Une nouvelle fois, la demoiselle se retrouva dans l'obscurité la plus totale, l'esprit plongé dans une torpeur artificielle terriblement déplaisante. Son corps lui sembler peser des tonnes, sa gorge lui faisant mal tellement elle était sèche. La demoiselle, ayant du mal à situer le haut du bas, pouvait se sentir doucement ballotée, comme si elle était sur un bateau.

Qu'est ce qui lui était arrivé, encore ?

Creusant dans sa mémoire, la jeune hybride parvint à remonter le fil de ses pensées, retraçant la soirée catastrophique qu'elle avait passé, la dispute avec Hiroaki, le thermos de sang de fléaux qu'elle avait récupéré dans le frigo, son malaise… Et le visage de cette garce de Maeda qui lui souriait avec suffisance alors qu'elle perdait connaissance sur le sol de la cuisine.

Cette salope l'avait droguée.

Une chose était certaine : elle allait la tuer.

Dès qu'elle en aurait la possibilité, elle lui règlerait son compte, lui arrachant son air condescendant insupportable.

Si seulement elle pouvait bouger…

« Je n'arrive toujours pas à y croire… Vous l'avez droguée ! »

Lui paraissant à la fois toute proche et terriblement lointaine, kali put cependant reconnaitre la voix de son ami aux cheveux blonds, une intonation outrée déformant sa voix d'habitude si enjouée.

« Watanabé-kun. »

En entendant la voix de la japonaise responsable de son état actuel, l'européenne ne put s'empêcher de se tendre un peu, l'adrénaline parcourant instantanément ses veines chassant un peu des limbes de l'endormissement pour lui rendre plus de lucidité.

« Elle n'aurait jamais accepté de partir. Elle est complètement sous la coupe de Sukuna. Tu sais aussi bien que moi que lui faire quitter le pays est la meilleure solution pour sa sécurité. »

L'abyssale antipathie que l'intéressée ressentait dans l'instant pour la brune embrasa son sang d'une froide colère, la faisant encore un peu plus émerger et reprendre conscience de son corps. Veillant à ne pas bouger afin de la garder secret son éveil, la demoiselle se rendit compte qu'elle était visiblement assise, fermement ceinturée à un siège, la tête calée avec une sorte de coussin lui entourant le cou.

Ils étaient… en voiture ?

A cette idée, de l'eau glacée coula dans le dos de la rousse, la faisant discrètement déglutir. Ils avaient profité de son inconscience pour partir de l'appartement, afin de l'emmener dieu seul savait où , passant outre son avis ? C'était… Intolérable…

« Je reste absolument persuadé qu'on fait une erreur. La droguer pour la déplacer, c'est pas mieux qu'un kidnapping ! »

Le blond paraissait profondément mal à l'aise face à la situation présente, rassurant un peu son amie. Il était conscient que Maeda avait largement dépassé les bornes en agissant de la sorte. Malgré son attitude ouvertement sur protectrice de ces derniers jours, et l'absence visible de discussion entre eux concernant un certain démon tatoué, Hiroaki restait une personne honnête. Ces méthodes ne lui correspondaient assurément pas, ce qui fit espérer à la victime qu'il accepterait peut être de revenir sur sa décision de lui faire quitter la ville si elle le lui demandait.

« Un kidnapping… » se moqua cependant ouvertement la brune, irritant au plus haut point l'hybride. « Elle va voyager dans un jet privé jusqu'à une demeure pouvant faire pâlir Downtown Abbey, je pense qu'il y a bien pire comme situation ! »

Ils parlaient… De la propriété de Prasad, en Europe, elle aurait mis sa main au feu. Ils n'allaient pas se contenter de l'éloigner de Kamakura… Ils comptaient carrément lui faire quitter le Japon, et ainsi lui faire perdre toute possibilité de revoir Sukuna, de mettre les choses au clair avec lui.

A cette idée, le cœur de Kali commença à tambouriner à toute vitesse dans sa poitrine, une panique froide s'insinuant en elle.

« … Mais se n'est pas ce qu'elle veut… » murmura le blond, visiblement écartelé.

« Tu préfères qu'elle retourne se suicider entre les bras du roi des fléaux ? » répliqua la brune, appuyant sur un point qu'elle savait pertinemment sensible pour son interlocuteur inquiet. « Pour qu'il la tue la prochaine fois que le vent souffle dans le mauvais sens ou dès qu'elle l'aura finalement lassé ? Parce que c'est forcément ce qui va finir par arriver, tu t'en doutes bien. »

L'intéressée, jouant toujours les endormies, serra ses mâchoires. Etait ce là réellement le seul avenir qui s'offrait à elle si elle demeurait aux côtés de Sukuna ? Elle ne pouvait y croire…

« Non… Non, je ne veux pas ça ! » Cracha Hiroaki, une vive émotion faisant vibrer sa voix. « Mais pour le moment on a pas vraiment d'autres solutions à lui proposer. Avant son pacte, elle avait déjà essayé de boire du sang de fléau. Le résultat n'avait pas été trop concluant… »

« Ça nous donnera du temps pour en trouver une. » éluda simplement la femme en kimono, du dédain dégoulinant de sa voix. « Il va falloir qu'elle apprenne à faire des compromis et à gérer la frustration, la princesse de Prasad-sama. »

« Ne l'appelez pas comme ça, sempai. Elle fait de son mieux. »

Le ton du blond était cassant, montrant bien qu'il désapprouvait le comportement de son ainé, réchauffant un peu le cœur blessé de Kali.

Malgré cela, il fallait absolument qu'elle trouve un moyen de s'échapper. Elle refusait de retourner en Europe. Elle refusait de connaitre à nouveau la situation qu'elle avait vécue avant le pacte. Elle refusait de redevenir une petite chose fragile et sans défense qu'elle avait été avant.

Doucement, lors d'un virage un peu plus prononcé, la demoiselle se laissa glisser mollement contre la vitre, profitant de l'occasion pour ouvrir un peu les yeux pour scruter les rues défilant à toute vitesse. Elle ne reconnaissait rien… Avaient-ils beaucoup roulé pendant son sommeil artificiel ?

