Trois jours.
Cela faisait à présent trois jours que Kali avait quittée le sanctuaire.
Personne n'avait de nouvelles sur son état. Ni sur le lieux où elle se trouvait.
Gojo, une fois informé de la situation, s'était contenté de hausser les épaules avec désinvolture, déclarant que c'était peut être la meilleure chose qui pouvait se passer.
Yuji, lui, était bien moins tranché sur la question. Il était indubitablement ravi de savoir l'européenne éloignée du démon. Cependant il ne pouvait s'empêcher de ressentir une vive inquiétude quant à l'état de l'hybride. Elle était partie d'ici blessée, coupée de l'énergie de Sukuna qui servait d'alimentation à son pentacle défaillant.
Pourrait elle vraiment survivre sans lui ?
Malgré la confiance qu'il avait en Hiroaki et en Prasad, le 'père' de la rousse, dans leur volonté de la protéger, ils étaient demeurés impuissants à trouver une solution viable pour la demoiselle, la poussant finalement à unir son âme à celle du fléau tatoué. Seraient ils capables, cette fois ci, de pallier à ce problème ?
Il l'espérait de tout son cœur…
Sukuna, pour sa part, était également très partagé par rapport à l'état de fait actuel. Pour des raisons très différentes cependant. La situation présente ne lui plaisait pas du tout. On lui avait dérobé son jouet, son seul passe temps disponible. Son espace intérieur avait retrouvé son silence pesant et glacial habituel à présent qu'il était tronqué du lien unissant son âme à celle de la crevette, le rendant plus vide que jamais. Il ne pouvait plus percevoir la palpitation papillonnante et maladroite de l'énergie de l'hybride, limitant ses interactions possibles qu'au crétin d'adolescent lui servant de réceptacle et le haïssant au plus haut point.
Une galère absolue.
Un ennuie mortel.
Cette absence injustifiée rendait définitivement son emprisonnement plus insupportable qu'auparavant.
Jamais le tatoué aurait pu imaginer que la mise en suspend de son pacte avec la rousse se ferait autant ressentir, le contrariant un peu plus encore.
Il lui manquait quelque chose.
Cette troisième nuit, Ryomen prit le contrôle du corps de Yuji, allant errer sans but dans les couloirs déserts du sanctuaire. Il n'y avait à présent plus personne à aller réveiller en sursaut. Reniflant faiblement, le démon se dirigea finalement vers le salon silencieux, se laissant lourdement tomber sur le canapé en cuir où seul l'incarné en forme d'ourson armé de gants l'attendait. Il vint se saisir de la télécommande, allumant la télévision avant de se mettre à fouiller dans le programme de vidéos à la demande.
Parce qu'en réalité, contrairement à ce qu'il s'était amusé à faire croire à la petite demi démone, il savait depuis longtemps se servir de rectangle en plastique pour choisir une série. Il s'avérait juste qu'il était plus distrayant pour lui de la taquiner avec ça, lui arrachant des soupires alors qu'il exigeait d'elle de lui mettre telle ou telle émission sanglante.
Depuis quelques jours, il devait à nouveau le faire lui-même.
A force de chercher quoi regarder pour se changer les idées, Sukuna finit par tomber sur la série avec les dragons qu'il avait tant apprécié. A peine eu-t-il arrêté son curseur dessus qu'un extrait se lança, montrant la mère des lézards géants en pleine action, ses longs cheveux de lune ondulant dans le vent. Cette apparition arracha une grimace au tatoué, le faisant un peu se crisper ses doigts sur la télécommande qu'il tenait toujours. Presque instantanément, l'image de Kali lui revint en mémoire. Son sourire d'abord. Puis ses larmes. Son corps inerte et moribond aux pieds de son trône de crâne, sa gorge gracile broyée par ses propres mains.
Déplaisant.
D'un coup sec, il éteignit l'écran numérique, se plongeant dans une obscurité totale où seule la lueur brulante de son regard brillait encore, son souvenir se dissipant aussi vite qu'il était apparu. Au bout de quelques secondes, le fléau millénaire poussa un puissant soupire, jetant le bout de plastique sur le canapé avant de se lever, enfonçant ses mains dans les poches de son short.
Qu'est ce qui clochait chez lui ?
Depuis le départ de la crevette, une drôle d'émotion, somme toute très désagréable, semblait lui coller à la peau.
Certainement les pleurnichages continuels de Yuji qui rejaillissaient sur lui…
De mauvais poils, le démon couronné s'enfonça dans les couloirs obscures, se dirigeant sans même sans rendre compte vers la chambre de Kali. Il demeura une poignée de secondes face à la porte close, hésitant un peu, avant d'entrer.
L'espace était, bien entendu, complètement désert. Yuji avait ramené l'énorme peluche de tigre pour la poser sur le lit de la jeune femme, faisant un rien tiquer Sukuna. L'adolescent avait également ramassé des papiers qui trainaient au sol, les rassemblant sur le bureau, rendant un aspect ordonné à la pièce inutilisée. Une moue aux lèvres, Ryomen s'approcha du jouet géant, le scrutant avec mauvaise humeur.
N'était-elle pas un peu trop grande pour jouer aux petites filles ? Et pourquoi diable cet animal synthétique avait-il des yeux rouges ?
Doucement, il tendit la main vers le félin démesuré, passant ses doigts contre sa douce fourrure, suivant les traits qui ornaient son museau.
« Ne me dis pas que tu me vois comme ça quand même, crevette… »
Bien évidemment, personne ne lui répondit.
