L'ANNIVERSAIRE

Contenu sexuel, langage vulgaire


Seattle, Terminal City, appartement de Max et Alec, vendredi 15 juillet 2022, 19h15


MAX

Max marchait tellement vite en direction de l'appartement qu'un ordinaire aurait pu croire qu'elle courait. Elle essaya de prendre l'ascenseur, mais après deux secondes d'attente, sa nervosité prit le dessus et elle se précipita dans les escaliers. Elle monta les marches deux par deux.

Lorsqu'elle pénétra dans l'appartement, Alec était dans la partie cuisine. Il sourit en la voyant et se pencha au-dessus du plan de travail et du bar, le visage en avant et les lèvres tendues pour obtenir un baiser. La jeune femme le gifla de toutes ses forces sur la joue gauche.

_ Qu'est-ce qui te prend ? s'exclama Alec.

_ Espèce de salaud ! cria Max. Tu n'as pas pu t'en empêcher, hein ?

_ De quoi tu parles ?

_ Tu t'es vanté de m'avoir eu ?!

_ Pardon ?

_ Tu es content ?

_ T'es devenue folle ou quoi ?

_ Moi, je suis folle ? Peut-être. Mais, tu n'es qu'un connard ! Maintenant, tu peux raconter à tout le monde que tu as enfin réussi à épingler à ton tableau de chasse la seule femme qui te résistait.

_ Je n'ai jamais dit un truc pareil !

_ Ah oui ?

_ Oui !

_ Oh ? Tu es juste fier d'avoir réussi à me sauter ? Alors, ça fait quoi ?

_ Tu peux arrêter deux secondes avec tes conneries ?!

_ Tu dois bien te marrer !

_ Arrêtes, Max ! Je n'ai rien dit à personne. Parce que, TOI, tu es honte d'être avec moi. Et que, même si je ne pige pas pourquoi et que, moi, je n'ai pas honte, j'ai assez de respect pour toi pour me la fermer !

_ Alors, pourquoi tout le monde sait ? cria-t-elle, en pointant la porte du doigt.

_ Qui ça ?

_ Tout le monde !

_ Qui sait ? Précisément.

_ Tous les putains de transgéniques de Terminal City ! cria-t-elle.

Un silence gênant s'abattit entre les deux X5. Max s'appuya sur le dossier du canapé, les bras croisés sur la poitrine. Elle était tellement fâchée et tellement honteuse, qu'elle en avait les larmes aux yeux. Lentement, Alec fit le tour de la cuisine et vint se mettre près d'elle. Malgré elle, elle renifla. Le jeune homme tendit la main vers son visage. Main qu'elle repoussa d'une tape.

_ Ne me touches pas, dit-elle.

_ Je n'étais pas au courant, dit-il doucement.

_ Ça ne change rien, répondit sèchement Max. Ils savent depuis longtemps.

_ Comment ça, longtemps ?

_ Je ne m'en étais pas aperçu… Toutes ces messes basses, ces regards… Déjà que je dois faire avec le fait d'être une évadée de 2009… À présent, ils me voient comme une salope.

_ Quelqu'un t'a traité de salope ? demanda Alec avec sérieux.

_ Non, on me l'a fait comprendre.

_ Qui ?

Max serra un peu plus ses bras croisés contre elle. Sa colère était en train de retomber et elle commençait à avoir froid. En temps normal, elle serait venue se blottir dans les bras du X5 pour obtenir de la chaleur et du réconfort, mais elle était toujours en colère. La main gauche d'Alec se posa sur ses bras.

_ Qu'est-ce qu'on t'a dit ? demanda-t-il, d'une voix calme.

Elle raconta l'accueil, la discussion et son ressenti à la sortie de l'atelier des inventeurs.

_ Tu ne dois pas faire attention à ces filles.

_ Elles font partie de ton fan club, je te signale.

_ Fan club auto proclamé, corrigea Alec. Je n'ai rien demandé. Ce sont des petites pestes. Je suis obligé de faire avec parce que je suis l'un des dirigeants de Terminal City et qu'elles sont aussi sous ma responsabilité. Si on était dans un vieux film, tu sais, comme ceux qu'on a à la bibliothèque, ceux des années 90, ces filles seraient le groupe de garces lycéennes qui causent des ennuis à l'héroïne. Tu es une femme mature et intelligente, le comportement de ces gamines devraient glisser sur toi comme l'eau sur les plumes d'un canard.

_ Je n'ai pas d'ADN de canard en moi.

_ Mais, tu n'es pas une héroïne de film pour adolescente.

_ Ta culture cinématographique est bizarre.

_ Au moins, j'en ai une, moi, répliqua Alec.

La boutade du X5 la fit sourire.

_ Quoi d'autre ? continua-t-il.

_ Et, la trans-humaine de l'atelier ? Elle fait partie du fan club ou de ton film pour ado ?

_ Ni à l'un, ni à l'autre à ma connaissance. Mais, sa réponse n'a rien de choquant. Tu diriges Terminal City. Ce n'est pas à toi de te prendre la tête sur les détails.

_ Mais, j'aime bien savoir.

_ Je suis sûr que ce n'était pas contre toi. De façon globale, les trans-humains te préfèrent largement à moi, en tant que dirigeant.

_ Je m'étais évadée.

_ J'étais peut-être présent, mais je les ai ignorés. Toutes les séries X savaient que les trans-humains étaient là, on se doutait de ce qui se passait et aucun d'entre nous n'a levé le petit doigt. On ne s'est pas préoccupé de leur sort une seule fraction de seconde. Quand Manticore a brûlé, on s'est sauvé. Toi, tu aurais pu t'enfuir. Mais, tu as choisi de rester pour les libérer. Tu es la seule X à avoir eu de la considération pour les trans-humains. Sans toi, ils seraient tous morts. Tu es la plus trans-humaine des séries X.

_ Je dois t'avouer que je me sens plus à l'aise avec eux qu'avec les séries X… J'ai moins l'impression d'être une intruse avec eux.

_ Tu le sais déjà, les séries X ont été punies après votre évasion. L'effet d'années de mauvais traitements et autres sévices par procuration ne disparaîtra pas en quelques mois. Il semble que votre fuite n'ait rien changé à la vie des anomalies et autres mutants pour lesquels Manticore n'avait pas d'intérêt. Somme toute, en tant qu'évadée de 2009, tu n'as fait aucun mal…

_ Elle a été sèche.

_ Tu lui avais déjà parlé avant ?

_ Non. Pas directement. Mais, je l'avais déjà vu.

_ Alors, tu as dû l'intimider. Tu peux être intimidante, 452.

La jeune femme fit une moue boudeuse. Elle avait horreur d'être appelée par son matricule.

_ Tu es légendaire, continua Alec. Tu sais comment ça marche, la meilleure défense, c'est l'attaque. À ne pas vouloir paraître effrayée ou faible, cette femme t'a parlé de façon sèche. Je suis certain que si tu allais la voir en personne, elle se comporterait autrement.

_ Peut-être…

_ Tu disais que tout le monde savait et depuis longtemps.

_ Mole… commença Max.

_ Mole n'a rien dit.

_ Comment tu peux le savoir ?

_ Parce que je lui ai demandé, répondit Alec.

_ Vraiment ?

_ Bah oui. Tu ne voulais pas ébruiter notre relation.

_ Mais, tu n'as jamais été convaincu par ça.

_ Et alors ? Fille heureuse, copain pénard. De toute façon, il n'avait pas l'intention de parler, même sans que je lui demande.

_ Ah bon ?

_ Oui. Tu te rappelles du jour où Encéphale est arrivée et qu'elle s'est mise à parler de nous en tant que couple reproducteur au milieu d'une réunion du Conseil de Direction ?

_ Comment oublier ? C'était la honte.

_ Mole se souvenait parfaitement de ce que j'avais dit et il n'avait pas l'intention de jouer les colporteurs. Je l'ai cru et je le crois toujours.

Effectivement, l'homme-lézard n'était pas du genre à faire des commérages en temps normal. Il avait toujours obéi à un ordre direct d'Alec, au pire, au râlant, mais il obéissait. S'il avait confirmé à Alec qu'il n'avait rien dit et qu'il ne ferait pas d'indiscrétion à l'avenir, il n'y avait pas lieu de douter de lui.

