Nouveau chapitre, j'ai vu les premières reviews, merci beaucoup !

J'espère que vous allez autant apprécier ce deuxième chapitre.

Bonne lecture !


Chapitre 2

Severus Snape, artiste peintre. C'était ce qu'Hermione Granger tapait dans la barre de recherche en rentrant chez elle. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas entendu parler de lui. Depuis la fin de la guerre, le monde sorcier avait retrouvé une certaine stabilité, et personne n'avait revu Severus Snape, pas même après son procès. Jusqu'à aujourd'hui.

Enfin, elle ne l'avait pas vraiment revu. Elle avait plutôt découvert l'une de ses toiles.

Elle n'arrivait pas à y croire. Pourtant, les résultats sur Google semblaient confirmer les propos de la curieuse femme du musée. Snape avait quitté son rôle de professeur et de Mangemort pour se consacrer à la peinture. Il avait même créé un site internet où ses œuvres étaient exposées, avec une option pour les acheter. Bien qu'il ne fût pas encore très connu, certaines de ses pièces étaient proposées à des prix suffisamment élevés pour indiquer qu'il jouissait tout de même d'une certaine reconnaissance dans le milieu. Mais qu'était-ce à attendre d'autre de Severus Snape ? Il ne se lançait jamais dans une entreprise sans être certain d'y exceller. Elle le savait bien. Elle avait vu ses résultats aux ASPIC, et même lu certains de ses essais de potions publiés dans ses magazines préférés. Et surtout, elle avait passé de nombreuses heures à parcourir son livre de potions. Personne ne le savait, mais elle était tombée sous le charme de son esprit brillant. Bien sûr, à l'époque, il était l'horrible Snape, le professeur de potions de Poudlard redouté. Mais malgré lui, malgré son caractère acariâtre, elle l'avait admiré.

La première chose qu'elle vit en haut du site était son nom : Severus Snape, artiste petite photo, en haut à droite, mais tout de même reconnaissable. Il ne souriait pas. Pourtant, il semblait plus détendu. Habillé de ses éternels vêtements noirs, il n'était pourtant pas dans ses robes de sorcier habituelles, coincé dans cette redingote boutonnée jusqu'à son menton.

Elle fixa longuement chaque toile. Celle de l'exposition lui sembla familière. Mais à travers un écran, les peintures ne rendaient pas la même chose. Elle aurait tant aimé les voir en vrai.

Elle passa tout son dimanche à explorer Internet, cherchant des informations sur Severus Snape. Mais elle dut se rendre à l'évidence : à part son site et un article succinct sur ses œuvres, il n'y avait rien d'autre.

Finalement, elle dut revenir à la réalité le lundi. Toute la semaine, elle se sentit à côté de la plaque, incapable de se concentrer. Elle ne savait pas si elle devait y aller vendredi. Elle serait heureuse de simplement le voir peindre. Mais et lui ? La dernière image qu'il avait d'elle, c'était celle de la Miss Je-sais-tout de Poudlard.

Il ne semblait pas se cacher, mais cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas été vu dans le monde magique qu'il ne semblait pas non plus vouloir être retrouvé. Elle avait également hésité à en parler à Harry. Le « garçon qui a survécu » lui poserait probablement une multitude de questions, et finirait par partir à la recherche de Snape, pour lui en poser encore davantage. Severus Snape s'était éclipsé, et Harry n'avait jamais eu la chance d'en apprendre plus sur sa mère de vive voix. Il ne possédait que ses souvenirs.

Le vendredi fut encore pire. À tel point que son assistante, Lila, lui demanda si elle n'était pas malade et si elle ne souhaitait pas rentrer chez elle. Hermione tenta de la rassurer en lui disant que tout allait bien.

— Madame Granger, vous n'avez vraiment pas l'air dans votre assiette. Nous sommes vendredi, je peux m'occuper du reste.

Hermione prit son visage entre ses mains, ses coudes posés sur le bureau.

— Tu as raison.

Elle regarda l'heure. Ce n'était même pas si tôt, presque 16h30. Elle pouvait bien y aller.

— Fais ce que tu peux et rentre chez toi. Ne t'inquiète pas pour le reste, rien n'est urgent.

— Bien, madame, répondit la jeune femme.

Hermione enfilait son manteau pendant que Lila prenait quelques dossiers sur son bureau.

— Et Lila ?

— Oui ?

— Merci, dit simplement Hermione.

Finalement, l'ancienne Gryffondor sortit du ministère. Une fois dans la rue, elle se dirigea instinctivement vers le métro, empruntant le même trajet que pour rentrer chez elle. C'est alors qu'une petite flamme s'alluma en elle.

Il fallait qu'elle arrête d'avoir peur. Il ne allait pas la manger. Et puis, après tout, même s'il la renvoyait, il ne pouvait pas l'empêcher d'admirer ses toiles.

Décidée, elle se dirigea vers l'exposition. Elle entra dans le hall. Cette fois-ci, la réceptionniste la regarda passer d'un air morne. Apparemment, son tailleur passait beaucoup mieux que le vieux jean du week-end dernier. Elle s'avança vers la salle où la toile était exposée, et là, elle le vit.

Il était installé sur un tabouret, face à sa toile. Devant lui se dressait un chevalet, et il tenait une palette de couleurs dans une main, un pinceau dans l'autre. Penché vers son œuvre, le dos légèrement voûté, les jambes écartées, il semblait complètement absorbé. Mais ce n'était pas tant sa posture qui surprenait Hermione : c'était plutôt ses vêtements.

