LA FEMME COMPLIQUÉE ET LE CRÉTIN

Contenu sexuel explicite dans ce chapitre. Un peu de langage vulgaire également.


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, jeudi 30 juin 2022, 22h15


MAX

Max revint à Terminal City plus de vingt heures plus tard.

Syl et Krit se portaient bien. Ils avaient été pris à partie par la garde personnel, composée de mercenaires formés pour la guérilla urbaine, d'un homme d'affaires aux mœurs douteuses et aux nombreux contacts politiques. Fort heureusement, comme la situation ne s'était pas éternisée, il y avait eu plus de peur que de mal. Sauf pour les mercenaires et les "affaires" de la cible du Veilleur. La jeune femme était passablement agacée par le cyber-journaliste et sa fâcheuse tendance à donner des missions périlleuses aux gens qu'elle aimait. Cependant, elle n'eut pas l'opportunité de lui en faire part car Mole s'en chargea lui-même… en des termes peu polis. Finalement, Max dut calmer l'homme-lézard et s'excuser auprès de Logan pour le comportement de son commandant en second.

Max, Syl, Krit, Mole et son groupe spécial "démontage de gueules", nom officiel donné par le trans-humain, rentrèrent directement à Terminal City. Hector, le spécialiste de la médecine de terrain avait soigné les quelques blessures, cela concernait sur le frère et la sœur de la X5, mais la jeune femme avait insisté pour que tous les soldats fassent un petit check-up avec Magenta. L'excès de zèle de Max au sujet de la santé des transgéniques était la seule chose que l'infirmière en chef ne lui reprochait jamais. Le temps que la X5 aux yeux violets ausculte la totalité des membres du groupe de combat, chacun des transgéniques dudit groupe, y compris Max, utilisa les douches communes et ils eurent tous droit à des encas variés, faits par leur cuisine communautaire. La X5 ne quitta l'infirmerie qu'avec le dernier patient, Krit, également attendu par Syl. Elle les raccompagna à leur appartement pour être certaine qu'ils rentrent bien chez eux.

Pendant cette longue période à chapeauter la santé des uns et des autres, Max avait pu se tenir informée de la situation dans la ville des mutants et des actions d'Alec. Dès le retour du groupe d'intervention, il avait été évident qu'une partie de la voie d'eau avait été traitée car on ne pataugeait plus au rez-de-chaussée de l'immeuble. La brèche avait pu être colmatée par l'extérieur de la ville, depuis la baie, et depuis l'intérieur des murs, au niveau -2. Alec avait préféré une action double. À présent, il ne restait plus que du nettoyage, de la récupération, du recyclage et de l'aménagement à faire. La crise étant finie, le X5 avait réparti les tâches à faire et était allé dormir vers 18h30, pour rattraper sa nuit blanche, en menaçant d'une mort certaine quiconque viendrait le déranger pour un sujet "non essentiel".

Les transgéniques anciennement disparus avaient tous été retrouvés et sauvés. L'unité amphibie avait subi quelques dégâts, mais rien de sévère. Les autres n'avaient eu que des contusions et des éraflures. Le petit groupe avait même fait plus ample connaissance en bavardant, durant l'attente de leur sauvetage. Max était toujours satisfaite de voir que des "espèces" différentes de transgéniques pouvaient se lier d'amitié si facilement. Ribbit, l'amphibie, ne serait pas seul durant sa convalescence. Puisqu'il ne pouvait plus se déplacer et profiter de l'extérieur, c'était l'extérieur qui viendrait à lui. Les autres transgéniques avaient décidé de lui inventer un fauteuil roulant spécial, qui pouvait garantir l'anonymat de son apparence particulière, tout en lui permettant d'observer le monde qui l'entourait. Bien entendu, ils avaient prévu un planning d'activité si chargé, à faire avec Ribbit, qu'il faudrait le poursuivre au-delà de la convalescence de ce dernier.

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Lorsque Max arriva dans l'appartement, celui-ci était silencieux. Elle poussa la porte de la chambre d'Alec pour voir comment ce dernier allait. Il dormait profondément face contre l'oreille. Son bras gauche pendait négligemment du lit et il ne portait qu'un boxer. Il avait dû ouvrir les draps, mais s'était endormi de suite, sans avoir eu le temps de se couvrir. C'était le signe que ce crétin s'était épuisé au travail. Max prit les draps pour le couvrir et le border. Elle prit même la peine de ramener son bras ballant sur le lit. Il aurait dû se réveiller à la seule présence que quelqu'un près de lui. Mais, son sommeil était trop intense.

Comme toujours, Alec était hypnotisant dans son sommeil. Il semblait plus jeune, dépourvu de soucis et de tracas. Et, il était si apaisant. C'était un spectacle agréable à voir. Elle resta debout à le regarder pendant de longues minutes, un léger sourire sur les lèvres.

Max finit par bâiller. Elle n'avait fait qu'une nuit blanche et, pour quelqu'un avec de l'ADN de requin, ce n'était rien. Mais, c'était l'effet relaxant d'Alec et son sommeil paisible. Elle se dit qu'elle pouvait se laisser aller à dormir une petite heure, sa petite heure, tout contre le jeune homme. Après, selon sa motivation, elle resterait allongée à le regarder dormir ou elle irait faire quelque chose d'utile. Mais, elle savait parfaitement que la première option avait bien plus de chance de se réaliser que la seconde.

Elle se déshabilla dans le plus grand silence et fit le tour du lit. Elle se glissa dans les draps en sous-vêtements. Alec frémit lorsqu'elle lui toucha le dos, mais il ne se réveilla pas. Elle s'approcha plus près de lui pour profiter de la chaleur de son corps et poser le nez sur son épaule. Elle inspira lentement. L'odeur de la peau du X5 lui avait manqué.


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, vendredi 1ier juillet 2022, 00h15


ALEC

Lorsqu'Alec ouvrit les yeux, il vit les chiffres lumineux de son réveil. Il était à peine plus de minuit. Alors que son esprit redémarrait doucement, il se rendit compte qu'il y avait un bras qui l'encerclait à la taille et qu'il y avait quelqu'un contre lui, dans son dos. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qu'il s'agissait de Max. Il la reconnaissait sans la voir : à la douceur de sa peau, à son odeur, au bruit de sa respiration, à la déformation du matelas lié à son poids… et au fait que personne d'autre ne viendra se coucher ainsi contre lui, sans le réveiller au passage.

Très lentement, il se tourna pour lui faire face. Elle dormait. Que faisait-elle là ? Était-elle là parce que tout allait bien ? Par plaisir ? Ou, était-elle là parce que ça n'allait pas bien ? Parce qu'il était arrivé quelque chose à Syl et à Krit ? C'était tout le problème avec Max. Il avait toujours une multitude d'explications à ses actions et à ses réactions. Elle n'avait pas le visage de quelqu'un qui avait souffert une perte, le visage de quelqu'un qui avait pleuré. Mais, elle pleurait peu. Elle pouvait être si difficile à cerner par moment. Alec finit par se dire qu'il n'aurait sans doute la réponse qu'au réveil de la jeune femme.

Au bout de plusieurs minutes, la respiration de Max changea. Elle était en train de se réveiller en direct. Et, c'était magnifique à observer. Elle ouvrit ses grands yeux sombres et le jeune homme se dit qu'on pourrait bien se noyer dans un tel gouffre. Elle était si belle.

D'abord confuse, elle émergea doucement. Alec eut l'impression qu'elle rougissait même d'être observée ainsi.

_ Que fais-tu là ? Demanda-t-il doucement.

_ Je pourrais te poser la même question, dit-elle.

_ Je suis dans mon lit, répondit-il.

_ Un point pour toi.

_ Et donc ?

_ Je crois bien que je dormais, dit-elle d'une voix ensommeillée.

