Bonjour tout le monde !

Première participation au Calendrier de l'Avent organisé par Almayen, merci à elle d'avoir lancé ce concept très chouette. \^^/ Aujourd'hui, on offre un cadeau à Misty, qui avait demandé, parmi sa liste de joujous, poupées et un tyrannosaure mécanique cracheur de flammes, une histoire Disney.

Alors, soucieux de satisfaire son rêve d'enfant, le Père Noël a missionné son meilleur lutin pour lui écrire la plus belle des histoires (Ouais, c'est tout ce qu'il peut faire. Parce que même le Père Noël n'a pas les droits pour lui produire une poupée sur-mesure sur une licence de la marque aux oreilles rondes.).

Sauf que, malheureusement, ce lutin a eu une crise d'appendicite. (Il va bien.) Mais il se trouve que je le connais, ce gars ! Et comme j'lui dois du pognon, il m'a dit qu'il effacerait mon ardoise si j'écrivais un truc à sa place.

Donc voilà ! :D Une petite histoire sur La Princesse et la Grenouille. Misty, j'espère qu'elle te plaira. Joyeux Noël et bonne lecture !


Le conte de l'oiseau sans plumes

L'aube commençait à se lever. Il le sentait dans toutes les fibres de son corps. Même si en réalité, il faisait encore nuit. C'était le problème, quand on vivait dans les zones les plus sombres du bayou: quand il faisait jour, en réalité, il faisait nuit.

L'être prit un instant pour méditer sur la profondeur de ses propres paroles et échoua. Pas difficile d'en deviner la raison; il avait faim. Alors, en relation étroite et directe avec son estomac, son instinct pris le dessus. Il leva le regard et aperçut, sur un nénuphar, une masse comestible. Crapaud. C'était le nom de son futur petit-déjeuner.

Miam.

C'était maintenant que tout se jouait. L'être remonta lentement à la surface, ne laissant dépasser que ses yeux et ses narines. Il en profita pour reprendre une inspiration, la plus légère possible. Son regard était fixé sur le crapaud, dont la perspective de l'éclatement des nombreuses pustules qui parcheminaient sa peau, promettait une saveur supplémentaire sous ses crocs.

Miam, songea-t-il, avant de froncer son long nez. M'ma n'aimerait pas ça... C'était un miam avant d'avoir pu prendre une bouchée. M'ma disait toujours qu'il ne fallait pas faire miam avant d'avoir le repas qui lui descendait dans le gosier. Mais il aimait bien se dire miam, et rêver son futur plat. Parfois, les gumbos de M'ma lui manquaient. Mais M'ma disait qu'il était trop âgé pour manger son gumbo, et qu'il devait trouver quelqu'un pour les lui préparer.

Alors en attendant, il était bon pour croquer quelques crapauds lents et oiseaux peu véloces.

Reportant son attention sur sa future proie, il se mit en position, tout comme M'ma lui avait appris. Le tout était d'agir au bon moment. Son espèce n'était pas réputée pour être bonne à la chasse. Il préférait attendre que son repas lui tombe tout rôti dans le gosier. Le crapaud quittait un nénuphar pour se diriger vers une branche épaisse à petits bonds clapotants. Si la proie parvenait à grimper sur la branche, c'était fichu. Alors il devait agir avant, calcula-t-il.

Oh, ce crapaud promettait d'être délicieux. C'était une femelle, adulte, et elle portait des œufs.

Miam!

L'être aimait manger des œufs, quand il avalait une proie. C'était comme manger un repas dans un repas. Un nouveau bond et le crapaud passa à portée de son museau allongé.

Il fallait agir… maintenant!

Vif comme l'éclair, il entrouvrit une gueule d'expert et la referma aussitôt dans un clap qui traduisait la réussite de son plan. Il sentit avec satisfaction une petite masse danser sur sa langue, avant de disparaître dans son gosier quand il avala.

Miam! Miam! Il pouvait le penser, maintenant! M'ma serait fière de lui !

A présent que son ventre était rassasié pour le moment, il envisagea de rester à la surface pour profiter un peu de soleil. Bien entendu, il n'était pas assez avancé dans la hiérarchie de son groupe pour bénéficier du meilleur coin ensoleillé, celui où toutes les femelles cherchaient le mâle le plus apte. Mais il connaissait un endroit privilégié que les autres laissaient en paix.

Parce que ce coin était près d'un passage d'humains. Ils circulaient régulièrement dans le bayou en créant de grosses vagues. Les humains ne savaient pas nager très bien, et avaient apprivoisé une sorte de gros reptile servile et nauséabond, qui lui, savait nager. Ils voyageaient sur son dos et fendaient l'eau rapidement.

Personne n'avait jamais réussi à communiquer avec ces reptiles-là. Ceux qui s'étaient approchés un peu avaient dit que l'animal n'était pas vivant, mais fait de bois – ce qui était impossible! Et ceux qui s'étaient approchés encore plus… n'étaient plus là pour en parler. L'être eut une pensée pour P'pa, qu'il avait au final très peu connu.

Les humains avaient fini par conquérir le bayou. Pas TOUT le bayou, heureusement. Mais les canaux principaux n'étaient désormais plus ceux de son peuple. Personne n'aimait les humains, parmi son peuple. On les trouvait bruyants. Trop colorés. Perturbateurs.

