Il n'était un secret pour personne que Stiles Stilinski souffrait parfois d'anxiété, la même qui le rendait parfois un peu paranoïaque concernant certains sujets, certaines personnes. Cependant, l'on savait aussi qu'il la régulait fort bien etmettait un point d'honneur à l'imposer aux autres le moins possible, quitte à leur dissimuler son existence. C'était pour cela qu'il n'avait été victime de crises de panique que rarement en présence d'autrui.
Le fait est que ce jour-là, il en fit une après sa douche et plus précisément après s'être retranché dans la chambre de Liam… Ce qui manquait de logique puisque c'était elle qui l'avait angoissé, elle qui lui avait fait ressentir des choses si étranges. Or, ce n'était que lorsqu'il s'était habillé et qu'il avait passé la porte de la pièce familière que son cœur s'était emballé au point qu'il avait su en un instant qu'il était parti pour un tour. La crise ne le marqua pas par sa violence, mais bien par sa nature particulière. En effet, elle dura, dura, dura au point qu'il en pleura… Sans comprendre, sans réellement ressentir de tristesse. De la panique, oui, mais pas non plus de la peur à proprement parler. En fait, elle se distingua par la confusion qu'elle faisait naître en lui. Une incompréhension totale par rapport à ce qu'il avait vécu… Et dont la nature continuait de lui échapper.
Stiles avait l'habitude de passer en revue toutes les possibilités par rapport à une situation dans le but de l'expliquer et de mettre le plus rapidement possible un terme à ses réflexions internes la concernant. Cette fois-ci ne fit pas exception, à la différence qu'aucune de ses hypothèses ne le satisfit. Rien ne lui allait car rien ne collait, ne lui paraissait vraisemblable. La seule qui l'était, objectivement, il n'y croyait pas.
Il était très probable que l'hyperactif ait tout simplement fait une crise de panique, ou quelque chose de ce genre, à cause d'un potentiel choc post-traumatique. Sa propre mort ne l'avait certainement pas laissé de marbre, d'autant plus qu'elle le hantait au point qu'il cherche à chaque fois à repousser le moment où il lui faudrait dormir… Ce qui faisait qu'en plus de peu se laisser aller au sommeil, il pensait à outrance. Et ses réflexions, il les contrôlait encore moins que d'ordinaire à cause de sa fatigue. Il était donc d'autant plus difficile pour lui de mettre de côté ces souvenirs plus que traumatisants. On avait attenté à sa vie… D'un autre côté, il y avait aussi le cas de son père qui l'inquiétait quelque peu. Il n'y pensait pas trop car son esprit considérait avoir déjà fort à faire, mais il ne l'oubliait pas.
Stiles ne réussit pas à mettre ce qui lui était arrivé à l'intérieur de la douche dans une case précise et ce fait l'agaça plus que de raison. En fait, il en vint très vite à en stresser, jusqu'à ressentir le besoin d'en parler. Mais à qui? Quand? Il avait son téléphone, il pouvait envoyer un message à Liam… Et pourtant, il s'acharna à le laisser de côté. Son excuse? Tenter de ne pas se distraire avec cet écran de pacotille et aller à l'essentiel. Son but n'était autre que le suivant: réussir à se débarrasser de ces pensées parasites pour, il l'espérait, recommencer à vivre. Car depuis son tout premier réveil à l'hôpital, il survivait mentalement plus qu'autre chose, avec l'impression que malgré le fait qu'il bougeait et réfléchissait sans arrêt, l'intégralité de sa vie était en pause. Et pour Stiles, tout ce qui avait trait à l'immobilité avait un lien avec la mort – ou du moins l'une de ses formes. Il détestait ça.
Stiles resta donc pensif et anxieux jusqu'au retour de Liam, qui se fit quelques heures plus tard. Il ne remarqua pas tout de suite qu'il était rentré et ce, même si rien dans le comportement du louveteau n'était discret. Disons également qu'il ne cherchait pas à l'être: fatigué de sa journée de cours, il n'avait qu'une envie… Celle de se laisser aller, d'être naturel jusque dans ses moindres gestes. Ainsi, Stiles comprit qu'il n'était plus seul uniquement lorsqu'il entendit ses pas d'éléphants dans les escaliers. Il se redressa mollement et sut qu'il n'aurait pas le temps de dissimuler son angoisse. Encore faudrait-il qu'il en ait la force et l'envie.