Une chose était sure… Elle devait trouver un moyen de descendre de cette voiture et de fuir, aussi loin qu'elle le pouvait de ces deux là. Le temps de trouver une solution. Mais… Même si elle parvenait à s'échapper… où pouvait elle se rendre ? Elle était scellée. Elle n'avait pour ainsi dire sur elle que son scellé et ses vêtements. Sans argent ni téléphone, elle ne pourrait pas aller bien loin.

Et de toute façon, vers qui pourrait elle se tourner ?

Sans énergie, elle allait rapidement dépérir. Elle ne pouvait ni se défendre, ni se soigner.

Gojo ne pouvait plus ne serait-ce la regarder en face depuis l'épisode de la baignoire.
L'exorciste anorexique avait clairement exprimé son avis par rapport à elle, peu élogieux.
Shoko l'aurait peut être aidé, ne serait ce que par rapport à son serment d'Hippocrate. Mais elle n'avait aucun moyen de la contacter.

Yuji… Yuji, le pauvre, ne pourrait surement rien non plus.

Encore une fois…
Le seul qui aurait pu vraiment l'aider…
C'était Sukuna.

Lui pourrait peut être la libérer du scellé posé par Hiroaki.
Lui, une fois cela fait, pourrait alimenter à nouveau son pentacle via leur lien, lui permettant d'accéder à nouveau à ses pouvoirs.
Et même s'il ne pouvait rien contre le ruban occulte qu'elle avait au poignet… Lui ne la laisserait pas se faire emmener à l'autre bout du monde. Non pas parce qu'ELLE ne le voulait pas. Mais parce qu'il la considérait à lui et qu'il n'était pas genre à se faire piquer ce qui lui appartenait.

Mais, il fallait l'admettre…

Se n'était vraiment pas l'idéal.

La demoiselle aurait vraiment préféré avoir un peu plus de temps pour mettre ses idées au clair. Prendre de la distance. Pour préparer un discours bien ficelé et cinglant qu'elle aurait servi au démon tatoué, histoire de lui faire comprendre que ce qu'il avait fait été inacceptable. Qu'elle n'était pas un punchy ball entre ses mains. Et que c'était un crétin fini.

Hélas, là il y avait urgence. Elle devait agir.

Si l'idée d'Hiroaki avait été de la sevrer de Sukuna en la trainant de force loin de lui, ses actions, ainsi que celles de l'autre pintade, n'étaient en réalité qu'en train de la propulser à nouveau vers lui en la poussant dans ses derniers retranchements.

Prenant bien garde de rester aussi silencieuse que possible, ne prêtant plus garde à la conversation houleuse sans fin des deux complices assis sur les sièges avant de la voiture, Kali glissa sa main droite vers la boucle maintenant sa ceinture de sécurité en place, la défaisant d'un geste terriblement précautionneux pour n'émettre aucun bruit. Avalant doucement sa salive, la demoiselle garda la languette métallique froide fermement serrée entre ses doigts afin de donner l'illusion de son maintien en place.

Profitant du fait que sa tête reposait à présent contre la fenêtre de la portière, ses cheveux lui apportant une certaine protection, Kali ouvrit un œil afin de scruter le paysage nocturne défilant à toute vitesse. Ils paraissaient longer un chemin de fer, s'éloignant chaque minute un peu plus de leur point de départ.

Retenant presque son souffle, de peur qu'il ne s'emballe et signale aux deux autres son réveil, la demoiselle demeura immobile, se focalisant entièrement sur les mouvements fluides de la voiture. Le cœur battant, elle guetta les modifications de vitesse, prête à saisir la première chance qui se présenterait à elle.

Elle n'en aurait surement pas deux…

D'un coup, elle remarqua un panneau qu'ils dépassèrent rapidement, marquant la présence d'une gare à proximité.

En découvrant cela, le sang de Kali ne fit qu'un tour dans ses veines, l'adrénaline commençant à saturer ses sens. Elle n'aurait peut être pas d'autre opportunité comme celle-ci !

La voiture commença alors à ralentir, le bruit d'un clignotant actionné se faisant entendre dans l'habitacle devenu silencieux depuis quelques minutes.

C'était maintenant ou jamais.

Ne se laissant pas le temps du doute, la demi fléau relâcha brusquement sa ceinture détachée, ouvrant la portière d'un mouvement précipité avant de se jeter dehors, prenant complètement de court les deux gardes du corps.

Elle s'élança alors sans réfléchir ni se retourner, ne prêtant pas attention au bruit strident de pneus qui crissaient dans son dos. Elle courut aussi vite que ses jambes le lui permettaient, repérant à quelques dizaines de mètres de là l'entrée de la gare se trouvant en haut d'un court escalier.

« KALI ! »

La voix d'Hiroaki perça la nuit non loin d'elle alors que l'intéressée montait les marches quatre à quatre, son sang tambourinant à ses oreilles. Elle devait trouver un moyen de semer le garçon, coute que coute.

Arrivée sur le quai où vaquaient quelques badauds attendant le prochain train, la panique l'étreignit tel un étau alors qu'elle se rendait compte qu'elle ne pourrait se cacher nulle part. Un rien désespérée, la demoiselle repéra un chef de gare assis non loin, lisant tranquillement un journal, et se précipita vers lui.

« Monsieur ! » commença-t-elle, assez fort pour que les gens autour puissent également l'entendre. « Monsieur, je vous en supplie, aidez moi ! Il y a un homme qui a essayé de me kidnapper, il me poursuit, j'ai besoin de votre aide ! »

Le japonais en uniforme, un cinquantenaire à l'air doux, la fixa de ses yeux sombres, ses sourcils disparaissant sous sa casquette alors qu'il essayait visiblement de comprendre la situation incongrue annoncée par cette étrangère. « Que… Pardon? »

« Kali ! »

L'intéressée se retourna, le cœur battant à tout rompre, découvrant le manipulateur de foudre à quelques pas seulement d'elle qui la fixait, un trouble terrible animant l'émeraude de ses yeux.