_ Tu n'as pas remarqué qu'on nous laissait toujours seul ? demanda Max, au bout d'un moment.

_ Euh… Je n'ai pas fait attention. Mais, on a tous de quoi s'occuper, alors…

_ Magenta est horrible avec moi.

_ Elle l'a toujours été. De toi à moi, elle me terrifie.

_ Bima me fuit.

_ Ah bon ?

_ Elle travaille beaucoup avec toi en ce moment ? demanda Max.

_ Non. Mais, je ne travaille avec elle que lorsqu'il y a de nouveaux arrivants. Comme tu le sais, ça fait longtemps qu'on n'a plus de transgénique qui arrive ici.

_ Et Kade a l'air…

_ Toute triste, termina Alec. J'ai noté ça aussi. Je crois qu'elle a une peine de cœur. Je me demande qui…

_ Elle t'aime bien, crétin !

_ Ah… fit le jeune homme.

Max soupira.

_ Ça va aller pour elle, dit-il. Elle est super. Je suis certain qu'elle va se trouver un gars.

_ Gem et les autres mères sont persuadées que je vais te pondre un gamin.

_ C'est ça ! dit Alec en allant dans la chambre.

_ Quoi ?

_ Tiens, dit-il en revenant.

Il tendit à Max le second test de grossesse qu'elle avait acheté.

_ Je ne veux pas d'un enfant, dit la jeune femme.

_ Moi non plus. Tu vas faire pipi ?

_ Mais, comme tu le vois, ils sont tous au courant.

_ C'est évident. Tu as dit à Cindy de ne rien dire ?

_ Oui. Pareil pour Kendra.

_ Parce que Kendra sait ?

_ Qui m'a convaincue d'acheter un costume de chat à ton avis ?

_ J'adore cette fille, dit Alec.

_ Alors, comment ils savent ?

_ Aucune idée… Tu n'as pas envie d'aller faire pipi ?

_ C'est bon, soupira Max. J'y vais.

o0o0oOo0o0o

Quelques instants plus tard, les deux transgéniques étaient assis sur le canapé, en silence, à regarder le test de grossesse posé sur la table basse. La montre de la jeune femme bipa et les deux X5 s'approchèrent du test pour lire le résultat, qui s'avéra négatif. Ils soupirèrent tous les deux et s'avachirent dans le canapé.

_ Comment tu te sens ? demanda Alec.

_ Par rapport à quoi ?

_ Tout ça.

_ Soulagée pour le test. Pas bien pour nous.

_ Je suis désolé, dit Alec en lui caressant la cuisse.

_ Je sais que tu l'es, dit-elle, en posant la main sur celle du jeune homme. Je n'aime pas quand les gens se comportent bizarrement avec moi. Les autres mâles, les femelles en couple, les femelles célibataires…

_ Ça n'a rien de bizarre, dit Alec. C'est juste ton influence qui s'étend.

_ Influence de quoi ?

_ De femelle Alpha, répondit-il comme si c'était évident.

_ Je ne comprends pas.

_ Bah, tu sais… Non, tu ne sais pas. C'est vrai…

_ Qu'est-ce qui est vrai ?

_ Tu as loupé quelques cours à Manticore. Tu te rappelles ?

_ Vous avez eu des cours sur les femelles Alpha ?

_ Sur la hiérarchie, nuance.

_ Et ?

_ Maintenant que tu es sexuellement active, tu es devenue une femelle plus dominante envers les autres femelles. Les célibataires t'envient et te respectent plus. Celles en couple te craignent d'avantages.

_ Pourquoi ?

_ Max, tu es belle, intelligente et forte. Tu l'as toujours été. Les hommes t'ont toujours trouvée attirante. Mais, tu avais un petit côté ingénu qui faisait que certains ou certaines devaient penser que tu manquais de maturité. Maintenant, tu es plus désirable que jamais pour les hommes. Les femmes qui partagent leur vie avec quelqu'un te voient plus que jamais comme une menace pour leur couple.

_ Mais, c'est ridicule !

_ Parce que tu penses comme une femme ordinaire. Nous sommes des transgéniques. Il y a de l'humain en nous, mais il y a beaucoup d'animal. Les animaux fonctionnent à l'instinct et aux phéromones qui indiquent dans quel état tu es.

_ Mais… Personne ne s'est comporté comme ça avec moi quand j'étais avec Logan !

_ Max, comment te dire ? On savait tous que ça n'allait pas entre Logan et toi. On savait que sexuellement ce n'était pas ça. Pourquoi crois-tu que les transgéniques aient toujours eu du mal à prendre votre couple au sérieux ?

_ Mais… Il y avait le virus.

_ Oui, bien sûr. Au début. Mais, après ? On ne sentait… Mais, c'est ça !

_ Quoi ?

_ Personne n'a rien dit aux transgéniques. Ils n'en ont jamais eu besoin. Que je suis con.

_ De quoi tu parles ?

_ D'un autre cours que tu as loupé.

_ Qui dit quoi ?

_ Qui parle des odeurs.

_ Sérieusement ?

_ Chaque individu a une odeur qui lui est propre. Un peu comme une empreinte digitale olfactive. Quand on passe du temps avec des gens, une famille, une fratrie, on finit par avoir sur soi une odeur résiduelle qui est la somme des odeurs de tous les membres du groupe. Par exemple, quand tu étais enfant, avec tes frères et sœurs, votre groupe devait avoir une odeur propre, somme de toutes vos signatures olfactives individuelles. C'est comme ça que des individus d'une même meute animale peuvent se reconnaître, même sans se voir. Plus on passe de temps avec les gens, plus l'odeur est marquée.

_ On se lavait.

Alec sourit.

_ Au début, ça ne marque que les vêtements et il est facile de s'en débarrasser. Effectivement, une douche, des habits différents, et l'odeur disparaît. Plus l'exposition dure, plus l'imprégnation est profonde et l'odeur s'attache à la peau et aux cheveux. Le processus est plus long, mais aussi pérenne. Une simple douche n'est plus suffisante pour retirer l'odeur. Il faut attendre la mue de la peau et la chute des cheveux. Même un lieu peut laisser une marque sur quelqu'un. Si des ouvriers travaillent tous dans une usine dans laquelle on utilise un lubrifiant avec une odeur caractéristique, cette odeur marque les ouvriers. On nous a enseigné ça pour nos missions à Manticore. Pour identifier les personnes avec des liens. Si un homme dit travailler dans l'usine depuis plusieurs années, mais qu'il n'a pas l'odeur du lubrifiant sur lui, c'est qu'il ment. De cette façon, on pouvait déterminer plus rapidement des groupes de personnes… et des amants.

_ Des amants ?

_ Pendant l'acte sexuel, on est nu, peau contre peau. On transpire, on échange des fluides corporels… Les secrétions sexuelles sont très, très chargées au niveau olfactif. Il ne suffit que d'un rapport pour laisser une première trace. Ténue, certes, mais présente. Il faut avoir le nez sur la peau de la personne pour sentir l'autre. Au second rapport sexuel, l'odeur est ancrée.

_ Ancrée ?

_ C'est une sorte de marquage de territoire involontaire. Les ordinaires comme les transgéniques y sont soumis, même s'il n'y a que les transgéniques qui sont capables de sentir les odeurs de la sorte. Les transgéniques et les chiens…

_ Tu veux dire…

_ On savait que Logan et toi ne couchiez pas souvent ensemble, même sans le virus entre vous… Et, de la même façon, les transgéniques n'ont jamais eu besoin qu'on leur dise quoi que ce soit sur nous. Ils sentent, littéralement, qu'on est ensemble. Et, dans la mesure où, depuis le début, on a été très actif, tous les deux, sexuellement parlant, utilisant toutes les parties de nos corps dès la première fois, sans retenue et sans préservatif, je pense qu'on a été très marqué dès le premier matin et qu'on a dû empester le sexe à dix mètres à la ronde.