Laissant échapper un nouveau soupire, le japonais balaya l'espace de la chambre, son double regard carmin tombant sur les papiers amoncelés à la va vite par son crétin d'hôte.
Désireux de tromper son ennuie, il se dirigea vers le bureau de la demoiselle, farfouillant rapidement dans les documents. D'un coup, il se figea, quelque chose attirant son attention. D'un geste vif, il dégagea une enveloppe où il pouvait lire, en lettres japonaises maladroites, son nom écrit au stylo bleu. Intrigué, il la tourna entre ses mains, avant de céder à sa curiosité et de l'ouvrir, déployant une lettre où seules quelques lignes étaient inscrites en son centre.
Il les parcourut rapidement, leur contenu le faisant serrer un rien ses mâchoires striées de noir.
'Sukuna-san, ça fait un mois aujourd'hui.
Je voulais juste vous dire merci.
Pour tout.
Et d'être vous.
Avec toute mon affection, Kali.
Ps : vous pouvez vous moquer, j'assume.'
Les lignes étaient hésitantes, certains caractères étaient un peu mal orthographiés.
Une vraie enfant…
Vraiment… C'était n'importe quoi.
Déglutissant doucement, le regard cramoisi du japonais tomba sur la poubelle jouxtant le meuble, remarquant qu'elle débordait littéralement de boules de papiers froissées.
Lentement, après avoir posé la lettre lui étant destinée sur le bureau, Sukuna commença à récupérer un à un les brouillons, les ouvrant pour en découvrir le contenu.
Visiblement, les quelques mots que lui avait adressé l'européenne lui avait demandé pas mal de travail vu le nombre d'essaies infructueux sauvagement raturés. Elle s'était vraiment donné du mal apparemment…
Une feuille en particulier retint son attention, lui arrachant un petit sourire en coin. Au milieu du document, à côte des mots en japonais barrés et d'autres dans une langue étrangère qu'il ne comprenait pas, il put découvrir un dessin fait par l'hybride. Il représentait le museau d'un tigre, ses rayures reprenant grossièrement celles qui ornaient son visage à lui, possédant deux paires d'yeux que la demoiselle avait colorés en rouge. Au dessus de la tête croquée du félin, une couronne avait été grossièrement dessinée, ainsi que ce qui devait être des têtes de buffle ici et là.
Incontestablement, c'était pas une artiste, la crevette…
Pourtant, ce simple dessin, dieu seul savait pourquoi, donna l'impression au démon que son cœur se serrait un rien.
Le fléau millénaire posa le dessin à coté de la lettre finale que lui avait destiné la demoiselle, respirant profondément.
Tout ça… Contrairement à ce qu'avait sous entendu Yuji avec son syndrome au nom sauvage… ça respirait la sincérité.
« Je ne vous ai jamais menti. »
Doucement, Sukuna passa une main sur ses lèvres, étreint par quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis bien longtemps : le doute.
Il avait… fait une erreur.
Cette simple pensée fit prendre à la situation une toute autre ampleur, le faisant reconsidérer les choses du coté de la rousse : elle était coupée de son énergie, elle était en plus blessée. Si le scellé était maintenu en place, son pentacle allait très certainement recommencer à s'entendre très bientôt. Et il savait parfaitement quel était l'issu finale de ce processus macabre…
Le japonais millénaire balaya la pièce du regard, ne sachant que faire. Au fond, il ne savait absolument pas où le blondinet avait emmené Kali. Peut être même l'avait il déjà fait quitter la ville. Voir pire.
Si c'était le cas… se serait…
D'un coup, le démon tiqua face à son propre cheminement de pensées, clignant les yeux dans l'obscurité.
Quelle mouche l'avait donc piqué ?
Même si elle était déjà loin, se n'était pas son problème. C'était à elle de revenir, certainement pas à lui, roi des fléaux, de lui courir après ! Il n'avait jamais eu besoin de personne, se n'était pas aujourd'hui que cela allait commencer. Pas même pour une hybride aux yeux d'or unique en son genre.
Il n'avait jamais eu besoin de sentiments. Toutes ces simagrées, se n'étaient que des foutaises, des chimères.
La seule et unique vérité de ce monde, c'était la puissance, point final.
Tout n'était jamais qu'un jeu de force, un aller et venu entre les forts et les faibles. Les forts dominaient et tuaient leur ennuie grâce aux faibles. Les faibles suppliaient et essayaient d'obtenir quelque chose des forts : protection ou faveurs… Ils étaient capables de tout offrir pour cela.
Et… Au fond… La crevette ne faisait pas défaut à cette règle.
A cette pensée, une grimace étiola le sourire du démon, faisant tanguer sa certitude.
C'était lui, le premier, qui lui avait proposé le pacte. Par rapport à sa nature si rare, pour tuer son ennuie, pour profiter de son corps virginal et de son innocence. Elle avait résisté jusqu'aux portes de la mort. Pourtant, malgré cela, elle n'avait cessé de venir vers lui, passant outre ses comportements de goujat comme il l'avait déjà entendu les qualifier.
Et, après leur pacte, elle n'avait cessé de le surprendre, de prendre des initiatives, de jouir de sa position comme si cela n'avait pas été une punition mais un plaisir véritable d'être lié à lui. Elle cherchait à le connaitre, elle cherchait à creuser sous la surface, sans vice, sans vouloir apprendre une faiblesse potentielle qu'elle pourrait exploiter plus tard. Juste parce qu'elle voulait le connaitre.
Juste parce qu'elle voulait être avec lui…
Sans peur. Sans mensonge.
Sans arrière pensée autre que le désir de savoir qui il était.
Depuis combien de temps cela ne lui était-il pas arrivé ?