Sur la photo de son site, il lui avait déjà semblé différent. Mais ici, la vision qu'elle avait de lui était encore plus déroutante. Il portait un vieux pantalon noir, constellé de taches de peinture, comme s'il s'en servait régulièrement de chiffon. Sa chemise noire, elle aussi marquée de quelques éclaboussures, était entrouverte au col et rentrée négligemment dans son jean.

Ses cheveux, attachés en catogan, s'échappaient par endroits en mèches rebelles qu'il repoussait parfois derrière ses oreilles d'un geste distrait. Chaque fois qu'il le faisait, le pinceau qu'il tenait dans l'autre main effleurait son visage, menaçant de le tâcher de peinture.

C'était étrange, presque irréel, de voir Severus Snape assis au milieu d'une salle d'exposition d'art, un pinceau à la main, concentré sur sa toile. Hermione, fascinée, n'avait d'yeux que pour lui. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle sembla prendre conscience du reste de la salle. Elle n'était pas la seule à l'observer. Quelques visiteurs curieux s'étaient arrêtés à une distance respectueuse, captivés par la scène inhabituelle.

Elle s'avança doucement, attirée par la toile en cours de création. Elle voulait voir de plus près cette nouvelle œuvre qui prenait forme sous ses yeux. Elle plissa légèrement les paupières, tentant de décrypter le chaos apparent des traits et des taches de peinture. Pourtant, aucune logique, aucun sens évident ne semblait émerger. Alors, elle abandonna toute analyse, laissant son esprit suivre les coups de pinceau glissant sur la toile, les éclats de couleur, les ombres et les lumières soigneusement ajoutées ici et là.

Le temps semblait s'être arrêté. Elle ne remarqua même pas les minutes défiler, hypnotisée par la scène.

Lui aussi paraissait imperméable au monde extérieur. Totalement absorbé par son travail, il évoluait dans une bulle, comme s'il était dans un autre univers, bien loin de l'agitation de la salle.

La dame au drôle de chapeau avait vu juste. Quand il peignait, l'air semblait se densifier, chargé d'une énergie particulière. Comme si, tout à coup, elle devenait pleinement consciente de chaque détail de son environnement : le murmure feutré des visiteurs, les craquements légers du parquet sous les pas, et surtout, le son discret mais hypnotique du pinceau effleurant la toile.

Hermione finit par s'asseoir sur l'un des bancs de la pièce, à une distance raisonnable. Elle espérait qu'il ne la remarquerait pas. Elle n'avait aucune intention de perturber son travail. L'observer ainsi, à la fois si vulnérable et si maître de son art, suffisait amplement. Pour l'instant, elle se contentait d'être une spectatrice discrète, absorbée dans cette atmosphère presque sacrée qu'il créait autour de lui.

Elle ne sut combien de temps s'était écoulé depuis qu'elle s'était installée à l'observer. Perdue dans ses pensées, le temps semblait suspendu. Ce fut son mouvement qui la ramena à la réalité. Severus Snape émergea lentement de sa transe créative. Ses paupières papillonnèrent légèrement, et il se redressa, étirant sa nuque dans un mouvement qui fit craquer sa colonne vertébrale.

Hermione le regarda ranger son pinceau avec une précision presque cérémonieuse, puis refermer hermétiquement un petit pot de diluant. Enfin, il recula d'un pas, observant sa toile avec un œil critique. Elle remarqua alors un léger rictus sur ses lèvres, un pli familier qui la ramena des années en arrière, dans les cachots de Poudlard, lorsqu'il évaluait une potion qui ne répondait pas à ses exigences.

Il n'était pas satisfait. Cela se lisait dans ses traits tendus, dans la manière dont son regard scrutait chaque détail de son œuvre comme s'il cherchait à en démêler les défauts invisibles au reste du monde.

Hermione hésita encore un instant, les mains légèrement moites, mais la petite femme de l'autre jour la devança. Elle bondissait presque sur place en s'adressant à l'ancien professeur. Hermione observa la scène à distance, fascinée. Severus Snape avait l'air passablement agacé. Tout dans son attitude, de la crispation de sa mâchoire à la manière dont il serrait les poings, trahissait son irritation. Il semblait faire un effort surhumain pour ne pas dégainer sa baguette et envoyer la femme virevolter hors de la salle.

Quand enfin l'excentrique sembla remarquer qu'il était fatigué et plus tout à fait attentif à ses babillages, elle se recula, lui lança un sourire radieux, et lui souhaita une bonne soirée avant de disparaître.

Snape se pinça l'arête du nez avec une lassitude évidente, comme s'il tentait de rassembler ses forces après cette interaction. C'est à ce moment-là qu'Hermione se décida. Elle inspira profondément et se leva, marchant lentement vers lui. Après tout, elle ne pouvait pas faire pire que la femme au chapeau, n'est-ce pas ? Tant qu'elle se retenait de sautiller sur place, elle aurait peut-être une chance de s'en sortir sans être transformée en crapaud. Même si, techniquement, il aurait tout à fait le droit de lui jeter un sort.

— Bonsoir, dit-elle d'une voix douce, presque timide.

Snape tourna lentement la tête dans sa direction, ses yeux noirs lançant un éclat d'exaspération avant qu'il ne la reconnaisse. La réplique cinglante qu'il s'apprêtait sans doute à lui asséner s'éteignit avant d'atteindre ses lèvres.

— Miss Granger ? dit-il, visiblement surpris, un sourcil s'élevant légèrement.