Stiles se trouva idiot, profondément stupide. Il ne faisait rien de spécial, à part… Se plaquer contre la paroi de la douche, limitant au maximum le contact qu'il pouvait avoir avec l'eau du jet… Qu'il avait partiellement orienté sur le côté. Prendre une douche de lui-même et seul, c'était… Bizarre. Presque anormal. Il n'avait plus l'habitude et ce, même si cela faisait relativement peu de temps que la tentative de meurtre sur sa personne avait eu lieu.
Alors voilà, il se fustigeait mentalement parce qu'il ressentait une aversion passablement exagérée envers l'eau, cet élément si indispensable à la vie. C'était d'autant plus stupide à ses yeux qu'il pouvait la boire dans un verre sans problème. Alors pourquoi refuser qu'elle coule librement sur son corps? Pourquoi n'avoir rien dit aux infirmiers, à l'hôpital? Pourquoi avoir laissé le père de Liam l'aider à se laver, ici? La réponse, il la connaissait: chaque fois, quelqu'un de «confiance» avait été à ses côtés et faisait tout à sa place. Il n'avait, en d'autres termes, pas à affronter ce qui avait manqué de le tuer. Bien sûr, Stiles savait fort bien que ce liquide n'était pas seul responsable de sa mort momentanée: il avait fallu quelqu'un pour le noyer, des mains pour enfoncer et maintenir sa tête sous l'eau. Mais il continuait pourtant de l'associer à cet évènement qui ne quitterait pas sa tête de sitôt.
Allez Stiles, t'es plus fort que ça. Voilà ce qu'il se disait pour s'encourager… Sauf qu'au vu de la façon dont ses yeux regardaient le jet et à la vitesse à laquelle se soulevait sa poitrine, l'on ne pouvait pas dire que cela marchait vraiment. De toute façon, se parler n'était pas le genre du jeune homme. Il voyait souvent les gens le faire, dans les films et séries qu'il avait vus, dans les quelques livres qu'il avait lus récemment… Sauf que ça aussi, c'était idiot – uniquement le concernant. Si ça aidait d'autres personnes, tant mieux: le fait est qu'il ne faisait pas partie de ce groupe d'heureux élus – mais pour le coup, il aimerait beaucoup. L'espoir fait vivre, dit-on souvent. Stiles avait besoin que le sien soit coriace pour fonctionner.
Il souffla, soupira, inspira, expira… Fit tout ce qui était en son pouvoir pour calmer ce qui n'était même pas une crise, ou du moins pas vraiment. Stiles voyait ça comme une peur irrationnelle mais jamais il n'irait appeler ça un traumatisme. Nier l'évidence était sa manière à lui de tenter d'avancer. Elle n'était pas bonne, mais il ne connaissait que celle-ci… Et il y croyait, parce qu'elle avait marché quelques fois dans sa vie. Il la considérait donc comme un incontournable, une sorte de vérité absolue.
Le pire dans tout ça c'est que, malgré sa peur… Stiles se mit à ressentir une espèce de besoin qui l'avait déjà traversé ces jours-ci – de manière si légère, si fugace qu'il ne s'en était pas réellement rendu compte. Mais l'eau, il en avait besoin autant qu'il la craignait. Et là, c'était effectivement le cas. Décrire la nature de ce ressenti serait fort inutile car trop difficile, puis… Stiles ne trouverait tout simplement pas les mots. Une personne lambda, pour se protéger des symptômes naissants de cette très chère crise d'angoisse, pourrait chercher à tout mettre en œuvre pour l'éviter. Dans le cas de l'hyperactif, il ne s'agirait de rien de plus que de sortir de la douche – de préférence le plus tôt et rapidement possible. Or, son ressenti fort étrange l'en empêcha. Le paralysait-il? Possible, mais pas sûr. Il y avait autre chose. C'était vicieux, à la fois discret et puissant. Stiles resta campé au fond de la douche, les yeux rivés sur le jet qui coulait à flot.
- Affronte ta peur, espèce d'idiot… Marmonna-t-il, le regard on ne peut plus craintif.