« Kali… Je… Je sais que c'était pas quelque chose à faire mais… »

« C'est lui ! » Cria cette dernière, le pointant du doigt en se reculant, tremblant légèrement. « Il m'a drogué et il m'a emmené de force dans sa voiture ! »

En entendant cette terrible accusation pourtant assez exacte, toute couleur disparut du visage du garde du corps qui demeura muet, statufié, comme giflé en plein visage. Sur le quai, un groupe de jeunes femmes se rapprocha instinctivement de la scène, venant se placer derrière l'hybride alors que le chef de gare s'était relevé, regardant alternativement la rousse et le blond.

« Je… » commença l'homme, visiblement peu habitué à gérer ce genre d'incongruités dans sa petite gare. « Vous voulez que j'appelle la police, mademoiselle ? »

En entendant cela, Hiroaki eu comme une décharge électrique lui rendant l'usage de son corps. Il fit un pas vers son amie qui recula de la même distance, sur la défensive. « Kali… Je suis désolée mais ne fait pas ça. » Il la fixait, une lueur presque désespérée emplissant son regard. « Vient avec moi, je t'en supplie. »

« Je t'ai dit que je ne voulais pas ! » cracha-t-elle, les larmes lui montant aux yeux. « Je te l'ai dit et plutôt que de m'écouter… Tu m'as droguée ! »

En entendant cela, les filles s'étant rapprochées laissèrent échapper des acclamations choquées, venant entourer Kali afin de l'éloigner un peu plus encore du blond.

« Salaud ! Tu drogues les filles pour les kidnapper ? » commença une brune en robe moulante, le pointant d'un ongle manucuré accusateur. « Tu te prends pour qui ? On devrait te jeter sous le prochain train ! »

« Oué, carrément ! » renchérit une autre, alors qu'elle entourait les épaules de l'européenne d'un bras protecteur. « T'en prendre à une étrangère en plus, t'as pas honte ? »

« Appelez la police ! Faut qu'on l'enferme, ce gars ! » reprit la première, s'approchant du garde du corps avec agressivité, remontée à bloc.

« Je… Non… c'est pas… » commença faiblement le cadet Watanabé, reculant de quelques pas, acculé.

« Ca… Calmez vous, s'il vous plait. » tenta de temporiser le fonctionnaire, son téléphone à la main, toujours indécis. « Je… Je vais les contacter immédiatement… »

« Je… Je veux juste m'éloigner le plus possible de lui… » murmura la rousse à la fille l'étreignant, la gorge serrée, se sentant malgré tout un rien navrée pour le japonais qui ne la lâchait pas du regard, complètement dépassé par la situation.

Kali finit par détourner le sien, encrant son regard d'or dans celui, d'un marron très intense, de sa vis-à-vis. Cette dernière, qui devait avoir environ 25 ans, la scruta quelques secondes avant de hocher la tête, visiblement déterminée. « Alors c'est ce qu'on va faire. Le train arrive, tu vas venir avec nous. »

En entendant cela, la demoiselle écarquilla les yeux, un sentiment de profonde reconnaissance l'emplissant toute entière. Incapable de dire quoi que se fut, elle se contenta de hocher doucement la tête, la gorge serrée. Quelque puisse être la destination vers laquelle elle se dirigeait, ça lui donnerait toujours un peu de temps pour élaborer un plan afin de retourner vers Kamakura.

Non loin, le train se fit d'ailleurs entendre, son far puissant projetant devant lui un rayon lumineux presque aveuglant. Il entra en gare, faisant imperceptiblement se tendre l'européenne qui se doutait bien que son ami n'allait pas se contenter de la regarder y monter sans essayer d'intervenir. Heureusement, la brune remontée à bloc veillait toujours au grain, faisant barrage de son corps pour que le blond ne puisse pas faire un pas dans sa direction.

« Kali, ne fait pas ça ! » cria-t-il cependant dans sa direction, essayant de contourner la jeune femme afin de l'atteindre alors qu'elle s'apprêtait à monter dans le premier wagon venu, le cœur battant.

« N'y pense même pas ! » Sans lui laisser le temps de réagir, l'inconnue en robe extirpa de son sac un petit objet cylindrique, aspergeant le visage du maitre de foudre d'une substance claire et volatile, lui arrachant un cri de surprise.

Hiroaki tomba alors au sol en toussant, les mains plaquées sur ses yeux, faisant rater un battement au cœur de Kali qui se retourna vers lui, alertée. « Hir… »

« Non, laisse tomber, on s'arrache ! » lâcha l'attaquante, l'attrapant fermement par le bras pour la faire remonter dans le train. « C'est qu'une bombe au poivre, rien de mortel mais ça lui fera les pieds, à ce connard ! »

La rousse sentit sa salive trouver difficilement un chemin dans sa gorge alors que les portes du wagon se refermaient lentement sur l'image de son ami à terre, lui faisant enserrer son torse de ses bras.

Jamais elle n'avait voulu qu'il pâtisse de la sorte de la situation…

Le train démarra enfin, l'entrainant lentement vers une destination qui lui était toujours inconnue, faisant naitre un vif doute dans son esprit bouleversé.

Pourquoi les choses étaient elles toujours si compliquées ?

C'était exactement ce que se disait aussi Sukuna, serrant toujours le téléphone de Yuji dans sa main, assis sur le lit de Kali au sanctuaire, fortement contrarié.

Voilà un petit moment que sa conversation avec l'hybride avait été coupée par l'autre baveur. Depuis, l'icône de l'étrangère était restée désespérément hors ligne, lui déplaisant terriblement.

Quelque chose, dans ce qu'avait dit le kidnappeur de la rousse, le tracassait au plus haut point : il comptait visiblement emmener la crevette hors du pays, la renvoyant chez son protecteur hindou.

