Après avoir raccroché, Sukuna était resté allongé sur le lit, songeur, le regard baissé sur Kali qui dormait paisiblement contre lui. Sa tête reposait sur son épaule, ses cheveux emmêlés s'étalaient comme un voile sombre sur son torse, et ses mains s'étaient inconsciemment accrochées à sa taille dans une sorte de possessivité instinctive. Sa respiration régulière caressait sa peau nue, légère, presque imperceptible, mais suffisante pour troubler le calme qu'il essayait de s'imposer.

Il resta ainsi, figé, à l'observer. Perplexe. Son esprit, pourtant habitué à la stratégie, à la domination et à la destruction, était étrangement vide, incapable de donner un sens à ce qu'il ressentait.

Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez lui ?

Une vive frustration naissait en son sein face à cette confusion inhabituelle.

Depuis l'ère Heian, il s'était toujours vu comme un être à part. Une calamité, un monstre, une puissance hors de portée des simples mortels. Le Roi des Fléaux n'avait besoin de personne. Il n'avait jamais voulu personne, pas même à son apogée, faisant trembler le Japon tout entier, des plus puissants exorcistes jusqu'au plus faible des humains foulant le même sol que lui. Alors pourquoi cette... crevette, cette petite chose mi humaine mi fléau, occupait-elle autant ses pensées ? Pourquoi ressentait-il ce besoin incessant de la voir, de la toucher, de la savoir près de lui ? C'était insensé.

Ses doigts effleurèrent machinalement une mèche de ses cheveux, qu'il repoussa délicatement. Un geste si incongru venant de lui qu'il se surprit à le faire. Il observa sa main comme si elle lui appartenait à peine, avant de la retirer brusquement.

Ridicule.

Il était incapable de nier l'attirance physique qu'elle éveillait en lui. Cela, au moins, il pouvait le comprendre. Son corps l'appelait, un désir brut, primordial, qu'il savait parfaitement comment assouvir. Mais ce qu'il ne comprenait pas, c'était cette... obsession. Ce besoin de la voir sourire, d'entendre sa voix. Ce sentiment absurde de satisfaction quand elle le regardait comme s'il était autre chose qu'un fléau. Et ça, c'était terrifiant.

Peut-être lui avait-elle jeté un sort sans qu'il s'en rende compte, au final...

Il fronça légèrement les sourcils en la regardant, cherchant à décoder quelque chose dans son visage endormi. Il se rappelait chaque mot qu'on avait prononcé à son sujet à l'époque Heian : monstre, abomination, calamité. Jamais personne n'avait suggéré qu'il puisse être autre chose. Et lui, il s'en fichait. Mieux encore, il avait embrassé cette réputation, s'en délectant. Alors pourquoi la jeune rousse semblait-elle si... différente ? Il appelait cela de la folie... Mais qu'en était-il réellement au fond ?

Et... Qu'en était-il de lui ?

Il n'arrivait pas à mettre un nom sur ce qu'il ressentait. Ce n'était certainement pas de l'amour – ce concept humain lui était totalement étranger, inconcevable, presque risible. Il n'était pas fait pour ça, il ne voulait pas de ça. Mais ce qu'il ressentait pour elle n'était pas simplement du désir, ni même de la simple possessivité, bien que celle-ci soit indéniable. Il voulait qu'elle soit à lui, entièrement, dans tous les sens du terme. Que son esprit, son corps, son cœur lui appartiennent. Qu'elle ne voie que lui, ne pense qu'à lui.

Peut être était il en train de devenir fou, lui aussi...

Kali murmura quelque chose dans son sommeil, bougeant légèrement. Son front se fronça un bref instant, puis elle se détendit à nouveau, s'accrochant un peu plus à lui comme une enfant cherchant un refuge. Sukuna la fixa, partagé entre l'envie de rire et une étrange chaleur dans la poitrine qu'il n'avait jamais connue.

« Crevette... » marmonna-t-il dans un souffle, plus pour lui-même qu'autre chose.

Elle ne l'entendait pas, bien sûr. Mais le surnom lui semblait étrangement juste. Petite, entêtée, fragile en apparence mais bien plus coriace qu'elle ne le laissait voir. Une crevette qui, d'une manière ou d'une autre, avait réussi à s'accrocher à lui, aussi bien littéralement que physiquement.

Déroutant...

AU bout d'un laps de temps qu'il n'aurait pu quantifier, le tatoué poussa un lourd soupire, fermant ses yeux couleur rubis.

Il était temps pour lui de partir. Il le savait.

Vu l'heure plus que matinale qu'il était, Yuji risquait de se réveiller à tout moment... Et si ce stupide gamin ouvrait les yeux pour se retrouver dans cette position... Cette simple pensée le fit grimacer. Il n'avait pas envie de laisser Yuji se retrouver au centre de quelque chose qui ne concernait que lui.

Avec précaution, il glissa son bras sous Kali, la déplaçant doucement pour s'extraire de son étreinte et la repositionner sur le matelas. Elle gémit faiblement, visiblement mécontente de cette brutale distance entre eux. Il resta immobile, retenant son souffle. Une part de lui espérait qu'elle se réveille, qu'elle lui parle, qu'elle le retienne. Mais elle ne bougea pas. Elle finit par se calmer, se blottissant contre l'oreiller à la place.

Il se leva, un poids étrange pesant sur sa poitrine. C'était comme s'il laissait une partie de lui-même derrière. Une idée ridicule, bien sûr. Il n'avait pas de place pour ce genre de faiblesses. Il était Ryomen Sukuna, et ce qu'il ressentait pour cette femme – quoi que cela puisse être au final – ne changerait rien à ce qu'il était.

