait de même avec Regulus, jamais tout cela ne serait arrivé. Si Dumbledore avait œuvré pour leur sécurité, ils auraient pu éviter les lourdes pertes. Si Dumbledore avait en tête autre que son ambition, ils seraient vivants. Remus en était certain.

— POURQUOI DEVRAI-JE VOUS ECOUTER? POURQUOI? s'époumona-t-il. Toutes ces années à Poudlard, j'ai cru en vous! Vous m'avez offert la scolarité que je pensais ne jamais pouvoir suivre. Grâce à vous, j'ai pu avoir des amis, une famille. Tout ça pour quoi? TOUT PERDRE! Vous m'avez tout donné afin de tout m'arracher! Pourquoi devrai-je vous écouter, Professeur?

Dumbledore l'analysa à la baguette magique. Il fulminait et Dumbledore ne lui rendait pas la tâche facile. Remus rabaissa violemment son doigt et lui tourna le dos. Il avait tout accepté. Tout. Les missions interminables pour un monde meilleur, mais quel monde était-ce désormais?

— Elizabeth a besoin de vous.

Remus éclata de rire, sûrement dû à la nervosité. Comment pouvait-il se permettre de prononcer son prénom? Comment osait-il utiliser Elizabeth alors qu'elle aussi comptait parmi les victimes.

— Elizabeth est morte, rétorqua-t-il. Comme tout le reste de sa famille.

— Non, Remus, réfuta Albus Dumbledore d'un calme olympien. Ecoutez-moi bien, Harry Potter a survécu tout comme la prophétie l'annonçait.

— Quelle prophétie? demanda-t-il en se retournant, quelle histoire allait-il encore lui raconter?

— Cela viendra…, le fit patienter Dumbledore. Pour le moment, sachez qu'Elizabeth Potter est vivante.

— Comment… Comment?

C'était impossible. Dumbledore l'embobinait pour le garder dans son armée.

— JE VEUX TOUT SAVOIR! POURQUOI MARY M'A-T-ELLE DIT LE CONTRAIRE? MARY N'AURAIT JAMAIS MENTI!

— Asseyez-vous, Remus, l'invita Dumbledore.

— JE NE VEUX PAS M'ASSEOIR!

Le Professeur Dumbledore ne se gêna pas et s'installa sur la chaise la plus proche. Il lui relata les faits depuis le début.

Il lui évoqua la prophétie de Sybille Trelawney, sans entrer dans les détails. Il lui expliqua que le destin du frère et de la sœur tenait en cette prophétie. Remus aurait pu croire à une farce, mais même les plus mauvaises ne partaient jamais d'un tel malheur.

— Elizabeth a besoin que vous la gardiez auprès de vous.

— Je ne pourrai jamais m'occuper d'elle, Professeur Dumbledore, sa calma-t-il. J'en suis incapable.

— En vous choisissant comme Parrain, Lily et James avaient confiance en vous. Ils savaient que vous en seriez capable.

— Je vais lui faire du mal.

— Non, non, Remus. Vous y parviendrez.

— Qu'attendez-vous de moi?

Dumbledore insistait. Remus devait comprendre. Dumbledore avait un plan précis. Lily l'avait toujours assuré. Dumbledore était le Maître du Jeu et ils étaient les pions. La partie n'était pas fini, elle ne faisait que commencer.

— Nous allons devoir faire croire qu'Elizabeth Potter est morte avec ses parents. Elizabeth devra avoir une nouvelle identité.

— Pourquoi cela? questionna-t-il.

Cette prophétie lui semblait bien vague.

— Quand Voldemort a échoué à tuer Harry Potter, une magie très rare s'est produite. Lily a sauvé Harry par amour, mais Elizabeth est devenue la Boîte de Pandore de la prophétie. Un sortilège s'est ancré en elle, enfermant tous les maux. Tant qu'Elizabeth sera en vie, Harry Potter ne risquera rien. Tant que Voldemort n'a pas l'autorisation d'Elizabeth, Voldemort ne pourra pas tuer Harry.

— C'est horrible, répondit Remus, nauséeux.