_ Personne n'a rien dit ce matin-là…

_ Ça n'a rien d'exceptionnel qu'un homme et une femme couchent ensemble une fois. En plus, on vivait déjà dans le même appartement. Donc, on devait déjà avoir une petite odeur en commun. Donc, tout le monde a dû se douter que cela pourrait arriver. Ils n'en ont été certains qu'au moment du feu d'artifice, j'imagine : on venait de passer deux jours enfermés dans l'appartement.

_ C'est horrible…

_ Ta réaction est vexante.

_ Pas nous. Le fait qu'ils aient su… en nous sniffant.

_ Pas tant que ça. Mais, je comprends mieux maintenant.

_ Quoi ?

_ Je ne voyais pas l'intérêt de dissimuler notre relation puisqu'il était évident que tout le monde finirait par le savoir. Il m'arrive d'oublier que tu n'as pas fini ta formation et que tu n'as pas les mêmes connaissances que moi. Mais du coup, ta demande a plus de sens…

_ Sauf que ça n'a servi à rien.

_ Si. De cette façon, on s'est rendu compte de ton manque flagrant d'éducation et je viens de te transmettre mon illustre savoir ! déclama Alec, d'un ton solennel.

Max ria.

_ Un savoir sur les odeurs.

_ Et sur la hiérarchie des transgéniques, compléta le jeune homme.

_ Je ne veux pas dominer les autres, dit Max.

_ Tu ne peux pas changer ce que tu es. Tu es une femelle Alpha, de même que tu es une X5, une transgénique, que tu n'as pas d'ADN inutile et que ta peau a l'odeur de mon odeur, dit-il en venant lui glisser un baiser dans le cou, qu'elle accepta.

_ Donc, je pue toi.

_ Non ! s'exclama Alec. Tu n'es pas censé avoir ma personnalité et mon humour douteux.

_ Seulement ton odeur… Je suis quand-même fière de mon jeu de mot. Je dois l'avouer.

_ En parlant d'aveux…

_ Alec… Je commence à peine à être mieux que tout à l'heure. Pitié !

_ Ce n'est rien de grave. Plus maintenant.

_ Génial. Maintenant, je suis angoissée.

_ Il n'y a pas de quoi.

_ Crache le morceau.

_ Tu sais, ce que je disais tout à l'heure…

_ Tu as dit plein de choses.

_ Sur les odeurs communes simplement en vivant en groupe.

_ Oui. Et ?

_ Il y a plusieurs mois déjà, j'ai dû expliquer à Joshua qu'on n'était pas ensemble à cause de ça, dit Alec dans un souffle.

_ Pardon ? C'est quoi ce délire ?

_ Après que tu aies emménagé ici pour de bon, Joshua était content, mais il ne m'en a pas parlé tout de suite. Puis, notamment au moment des obsèques de Ben, on a commencé à dormir ensemble tous les deux de façon plus régulière. Donc, nos odeurs se sont plus mélangées, même si on ne couchait pas ensemble. Tu sais que Joshua est naïf. Comme il a le nez fin, nos odeurs étaient suffisamment mélangées et présentes sur nous pour qu'il ait cru qu'on était ensemble à l'époque. Il était très enthousiaste. Heureusement, il m'en a parlé avant de t'en parler parce que, dans les faits, tu étais encore plus ou moins avec Logan et que c'était compliqué.

_ Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

_ Je ne crois pas que tu aurais bien réagi...

_ Oui. Je t'aurais probablement filé un coup.

_ Donc, je me suis retrouvé à avoir une conversation sur les relations entre adultes et le sexe avec Joshua…

_ Tu as expliqué le sexe à Joshua ? répéta Max, d'un air dubitatif.

_ Même s'il est plus âgé que nous, notre big fella a été conçu dans un laboratoire de savants fous et n'avait conscience de rien. C'était comme expliquer à un enfant de dix ans comment on faisait les bébés. Il en a fait des cauchemars, parce qu'il a cru que son pénis allait exploser s'il s'approchait trop près d'une fille jolie.

_ Mais, comment tu lui as dit les choses ? s'exclama Max.

_ Probablement pas de la bonne façon la première fois. Je n'avais pas compris qu'il était à ce point ignorant.

_ Mais, on parle de Joshua ! Évidemment qu'il est ignorant !

_ C'est pour ça que j'ai dû discuter en aparté avec lui, à plusieurs reprises. J'ai galéré ! Ça va mieux maintenant.

_ Tu crois qu'il a compris ce qu'il y avait entre nous maintenant ?

_ On parle de Joshua… fit Alec.

_ Tu es en train de dire que tu n'en sais rien.

_ Exact. Je lui ai expliqué comment on faisait les bébés. C'est à toi de t'y coller maintenant, dit Alec.

_ C'est obligé ?

_ Tu préfères lui dire toi-même ou qu'il l'apprenne de la bouche de quelqu'un d'autre ?

_ Il va en faire une montagne. C'est pour ça que je voulais qu'on ne parler pas de nous : les mères pensent qu'on va avoir un enfant, les femmes me voient comme une menace, les gars, comme un objet de désir…

_ Petite précision, Maxie. Tu as toujours été un objet de désir. Tu es magnifique. Les mecs sont juste moins discrets maintenant qu'ils imaginent avoir une chance puisque tu n'es plus frigide.

_ Quoi ? Je n'ai jamais été frigide et…

_ J'ai aussi eu des doutes à une époque, dit Alec, avant de se prendre une tape sur le haut du crâne.

_ Et, il n'est pas question que qui que ce soit ait une chance avec moi.

_ Sauf moi, dit Alec, en se vautrant à moitié sur la jeune femme.

_ Je suis sérieuse !

_ De toute façon, les gars, je les gère. C'est un truc de mâle.

_ Si tu me parles encore de marquage de territoire, je te file un coup dans…

_ Les gencives ?

_ Non, plus bas.

_ Mais, tu t'infligerais une autopunition…

_ Hum… soupira Max.

_ Dis-toi qu'on n'aura plus besoin de se prendre la tête pour être discret. On s'en moque de ce que pense les autres. Ce qui compte, c'est nous. Non ?

_ Je ne veux pas que Joshua croie à… je ne sais quoi.

_ Alors, on prendra le temps de lui dire qu'on vient juste de commencer à se fréquenter, qu'il n'y a pas lieu de s'emballer et qu'on ne va pas se marier demain.

_ Je voulais juste qu'on soit tranquille.

_ On va l'être, assura Alec. Maintenant que c'est officiel, on a la main sur ce qui va être dit…

_ Je préférerai que les gens n'en parlent pas.

_ J'avais saisi. Je disais donc, qu'on a la main. Tu iras voir les mères et tu leurs diras clairement qu'on ne veut pas d'enfant, je dirai aux gars d'arrêter de te lancer des regards lubriques s'ils ne veulent pas que je leur refasse le portrait et on dira à Joshua ce qu'il doit entendre. Le reste se tassera tout seul.

_ Tu crois ?

_ Oui. Là, c'est tout nouveau et on en a fait un secret, donc ça a attiré l'attention. S'il n'y a plus l'attrait de la nouveauté et du mystère, que reste-t-il ? Rien d'intéressant. Juste un gars et une fille.

_ Ça a l'air tellement simple dit comme ça.

_ Ça aurait toujours dû être simple.

o0o0oOo0o0o

Malgré une invitation à rejoindre la bande de coursier au Crash, ni Alec, ni elle n'était ressortie le vendredi soir après leur décision d'accepter que Terminal City soit au courant de leur relation. La jeune femme avait négocié pour que, s'agissant de sa famille, donc Syl et Krit, elle se chargerait de leur parler directement. Max était donc allée les voir dès le samedi matin, avant d'aller prendre son petit-déjeuner à la cantine commune. Il s'avéra que le couple de X5 était déjà au courant. Krit l'avait appris de Syl et était heureux si Max et Alec l'étaient. Syl était furieuse car Alec était un abruti à ses yeux. Krit, comme sa sœur de sang, Max, n'avait jamais eu conscience de l'histoire de l'odeur commune d'un couple et ne s'était rendu compte de rien spontanément. Syl, pendant la vie qu'elle avait mené à l'extérieur, avait découvert d'elle-même cet état de fait et s'était rendue compte de l'infidélité de son petit-ami de l'époque. La jeune femme blonde avait donc senti le "couple Max et Alec" comme la plupart des transgéniques.

