LE NOUVEAU QUOTIDIEN

Contenu sexuel explicite dans ce chapitre. Un peu de langage vulgaire également.


Seattle, Salon de thé sur Pioneer Square, samedi 2 juillet 2022, fin de matinée


MAX

La réunion du Comité de Direction de Terminal avait été une vraie séance de torture pour Max. Elle n'était pas capable de dire si Alec avait été absolument normal et que c'était elle qui avait été particulièrement attirée par lui, ou s'il avait été volontairement attirant et provocateur pour la déstabiliser… Comme à l'ordinaire, ils avaient été assis l'un à côté de l'autre. Sauf qu'elle avait eu l'impression d'être en permanence en contact avec une partie du corps du X5 : le bout de son coude, un coin de genou, une mèche de cheveux lorsqu'il s'était penché… Pourtant, les chaises et leur disposition semblait être comme les fois précédentes.

Aussi, elle entendit à peine les sujets évoqués.

Un petit coin de son cerveau avait imprimé que l'inondation des jours précédents n'était pas due à une attaque des Familiers ou d'autres ennemis inconnus. Ça, c'était une source de soulagement. En reliant directement leur système artisanal de pompage et de filtration à la baie, pour avoir de l'eau potable, les transgéniques avaient utilisé un mortier et un joint d'étanchéité de piètre qualité. En raison de la pression exercée par l'eau de la baie, de l'eau avait fini par s'infiltrer et avait causé un court-circuit, qui avait engendré l'explosion, ouvrant la voie d'eau responsable de l'inondation. Là, la brèche avait été colmatée, mais il avait été décidé que le joint devait être renforcé. Les transgéniques avec une formation avancée en chimie devaient concevoir un nouveau joint d'étanchéité dans une matière résistance à la salinité de l'eau, à la pression et aux variations de température. Il fut également décidé de contrôler plus régulièrement les installations dites critiques.

Il y eut un autre sujet, ou plutôt une autre personne, qui eut l'attention de Max : Kendra. Elle avait été conviée pour être aux côtés des autres formateurs pour faire un point sur l'avancement des enseignements dispensés avant l'été. En effet, même si l'éducation de Terminal City n'était pas totalement alignée sur le rythme scolaire des États-Unis, il avait été décidé de grandement alléger le programme pendant la période estivale pour permettre aux jeunes d'avoir une vie plus "normale". La X5 n'avait pas vraiment écouter les échanges, pour ne pas dire pas du tout. Mais, ce n'était pas grave. Elle avait parfaitement confiance dans les capacités des autres membres du Conseil de Direction pour prendre des décisions. Si on ne lui posait pas directement des questions, c'était que son avis n'était pas celui qui comptait le plus. En revanche, en voyant son ancienne colocataire, Max avait eu une idée.

Pendant la réunion, la majeure partie de l'esprit de la X5 avait été occupée à trouver la contrepartie qu'elle devait à Alec pour son silence au sujet de leur relation. Elle était partie sur quelque chose de coquin et insolite, mais… en deux jours, elle avait déjà fait bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé avant. Elle était donc en manque d'inspiration. C'était là que Kendra intervenait. Que ce soit avant d'être en couple avec Walter Eastep, son Monsieur Multi, ou depuis, l'ancienne colocataire de Max avait été une jeune femme très libre sexuellement, parlant sans détour de ses pratiques. Et surtout, contrairement à Original Cindy, Kendra était hétérosexuelle. C'était de ce genre de conseils dont la jeune femme avait besoin.

Alors, lorsque la réunion s'était terminée, Max s'était précipitée sur son amie pour la saluer. Comme elles n'avaient pas passé beaucoup de temps ensemble dernièrement, la X5 proposa même qu'elles passent l'après-midi ensemble, quitte à faire du shopping.

Ce fut dans ces conditions que Max se retrouva assise un salon de thé, qui faisait aussi pâtisserie, à la décoration sur le thème des Maisons de Poupées.

o0o0oOo0o0o

_ J'adore cet endroit ! S'exclama Kendra. Tout est si mignon. Tu ne trouves pas ?

_ Hé bien… Tu me connais, je ne vais pas souvent dans ce genre d'endroit, alors je ne m'y connais pas trop, commença Max, avant de se rappeler qu'elle devait faire un effort. Mais, ce truc est super bon ! Ajouta-t-elle en levant sa pâtisserie.

_ C'est un scone, expliqua Kendra.

_ En tout cas, c'est trop bon.

_ Max… Je te connais depuis des années, te forces pas devant moi.

_ Je ne connaissais pas les scones, mais je t'assure que je trouve ça bon. Concernant la déco…

Kendra ria de bon cœur.

_ Je préfère ça ! Dit l'ordinaire en souriant. Tu es mieux au naturel.

_ Je suis surprise de te voir ce week-end. Je croyais que Walter serait là.

_ En fait, il y a eu un changement de dernière minute. Un officier s'est cassé la jambe et ne pourra pas défiler lundi. Walter a été sélectionné pour le remplacer. Donc, il s'entraîne dur pour retenir la chorégraphie de la parade à laquelle il doit participer.

_ Quelle parade ?

_ Max… soupira Kendra. Lundi, c'est le 4 juillet. Tu sais, le jour de l'Indépendance, la fête nationale…

_ Oh… c'est vrai.

_ On ne vous a pas appris ça tu-sais-où ?

_ Si. Pour le patriotisme et blabla. Mais, c'était un jour comme un autre pour nous. Ce n'était pas férié.

_ J'ai hâte de voir Walter dans son bel uniforme ! Tu sais déjà ce que tu vas faire ?

Max réfléchit. Les autres années, dans sa jeunesse, avant d'arriver à Seattle, elle profitait que l'attention des gens soit détournée pour faire quelques petits larcins et leur vider leurs poches, puis elle se trouvait petit coin haut-perché pour regarder le feu d'artifice en mangeant une glace, généralement volée. Depuis son arrivée à Seattle, elle n'avait pas vraiment pu profiter de ce jour férié. La première année, elle s'était contentée de rester assise en haut de l'Aiguille Spatiale, seule, en pensant à ses frères et à ses sœurs. À l'été 2020, elle avait été capturée par Manticore. L'été suivant faisait suite à la fin du siège de Terminal City et il y avait eu tellement de choses à faire qu'elle n'avait rien fait de son côté. Elle ne savait même pas si quelqu'un avait eu l'idée de faire quelque chose au sein de la population de Terminal City. Peut-être qu'Alec, et son goût prononcé pour la fête et l'amusement, avait initié un moment de détente ou ludique. Si tel avait été le cas, elle n'avait pas été convié et ne s'en était pas préoccupée. Cette année, cela allait être différent. Il n'y avait pas de crise à gérer, plus de Manticore et une paix relative. Elle avait un copain fêtard mais, vu qu'ils étaient tous les deux accros au sexe, elle se dit qu'ils allaient juste profiter de leur week-end prolongé dans l'intimité de leur appartement. Ce qui la ramena à sa présence en ce lieu à la décoration douteuse.

_ En fait, Kendra, j'ai besoin que tu me conseilles, dit Max.

_ Que moi, je te conseille ? S'étonna la jeune femme blonde.

_ Je… Je veux que ça reste entre nous.

_ Bien sûr. Tu peux compter sur moi.

_ Tu vois, j'ai… Je vois quelqu'un.

_ Tu as un nouveau petit-ami ? Dit Kendra en trépignant d'impatience sur sa chaise.

_ Non ! Ce n'est pas mon petit-ami, corrigea Max. En plus, je veux vraiment que ça ne se sache pas, Kendra.

_ J'ai du mal à comprendre, avoua Kendra.

_ C'est juste du sexe.

_ Oh ! Fit la jeune femme blonde en mettant les mains devant sa bouche.