— Un sortilège puissant, murmura mystérieusement Dumbledore. Elizabeth est inconsciente depuis que Poppy l'a trouvée. Pour vaincre Voldemort, quand il reviendra, car je ne doute pas qu'il reviendra, Harry et Elizabeth doivent vivre. Pour le bien de tous, ils devront être séparés. Harry ne devra pas savoir qu'il a une sœur. Sans quoi ils seront tous les deux vulnérables et Voldemort aura un tour d'avance.

C'était insensé. Comment deux enfants innocents pouvaient-ils être liés à une telle prophétie? Pourquoi cela devait-il être eux? Pourquoi?

Une question tracassait Remus. Il ne pouvait accepter un tel choix. Cela lui était inconcevable.

— Je ne peux pas séparer Elizabeth de son frère.

— Il le faut, Remus, décréta Dumbledore.

— Non, je ne peux pas. Ils ont besoin l'un de l'autre. Vous ne pouvez pas faire ça. Lily et James ont été clairs quand ils ont écrit leurs dernières volontés en notre présence. Ils voulaient qu'Harry et Elizabeth restent ensemble. Vous ne pouvez pas aller à l'encontre des souhaits de James et Lily.

— Les dernières volontés n'ont pas à être respectées quand il n'y a aucune autre solution. Elles peuvent être modifiées. Ne pensez-vous pas que Lily et James préféreraient voir leurs enfants en vie plutôt qu'ensemble, mais mourir?

Remus resta de marbre. Il croyait rêver.

— Il en est ainsi. Elizabeth deviendra votre fille. Harry devra vivre dans l'ignorance de l'existence de sa sœur pour leur protection. Je ne vous en laisse pas le choix.

Remus était de nouveau en proie à la colère, mais elle n'était plus seule. Elle était accompagnée de celle du loup, véhémente. Dumbledore crachait sur Lily et James alors qu'ils venaient de mourir. Il persistait à ne pas les respecter.

— Et Mary? trembla-t-il, en songeant à la tristesse de son amie. Pourquoi lui cacher? J'aimerais que Mary soit là. J'ai besoin d'elle.

— Voyez-vous, Remus…, dit Dumbledore en pleine de réflexion très condescendante. Miss MacDonald a toujours été, en quelque sorte, ce qu'on appelle une rebelle. Avez-vous vu sa réaction? Je doute qu'elle soit une personne de confiance pour cette mission.

— J'ai confiance en Mary, elle saura prendre soin d'Elizabeth, assura-t-il car Mary aimait plus que tout les enfants de leurs amis.

— Oh! Je n'en doute pas, Remus, balaya-t-il cette pensée de sa main. Mais je n'ai pas confiance en elle sur l'aboutissement du plan. Miss MacDonald ne voudrait jamais tenir dans l'ombre les Potter, j'imagine qu'elle finirait par les réunir beaucoup trop tôt.

— Et moi? demanda-t-il.

— J'ai confiance en vous.

La description de Mary lui avait plu, même si Dumbledore la discréditait. Au contraire, il n'aimait pas la manière dont Dumbledore l'avait qualifié, lui, par ces derniers mots. Il était un pion. Encore. Il était un pion, car Dumbledore savait que jamais il n'attirerait sa filleule dans le danger. Dumbledore en avait conscience, car Elizabeth avait illuminé sa vie. Alors il fit un pas vers le Directeur.

— Je veux la voir. Maintenant. J'accepte toutes vos conditions et je ferai tout ce que vous me demandez. Tout. Mais sachez que je ne le fais pas pour cette prophétie ou même pour vous. Je le fais pour elle. Je le fais simplement pour Elizabeth et Harry.

La satisfaction se lisait dans les yeux de Dumbledore. Il avait réussi son coup. Remus le sut car il distinguait ce petit sourire au coin des lèvres qu'il avait trop souvent vu sur le visage du Directeur.

— Elle est à Poudlard, venez avec moi.

Pré-au-Lard. Les couloirs de Poudlard. Remus marchait sur les pas de Dumbledore dans les allées de l'infirmerie qu'il ne connaissait que trop bien – y séjournant quelques jours par mois pendant sept ans.

Dumbledore tira les grands rideaux et l'invita à entrer. Il vit d'abord Madame Pomfresh qui lui accorda un triste sourire. Puis il la vit. La petite fille était allongée, elle paraissait être plongé dans un profond sommeil. Il s'approcha d'elle et la prit délicatement dans ses bras.