Ses mots alors qu'il la menait vers une mort certaine à cause d'une colère aveugle, sa lettre maladroite mais débordant de cette satanée sincérité qui le déstabilisait par moment, son doigt qu'elle avait déjà obtenu et qu'elle comptait lui offrir en présent pour cet anniversaire aussi incongru qu'idiot…
Une petite voix méfiante, née de toutes ses années passées à mépriser le moindre être humain, lui murmurait que se n'était qu'une façade, qu'elle devait forcément vouloir obtenir quelque chose de lui.
Pourtant…
Ses sourires, la lueur dans ses yeux félins, sa façon de se comporter avec lui, aussi naturellement que s'il était quelqu'un à la fois exceptionnel et de 'normal', d'accessible…
Tout ça, ça ne s'inventait pas.
Elle lui donnait l'impression de ne pas être 'seul', pour la première fois depuis un temps qu'il aurait été incapable de quantifier.
Si lui était un tigre, elle était incontestablement un chaton. Un putain de chaton suicidaire, obstiné et maladroit qui, malgré tous les risques que cela représentait, avait décidé d'aller dormir lové contre lui, au milieu même de ses pattes meurtrières, sans se soucier du danger. Et lui, du coup, ce retrouvait avec cette petite bestiole collée à lui, ronronnant à plein régime, lui offrant un certain et improbable réconfort par sa présence insensée.
Il était le roi des fléaux.
Il n'avait besoin de personne.
Pas même d'une crevette aux yeux d'or et aux cheveux de feu.
Pourtant…
Il était indéniable que son absence rendait plus désagréable encore son emprisonnement.
Il n'avait pas besoin d'elle.
Mais elle était à lui. Il voulait qu'elle revienne.
Point barre.
Décidé de remettre la main sur ce qui lui appartenait de plein droit, Sukuna quitta la pièce d'un pas décidé. Il fallait qu'il parvienne à savoir où elle était. Et, pour ça, il lui fallait le téléphone du gamin.
Trois jours. Aujourd'hui, ça faisait trois jours qu'elle était coupée de Sukuna.
A cette pensée, Kali laissa échapper un soupire déchirant, attirant sur elle l'attention de Kyu, niché au chaud contre son cou. Enfermée dans sa chambre depuis un nouveau dîner à l'atmosphère pesante, Kali bougonnait, incapable de voir le positif de la situation. Depuis cette fameuse nuit, son ami aux cheveux décolorés n'avait cessé de la traiter comme une enfant atteinte de démence. Tomoe, sa collègue qu'elle n'avait pas revu depuis le thé qu'elles avaient pris ensemble le jour de son pacte, se comportait pour sa part de façon étrange avec elle. Elle lui parlait poliment, mais la rousse ne pouvait s'empêcher de sentir de lourds sarcasmes à chacune de ses phrases. Comme si elle la jugeait ouvertement d'avoir passé le serment avec Sukuna… Il ne lui manquait plus que ça…
La demoiselle, un rien abattue, lança un regard mauvais sur le thermos posé sur sa table de chevet, rempli de sang de fléaux à l'odeur nauséabonde lui parvenant malgré le bouchon fermé.
C'était là la seule chose sur laquelle Hiroaki, Maeda et elle étaient tombés d'accord : Vu que le lien l'unissant au démon millénaire était suspendu, il ne fallait pas attendre que son énergie en elle se dissipe complètement pour reprendre l'alimentation qu'elle avait eu avant le pacte.
Et c'était… Tout simplement dégoutant.
Comment avait-elle pu supporter d'avaler ça auparavant ?
Soupirant à nouveau, la demoiselle se mit à mâchonner inconsciemment le stylo qu'elle tenait à la main, réajustant la capuche de son large sweat sur sa tête. C'était là une autre conséquence du scellé que lui avait posé Hiroaki : séparée de Sukuna et de son énergie, son corps semblait continuellement glacé malgré la chaleur environnante.
Ces derniers jours avaient été très difficile pour elle. La violence des évènements passés lui étaient revenus plus clairement à l'esprit, la douleur qu'elle ressentait encore dans son corps à cause des blessures toujours présentes le lui rappelant sans cesse.
Ajouté à cela, en plus de l'avoir scellé, le japonais avait pris la déplaisante décision de confisquer le téléphone de la rousse, ne faisant que faire exploser sa frustration. Il craignait ouvertement qu'elle essaie de contacter l'homme tatoué, ce qui, il fallait qu'elle le reconnaissance, lui avait à plusieurs reprise traversé l'esprit.
Même si elle en voulait un peu au blond, elle ne pouvait que comprendre son comportement.
Elle, par contre, devait lui sembler complètement folle à lier.
Même après ce qui s'était passé, même après toute la distance qu'elle avait essayé de prendre par rapport à cette situation insensée pour objectiver ses réflexions, elle ne parvenait pas à détester le fléau couronné.
La relation qu'ils entretenaient n'avait rien de normale. Il n'avait rien de rien de normal. Comment des règles standards pouvaient elle s'appliquer à cet homme là ?
Il avait 1000 ans. C'était un fléau… Il se comportait comme un gros chat sauvage. Sauf qu'il n'était pas un simple matou. Il était un putain de tigre boudeur dont le moindre coup de griffe pourrait s'avérer fatal.
D'après la façon dont il parlait, il n'avait jamais réellement prêté attention à qui que se fut. Seuls ses propres envies lui importaient. Et là, il se retrouvait avec elle dans les pattes. Littéralement attachée à son âme millénaire et bourrue.
