Hello, voici une nouvelle petite fiction. J'ai déjà terminée de l'écrire, elle est assez courte : 6 chapitres. Les prochains chapitres seront donc posté assez rapidement. J'espère qu'elle vous plaira !
Bonne lecture :)
Chapitre 1
Hermione slaloma entre les passants qui sortaient du métro, ses écouteurs diffusant une chanson de Radiohead. Murmurant les paroles, elle ne vit pas la jeune fille qui s'interposa entre elle et la sortie de la station. Elle observa les lèvres de l'inconnue bouger sans qu'aucun mot ne lui parvienne. Fronçant les sourcils, elle réalisa soudain que la fille lui parlait. Elle retira un écouteur.
— Oui ? demanda Hermione.
— Oh… euh… un flyer ? proposa-t-elle, gênée.
Apparemment, Hermione n'était pas la première à ne pas remarquer cette fille, malgré ses mèches bleues et son gilet multicolore qui contrastaient avec le décor terne du métro. Elle semblait aussi être la première à s'arrêter. Hermione lui adressa un léger sourire.
— Pourquoi pas ?
Elle attrapa le morceau de papier et lut le titre : Exposition d'art.
Autour d'elle, la foule continuait de circuler. C'était un vendredi soir, et tout le monde semblait encore pressé, malgré l'arrivée imminente du week-end. Hermione, pour sa part, venait de terminer sa journée de travail. La pression qui pesait sur ses épaules se dissipait pour les deux jours à venir.
— C'est une exposition de peinture, principalement. Plusieurs artistes exposent, et mes toiles y seront aussi. L'entrée est gratuite, expliqua la jeune fille.
Hermione examina le flyer d'un œil curieux.
— Il n'y a pas que de la peinture, en réalité. Certains dessinent au crayon ou au pastel, mais c'est surtout de la peinture à l'huile. Enfin, il y a aussi de l'acrylique, de la gouache… C'est assez varié, comme les styles, ajouta l'adolescente, qui devait avoir 17 ou 18 ans.
Elle se mordit la lèvre, visiblement mal à l'aise de distribuer ses flyers dans cette station bondée.
— Super. Je vais y réfléchir, répondit Hermione.
La jeune fille s'écarta pour la laisser passer, lui adressant un large sourire.
— Bonne soirée !
— À vous aussi.
Hermione remit ses écouteurs et reprit sa marche en écoutant la chanson là où elle l'avait laissée. La pluie semblait s'intensifier tandis qu'elle se dirigeait vers son appartement londonien. Elle termina sa route en trottinant maladroitement, ses talons résonnant sur les trottoirs mouillés.
Elle aurait pu, comme beaucoup d'autres sorciers, emprunter le réseau de cheminées ou simplement transplaner, mais Hermione aimait Londres. Surtout, elle tenait à rester proche du monde moldu. Elle refusait de devenir complètement coupée de cet univers.
À 27 ans, elle pouvait dire qu'elle avait réussi sa vie, du moins sur le plan professionnel. Elle occupait un poste important au Ministère, au Département de la Régulation des Créatures Magiques, un domaine qui la passionnait. Elle dirigeait une équipe d'une vingtaine de personnes, s'entendait très bien avec ses collègues, et avait même postulé pour un poste au Département des Mystères. Bref, sa vie était bien remplie. Elle voyait encore régulièrement Harry, Ron, et leurs familles au moins une fois par mois pour un déjeuner, un dîner ou un match de Quidditch.
Elle pouvait le dire : elle était heureuse. Parfois un peu seule, certes, mais heureuse.
De retour chez elle, Hermione retira ses talons qu'elle laissa traîner dans l'entrée. Elle savoura la sensation de ses pieds, glacés et endoloris, retrouvant le contact du sol. Sa baguette à la main, elle la posa négligemment sur le plan de travail avant d'attraper le menu de la pizzeria du coin. Le vendredi, c'était soirée pizza. Elle n'avait pas la force de cuisiner.
Une margherita, un verre de vin, et un film plus tard, elle était installée sur son canapé, les pieds sur la table basse. Une position tout à fait exceptionnelle pour quiconque avait connu l'éternelle Miss Je-sais-tout.
Elle n'avait rien de prévu pour le week-end. Bien sûr, elle aurait pu ressortir ses dossiers en retard et tenter de prendre de l'avance sur son travail, mais elle n'en avait ni l'envie ni l'énergie. L'idée de passer un coup de fil lui traversa l'esprit. Ginny, peut-être ? Mais elle savait que son amie jonglait entre les couches et les nuits sans sommeil, trop accaparée par son rôle de jeune maman. Luna aurait été une autre option, si elle n'était pas quelque part à l'autre bout du monde, à poursuivre des créatures aussi mystérieuses qu'improbables.