_ Tu vois. Je ne fais pas ce genre de choses normalement. Alors, je ne suis pas à l'aise. C'est pour ça que j'ai besoin que ça reste entre nous. N'en parle à personne. Promis ?

Kendra resta silencieuse quelques secondes, puis répondit en souriant.

_ Je te promets ce que tu veux si tu me donnes des détails sur Alec.

Max s'étrangla avec son café.

_ Quoi ? Comment ça "Alec" ? demanda Max.

_ Max… commença Kendra en croisant les mains avec sérieux. Regarde-moi et dis-moi avec qui d'autre que lui tu peux prendre ton pied ? Hein ? Qui d'autre que lui peut te mettre dans cet état, avec les joues rouges comme des tomates ? Hein ? Je me trompe ?

Max laissa tomber sa tête contre la table.

_ Je suis un génie, dit Kendra avec satisfaction.

_ Ne le dis à personne. Je t'en prie !

_ Promis, juré. Mais, dis-moi, il est aussi bien fichu que ce qui se raconte ?

_ Kendra ! T'es pas en couple ? Et heureuse en couple ?

_ Les hommes passent leur temps à reluquer et à fantasmer sur les femmes autres que les leurs… Je ne vois pas pourquoi je n'en ferais pas autant.

_ Sauf que moi, ça me dérange que tu saches trop de choses.

_ Max. J'ai une imagination débordante et Alec est canon. Ce que j'imagine, et que j'ai déjà imaginé, et probablement au-delà de la réalité…

Connaissant les détails, Max savait que l'imagination était souvent en-dessous de la réalité quand il s'agissait d'Alec… Mais bon. Elle savait aussi qu'elle n'avait pas d'autre moyen de brider Kendra.

_ Il est parfaitement bien, dit-elle.

_ C'est tout ?

_ Mieux que ça.

_ Ses compétences ?

_ Je ne suis pas une experte, mais bien au-delà de ce que je croyais possible.

_ Je suis tellement contente pour toi ! Et, ça fait longtemps ?

_ Du tout. Dans la nuit de vendredi.

_ Vendredi, là ? Hier ?

_ C'est ça. Un jour et demi.

_ Ah oui !

_ Mais, on est endurant… Du coup, j'ai testé ce dont tu m'avais parlé une fois. Le sexe tout la nuit…

_ Et, c'est chouette, hein ?

_ J'avoue…

_ Max Guevara qui rougit !

_ Kendra ! Arrête de te moquer !

_ Je ne me moque pas. Je suis contente pour toi. Vraiment. Tu es jolie comme un cœur et super gentille sous tes airs de femme forte, mais je ne t'ai jamais vu vraiment épanouie en couple. Alors, peut-être que juste un copain de baise, un copain très talentueux, t'apportera ce petit quelque chose qui te manque.

Max dut boire plusieurs gorgées de son café pour essayer de se redonner une contenance. Elle avait demandé à Alec de ne pas ébruiter leur histoire et en à peine quatre heures, quelqu'un était déjà au courant… à cause d'elle.

_ Tu voulais me demander un truc ? Demanda doucement Kendra.

_ Oui. En fait… Tu vois, moi, je suis un peu gênée par cette histoire de juste pour le sexe. Tu me connais. Je ne fais pas ça d'habitude. Mais, j'ai vraiment envie de continuer. Alors, je lui ai demandé de ne pas en parler. Il a fait un peu la gueule, et comme je suis moi, et qu'il est lui, j'ai fait mon allumeuse.

_ Je ne t'aurais pas vu comme ça, dit Kendra.

_ Tu vois ! Je fais déjà n'importe quoi. Bref, je lui ai dit qu'il n'allait pas le regretter et je l'ai allumé à fond. Sauf que j'ai déjà donné tout ce que j'avais en trente-six heures de sexe. Et, je panique là. Tu me conseilles quoi ?

_ Tu peux faire ton mea culpa. Être sa petite chose candide et ingénue. Il pourra t'enseigner ce qu'il sait… et il doit en savoir long d'après les rumeurs. Ça peut plaire. Aussi bien à toi, qu'à lui.

_ C'est pas moi ça. J'ai déjà fait des trucs que je ne savais même pas que je ferai un jour. Mais, j'ai aimé être sur un pied d'égalité avec lui. C'est la première fois que je suis avec quelqu'un comme moi. Je veux dire en termes de force et d'endurance. Je n'ai pas à me retenir ou à me cacher devant lui. Ça me fait du bien.

_ Toi, tu as envie de quoi ?

_ J'ai envie de le surprendre. Au début, c'est lui qui a mené la danse. Ça ne m'a pas déplu. Au contraire. Mais, je me suis rendue compte que je pouvais aussi le faire et je l'ai fait alors que je ne m'en savais pas capable. Je te l'ai dit : c'est la première fois que je peux me lâcher. Mais, je sais aussi que, c'est un fait, je suis inexpérimentée. Il le sait parfaitement.

_ Mais, il t'a accepté en connaissance de cause. Ça veut dire que ce n'est pas un problème pour lui. Tu ne dois pas te mettre la pression.

_ Ce n'est pas ça. C'est juste que je… Je ne sais pas comment dire, soupira Max.

Kendra but plusieurs gorgées de son thé.

_ Tu veux te faire plaisir autant que tu veux lui faire plaisir, finit-elle par dire.

_ Oui, répondit Max.

Kendra eut un immense sourire. Elle finit rapidement son encas, rassembla ses affaires et se dirigea vers le comptoir.

_ J'ai une super idée, dit-elle, lorsque la X5 la rejoignit.

_ N'oublie que je suis… une novice, dit Max, avec un soupçon d'effroi devant l'enthousiasme de son amie.

_ J'ai intégré ça. On paye l'addition et on va faire les boutiques.

_ Des nouvelles fringues ne seront pas suffisantes.

_ Ce n'est pas fringues. Pas vraiment.

_ De nouveaux sous-vêtements ne serviront à rien vu la rapidité avec laquelle il me les enlève.

_ Ne redis jamais ça, Max. Tu auras de nouveaux sous-vêtements. C'est une évidence. Mais pas que…

_ Tu me fais peur, dit la X5. Tu sais, tu n'as pas à te forcer pour m'aider.

_ Ne t'en fais pas pour moi. Pour faire une surprise à Walter, je comptais justement nous acheter de nouveaux jouets.

_ Comment ça des jouets ?! Je ne fais pas ce genre de choses ! S'exclama la jeune femme brune.

_ Fais-moi confiance !


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, samedi 2 juillet 2022, 19h20


ALEC

Jamais une réunion du Comité de Direction n'avait paru aussi longue à Alec que celle qui avait eu lieu le matin même. C'était pour lui terriblement frustrant d'avoir à ses côtés celle qui était sa petite-amie, d'autant qu'il n'avait plus rien espérer venant d'elle, et qu'il n'avait pas le droit de la toucher, ou de la regarder de façon trop évidente.

Une partie de lui s'en voulait d'avoir accepté cet étrange marché. C'était une torture. D'un autre point de vue, ce n'était pas très étonnant. Il savait pertinemment que Max était une femme compliquée. Ça le faisait râler, mais il l'aimait quand même. Très honnêtement, même si elle ne lui avait pas promis un retour sur investissement, il aurait fini par lui céder, comme à chaque fois. Il aurait suffi qu'elle le regarde avec ses grands yeux noirs suppliants et qu'elle lui parle, la voix pleine d'émotions. Néanmoins, il était absolument intrigué par sa proposition. Il avait cru que Max était une femme plutôt sage et coincée. Pourtant, elle s'était montrée aimante, fougueuse et passionnée, répondant avec ferveur à son propre désir. Elle l'avait déjà surpris. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle lui propose une compensation pour son silence. Il était curieux et excité d'avance. Malgré tout ce qu'il avait déjà essayé, il ne savait pas à quoi s'attendre avec Max. Et, ça le rendait encore plus impatient. En y réfléchissant, c'était normal, elle l'avait souvent surpris et pris au dépourvu.