_ Je l'avais constaté… Mais, pourquoi dors-tu ? Et, pourquoi ici ? Tout va bien ?

_ Ouais, ça va. Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda Max.

_ J'aime te regarder. Tu es belle.

Visiblement, elle ne s'était pas attendue à cette réponse car elle rougit de plus bel. Cela fit sourire le jeune homme. Pris d'une envie et d'une impulsion soudaine, Alec se rapprocha d'elle et l'embrassa sur les lèvres. Durant, une fraction de seconde, Alec douta de lui et se demanda s'il avait le droit de faire ça. Car, encore une fois, il se rappela à quel point Max pouvait être difficile à cerner.

Certes, elle l'avait embrassé la veille, mais ce n'était pas la première fois. Et combien de fois s'étaient-ils embrassés, voire un peu plus, pour qu'elle se ravisse par la suite. À chaque fois, même s'il avait su que ça ne servait à rien, une partie de lui avait voulu y croire. Et, à chaque fois, il en avait souffert. Le pire était qu'il n'arrivait pas à lui en vouloir. Il était prêt payer le prix fort pour ces petits moments de plaisir fugace. Il avait eu une brève période de conscience où il s'était dit qu'il ne pouvait et ne devait pas continuer ainsi. Mais, tel un cocaïnomane, qui après son court moment d'euphorie, devait faire face à un sentiment de malaise, d'angoisse et à une perturbation de son sommeil, et qui savait qu'il ne fallait pas recommencer pour son propre bien, il finissait par replonger.

Alors qu'il s'apprêtait à s'éloigner, la jeune femme lui saisit le visage et l'embrassa en retour.

Alec n'était pas certain que cela soit vrai. Après tout, les hallucinations faisaient partie des conséquences physiques et psychologiques qui suivaient la prise de cocaïne… Mais, pour rien au monde, il n'aurait renoncé à cette hallucination ou à ce rêve. En même temps, il était persuadé que c'était bien réel. Il ressentait tout : la douceur de sa peau contre la sienne, la chaleur dégagée par son corps, alors qu'elle ne portait que des sous-vêtements, ses mains qui lui caressaient le dos et la nuque, ses lèvres charnues contre sa bouche, sa langue aussi avide de désir que la sienne. Légèrement appuyé sur son coude gauche, avec sa main, il caressait les cheveux soyeux de Max. De sa main droite, il parcourait avec délice le corps de la jeune femme. En réponse, elle ondulait sensuellement contre lui.

Malgré sa propre excitation, une petite voix résonna dans la tête du jeune homme et lui susurra un avertissement. Alors, à contrecœur, il vint mettre la main droite entre ses lèvres et celles de la jeune femme, pour empêcher qu'elle ne l'embrasse et qu'elle perturbe le peu de lucidité qu'il avait à cet instant… et pour s'empêcher de l'embrasser et de perdre lui-même sa lucidité.

_ Pourquoi ? fit-elle avec une voix légèrement modifiée par sa respiration haletante.

_ Max…

C'était dur également pour lui, de devoir s'arrêter. Il soupira pour se donner un peu de contenance.

_ Max, commença-t-il. Est-ce que tu es sûre que c'est ce que tu veux ?

La jeune femme le regarda avec ses grands, et sublimes, yeux sombres, sans comprendre.

_ Si on continue comme ça, reprit-il, je ne serais pas capable de m'arrêter. Est-ce que tu es certaine de vouloir ça ? fit-il en désignant leurs deux corps du regard.

Elle écarta la main du X5 et lui caressa la joue avec une tendresse qui le surpris.

_ Oui, je le veux, dit-elle tout bas.

Ensuite, elle l'embrassa doucement et il lui rendit son baiser avec délicatesse. Alec arrivait à peine à y croire. Puis, elle s'éloigna et le dévisagea.

_ Mais… Et, toi ? Tu en as envie ? demanda-t-elle.

Elle avait posé cette question avec tellement de candeur et de sincérité qu'Alec ne put s'empêcher de rire. La réponse était pourtant si évidente…

_ J'ai toujours eu envie de toi, dit-il en souriant.

Max lui sourit en retour et il n'en fut que plus heureux.

Ils recommencèrent à s'embrasser avec ferveur.


MAX

Même si l'échange de baisers étaient assez explicite quant à la destination qu'empruntait cette étreinte, les quelques mots qu'ils venaient d'échanger avaient comme, libéré Alec. Le vrai Alec. Ses baisers étaient plus fougueux. Ses caresses plus intenses. Sa main droite glissa vers le bas du corps de la jeune femme en partant de sa gorge, en massant sa poitrine au passage et en pressant légèrement son ventre. Lorsqu'il la glissa dans sa culotte et qu'il commença à bouger les doigts, Max ne put s'empêcher de gémir. Elle n'avait pas eu conscience d'être déjà à ce point excitée. Et, à en juger par la fermeté du membre d'Alec sous sa main, il l'était autant qu'elle. Il n'avait pas besoin de stimulation, malgré tout, elle ne put résister à l'envie de le caresser. Et, il gémit à son tour.

Tout en continuant à la stimuler et à la faire gémir de plaisir, Alec l'embrassait dans le cou. Max en voulait plus à présent. Elle laissa courir ses mains dans le dos du jeune homme et jusqu'à ses fesses, qui étaient effectivement fermes et musclées, comme il s'en était toujours vanté. Elle abaissa comme elle put son boxer et pressa le corps du jeune homme contre son bas ventre. Il sut immédiatement ce que cela voulait dire.

Il lui déposa un baiser léger sur les lèvres et lui dégrafa le soutien-gorge d'un geste efficace. Il l'aida à le retirer et il lui embrassa la poitrine. Chacun des baisers du jeune homme, même le plus tendre, attisait le feu intérieur de Max. Ensuite, elle se cabra et bougea les jambes pour qu'il puisse lui enlever sa culotte. Là aussi, il lui déposa un baiser sur la partie ainsi découverte. Il se redressa un peu pour se débarrasser de son boxer, qu'il lança à travers la pièce d'un geste magistral, en la faisant rire. Peu importait le contexte, Alec restait toujours Alec.

Il vint se mettre lentement sur elle et ils recommencèrent à s'embrasser avec passion. Puis, d'un regard, ils s'accordèrent à passer à la suite. Elle se cambra et écarta davantage les cuisses. Il caressa l'entrejambe de la jeune femme et se guida doucement face à son entrée. Lorsqu'il entra, Max émit un gémissement. Il s'éloigna un peu pour pouvoir se pousser plus profondément en elle par la suite. Elle gémit plus fort et Alec fit un grognement de plaisir. Ils se regardèrent et échangèrent un baiser plein de tendresse. À la surprise de Max, il se retira. Mais, c'était pour mieux revenir et la faire gémir encore plus fort. Et, il recommença. Et, elle gémit encore plus fort à son retour.

Alec ne pouvait pas s'empêcher d'être joueur avec elle. Elle le voulait et il le savait. Il était en train de la taquiner. Alors, quand il entra pour la troisième fois, elle l'encercla de ses jambes pour l'empêcher de s'éloigner. Ça le fit sourire et il vint l'embrasser. Elle ne lui en voulait pas, elle aimait qu'il soit lui. Elle lui rendit son baiser. Lentement et tendrement, il commença alors son va et vient. Ils se regardaient avec passion, tandis que la chambre s'emplissait de leurs respirations haletantes et de leurs gémissements.

Tout ceci n'avait rien de particulier, pourtant Max ne s'était jamais sentie aussi elle-même qu'à ce moment, et en parfaitement harmonie avec l'homme dans ses bras.

Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Ils échangèrent un baiser et Alec s'agenouilla, saisit Max par la taille et lui cabra le bassin pour la pénétrer plus en profondeur. Il mit alors plus de puissance dans les mouvements de ses reins et la jeune femme cria au lieu de gémir. Il prenait son temps. Ses mouvements étaient lents, profonds et puissants. Une partie d'elle aurait voulu qu'il accélère, mais ce rythme était intensément délicieux.

Elle avait toujours eu besoin de s'adapter à ses partenaires, de les guider pour pouvoir prendre du plaisir. Mais, ça avait été des ordinaires. Alec était un X5, comme elle. Il avait la force qu'il lui fallait… et l'endurance. Il semblait parfaitement savoir ce qu'elle désirait et à quel moment. Parfois même avant qu'elle ne le sache. Chaque fois qu'il ralentissait, c'était pour mieux l'embrasser. Pour rapprocher leurs corps ou les éloigner un peu, pour la pénétrer plus ou moins profondément, plus ou moins vite, plus ou moins fort.

Max perdit complètement la notion du temps.

Alec vint s'effondrer contre son corps, et finit par plonger son visage dans le cou et les cheveux de Max. Elle-même agrippa les cheveux du X5 de la main droite et se cramponna à son dos avec son bras gauche.

Le bassin du jeune homme percutait son entrejambe avec force et vigueur. Max arrivait à peine à respirer entre ses cris. Elle sentait la totalité de son corps se contracter de plus en plus. Elle planta bientôt ses ongles dans le dos du jeune homme, qui laissa échapper un gémissement étouffé par son cou. Alec était toujours plus rapide et toujours plus puissant. Max ne se lassait pas, mais en même temps, elle sentait qu'elle approchait de son point de rupture. Elle voulut prononcer son prénom, mais ne réussit qu'à lancer un cri en l'air.

À présent, c'était devenu furieux et sauvage. Alec aussi était proche de sa délivrance, elle pouvait le sentir. À chacune de ses respirations, elle criait. Le jeune homme la mordit dans l'angle, entre le cou et l'épaule, et elle cria encore, en resserrant l'étau de ses cuisses autour du corps de son amant, qui grogna de plaisir.

Aucun son ne parvint à s'extirper d'elle lorsqu'elle fut submergée par une vague de plaisir qui contracta tous les muscles de son corps. Quelques secondes après, Alec explosa de désir en elle en poussant un grognement sourd. Max inspira enfin et gémit de plaisir.

La jeune femme enlaça le corps du X5 et vint plonger le visage contre son épaule. Elle sentait le souffle chaud et rapide d'Alec sur sa peau. Ils se relâchèrent sensiblement. Max se rendit compte que leurs respirations étaient en harmonie. Elle percevait aussi son cœur contre sa poitrine. Leurs rythmes cardiaques étaient parfaitement synchrones. Cela la fit sourire. C'était une sensation agréable. Ainsi, enlacés comme ils l'étaient, elle avait l'impression d'être complète.

Au bout d'un moment, ils s'écartèrent légèrement pour mieux s'observer mutuellement. Les cheveux en bataille, le teint à peine rougi par l'effort, la respiration un peu plus rapide qu'à l'ordinaire et les yeux magnifiquement brillant, Alec semblait plus beau que jamais. Max saisit le menton du X5 pour l'approcher de son visage et l'embrassa tendrement. Il lui sourit et vint frotter le bout du nez contre le sien. Puis, il l'embrassa sur le nez, sur le front, sur la joue gauche, sur la droite et partout sur le visage… et recommença de plus en plus vite, en la faisant rire.

Elle dut utiliser la force pour l'empêcher de faire l'idiot, le plaquer sur le dos et se mettre sur lui pour l'obliger à rester sage, en lui maintenant les poignets immobiles. Cela ne le dérangea pas le moins du monde et il lui sourit. Elle se pencha et l'embrassa.

Max libéra les bras d'Alec pour pouvoir lui caresser les pectoraux. Il contracta les abdominaux et se redressa pour l'enlacer. Il caressa ses cheveux et les ramena sur le côté pour pouvoir lui embrasser la gorge et le cou.

Rapidement, leurs désirs respectifs furent relancés.

Elle le poussa sur le lit et vint s'empala sur lui avec délice. Dans cette position, à califourchon, Max avait l'impression de ressentir Alec jusqu'à l'intérieur de sa poitrine. Il avait été celui qui avait mené la danse jusqu'à présent, mais elle voulait lui montrer de quoi elle était capable. Elle se redressa, prenant d'abord appui sur ses pectoraux, puis sur ses abdominaux. Elle commença ensuite à onduler au-dessus de lui. Il lui caressa le ventre et les cuisses. Ses mains, toujours brûlantes de désir, incendiaient encore la peau de la jeune femme. Elle pilotait, mais il était son copilote. Il accompagnait parfaitement les mouvements de la jeune femme avec son corps. Néanmoins, c'était elle qui rythmait la conduite. Elle variait ses mouvements, ses ondulations, ainsi que la vitesse et la force avec lesquelles elle bougeait le bassin pour jouer avec lui, comme il avait joué avec elle. Pour sentir ses doigts se crisper de plaisir sur la peau de ses cuisses, pour l'entendre grogner de désir sous sa croupe et pour le voir peiner à garder les yeux ouverts tant il perdait pied.

Le problème était qu'elle finit par perdre pied à son tour. Elle gémissait autant qu'il grognait et ses yeux se fermaient de plaisir. Avant de s'écouler de façon involontaire, elle se pencha pour l'embrasser et donner un peu de répit à son corps. Elle avait l'impression de ne pas avoir embrassé Alec depuis un éternité et soupira sous la volupté de ces retrouvailles. Les mains en appui de part et d'autre de la tête du jeune, Max reprit les mouvements de son bassin tout en se délectant du spectacle qu'était le visage d'Alec, à si courte distance, empreint d'exaltation.

De nouveau, elle eut du mal à se concentrer tant ses sensations étaient intentes et elle se sentit ralentir. Les mains d'Alec raffermirent leurs étreintes sur la taille de la jeune femme et elle fut presque totalement allongée sur lui. Avec son bassin, il prit le relais et bougea en elle avec le rythme endiablé qu'elle lui avait précédemment imposé, les faisant mutuellement exprimer leurs plaisirs à l'oral.

Max sentit ses cuisses se contracter et elle voulut se soulever pour se remettre en position. Seule, elle n'y arriva pas. Mais, malgré le fait qu'il avait visiblement du mal à rester concentrer, Alec l'aida à se redresser en la faisant prendre appui sur ses mains. Leurs doigts s'emmêlèrent et leurs poignes se resserrèrent. Bientôt les yeux d'Alec devinrent vitreux et la vue de Max se troubla. Ses cris et ceux d'Alec ne cessèrent qu'après que leurs plaisirs aient atteints leur paroxysme, au même moment. Puis, ils gémirent de soulagement de façon simultanée.

Pour la première fois, Max fut essoufflée après le sexe. Réellement essoufflée. C'était une sensation nouvelle que d'avoir le souffle court. Il avait aussi réussi à la fatiguer. Elle se laissa glisser et vint s'allonger contre lui. Il la serra tendrement dans ses bras. Il lui déposa un léger baiser sur le front et appuya la tête contre la sienne. Lui aussi avait besoin de récupérer.

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Elle ne se rendit pas compte du temps qui passait alors qu'ils étaient l'un contre l'autre, en silence, mutuellement plongés dans leurs yeux, à échanger quelques caresses légères et des baisers tendres. Alec s'assoupit un moment. Elle aussi dut somnoler.

À un moment, alors qu'ils étaient tous deux éveillés, Alec passa la main dans son dos et Max eut un frisson. Il la fit changer de position pour qu'elle lui tourne le dos et entreprit de lui embrasser les épaules et le dos. La jeune femme se réchauffa de suite. Sauf que ces baisers la réchauffèrent au-delà du raisonnable. Et, de toute évidence, cette chaleur avait été contagieuse. Toujours dans son dos, Alec ne tarda pas à s'introduire de nouveau en elle, tandis qu'une de ses mains lui massait le clitoris en même temps.