Ça devait être sacrément inédit pour lui, dans un sens. Difficile de changer des habitudes aussi encrées que les siennes. Pourtant… Jusqu'à cette fameuse nuit… Elle n'avait jamais eu vraiment à se plaindre. Il ne l'avait jamais forcé à faire quoi que se soit. Il ne lui avait jamais fait mal. Il avait juste feulé et fait le dos rond pour ré assoir son autorité quand elle dépassait les limites imaginaires qu'il avait dessiné dans son esprit.
Rien de bien méchant en somme.
A moins, bien évidemment, qu'elle ait fantasmé tout ça, se voilant la réalité pour mieux vivre la situation. C'était, en tous cas, ce que pensait Hiroaki.
La demoiselle laissa choir son regard d'or cerné vers le bloc note posé sur ses genoux, le tapotant de sa main valide. Sur la feuille de papier, un grossier tableau couvert de ratures s'étalait sur tout l'espace, illustrant bien le chaos de ses pensées. En titre on pouvait lire en lettres capitales 'Tigrouna', avec un petit museau griffonné juste à côté. L'organigramme du dessous, quant à lui, comportait seulement deux colonnes : une pour le positif, l'autre pour le négatif.
Du côté du plus, on pouvait retrouver plusieurs items comme : son énergie de dingue, sexy à se damner, très (trop ?) doué pour le sexe, un sourire aussi horripilant qu'adorable, son rire, sa voix, prof le plus bandant de l'univers, m'a dit quelle était la vraie couleur de ses yeux.
Du côté du moins, l'énumération était un peu plus longue : m'appelle jamais Kali, jaloux pour n'importe quoi, gamin niveau olympique, m'étale de la bouffe dessus à tout bout de champs, est fan des réveils en fanfare, range pas derrière lui, me traite de mochi, me prend pour un coussin, ventre à pattes, horripilant, condescendant, misogyne…
Puis tout en bas, pour le négatif, écrit en lettres majuscules et entouré avec violence : A ESSAYE DE ME TUER POUR RIEN !
L'argument a lui seul aurait du faire pencher la balance dans l'esprit de Kali pour lui faire prendre une décision. Pourtant…
En tout petit, écrit sous ce fait choc, elle avait ajouté : m'a soigné quand il s'est rendu compte qu'il était allé trop loin ?
En relisant cela, pour la millième fois de la journée, la rousse en put s'empêcher de grogner de mécontentement, venant un peu s'ébouriffer les cheveux sous sa capuche. C'était sans fin ! Pourquoi diable l'avait il sauvé, bon sang ?
« Respire, crevette. »
Cette phrase, qu'elle était presque certaine d'avoir entendu alors qu'elle reprenait conscience dans l'espace intérieur du démon, l'obsédait. Le ton qu'avait employé le tatoué… Il avait l'air… presque… inquiet ?
Avait-elle raison de ne serait ce que lui chercher des excuses face à son actes ?
Hiroaki avait il raison ? Son regard par rapport au fléau couronné était il complètement biaisé ?
Ou bien était elle celle dans le vrai, à soutenir la folle hypothèse que l'homme aux yeux de lave n'était pas que le monstre qu'ils pensaient tous ?
« RAAAAH ! Kali, t'es timbrée ma pauvre vielle ! »
La jeune femme se laissa tomber contre son matelas, manquant de peu d'écraser un Kyu somnolent qui poussa un petit cri de mécontentement, se hissant sur sa poitrine à l'aide de ses petites griffes.
« Oh pardon Kyu… » s'excusa l'hybride, venant gratter le dos de la chauve souris immaculée, encrant son regard d'or au plafond plongé dans l'obscurité. « Je tourne vraiment pas rond j'ai l'impression… »
Elle était devenue exactement ce qu'elle ne voulait pas. Elle était là, à l'excuser de tout, même d'avoir essayé de la tuer. Elle avait tellement pris l'habitude de sa présence en elle, avec son énergie notamment, qu'il avait pris une place démesurée dans sa vie et dans son esprit.
Elle lui trouvait des excuses pour tout alors qu'elle devait lui donner des limites.
Elle était devenue une petite chose fragile soumise à ses volontés, qu'Hiroaki regardait du coin de l'œil comme si elle était atteinte d'une maladie mentale.
Il fallait qu'elle se reprenne en main. Trouver un moyen d équilibrer leurs rapports de forces.
Elle était la reine des flammes d'ombres quand même ! Par la première pimprenelle tremblotante et transit d'amour venue !
Elle devait assurément se reprendre en main. Quelle que sera sa décision concernant Sukuna. Et ça commençait maintenant !
Forte de cette nouvelle détermination, la jeune hybride se redressa d'un bond, se figeant cependant à mi chemin à cause de la douleur de ses blessures se réveillant brusquement, lui coupant le souffle.
« Kyu… Je me fatigue tellement des fois… » siffla la demoiselle entre ses dents serrées, terminant plus lentement son mouvement alors que le petit fléau volant retournait se caler dans sa capuche, plaquant sa truffe contre sa peau fraiche.
D'un pas moyennement assuré, l'européenne récupéra son thermos avant de quitter sa chambre, se dirigeant vers le salon moderne de l'appartement qu'elle habitait à présent avec son ami blond et Maeda. Arrivée dans la pièce, la jeune femme fut surprise de découvrir ces deux derniers assis sur le canapé, un ordinateur posé sur la table basse, l'image de Prasad occupant tout l'écran. Intérieurement, cette situation l'alerta immédiatement un peu. Quelque chose se tramait dans son dos, elle le sentait.