S'il faisait réellement ça…

D'une part, il n'aurait aucun moyen de récupérer la crevette. A cause du scellé qu'elle portait, du scellé d'une de propres ses reliques, elle était devenue pour ainsi dire invisible, son énergie occulte étant complètement étouffée. En plus, le tatoué n'avait aucun moyen actuel de quitter le Japon.

D'autre part… Ce départ signifiait indubitablement la mort de l'hybride, à plus ou moins court terme. Sans leur pacte lui offrant son énergie sans limite, elle ne ferait pas long feu, c'était une certitude.

Perdre ainsi sa source unique de distraction, après tout le mal qu'il s'était donné pour lui mettre la main dessus… C'était tout simplement inacceptable !

Laissant échapper un puissant soupire, Sukuna se releva, enfouissant le mobile dans la poche de son short, commençant à faire les cents pas.

Quand le décoloré avait scellé Kali pour briser leur lien, il aurait du user de son serment inviolable avec le gamin pour intervenir immédiatement et l'empêcher de l'emmener ailleurs… Même s'il n'aurait pas pu le tuer pour son acte, vu que c'était là une des conditions de son pacte avec le gamin, il aurait certainement pu faire quelque chose… Soigner la crevette, par exemple. Elle aurait alors reprit ses esprits et refusé de partir…

A moins, bien sur, qu'après ce qu'il lui avait fait, elle serait malgré tout partie…

En pensant cela, le tatoué se figea dans l'obscurité, une grimace déformant sa bouche habituellement narquoise.

Serait il possible qu'elle accepte de son plein gré de retourner dans ses contrées lointaines ?
Serait il possible… Que son dernier coup d'éclat fut la goutte d'eau faisant revenir à la raison l'hybride, venant briser cette improbable, candide et sincère attirance qu'elle semblait avoir pour lui ?
Serait il possible… Qu'elle choisisse une mort lente, douloureuse et certaine plutôt que de le revoir après ce qu'il lui avait fait?

A cette idée, le démon fronça un peu les sourcils, un creux désagréable se faisant sentir au fond de son estomac.

Quand il l'avait entendu au téléphone, tout à l'heure, il lui avait semblé que sans l'intervention du blondinet, elle aurait accepté de lui parler.

Mais peut être aurais ce été juste pour le traiter de monstre, le maudire et lui dire d'aller au diable de vive voix…

Peut être le détestait-elle à présent, comme le reste du monde…

Cette idée non plus, il ne l'aimait pas.

Hélas… Aussi frustrant et contrariant que cela pouvait être pour lui… Il ne pouvait rien y faire à présent.

Elle était … Hors de sa portée.

Si seulement il n'avait pas donné de crédit aux mots acerbes de son abruti d'hôte. Rien de tout cela ne se serait produit. Pourquoi l'avait-il fait d'ailleurs ? C'était quelque chose qu'il ne comprenait pas tout à fait. D'habitude, il ne prête même pas attention aux débilités que déblatérait l'adolescent.

Mais pas cette fois ci…

Pour ainsi dire…. Il l'avait bien eu, sur ce coup là.

Et, à nouveau, il se retrouvait seul dans le sanctuaire.

Cependant, a peine eu-t-il pensé cela qu'une légère énergie occulte se fit sentir non loin, le faisant froncer des sourcils. Qu'est ce qu'il faisait là, lui ?

« KYYYYYYYYYYUUU ! »

Le rat volant, petit fléau qui avait disparut depuis environs quelques semaines, venait de débouler dans le sanctuaire, couinant à tout va le long des couloirs déserts. Un rien intrigué par cette visite inopinée, Sukuna sorti de la chambre de l'hybride, tombant nez à nez avec la chauve souris qui battait frénétiquement des ailes, ses petits yeux rubis trahissant une agitation terrible. Le tatoué croisa les bras sur son torse, toisant le nouveau venu de son double regard, dubitatif.

« Si c'est la crevette que tu cherches, le rat, elle n'est plus là. Va voir ailleurs. »

L'intéressé fit quelques instants du sur place devant le roi des fléaux, lui fixant avec quelque chose comme… du mépris, ce qui fit irrémédiablement se tendre ce dernier. Maintenant qu'il avait perdu l'hybride, il pouvait peut être transformé cet horripilant animal en tartare…

Cependant, avant même qu'il eu esquissé le moindre mouvement, le petit être occulte se jeta sur lui, venant saisir entre ses crocs le tissu ample du t shirt qu'il ne s'était pas donné la peine de retirer cette nuit, le tirant de toutes ses forces en avant. Sukuna soupira, le repoussant d'un coup de main sans ménagement, un rien étonné par ce comportement des plus suicidaires.

« Je peux savoir à quoi tu joues, microbe ? »

Déterminé, ce dernier recommença sa manœuvre, arrachant au roi millénaire un regard perplexe alors que la bestiole essayait visiblement de le tirer en avant pour l'entrainer dans les couloirs déserts du sanctuaire. A moins qu'il n'essaie de lui baver dessus à mort ? Impossible à dire.

« Maintenant que la crevette est p… »

« KYU ! » l'interrompit le fléau, voletant devant son visage, ne se laissant pas impressionner.

Sukuna le scruta une poignée de secondes, perplexe. « Quoi ? C'est par rapport à elle ? »

« Kyu ! Kyu ! » La chauve sourit recommença à faire des ronds autour du démon avant de s'éloigner un peu, l'attendant quelques mètres plus loin, comme s'il l'invitait à le suivre.

Serait-il possible que…

« Tu sais… Où est la crevette ? » demanda le démon millénaire, incrédule.

Le fléau volant demeura quelques secondes sans rien ajouter avant de laisser échapper une sorte de sifflement que l'homme traduisit comme un 'long à la détente' qui lui arracha un sourire mauvais. Elle avait vraiment des envies suicidaires, la boule de coton ailée… Pourtant… S'il était possible qu'il le mène jusqu'à la rousse fugitive, il pouvait bien exceptionnellement passer outre son insolence.