Même si Kendra lui en avait déjà parlé, Max n'avait jamais eu l'expérience de prendre autant de plaisir en une seule nuit, qui n'était d'ailleurs pas finie. Plus cela allait, moins elle résistait et plus elle se sentait jouir rapidement. Elle manquait cruellement d'endurance à ce niveau. Elle s'accrocha si fort aux draps, pour ne pas oublier la réalité, qu'elle crut qu'elle allait les déchirer lorsqu'elle cria de plaisir tandis que tous les muscles de son corps tremblaient en raison de la puissance de son orgasme.

Elle haleta plusieurs secondes et se rendit compte que la respiration d'Alec était bien plus lente que la sienne. Il n'avait pas joui. Sans rompre le lien de leurs corps, il la bascula pour qu'elle soit totalement allongée sur le ventre. Il l'embrassa longuement sur les épaules et dans le cou, le temps qu'elle reprenne son souffle. Puis, il recommença à se mouvoir en elle. Entre leur position et le reste des effets de sa jouissance sur son corps, les sensations de Max étaient décuplées.

Depuis que la nuit avait commençait, le plaisir de Max n'avait fait qu'augmenter. Elle en vint à se demander s'il y avait une limite à ce qu'Alec pouvait lui procurer. Elle dut enfouir son visage contre le matelas pour limiter la puissance de ses cris de jouissance tandis qu'Alec la martelait avec vigueur.

De nouveau, elle sentait qu'elle allait lâcher prise. Elle sentit qu'Alec commençait accélérer et elle sut où ça allait le mener. Elle ne sut même pas où elle trouva la force et la cohérence d'esprit pour lever la tête et dire : "Non, attends. Je veux pouvoir voir ton visage". Avec habileté, mais douceur, Alec se retira d'elle, la fit changer de position et revint en elle avec contentement. Ce nouveau face à face déboucha sur une nouvelle délivrance parfaitement synchrone.

La nuit passa ainsi, de phase d'activité sexuelle intense en phase d'étreintes douces. Max en perdit le compte.


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, vendredi 1ier juillet 2022, 7h30


ALEC

Le réveil d'Alec émit un bruit strident. Lui, qui somnolait, ne put s'empêcher de pousser un long soupir.

_ Quelle heure est-il ? demanda Max.

_ 7h30, répondit-il. L'heure de se préparer pour aller travailler comme un bon coursier à bicyclette.

La jeune femme fit une grimace et, lovée contre le corps du jeune homme, elle enfouit son visage dans son torse. Il ne put s'empêcher de sourire.

De toutes les nuits de sa vie, il n'en avait jamais connu de telle. Bien sûr, il s'était déjà imaginé avec Max. Bien sûr, il avait imaginé que ce serait grandiose. Mais, même son imagination ne l'avait pas préparé à ça. Plus surprenant encore. À chaque fois qu'il s'était imaginé la scène, il avait pensé qu'elle aurait disparu au lever du soleil, comme une princesse de conte de fée, laissant derrière elle une simple pantoufle. Ou qu'elle se serait enfuie telle une furie, en l'insultant de tous les noms. Ou qu'elle l'aurait tué pour de bon. Elle était toujours là, contre lui, se laissant caresser du bout des doigts. Alec aurait pu croire être dans un rêve s'il n'y avait pas eu le dur rappel à l'ordre du réveil infernal.

D'ailleurs, ce bruit l'agaçait.

L'une des mains d'Alec quitta le corps de Max et il se tourna un peu. Il attrapa le réveil, tant bien que mal, car il ne voulait pas s'éloigner de la jeune femme, et le lança à travers la pièce. L'objet ne survit pas à son baptême de l'air.

Max se redressa et regarda le cadavre de l'objet, puis le X5.

_ Désolé, dit Alec, alors que la X5 le dévisageait. Le bruit qu'il faisait était en train de me taper sur le système.

_ Ça me va, dit-elle. Ce son était horrible. Pourquoi avoir pris ce réveil-là, d'ailleurs ?

_ Précisément à cause du bruit qu'il pouvait faire. Pour être sûr de me réveiller.

_ Il va falloir que tu en trouves un autre, commenta Max. Tu en es conscient ?

_ Parfaitement.

Max couvrit sa bouche pour étouffer un rire.

_ Quoi ? Demanda-t-il.

_ Tu es vraiment un crétin, tu sais ça ? fit-elle en riant.

« C'est bel et bien elle. J'aurais pu avoir un doute, mais… Elle vint de me traiter de crétin. » pensa Alec.

_ Tu agis toujours avant de réfléchir, continua-t-elle, en s'esclaffant.

_ La réflexion, c'est surfait.

Max ria plus fort et Alec ne put s'empêcher de sourire en regardant la jeune femme. Il fallut un peu de temps à la X5 pour se calmer de son fou rire. Elle lui sourit. Et Alec la trouva plus belle qu'avant. Mais, c'était l'effet qu'elle lui faisait à chaque fois à présent, donc…

Elle se pencha pour l'embrasser et il lui rendit son baiser. Puis, un autre. Et encore un. Il savait où cela allait (encore) les mener.

_ Ce n'est pas comme ça qu'on va réussir à se préparer pour aller travailler, fit Alec entre deux baisers.

_ La ferme, idiot, répondit-elle.

« Oui, c'est bien elle. Autoritaire, irrespectueuse et compliquée, comme je l'aime ! »

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Alec et Max étaient de nouveau serrés l'un contre l'autre, à échanger des caresses tendres. Le jeune homme serait bien resté ainsi mais il commençait à avoir un petit creux. Sans compter qu'il était censé travailler chez Jam Pony aujourd'hui : il l'avait promis à Normal. Et, il y avait des chances pour que Max doive aller travailler également…

_ Il faudrait peut-être se lever à un moment, non ? dit-il.

_ C'est une idée. Quelle heure est-il à ton avis ? demanda la jeune femme.

_ Je n'en sais rien : j'ai tué mon réveil, répondit-il.

Ils échangèrent un regard et explosèrent de rire.

Il leur fallut plusieurs minutes pour retrouver leur sérieux. Finalement, Max s'éloigna légèrement de lui. Allongée sur le flanc, elle le dévisagea, attendant visiblement qu'il prenne la parole.

« Exigeante, en plus d'être compliquée » pensa Alec en souriant intérieurement, et probablement extérieurement aussi.

_ Et… si on essayait de gagner du temps ? demanda-t-il.

De toute évidence, Max ne s'était pas attendue à ça et elle ne comprit pas non plus où il voulait en venir.

_ On pourrait prendre une douche ensemble, reprit-il, en laissant ses doigts se balader sur elle. Une douche pour deux, c'est plus rapide, non ?

_ Ah oui ? fit-elle en souriant.

_ Oui, répondit-il avec sérieux. Et, on ferait preuve de responsabilité, en plus.

_ De responsabilité ? Répéta-t-elle avec incrédulité.

_ Parfaitement. L'eau est une denrée rare à Terminal City. L'eau chaude, encore plus.

_ Dis m'en plus.

_ C'est notre devoir de montrer l'exemple en économisant nos ressources.

La jeune femme ria franchement.

_ Alors, premièrement, j'ose espérer que personne ne peut venir vérifier comment on consomme notre eau chez nous, dit-elle.

_ Oui, j'imagine que cette personne mourait dans d'atroce souffrance, commenta Alec.

_ Exact. Ensuite, es-tu au courant que tu n'as pas à chercher une excuse pour me demander de te suivre dans la douche ?

_ Je trouvais ça plus élégant, répondit-il de façon sensuelle.