En rejoignant Alec à la cafétéria, Max avait pris son courage à deux mains et avait embrassé le jeune homme devant toute l'assemblée, en guise de salut, avant de s'asseoir près de lui. Les regards s'étaient momentanément tournés vers eux, puis les gens avaient repris leur conversation. Les deux X5 avaient volontairement eu des gestes tendres l'un envers l'autre et, plus la journée passa, moins les transgéniques s'en préoccupaient. Sauf Joshua… Malgré une longue conversation avec l'homme-chien, le big fella ne rêvait que de chiots X5 lui tournant autour. Même C.J. sembla mieux comprendre la situation… Enfin, il était surtout persuadé que Max et Alec n'auraient pas de chiots, mais plutôt des petits félins.

Max n'était pas encore certaine de vouloir en parler en dehors de Terminal City. Ce à quoi Alec réagit en levant les yeux au ciel. Il lui signala que "en dehors de Terminal City" voulait dire à "Jam Pony" essentiellement et lui rappela que l'entreprise de coursiers embauchait majoritairement des séries X depuis le début de l'année, donc des gens déjà au courant. La jeune femme parla du noyau initial de coursiers et du patron de l'entreprise qui n'apprécierait sans doute pas de voir les deux X5 ensemble, mais aussi de Logan. Alec râla, mais promit de résister s'il avait une furieuse envie de câlin au bon milieu de la journée. Enfin, juste un temps. Après, il n'était plus certain de répondre de ses actes. La jeune femme décida, par politesse, qu'elle devrait aller faire l'annonce à son ex-petit-ami dès que possible.


Seattle, État de Washington, dimanche 17 juillet 2022, 6h30


MAX

Pour la première fois depuis longtemps, elle avait découché dans la nuit de dimanche. La ville mutante était assez prospère, mais cela faisait un moment que personne n'avait fait de cambriolage pour ramener un bonus financier à Terminal City. Alec et elle étaient les principaux contributeurs et cela faisait plus de deux semaines qu'ils passaient leurs nuits à coucher ensemble au lieu de faire des casses. Elle s'était donc donnée pour objectif d'essayer d'être moins oisive la nuit et de recommencer avec un petit cambriolage de rien du tout. Elle avait volontairement laissé Alec en dehors du coup pour qu'il dorme. Après tout, elle le maintenait déjà éveillé une bonne partie de la nuit. Cependant, elle avait oublié à quel point les cambriolages en solo étaient ennuyeux : personne pour lui tenir compagnie, avec qui discuter ou qui la faisait rire. Et, tout ça, pour un butin pas très conséquent.

Un peu avant l'aube, elle rentra en toute discrétion à l'appartement et se doucha. Elle ne prit pas la peine de s'habiller et se glissa nue dans le lit.

De façon très surprenante, Max se réveilla seule après son heure quotidienne de sommeil. Elle trouva juste un GPS sur l'oreiller d'Alec, avec un mot de sa main lui demandant de le rejoindre dès que possible. Le message précisait qu'elle n'avait besoin de rien et qu'il avait déjà tout. Après une nuit pas terrible, le fait de se réveiller sans Alec, sans câlin et sans même un petit bisou la contrariait énormément.

Au centre de commande, elle croisa Dix et Luke, toujours aussi matinaux. Ils n'en savaient guère plus, si ce n'était qu'Alec les avait prévenus de leur absence à Max et à lui, pour potentiellement deux jours.

o0o0oOo0o0o

Après s'être assurée du plein d'essence de sa moto, Max mit en route le GPS. Il lui fallut presque vingt minutes pour passer les barrages routiers et sortir de Seattle. Après avoir roulé, plein est, presque une heure et demi, au milieu de la route nationale 2, le GPS bipa pour lui indiquer de bifurquer. En s'arrêtant sur le bas-côté, elle découvrit une route forestière, très mal indiquée. Elle douta sérieusement de l'appareil lorsqu'elle nota que la route la guidait vers l'ouest, soit dans la direction dans laquelle elle venait, tout en l'enfonçant dans la forêt et en prenant de l'altitude.

Quelques minutes plus tard, elle passa en-dessous d'anciennes lignes haute tension et fut arrêtée à un passage à niveau par un train chargé de troncs d'arbres. Cinq minutes après et cent pieds plus haut, en suivant la route, surplombée par les lignes électriques, le GPS bipa une nouvelle fois, mais il n'y avait plus de route. Un chemin de terre longeait ce qui devait être le lit à peine humide d'un ruisseau de montagne. Deux câbles électriques, en partie dénudés, s'extrayaient des lignes haute tension et survolait le sentier. Max pesta à l'idée de devoir salir sa Ninja au milieu d'un chemin fait de boue et de terre, mais les marques au sol montraient le passage d'un autre véhicule à deux roues. Alec avait une moto tout terrain, cela avait dû être facile pour lui de rouler là. Mais, la Ninja n'était pas faite pour ce relief, alors Max mit pied à terre et marcha près de sa moto.

La pente montait plus doucement. À mesure qu'elle avançait, il faisait plus frais, sans faire froid. C'était l'été tout de même. L'eau était de plus en plus visible dans le lit du ruisseau.

Même sans GPS, entre les traces au sol, la ligne électrique et le ruisseau, il n'y avait qu'un seul chemin qu'il était possible d'emprunter. Presque trente minutes plus tard, Max arriva sur un plateau et une clairière au milieu de laquelle se trouvait un énorme chalet en bois, à la cheminée fumante. C'était lui que les câbles électriques devaient alimenter avant l'Impulsion. Elle n'avait pas vu la moto d'Alec cachée sur le trajet. Le X5 était-il dans le chalet ? Pourquoi ? Avait-il des ennuis ? En silence, Max fit le tour de l'édifice. Le moyen de transport d'Alec était garé près sous un abri, à côté de bois de chauffage. Il y avait aussi un groupe électrogène, qui ronronnait tranquillement. La jeune femme positionna la Ninja près de la moto d'Alec et continua son inspection. L'arrière du chalet était dissimulé par une haute palissade de bois vernis. Un cadenas fermait la porte arrière du jardin.

Max revint devant le chalet et s'approcha doucement de la porte d'entrée. La poignée n'offrit aucune résistance et la X5 entra, en toute discrétion, mais prête à l'attaque.

L'intérieur du chalet avait l'air douillet et chaleureux. Malgré le fait qu'il fasse jour, l'éclairage était tamisé par l'action des rideaux. L'entrée donnait directement sur un vaste salon avec sofa, causeuse et fauteuils répartis autour de l'âtre de la cheminée. La jeune femme s'accroupit pour dissimuler sa présence parmi les meubles.

Alors qu'elle regardait vers une grande salle à manger, la voix d'Alec la fit sursauter.

_ Qu'est-ce que tu fabriques ? demanda-t-il, tranquillement.

_ Qu'est-ce que, moi, je fabrique ? Et toi ? Demanda-t-elle en se relevant.

_ J'ai un grave problème existentiel, répondit-il. Viens voir.

Max suivit le X5 dans une cuisine dont la modernité jurait un peu avec le caractère rustique et authentique du chalet. Sur un îlot au centre de la pièce, il y avait des fraises et de la chantilly en bombe.

_ Alors, tu en penses quoi ? demanda-t-il.

_ J'en pense quoi de quoi ?

_ De la chantilly.

_ Et ?

_ Tu veux l'utiliser avec les fraises ? De façon traditionnelle ?

_ J'imagine qu'il y a un "ou".

_ Ou de façon moins conventionnelle ? demanda Alec, d'une manière qui suggéra à la jeune femme qu'il parlait d'un appétit différent.

_ C'est ça, ton problème existentiel ?

_ Bah ouais. Ça force la conscience. Tu ne trouves pas ?

_ Alec… Qu'est-ce qu'on fabrique ici ?

_ Tu as amené quoi en plus du GPS ? Ton bipeur ?

_ Oui.

_ Tu me files les deux ?

_ Et, la réponse à ma question ? demanda la jeune en lui donnant les deux appareils.