« Maharani ! »
Prasad fut le premier à repérer sa protégée qui était entrée dans la pièce à pas de loup, faisant se retourner vers elle les deux autres. Hiroaki la regarda, une lueur inquiète assombrissant le vert de ses yeux. La japonaise, quant à elle, toujours tirée à quatre épingle dans un kimono traditionnel impeccable, se contenta de la scruter, un sourire flottant sur ses lèvres parfaites.
Le blond se dirigea vers elle, prenant son visage en coupe, ne pouvant que constater la froideur de sa peau sous ses doigts. Son état était loin d'être reluisant, il le savait…
« Kali, tu devrais te reposer le plus possible, je te l'ai déjà dis. » commença le garçon, un rien sur protecteur. « La situation est trop précaire. »
« Je ne suis pas mourante non plus, Hiro. » répliqua l'intéressée, un rien tendue. « Je peux savoir ce qui se passe ici ? »
Un silence un rien gêné s'étira quelques secondes, Maeda décidant de finalement le briser. « Nous avons jugé bon de contacter Prasad-sama par rapport à votre… Situation. »
La demoiselle ne put s'empêcher de serrer son poing intact, sur la défensive. Quelque chose, dans son ton, ne lui plaisait assurément pas. « Sans même me dire de me joindre à vous ? Je suis quand même la principale intéressée, me semble-t-il. »
« Kali, ne le prend pas comme ça, s'il te plait… » temporisa un peu le manipulateur de foudre, posant ses mains sur les épaules de son amie. « Rien de ce que nous faisons est contre toi… »
A ces mots, l'hybride se dégagea de son étreinte, sur le qui-vive. « Et que faites vous, exactement ? »
« Maharani… » Elle tourna son attention vers l'écran, encrant son regard d'or dans l'onyx de celui de son protecteur, le cœur tambourinant dans sa poitrine. « Je pense… Nous pensons… Qu'il serait peut être préférable pour vous de rentrer en Europe. »
L'information tomba comme un couperet, laissant Kali muette de stupeur. Ils voulaient… Lui faire quitter le Japon ? Ce qui impliquait de… Ne jamais plus revoir Sukuna ? C'était trop… trop vite. Elle n'avait pas encore fait le tri dans ses pensées. Elle ne voulait pas partir. Pas comme ça. Pas sans même le revoir.
« C'est… » commença-t-elle, essayant de se donner autant de contenance qu'elle le pouvait. « C'est un peu extrême quand même, non ? Sukuna a dérapé, okay. C'est grave, okay. Mais jusqu'à présent, il a toujours alimenté mon pentacle. »
« Pas sans contre partie, d'après ce qu'on m'a dit… » susurra la brune, faisant se tendre un peu plus l'hybride qui glissa un regard incrédule à son ami, choquée par la possibilité qu'il ait parlé de sa relation avec le roi des fléaux à cette femme qu'elle ne connaissait pour ainsi dire pas.
« Rien pour lequel je n'étais pas consentante, Maeda. » répliqua la pactisante, amère.
« Kali, tu lui cherches encore des excuses… » intervint le blond d'un ton similaire à celui qu'il utiliserait surement pour tenter d'apaiser un enfant capricieux.
« Non. Hiro. » lâcha l'européenne, sentant une colère froide monter en elle. « C'est juste un fait ! Il m'a même appris à bien me servir du sort d'inversion ! »
« Kali… » soupira-t-il, passant une main sur ses yeux cernés. La discussion sur ce sujet là était visiblement devenue impossible entre eux.
Un rien prise de court, l'intéressée se retourna vers l'écran de l'ordinateur, prenant à parti son protecteur. L'idée de se retrouver à nouveau enfermée dans sa prison dorée en Europe, une sonde naso gastrique dans le nez pour la gaver de sang de fléaux en continu comme une oie lui inspirait une peur presque viscérale. « Prasad, s'il te plait c'est trop tôt pour une telle décision ! C'est trop extrême, je suis sure qu'il y a une autre solution ! »
Le vieil homme scruta quelques secondes sa protégée, l'air grave, les mains jointes. Lui aussi n'avait pas l'air au mieux de sa forme, inquiétant un peu l'hybride. Ne pouvait-elle qu'inquiéter tous ses proches ?
« Maharani… » finit par reprendre l'hindou, faisant se crisper un peu la jeune femme. « Je sais bien que se n'est pas ce que vous souhaitez… Mais c'est peut être le mieux pour vous à l'heure actuelle. S'il vous plait, réfléchissez-y. »
En entendant ses mots, la demoiselle déglutit faiblement, se sentant un peu trahie. Jamais son père d'adoption n'avait refusé d'accéder à une de ses demandes auparavant. Pensaient ils donc tous qu'il fallait l'éloigner de Sukuna ? Avait-elle donc tord de vouloir lui laisser potentiellement une seconde chance ?
« je… » murmura la rousse, troublée. « Je vais y penser, Prasad… Mais pas ce soir. » Elle s'approcha de l'écran, adressant un faible sourire à son interlocuteur virtuel. « Repose toi, s'il te plait. C'est pas un concours de cernes qu'on fait. Je vais aller me coucher moi. Bonne nuit, Prasad. »
Sans lui laisser le temps de répliquer, la jeune femme ferma doucement l'ordinateur, partagée entre la peine, l'incompréhension, l'exaspération et la colère. Elle se sentait à nouveau comme une poupée de chiffon ballottée d'un côté ou de l'autre sans qu'on lui demande son avis. Et elle détestait ça.