Allongée sur son canapé, un livre négligemment posé sur son ventre, Hermione fixait le plafond d'un air absent. Ses soupirs ponctuaient le silence de la pièce, trahissant son indécision. Elle finit par se redresser, agacée par sa propre inaction. Peut-être qu'une promenade lui ferait du bien, même si le ciel, lourd et gris, menaçait de libérer une pluie battante.
Ses yeux vagabondèrent entre la porte d'entrée et le salon, hésitant encore. La tentation de rester sous la chaleur de son plaid la retenait, mais l'appel de l'extérieur était plus fort. Elle pesa le pour et le contre avant de céder. Glissant ses pieds dans une paire de baskets, elle attrapa son manteau et noua une écharpe autour de son cou. Tant pis pour la pluie, pensa-t-elle en ouvrant la porte.
Son nez enfoui dans son écharpe, elle déambulait dans les rues de Londres, ses pas errant sans but, emportée par le tourbillon de ses pensées. Elle avait besoin de sortir, de se perdre dans la foule, de trouver un peu de légèreté, même fugace. Mais à son âge, la plupart des sorciers et des sorcières étaient happés par leur carrière ou absorbés par les exigences de la vie familiale. Quant à elle, elle n'avait que le travail. Elle se répétait, presque mécaniquement, qu'elle était heureuse, qu'elle aimait sa vie, mais une voix intérieure murmurait le contraire. Il était temps d'arrêter de se mentir : elle se sentait seule.
Ses doigts manipulaient distraitement un petit morceau de papier, enfoui dans sa poche. Il tournait autour de son index, se pliait et se dépliait sous la pression de son pouce, sans qu'elle n'y prête réellement attention. Puis, en le sentant davantage, elle fronça les sourcils. Une lueur d'éclaircissement traversa son visage. En un instant, ses traits passèrent de l'incertitude à une révélation éclatante, comme si un voile venait de se lever.
Elle tira le morceau de papier de sa poche, légèrement froissé par les plis répétés, témoignant de son oubli au fond du tissu.
Ce flyer.
Hermione n'avait jamais été une passionnée d'art, bien que certaines expositions l'aient parfois touchée, lui offrant des instants de réflexion. Le lieu indiqué n'était qu'à quelques pas de là. Sans hésiter davantage, elle glissa le papier dans son sac et se mit en route.
Elle arriva au hall, le corps engourdi par le froid. En retirant son manteau et son écharpe, elle sentit une chaleur bienvenue envahir son corps, mais ses joues, encore rougies par la morsure du vent, trahissaient l'instant passé à l'extérieur. Elle sourit à la réceptionniste, qui répondit par un regard à la fois distrait et légèrement dédaigneux. Il est vrai qu'Hermione dégageait plus l'impression d'une passante cherchant à échapper au mauvais temps que celle d'une véritable amatrice d'art. Sa tenue, simple et décontractée, semblait mal adaptée à l'élégance du lieu.
Elle prit un guide et se laissa porter à travers les salles, errant sans but précis, s'arrêtant ici et là devant une œuvre. Chaque tableau la fascinait un peu plus : elle s'amusait à en analyser les détails, à déchiffrer les petites descriptions, cherchant à saisir le sens caché derrière chaque choix de couleur ou à comprendre les émotions que l'artiste avait voulu exprimer. L'exposition se révélait être un véritable voyage. Certaines toiles, si sombres, lui donnaient un frisson, comme si elles recélaient une part de mystère. D'autres, au contraire, semblaient éclater de vie, baignées d'une lumière presque irréelle.
Elle s'arrêta soudain devant une toile. Une sensation étrange s'empara d'elle, profonde et insistante. C'était comme si cette œuvre l'avait appelée, comme si elle avait une signification personnelle, cachée, qu'elle seule pouvait comprendre. Les lignes sombres, un noir abyssal mêlé de verts profonds et de bruns terreux, semblaient transmettre une douleur qu'Hermione reconnaissait, une émotion familière, presque intime. Jamais une toile ne l'avait captivée de cette façon. Elle resta là, pétrifiée, absorbée par chaque détail, chaque coup de pinceau. Il y avait quelque chose d'inexplicable dans cette peinture, comme si l'artiste avait puisé dans ses propres souvenirs, dans des moments enfouis au plus profond d'elle-même.
Cherchant des réponses, elle balaya du regard le mur, espérant trouver la petite plaque descriptive qui accompagnait d'ordinaire chaque œuvre. Mais il n'y avait rien. Aucun nom d'artiste, aucun titre. Seulement le silence de la toile.
— Qui est-il ? murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour quiconque.