« Si tu sais où elle est, mène moi là bas » ordonna-t-il, son rythme cardiaque s'accélérant un rien au creux de sa cage thoracique. « Mais si tu t'es moqué de moi, je peux te garantir que tu le paieras de ta vie. »

L'intéressé le fixa avec intensité avant de s'élancer vers la sortie du sanctuaire, visiblement déterminé à guider le fléau tatoué. Sukuna demeura un instant immobile, jetant un regard vers la chambre plongée dans l'obscurité de l'hybride disparue.

Le rat volant savait pertinemment qu'il avait envie de le massacrer, et ça, depuis la première fois que son double regard avait croisé le sien. Avant que l'européenne et lui ne passent leur pacte, il avait tout fait pour le tenir éloigné d'elle dès qu'il en avait eu l'occasion. Leur animosité était mutuelle, c'était certain.

Alors, s'il était venu le chercher… C'était que quelque chose avait du arriver à la jeune femme à présent sans défense. Quelque chose d'assez grave pour, qu'à ses yeux, il soit la seule et unique solution.

A cette pensée, Sukuna serra un peu des poings, un sentiment d'urgence émergeant dans son esprit.

En haut des escaliers, le démon ailé recommença à couiner, l'enjoignant à la suivre.

Sans plus attendre, le roi des fléaux se précipita à sa suite, quittant ainsi, sans même s'en rendre compte, pour la première fois le sanctuaire sous ses propres traits. Alors qu'il déboulait dans la rue, suivant sans effort la chauve souris albinos volant à quelques mètres devant lui, le tatoué ne prêta même pas attention à la pluie tiède qui commençait à s'abattre en cette étouffante nuit d'été, ses pensées étant toute focalisées sur une seule et même chose…

« Dans quel pétrin tu t'es encore fourré, crevette… »

Kali, pour sa part, ne détachait pas son regard doré de son reflet que la vitre lui faisant face lui renvoyait, une tension ineffable l'enserrant toute entière.

Le train dans lequel elle était montée un peu plus tôt avait pour destination finale Tokyo, ce qui ne l'avait pas arrangé le moins du monde. Les jeunes femmes du groupe l'ayant prise sous leurs ailes avaient essayé de la faire venir avec elles jusqu'à la capitale, mais elle n'avait rien voulu savoir.

C'était à Kamakura qu'elle devait retourner.

Aussi dingue que cela pouvait paraitre, elle devait retrouver Sukuna.
Au pire, il l'achèverait bel et bien, comme le craignait Hiroaki. Mais elle ne voulait pas y croire.
A la limite, il empêcherait ses gardes du corps de l'emmener à l'autre bout du monde.
Au mieux, il pourrait la débarrasser du scellé posé par ce dernier et lui rendre l'accès à son énergie occulte.
Et… Dans le monde des bisounours, il s'excuserait même pour ce qu'il avait fait…

A cette pensée puérile, la demoiselle laissa échapper un rire sans joie. Le simple fait d'imaginer le roi des fléaux prononcer des mots d'excuses lui paraissait sur réaliste. Les connaissait-il seulement d'ailleurs ?

Enfin… Se n'était pas là son problème majeur pour l'heure.

Après être descendue à la gare suivant celle où elle avait abandonné Hiroaki, Kali avait sauté dans le train partant dans le sens inverse, en direction de la ville abritant le sanctuaire. Le trajet ne devait durer qu'une petite demi heure, pourtant jamais trente minutes ne lui avaient semblé aussi longues et terrifiantes. A chaque station la ramenant vers son point de départ, elle pouvait sentir son cœur tambouriner à tout rompre dans sa poitrine, une froide terreur l'étreignant toute entière. Si jamais Maeda et son ami montaient à bord pour la récupérer, elle serait incapable de se défendre. Le train semblait pour ainsi dire vide, et la probabilité pour qu'elle ait un coup de chance similaire à celui de la gare précédente était pour ainsi dire proche de zéro.

Il allait lui falloir être plus intelligente qu'eux. Plus rapide. Et très discrète.

Hiro savait pertinemment là où elle comptait se rendre. Elle en mettrait une main au feu. Il savait également qu'elle était en train. Il l'attendrait très certainement à la station de Kamakura pour la cueillir comme une fleur.

Il allait donc lui falloir descendre à celle d'avant et réussir à rejoindre le sanctuaire avant qu'il ne comprenne sa stratégie. Il avait une voiture là où elle était à pied. Et sans téléphone pour pouvoir optimiser son chemin. Ça risquait d'être terriblement tendu…

Mais elle n'avait, de toute manière, pas le choix.

Arrivée à la station qu'elle avait choisit, la demoiselle jeta des regards inquiets de tous les côtés du quai désert, craignant de voir surgir les deux gardes du corps à sa poursuite. Elle ne remarqua heureusement personne, la rassurant un peu alors qu'elle quittait le wagon du train, rajustant la capuche sombre de son sweat sur ses cheveux d'automne, s'élançant dans les ruelles silencieuses des hauteurs de la ville, une pluie fine commençant à s'abattre depuis le ciel bas et menaçant.

Manquait plus que ça…

Ne cessant de jeter des regards inquiets dans toutes les directions, Kali pouvait sentir en elle ses tripes se tordre d'angoisse à l'idée d'être rattrapée. Poussée par sa peur croissante, elle commença à courir aussi vite que ses blessures le lui permettaient, la moindre ombre l'entourant pouvant abriter un danger potentiel. Cela faisait des semaines qu'elle ne s'était plus sentie aussi fragile, aussi menacée par le monde entier. Et cette sensation oppressante ne lui avait pas du tout manqué.

D'un coup, un bruit sourd se fit entendre non loin, attirant l'attention de l'européenne qui sursauta dans sa course. Elle ne vit pas alors le trottoir qui se finissait juste devant elle, la faisant trébucher lourdement sur le bitume trempé. Dans un petit cri de surprise, Kali s'étala de tout son long sur le sol, sa tête heurtant l'asphalte dans un bruit sourd, la sonnant un peu.