« Hiro. » Elle se redressa, respirant profondément afin de se calmer, se retournant vers le jeune homme. « Je sais bien ce que tu penses. Et, soit en sûr, je le comprends. Mais là, tu vas trop loin. Tu m'infantilises. Et, ça, c'est très blessant. Je ne suis pas folle. Alors je te remercie pour toute ton inquiétude et ton investissement par rapport à ma sécurité. Mais on va remettre les choses à plat. Si tu dois parler à Prasad de mon devenir, je veux être là. Et je veux récupérer mon téléphone. C'est non négociable. »
Le japonais reçu ces paroles en s'enfermant dans un silence tendu, ne sachant visiblement pas quoi faire. Il ouvrit la bouche une première fois avant de la refermer, visiblement indécis, glissant un regard un rien désespéré vers sa collègue. Cette dernière saisit la balle au vol, se relevant avec élégance dans un bruissement de soie japonaise, s'approchant de la demi fléau. « Kali-sama… Personne ne dit que vous êtes folle… Vous êtes juste… Comment dire… obnubilée ? Désespérément éprise d'un être qui ne voit en vous qu'un moyen plus sympathique que ses mains pour satisfaire ses besoins primaires ? Vous ou une autre, au fond, il n'y a aucune différence pour lui. Il faut que vous soyez consciente du fait que vous n'avez rien de spécial à ses yeux.»
« SEMPAI ! » cria le garde du corps, aussi choqué que la demoiselle aux yeux d'or par les propos de la brune.
Incapable d'empêcher son corps de bouger, mue par la vive rage résultant de l'insinuation grossière à peine voilée de la japonaise, Kali la gifla de toutes ses forces, les pupilles étrécies par la colère.
La femme blessée demeura d'abord immobile, stupéfaite, ne réalisant pas bien ce qui venait de se produire. Lentement, elle porta une main à sa joue rougie, jetant un regard mauvais à la jeune hybride.
« Remercie le ciel que je sois scellée, Maeda. Parce que sinon, comme je m'appelle Kali, je t'aurai fait cramer jusqu'à ce qu'il ne reste rien de toi que des cendres. Tu es l'employée de Prasad. Tu es sensée être mon garde du corps. Et je te rappelle que le jour où j'ai passé mon pacte avec Sukuna, on a essayé de te joindre avec Hiro sans que tu ne répondes jamais. Sauf si tu étais en train de baigner dans une flaque de ton sang, incapable de te servir de tes mains ou de ta voix, ça, si c'est pas une faute professionnelle, je sais pas ce que c'est. Alors tu vas me ranger tes grands airs et tes sourires faussement compatissants et déguerpir de ma vue. Parce que je suis presque certaine de pouvoir trouver un moyen de te rappeler ta place, même sans mes flammes. »
« Ka…kali… » murmura le jeune homme, médusé par la situation.
« Hiroaki. » continua-t-elle sans quitter des yeux la femme en kimono. « Mon téléphone, maintenant. »
Tomoe, revêtant à nouveau son masque d'impassibilité, rejeta ses épaules en arrière, encrant un nouveau sourire sur ses lèvres, exaspérant au plus au point l'hybride. « Il semblerait, Kali-sama, que je vous ai contrariée. Je vous laisse pour l'heure, je ne voudrais pas vous causer plus de tracas. »
L'hybride respirait profondément, tremblant de colère. Cela faisait longtemps que son pouvoir occulte ne lui avait pas autant manqué, lui faisant crisper les mâchoires. De quel droit tout le monde se permettait il de juger de ses choix ? De juger de la légitimité de sa relation avec Sukuna ? Ca devenait complètement délirant cette histoire…
D'un coup, le cadet Watanabe fit éruption dans le champ de vision de la demoiselle qui releva la tête vers lui, se rendant alors compte que des larmes de frustration brouillaient sa vision. Elle les essuya d'un revers vif de sa main valide, reniflant légèrement. Elle avait l'impression que tout allait de travers depuis cette fameuse nuit…
Le jeune homme quant à lui l'observa quelques instants, un air profondément soucieux barrant son front d'un profond sillon.
« Désolée, Kali, je sais pas ce qui lui a pris… Tout le monde est un peu à cran ces derniers jours. » Il farfouilla dans ses poches avant de sortir le téléphone portable de l'européenne, le lui tendant à contre cœur. « Tout ce que je fais, c'est pour te protéger. S'il te plait, Kali. Je t'en supplie. Ne le contacte pas. »
Face à son air de chien battu, la rousse ne put rien faire que de se sentir un peu coupable. Il était son ami. Il était passé à deux doigts de la mort pour elle. Elle savait qu'il était sincère, ce qui rendait encore plus douloureux le fait qu'ils soient autant en désaccord ces derniers jours. C'était comme si un fossé s'était creusé entre eux et elle craignait qu'il se comble plus jamais…
Lentement, sentant soudain une fatigue terrible s'abattre sur ses épaules, la demoiselle vint se saisir de son portable, en fixant un bref instant l'écran en sommeil. « C'est moi qui suis désolée de te causer autant de tracas, Hiro. Et je te promets que je ne le contacterai pas. J'ai juste besoin de scroller un peu des centaines de vidéos de pandas roux pour me changer les idées.»
La remarque arracha un faible sourire à son interlocuteur alors que l'hybride relançait son téléphone, soupirant faiblement.
Rien de tout ça n'était simple, au final…
De son côté, Sukuna avait récupéré le téléphone de Yuji avant de retourner dans la chambre de Kali, s'allongeant de tout son long sur son lit, le tigre en peluche lui tenant compagnie. Il pouvait sentir l'odeur du shampoing au monoï de la demoiselle sur l'oreiller où reposait sa tête, le faisant faiblement déglutir alors qu'il faisait défiler les conversations numériques de son crétin d'hôte.
