RÉVÉLATIONS
Langage vulgaire et contenu sexuel explicite dans ce chapitre
Seattle, locaux de Jam Pony, jeudi 28 juillet 2022
MAX
Après une semaine de convalescence et de repos, pas toujours bien tolérés, Alec avait enfin eu un bilan de santé positif et Magenta l'avait décrété de nouveau apte au service actif. Max et Alec avaient fêté leur "retrouvailles" avec un dîner à emporter et une longue étreinte charnelle passionnée. La jeune femme devait bien avouer qu'elle se sentait apaisée et calme. Ce n'était pas un scoop car ça arrivait souvent, mais sa meilleure amie avait raison : elle avait eu un trop plein d'énergie, et donc d'agressivité, qu'elle avait enfin pu évacuer dans le bras du X5. Elle sentait déjà que "le monde" l'agaçait beaucoup moins.
Allongés l'un dans les bras de l'autre, ils savouraient ce moment de bien-être, en silence, échangeant seulement quelques caresses du bout des doigts. Tel un chat épanoui, Max s'étira de tout son long en soupirant doucement, ajustant sa position contre le corps de son amant.
_ On pourra dire ce qu'on voudra, même si le sexe ne fait pas le bonheur, il y contribue grandement, dit Alec.
La jeune femme prit un temps de réflexion et redressa la tête.
_ Ce n'est pas de l'argent dont on dit ça ? demanda-t-elle.
Alec eut un sourire malicieux et elle ria en enfouissant son visage contre le torse du jeune homme.
_ Merci de me faire rire, dit-elle.
_ Pourquoi ? Tu dis ça comme si un truc te pesait…
_ À vrai dire…
_ Relax, ça va le faire.
_ Tu ne sais même pas de quoi je vais parler.
_ Je sais qu'on est ensemble et qu'on gérera ensemble. À partir de là, tout ira bien. Au besoin, on a une armée de créatures génétiquement modifiées pour nous filer un coup de main… ou de griffes.
Max se força à sourire. Son problème était de nature personnelle et il n'y avait pas vraiment d'aide possible. Alec dut s'en rendre compte car il reprit la parole, avec sérieux.
_ Okay, c'est quoi le "vrai" problème ? Parce que tu as ta tête de "Max a un problème".
_ Tu te rappelles qu'il y a eu une explosion sur le port et qu'il y a des pénuries en tout genre ? demanda-t-elle en s'asseyant.
_ Ah ? Je n'avais rien remarqué, répondit-il avec une mimique faussement étonnée.
_ C'était mon dernier jour de pilule contraceptive aujourd'hui…
_ Attends, quoi ? demanda-t-il en se redressant sur les coudes.
_ Je n'en ai plus et je n'ai pas pu me fournir en substitut, que ce soit de façon légale ou sur le marché noir.
_ Mais, on… On vient juste de se retrouver, dit Alec.
_ Je sais. Des convois de produits pharmaceutiques viennent d'autres états, mais la contraception n'étant pas prioritaire, ma fournisseuse m'a dit qu'elle n'aurait rien pour moi avant la semaine prochaine au plus tôt.
_ Au plus tôt ? Ce monde est cruel…
_ Je crois qu'on peut encore en profiter pendant une vingtaine d'heures, mais après…
_ On n'est sûr de rien, termina Alec.
_ Je suis désolée.
_ Tu n'as pas à t'excuser pour ça.
_ Tu aurais préféré que je t'en parle plus tôt et qu'on ne fasse rien ce soir ?
_ Non ! Pour rien au monde je n'aurais perdu une chance de passer du temps avec toi. Tu m'as rendu accro, Max.
_ Tu étais déjà accro au sexe avant moi.
_ C'est à toi que je suis devenu accro, dit-il en la regardant avec une intensité qui la fit rougir.
_ Je crois que je suis accro aussi, dit-elle à voix basse.
Alec s'assit à son tour et vint l'embrasser dans le cou.
_ Si l'abstinence n'est pas un choix pour aucun de nous deux, il va falloir se résigner et utiliser des préservatifs. Et, tu as l'air dégouté à cette idée, dit-il, presque amusé.
_ Ce ne sera pas pareil.