Dès la fin de la réunion, Max était allée voir son amie Kendra.

C'était une fille sympa, même si Alec n'avait pas souvent eu le temps de parler avec elle. Juste assez pour savoir que, malgré son allure et son style vestimentaire qui laissait penser qu'elle était une fille de petite vertu, voire qu'elle faisait le trottoir pour arrondir ses fins de mois, elle avait un petit-ami à qui elle était totalement fidèle, malgré le fait qu'il soit très pris par son travail. Alec l'avait draguée, comme il le faisait avant, et il s'était pris le râteau du siècle. Sans avoir été une peau de vache, elle avait été explicite. Du coup, il l'avait vite appréciée. Original Cindy lui avait conseillé de "l'embaucher" pour Terminal City, en début d'année. Alec avait accepté surtout en pensant que cela pourrait faire plaisir à Max d'avoir une amie près d'elle. Puis, il s'était avéré que c'était une tête et une spécialiste des langues étrangères. Et, il l'apprécia encore plus. Elle était comme Veronica.

Alec avait observé les deux femmes se retrouver avec enthousiasme et il fut heureux simplement parce que Max était heureuse. Puis, il s'était souvenu qu'il devait être discret alors il avait tourné les talons et était vaqué à ses occupations.

« Ça rend con, l'amour » avait-il pensé.

o0o0oOo0o0o

Alec rentra à l'appartement en début de soirée. Il était allé faire des courses alimentaires. Comme Max, il avait eu l'idée de rester enfermé dans l'appartement, avec des vivres, et de passer le temps à faire l'amour. Il était vraiment heureux qu'elle ait la même façon de penser que lui. Il était heureux tout court.

Dans l'entrée, il aperçut la veste que Max avait mise ce matin, elle était donc là, et il sourit rien qu'à cette idée. Il s'annonça et se dirigea vers la cuisine pour y ranger ses achats. Dans le réfrigérateur, comme dans les placards, il sourit de nouveau en constatant que Max avait penser comme lui et qu'elle aussi était allée faire des courses. Il s'évertua à trouver une place pour tout lorsque Max l'appela depuis la chambre.

_ Alec, tu viens ?

_ J'arrive, répondit-il en refermant le frigo.

Il plia son sac de courses et alla vers la chambre.

_ Tu sais, commença-t-il, j'ai repensé à ce que tu as dit ce matin, et je me disais qu'on pourrait…

Mais, il fut incapable de terminer sa phrase. En poussant la porte de la chambre, il fallut une seconde pour que ses yeux s'adaptent à la luminosité tamisée de l'éclairage à la bougie. La seconde suivante, son cerveau avait arrêté de fonctionner. Il devait afficher une expression ébahie car Max émit un petit rire. Elle était allongée sur le lit, couvert de nouveaux draps, dans un body noir rappelant la couleur de ses cheveux. Il était serti d'un peu de fourrure, sombre et soyeuse, au niveau du décolleté et des hanches. Sur la tête de la jeune femme, trônait un serre-tête avec deux petites oreilles de chat noir. D'un geste sensuel, Max fit glisser sa main, à la manucure refaite et de couleur assortie à sa tenue, sur les draps, puis le long de son ventre, avant d'atteindre sa hanche, puis elle disparut momentanément dans son dos pour revenir en tenant une fausse queue de chat noir. Alec s'entendit avoir un rire nerveux et la jeune femme le regarda d'un air provoquant.

_ On pourrait… dit Max.

_ Quoi ? Demanda Alec, qui n'arrivait pas à décrocher ses yeux de la jeune femme qui passait lentement le bout des doigts sur les coutures de son body.

_ Tu étais en train de dire que tu avais repensé à ce matin et qu'on pourrait…

_ J'ai oublié, dit-il après avoir dégluti, la faisant rire de nouveau.

C'était vrai. C'était à peine s'il se souvenait de son propre matricule tellement il était hypnotisé par la jeune femme devant lui. Elle était incroyable. Il ne s'était pas, une seule seconde, attendu à ça.

_ Je peux peut-être te donner des idées, suggéra-t-elle en se redressant lentement pour être à genoux sur le lit, et en lui montrant une paire de menottes couverte de fourrure noire. Et, si tu approchais ?

Il sentait qu'il avait un sourire niais sur le visage et qu'il devait avoir l'air d'un idiot, mais il n'y pouvait rien. Alors, il avança en détaillant la jeune femme. Il leva les mains, mais il s'arrêta avant de la toucher, ne sachant par où commencer.

_ Alors toi… murmura-t-il.

_ Tu n'as pas envie de toucher ? Demanda Max en battant des cils.

_ Si ! Mais, mes facultés de raisonnement sont un peu perturbées et je ne sais littéralement pas où donner de la tête.

Face à lui, Max laissa les menottes sur le lit et lui saisit doucement les mains. Elle les posa d'abord sur son ventre et les guida jusqu'à ses hanches, puis son dos. La fausse fourrure, tout comme le tissu du body, était absolument douce. Presque autant que la peau de la jeune femme. Il pouvait sentir les détails complexes des coutures et des attaches alors que la X5 faisait remonter ses mains dans son dos.

_ Et comment je vais t'enlever ça ? Demanda-t-il en regardant la jeune femme dans les yeux.

_ C'est fait pour que tu n'aies pas à me l'enlever…

Elle guida les mains du X5 sous ses aisselles jusqu'à ses seins. Avec la perspective, il avait cru que le body lui couvrait la poitrine, mais c'était faux. Dissimulé sous la fourrure, les seins de Max était parfaitement accessibles et il sourit en sentant la peau satinée de sa petite-amie sous la paume de ses mains.

_ Il y a ce qu'il faut d'ouvertures là où il faut, pour que tu aies accès à tout ce que tu aimes, susurra-t-elle.

_ Partout où il faut ? Demanda-t-il.

Tout en gardant fermement la main droite d'Alec contre son cœur, qu'il sentait battre, Max guida la main gauche du X5 vers son intimité. Elle écarta un peu les cuisses et Alec fit glisser ses doigts et sentit que, effectivement, le body était ouvert à son extrémité.

_ Je crois que ça fait bien trop longtemps que tu ne m'as pas embrassé, dit Max.

_ Je suis absolument d'accord.

Il passa les bras autour de la taille de la jeune femme et ils s'embrassèrent longuement. Il soupira de satisfaction et s'éloigna un peu pour observer la jeune femme, qu'il tenait par les mains.

_ Tu es magnifique.

_ Je me disais que ce serait à ton goût.

_ C'est toi qui es à mon goût.

Elle le tira vers elle et lui enleva sa veste qu'elle laissa au sol. De nouveau, elle vint l'embrasser. Alec ferma les yeux et entendit les crans des menottes qui se refermaient autour de ses poignets.

_ Euh… C'était pour moi les menottes ? Demanda-t-il.

_ Pour l'instant, répondit Max en se mettant debout et en lui tournant autour.

_ Pour quelle raison ? C'est à toi qu'elles sont assorties.

_ Mais, c'est moi qui dois me faire pardonner, non ? Dit-elle en se positionnant dans son dos, du côté opposé du lit.

_ Si, répondit Alec en lui faisant face.

_ Donc, toi, dit-elle en le poussant sur le lit, tu dois te laisser faire.

Dos au matelas, les mains liées devant lui, Alec se tortilla pour mieux se positionner sur le lit, sans quitter du regard, la femme qui le dominait, les mains sur les hanches.

_ Être ton homme-chose n'est pas dans ma définition de ce que "moi" j'attends de toi pour te faire pardonner.

_ Tu n'es pas mon homme-chose. Pas cette fois. Mais, je garde ça dans un coin de ma tête, promis, dit-elle en le faisant rire. Non, là, je vais travailler pour deux, dit-elle en venant à quatre pattes au-dessus de lui.