— Elizabeth…, murmura-t-il, réalisant petit à petit qu'il garderait toujours un peu de Lily et James avec lui.

— Elle aura besoin d'un nouveau prénom et…, reprit Dumbledore.

— Je viens de perdre les seuls amis qu'il me restait et je croyais ma filleule morte, le coupa Remus, il en avait bien assez entendu aujourd'hui. Laissez-moi seul. J'ai besoin de temps.


02 novembre 1981

De toute la nuit, Remus n'avait pas quitté Elizabeth. Il s'était assoupi, la main de sa filleule dans la sienne. Il avait ouvert l'œil quand Madame Pomfresh était arrivée à l'aube. Le soleil n'émettait pas encore de rayons assez puissants pour percer dans l'infirmerie.

Toujours aussi bienveillante, Madame Pomfresh lui apporta un petit-déjeuner s'assurant qu'il mange convenablement. Comme depuis sa première lune à Poudlard, Madame Pomfresh prenait soin de lui.

Plus tard dans la matinée, la Professeure McGonagall et Madame Pomfresh s'approchèrent de lui. La main d'Elizabeth toujours dans la sienne. Remus ne la quittait qu'en cas d'extrême urgence. Pendant ses courtes absences, il s'assurait que Madame Pomfresh était présente. Il refusait qu'Elizabeth se sente abandonnée. Elle n'était pas la seule. Pas tant qu'il était encore là.

La Professeure McGonagall et Madame Pomfresh s'installèrent en face lui. Il évita de croiser leur regard. Il ne souhaitait pas y lire une quelconque peine ou subir leur tristesse.

— Ce matin, une chouette m'est parvenu, annonça la Professeure McGonagall. Un courrier était pour moi, un autre était pour vous. Tenez.

Elle lui tendit l'enveloppe où il était inscrit au stylo Remus John Lupin. Il s'agissait forcément d'une personne qui vivait ou avait vécu dans le monde Moldu. Remus espéra avoir des nouvelles de Mary. Qu'elle avait besoin de temps. Qu'elle lui promettait de revenir. Malheureusement, l'écriture ne lui appartenait pas. Au dos, il y lit l'émetteur: Matthew MacDonald. Le frère de Mary. Les yeux tristes de la Professeure réfrénèrent ses espoirs.

Cher Remus Lupin,

Ma sœur, Mary, m'a énormément parlé de vous et de vos amis. Vous étiez sa seconde famille, je le sais. Il me tenait donc à cœur de vous écrire.

Tout d'abord, je m'excuse pour toutes les pertes que vous avez subies cette dernière année. Je vous souhaite beaucoup de courage pour cette terrible épreuve.

J'imagine la peine que vous ressentez. Mary et moi avons vécu la même chose quand les personnes de votre Monde ont tué nos parents. Mary ne cessait de me répéter qu'elle était reconnaissante que je sois parti aux Etats-Unis pour travailler, elle gardait ainsi une personne de sa famille.

Je l'imagine parfaitement. Je vous écris pour vous annoncer que Mary n'était plus capable de vivre avec tout ce chagrin et ce désespoir. Elle a souhaité en terminer avec tout cela. Je ne saurai en écrire plus.

Je m'excuse de vous annoncer cela par courrier, mais je n'ai jamais eu ma place dans votre Monde et je souhaite que vous respectiez le mien.

Matthew MacDonald

PS: Ma sœur vous aimait.

La lettre s'échappa de ses mains et s'envola sur le lit. Remus était pétrifié. Il aurait dû se battre pour inclure Mary à cette vie qui l'attendait. Il aurait dû se battre pour elle. Il l'avait abandonnée, plus jamais il ne la reverrait. Mary était partie elle aussi.

Toute la nuit, il avait cru la revoir à l'enterrement de James et Lily. Il s'était imaginé la serrer dans ses bras et trouver n'importe quel moyen pour qu'elle puisse rester, même si cela signifiait lui cacher Elizabeth.

Mais non. Il n'était pas aussi fort qu'elle le croyait.

— Nous pouvons vous laisser seul un moment si vous le souhaitez, murmura la Professeure McGonagall.

— Merci… Prenez cette lettre, je ne saurai quoi en faire.

Elles sortirent de l'infirmerie, les yeux embués, le courrier dans la main de la Professeure McGonagall.