Alors pourquoi était-il si difficile de détourner les yeux ?

Il s'arrêta un instant à la porte, jetant un dernier regard sur sa silhouette endormie. Puis, sans un mot, il quitta la pièce, le bruit de ses pas résonnant faiblement dans le couloir sombre. De retour dans la chambre de Yuji, il se laissa tomber sur le lit, croisant les bras derrière sa tête, les yeux fixés sur le plafond. Il n'était pas fatigué, mais ses pensées s'agitaient, chaotiques, un tumulte qu'il ne savait pas apaiser.

Elle devait à tout prix perdre ce stupide pari. Et ça le plus rapidement possible.

C'était devenu une obsession. À chaque instant, il y pensait. L'idée qu'elle puisse tenir bon, qu'elle réussisse à lui résister, le rendait fou.

Pas seulement à cause de son orgueil, bien qu'il n'en manque pas.

C'était plus profond que ça. Il voulait la voir céder, sombrer encore un peu pour lui. Qu'elle abandonne ce défi ridicule et qu'elle vienne à lui, pas par obligation, mais par désir brut.

Par besoin. Aussi vital que l'état pour elle l'énergie occulte qu'il lui fournissait.

Il voulait qu'elle ne pense qu'à lui, qu'elle ne désire que lui. Qu'elle ne respire que pour lui. Cette idée le hantait, au point qu'elle avait pris une place qu'il n'avait jamais laissée à personne. Et cela le désarçonnait autant que cela le fascinait.

Au début, il s'était dit que ses sentiments n'avaient aucune importance. Ce qu'elle pouvait ressentir ne valait rien. Ce n'était pas ce qu'il cherchait. Tant qu'il pouvait la posséder, que ce soit de gré ou de force, tout le reste était futile.

Mais maintenant, cette simple idée ne suffisait plus...

Il voulait plus.

Beaucoup plus.

Il voulait voir cette étrange étincelle briller dans ses yeux quand elle le regardait, comme si elle percevait quelque chose en lui qu'aucun autre être n'avait jamais vu. La façon qu'elle avait de venir vers lui, de toujours le choisir, peu importe les dangers, peu importe les conséquences. Cette ténacité qui l'irritait autant qu'elle le captivait.

Et sa voix... Il n'arrivait pas à la chasser de son esprit. Cet accent étranger qui rendait son nom différent de tout ce qu'il avait jamais entendu. Lorsqu'elle le prononçait, c'était comme si quelque chose en lui s'allumait, un feu qu'il ne parvenait pas à éteindre.

Il repensait à leurs ébats, aux soupirs qu'elle avait laissés échapper, à la manière dont elle avait prononcé son nom dans un souffle tremblant, comme une prière. Il voulait l'entendre à nouveau, la sentir frissonner sous ses mains, voir son regard voilé par le désir qu'il éveillait en elle. Mais ce fichu pari l'en empêchait. Et ça le rendait fou.

Deux jours. Cela ne faisait pourtant que deux jours.

Il serra les poings, crispant ses mâchoires, incapable de masquer son mécontentement abyssal teinté d'une frustration gargantuesque.

Cela n'avait aucun sens. En si peu de temps, elle avait réussi à le rendre incohérent, incapable de penser à autre chose. Chaque seconde qu'il passait sans elle était une torture déguisée qu'il ne savait pas gérer.

Il la voulait. Maintenant, demain, pour toujours. Et pas seulement son corps – même si son désir pour elle était incommensurable. Il voulait plus que ça. Il voulait tout. Il voulait qu'elle soit à lui, entièrement, qu'elle ne voie que lui, qu'elle ne respire que pour lui.

Et cette obsession, il le savait, risquait de le consumer, rendant bien plus ardu ce foutu pari qu'il avait dans un premier temps avec une désinvolture à présent évaporée.

Mais qu'importe. Si elle finissait par céder, si elle finissait par sombrer pour lui... alors seulement il retrouverait un semblant de paix.

Hélas, pour l'instant, il était prisonnier de ses propres pensées.

De cette petite humaine aux cheveux de feu et au regard d'or qu'il ne parvenait pas à comprendre.

De cette crevette qui, sans même qu'il ne s'en rende compte, avait réussi l'exploit de capturer la moindre de ses pensées, à lui, le Roi des Fléaux...

Il fallait que cela cesse.

Demain soir... Demain soir, il se le jurait, il mettrait fin à ce jeu insensée. Il la ferait craquer, remporterait le pari et pourrait ainsi la faire sienne à nouveau.

Ainsi, tout rentrerait dans l'ordre et toutes ces pensées parasites cesseraient enfin de l'obnubiler sans cesse.

Tout du moins... Il l'espérait.

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Mot de l'auteur:

Hello tout le monde! Cela faisait un moment je sais... Je ne vais pas m'étaler sur toutes les péripéties qui m'ont éloigné de la plume, seulement sachez que je suis bien contente d'être de retour.

Je n'ai jamais voulu abandonner l'histoire de Sukuna et de Kali. C'était pour ça que je vous avais demandé des idées de HS sur nos deux tourtereaux pour essayer de relancer la machine. Cependant, ça n'a pas marché, malgré vos supers idées (je m'en servirais pour de futurs HS peut être !)

Au final, j'ai voulu reprendre l'histoire là où je l'avais laissée. Je ne me sentais pas de reprendre avec le gros chapitre que va être la nuit 3, du coup j'ai fait cette petite ellipse, en m'attardant sur notre Susu national.

Dans tous les cas, merci pour votre patiente, j'espère que même court ce chapitre vous aura plu!

On se retrouve pour cette fameuse et tant attendue nuit 3 au prochain chapitre! Des bisous!