Elle l'embrassa dans le cou et lui glissa à l'oreille :

_ Je vais travailler pour que tu aies le maximum de plaisir en faisant le moins d'effort.

_ J'aime faire des efforts avec toi, dit-il en passant ses deux poignets liés autour de la nuque de la jeune femme.

_ Je sais, dit Max en se dégagea et en lui tenant les poignets au-dessus de la tête. Et, j'aime tes efforts, ajouta-t-elle en l'embrassant de l'autre côté du cou.

Elle se redressa et s'assit sur son bas ventre. Lentement, au-dessus de lui, elle commença à osciller sensuellement tout en se caressant sous ses yeux. Alec ne tarda pas à se trouver à l'étroit dans son pantalon.

_ Max, je porte encore mes fringues là.

_ Je vais gérer, dit-elle en glissant les mains sous son T-shirt.

Elle fit glisser le vêtement jusqu'aux poignets du jeune homme, où il ne pouvait aller plus loin en raison des menottes. Elle lui caressa le torse et recommença à l'embrasser. Les lèvres de Max quittèrent les siennes, mais elle continuait à l'embrasser. Chacun de ses baisers laissait un incendie sur la peau du jeune homme. Elle descendit petit à petit. Des lèvres, elle passa aux joues, puis au cou, la gorge, le torse, le ventre. À mesure qu'elle descendait vers son bas ventre, la jeune femme avait défait son jean et elle le baissa en même temps que son boxer. Elle ne cessa d'embrasser son corps qu'au moment où elle mit son pénis dans sa bouche. La respiration d'Alec était vive. Il pressa la tête contre le matelas et grogna de plaisir. Il avait l'impression que chaque parcelle de sa peau avait été incendiée par les baisers de Max et, à présent, l'activité de la jeune femme le faisait bouillir de l'intérieur.

_ Max… gémit-il. Tu vas me tuer !


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, lundi 4 juillet 2022, 21h00


MAX

La frénésie sexuelle des deux X5 ne s'était pas calmée le moins du monde. Pourtant, Max avait pensé que passer plus de 48 heures à assouvir leur désir mutuel les aurait apaisés.

Comme cela avait été dans un coin de sa tête et, selon toute vraisemblance, dans la tête d'Alec, les deux X5 n'étaient plus ressortis de leur appartement. À présent, ils avaient de quoi se nourrir sans avoir besoin de s'habiller pour de vrai. Elle avait vaguement essayé de piquer un T-shirt au X5 et de mettre une culotte le dimanche matin, tandis qu'il avait essayé de mettre un pantalon de jogging. Mais, dans leur petite cuisine, ils n'avaient pas réussi à patienter pendant les sept minutes de chauffe de leur cafetière. Cela avait commencé par un simple baiser, comme toujours, puis une caresse. Et, en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, le pantalon d'Alec avait été à ses chevilles, la culotte de Max était tombée au sol, le T-shirt avait été en partie enlevé et avait été suspendu à son cou, et elle s'était retrouvée à prendre du plaisir avec Alec entre ses cuisses, et la peau de ses fesses contre le plan de travail froid. Le café avait brûlé pendant ce temps-là.

Après cela, ils n'avaient même plus essayé de se rhabiller. Ils avaient couché ensemble littéralement dans tous les coins et sur toutes les surfaces de l'appartement et dans toutes les positions. Du plus classique et confortable, comme le lit de son ancienne chambre, allongés ; au plus étroit, comme l'angle du mur près du piano, debout.

Là, dans l'intimité de l'appartement, Max n'avait pas honte de ce qu'elle ressentait et de ce dont elle avait envie. Il n'y avait pas eu mort d'homme. Enfin… les menottes n'avaient pas été conçues pour résister à la force de deux X5 et n'avaient pas survécu à leur première nuit.

o0o0oOo0o0o

Ce fut pourquoi Max observa Alec avec surprise lorsqu'il lui déposa des vêtements à côté d'elle et qu'il commença à s'habiller, le lundi soir, alors qu'ils sortaient d'une douche commune.

_ Je peux savoir ce que tu fais ? Demanda Max, en s'étirant sur le lit, tel un chat.

_ Tu n'as pas honte de me provoquer ainsi ? Demanda Alec, en la regardant faire.

_ Pas si ça marche et que tu viens m'embrasser.

Le X5 sourit mais termina de s'habiller.

_ Tu peux m'embrasser là où tu veux, ajouta-t-elle alors.

Max eut d'abord l'impression qu'Alec s'était penché sur la pile de vêtements, mais il vint bel et bien en partie s'allonger sur elle avant de l'embrasser. Puis, il se redressa et lui enfila l'un de ses nouveaux soutiens-gorges.

_ Tu es sérieux ? Fit-elle en levant les yeux.

_ Tu m'aides un peu ?

_ Non, je ne veux pas, répondit-elle en restant volontairement inerte.

Il s'avéra qu'Alec savait aussi bien mettre des vêtements à une femme que les lui enlever, même si c'était bien moins sympathique.

_ Pourquoi ? Se plaignit Max, toujours allongée sur le lit.

_ On est le 4 juillet.

_ Oui, c'est pour ça qu'on a pu rester une journée de plus à la maison sans s'habiller jusqu'à ce que tu pètes un câble.

_ Tout le monde va sur les toits pour regarder les feux d'artifice tirés depuis la baie de Seattle. On en a parlé l'autre jour. C'est important qu'on fasse une apparition.

Max grogna. Oui, ils en avaient parlé. C'était l'un des rares moments de réjouissance, totalement gratuit qui plus est, auquel tous les transgéniques pouvaient assister.

En effet, depuis les toits de Terminal City et grâce à leur excellente vue, les créatures de Manticore, même celles qui ne pouvaient pas sortir de l'enceinte de la ville des mutants, pourraient profiter du spectacle. De leur côté, la bande de copains coursiers allait observer le spectacle pyrotechnique depuis les berges, comme la plupart de la population, tandis que les plus aisés avaient des bateaux pour profiter des festivités depuis les flots. Après les feux d'artifice, plusieurs fêtes devaient avoir lieu.

Alec et Max avaient été conviés à plusieurs endroits. Même le couple Montrose aurait dû embarquer sur un ferry depuis plusieurs heures pour participer à une fête sur l'eau avec le gratin de Seattle. Mais la jeune femme ne se souvenait pas de ce qu'ils avaient décidé pour la simple raison qu'ils en avaient discuté bien avant d'être "ensemble". En tant que dirigeants, ils avaient convenu d'assister au feu d'artifice avec Terminal City, puis chacun serait allé faire ce qu'il voulait. Aux dernières nouvelles, Alec avait prévu d'aller au Crash avec les copains coursiers, puis en boîte de nuit pour draguer et rentrer chez lui avec une fille ou deux. Max avait été partagée entre aller au Crash ou participer au barbecue de plein air dans la cour de Terminal City. En dehors de la première partie, leur relation pouvait sensiblement changer la donne.

Pour sa part, Max préférait revenir à l'appartement et continuer avec le sexe. Peut-être qu'elle pourrait convaincre Alec en remettant son attirail de chat. C'était une galère à enfiler, mais cela avait eu beaucoup d'effet sur lui et elle avait trouvé ça très amusant.

Alec finit de la préparer en lui passant du baume sur les lèvres, comme elle avait l'habitude de le faire elle-même. Puis, il la tira pour la mettre debout. Il lui arrangea un peu les cheveux et c'était comme si elle s'était préparée toute seule. Même la façon de serrer les lacets de ses baskets était la bonne.

_ Tu es plein de surprise, dit-elle, tandis qu'Alec l'observait avec satisfaction.

_ Hé oui !

_ Ça commence à quelle heure ?

_ À 22 heures, répondit Alec.

_ Mais, c'est dans une heure ! Tu abuses !