_ On est le 17 juillet, Maxie chérie, répondit-il en lui déposant un baiser sur la joue.

Alec répartit vers l'entrée et y déposa les deux appareils, dans un meuble, après en avoir retiré les batteries.

_ Mais, qu'est-ce que tu fais ? s'exclama Max en voulant reprendre son bipeur.

_ C'est pour qu'on soit tranquille.

_ Mais, si on veut nous joindre ?

_ C'est tout l'intérêt d'être tranquille, chaton. Personne ne pourra nous joindre.

Max constata que le téléphone portable d'Alec gisait aussi dans le meuble, tout aussi délesté de sa batterie.

_ S'il y a un problème, Terminal City ne pourra même nous repérer !

_ Oui, ça aussi, c'est le but.

_ Mais…

_ Max, est-ce que tu peux arrêter de stresser pendant vingt-quatre heures ?

_ Imagines que…

_ Je n'imagine rien et tu n'imagines rien. Terminal City survivra sans nous. On est parti plus longtemps lorsqu'on était à Santa Monica.

_ Mais tu les joignais par téléphone tous les jours.

_ Oui, et c'était ennuyeux à mourir. Là, ça nous fait de vraies vacances et ça fait un test. On est en silence radio, Max. Deux jours et une nuit. Ce n'est pas trop. Et, on est le 17 !

_ Et, alors ?

_ Aoutch, fit Alec, en baissant la tête.

_ Quoi ? demanda Max.

_ Re aoutch. Ça fait mal.

_ Alec, je ne comprends rien.

_ Et dire qu'on dit que ce sont les mecs qui oublient les anniversaires… commenta le X5.

_ De quoi tu parles ? Ce n'est ni mon anniversaire, ni le tien.

_ Non, c'est le nôtre.

Max réfléchit un instant. Quand il avait commencé à sortir avec Nathalie, Sketchy avait fêté la première quatre premières semaines, puis chaque mois pendant un an.

_ Alec, la première fois qu'on a couché ensemble c'était… euh… un vendredi.

_ Je ne te parle pas de notre anniversaire en tant que couple, je te parle de nous.

_ Je ne pige pas.

_ Tu es absolument blessante…

_ Alec…

_ Le 17 juillet 2020, à minuit très précisément, je suis entré dans la cellule d'une certaine X5.

_ Oh ! C'est l'anniversaire de notre rencontre ! s'exclama Max.

_ Eh bien ! C'est passé par tes pieds avant t'atteindre ton cerveau.

_ Ne m'en veux pas. J'étais enfermée, contre ma volonté, par des tarés dans un centre militaro-scientifique ultrasecret. Je n'avais pas la tête à ce genre de détails.

_ Parce que je n'étais pas enfermé non plus…

_ Ce n'est pas ce que je veux dire, dit Max, en prenant Alec dans ses bras. Merci d'y avoir pensé. Donc, nous deux, ça fait déjà deux ans.

_ Ouais.

_ Comme le temps passe vite.

_ Toute chose relative. On peut également fêter un test de grossesse négatif, si tu as besoin d'une autre raison.

La jeune femme soupira.

_ Tu as envie de faire demi-tour et de repartir à Terminal City ? demanda-t-il.

Ce n'était pas contre lui qu'elle avait soupirer, mais contre elle-même.

_ Non. Je serais ravie qu'on fête notre anniversaire rien que tous les deux, dit-elle.

Max était étonnée par sa relation sexuelle avec Alec. Elle s'était toujours dit qu'avoir un plan cul c'était se saluer, baiser ensemble et se dire au revoir, sans autre formalité ou attention à avoir envers l'autre. Pourtant, Alec, professionnel de la baise sans attache et collectionneur de femmes, était plein de gestes tendres et de petites attentions à longueur de journée pour Max. La jeune femme ne s'en plaignait pas. Au contraire. Elle adorait. Au début, elle avait cru que c'était parce qu'Alec était aussi son meilleur ami qu'il se comportait ainsi avec elle. Mais, à la réflexion, elle s'était souvenue que, si ce n'était pas juste pour un soir, Alec se liait d'amitié avec ses partenaires sexuelles. Alors, elle s'était dit que c'était normal. Étant celle avec le moins d'expérience, elle choisit de copier l'attitude d'Alec et de lui rendre l'attention qu'il lui donnait.

_ Joyeux anniversaire, Alec, dit-elle en l'embrassant tendrement.

_ Joyeux anniversaire, Max.

o0o0oOo0o0o

Le chalet ne comportait pas moins de cinq chambres spacieuses, deux salles de bains partagées entre plusieurs chambres, deux salles de bain autonomes, un grand séjour-salle à manger, la cuisine, une salle de loisir avec un billard et un jardin privatif avec un jacuzzi pour huit personnes. La zone n'était pas un domaine skiable, mais il y avait à la disposition des locataires du matériel de randonnée, de camping et de pêche.

Alec raconta à Max l'histoire de l'endroit. Avant l'Impulsion, c'était un lieu de vacances et de déconnexion, pour les personnes de classe moyenne, qui avait du succès. Après, les propriétaires s'étaient succédés. Le chalet était trop loin des chantiers forestiers pour servir de logis aux ouvriers de l'industrie du bois, seule industrie du coin, et l'absence de possibilité de ravitaillement simple empêchait l'accès à la propriété pour une habitation pérenne. Finalement, l'industrie cinématographique avait acquis le bâtiment et le terrain. Plus précisément, l'industrie du film pour adulte. Le bref passage d'Alec, grâce à Max, dans le monde du X, pour une campagne de dépistage contre les maladies sexuellement transmissibles, lui avait donné des contacts qu'il avait jugé "intéressants". La jeune femme avait alors levé les yeux au ciel. Cependant, Alec ne tarda pas à lui rappeler, par les actes, ce à quoi ils se livraient, eux-mêmes, dans cette maison aux nombreuses possibilités.

o0o0oOo0o0o

Après un dîner léger, bien au chaud dans les remous du jacuzzi, Max et Alec regardaient le ciel se parer d'une teinte rougeoyante alors que le jour déclinait tout en prenant leur dessert : du champagne et les fraises, la chantilly ayant eu une autre utilité. Pour la millionième fois de la journée, le X5 embrassa la jeune femme et elle tendit la joue en fermant les yeux. Il fallait absolument qu'il l'embrasse sur le moindre morceau de peau à portée de ses lèvres, et ce, toutes les deux minutes. Puis, il l'embrassa près de l'oreille et susurra d'une voix sensuelle :

_ À quoi penses-tu, les yeux tournés vers le ciel, mystérieuse jeune femme ?

_ À tant de choses, bel étranger, répondit-elle sur le même ton, avant de l'embrasser sur les lèvres.

_ Pas au travail, pitié, dit Alec, en cessant sa comédie.

_ Promis.

_ Mais, tu es pensive… Tu sais, si un truc te tracasse…

_ Je trouve ça juste étrange de me retrouver ici, loin de tout et de tout le monde, à ne penser qu'à moi. Enfin, à nous.

_ Et ?

_ Et ? Okay, je pense peut-être au travail.

_ Max !

_ C'est juste qu'on a plein de priorités et…

La jeune femme ne put finir sa phrase car Alec l'avait saisi à la taille et l'avait embrassé avec fougue. Dès qu'il la libéra, elle essaya de parler et il l'embrassa de plus bel. Ils bataillèrent ainsi pendant plusieurs minutes. Elle, tentant de parler. Et lui, l'embrassant pour l'empêcher de parler. Et ce, jusqu'à ce que la X5 comprenne que son compagnon n'avait pas l'intention d'abandonner la lutte. Alors, elle finit par ne pas essayer de reprendre la parole après le dernier baiser. Alec la regarda longuement et elle se sentit rougir.

_ Pour que les choses soient bien claires, Max, dit Alec avec sérieux, tu es en haut de la liste de mes priorités. Le travail passera toujours après toi.

Max dévisagea le jeune homme. Sans même le savoir, il venait de dire à la jeune femme quelque chose qu'elle avait toujours voulu entendre et qu'on lui avait toujours refusé. Au fond d'elle, tout soldat génétiquement amélioré qu'elle était, elle était une femme et elle avait souhaité qu'un de ses petits-amis lui dise ces mots. Même Logan. Surtout Logan. Mais, de tous ses ex, il avait aussi été le plus hostile au fait qu'une femme puisse être la priorité d'un homme.