Max poussa un gloussement et se leva en premier pour aller en direction de la salle de bain.

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Une douche plus tard, ils étaient à présent en train de s'habiller.

_ Tu sais, fit Max en boutonnant son jean. Je ne crois pas que c'était un bon calcul.

_ Quoi donc ? demanda Alec.

_ La douche pour deux.

_ Et, pourquoi ça ?

_ Je crois bien qu'elle a duré longtemps que nos douches habituelles réunies.

Le jeune homme sourit. C'était totalement vrai. Et encore, ils n'avaient même pas été sexuellement actifs. Pas vraiment. Ils s'étaient juste "lavés"… et embrassés. Mutuellement savonnés et plus car affinités, mais juste "lavés" dans les faits. Et, ils avaient pris leur temps. Pour Alec, même sans le sexe, c'était clairement quelque chose à refaire. Ce fut pourquoi il répondit :

_ Pour avoir des chiffres certains, il faut mener une étude avec des normes scientifiques bien définies et des mesures de temps précises. Et, pour plus de pertinence, il conviendra de répéter plusieurs fois l'expérience en ne faisant varier qu'un élément à la fois. Mais, pour être sûr de ne pas avoir d'erreur de manipulation, chaque condition devra être répéter trois à quatre fois, selon moi. Il ne faudra pas oublier de noter le degré de saleté d'avant douche parce qu'il fera forcément varier le temps de…

_ Tu es vraiment un crétin, coupa Max.

_ Hé ! Je suis en pleine programmation de protocole scientifique là ! dit-il, en feignant de râler.

La jeune femme vint alors lui déposer un long baiser sur les lèvres et il fit glisser ses mains sur le jean qu'elle venait de passer.

_ Ce pantalon est parfaitement à ta taille, commenta-t-il, après qu'elle ait libéré ses lèvres.

_ Tu crois vraiment que c'est le moment de poser tes mains sur mes fesses ?

_ Parce qu'il y a des moments pour ça ? demanda-t-il, avant de l'embrasser profondément.

_ On est déjà en retard, répondit-elle entre deux baisers.

_ Je sais, fit Alec, dans un souffle.

_ On devrait faire la course jusqu'à Jam Pony… dit Max, alors qu'Alec l'embrassait dans le cou. Assortie d'un pari, ajouta-t-elle avant de guider le visage du X5 vers le sien.

_ Tu me connais si bien… murmura le jeune homme avant de l'embrasser langoureusement.

Alec était totalement obnubilé par la présence de Max dans ses bras. Tout en s'embrassant et en se caressant, ils se guidèrent mutuellement vers le lit. Ce n'était définitivement pas le bon chemin pour aller à Jam Pony. Pourtant, devant le support de leurs ébats nocturnes, le jeune homme sentit un sourire se dessiner sur les lèvres de la jeune femme.

D'un coup, elle le poussa. L'arrière des genoux du X5 heurta le bord du lit et il tomba dos sur le matelas. Le temps qu'il comprenne ce qui venait de lui arriver, Max avait quitté la chambre, prit son sac et était parti de l'appartement en riant. Hébété, il lui fallut plusieurs secondes pour analyser la situation : cette peste l'avait chauffé pour faire diversion, avant de le mettre en hors de son chemin et de le laisser sans explication dans le seul but de gagner la course et le pari, peu importait le gain du vainqueur.

_ C'est pas fair-play ! cria-t-il, même si Max était déjà loin.

o0o0oOo0o0o

Alec arriva plusieurs minutes après Max. Cependant, cette dernière ne savourait pas sa victoire. Normal avait été privé de deux coursiers durant deux jours et ils n'avaient pas été capable d'arriver à l'heure le jour de leur reprise. En résumé, l'ordinaire était au bord de la syncope. Malgré l'affection qu'il portait depuis toujours à Alec et le fait qu'il ait appris à apprécier Max, le patron de l'entreprise de coursiers ne put être calmé. Et comme les deux X5 avaient affiché une complicité et une bonne humeur un peu trop importante aux yeux de l'ordinaire, ce dernier décida de les envoyer chacun à un bout de la ville et de leur affecter des livraisons compliquées, habituellement gérées par deux coursiers en simultané. Alec fut envoyé dans les quartiers nord-ouest de Seattle, au-delà de Lake Union, à devoir couvrir les Secteurs 33 et 34. Tandis que Max était envoyé dans les quartiers sud-ouest, pour couvrir les Secteurs 20 à 22.


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, vendredi 1ier juillet 2022, 21h30


ALEC

Alec regarda désespérément le bazar qu'il avait lui-même mis en fouillant dans la chambre. Il était pourtant persuadé d'en avoir. Mais, de toute évidence, ce n'était pas le cas. Il avait retourné l'appartement et n'avait rien trouvé.

Ça le contrariait parce que ça voulait dire qu'il allait devoir ressortir alors qu'il n'en avait pas envie. Il avait déjà donné aujourd'hui. Il en avait littéralement plein le dos et les jambes. Il adorait Normal, mais ça l'avait gonflé d'aller pédaler tout seul, chargé comme un baudet, au nord-ouest de la ville. Il avait dû déjeuner seul dans une gargote immonde. En plus, son patron l'avait appelé en fin d'après-midi et il avait dû aller à vélo, d'ouest en est, chercher un colis dans un cabinet d'avocat à l'extrémité du Secteur 38. Le Montlake Bridge ayant été endommagé par les intempéries et étant encore impraticable, le University Bridge étant fermé pour cause de travaux, et le Ship Canal Bridge étant interdit à la circulation des véhicules non-motorisés comme son vélo, Alec avait dû revenir sur ses pas, jusqu'à Fremont, pour pouvoir traverser le canal et rentrer à Jam Pony. Cette histoire de colis dans le Secteur 38 lui avait fait faire un détour qui lui avait pris plus de deux heures et demi à vélo, depuis Ballard. Puis, le temps de la paperasse à Jam Pony, il avait perdu une trentaine de minutes de plus. Enfin, il avait mis quarante minutes à rentrer à Terminal City, malgré son passe de coursier, au lieu des quinze minutes habituelles, à cause d'un camion qui avait perdu son chargement à un check-point et qui avait eu pour conséquence de créer une petite émeute : la population voulant s'approprier de façon gratuite le moindre morceau de produits commercialisables. Heureusement que des vendeurs ambulants avaient saisi l'opportunité de faire un peu d'argent avec les personnes coincées sur place et qu'il avait pu grignoter un peu car, si non, il aurait eu le ventre totalement vide pour couronner son après-midi de merde…

Tout ce qu'il avait voulu, c'était rentrer chez lui, retrouver sa copine et se perdre en elle. Sauf que, pendant qu'il était coincé à attendre à bonne distance de l'émeute, son esprit s'était mis à divaguer. Il s'était mis à repenser à la folle nuit que Max et lui avaient vécue. Au début, c'était bien, vraiment bien. Puis, il avait eu un sentiment de manque, de manque sévère même. Il n'avait eu besoin que de quelques heures dans les bras de la jeune femme être totalement accro. Plus accro qu'il ne l'avait été avant même d'avoir couché avec elle.

Alors que son corps accusait le manque, il avait essayé de garder son esprit rationnel. Et c'était là qu'un détail lui était revenu en mémoire. Un petit détail. Un petit élément. Mais, un élément dont l'absence pouvait avoir de grandes conséquences : un préservatif. Ou plutôt son absence. Il avait couché avec Max sans aucune protection. À aucun moment, il n'avait songé à se retirer. Pire, il avait aimé jouir en elle. Il avait aimé l'effet que cela avait eu sur elle : l'expression sur son visage, le son de sa voix, le bruit de sa respiration, la chaleur de sa peau, la tension de ses muscles, la cambrure de son dos, et la façon dont son vagin se contractait autour de lui. Il avait couché avec des tas de femmes et il y avait pris du plaisir. Mais jamais il n'avait pris autant de plaisir qu'avec le plaisir de Max. Il ne s'imaginait plus un seul instant partager le lit d'une autre femme que celle avec qui il venait de passer la nuit. Mais, il fallait faire preuve d'un minimum de raison.