_ Tu as envie de passer la soirée avec plein de gens ou juste avec moi ?

_ Bah, avec toi. Quelle question ?

_ Alors, accordes-moi une demi-heure.

_ Tu as un plan ! S'exclama-t-elle. Dis-moi !

_ On monte et on fait coucou à tout le monde.

_ Séparément, ajouta Max.

_ Si tu veux. Puis, à 21h41 précisément, mon téléphone va sonner. Ce sera important.

_ Oh…

_ Je serai obligé de te demander de m'accompagner.

_ C'est juste une alarme. Pas vrai ?

_ Exact.

_ On revient se planquer ici ?

_ Non, les autres nous grilleraient. On prend les motos et on se casse. Pour que ce soit crédible, je dirais qu'il faudrait être absent deux bonnes heures.

_ On ne va à aucune fête alors ?

_ Sauf si tu en as envie, dit Alec.

_ Je n'ai envie que de toi, répondit Max.

Le jeune homme sourit et guida Max vers la sortie. Elle alla en premier rejoindre les transgéniques sur les toits de Terminal City.

o0o0oOo0o0o

Deux minutes avant dix heures du soir, Max était allongée près d'Alec, sur un tapis, en haut de l'Aiguille Spatiale de Seattle. Elle guettait les premiers éclats de lumière. Le X5 avait improvisé un petit pique-nique.

_ On devrait avoir honte, dit Max alors que la première fusée éclairait le ciel.

_ Je ne vois pas pourquoi.

_ On laisse tout le monde en plan.

_ Ne t'inquiète pas pour eux, dit-il en lui caressant les cheveux. Ils vont tellement bien s'amuser qu'on ne leur manquera pas.

_ Je n'ai pas envie d'être demain.

_ Moi non plus, dit Alec. On est bien là, tous les deux.

_ Et comment on fera ?

_ Comment on fera quoi ?

_ Tu n'as pas remarqué qu'on avait une légère addiction ?

_ Je n'irai pas jusque-là.

_ Moi si, dit Max. Le simple fait de me dire que je vais devoir attendre entre le matin et le soir, quasiment douze heures, pour te faire un câlin, ça me… Grrr !

_ C'est toi qui as voulu qu'on ne s'affiche pas…

_ C'est toujours le cas. Mais, même sans ça, ça n'aurait rien changé puisque je ne parlais pas de ce genre de câlin.

_ Tu sais qu'on est majeur tous les deux et que tu peux dire les mots sexe ou baise à voix haute ?

_ Arrête ! Dit-elle, en feignant de le taper.

_ Après, si tu veux, on peut aller déjeuner à mon appart au centre-ville et utiliser mon plumard. Ou bien, on va au Secteur 5 et on utilise ton plumard. Ce sera moins long.

_ Non, fit-elle en s'effondrant sur lui. Les autres vont se douter de quelque chose si on commence à ne plus déjeuner avec eux. Déjà qu'on leur fait faux bond ce soir.

_ Après, même si c'est très bien, vraiment très bien, et plus encore, il n'y a pas que le sexe. Regarde-nous. On est bien là, non ? Si on était vraiment accro, on serait en train de baiser à cet instant.

_ Tu crois ? Tu te verrais là, le cul à l'air, pour me baiser ?

_ Pourquoi pas ?

_ Mais, des gens pourraient débarquer, dit Max.

_ Alors déjà, je doute qu'il y ait beaucoup de monde qui vienne ici. Ensuite, ça peut être amusant et excitant de faire l'amour dans un lieu public, avec le risque de te faire prendre. Tu as les nerfs à vifs et tu as le corps saturé d'adrénaline en plus du reste.

_ J'imagine que tu as déjà essayer…

_ Oui. On le fera si tu as envie. Si tu ne veux pas, je t'emmènerai dans un petit nid douillet rien que pour nous et on pourra être tranquille.

_ Hum…

_ Quoi ?

_ J'aime bien quand on est juste nous deux.

_ On peut être juste "nous deux" quand on le veut. Il suffit de le décider, dit-il en lui glissant une mèche de cheveux derrière l'oreille. Pas besoin de sexe pour ça.

_ Ce n'est pas pareil.

_ En quoi ?

_ Bah là… On est juste nous deux.

_ Comme à l'appartement… Ça ne nous a pas empêché de nous envoyer en l'air, par terre, entre la table basse et le canapé parce qu'on avait loupé ce dernier de plusieurs centimètres. J'avais aussi le derrière à l'air à ce moment… Comme presque tout le weekend en fait… Et comme ton derrière. Mais, on n'est pas accro, conclut Alec.

Max se lova un peu plus contre Alec. Elle était certaine que la journée du lendemain allait être dure. Le sexe était vraiment génial avec le X5. La seule raison pour laquelle elle était bien à cet instant, même sans sexe, était du fait que c'était sympa d'être dans ses bras, comme toujours. Elle n'était vraiment pas persuadée de ne pas être accro, mais elle allait devoir apprendre à se détacher un peu du transgénique.

À la fin des feux d'artifice, lorsqu'elle sentit qu'Alec commençait à s'assoupir, elle décida de le ramener à l'appartement. Cette nuit-là, elle choisit, et il accepta, de ne pas coucher avec lui. Déjà, tout X5 qu'il était, Alec n'avait pas d'ADN de requin et avait besoin d'une vraie nuit de sommeil. Ensuite, il fallait qu'elle s'entraîne. Elle se contenta de serrer le corps nu du X5 contre elle toute la nuit.


Seattle, terrain vague aux abords du Secteur 4, mardi 5 juillet 2022, 12h20


MAX

Assise au sol près d'Original Cindy, Max regardait nerveusement sa montre. Ça allait bientôt faire seize heures qu'elle n'avait pas couché avec Alec et plus de sept heures qu'elle ne l'avait pas embrassé. Elle n'en pouvait plus. Pour compenser un long weekend, la journée avait débuté tôt chez Jam Pony et Normal avait été intransigeant sur l'heure d'embauche des coursiers à la suite du jour férié.

_ Chou, tu veux bien arrêter de stresser deux minutes ? C'est mauvais pour le teint, dit Original en ôtant ses lunettes de soleil.

_ Je ne suis pas stressée, répondit Max.

_ Alors, expliques à ta Boo pourquoi tes jambes tremblent comme si tu étais nerveuse et pourquoi tu regardes ta montre comme si tu étais attendue quelque part.

_ Je ne vais nulle part. J'ai juste l'impression que cette journée n'en finit pas !

_ Si tu me disais plutôt comment s'est passé ton dîner de la semaine dernière avec Alec.

_ Euh…

_ Ne dis pas à Original Cindy que tu t'es dégonflée.

_ Non, répondit Max. Mais, j'ai complétement foiré le repas.

_ Comment tu as fait pour foirer une recette que même Sketchy sait faire ?

_ Après réflexion, je pense qu'il l'a mal noté. Notamment à cause des interruptions qu'il a eues. Tu sais à quel point il est facilement distrait.

_ Tu ne t'es rendue compte de rien en cuisinant ?

_ Bah… je ne connaissais pas la recette et je n'y connais rien en cuisine de façon général, alors…

_ Vous avez fait quoi du coup ?

_ On a mangé des cochonneries, des sucreries majoritairement, qui traînaient dans l'appartement. Puis, il y a eu l'inondation et tout.

Max n'avait pas envie de parler d'Alec avec sa meilleure amie. Déjà que Kendra savait…

_ Ah ! fit Cindy. Voici ton homme.

_ Quoi ? s'exclama Max.

Alec entra sur le terrain vague et se dirigea vers les deux femmes dès qu'il les aperçut. Aucun autre coursier n'était encore arrivé. Le jeune homme laissa tomber son sac à dos au sol, se pencha et embrassa Max sans préavis.

_ Alec ! fit Max. Qu'est-ce qui te prend ?

_ Comment ça ? demanda-t-il.