Arrivé à celle de la petite hybride, une vive frustration embrasa le sang du fléau quand il constata avec mauvaise humeur que son icône était inactive : elle n'était visiblement pas connectée.
Se pouvait-il qu'elle soit en train de dormir ? Il n'était pourtant pas si tard que cela…
Non… Se pouvait il que se soit encore un coup du blond ? Serait il possible qu'il ait séquestré le mobile de la rousse, histoire d'être certain qu'elle ne puisse pas le contacter et lui dire où elle se trouvait ? Vu ses paroles lors de cette fameuse nuit, c'était assurément une hypothèse des plus probables.
C'était terriblement gênant…
Alors que le démon maugréait ses pensées négatives, l'avatar de l'européenne, toujours ce satané rat volant d'ailleurs, passa brusquement du gris au vert, le faisant se redresser dans l'instant sur le lit.
Elle était 'là'.
Immédiatement, le démon lança un appel téléphonique, plaquant le portable contre son oreille, guettant la voix aux accents étrangers de sa petite hybride. Tout allait pouvoir rentrer dans l'ordre.
Quand la communication fut prise, le fléau millénaire ne put s'empêcher de ressentir une sorte de soulagement, l'allégeant d'un poids dérangeant lui ayant pesé ces dernières 72 heures.
« Crevette ! Je peux savoir o… » commença-t-il, incapable de cacher un certain enthousiasme dans ses intonations.
Cependant il s'arrêta de parler, les brides de conversation provenant de l'autre coté de l'appel semblant plus que houleuses. Il pouvait entendre la voix de la petite européenne, visiblement en colère, mêlée à celle du blondinet baveur la lui ayant dérobée cette fameuse nuit, tendant dans l'instant le roi démoniaque.
« Hiro ! Mais tu vas arrêter avec ça ? Rend moi mon téléphone ! » pouvait-il entendre l'européenne crier, prête à en découdre.
« Hors de question ! » répliqua l'autre, faisant serrer les mâchoires du démon. « Vu l'heure qu'il est, ça va être l'autre psychopathe ! »
« Même si c'était Sukuna, c'est à moi et à moi seule de savoir si je veux lui répondre ou pas ! Rend. Moi. Ce. TELEPHONE ! »
« Tu m'avais PROMIS ! » cracha le décoloré d'un ton terriblement accusateur.
« De pas le contacter ! J'ai pas téléphoné moi ! » La rousse semblait tout faire pour se défendre, mais son kidnappeur rejetait tous ses arguments les uns après les autres.
« C'est pas une bonne idée, Kali. Je peux pas te laisser lui parler ! »
Sukuna, pour sa part, se sentait terriblement frustré de devoir se contenter d'écouter cette conversation de loin, la voix de l'hybride au creux de son oreille. Si seulement il savait où elle se trouvait, il pourrait venir la récupérer…
« Crevette ! » tenta-t-il, criant dans le combiné. « Dis-moi où tu es ! »
« CERTAINEMENT PAS ! » le baveur cria à son tour en réponse, faisant éloigner à Ryomen le téléphone de son oreille. « ET PUIS QUOI ENCORE ? TU REVES MON POTE ! ON VA BIENTOT PARTIR A L AUTRE BOUT DU MONDE, COMME CA TU POURRAS PLUS JAMAIS LA BLESSER, PSYCHOPATHE A DEUX BALLES ! »
« Hiro ! »
L'interpellation de la rousse fut la dernière chose que le fléau millénaire put entendre, la conversation fut par la suite couper violemment. Le tatoué demeura figé une poigné de secondes avant de venir fixer le téléphone, l'icône de la demoiselle aux yeux d'or étant à nouveau passé au gris.
Le blondinet lui avait une nouvelle fois coupé l'herbe sous le pied.
Sentant la frustration et la colère embraser son corps tout entier, Sukuna se releva d'un bond, tournant dans la chambre de l'hybride tel un lion en cage. Il passa ses mains sur son visage, maudissant intérieurement le jeune japonais, imaginant toutes les manières qu'il pourrait utiliser pour le punir de son arrogance. Il ne payait rien pour attendre !
Cherchant un moyen d'extérioriser sa colère, le démon voulut un bref instant briser le téléphone qu'il tenait toujours avant d'immédiatement se raviser, se souvenant qu'il tenait au creux de sa paume le seul moyen de communication qu'il avait encore avec la crevette.
Evidement, ça n'aurait pas juste pu être facile… Au fond, avec elle, il n'avait jamais réussi à gagner du premier coup…
Kali, pour sa part, laissait librement sortir sa contrariété, poussée à bout par cette soirée interminable. « MAIS QU'EST-CE QUI T'A PRIS ? »
« Je te protège ! » répondit le blond, rangeant le téléphone de la demoiselle dans son pantalon.
Cette rengaine, toujours cette rengaine ! Kali passa sa main dans ses cheveux, libérant sa tête de la capuche de son sweat, terriblement exaspérée.
« C'était un appel téléphonique ! Il allait pas se faufiler par le haut parleur du téléphone, Hiro ! »
« Je ne voulais pas que tu puisses lui dire où nous sommes. »
« MAIS JE SAIS MEME PAS OU ON SE TROUVE, HIRO ! » vociféra l'hybride, à bout de nerf. « Faut arrêter à un moment ! »
Alors que tout son être était saturé de colère, la présence du scellé à son poignet se fit plus lourde, bloquant toute tentative de son énergie occulte de passer. Instinctivement, la rousse tenta de tirer sur le ruban occulte, se prenant une vive décharge électrique la laissant bouche bée de surprise.