Alec était un X5. Par définition, ses facultés sensorielles étaient plus développées que celles d'un humain ordinaire. Il sentait et ressentait tout de façon accrue. Pour lui, porter un préservatif bridait considérablement ses sensations. Il n'aimait pas ça. Avec les filles d'un soir, il ne prenait aucun risque et en portait malgré tout. Il connaissait d'autres manières pour compenser son plaisir perdu. Avec ses amies régulières, comme Veronica, il les connaissait et savait qu'elles prenaient une contraception orale, et il leur faisait confiance pour prendre leur traitement. Au besoin, il pouvait aussi négocier pour se retirer avant sa jouissance et pour que sa partenaire le termine autrement. Mais, s'il pouvait penser lorsqu'il couchait avec une femme quelconque, c'était parce qu'il était en contrôle. Ça ne s'était pas passé ainsi avec Max. Son désir avait pris le dessus et il lui avait fait l'amour sans retenue. Et, elle lui avait rendu sa ferveur. C'était pourquoi il n'avait pas envie, mais alors vraiment pas envie, de mettre un morceau de latex entre lui et la femme de sa vie. Mais, il fallait être raisonnable. D'autant qu'il était certain que l'abstinence n'était pas faite pour eux.

Il entendit la porte d'entrée de l'appartement s'ouvrir et il sourit en reconnaissant le bruit des pas de Max.

_ Alec ? appela la X5.

_ Je suis dans la chambre, répondit-il.

_ C'est quoi le bazar dans l'appartement ? Et ici ? demanda-t-elle en arrivant dans la chambre, un sac en papier dans les bras.

_ Moi.

_ Toi ? Mais, on dirait que tu as saccagé ta propre chambre.

_ Je cherchais un truc.

Alec ouvrit ses bras et Max vint s'y positionner naturellement. Ils embrassèrent longuement. Ça eut pour effet de donner envie à Alec de faire l'amour à sa petite-amie, mais il se rappela qu'il n'avait pas de préservatifs. En y réfléchissant, c'était normal : il n'avait jamais amené de fille à Terminal City et, en ce lieu, n'avait couché avec personne en dehors de la jeune femme dans ses bras. Rien n'était prévu dans cette appartement pour avoir des rapports sexuels. À contrecœur, il se détacha de la X5 et soupira de contrariété.

_ Alec ? demanda Max.

_ C'est rien. Faut que je sorte et je n'en ai pas envie.

_ Tu vas où ?

_ Faut que j'aille faire des courses. Ou que j'aille prendre un truc dans mon appart du centre-ville. Alors que j'ai juste envie de rester ici avec toi.

_ Ça ne peut pas attendre ? Tu as besoin de quoi ? J'ai peut-être ce qu'il te faut.

Alec sourit devant la gentillesse, et la naïveté de la jeune femme. Il la connaissait suffisamment et connaissait suffisamment son mode de vie pour savoir qu'elle n'avait pas de préservatif dans sa chambre. Éventuellement, il y en avait chez son ex. Mais, ce n'était clairement pas l'endroit pour se fournir.

_ Faut que j'aille dans une pharmacie ou un hôpital, probablement de façon illégale vue l'heure…

_ Tu ne vas pas bien ? s'inquiéta Max.

_ Si, ça va. Faut juste acheter ou prendre un truc.

_ Tu aurais dû me prévenir. Je suis passée voir le Docteur Shankar cet après-midi, expliqua Max. J'aurais pu faire quelque chose.

_ Quoi ? Pourquoi ? Tu ne vas pas bien ?

_ Si, ça va, dit-elle à son tour. Tu voulais quoi ?

_ Bah… En fait… On n'a pas été très responsable la nuit dernière et ce matin, chaton, lui dit-il. Je voulais rapidement acheter des préservatifs et…

_ Crétin ! coupa Max.

Elle ouvrit son sac en papier et en sortit une petite boîte de préservatifs.

_ Je t'adore, dit Alec, en la faisant rire. Tu as quoi d'autres dans ton sac magique ?

Max sortit deux boîtes, dont une ouverte, de test de grossesse.

_ Euh… commença Alec.

_ Moi aussi, j'ai noté qu'on n'avait pas été très prudent. Le Docteur Shankar m'a assuré que faire un test dans l'immédiat ne servait à rien, mais j'ai insisté.

_ Et ?

_ C'est négatif. Le "vrai" test, qui sera pertinent, sera à faire dans deux semaines.

_ C'est hyper long ! s'exclama Alec. Il n'y avait pas de pilule pour… je ne sais pas… pour après un rapport non protégé ?

_ En rupture de stock dans ce charmant monde post-Impulsion.

_ Tu lui as demandé le nom de la molécule ? On l'a peut-être dans nos stocks de médicaments.

_ Oui, j'ai demandé le nom et non, on ne l'a pas. Manticore évitait les risques de grossesses, mais ne cherchait pas les interrompre si suspicion il y avait.

_ Ouais, je sais… Ça leur faisait des cobayes gratuits.

_ Après, si ça peut te rassurer, je ne suis pas en période d'ovulation. J'en suis certaine. Mes chaleurs se sont finies il y a une dizaine de jours. C'est bien trop tôt, ou trop tard. J'ai pris les tests de grossesses par sécurité. Si j'étais humaine, je crois même que je pourrais avoir mes règles sous peu.

_ Ce que tu dis à du sens, avoua Alec. Mais, je ne serais serein qu'au résultat du second test.

_ C'est pareil pour moi, avoua Max.

Un long silence s'abattit entre eux.

Ce qui était fait, était fait. Il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre deux semaines. Cette discussion l'avait rendu un peu, beaucoup, nerveux. En général, quand il était nerveux son remède était le sexe. Mais là… c'était compliqué, à l'image de la femme à ses côtés. Finalement, préservatifs ou non, ça n'avait plus d'importance. Alors, il soupira de dépit.

_ Alec ? fit Max.

_ Hum ?

_ Tu sais, euh… J'ai acheté autre chose, dit la jeune femme.

_ Quelque chose pour détendre l'atmosphère ?

_ Quelque chose du genre, dit Max en rougissant.

_ Tu m'intrigues, dit-il.

_ Eh bien… En fait…

_ Ton hésitation m'intrigue encore plus.

Max rigola en serrant le sac contre elle.

_ Je… Je ne suis pas… Je n'ai pas envie qu'il y ait un préservatif entre nous, avoua Max. Je veux pouvoir te sentir en moi comme… comme la nuit dernière et ce matin. Je veux juste… Je te veux juste toi.

Alec sourit en écoutant la jeune femme.

_ Tu as peut-être de nouveaux talents avec ton ADN 100% utile, commenta-t-il.

_ Pourquoi tu dis ça ?

_ Tu lis dans mes pensées, expliqua le jeune homme.

Max sourit à son tour et vint l'embrasser. De nouveau, le désir d'Alec vint le titiller, mais il n'avait pas encore perdu pieds.

_ Tu parlais d'un autre achat, dit-il.

La jeune sortit alors la dernière boîte du sac en papier et montra à Alec une boîte de pilules contraceptives.

_ Tu es fabuleuse, dit-il en riant.

_ Parce que tu en doutais ? demanda Max.

_ Pas une seule seconde. Je me contente d'énoncer ce que je pense depuis longtemps. Et, pour en revenir à ces cachets, ça fonctionne rapidement ?

_ Le Docteur Shankar m'a expliqué que la protection résultait de la régularité de la prise et que c'était immédiat à condition de prendre le premier comprimé au premier jour de règles.