Elle ne se souvenait que trop bien de l'impression scandalisée du journaliste lorsqu'il avait découvert que son ami et mentor, Nathan Herrero, avait arrêté de faire son travail de journaliste intègre, s'était fait passer pour mort et avait refait sa vie auprès de son amante, Rebecca Cuthrell. Max lui avait dit qu'un homme pouvait revoir ses priorités en rencontrant une femme. Logan avait été dans l'incompréhension. L'ordinaire avait toujours été obsédé par son travail, son rôle de Veilleur et sa quête de la justice. Et d'ailleurs, cela avait été plusieurs fois le sujet de disputes.

_ Est-ce que tu veux bien me laisser m'occuper de toi jusqu'à demain sans te préoccuper du reste ? demanda Alec.

_ Oui, souffla-t-elle.

La jeune femme était profondément émue par les mots d'Alec. Il était vrai qu'il l'avait toujours soutenue, aidée, écoutée, et cela bien avant qu'ils ne soient intimes. Mais, de la même façon qu'il ne fallait pas entendre les mots d'une vérité blessante dont on avait connaissance, entendre les mots d'une certitude qu'elle avait en elle, sans en avoir eu véritablement conscience, la toucha. Et, elle eut envie de pleurer.

_ Merci, murmura-t-elle, avant de prendre le X5 dans ses bras.

Alec lui rendit son étreinte avec tendresse et lui caressa doucement les cheveux. La jeune femme était heureuse d'être dans un bain à remous et d'avoir le visage couvert de perles d'eau : elle était presque sûre d'avoir versé une larme ou deux.

Parfois, elle était envieuse d'Alec. Elle avait l'impression d'être mal fichue à tous points de vue et en particulier quand il s'agissait d'exprimer ses émotions et ses sentiments. Lui, il disait souvent qu'ils étaient pareil pour cela. Pourtant, Max avait de plus en plus souvent le sentiment que le jeune homme était plus doué qu'elle car, avec des mots, il avait su l'atteindre comme jamais elle n'avait réussi à le faire. Et, à cet instant précis, elle se dit qu'il n'y a rien de plus important que lui dans sa vie.

_ Max… commença Alec. Je t'…

Le cancanement sonore d'un groupe d'oies sauvages, volant au-dessus de leurs têtes, attira leurs attentions.

_ Briseuses d'ambiance ! cria Alec, en faisant rire Max. Enquiquineuses !

Les volatiles cancanèrent plus fort.

_ Mais, elles se foutent de ma gueule, là ! s'offusqua Alec, faisant rire la jeune femme aux éclats. Vous avez de la chance que j'ai les mains prises ! Sinon, je vous aurais tiré comme des lapins et je vous aurais fait rôtir dans la cheminée !

_ Pauvres bêtes, dit Max. Avec ton ADN de félin, tu as dû les terrifier.

Le X5 fit une grimace et Max sourit. Elle ne sut pas combien de temps ils étaient restés ainsi enlacés, probablement pas assez longtemps. Mais, les bras d'Alec avaient eu leur effet magique sur elle et elle se sentait à nouveau bien. À son tour, elle embrassa le jeune homme pour l'empêcher de s'époumoner sur les oiseaux, qui étaient déjà loin.

_ C'est contrariant, dit Alec, après s'être relativement calmé.

_ Quelques minutes de perdues sur notre anniversaire. Cela reste très raisonnable. En plus, on aura d'autres anniversaires.

_ Carrément ! dit le X5 avec enthousiasme.

_ En tout cas, je te félicite. Tu as fait fort pour l'organisation.

_ C'est très dur d'être aussi génial que moi… dit-il avec un accent ridicule, qui la fit sourire.

_ Et, tu as dû mettre les bouchées doubles pour rattraper l'anniversaire qu'on n'a pas fait l'année dernière.

_ En fait, j'ai fêté notre anniversaire l'année dernière. C'est toi qui l'as loupé. Je t'avais même acheté un cadeau.

_ Comment ça ? demanda Max.

_ Je t'ai couru après toute la journée, mais tu n'avais pas deux secondes à m'accorder. Le soir, on est sorti ensemble au Crash, même s'il y avait aussi Cindy et Sketchy.

_ Non !

_ Si.

_ Mais, tu ne m'as rien donné !

_ Comme je le disais, en journée, tu m'as snobé. Et, le soir, tu m'as abandonné avant minuit. J'ai raccompagné Sketchy chez lui, ivre mort comme à l'ordinaire, et tu as raccompagné Original Cindy au Secteur 5 avant de rentrer à Terminal City. Je t'ai attendue, tu m'as balancée un "on en reparle demain" avant que j'aie pu dire quoi que ce soit et tu m'as laissé en plan.

_ Tu es sérieux ?

_ Hum hum, affirma Alec.

_ Mais…

_ Mais ?

_ Pourquoi tu n'as pas insisté ?

_ Tu avais ta tête de "ce n'est pas le moment, Alec".

_ Oh… Désolée.

_ T'inquiètes. Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude de ton caractère. Il y a du cochon dans ton ADN ?

_ Pas à ma connaissance. Mais, sûrement de la peau de vache. Pourtant, tu es toujours là…

_ Je dois aimer ça, avoua le jeune homme.

_ Tu as revendu mon cadeau ?

_ Jamais de la vie. Ça fait un an qu'il t'attend dans ta chambre.

_ Quoi ?

_ Bah oui.

_ Mais, l'immeuble… Le premier immeuble, qu'on squattait, a cramé !

_ Et, ton serviteur, ici présent, avait récupéré tes affaires. J'ai dû faire une mise à jour.

_ Comment peut-il y avoir un cadeau d'anniversaire dans mes affaires sans que je le sache ? Il est emballé dans du papier cadeau ?

_ Papier rouge à points blancs. Il est même accompagné d'une petite carte.

_ Je n'aurais jamais loupé un truc pareil ! s'exclama Max.

_ Je l'ai peut-être caché…

_ Tu plaisantes ?

_ Pas le moins du monde. Si tu étais moins bordélique, tu l'aurais trouvé.

_ Donc, si je résume. J'avais un cadeau d'anniversaire caché dans ma pièce réservée à Terminal City, entre le 17 juillet 2021 et décembre 2021…

_ Et le 4 janvier 2022, corrigea Alec. Après l'incendie du 5, j'avais embarqué tes affaires dans mon appartement. Comme je ne savais pas que tu allais avoir une chambre dans mon appartement, je n'ai replanqué ton cadeau que le 24 janvier.

_ Mais, tu l'as caché…

_ Ta zone de recherche s'est toujours délimitée à ton espace personnel.

_ Donc, à présent, il est exclusivement dans ma chambre ?

_ C'est ça.

_ Ma chambre à Terminal City ?

_ Absolument.

_ Comment tu as fait pour dissimuler un truc pendant six mois dans ma chambre sans que je le sache ?

_ Je ne l'ai caché qu'une fois. C'est toi qui ne l'as pas trouvé. Nuance, fit le jeune homme en finissant sa flûte de champagne, avec un sourire moqueur.

_ C'est super frustrant !

_ Et moi alors ? Ça fait un an que j'attends de voir ta tête. Mais, en même temps, ça fait un an que je me paye ta tête.

_ Je te déteste, dit Max, le visage à quelques centimètres de celui du X5.

_ Même pas vrai, dit-il en lui volant un baiser.

_ Je déteste quand tu as raison, répondit-elle en lui reprenant son baiser.

Tandis que le jeune homme s'apprêtait à l'embrasser pour de bon, Max pencha la tête en arrière et les lèvres d'Alec s'écrasèrent sur sa gorge.

_ Ah ! fit-elle. Je ne pense plus qu'à mon cadeau maintenant !

_ Es-tu en train de me mettre au défi de te faire quelque chose qui monopolise suffisamment ton cerveau et ton corps pour t'ôter une obsession de l'esprit ?

_ C'est tentant, répondit-elle.