_ Bah ça…
_ En plus, j'aime beaucoup la sensation quand tu…
Elle sentit ses joues la brûler rien qu'en pensant aux sensations qu'Alec lui procurait. Par moment, elle s'en étonnait encore. Surtout, elle ne s'y habituait pas. Si elle avait gagné en endurance au bout presque un mois de relation, le plaisir qu'elle prenait était toujours immense. Elle avait parfois même l'impression que c'était plus intense qu'au début. Cependant, Alec ne sembla pas comprendre car il la regarda avec de grands yeux ronds.
Elle déglutit avec difficulté et murmura :
_ Quand tu jouis en moi, ça me… Je me sens complète.
Alec demeura silencieux. Il se mit même la main devant la bouche.
_ Tu me trouves ridicule ? demanda-t-elle.
_ Max… commença-t-il. Je ne… Je ne sais pas comment dire ça. Tous les hommes, absolument tous les hommes sur Terre rêvent d'attendre cette phrase. Et, tu viens de me la dire. Je n'ai pas les mots pour décrire ce qui se passe dans ma tête là ! Tu es…
Il lui saisit le visage et l'embrassa. Et, elle l'embrassa en retour. S'en suivit une nouvelle étreinte passionnée et une complétude exaltée pour la jeune femme.
o0o0oOo0o0o
Il était assez terrible de devoir aller travailler alors que les deux X5 auraient voulu profiter de leurs dernières heures de sexe sans conséquence. Ils s'habillaient mutuellement, sans grande motivation.
_ On pourrait peut-être déjeuner à mon appartement au centre-ville, ou au Secteur 5 ? suggéra Alec, en boutonnant le jean de la jeune femme.
_ Tu oublies que Normal fait l'appel à la pause et qu'il exige qu'on déjeune tous à Jam Pony, répondit-elle, en serrant sa ceinture.
_ Après alors ? Avant de reprendre les livraisons de l'après-midi ?
_ Et, on fait quoi de nos équipiers ? Tu bosses avec Sky et je suis avec Cindy. On leur dit d'attendre pendant qu'on baise vite fait ?
_ Ou on fait une partouze ?
Max lança un regard assassin au X5.
_ Je blaguais, Max. Je passerai à l'appart, pour récupérer mes préservatifs. Mais, je crois qu'il faudra aussi économiser : on est très actif, ils sont "normalement" résistants et pas si nombreux que ça.
_ En fait, il y a un truc qui m'a traversé l'esprit…
_ Dis-moi tout.
La jeune femme se figea et hésita. Ce n'était pas "son" truc à la base.
_ Max ?
_ Il y a un truc que… qu'on n'a pas fait. J'avais déjà essayé. Deux fois. Et, je n'ai pas aimé. Les deux fois…
_ Si un truc ne te plaît pas, tu n'as pas à te forcer.
_ Mais, avec toi, c'est différent, dit-elle. On a fait des choses auxquelles je ne m'étais pas attendue et que j'ai aimé. Alors, je me dis que… peut-être…
_ Tu veux quoi ?
_ Qu'on essaye différemment.
Alec leva les yeux au ciel et réfléchit. Pour une fois, elle aurait vraiment voulu qu'il comprenne de lui-même. C'était gênant pour elle. Elle lui prit alors les deux mains du X5 et les posa sur ses propres fesses.
_ Différemment, répéta-t-elle.
Le X5 se redressa et la dévisagea, les mains fermement accrochées à ses fesses.
_ Max Guevara, êtes-vous en train de me proposer du sexe anal ?
_ Je ne promets rien. Je n'ai pas aimé quand j'ai essayé. Mais je veux bien essayer à nouveau avec toi. Et, pas de risque de grossesse du coup.
_ Alors toi… Si tu n'existais pas, il faudrait vraiment t'inventer.
_ Tais-toi, tu es en train de me faire regretter ce que je viens de dire.
Seattle, locaux de Jam Pony, vendredi 5 août 2022, 23h15
MAX
Le monde dans son entièreté semblait vouloir agacer Max. D'abord il y avait eu Lydecker et sa fichue idée d'envoyer Alec dans l'Arizona, avec deux autres séries X, mais ça, elle s'en fichait. Ensuite, il y avait eu Alec lui-même qui avait approuvé cette idée débile. Puis, était venu le tour du Comité de Direction qui avait approuvé à la quasi-unanimité ladite mission. Max avait été la seule à voter contre et elle n'avait été pas capable de fournir d'arguments crédibles pour en empêcher sa réalisation.