_ Tu es une X5. Tu n'as pas de règles.

_ Pourquoi crois-tu que je me suis posée la question de quel serait l'état de mon cycle si j'avais été une humaine ordinaire ?

_ Donc, le timing est parfait en réalité ? dit Alec.

Max lui répondit en souriant avec malice.

_ Tu permets ? Je vais me chercher un verre d'eau, dit-elle.

Pendant que la jeune femme s'absentait de la chambre, Alec tourna la boîte entre ses mains et fut surpris par le prix affiché sur l'étiquette collée sur la boîte. Il détailla ensuite les étiquettes des autres articles et en fut estomaqué.

_ Alec, dit Max qui était revenu, la boîte de comprimés, s'il te plaît ?

_ Quarante dollars pour un mois ! s'exclama-t-il. Vingt dollars pour un seul test ! Même les préservatifs que tu as achetés valent une blinde.

_ Eh oui, fit Max. La contraception est un luxe dans ce monde de fou. Ça aurait pu coûter moins cher au marché noir, mais pour les comprimés et les tests, j'ai voulu privilégier la fiabilité avant le prix, et j'ai tout acheté auprès du médecin. Ça ne changeait pas grand-chose de rajouter des préservatifs compte tenu de la facture que j'avais déjà…

_ Je suis d'accord sur la priorisation de la fiabilité, mais…

Le jeune homme prit son portefeuille et tendit de l'argent à Max.

_ C'est pour quoi ? demanda-t-elle.

_ Attends, tu as vu le budget du bazar ? Je te signale qu'on est deux dans cette histoire et que je suis à moitié concerné. C'est normal que je paye la moitié.

_ Tu es un type bien, en fait, commenta Max.

_ Parce que tu en doutais ?

_ Pas une seule seconde. Je me contente d'énoncer ce que je pense depuis longtemps, dit la jeune femme en reprenant le ton utilisé précédemment par le X5.

Max avala un des comprimés avec l'eau et tira la langue au X5. D'un geste rapide, il la prit dans ses bras et l'embrassa avec fougue.


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, samedi 2 juillet 2022, au lever du soleil


MAX

Couchée sur le dos, Max regardait le plafond craquelé de la chambre. Cela aurait dû être triste et déprimant de poser les yeux sur ça au réveil, mais elle était heureuse. Sous sa main droite, elle sentait les cheveux soyeux d'Alec. Tandis que sa main gauche était posée sur l'épaule du jeune homme.

Jusqu'alors, elle avait trouvé le lit King Size d'Alec trop grand pour sa chambre. Mais là, elle devait bien reconnaître que c'était une bonne chose. Ce lit leur permettait de donner libre cours à leurs ébats. La jeune femme se surprenait elle-même quant aux initiatives qu'elle prenait en matière de sexe avec Alec. Elle n'avait pas eu conscience d'avoir autant d'envies et d'idées en elle. Rien ne semblait infaisable dans les bras du X5.

Le corps d'Alec était sur sa gauche, à angle droit par rapport à son corps. Il dormait encore. Il était sur le ventre, la tête sur son abdomen, au niveau du nombril, le visage tourné vers le bas de son corps. Son bras gauche passait sous sa cuisse et sa main remontait entre ses jambe, posée sur son intimité, comme possessive. Elle sentait le souffle régulier de son amant sur sa peau. Ça lui donnait le tournis tant c'était une sensation grisante.

Elle avait encore été épuisée. Leur première nuit avait été grandiose. D'une certaine façon, elle s'y était attendue, même si elle avait été loin d'en imaginer l'intensité. Mais, elle avait été prise au dépourvue en se rendant compte que la seconde nuit fut tout aussi exceptionnelle. Elle aurait dû y être préparée, mais non. La seconde nuit n'eut rien de commun si ce n'était le lieu et les protagonistes. Les nuits futures promettaient d'être incroyables. Elle sourit à cette pensée.

Alec soupira doucement. Sans y faire attention, elle avait entrepris de lui caresser l'épaule et de jouer avec ses cheveux et elle l'avait réveillé. La tête d'Alec bougea et se tourna vers elle.

_ S'lut, dit-il, encore à moitié endormi.

_ Salut toi, répondit-elle en souriant.

Alec fit glisser son bras gauche sous sa cuisse, et sa main passa sur son intimité, faisant de suite frissonner Max de désir avec cette caresse involontaire. Il bougea et vint se positionner près d'elle. Il prit appui sur ses bras, de part et d'autre de la jeune femme, et déposa un baiser sensuel sur ses lèvres.

Sa présence était envoûtante et ses lèvres étaient enivrantes. À chaque fois qu'elle les touchait avec les siennes, elle en voulait davantage. Alors, elle passa les bras autour de la nuque du jeune homme et le baiser devint plus fougueux, jusqu'à ce qu'ils manquent d'air. Par réflexe, son corps s'était légèrement tourné vers celui du X5. Après avoir inspiré, puis déposé un baiser léger sur sa bouche, Alec et ses lèvres descendirent le long de sa gorge et arrivèrent à sa poitrine. Il prenait le temps d'embrasser et de sucer chacun de ses seins avant de descendre toujours plus bas. La respiration de Max accéléra. Alors qu'Alec arrivait juste au-dessus de son nombril, le corps de Max commença à se contracter et… son ventre poussa un gargouillement tonitruant, qui stoppa net Alec.

Max se redressa sur ses coudes, gênée. Alec regardait le ventre de la jeune femme avec des yeux ronds. Un autre gargouillis se fit entendre, mais celui-là ne venait pas de son ventre à elle, mais de celui d'Alec. Il explosa de rire. Il enfouit son visage contre le ventre de Max. Entre la situation ridicule et les chatouilles faites par les cheveux du X5, Max se mit à rire à son tour.

o0o0oOo0o0o

Il n'y avait toujours pas plus nourriture dans l'appartement à présent qu'en début de semaine. Compte-tenu de leur activité sexuelle et de leur consommation de calories, Alec et Max avaient besoin d'un petit-déjeuner copieux. Ils décidèrent donc d'aller manger à la cantine de Terminal City, après avoir pris une douche ensemble, qui n'avait eu en commun avec la douche de la veille, et s'être habillés.

Les portes de l'ascenseur furent à peine fermées qu'Alec plaqua Max contre la paroi, l'embrassa dans le cou, tout en lui caressant les cuisses et les fesses. Elle n'arriva pas à résister à cette étreinte soudaine. Elle se demandait déjà comment elle faisait pour tenir debout : elle ressentait encore les tremblements dans ses jambes suite aux deux orgasmes qu'elle avait eu dans la salle de bain.

_ Alec… attends, fit-elle en luttant contre son désir.

_ Quoi ? demanda-t-il tranquillement.

Il s'était redressé, mais était toujours collé à elle. Max tendit le bras pour essayer d'atteindre le bouton d'arrêt de l'ascenseur, mais en vain.

_ Tu veux faire quoi ? demanda le X5.

_ Tu peux appuyer sur le bouton d'arrêt d'urgence ? Je voudrais te parler.

_ Ici ?

_ Oui.

Alec s'exécuta.

_ Qu'y a-t-il ? demanda-t-il, sur un ton inquiet.

_ C'est juste que…

La veille, en pédalant seule dans les quartiers sud-ouest, Max avait réfléchi aux conséquences de ses actes. Certes, cela avait débouché sur un entretien inopiné avec le Docteur Shankar et des achats essentiels. Mais, elle avait aussi réfléchi à autre chose. Autre chose dont elle allait devoir parler avec Alec : elle ne se sentait pas prête à afficher devant tout le monde qu'elle était son nouveau plan cul.