Il était de nouveau seul avec Elizabeth. Cela serait une habitude maintenant, sauf si son père acceptait de faire partie de cette vie. Elizabeth était toujours inconsciente ou endormie – Madame Pomfresh préférait dire qu'elle était endormie. Il caressa ses cheveux et annonça une énième mauvaise nouvelle.

— Tante Mary est partie rejoindre Papa et Maman.


En début d'après-midi, Remus se leva alors qu'il n'avait pas touché à son déjeuner. Il avait fourni bien des efforts ce matin pour ne pas contrarier Madame Pomfresh, mais à cet instant, il était incapable d'avaler quoi que ce soit. Il n'était pas prêt pour les heures à venir.

— Monsieur Lupin, vous devriez manger, lui conseilla l'infirmière.

— Je n'ai pas faim, madame Pomfresh.

— Ecoutez-moi, Remus. Je pense qu'après tant d'années et de pleines lunes, nous pouvons nous appeler par nos prénoms. Vous n'êtes plus mon élève, mais j'ai assez pris soin de vous pour estimer avoir mon mot à dire. Je vous prie de manger, ne serait-ce qu'une tartine.

Ses poings sur les hanches, elle le consulta d'un air sévère. Remus n'avait pas le choix. Il s'exécuta, malgré les grognements de son estomac. Il continua de la regarder et lui demanda enfin la requête qu'il n'arrivait pas à formuler. Il voulait retarder ce moment, comme s'il n'existait pas.

— Je dois aller à l'enterrement de mes amis, Poppy, dit-il bien que cela lui semblait bizarre de l'appeler par son prénom. Mais je ne peux pas la laisser seule. Vous resterez?

— Je dois aussi m'occuper des élèves de Poudlard, Remus, s'excusa-t-elle.

— Alors je ne pars pas. Je ne voudrais pas qu'elle soit seule à son réveil, répondit-il en se rasseyant.

Derrière lui, Madame Pomfresh n'avait pas bougé. Secrètement, il espérait qu'elle réfléchissait à sa demande. Aussi dur que cela était, il avait besoin de dire au revoir à Lily et James. Il avait tant d'excuses à donner, tant de promesses à tenir.

— Je vais rester, accepta Madame Pomfresh (il en fut soulagé). Si on a besoin de moi, j'appellerai un professeur. Albus et Minerva seront avec vous, mais je trouverai bien un professeur de disponible.

Il ne releva pas la présence de Dumbledore à l'enterrement de ses amis.

— Merci, chuchota-t-il.

Remus déposa un baiser sur le front d'Elizabeth et lui promit qu'il revenait.

Poppy Pomfresh observa le jeune homme sortir de son infirmerie. Elle n'avait aucun mot adapté à lui apporter. Rien ne suffirait à combler un manque si important. Elle savait que seul le temps pourrait l'aider à surmonter cela. Le temps. Et la petite fille allongée sur le lit.

Elle caressa les cheveux de l'enfant et s'abaissa pour lui murmurer à l'oreille.

— Réveille-toi, ma grande. Je connais cette personne depuis près de dix ans. Il se voit comme un monstre, pourtant, il a le plus grand cœur que je connaisse. Il a besoin d'un rayon de lumière dans sa vie, même une petite lueur que tu pourrais lui apporter. Et toi, il t'apportera énormément. Réveille-toi, vous avez besoin l'un de l'autre.

L'enterrement avait été une véritable torture. Il y avait eu tant de monde. Une foule innombrable. Remus n'avait pas réalisé que les personnes viendraient aussi pleurer la disparition d'Elizabeth. Ça avait été tellement dur. Il avait échappé aux accolades de toutes les personnes s'approchant de lui. Il refusait. Il en était incapable.

Il avait eu besoin de respirer avant de retrouver Elizabeth. Il ne souhaitait pas lui transmettre tant d'énergie négative. Ce n'était pas ce dont elle avait besoin à ce moment. Il avait transplané près de lacs en Ecosse. Il avait marché pendant plusieurs heures avant de se résoudre à retrouver Elizabeth, il l'avait déjà laissée bien trop longtemps.