_ D'où tu te permets de m'embrasser ?!

_ Rho, arrêtes ton cirque, dit-il. Tu vas me faire croire que ta meilleure amie, à qui tu racontes absolument tout, n'est pas au courant de ce qu'il y a entre nous deux ?

Max tourna la tête vers Cindy qui, avec un sourire en coin, n'avait pas l'air surprise.

_ La vraie question, dit Alec, c'est de savoir à quel point tu es allée dans les détails.

_ Que dalle, dit Cindy. J'étais justement en train de lui tirer les vers du nez, elle faisait de la résistance.

_ Ah ouais ? s'étonna Alec.

_ Carrément, dit Cindy.

_ En même temps, reprit le jeune homme, elle ne veut pas qu'on s'affiche ensemble.

_ Bah, pourquoi ? demanda la jeune femme noire.

Alec haussa les épaules.

_ Par contre, je ne te raconte pas ce qu'elle m'a fait pour acheter mon silence.

_ Elle t'a sorti le grand jeu ? demanda Cindy.

_ T'as pas idée !

_ Est-ce qu'il faut vous rappeler que je suis là ?! dit Max.

_ T'as vu ? Elle fait sa choquée, dit le X5.

_ Alec ! On avait dit qu'on n'en parlait à personne.

_ Arrête ton char, Maxie. Tu sais très bien que tu l'aurais dit à Cindy.

_ Ce n'est pas une raison, pesta Max.

_ Hé ! s'exclama Alec. On est en train d'avoir notre première dispute. Je crois que ça fait de nous un vrai couple.

_ Alec, ça fait deux ans qu'on s'engueule !

_ Mais, c'est la première fois depuis qu'il y a ce petit quelque chose entre nous, dit-il avec malice.

_ Tu m'agaces !

_ J'adore quand tu te fâches. Ça te rend encore plus jolie. Ça me donne des envies coquines.

_ Trouvez-vous une chambre, coupa Original Cindy.

Cindy et Alec se mirent à rire. L'une avait son petit sourire en coin et l'autre affichait clairement une expression malicieuse. Ce n'était pas une bonne chose pour Max que son non-petit-ami et plan cul soit aussi le meilleur ami de sa meilleure amie. Max ne pouvait rien faire pour Cindy en l'état. Plus tard, elle lui demanderait de ne pas ébruiter sa relation avec Alec. Par contre, concernant le X5…

_ Alec, commença Max avec sérieux, si tu continues à l'ouvrir, je me débarrasse de mon costume de chat.

_ Non ! Par pitié ! dit Alec en se roulant par terre. Je me tais. Promis !

_ Tu as un costume de chat ? s'étonna Cindy. Je veux des détails !

_ Pas de commentaire. Et, Cindy, je ne veux pas que ça se sache. Je t'expliquerai plus tard, dit Max, en voyant d'autres coursiers entrer sur le terrain vague.

o0o0oOo0o0o

Le soir même, Max et Alec se retrouvèrent avec passion. Malgré toutes ses certitudes, Alec et son "on n'est pas accro" eut au moins autant de désir en lui que Max en avait en elle. D'ailleurs, après presque vingt-quatre heures sans sexe, leurs désirs relevaient plus du besoin vital. Ils n'avaient même pas pris la peine de retirer la totalité de leurs vêtements, qu'ils étaient déjà en pleine action sur le canapé.

Après un premier round qui les laissa débraillés, Alec s'excusa auprès de Max pour son attitude devant Original Cindy. La jeune femme le pardonna dans la foulée car elle aurait effectivement tout raconté à sa meilleure amie dans la journée. D'ailleurs, elle avoua à Alec que l'histoire du dîner, qui n'était pas censé être raté, avait avant tout été fait dans le but d'aider la jeune femme à avoir une "relation" avec lui et que c'était Original Cindy qui avait monté le plan. La X5 expliqua qu'elle avait changé plusieurs fois d'avis et qu'elle avait beaucoup hésité. Et, elle s'excusa d'avoir "tendu un piège" à Alec. Elle choisit de ne pas trop aller dans les détails de sa réflexion, au même titre qu'elle n'était pas aller dans les détails sur le fait qu'elle ne souhaitait pas rendre leur histoire publique, pour ne pas être blessante. Même s'il s'agissait d'Alec et qu'il était capable de la comprendre mieux que personne, le blesser était la dernière chose qu'elle voulait faire. Le X5 faisait souvent mime d'être insensible alors que, en vérité, c'était tout le contraire. D'expérience, Max savait qu'il y avait des choses qu'il n'était pas bon d'entendre, même si on les savait. Le jeune homme était son meilleur ami et, à présent, son ami intime. Plus que jamais, elle ne pouvait pas risquer de le perdre.

Le jeune homme la dévisagea pendant son récit puis, contre toute attente, il explosa de rire. Il dit à Max que si elle l'avait voulu, elle aurait pu se passer d'essayer de l'assassiner avec de la nourriture et qu'elle aurait juste pu aller le voir et lui dire qu'elle avait envie de lui. Mais, il dit que son comportement était adorable et trop mignon. Si Max s'était offusquée de la réaction amusée d'Alec, elle apprécia encore moins s'entendre dire qu'elle était adorable et mignonne. Donc, elle décida de bouder. Et donc, Alec décida d'insister. Donc, elle bougonna. Donc, il la serra contre lui. Donc, elle se débattit. Donc, il la couvrit de baisers, littéralement. Donc, elle finit par rire. Donc, il ria à son tour. Donc, elle lui fit remarquer qu'il était insupportable. Donc, il plaida coupable et l'embrassa tendrement.

Comme toujours, elle oublia ses angoisses et ses craintes. C'était le don d'Alec. À présent, en plus de l'apaisement qu'il lui avait toujours apporté, il n'avait qu'à poser les mains sur elle et elle se consumait de désir pour lui. Elle se réjouissait d'avance de leurs étreintes. Au lit, ou ailleurs, il pouvait se montrer à la fois tendre et fougueux. Il lui faisait perdre pieds systématiquement. C'était une sensation nouvelle pour elle. Combien de fois avait-elle dû simuler pour ne pas froisser l'orgueil d'un de ses copains ? Combien de fois avait-elle fait bonne figure disant que c'était bien alors qu'elle était restée sur sa faim ? Quelques fois, elle s'était même forcée à coucher avec un homme. C'était pourquoi elle avait toujours eu du mal à comprendre une partie de son entourage qui semblait se délecter de sexe. Pour les gars, elle avait fini par se dire qu'elle était trop physiquement différente d'eux pour aimer le sexe. Mais, il y avait eu Cindy et Kendra. On disait souvent de Max qu'elle était parfaite et qu'elle avait tout pour elle. Mais, personne ne savait à quel point la jeune femme avait envié ses deux amies et leurs vies épanouies. Maintenant, Max avait presque l'impression de découvrir le sexe et elle comprenait enfin l'engouement des autres.

Elle savait qu'elle allait avoir besoin de ses sensations et de cette passion qui l'habitaient. Confident, ami et amant, Alec était plus que jamais l'homme le plus important dans la vie de la jeune femme.


Seattle, Terminal City, atelier des inventeurs, vendredi 15 juillet 2022, 18h40


MAX

Max s'habituait bien à son nouveau quotidien. Elle, qui s'était souvent lassée des routines et de la régularité de la vie, trouvait qu'il n'y avait rien de routinier ou de régulier dans sa vie. Grâce aux bras d'Alec.

Le matin, elle se levait, couverte de baisers. Parfois, selon leur heure d'embauche, les deux X5 pouvaient prendre leur temps et commencer la journée sur des premiers ébats. Max appréciait particulièrement coucher avec Alec dès son réveil. Après plusieurs heures de sommeil, il était très énergique. Après plusieurs heures à somnoler ou à rêvasser ou à contempler le X5, elle avait l'impression que les capteurs sensoriels de son corps étaient remis à zéro et que ses sensations étaient particulièrement fortes. Si le temps leur manquait, Alec prenait toujours le temps de la câliner et de la caresser longuement. C'était bien, mais il manquait un petit quelque chose.