« Je… Je peux pas toucher le scellé. » laissa-t-elle tomber, allant encrer son regard d'or vers le japonais qui la fixait, les bras croisés sur le torse, déterminé.
« Non. » La réponse était sans équivoque, glaçant le sang de la demoiselle dans ses veines. « C'est moi qui l'ai posé. Donc c'est moi qui peux le retirer. »
L'information s'insinua difficilement dans l'esprit de Kali, faisant brutalement retomber son énervement pour le remplacer par quelque chose de plus sordide et malaisant, la gênant au plus haut point. Elle avait l'impression de manquer d'air alors qu'elle se rendait compte qu'elle était comme prisonnière des lieux et de la volonté de son ami devenu complètement obsédé à l'idée de la protéger du démon.
« Hiro… » reprit-elle finalement, Kyu se plaquant un peu plus contre elle en ressentant son trouble flagrant. « Je comprends ton inquiétude, et la peur que tu as ressenti. Mais là ça va trop loin. »
Le garçon secoua doucement la tête, navré. « Je ne veux que ton bien, Kali. Il est peut être calmé pour le moment, mais personne ne dit qu'il ne rentrera pas encore dans un état de rage similaire. Je ne supporterai pas que tu meurs aussi connement. »
« Je… » commença-t-elle, perdue.
Sans lui laisser le temps de répondre, Watanabe reprit la parole, un sourire triste aux lèvres. « La soirée a été riches en émotions, Kali. Il faut vraiment que tu te reposes. Tu devrais aller te coucher pour de vrai cette fois. Et n'oublie pas ton thermos. »
Sans lui laisser le temps de répondre, le japonais fit volte face, quittant la pièce avec un rien de précipitation. Il emportait avec lui son téléphone et sa seule possibilité de retrouver sa liberté, lui serrant la gorge. Kali demeura quelques minutes plantée en plein milieu du salon, digérant tous les évènements qui venaient de se produire. La situation était en train de lui échapper complètement.
« Kyuuuu… »
Le petit fléau volant se hissant dans les cheveux de la jeune hybride jusqu'à se hisser sur le sommet de son crâne, couvrant la tête de sa maitresse avec ses ailes grandes ouvertes. Sa façon à lui de lui montrer qu'il était présent pour elle.
« Merci, Kyu… Y a que toi qui est de mon côté j'ai l'impression… »
D'un pas trainant, la demoiselle vint récupérer le thermos qu'elle avait abandonné plus tôt sur une commode, se dirigeant vers la cuisine high tech de l'appartement. Avec des gestes automatiques, l'européenne rinça rapidement la bouteille en inox avant d'aller chercher dans le frigo la dernière présente, s'appuyant contre le plan de travail, pensive.
« Je ne veux pas retourner en Europe, Kyu… Je ne veux vraiment pas… Je sais que tout le monde me prend pour une folle mais… Sukuna me manque. Je suis certaine de pouvoir améliorer la situation. Il m'a quand même soignée, cette nuit là. Il est revenu sur sa décision, c'est pas rien, le connaissant. »
Perdue dans ses réflexions, la demoiselle dévissa son nouveau thermos, une vive odeur âcre sautant jusqu'à son nez, lui arrachant une vive grimace. Immédiatement, un souvenir avec du poisson fermenté lui revint en mémoire, lui arrachant irrémédiablement le premier vrai sourire qu'elle avait eu depuis son départ du sanctuaire.
Courageusement, Kali avala quelques longues gorgées du liquide visqueux, une violente chaire de poule lui hérissant la peau de tout le corps.
« Qu'est ce qu'il se moquerait de moi, s'il me voyait faire… » murmura presque pour elle-même l'européenne grimaçant, refermant sa gourde isotherme en la bloquant contre son ventre.
Sukuna, Sukuna, tout revenait toujours à lui.
Même le scellé qui la protégeait de lui était issu de sa relique. Quel ironie quand elle y pensait…
« Bon, allons dormir, Kyu. Je crois que la soirée a été assez catastrophique comme… comme… »
D'un coup, la tête de la demoiselle commença à violemment lui tourner, son champ de vision s'assombrissant à grande vitesse. Rapidement, ses jambes cédèrent sous son poids, la faisant chuter mollement sur le sol de marbre de la cuisine. Le fléau volant, paniqué, se mit à tournoyer au dessus d'elle en poussant des cris aigus lui paraissant de plus en plus lointain alors qu'elle avait de plus en plus de mal à réfléchir, son corps entier se transformant en plomb.
Pendant qu'elle luttait vainement contre la perte de connaissance, fixant le plafond, incapable de bouger le petit doigt, la silhouette élégante de Maeda sembla apparaitre dans son champ de vision, faisant faiblement se froncer les sourcils de l'hybride, perplexe.
« Navrée, Kali-sama. Mais il est flagrant que vous ne savez plus du tout ce qui est bon pour vous. Laissez nous donc nous occuper du reste. Pour votre bien, bien entendu... »
« N… »
La demoiselle ne put hélas rien dire, l'inconscience terminant de l'engloutir dans ses tréfonds obscures…
Mot de l'auteur :
M : salut tout le monde ! Finalement, un petit chapitre, j'ai été bloquée toute la journée sans pouvoir faire autre chose alors voilà ! Tada ! Un dernier avant le prochain qui arrivera pendant les vacances de noel !
J'espère qu'il vous aura plu en tous cas ! Je laisse pas la parole aux personnages pour cette fois ci, mais promis la prochaine fois ils auront surement pleins de choses à dire !
Des bisous !