Or, celle de parler était peut-être un peu plus forte.
- Salut, fit timidement Liam après avoir toqué.
Stiles lui jeta un regard particulier en guise de réponse. Le fait est qu'il apprécia son retour plus que de raison et garda pour lui la sensation qui le prit. Quelque chose en lui venait de se réchauffer au point de calmer la partie la plus violente de son angoisse.
- Salut, finit-il enfin par dire en s'asseyant normalement.
Il ne pouvait pas le regarder dans les yeux, alors il se contentait de fixer son épaule. Parler lui faisait tout drôle, il est vrai, d'autant plus… Qu'il avait perdu son bagout habituel. Les mots ne lui venaient plus naturellement.
- Qu'est-ce qui t'arrive? Tu as l'air… Je ne sais pas, mal à l'aise.
Il sentait son odeur, savait qu'il s'agissait d'autre chose, d'un stress, d'une angoisse… Mais Liam n'était pas très doué pour faire parler les autres, alors il faisait comme il pouvait – avec les mots qui lui venaient. D'un air faussement tranquille, il posa son sac près de son bureau et s'assit à côté de Stiles. Ni trop loin, ni trop près, à une distance raisonnable pour que l'hyperactif ait son espace tout en le sachant près de lui.
- J'ai vécu un truc bizarre et je ne sais pas quoi en penser, avoua l'humain de but en blanc.
Il avait détourné le regard et son visage affichait un air quelque peu hagard, comme s'il n'avait pas digéré ce qui lui était vraisemblablement arrivé. Liam se tendit aussitôt et craignit le pire.
- Tu vas bien?
Son ton préoccupé dut réveiller Stiles puisque cette fois-ci, il le regarda sans difficulté et garda ses yeux sur lui.
- Oui, je… Ça va, c'est juste…
Très vite, il comprit ce qu'avait voulu dire Liam et le rassura quant au fait que personne n'était entré par effraction ni ne lui avait fait de mal. Son malaise, frôlant le mal-être, était ailleurs… Et suffisamment fort pour qu'il trouve tout à fait logique l'idée de lui en parler. Peut-être même nécessaire. Il avait confiance en lui et d'une certaine manière… Il n'avait que lui, pour l'instant du moins – et il n'irait pas cracher sur sa présence.
- Je suis juste un peu plus atteint que je le pensais, avoua-t-il finalement, les épaules basses.
Et ce constat, aussi difficile à faire fut-il, était nécessaire. Stiles avait parfaitement conscience du fait que sa tendance à garder les choses pour lui était quelque chose de néfaste – qui ferait tout, sauf l'aider à guérir de surcroît. De fait, il commençait effectivement à voir son état comme une forme de maladie ou d'altération de celui qu'il devait être. Et bordel ce qu'il détestait être ainsi… Voilà ce qui le poussait dans ses retranchements et le faisait agir différemment. D'une certaine manière, il se servait de Liam, de sa présence, de son écoute… Mais avait-il d'autres choix que celui-ci? Bien sûr, Stiles n'avait pas la moindre intention de le manipuler. Néanmoins, s'il avait la possibilité de se livrer librement et que cette méthode lui permettait de redevenir celui qu'il était avant cette sordide histoire… Il le ferait.
Sauf que sa mémoire était marquée à vie, à vif également. Il y avait eu un avant, il y aurait un après. Entaché, peut-être un peu déchiré. Il arborerait des cicatrices qui n'existait pas et des schémas de pensée inédits. Mais ça, Stiles ne le verrait qu'en temps voulu, lorsqu'il se retrouverait frontalement confronté à cette idée.
Pour l'heure, il pensa surtout à cette douche maudite qui, avec du recul, l'effrayait tellement qu'il avait envie d'esquiver les prochaines.