En semaine, sans étreinte sexuelle du matin, il s'avéra très vite que les journées étaient trop longues pour les deux transgéniques. Alors, Alec et Max se retrouvaient pour une pause dans leur matinée de coursiers et pour relâcher ensemble la tension accumulée. Préférentiellement, ils se voyaient dans un de leurs appartements en ville. Mais ils louèrent une chambre pendant une heure une fois, et durent se cacher une autre fois dans les toilettes d'un immeuble de bureaux, où ils venaient de faire une livraison. Comme Alec le lui avait dit, ça avait eu un petit côté excitant de courir le risque de se faire surprendre. Aussi, ça avait été particulièrement difficile de jouir en silence, pour eux deux. Ils s'étaient enfuis du bâtiment, main dans la main, très amusés et ravis de leur exploit.

Le reste de la journée, ils étaient calmes. Il n'y avait qu'Original Cindy qui leur envoyait des regards pleins de sous-entendus. Personne d'autre ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit. Kendra ne fit plus aucune allusion. Elle se contenta de sourire franchement à Max en la croisant, de la prendre dans ses bras et de lui murmurer "Je suis contente pour toi".

Comme convenu, Alec recommença à sortir avec ses amis, même s'il n'y trouvait plus grand intérêt en dehors de la présence de ses potes. Il draguait toujours efficacement, offrait à ses conquêtes leurs consommations, les ramenait parfois chez elle pour être certain qu'elles rentrent bien et jouait les preux chevaliers refusant de profiter d'une femme trop éméchée. Un comportement qui le rendit encore plus désirable qu'auparavant. Il rejoignait ensuite Max à Terminal City où il lui racontait tout en détail. Max n'avait jamais prêté attention aux histoires d'Alec mais, à présent, elle trouvait ça fascinant. Elle alla même jusqu'à lancer deux ou trois défis à son amant, en choisissant une femme qu'il devait séduire, tandis qu'elle faisait tout pour l'en empêcher. Le vainqueur faisait de l'autre sa chose pour la soirée.

Le soir venu, les deux transgéniques se retrouvaient avec joie. Cindy avait eu raison en disant à sa meilleure amie qu'elle serait plus proche d'Alec en couchant avec lui. Même s'ils avaient toujours bien parlé, Max avait l'impression qu'ils parlaient plus et plus librement. Sans compter qu'il leur était arrivé de parler tout en couchant ensemble. Ça avait pour effet de les faire durer plus longtemps l'un et l'autre.

Le samedi précédent, par exemple, après la réunion hebdomadaire sur Terminal City, il y avait eu quelques points de divergence entre les différents membres présents lors de la séance. Comme ils étaient les dirigeants, le Conseil avait décidé que c'était aux deux X5 de se mettre d'accord et de prendre une décision. Avant d'être ensemble, les deux transgéniques se seraient enfermés dans un bureau pour discuter pendant des heures, probablement en se hurlant dessus au passage. Maintenant qu'ils étaient "ensemble", sans que ce soit officiel, ils avaient dit avoir besoin d'en parler au calme et ils étaient retournés à l'appartement. Dans les faits, ils s'étaient vite retrouvés nus sur le lit, assis l'un en face de l'autre, en discutant au rythme saccadé de leurs respirations, elles-mêmes liées aux oscillations de leurs corps. Lorsqu'ils trouvèrent enfin un point d'entente, ils se promirent de toujours régler leurs futurs désaccords dans l'intimité de leur chambre et s'embrassèrent longuement pour sceller ce pacte. Puis, pour fêter l'accord trouvé, qui en vérité n'avait rien de bien important, et pour célébrer leur promesse, ils poursuivirent leur étreinte, mais sans se retenir cette fois. Finalement, ils mirent à peine deux heures à trouver une solution à la demande du Conseil de Direction de Terminal City, là où il leur aurait fallu l'après-midi ou plus avant. Ce nouveau système de résolution des problèmes était bien plus agréable que l'ancien.

À force de pratique, l'endurance de Max s'améliorait lentement. Elle pouvait accompagner Alec plus longtemps avant de jouir, et elle jouissait avec encore plus d'intensité. C'était un véritable délice.

En somme, Max était ravie de son nouveau quotidien.

Mais, après deux semaines de relations sexuelles intensives, un quelque chose, qu'elle avait commencé à entendre au bout de quatre jours mais sans y prêter attention, devint absolument intolérable.

o0o0oOo0o0o

Cela avait commencé par un bruit désagréable, qui disparaissait à chaque fois qu'elle tournait la tête à la recherche de son origine. Ce bruit désagréable, qu'elle avait d'abord confondu avec un sifflement agaçant, comme celui qu'on percevait à peine lorsqu'une fenêtre était entrouverte sans qu'il y ait un courant d'air, s'avéra être des chuchotements. Les chuchotements de créatures transgéniques. Des mots prononcés si bas que les ordinaires étaient incapables de les entendre. Des mots prononcés si bas qu'il fallait forcément être un autre transgénique pour les percevoir. Des mots prononcés si bas que seuls les transgéniques à trente centimètres de distance ou moins pouvaient comprendre. Or, elle n'était jamais si près et ne pouvait comprendre. Alors, cela l'avait frustrée.

Ça avait été par hasard qu'elle avait compris.

À Terminal City, elle se dirigeait vers l'un des ateliers où étaient conçus les inventions imaginées par les uns et les autres pour améliorer la vie des transgéniques. Ces ateliers étaient à la fois studieux et plein de vie. On pouvait y échanger librement tout en travaillant en groupe. Il n'y avait pas de discipline autre que celle que les transgéniques eux-mêmes avaient en eux. Cependant, les récents prototypes présentaient tous des erreurs grossières, comme l'oubli d'un élément pourtant bien présent sur le schéma de l'inventeur. Ces inventions étant destinées à être intégrées au fonctionnement de base de la ville, des erreurs pouvaient générer un risque. Il n'était pas question de revivre une catastrophe comme l'inondation par simple étourderie. Sans avoir l'intention de faire appliquer une discipline comme à Manticore, Max voulait d'abord aller voir ce qui pouvait perturber le travail de l'atelier, d'ordinaire si précis et méticuleux.

Dans le couloir qui la menait à l'atelier, dont la porte était entrebâillée, Max perçut les bavardages. La tonalité était moins forte qu'à l'ordinaire. Il y avait donc un souci d'être un peu plus discret. Ce n'était pas un crime. Le groupe de travail ne voulait peut-être pas déranger les salles voisines, ignorant qu'elles étaient déjà vides à cette heure. La tonalité des discussions laissait supposer que le sujet n'était pas professionnel. Cela pouvait arriver. Les transgéniques étaient libres dans leurs gestes et leurs paroles à présent. La jeune femme ne percevait que des paroles. Il n'y avait aucun bruit de machines, de marteaux ou autres qui laissaient supposer que les transgéniques discutaient tout en travaillant. Ils avaient le droit de faire des pauses s'ils le voulaient.

Lorsque Max poussa la porta, un silence de plomb s'abattit et tous les transgéniques se tournèrent vers elle.

_ Désolée, dit-elle. Je ne voulais pas vous surprendre.

Comme personne ne dit rien, elle poursuivit.

_ Je viens juste de rentrer de mon travail de coursier et je passais dans le coin. Je voulais voir comment ça allait.

Encore une fois, personne ne dit rien et on continua à la scruter.

_ Je sais que je ne viens pas ici très souvent. Je m'en excuse. Je devrais passer plus de temps avec chacun de vous. Vous travaillez sur quoi en ce moment ?

