Chapitre 2: "Quand le Passé Frappe à la Porte"

House se tenait là, devant l'entrée du Grayslake General Hospital de Chicago, le regard fixe sur les portes automatiques qui se refermaient derrière chaque patient ou membre du personnel entrant. Il n'avait pas prévu d'y mettre les pieds aujourd'hui, et pourtant, le voilà. La chaleur de l'air humide de Chicago en cette saison contrastait avec la fraîcheur clinique du bâtiment, et pourtant, une étrange sensation d'inconfort persistait dans son ventre, comme une pression qu'il n'arrivait pas à ignorer.

Il avait son habituel sourire en coin, celui qu'il portait chaque fois qu'il savait qu'il allait manipuler la situation à son avantage. Il s'approcha du comptoir de la réception, où une standardiste assise, concentrée sur son écran, ne l'avait pas encore remarqué.

Sans faire de bruit, House fit un léger pas en avant, sa canne frappant le sol avec un bruit net. La standardiste leva les yeux, le regard fatigué, avant de se concentrer sur le visiteur. House, implacable, prit la parole avant même qu'elle n'ait eu le temps de formuler une question.

« Bonjour, » dit-il d'une voix calme et assurée. « Je cherche le bureau de la cheffe du service d'immunologie, Dr. Cameron. »

La standardiste le fixa un instant, puis, comme dans une mécanique bien rodée, elle posa la question automatique : « Vous avez rendez-vous ? »

House s'appuya contre le comptoir avec une nonchalance calculée, feignant de réfléchir quelques secondes à la question, comme si cela lui paraissait presque trop trivial pour être pris au sérieux.

« Je suis Ted Fisher, représentant pour le laboratoire TheraMed Solutions. Vous savez, l'entreprise qui travaille sur les traitements avancés en immunologie. Le Dr. Cameron attend ma visite. Nous avons confirmé les détails hier soir. Elle n'a surement pas eut le temps de vous en informer. Vous savez se que c'est quand on vient d'arriver à la tête d'un nouveau service. »

Il mentionna des détails avec une telle aisance que la standardiste ne put s'empêcher de cligner des yeux. Il parlait avec la précision d'un professionnel, les mots coulant avec une telle facilité que l'on pouvait presque croire qu'il en avait l'habitude. TheraMed Solutions n'était pas une entreprise obscure dans le domaine pharmaceutique, en tout cas selon elle tout était suffisamment crédible pour attirer l'attention.

House prit une petite pause, juste assez longue pour faire naître un doute dans l'esprit de la standardiste. Puis, avec un ton légèrement insistant mais sans brusquerie, il ajouta : « Il est impératif que le Dr. Cameron ait les dernières données avant la réunion de demain. Si elle veut qu'on avance sur les tests, je suis là pour lui remettre les informations dont elle a besoin. »

Il se permit un sourire presque désinvolte, mais déterminé, comme s'il savait que le reste de la conversation ne faisait que confirmer ce qu'il venait de dire. L'urgence perçue dans ses mots, le nom d'un laboratoire réputé – tout cela formait une combinaison suffisamment convaincante pour semer le doute dans l'esprit de la standardiste.

Elle hésita, scrutant House, ses yeux cherchant des indices sur sa crédibilité. Mais la confiance qu'il dégageait, l'assurance avec laquelle il parlait des détails techniques, la tranquillité de son regard… tout cela l'empêchait de douter de ses paroles.

Elle souffla doucement, se mordillant la lèvre inférieure. Après un instant d'incertitude, elle céda. « D'accord... Le bureau du Dr. Cameron est au troisième étage, à gauche après les escaliers. »

House hocha la tête d'un air satisfait, comme s'il s'attendait à cette réponse. Sans perdre une seconde, il se détourna de la standardiste, remit sa canne en place et se dirigea vers l'ascenseur, le pas léger, l'esprit déjà ailleurs. Le bruit de sa canne résonna d'un coup sec contre le sol, et un léger sourire satisfait effleura ses lèvres. Un jeu de plus, et une victoire de plus.

Cameron avait soigneusement choisi l'emplacement de son bureau, un espace ouvert et central, idéalement situé à quelques pas de l'open space où travaillait son équipe. La pièce était conçue pour marier esthétisme et fonctionnalité : des parois vitrées laissaient entrer une lumière douce qui se diffusait harmonieusement, illuminant chaque recoin et rendant l'espace visible de l'extérieur. Cela traduisait son besoin de transparence, une valeur qu'elle considérait essentielle pour instaurer une relation de confiance avec son équipe.

Le mobilier reflétait la personnalité de Cameron : moderne, élégant, mais sans froideur. Son bureau en bois clair était parfaitement organisé, une image de son esprit méthodique. Quelques dossiers ouverts témoignaient d'un travail en cours, et sur un coin, un mug encore tiède trahissait une pause café récente. Une bibliothèque adossée au mur regorgeait de livres aux thématiques variées : des manuels médicaux rigoureux côtoyaient des ouvrages de philosophie et d'éthique, ses passions personnelles. Une plante verte, soigneusement entretenue, donnait une touche de vie et un éclat naturel à l'ensemble.