Le souffle court, l'hybride demeura quelques secondes allongée sur le sol, son corps déjà blessé lui hurlant violemment son mécontentement, sa vision faisant des sortes de vagues devant ses yeux, lui donnant la nausée. Elle ferma avec force ses paupières, serrant ses mains écorchées, maudissant l'entièreté de sa situation présente.

Il fallait vraiment que cette putain de nuit prenne fin.

Rassemblant ses forces, la rousse se redressa dans un grognement de douleur, essuyant d'un revers de main le sang rubicond coulant de son front.

Si, pas miracle, elle finissait par rejoindre Sukuna, il ne manquerait pas de lui faire une remarque moqueuse sur son état, elle en était certaine !

A cette pensée, l'image d'Hiroaki à la gare, son regard désespéré braqué sur elle, lui revint en mémoire, la faisant un peu culpabiliser d'avoir autant hâte de retrouver le démon millénaire dont il avait si farouchement voulu la protéger.

Il ne pouvait pas comprendre…

Se n'était pas comme si son nombre d'options était illimité dans son cas.
Elle pouvait soit accepté sa vision des choses, accepté d'être à nouveau scellée et retourner en Europe. Vivre comme une petite chose moribonde, incapable de rien, alimentée par du sang de démon infecte.
Ou elle pouvait prendre le risque de miser sur Sukuna, malgré ses tords. Avoir ainsi accès à son énergie inépuisable. Pouvoir être libre. Et pouvoir le côtoyer, aussi compliqué puisse-t-il être.

Dans les deux cas, elle avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête, menaçant de s'abattre et de la tuer. Cependant… Dans le deuxième cas, elle pouvait jouir de bien des choses lui étant devenues des plus agréables et dont elle ne voulait plus se passer.

Alors tant pis pour la raison. Tant pis pour la sécurité. Elle avait fait son choix.

Et elle refusait de redevenir une pauvre petite chose vautrée dans la poussière.

Courageusement, la rousse se remit sur ses pieds, reprenant périlleusement son chemin d'un pas un peu mal assuré… Mais assurément déterminé.

« Saleté de rat volant, est ce que tu sais au moins où tu dois aller ? »

De son côté, Sukuna devait lutter chaque minute un peu plus à l'envie obsédante qu'il avait de trancher menu le petit fléau. Cela faisait à présent plusieurs minutes que ce dernier s'était mis à tournoyer sur place, jetant des regards dans toutes les directions, ne sachant visiblement plus quel chemin prendre pour rejoindre sa maitresse.

La pluie, au dessus d'eux, s'était intensifiée, collant le t-shirt du démon à son torse sculptural, n'apaisant cependant en rien la colère embrasant son sang. De mauvaise humeur, le tatoué passa une main dans ses cheveux pour les remettre en arrière, maugréant tout bas en regardant autour de lui.

Il ne parvenait pas à sentir l'énergie occulte si particulière de la petite hybride, ni même celle de leur pacte.

Foutu scellé bien trop efficace…

En même temps, il avait servi à contenir une de ses reliques, ça n'aurait pas pu être autrement…

Si seulement la crevette pouvait le retirer, ne serait-ce qu'un instant… Il pourrait immédiatement savoir où elle se trouvait.

Brusquement, le fléau volant poussa un couinement dans les airs, attirant l'attention peu convaincue du japonais millénaire. Il allait lui lancer une pique condescendante mais il s'abstint, constatant la concentration de l'animal qui fixait avec intensité une direction, comme s'il avait repéré quelque chose. D'un coup, la chauve souris s'élança à nouveau dans les airs, suivi par un Sukuna sentant monter en lui une certaine impatiente.

« Putain de nuit sans fin de merde… »

Cela faisait à présent presque une heure que Kali marchait dans les ruelles de ville, et, il fallait l'admettre, elle était à bout de force. Privée de son moyen de localisation préféré, elle n'avait cessé d'avancer, revenir sur ses pas, monter et descendre des ruelles, l'épuisant complètement.

Trempée jusqu'aux os, elle grelotait de froid, enserrant son torse par-dessus son pull à capuche glacé. Arrivant pour la deuxième fois devant le même parc pour enfants, l'européenne laissa échapper un soupire déchirant, allant se laisser tomber sur banc baigné de la lumière blafarde d'un lampadaire.

Elle avait mal partout : en plus de son front et de ses mains écorchées, ses anciennes blessures s'étaient largement réveillées, ainsi que son pentacle dans son dos et son scellé à son poignet qui lui tiraient désagréablement la peau. Son corps semblait peser des tonnes et il lui paraissait pleuvoir jusque dans son crâne.

C'était… Tellement frustrant ! Tellement… Epuisant...

Posant les mains sur ses genoux, la jeune hybride leva le visage vers le ciel orageux, fermant les yeux une poignée de secondes. Elle laissa la pluie froide s'abattre sur elle, dévalant sur sa peau froide comme toutes les larmes qu'elle aurait eu envie de verser mais qu'elle retenait depuis des jours.

Elle se sentait… terriblement seule en cet instant…

« KYUUUU »

Sursautant en entendant ce cri familier tout près, Kali rouvrit les yeux pour découvrir avec un étonnement colossal le petit fléau albinos qui volait autour d'elle, poussant des petits cris aigus.

« Kyu ? Tu es là ? Comment tu m'as retrouvé ? »

Elle tendit une main vers le démon volant qui vit se nicher contre sa poitrine, allant caresser doucement la fourrure mouillée de son dos.

« C'est le sang, c'est ça ? » reprit la rousse, un léger sourire aux lèvres. « Tu as toujours eu un flair redoutable… »

Sukuna, lui, s'était arrêté dans l'ombre d'une ruelle alors qu'il l'avait découverte à quelques mètres seulement de lui. S'il ne l'avait pas eu directement sous les yeux, il aurait pu croire qu'elle n'était pas là tant son énergie était étouffée par le scellé qu'elle portait. Ça ne lui plaisait absolument pas.

Après une seconde d'hésitation, remettant ses cheveux plaqués sur son crâne par la pluie en arrière, il s'avança lentement vers elle, s'arrêtant cependant à une légère distance.