_ Que veux-tu comme distraction ? Je peux disparaître sous la surface de l'eau et faire quelque chose avec ma bouche ? Je peux retenir ma respiration pendant longtemps…

Soudainement, Max se remémora que, même pour un X5, Alec avait effectivement une aptitude exceptionnelle à tenir en apnée. Cet homme, d'apparence si joyeux et insouciante, cachait de profondes blessures. Il avait la capacité de la comprendre et de la soulager avec quelques paroles et une étreinte. Elle trouvait cela injuste de ne pas pouvoir être un soutien pour lui, comme il l'était pour elle.

_ Que t'ont-ils fait pour que tu tiennes aussi longtemps ? demanda-t-elle avec sérieux.

Aussitôt, le sourire d'Alec se figea et il essaya de s'éloigner d'elle. Mais, elle n'avait pas l'intention d'abandonner. Plus maintenant. Avec tous ce qu'ils partageaient à présent, elle voulait tout savoir de lui. Le bon, comme le mauvais.

_ Ne te défiles pas. Tu m'as souvent reproché de ne pas pouvoir te comprendre parce que je n'avais pas été là. En même temps, tu as toujours refusé de me parler. Tu n'as plus le droit de faire ça. Plus maintenant, dit-elle, en lui caressant la joue. Pas avec ce qu'il y a entre nous.

Alec la regarda longuement, puis soupira.

_ Pour une fois, ils n'ont rien fait, dit-il.

_ Quoi ?

_ En fait, ils ont même essayé de faire du mieux qu'ils pouvaient. À travers la paroi vitrée, on voyait les scientifiques courir dans la pénombre, à la recherche d'une solution.

_ Comment ça ?

_ C'était un entraînement comme un autre, dit Alec. Sauf, qu'il était en cours au moment de l'Impulsion.

Max comprit d'elle-même. L'Impulsion, l'attaque électro-magnétique terroriste qui avait renvoyé le pays le plus puissant du monde de l'air numérique à l'âge de pierre en quelques secondes, avait failli tuer Alec. L'attaque avait eu lieu sur la côte Est des États-Unis et s'était répandue vers l'Ouest en détruisant la totalité des systèmes informatiques sur son passage. Pour les exercices d'apnées, les enfants des séries X, Alec devait avoir dix ans et trois mois à l'époque, étaient attachés à leur cheville dans une cuve immergée. En général, ils devaient retenir leur respiration durant cinq minutes. Max se souvenait que ses poumons la brûlaient lors de ces exercices et que c'était angoissant que sa vie et celles de ses frères et sœurs ne dépendent que de la télécommande dans les mains de Lydecker. Au moment de l'Impulsion. Le courant avait dû être coupé. Malheureusement, les systèmes informatiques gérant la mise en route des générateurs auxiliaires avaient également dû l'être…

_ Tu es resté longtemps dans la cuve ?

_ J'ai perdu connaissance au bout de 7 minutes et 48 secondes, répondit-il. Mon cœur s'est arrêté de battre. Quand j'ai rouvert les yeux, le compteur affichait 11 minutes et 27 secondes.

_ Ils avaient réussi à remettre le courant si rapidement ? s'étonna Max.

_ Non.

_ L'un des gardes a plongé dans la cuve et a utilisé son couteau de combat pour sectionner les sangles qui nous maintenaient sous l'eau et nous a donné les premiers soins.

_ C'est surprenant, commenta Max.

_ Il l'a fait sans autorisation et a été sanctionné. Il est revenu me voir deux semaines plus tard. Discrètement. Pour prendre de mes nouvelles. C'était la première fois que quelqu'un se montrait gentil avec moi. C'est lui qui m'a tout raconté. C'est aussi lui qui m'a appris à faire du troc avec les autres gardes et à faire des magouilles. J'ai perdu sa trace quand la base a été détruite, il y a deux ans.

_ Il a pu sauver d'autres enfants ?

_ Non. Je suis le seul qu'il a réussi à réanimer.

_ Je suis désolée.

_ Après ça, ils ont installé des moteurs de secours ni analogiques, ni numériques, fonctionnant à l'essence pouvant libérer les entraves de façon mécanique. Et, comme je tenais longtemps, ils m'ont entraîné de façon individuelle pour que je repousse mes limites sans mettre en péril la vie des autres X5. Alors, un avis sur cette histoire larmoyante ?

_ Je pense que je suis une double égoïste.

_ Pourquoi ?

_ Aussi triste que soit la mort des autres enfants, je me réjouis que tu aies survécu.

_ Tu as dit "double égoïste".

_ Je suis heureuse que tu aies enfin accepté de me raconter un bout de ton passé.

Alec plongea le visage contre le cou et soupira.

_ Je n'ai pas l'habitude de parler de ces choses. Donne-moi du temps, dit-il à voix basse.

_ Prends ton temps, dit Max, en l'enlaçant, je serais toujours là pour toi.


Seattle, État de Washington, dimanche 17 juillet 2022, un peu avant minuit


MAX

Si Alec pouvait être tendre quand il s'agissait de sexe, Max, elle, avait tendance à être fougueuse et passionnée, presque sauvage de sa propre opinion.

Elle avait repensé à leurs échanges et à ce qu'il représentait pour elle. Ça avait peut-être été à cause du cumul de l'atmosphère plus saine par rapport à celle plus polluée de la ville, de la chaleur du bain à remous comparé à la fraîcheur de l'air et du champagne mais, après leur discussion dans le jacuzzi, sous le ciel étoilé de la montagne, mais Max avait trouvé qu'Alec semblait particulièrement beau et sensible, avec son expression mélancolique. Cela lui fit tourner la tête. Là, pour la première fois, elle s'était donnée à lui avec douceur, affection et dévotion. Et, cet échange, empreint d'une tendresse infinie et mutuelle, avait procuré à la jeune femme un ressenti qu'elle n'avait pas été en mesure de décrire. Cela avait été au-delà du plaisir charnel habituel. Même après, les deux X5 étaient longuement restés enlacés, hypnotisés l'un par l'autre, presque comme s'ils s'étaient vus pour la première fois.

Il avait fallu que la nuit tombe pour de bon et qu'ils commencent à avoir froid pour les obliger à retourner à l'intérieur du chalet. Ils étaient allés se sécher dans une chambre et s'étaient simplement allongés l'un contre l'autre pour se câliner lentement et dormir un peu.

o0o0oOo0o0o

Finalement, les deux transgéniques s'étaient réveillés simultanément vers 23h30 et, un baiser en entraînant un autre, ils avaient engagé le processus de réveil de leurs corps le plus complet et le plus agréable qu'ils connaissaient.

Cependant, au bout d'un moment, le rythme cardiaque de Max ralentit progressivement, tandis que sa respiration se calmait. Sauf que, ce n'était pas normal. Alors qu'elle était allongée sur le lit, Alec avait commencé à embrasser, et à embraser, son corps avec les lèvres, puis il était allé nicher sa tête entre les cuisses de la jeune femme. Le X5 aimait faire durer les préliminaires et c'était une chose que sa partenaire adorait chez lui. Malgré tout, le niveau de dopamine, l'hormone du plaisir, avait diminué dans le cerveau de Max et elle avait fini par se rendre compte que, même si Alec était toujours installé entre ses jambes, cela faisait un moment qu'il ne faisait plus rien…

_ Alec ? demanda-t-elle, sans bouger.

_ Hum ? fit-il tranquillement.

_ Loin de moi l'idée de paraître exigeante…

_ Je t'assure que tu ne parais pas exigeante, Max. Tu l'es, coupa-t-il.

_ Merci de cet éclairage sur ma personnalité.

_ Je t'en prie.

_ Pour reprendre, puis-je savoir pourquoi tu t'es arrêté de faire ce que tu faisais ? Alors, que c'était très bien.

_ Ah… fit-il.

Elle le sentit changer d'appuis et supporter son menton avec sa main gauche.

_ Ça pourrait presque être une histoire drôle, commença-t-il.

_ Alec… fit-elle avec une pointe d'agacement, pour lui indiquer de se dépêcher de parler.

_ J'ai été distrait, répondit-il.

Max prit appuis sur ses coudes et, en fronçant les sourcils, jeta un regard noir au X5. Parfaitement décontracté, il lui sourit en retour.