Les transgéniques échangèrent des regards entre eux et regardèrent leurs établis respectifs, visiblement à la recherche d'une réponse.

_ Tu n'as pas à t'en faire pour ça, cheffe. On gère ici, dit une X6.

Max reconnut l'une des X6 membres du fan club d'Alec.

_ Oh, fit Max, ce n'est pas que je crois que vous ne gérez pas. Je viens juste… faire ma curieuse.

_ On travaille sur les plans d'une machine pour laver un plus grand volume de vaisselle à la cafétaria, pour simplifier le travail de l'équipe de cuisine, dit la fille.

_ Ça a l'air chouette, dit Max en s'approchant.

La X6 prit alors une feuille blanche et la mit sur le plan en face d'elle, pour le dissimuler à Max. Autour d'elle, la X5 perçut que les autres transgéniques firent de même.

_ On travaille, dit une trans-humaine. Tu n'as pas à réfléchir sur ce qu'on fait.

_ Oui, ajouta la X6. Tu peux rentrer chez toi.

_ Exactement, dit une autre X6, également membre du fan club d'Alec, Alec, lui, est déjà rentré à votre appartement.

_ Oui, dit la troisième X6, aussi groupie d'Alec. Tu devrais rentrer et le rejoindre.

Max sentit clairement qu'elle n'était pas la bienvenue. Elle n'apprécia pas, mais ne sut comment faire pour insister sans paraître autoritaire ou user de son statut de dirigeante, ce qu'elle se refusait à faire. Elle décida effectivement de rentrer à l'appartement. Plusieurs des filles présentes faisaient partie du fan club d'Alec, il savait peut-être quelque chose qu'elle ignorait. Et, même s'il ne savait rien, Max préférait parler avec le X5 : à deux, ils finissaient toujours par trouver une solution.

Cependant, sur le trajet jusqu'à l'appartement, elle repensa à la manière dont elle avait été observée, voire toisée, et aux messes basses. Elle se rendit compte que cela faisait un moment que cela durait. Sur son petit nuage de bien-être et de bonheur charnelle, elle était passée à côté.

Maintenant qu'elle y pensait, le petit groupe de X6 et fan d'Alec lui était plus hostile que jamais. Magenta, l'infirmière mal aimable, qui avait un faible pour Alec, était exécrable avec elle depuis deux semaines. Bima, la X5 blonde à forte poitrine, d'ordinaire toujours occupée à exhiber ses seins sous les yeux du X5 disparaissait dès qu'elle arrivait. Ou plutôt, elle la fuyait, comme si elle s'attendait à des représailles. Kade, la douce amie d'Alec, si attentive et dévouée à lui, avait aussi tendance à éviter Max, alors qu'elle s'était toujours montrée serviable envers elle. Elle partait en la saluant poliment, la voix légèrement tremblante d'émotions. Les mâles, quelle que soit leur espèce, la regardaient différemment avec un mélange d'envie et de crainte comme si elle était devenue une sorte d'objet de désir interdit. Les femelles en couple se rapprochaient systématiquement de leur conjoint en la voyant, comme pour les garder sous leur influence, comme si elles avaient peur qu'ils ne puissent être séduits par la seule présence de la jeune femme. Les femelles célibataires le regardaient avec une sorte de jalousie mêlée de respect. Max se rendit compte que lorsqu'elle entrait dans une pièce, où Alec se trouvait avec d'autres transgéniques, ou inversement et que c'était lui qui arrivait, les mutants initialement présents s'arrangeaient toujours pour partir rapidement. Cela ne lui avait pas poser de problème car, sans témoin, elle pouvait se risquer à avoir quelques gestes tendres pour le X5. Leurs amis proches aussi agissaient un peu différemment. Mole avait été témoin d'un échange langoureux entre les deux X5, mais n'en avait pas reparlé. Connaissant le goût pour la taquinerie et la provocation de l'homme-lézard, c'était surprenant. Mais, il disait plus souvent à Max de consulter Alec pour tel ou tel sujet. Et inversement. Luke et Dix faisaient de même: "tu as consulté Alec ?", "tu devrais demander son avis à Alec". On les renvoyait systématiquement l'un vers l'autre, de façon plus ou moins discrète. Elle nota que Joshua les appelait différemment aussi. Là où il y avait "little fella" et "middle fella", il y avait "les fellas", comme si Alec et elle étaient devenus un tout.

Max en vint à une conclusion : les transgéniques savaient qu'elle se faisait sauter par Alec. Mais, elle n'arrivait pas à savoir comment. Elle n'avait rien dit et croyait suffisamment en Alec pour savoir qu'il n'en avait pas parlé. Ou, du moins, elle avait suffisamment confiance en lui pour ne pas vouloir la blesser. Mais, plus elle marchait, plus elle doutait.

Le coup de grâce lui fut porter dans la cour, entre l'immeuble de travail et l'immeuble d'habitation vers lequel elle se dirigeait.

Gem, portant sa fille Eve dans les bras, sortait de l'immeuble d'habitation avec plusieurs autres mères X5 et leurs enfants en bas âge. Le groupe de mères de Manticore avait pris l'habitude de se réunir régulièrement pour échanger sur divers sujets et ne pas être isolé. Le groupe se stoppa en voyant Max et les mères commencèrent à chuchoter entre elles avec enthousiasme. Max ne perçut que quelques phrases : "je me demande quand elle participera ?", "elle attendra la naissance", "elle devrait venir pendant la grossesse", "non, elle ne se mélangera pas à nous"… La X5 resta stupéfaite en entendant ses brides de conversations. Finalement, Gem dispersa le groupe en souhaitant une bonne soirée à ses amies et marcha d'un pas franc vers Max.

_ C'était quoi ça ? demanda Max.

_ Excuses-les, dit Gem. Elles sont justes enthousiastes à l'idée que tu puisses participer à nos petites soirées.

_ Pardon ?

_ Tu sais, tu essayes d'être avec tous les transgéniques, mais en te dispersant, tu n'es avec personne. À part pour quelques élus, tes proches, tu es un peu une étrangère pour les autres. Même si tu es une fuyarde de 2009, les gens ont fini par t'apprécier et ils aimeraient que tu passes plus de temps avec eux.

_ Ce n'est pas ce que je viens de ressentir à l'atelier des inventeurs.

_ Comment ça ? demanda Gem.

Max raconta alors son bref passage à l'atelier.

_ Ne t'en fais pas, dit Gem. Ces filles sont juste jalouses. En plus, de ce que m'a dit Dalton, les trois X6 sont des femelles Alphas. Elles te voient comme une menace. Au moins, à défaut d'être méchantes, elles se préoccupent du bien-être d'Alec et t'ont dit de le rejoindre. C'est bien.

_ Pourquoi tu me parles d'Alec ? demanda nerveusement Max, en repensant à sa conclusion. Et, pourquoi les mères pensent que je vais venir dans votre groupe ? ajouta-t-elle.

_ Eh bien, maintenant qu'Alec et toi êtes repassés en mode couple reproducteur, elles s'attendent à ce que tu aies un bébé rapidement. Comme on est le groupe des mères, elles imaginent que tu viendras passer du temps avec nous, nous demander des conseils et tout. Elles sont à fond.

_ Quoi ?

_ Je sais… C'est un peu extrême. Même si on n'en a pas parlé, je vous connais assez, Alec et toi, pour savoir que vous n'êtes pas du genre à vouloir un enfant tout de suite. J'ai bien essayé de le dire aux copines, mais je suis en minorité. Enfin bref, si mon avis compte, je vous dirai de prendre votre temps pour faire ce que vous avez à faire avec Alec et de ne laisser personne vous dicter votre conduite.

Gem salua Max et s'éloigna tranquillement en fredonnant pour sa fille.

Max resta interdite pendant quelques secondes. Puis, les mots et leur signification la percutèrent de plein fouet. Elle se précipita vers l'appartement, comme une furie.


à suivre