Elle ne regrettait pas un seul instant ce qui s'était passé ces dernières heures et elle voulait que ça continue. Mais, elle n'était pas le genre de fille qui couchait avec un gars juste pour le sexe. Elle avait toujours été de celles qui critiquaient les femmes à la libido excessive. Et pourtant, force était de constatée qu'elle était comme ces femmes. Pour rien au monde, elle ne voudrait renoncer à ce qu'il y avait entre Alec et elle. Mais, il fallait qu'elle accepte ce qu'elle était devenue. Et, elle n'était pas prête à l'assumer.

_ Max, tu me fais peur là… dit Alec.

Bien sûr, il n'allait pas comprendre. Pour lui, le sexe n'avait rien de honteux et c'était normal d'aimer le sexe, qu'on soit homme ou femme. Une relation purement sexuelle n'était qu'un type de relation totalement normale aux yeux du X5.

_ Alec, je voudrais que ça reste entre nous, dit-elle.

_ Que quoi reste entre nous ?

_ Nous deux.

_ Pardon ?

_ Je ne me sens pas prête.

_ Pas prête ? répéta Alec. Après la trentaine d'heures qu'on vient de passer ensemble ou après ce qu'on a fait il y a moins de trente minutes ?

_ Je sais, c'est bizarre. Mais, essayes de comprendre.

_ Non là, je ne pige pas, dit sèchement Alec, en s'éloignant d'elle.

Comment pouvait-elle dire qu'elle n'avait pas envie que les gens la voient comme une salope nymphomane qui s'envoyait en l'air avec plaisir, et qui avait l'intention de continuer, avec le plus grand coureur de jupe et trou du cul de Seattle, sans que ce soit vexant pour elle ou pour lui ? Elle ne pouvait pas.

_ Je veux que ça continue entre nous. Vraiment, dit-elle. C'est juste que je ne me sens pas prête à montrer à la terre entière que je… Là, tout de suite, je… Je veux juste que les gens me voient moi. Il n'y a pas si longtemps, j'étais avec Logan et je ne voudrais pas qu'on pense que je… ou toi… Ce qu'il y a entre nous, ça ne regarde que nous.

Comme Alec ne disait rien, elle s'approcha et passa les bras autour de sa taille.

_ Alec… Je veux qu'on soit ensemble tous les deux. Mais, je n'ai pas envie qu'on nous juge.

_ Tout le monde juge tout le monde, Max. Peu importe le sujet. C'est comme ça.

_ Alors, ne leur donnons pas de grains à moudre. Pour l'instant, je veux pouvoir profiter du temps que je passe avec toi sans avoir à me soucier de personnes malveillantes. Je me sens trop vulnérable là.

_ Je ne permettrai jamais qu'on dise des choses sur toi, dit Alec.

_ Je sais. Mais, je dois être capable de me gérer seule. Donne-moi un peu de temps. Le temps que je m'habitue à nous.

_ Hum…

_ En fait, ce serait même mieux que tu continues à draguer des filles.

_ Je te demande pardon ? s'exclama Alec.

_ Pour donner le change et créer l'illusion que rien a changé entre nous. Et, je continuerai à râler sur tes fréquentations.

_ Tu te rends compte de ce que tu dis ?

_ Je veux juste que personne ne le sache pour le moment, expliqua-t-elle.

_ Les gens s'en rendront compte. En particulier à Terminal City. Ils vont sentir que quelque chose à changer vu notre nouveau passe-temps commun.

_ Crois-moi, ça va être dur pour moi aussi. Tu me fais trop d'effet et je ne contrôle plus quand je suis dans tes bras. J'oublie tout. Si je m'écoutais, je ferais un stock d'eau et de nourriture dans l'appartement, et je t'y enfermerais avec moi. On passerait nos journées et nos nuits ensemble, sans se soucier du monde.

Le corps du X5 se détendit et un coin des lèvres d'Alec se souleva légèrement. Elle avait réussi à le convaincre.

_ Et, qu'est-ce que j'y gagne dans cette histoire ? demanda-t-il sur un ton provocant.

C'était de bonne guerre. Elle lui demandait d'être discret, et Alec était tout sauf discret quand il appréciait quelque chose ou quelqu'un. Il fallait lui donner une contrepartie qu'il ait envie accepter. Puis, il lui vint une idée. À présent qu'ils couchaient ensemble, elle avait accès à un panel plus large des occupations et des envies du X5. Elle pourrait peut-être faire quelque chose de particulier pour lui, même si elle ne savait pas encore quoi. Alors, sans préambule, ce fut elle qui plaqua Alec contre la paroi de l'ascenseur et qui l'embrassa langoureusement, se pressa contre son corps.

_ Crois-moi, fit-elle à mi-voix, je te garantis que je me rattraperai et je saurai me faire pardonner d'une façon que tu n'imagines pas.

_ J'ai une imagination débordante.

_ Et, j'ai hâte que tu m'en montres davantage.

_ J'ai l'intention de veiller à ce que tu tiennes parole, répondit-il en la caressant sensuellement.

_ Ça veut dire qu'on a un accord ? demanda Max.

_ On a un accord, valida Alec.

Max s'éloigna, à contrecœur. Elle avait toujours aussi froid en quittant les bras du X5. Et, maintenant, en plus du froid, elle devait lutter contre le désir ardant qu'elle avait pour lui. Elle libéra le bouton d'arrêt d'urgence de l'ascenseur et ce dernier se remit en route. Quelques secondes plus tard, ils arrivèrent au rez-de-chaussée de l'immeuble d'habitation. Elle sortit en premier en balançant volontairement ses hanches, consciente qu'Alec la regardait.

o0o0oOo0o0o

Elle s'était présentée en premier à la cafétéria de Terminal City. Mole, Dix et Luke étaient déjà installés à leur table. Si les deux époux étaient en pleine conversation, le cerveau de Mole ne semblait pas avoir réellement démarré et il affichait un air maussade en tenant fermement sa tasse de café.

Alec les rejoignit quelques minutes après avec un plateau de petit-déjeuner qui aurait nourri deux personnes. La jeune femme songea d'abord qu'il allait proposer de partager, mais il commença à manger avec appétit. Après avoir avaler quatre toasts beurrés et un café, il se servit un bol de céréales.

_ Tu as vraiment l'intention de manger tout ça ? demanda Max.

_ J'ai faim, répondit Alec. Et j'ai l'intention de brûler pas mal de calorie plus tard, dit-il avec un sous-entendu que seule la jeune femme pouvait comprendre.

_ Ah ? fit-elle, avec une fausse surprise. Je croyais que tu voulais avoir des poignées d'amour pour que tes conquêtes puissent mieux s'accrocher à toi…

Alec ria. Visiblement, cette joute verbale matinale ne le déstabilisait pas le moins du monde.

_ Tu sais, Maxie chérie, tu devrais manger plus, toi aussi. Déjà, c'est important de veiller à son apport en calories si on est amené à se dépenser. Ensuite, savais-tu que c'était la graisse qui donnait du volume aux seins. Certaines personnes ont tendance à penser que tu n'es pas très bien pourvue, dit-il avec un sourire narquois.

Ce n'était pas la première fois qu'Alec lui signalait son manque de volume. Vexée, Max regarda sa poitrine. C'était d'autant plus vexant que Dix et Luke aussi détaillaient ses seins.

_ Ça ne me choque pas, commenta Luke.

_ Même s'il faut faire une distinction selon l'origine ethnique et le surpoids, les données statistiques disent que la norme chez les femmes américaines est plutôt au bonnet D. Soit une poitrine plus volumineuse que celle de Max.

Alec explosa de rire.

_ Vous ne pouvez pas attendre que tout le monde ait eu le temps d'avaler au moins deux cafés avant de vous envoyer des piques à la figure et de les embarquer dans vos querelles matinales ? pesta Mole.

La réaction abrupte de Mole fit rire Max à son tour.


à suivre