La façon de s'encourager avait changé – elle s'était également verbalisée. Puis il fallait qu'il voie les choses de façon logique et pragmatique: l'eau de la douche n'allait pas le tuer, elle n'avait pas ce pouvoir. Pas dans une si petite cabine, laquelle ne la gardait pas et se vidait instantanément – c'était son rôle. Stiles souffla un bon coup. C'est qu'un mauvais moment à passer, tu vas t'y réhabituer. Il se lança.
Sa main trembla lorsqu'elle se rapprocha du filet d'eau et l'hyperactif eut un mouvement de recul certain lorsque quelques gouttes touchèrent sa peau, laquelle lui parut d'un seul coup avoir gagné en sensibilité – un peu trop, si on lui demandait son avis. Car chacune des gouttes en question lui donna l'impression de lui percer l'épiderme – sans que cela lui occasionne toutefois la moindre douleur. C'était juste passablement inconfortable… Mais pas assez. Ainsi, il s'efforça de se pousser pour mettre sa main directement sous le jet et cesser de simplement s'en approcher. Au bout d'un moment, il devait passer outre ses peurs et les sensations étranges qui l'accompagnaient… Bien que celle-ci lui fit se demander si sa tête allait bien.
Parce qu'il venait soudainement de passer d'un sentiment d'inconfort total à l'impression… Que tout allait beaucoup mieux. Que l'eau ne rendait plus sa peau trop sensible. Au contraire, il se mit à apprécier un peu trop le contact aqueux, comme s'il épousait sa peau de façon naturelle tout en la pénétrant – dans une moindre mesure bien sûr.
C'est alors qu'il ressentit l'envie voire le besoin pur et simple de laisser son corps goûter à cette sensation dans son entier. S'il en comprit la raison? Absolument pas, mais il chercha à lutter. Il n'était pas complètement pas hypnotisé par cette découverte plus qu'étrange et se rappelait fort bien son sentiment quelques instants plus tôt: l'eau l'angoissait. Elle lui avait fait frôler une crise et encore maintenant, son cœur battait un peu trop vite et de façon si désordonnée qu'il ne pouvait que le remarquer. Stiles ne pouvait se détacher de tout ça dans la mesure où cette impression continuait de lui faire quelque chose, d'une certaine manière.
Et pourtant, il osa sans le vouloir réellement. Son corps agit pour lui et quelques instants plus tard, le jet d'eau s'écoulait sur ses cheveux, son visage, ses épaules… Stiles était entièrement mouillé et la façon dont les choses évoluèrent le clouèrent sur place.
Parce que l'eau lui fit autant de bien que de mal. D'un côté elle eut l'air d'envelopper son corps et de le caresser de toutes parts tandis que de l'autre, elle continua de le terrifier. Ce fut tel que son cœur, loin de se calmer, lui parut battre non pas plus vite, mais plus fort que d'ordinaire… Comme pour le prévenir, lui faire comprendre qu'il se passait quelque chose.
La vision de Stiles se fit floue mais pas pour les raisons que l'on pouvait imaginer. Il était en train de basculer dans un autre état, un état transitoire. Sa peau redevint atrocement sensible si bien que le contact avec l'eau se transforma cette fois-ci en une douleur claire de laquelle il ne put se séparer. Pourquoi? Parce que son corps ne répondait pas. Il restait figé, paralysé, à subir sans lui permettre de fuir ni même de gémir. Stiles avait les yeux exorbités et ne sut que faire: même réfléchir, il n'y arriva soudainement plus. Il se passait quelque chose à l'intérieur de lui. Quelque chose que l'eau provoquait.
Et lorsque ce fut fini, Stiles ne fut rien faire d'autre que l'orgasme plus qu'incompréhensible qui le traversa de part en part. Ce n'était pas juste une trop forte sensation de soulagement. Il s'agissait bel et bien de rais de plaisir physique qui le laissèrent complètement pantelant. Les jambes tremblantes, Stiles se laissa glisser contre la paroi de la douche. Le choc et la confusion qui le prenaient étaient tels qu'il resta ainsi un long moment, les jambes fébrilement ramenées contre lui.
L'eau coulait toujours.