_ Je peux savoir ce qui peut venir te distraire là où tu es ? demanda-t-elle.

_ Je te sens un peu contrariée.

_ Des fois, je me demande vraiment ce qu'il y a dans ta tête.

_ Je t'assure que ça m'a tellement sauté aux yeux que…

_ À croire que tu cherches à générer chez moi un mélange de sentiments. Je t'adore, mais là, j'ai juste envie de serrer les cuisses pour te voir mourir par étouffement.

_ Si ça peut te rassurer, j'ai du mal à comprendre pourquoi je t'apprécie autant compte tenu du nombre de menaces de mort que tu m'envoies.

_ C'est comme ça au bout de deux ans de relation. C'est magique. On zappe le passage des engueulades et on passe directement à la peine capitale.

La remarque fit rire le X5.

_ Il y a des runes qui sont en train d'apparaître sur ton ventre, dit Alec, après avoir repris un ton sérieux.

_ Quoi ? s'exclama Max.

_ Ouais… souffla le jeune homme.

_ J'en ai marre, fit la jeune en se laissant tomber en arrière. Je me croyais enfin tranquille.

_ C'était à peu de choses près la réflexion que je me suis faite…

Quelques secondes plus tard, Alec reprit la parole.

_ Je pense que c'est terminé.

_ Tu es sûr ?

_ Ça ne bouge plus, dit-il en passant le doigt sous le nombril de Max, en dessinant quatre lignes.

_ Tu viens de désigner quatre lignes de runes ou tu m'as juste tripotée ?

_ Tu sais que j'ai les mains baladeuses, mais je te confirme la présence d'un beau complet de quatre lignes.

_ Et, elles disent quoi ?

_ Est-ce que j'ai une tête à le savoir ? demanda-t-il.

Max se redressa et vit le regard désabusé du jeune homme.

_ Tu crois que ça ne pourrait être que du blabla mystique sans conséquence ? demanda-t-elle.

_ Avant aujourd'hui, entre la première et la dernière fois que des gribouillis sont apparus sur ton corps, c'était pour t'avertir de tes "pouvoirs" et t'avertir de l'arrivée de la "méchante" comète, qui était un pétard mouillé. Non ?

_ Hum…

_ J'avais fini par connaître de vue certaines runes visibles. Sur tes bras notamment. Puis, en trois semaines, j'ai appris par cœur chacun de tes tatouages supplémentaires. Juste après le passage de la comète, d'autres étaient apparus ?

_ Aucun, répondit Max. J'avais fini par me mettre en tête que ceux qui étaient encore là ne partiraient pas. Je ne m'attendais pas à en avoir d'autres…

_ Si on est logique, il est normal que les runes sur tes "pouvoirs" soient pérennes puisqu'ils te concernent. On aurait pu penser que les runes sur la comète viendraient à disparaître après son passage…

_ Mais, par définition, le passage d'une comète est cyclique et elle reviendra.

_ Oui, si ma mémoire est bonne, ce grand malade de Familier psychopathe de Franklin Bostock nous a confirmé que la comète de Noël dernier revient tous les 2021 ans*. Ne te vexe pas, Maxie chérie, mais tu seras probablement morte d'ici là. Mais bon… On trouve aussi les bactéries, soi-disant tueuses de masses, dans le sang des serpents. Donc, à la rigueur, comète ou non, la présence des runes en continue restent cohérente.

(*référence à After The Dark)

_ Surtout que les runes n'ont commencé à apparaître qu'après que les Familiers aient essayé de m'empoissonner au sang de serpent… Tu veux en venir où ?

_ Ça fait presque sept mois qu'aucune rune n'est apparue. J'imagine que celles-ci ne viennent pas là sans raison. Un truc a dû les déclencher…

_ Tu es en train de dire qu'un nouvel événement astronomique va me tomber sur la gueule ?

_ C'est pour ça que j'adore traîner avec toi. Je suis sûr de ne jamais m'ennuyer.

Elle se laissa tomber en arrière, attrapa un oreiller et hurla dedans. Alec vint jusqu'à sa hauteur et souleva l'oreiller.

_ Ne t'en fais. Tu auras peut-être enfin la vision à rayon X que tu désires tant, dit le X5.

_ Merci d'essayer de me remonter le moral, mais là…

_ Ça casse l'ambiance.

_ Les oies pour toi, les runes pour moi, dit Max.

_ Quoi qu'il arrive, on fera front ensemble, dit-il en l'embrassant.

_ On a un appareil photo ?

_ La dernière ligne est vraiment basse et s'arrête juste au-dessus de ton pubis.

_ C'est pour s'assurer que rien ne change d'ici que je les montre à Logan. Ton téléphone prend des photos, n'est-ce pas ?

_ Il n'y a pas moyen que j'allume mon téléphone ou que je quitte cette chambre, car je suis certain que tu en profiteras pour t'habiller et te sauver, mettant fin à notre anniversaire de façon anticipée… dit sèchement Alec.

_ Si tu as une idée pour immortaliser ces cochonneries de petits dessins et me remettre en route au niveau sexuel, je suis partante. Franchement, là, j'ai vraiment envie de ne plus être obnubilée par toutes ses bêtises, me perdre avec toi en moi et pouvoir m'oublier en jouissant.

_ Tu commences à fuir tes problèmes et la réalité dans le sexe… On dirait moi, dit Alec. C'est la deuxième fois…

_ Bon bah, j'ajoute un transfert de personnalité à la liste des trucs bizarres qui m'arrive.

_ Tu crois que je vais me transformer en peau de vache et me mettre à porter des pantalons bien trop serrés au niveau des fesses ?

_ Ça ferait ressortir ton cul, dit-elle.

_ Alors, j'essayerai.

Le X5 se leva et revint avec un morceau de papier et un crayon.

_ Figures-toi, que si je ne suis pas capable de créer de l'art comme Joshua, je sais parfaitement recopier des écritures, même dans un style graphique inconnu.

_ Déformation professionnelle ?

_ Si je n'étais pas en mesure de traduire moi-même un document, je devais être capable d'en ramener une copie fidèle à la base.

Alec s'installa près d'elle et entreprit de recopier les runes. Il lui fallut plusieurs minutes, au cours desquelles Max déprimait de plus en plus. À peine deux heures auparavant, son bonheur était au-delà des mots.

_ Fini ! dit Alec.

_ Montre, dit la jeune femme en tendant la main, sans quitter le plafond du regard.

_ Non, répondit le X5.

_ Pourquoi ?

_ La phase 1, qui correspondait à faire preuve de responsabilité en copiant ces horreurs, est terminée.

_ Oui, c'est pour ça que je veux voir.

_ Et, c'est pour ça que je te dis non. Tu as dit que tu voulais oublier avec le sexe.

_ Tu te rappelles que je suis légèrement obsessionnelle lorsque je veux quelque chose ?

_ "Légèrement" n'est pas le terme que j'aurais employé. Mais, pendant mon labeur, j'ai réfléchi au moyen de te remettre en route, dit-il en posant la feuille loin du lit.

_ Et ?

_ Exercice de concentration.

_ Alec… Je ne suis pas certaine que ce soit avec ça que tu réussiras à me refaire mouiller.

_ Laisse-moi une chance de t'expliquer.

_ Vas-y, dit Max sur un ton blasé.

Alec lui déposa un baiser sur les lèvres.

_ Je vais te faire deviner les runes, en les redessinant, dit-il, en lui caressant le ventre. Une à une, dit-il en lui caressant l'intérieur de la cuisse.

_ Tu disais qu'il y avait quatre lignes. J'imagine qu'il y a de nombreuses runes.

_ Oui. Ça va me prendre du temps, dit-il en l'embrassant l'intérieur de ses cuisses. Surtout que j'ai l'intention de les dessiner du bout de la langue. Essaye donc de lire ce que je vais écrire sur ton corps…

Alec avait toujours été très doué de sa langue. Pour les mots, comme pour autre chose… Malgré elle, Max ne tarda à soupirer, de plaisir cette fois, lorsque la langue du X5 entreprit de dessiner les runes sur son intimité.


à suivre