« Crevette… »

En entendant la voix du démon tatoué, l'intéressée se figea un peu avant de se tourner vers lui, son regard d'or cerné exprimant une vive surprise. Le japonais remarque immédiatement la blessure sur son front, lui arrachant une légère grimace. Qu'est ce qu'elle avait encore fabriqué ?

La demoiselle, quant à elle, demeura muette dans un premier temps, scrutant l'homme non loin, comme cherchant à lire en lui. Elle déposa précautionneusement la chauve souris sur le banc avant de se lever, faisant un pas vers lui, ses bras croisés sur son ventre. Elle avait l'air à bout de force, pourtant il émanait de son regard qu'elle encra dans le sien quelque chose de complexe qu'il ne parvenait pas à décrypter.

Au bout de quelques instants passés à le dévisager, elle finit par prendre la parole.

« Ils veulent tous que je rentre en Europe. »

Sa phrase tomba entre eux comme une pierre au fond de l'estomac de l'homme qui demeura cependant stoïque, seule la légère tension au niveau de ses mâchoires pouvant le trahir. Il s'était douté de ce fait, il avait entendu le blond le lui hurler dessus au téléphone quelques heures auparavant. Pourtant, l'entendre de la bouche de l'hybride était très différent, bien plus alarmant en quelque sorte.

« Je sais. » se contenta-t-il de dire, scrutant sa vis-à-vis avec autant d'intensité qu'elle le faisait.

Le silence retomba entre eux, s'alourdissant au fil des secondes. Pour l'une des premières fois de son existence, l'homme aux yeux de lave ne savait pas qu'elle stratégie adopter. Il se refusait à poser une question dont il ne voulait pas entendre la réponse…

Au bout d'un temps qui lui parut inquantifiable, Kali finit par reprendre la parole.

« Mais je ne veux pas retourner là bas. »

A peine eut-elle terminé sa phrase qu'un léger sourire naquit sur ses lèvres pleines trop pâles, alors qu'elle faisait un pas vers lui, une vive étincelle animant l'or de ses prunelles.

« Visiblement, je dois être complètement folle. »

A ces mots, Sukuna sentit comme un poids dont il avait ignoré la présence jusqu'à présent disparaitre de ses épaules. Il lui adressa un de ses sempiternels sourires en coin, s'avançant à son tour vers elle, se trouvant à présent à une longueur de bras de son être épuisé et pourtant centre de toute son attention.

« Ça, crevette… » commença-t-il de sa voix grave et caressante, ne détachant pas une seconde son regard du sien, comme de peur qu'elle ne disparaisse à nouveau. « Ça fait un moment que je le sais. »

La remarque arracha un franc sourire à la demoiselle qui secoua doucement la tête en fermant les yeux, désespérée d'elle même. Elle finit par les rouvrir pour retourner les encrer au double regard rubis de son vis-à-vis, y retrouvant la lueur complexe, calme et envoutante qu'elle lui connaissait habituellement. La pluie continuait de tomber sur eux, noyant une larme unique qui dévala sa joue sans qu'elle ne puisse rien y faire.

Il était là… Le revoilà, le roi des démons qu'elle avait côtoyé ces dernières semaines et qui la faisait tourner en bourrique…Son épée de Damoclès obnubilante… Il était là, celui qui avait faillit la tuer il y avait quelques jours seulement. Elle aurait du le craindre. Elle aurait du le détester. Pourtant… La seule chose qu'elle parvenait à se dire… C'était qu'il lui avait terriblement manqué…

Sukuna finit par faire un pas supplémentaire vers la demoiselle, effaçant presque la totalité de l'espace séparant leurs deux corps, venant frôler de sa main le poignet de la jeune femme où se trouvait toujours noué le ruban occulte séparant leurs âmes.

« Pourquoi ne retires-tu pas le scellé, si tu ne veux pas repartir chez ton hindou ? »

Kali mit quelques secondes à répondre, savourant la chaleur du corps du tatoué tout proche, mettant à mal le fil de ses pensées.

« Je ne peux pas le retirer. » Finit-elle par avouer, fixant avec intensité son interlocuteur. « C'est Hiro qui l'a mis en place. »

Le roi des fléaux reçut cette information avec un léger sourire, étonnant sa vis-à-vis. « Je vois… Tu ne pouvais pas le retirer… »

Lentement, il se pencha un peu vers l'hybride, glissant ses doigts brulants contre la peau fraiche et délicate de l'intérieur de son poignet, sous le tissu couvert d'inscriptions ancestrales.

« Alors… Demande-moi de le faire. »

Doucement, il tira de son autre main la capuche de la demoiselle en arrière, libérant son minois et sa crinière ondulée de leur cachette. Il attrapa une mèche de ses cheveux d'automne rendus plus foncés par la pluie, la portant jusqu'à son visage, s'abreuvant de son parfum si unique n'étant qu'à lui. L'hybride, pour sa part, le regardait faire son numéro, victime consentante de son charisme aguicheur.

« Sukuna… » murmura-t-elle, le simple contact de sa main autour de son poignet l'électrisant toute entière, lui donnant l'impression d'être plus vivante qu'au cours de ces derniers jours coupée de lui.

« Demande le moi, crevette… » répéta-t-il tout bas, venant glisser sa main libre contre sa joue, noyant son regard dans le sien, n'attendant qu'un mot de sa part pour éradiquer l'obstacle séparant leurs âmes.

La demoiselle ferma les yeux un bref instant, prenant le temps de bien se rendre compte de la folie de la chose qu'elle s'apprêtait à faire. Mais qu'importait la raison. C'était là ce qu'elle désirait, viscéralement.

Lentement, elle rouvrit ses paupières sur ses yeux d'or où brulait une détermination sans faille, arrachant un sourire au démon n'en perdant pas une miette, ravi.