Elle resta là, figée, absorbée par la peinture, quand elle sentit soudain une présence à ses côtés. Une petite femme d'une quarantaine d'années se tenait là, un manteau rouge tombant négligemment sur ses épaules, et un bonnet violet étrange, d'où s'échappaient des mèches blondes indisciplinées, comme si la coiffure elle-même refusait de se conformer aux règles.
— Cette toile a quelque chose, n'est-ce pas ? dit-elle soudain, sa voix brisant le silence. L'artiste est un homme assez particulier. Poli, mais d'une froideur saisissante.
— Vous l'avez déjà rencontré ? demanda Hermione, l'intérêt piqué.
Les yeux de la femme s'illuminèrent alors, comme si elle venait de toucher un sujet fascinant.
— Oh oui ! répondit-elle avec enthousiasme. Il vient souvent ici, peindre le vendredi soir, dans le musée.
— Vraiment ? fit Hermione, surprise par cette révélation.
— Vous devriez venir le voir un de ces soirs. Il est fascinant, vraiment. Quand il peint, l'air autour de lui semble devenir plus lourd. L'atmosphère de ses œuvres imprègne chaque recoin de la salle.
La femme au manteau rouge et au bonnet violet fixa à nouveau la toile, pencha la tête et poursuivit avec une pointe de nostalgie dans la voix :
— Il ne parle jamais beaucoup. Parfois, j'arrive à lui arracher un bonjour, mais il reste si secret, si mystérieux, qu'il en devient presque… envoûtant. Ses toiles sont le reflet de cette énigme, ne croyez-vous pas ?
Hermione pouvait presque l'imaginer, cette atmosphère lourde, cette présence invisible qui semblait irradier de l'artiste. Elle ressentait la puissance silencieuse de la toile. Elle avait presque envie d'y poser la main, de suivre les contours sombres, presque spectrals, des formes, d'effleurer ces lignes menaçantes, froides et insaisissables, qui semblaient se mouvoir dans un espace tout leur propre.
— Savez-vous son nom ? Il n'est écrit nulle part, remarqua Hermione, sans détourner les yeux de la toile.
Elle était absorbée par un besoin irrépressible de découvrir l'identité de cet artiste mystérieux. Elle ressentait une connexion étrange, comme si la toile, et à travers elle, l'artiste, l'appelaient. Elle avait l'impression qu'un lien invisible se tissait entre eux, un lien que seules les œuvres d'art pouvaient tisser. Elle n'était plus simplement spectatrice, mais partie prenante de l'histoire, une histoire qu'elle ne comprenait pas encore complètement. Elle voulait rencontrer cet homme, comprendre les arcanes de son art, percer le secret de ses créations. Qu'y avait-il dans cette peinture qui la perturbait à ce point ? Pourquoi cette simple combinaison de pigments sur une toile semblait-elle l'hypnotiser, l'engloutir ? Elle qui, jusque-là, observait l'art à distance, se retrouvait soudainement captive, comme si elle n'avait plus le choix que de se perdre dans cet univers.
— Oh, bien sûr… C'est un nom assez inhabituel… Attendez…
La femme plissa les sourcils, plongée dans une réflexion intense, comme si chaque mot qu'elle prononçait nécessitait une concentration particulière.
— Serus… Sonerus… Non, c'est ça… Severus ! Oui, Severus, s'exclama-t-elle enfin.
Un frisson glacé parcourut l'échine d'Hermione, une sensation inexplicable, comme si le temps lui-même s'était suspendu.
— Comment ? demanda-t-elle, sa voix s'éteignant presque, à peine plus qu'un souffle.
— Severus… Mais je ne pourrais pas vous dire son nom de famille, répondit la femme, plongée dans ses pensées.
Hermione sentit l'urgence monter en elle, son cœur battant plus fort. Ses mains étaient devenues moites. Une sensation étrange l'envahit, comme si la toile devant elle prenait vie, que des yeux noirs, insondables, l'observaient dans un silence lourd. Un fantôme semblait surgir, intangible et menaçant.
— Vous en êtes sûre ? insista Hermione, le doute se mêlant à son inquiétude.
— Oui, oui. Un nom aussi étrange que l'homme lui-même, je vous assure.
Le doute se fraya un chemin dans l'esprit d'Hermione. Ce ne pouvait pas être lui. Il devait y avoir d'autres Severus, même si ce prénom était rare. Et pourtant, un pressentiment étrange se faisait de plus en plus fort.
— Serait-ce… Severus Snape ? osa-t-elle enfin, murmurant presque les mots, comme si les prononcer à voix haute la brûlait.
La femme haussait les sourcils, manifestement surprise par la question.
— C'est ça ! Vous le connaissez alors ?
Hermione hocha la tête, le visage marqué par la confusion et l'inquiétude.
— J'en ai entendu parler… Mais je n'avais aucune idée qu'il peignait…