Quand il revint, Remus fut surpris de ne pas trouver madame Pomfresh au chevet d'Elizabeth. Sa filleule n'était pas seule pour autant. Le professeur Flitwick était là. Remus l'entendit lui lire la rubrique Quidditch à voix haute. Les lèvres de Remus s'étirèrent, ce dont elles étaient incapables depuis plusieurs jours. Le Professeur sursauta quand il s'aperçut de sa présence.

— Je suis désolé, chuchota le Professeur en regardant Elizabeth. Elle n'a pas bougé.

— Merci Professeur, d'être resté auprès d'elle.

— Je dois bien cela à mes anciens élèves. Lily et James étaient exceptionnels, chacun à leur manière.

— Elizabeth le sera aussi.

— Je n'en doute pas.

Remus reporta son attention sur sa filleule. En effet, elle n'avait pas bougé d'un millimètre. Sans le rythme cardiaque au-dessus d'elle, il se serait persuadé qu'elle était morte.

Ce n'était pas le cas. Elle survivait, mais ne parvenait pas à ouvrir les yeux. Il ne pouvait que la comprendre. Qui aurait envie de voir l'horreur autour de soi? De vivre avec le chagrin.

— Le Quidditch? changea-t-il de sujet.

— Gryffondor a raflé les coupes et les parents de cette petite y étaient pour beaucoup. Je regrette que Serdaigle n'ait pas remporté la Coupe lors de ces années, mais cette enfant n'a rien demandé, n'est-ce pas?

— Non, vous avez bien fait. Elizabeth adore le Quidditch.

— Qui sait? Elle aussi participera peut-être à ramener la Coupe à sa maison.

Remus approuva. C'était tout ce qu'il souhaitait à Elizabeth. S'il parvenait à lui apprendre à voler sur un balai – ce qui ne serait pas une mince affaire. Elle pourrait elle aussi devenir une grande championne.

Le Professeur Flitwick se leva pour retrouver ses fonctions.

— Elle est entre de bonnes mains avec vous, monsieur Lupin.

Son ancien professeur parti, Remus s'allongea auprès d'Elizabeth et la glissa dans ses bras.

— J'ai réfléchi à ce qu'on pourrait faire tous les deux, Beth.

Après l'enterrement, il avait eu tout le temps d'y penser. Il avait imaginé le meilleur pour Elizabeth. Il avait essayé de comprendre comment James et Lily auraient voulu qu'il agisse avec leur fille.

— Tu vas venir chez moi. Je vais tenir pour toi. On trouvera une solution pour… les mauvaises nuits. Je te lirai des histoires tous les soirs. Je sécherai toutes tes larmes et te prendrai dans mes bras dès que tu en auras besoin. Je te raconterai l'histoire de ton papa et de ta maman. Je te raconterai à quel point ton papa était arrogant, mais à quel point son cœur compensait cela. Je te raconterai à quel point ta maman était douce et forte, à quel point elle m'a aidé.

Il se tut et admira le soleil se coucher pour laisser place à une demi-lune qui brillait de mille feux et où les étoiles illuminaient le ciel. Il désigna le ciel de son index même si Elizabeth était incapable de le voir.

— Regarde comme la nuit peut être belle parsemées d'étoiles, tout comme tes beaux yeux. Si on se force bien, on trouvera toujours du positif même quand on n'y voit que l'horreur. On les trouvera tous les deux, Beth.

Il la lova fort contre lui. Priant Merlin, Morgane, les Quatre Fondateurs et chaque étoile pour qu'elle se réveille.


03 novembre 1981

C'était l'anniversaire de Sirius.

Remus se refusait d'y penser. Il ne pouvait accorder de son temps et de son énergie au responsable de cette trahison. Au responsable de ce drame. Au responsable de ces meurtres. Sirius avait choisi cette terrible voie alors qu'ils l'avaient tous accueilli. Il les avait trahis et Remus ne pouvait perdre de son temps à penser à lui alors qu'Elizabeth avait besoin de lui.

Il s'agissait du troisième jour. Chaque jour, Remus craignait un peu plus la perdre, elle aussi. Il perdait espoir. Chaque minute qui s'écoulait lui prouvait qu'elle n'ouvrirait plus jamais les yeux.

— Pourquoi ne se réveille-t-elle pas? demanda-t-il à Madame Pomfresh quand elle passa la serviette chaude sur le visage d'Elizabeth.