« S'il te plait… Sukuna, brise mon scellé… »

Sans attendre une seconde de plus, le démon couronné s'exécuta, embrasant son énergie occulte contre le maudit ruban griffonné le tenant à distance de sa petite hybride improbable. Le bout de tissu résista quelques secondes avant de se consumer brutalement contre ses doigts, se dissipant dans l'air nocturne alors le pacte liant leurs âmes s'embrasait à nouveau. Immédiatement, Kai put ressentir l'intensité terrible de l'énergie de Sukuna s'écouler à nouveau en elle alors que ses tatouages refaisait surface sur son corps, lui arrachant un profond soupire de bien être et de plaisir.

« Suku… »

Le démon ne la laissa pas finir, venant alors capturer les lèvres de la demoiselle, passant une main dans ses cheveux trempés, l'autre la plaquant avec fermeté contre son corps, lui coupant le souffle. D'abord surprise, Kali entra cependant bien vite dans la danse, allant passer ses bras autour du cou du tatoué, terriblement secouée et heureuse de retrouver cette proximité entre leurs êtres, leurs âmes. Sukuna dévorait sa bouche avec une voracité terrible, l'emprisonnant dans ses bras comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse à nouveau. C'était sauvage, c'était intense… C'était presque… désespéré…

Au bout de quelques minutes, le roi des fléaux s'éloigna cependant un peu de sa captive, à bout de souffle, , la bouffant littéralement du regard. Elle l'avait à nouveau choisi, lui…

« Kali… » murmura-t-il, posant son front contre le sien. « Ah, crevette…te revoilà… »

Le démon… S'amusait-il volontairement à agir de la sorte ? Elle qui s'était promis de lui crier dessus, c'était râpé…

« Sukuna… Je… »

Brusquement, une violente quinte de toux saisit le démon qui se détourna d'elle, médusant la jeune femme qui le fixa, incrédule.

« Qu'est ce que… »

Kali eu à peine le temps de voir Ryomen éloigner sa main de sa bouche, y découvrant une grande quantité de sang, qu'il fut secouer d'un terrible spasme, effrayant la demoiselle qui put ressentir en elle une vive douleur au niveau de ses tatouages, semblable à une décharge électrique. L'homme tomba alors à genoux sous le regard médusé de l'européenne, ne comprenant rien de ce qui était en train de se produire.

« Sukuna ! »

Cependant, le temps qu'il touche le sol, ce n'était déjà plus 'lui', ses tatouages ayant tous disparut.

Avec effarement, Kali se jeta aux côtés de Yuji qui avait visiblement reprit le contrôle de son corps, terriblement inquiète par rapport à la quantité de sang que Ryomen avait craché.

« Yuji ! » Elle agrippa les épaules de l'adolescent, paniquée. « Yuji, tu as mal où ? Tu respires bien ? »

Le futur exorciste la fixa, clignant plusieurs fois des yeux, visiblement perdu. « Ka… Kali-sempai ? Vous êtes revenue ? »

« Oui, mais c'est pas l'urgence là ! » Eluda l'intéressée, scrutant le lycéen pour trouver une éventuelle blessure. « Comment tu te sens ? »

L'intéressé la regarda un bref instant avant de s'auto ausculter brièvement, découvrant avec étonnement l'hémoglobine rougeoyante dans ses mains. « Bah… Je vais très bien. Pourquoi ? Il vient d'où ce sang ? »

La rousse fixa, interdite, le garçon aux yeux noisette. Lentement, elle posa une main au niveau de son sternum, là où se trouvait le tatouage principal marquant son serment inviolable avec Sukuna.

Quelque chose clochait. Elle ne savait exactement quoi.

Mais elle en était sûre : Il était arrivé quelque chose au démon millénaire.

Putain de nuit…

Mot de l'auteur :

M : Saaaaaaalut tout le monde ! J'me présente, j'suis M la suicidaire des partiels ! Youhou !

Bref, j'espère que vous allez bien ! Un nouveau chapitre du coup ! Bon ce coup ci vraiment le dernier jusqu'à noel lol J'espère qu'il vous aura plu ! J'ai essayé de faire ça en mode parallèle entre susu et Kali, j'espère que ça rend leur retrouvailles plus dynamiques à lire

Hiroaki, les yeux en choux fleurs : MOI PAS J AI PAS AIME!

Kali, mal à l'aise : Désolée hiro… Je pensais pas qu'elle te gazerait !

Hiroaki, boudant : C'est même pas MOI qui t'ais drogué !

Kali, du feu dans les yeux : OOOOH mais tu fais bien de me le rappeler tient ! J'ai une dinde à griller moi ! ça va me faire du bien après cette nuit de dingue !

Sukuna : Et moi non plus j'aime pas ! D'où je crache du sang à la fin !

M : suspeeeeeeeeence !

Kali, boudant à son tour : oué, ça, moi non plus j'ai pas aimé !

M : éh oh, c'est quoi cette rébellion là ?

Sukuna, attrapant Kali pour poser son menton en haut de son crâne : je venais juste de retrouver la crevette !

Hiroaki, moqueur : en mode film en noel en plus… La pluie, le baiser, tout ça, tout ça…

Sukuna, jetant un regard mauvais au blond : LA FERME !

Kali, cachant un petit rire en faisant semblant de toussoter : J'avoue…

Sukuna, choqué, tirant sur les joues de Kali : Je n'ai pas COURRU sous la pluie pour toi, crevette !

Hiroaki, mettant ses lunettes, relisant le chapitre : Ah si si… T'as même couru derrière kyu, mon gros !

Sukuna, outré : Toi… Attend que je te mette la main dessus !

Hiroaki, lui faisant un magistral doigt d'honneur : si t'es pas crevé au prochain chapitre !

Sukuna : rêves y donc !

Kali, vérifiant ses tatouages : Parle pas de malheur, Hiro !

M, éloignant les deux coqs : STOOOOOOP ! on se calme ! C'est le mois de noel non de nom ! Vous pouvez pas vous aimer les uns les autres un peu ?
Bref, on va les laisser se fighter entre eux hein !
En tous cas je souhaite bon courage à toutes et tous qui ont des examens !

Un grand merci de nous suivre !

Je vous dis à dans 2 semaines pour la suite !