Dans un coin plus intime, un canapé en tissu gris foncé, accompagné d'une table basse en chêne, invitait à la détente. Cette zone semblait conçue pour des discussions informelles ou des moments de réflexion. Sur la table, une carafe d'eau et deux verres trônaient comme une invitation implicite au dialogue. L'ensemble, chaleureux et accueillant, contrastait subtilement avec la rigueur professionnelle qui émanait du reste de l'espace.

Lorsque House entra, c'était comme si une vague de chaos pénétrait cet ordre soigneusement établi. Sans cérémonie, il alla directement s'installer sur le fauteuil de Cameron, balançant ses pieds sur le bureau avec une désinvolture provocante. Ses mains croisées derrière sa tête, il balaya la pièce du regard, chaque détail captant son attention acérée. Les parois vitrées, la bibliothèque bien garnie, jusqu'à la plante : tout, dans cette pièce, était un reflet fidèle de Cameron, et il ne pouvait s'empêcher de s'imprégner de cette ambiance presque trop parfaite.

Cameron entra peu après, accompagnée de trois membres de son équipe. La scène qui l'attendait la fit s'arrêter net. House, confortablement installé dans son fauteuil, les pieds négligemment posés sur son bureau, semblait étranger à toute notion de limites. Elle fronça les sourcils, hésitant entre indignation et une certaine exaspération teintée d'une émotion plus difficile à identifier.

« Docteur House, lança-t-elle d'une voix sèche. »

House leva les yeux vers elle, un sourire narquois étirant ses lèvres.

« Docteur Cameron. Ou devrais je dire Cheffe Cameron ? Ça a un côté solennel, non ? J'aime bien. »

Un des membres de l'équipe de Cameron, visiblement impressionné, ne put s'empêcher d'intervenir.

« Attendez, le Docteur House ? Le House de Princeton-Plainsboro ? Vous êtes une légende ! Enchanté je suis... »

Il avança pour serrer la main de House, qui le regarda un instant avant de feindre l'indifférence et de regarder droit dans les yeux Cameron.

« Il y en a au moins un qui est content de me voir, lâcha House toujours en fixant Cameron.»

Cameron, visiblement agacée, posa un regard appuyé sur son équipe.

« Vous avez des examens à faire sur le patient de la chambre 6. Je vous rejoins dès que possible.»

Elle attendit qu'ils sortent, referma la porte derrière eux et abaissa les stores. Si elle savait que cette confrontation ne resterait pas sans conséquences, elle voulait au moins épargner à son équipe d'en être témoins. Elle croisa les bras, fixant House avec une fermeté calculée.

« Que faites vous ici ?»

House se redressa lentement, s'appuyant sur sa canne pour se lever. Il prit son temps avant de répondre, savourant manifestement la tension qu'il avait suscitée.

« Pas de petite fête pour votre départ, pas de chocolat pour annoncer la bonne nouvelle, vous déménagez, vous changez de vie... Tout ça sans prévenir. Ça mérite bien une visite, non ?»

Cameron inspira profondément, cherchant à garder son calme.

« Je ne vous dois rien, et certainement pas une explication sur mes choix.»

Sa voix était ferme, mais quelque chose dans son ton manquait de conviction. House, évidemment, ne laissa pas passer.

« Et donc... Vous êtes heureuse ici ? »

Dit il tout en marchant et en observant les bibelots sur sa bibliothèque.

Cette question directe et brutale la désarma. Elle détourna les yeux, comme si elle espérait trouver une réponse dans le vide. Mais elle savait que ce genre d'échappatoire ne fonctionnerait pas avec House.

« Je n'ai pas à vous répondre, lança-t-elle d'un ton acéré. Si votre but est de me déstabiliser, sachez que ce temps-là est révolu. Je ne suis plus celle que vous pouviez si facilement influencer.

House esquissa un sourire en coin, son regard perçant braqué sur elle.

« Vous dites ça, mais vous tremblez presque. »

Cameron sentit une bouffée de colère monter en elle, un mélange de frustration et d'une émotion plus profonde qu'elle n'était pas prête à affronter.

« Sortez de mon bureau House. Maintenant.»

Mais House ne bougea pas. La tension entre eux était presque palpable, une danse silencieuse entre ressentiment et une étrange forme d'attachement. Enfin, il baissa les yeux, comme s'il avait décidé d'abandonner ce duel silencieux.

« Joli bureau, dit-il en se dirigeant vers la porte. Presque trop parfait. Mais ça vous va bien.»

Avant qu'elle ne puisse répondre, il quitta la pièce, laissant derrière lui un silence lourd de sous-entendus. Cameron resta immobile un moment, le cœur battant à tout rompre. Elle se demandait si elle devait pleurer de frustration ou sourire malgré elle.