— Elle a besoin d'une raison de vivre, Remus.

Elle esquissa un faible sourire et repartit s'occuper d'élèves de Poudlard. Le match de Quidditch avait une nouvelle fois fait des victimes. Remus réfléchit aux mots de Madame Pomfresh. Il n'avait plus qu'une possibilité avant d'éteindre tout optimisme.

— Beth, il faut que tu te réveilles. Je sais que tu n'auras plus ton papa et ta maman. Quel enfant voudrait vivre sans son papa et sa maman? Je sais que tu n'auras plus ton petit frère. Moi aussi, je croyais avoir tout perdu. Mais c'est faux. Je t'ai toi. Et tu m'as moi, Beth. Je serai toujours là pour toi et je vais te construire une famille… On va construire notre famille. Je te promets que tout ira bien. Je t'aimerai comme ton papa t'aimait. Je te protégerai toute ma vie. Tu es ma lueur d'espoir. Tu m'as moi, Elizabeth.

Il crut sentir les doigts d'Elizabeth bouger entre les siens, mais il rêvait. Il aurait essayé.

Derrière lui, Dumbledore s'introduisit entre les rideaux qui cachaient la présence de la petite fille. Remus savait pourquoi il lui faisait l'honneur de sa présence. Dumbledore avait assez attendu.

— Vous avez réfléchi, Remus?

Oui, il avait réfléchi. S'il devait donner une seconde vie à sa filleule, il devait lui offrir le meilleur. Lily avait été nommée pour une fleur alors il avait pensé aux fleurs préférées de sa propre mère. Il pensait à sa mère tout simplement, Hope – l'espoir. Remus avait enfin l'occasion de rendre hommage à sa mère et Elizabeth représentait l'espoir.

Il déposa un léger baiser sur la petite main de sa filleule qu'il était sûr d'avoir une nouvelle fois senti bouger. Il en était certain, car ses paupières papillonnèrent. Elle ne paniqua pas, car elle sortait d'un sommeil profond. Elizabeth ne réalisait pas ce qu'il se passait autour d'elle.

Sa tête vacilla vers lui. Il sut qu'elle n'aurait pas peur, car il était là. Il sourit et des larmes de joie perlèrent au coin de ses yeux. Il sourit devant les yeux marron clair qui lui rappelaient ceux de James.

Elle était réveillée.

— Parrain…, murmura-t-elle.

— Violet Hope Lupin.


NOTES : «Remus something awful has happened» est une citation de la Fanfiction All The Young Dudes écrite par MsKingBean89 qui est simplement une pépite. Je l'ai reprise ici et je dois admettre que cette fanfiction m'a beaucoup inspirée(et surtout brisée le cœur avant de le piétiner).

«It was James who had an ego the size of a lake but a heart to match it.» est une citation de cette fanfiction. Je l'ai en quelque sorte utilisée pour le discours de Remus.

Je vous conseille aussi la chanson «Until the end» de Chloe Ament. Les paroles ne racontent rien d'autre que l'histoire de Lily et James.


Bon sinon...

Vous attendiez-vous à ce type de chapitre ou êtes-vous surpris-es ? Certain-es m'avaient demandé une fanfic sur les Maraudeurs (que j'aurais adoré écrire si j'avais assez de temps) et je vous avais dit que vous en aurez un semblant... Voilà...

Est-ce qu'il vous a tout de même plu ?

Quand même content-es d'avoir eu un peu de James, Lily, Sirius, Mary et Remus ? ^^ (Okay, on préfère le What If, j'ai compris).

Que pensez-vous de tout ça ? Est-ce que certaines choses font plus de sens à vos yeux ? Le comportement de Mme Pomfresh à l'égard de Violet, celui du professeur Flitwick ? Je voulais aussi donner du sens aux réactions précédentes et à la rancoeur que Remus avait pour Dumbledore dans mon histoire. Car je doute qu'il en ait tant (voire qu'il en ait tout court) dans le canon.

Au prochain chapitre "... et Mat" : La Bataille de Poudlard se termine. Un dernier combat. Le final. Etait-ce vraiment la plus dure bataille de leur vie ?

PS : Je ne sais pas encore si je sortirai le prochain chapitre la semaine prochaine comme prévu ou dans deux semaines, je vais voir... Coeur coeur.