Mais bon…

Tant qu'on ne s'approchait pas trop d'eux, les couloirs empruntés par les humains étaient généralement vides de crocodiles. Et ensoleillés. C'était quelque chose qu'il aimait faire, depuis quelques temps.

Surtout que, depuis quelques temps, un spectacle ne cessait de l'émerveiller. Un spectacle venu des humains, justement.

Tiraillé par sa curiosité, l'être se remit à nager souplement. Slalomant parmi la végétation, faisant s'enfuir les oiseaux par sa seule présence, il finit enfin par arriver à destination.

Sur une rive, les humains avaient bâti une sorte de nid en arbre coupé et taillé. Sur l'eau, il y avait une petite avancée d'arbre taillé, pour pouvoir descendre plus facilement des gros reptiles qui leur permettaient de nager à travers le bayou. Et par chance, aujourd'hui, il y avait déjà un humain dans le nid.

Il lui avait fallu de nombreuses journées, pour arriver à s'approcher aussi près sans effrayer l'humain. Mais aujourd'hui, il savait qu'il pouvait venir sans peur.

Il se serait approché, de toute manière.

Le son qui se dégageait du nid d'humain était unique en son genre. C'était le plus beau de tous les sons. Et l'on pouvait l'entendre de très loin.

Avec le temps, l'intrigue avait laissé place à l'émerveillement, puis à la frénésie. Sitôt que ce son résonnait dans le bayou, il accourait pour l'écouter au plus près de sa source.

Le son venait d'un humain. Un humain qui avait entre les pattes un objet jaune brillant. Ce n'était pas un oiseau, même s'il portait un bec. Et l'humain ne semblait pas le manger, même s'il le portait à la gueule. Et en appuyant sur le ventre de l'oiseau étrange, les sons étaient différents.

Ce détail-là, le coup des sons différents, il lui avait fallu de nombreuses journées pour le comprendre. Mais il avait observé cet humain, tous les jours, patiemment. Il savait être très patient. Et son esprit curieux en avait conclu une chose: les humains se servaient de cet oiseau sans plume pour faire un joli son.

Ce qui était logique, quand on y réfléchissait…

L'humain releva la tête et leurs regards se croisèrent. L'humain retroussa ses babines en un sourire plein de crocs aplatis:

- Tiens! Te revoilà, p'tit gars. Alors, ça te plaît? Celle-là, elle s'appelle Petite Fleur. C'est un des morceaux les plus célèbres d'un grand joueur de jazz.

Il s'interrompit un instant et le dévisagea, avant d'éclater de rire. Les humains étaient capables de rire. Tout comme lui…

- Mais regarde-moi! Je parle à un crocodile! T'es un quoi, toi? T'es un mâle ou une femelle?

Le soleil qui se levait faisait scintiller le corps de l'oiseau sans plumes que tenait l'humain. Il semblait s'enflammer entre ses mains. Et depuis la masse d'eau où il était réfugié, l'être ne pouvait s'empêcher de le regarder. De l'admirer. Il n'avait plus qu'une seule envie: que l'humain arrête de parler avec sa bouche, et commence à faire chanter ce petit oiseau brillant.

Pour manifester son mécontentement et son impatience, il ouvrit et fit claquer sa gueule, projetant un peu d'eau autour de lui.

- Quoi? Je t'ai vexé? Ah, c'est que tu dois être une nana, alors! rit l'humain.

Pour le plus grand plaisir de celui qui était en-dessous, le bipède s'approcha de la plate-forme en arbre coupé et replia ses longues jambes sous son corps maigre. A présent… Ils étaient encore plus proches qu'avant. Plus proches qu'ils n'avaient jamais été. L'humain s'apprêta à porter l'oiseau à ses lèvres et suspendit son geste:

- Bon, t'as écouté du Bechet… Et si on jouait de l'Armstrong? Celle-là, tu vas voir, tu vas l'adorer…

Il prit une inspiration et appuya sur le ventre de l'oiseau. Le volatile brillant chanta de sa voix magnifique un son qu'il aima immédiatement. C'était beau. Juste beau. Beau comme un bon repas et une sieste au soleil. Beau comme le gumbo de M'ma. Beau comme une nage un jour de chaleur.

Et soudain, maintenant qu'il était aussi près et qu'il pouvait vraiment le voir, l'être eut une révélation: l'humain ne faisait pas que tenir l'oiseau et lui appuyer sur le ventre. L'humain soufflait dans le bec de l'oiseau. Et c'était ce souffle qui permettait à l'oiseau de chanter si bien…

- Eh! T'as un bon sens du rythme! s'écria l'homme en s'interrompant brièvement.

Tout à son écoute du joli chant de l'oiseau, l'être n'avait pas pris attention que sa tête s'était mise à bouger en rythme. Et… sa queue battait l'air de manière inélégante, aussi.

Si M'ma voyait ça…

L'humain éclata de rire… et étrangement, lui aussi. Un résidu de quelque chose en lui souffla que c'était dangereux, de faire ça. Les humains et les gars comme lui n'avaient rien en commun, et qu'il risquait d'avoir de gros problèmes… Mais ses craintes furent étouffées lorsque soudain, le bipède écarta l'oiseau de sa gueule et le retourna. Maintenant, le bec de l'oiseau était… dans la direction de sa gueule à lui.

- Allez… Tu veux essayer, p'tit gars?