Le départ d'Alec s'était fait vite. Le couple de X5 avait à peine eu le temps d'essayer "l'autre voie", comme l'appelait Alec, et d'en profiter, car Max avait apprécié, comme tout ce qui venait de lui de façon générale, que le jeune homme s'était mis en route. La jeune femme comprenait parfaitement l'urgence de se rendre dans l'Arizona pour y laisser un message à Devon, le X5 fanatique missionné en Amérique Latine et clone de Krit, ou de l'intercepter, mais elle avait l'impression de ne plus être Alec comme elle l'aurait voulu. D'abord Harbor Island, puis sa convalescence, puis l'absence de pilule contraceptive, puis l'Arizona, puis le retard sur la route.
Alec l'avait appelée tous les jours, même quand il n'avait rien d'utile à dire, rien que pour entendre le son de sa voix. Et Max devait bien avouer que juste entendre la voix d'Alec lui faisait du bien, même si elle s'était sentie triste dès l'instant où elle raccrochait. Ils avaient essayé, pour se distraire, de se raconter des choses coquines au téléphone. Cela avait été drôle la première fois. Puis, c'était devenu frustrant. Encore plus lorsque la jeune femme avait obtenu son renouvellement de contraception et qu'ils avaient su ce qu'ils auraient pu faire en vrai s'ils avaient été ensemble.
À présent qu'Alec avait accompli son interminable mission de six jours, voilà que son retour avait été retardé par de nombreux imprévus. En réalité, la "vraie" mission n'avait duré que quelques heures grâce aux indications de Lydecker. Alec avait mis deux jours pour se rendre à l'ancienne base de Manticore dans l'Arizona. Ce qui était déjà long. Mais le trajet retour l'avait été encore plus. D'autant que chaque imprévu pouvait exposer les X5 à un danger potentiel, comme des Familiers ou des agents gouvernementaux en pleine traque de créatures transgéniques hors de la zone qui leur avait été attribuée, sans gaieté de cœur.
À Las Vegas, un mort par balle perdue avait déclenché une guerre ouverte entre les différents syndicats du crime qui se partageaient la ville et les casinos. Alec et les autres avaient dû faire un détour pour éviter les violences urbaines. Ils firent une première halte et passèrent une nuit dans une ville du Nevada nommée Wells et avaient dû racheter de l'essence, à prix d'or. Quelques heures après leur départ, à Boise, des agriculteurs avaient manifesté leur colère contre le manque de subvention de l'État et avaient déversé du fumier sur la I-84, forçant le flot d'automobilistes à passer par les petites routes urbaines. Toujours sur la I-84, mais dans l'Oregon cette fois, un incendie s'était déclaré dans la forêt nationale d'Umatilla, forçant Alec et les siens à faire demi-tour pour pouvoir contourner tout le massif forestier par le sud. Aussi, ils durent s'arrêter une nouvelle fois dans une petite ville du nom de Mount Vernon. Alors qu'il restait environ sept heures de route à Alec pour rejoindre Seattle, et pour rejoindre Max, il avait appelé pour prévenir qu'il y avait de nombreux contrôle des forces de l'ordre sur la I-90 est, des kilomètres avant même d'arriver aux barrages habituels de Seattle. Il n'avait donc aucune idée de son heure d'arrivée et son téléphone allait tomber en panne de batterie.
Face à la morosité de son amie, Original Cindy avait décidé de traîner, quasiment au sens littéral, Max jusqu'au Crash pour essayer de la divertir jusqu'au retour du X5. Entre le manque et la frustration, la jeune femme reconnaissait avoir eu des sautes d'humeur depuis une semaine. Mais, les reconnaître ne signifiait pas être en mesure de les combattre. Pendant la semaine, seuls les transgéniques les plus téméraires se risquèrent à l'approcher. Les autres avaient vite compris qu'il valait mieux s'éclipser à son approche. La jeune femme avait même hurlé sur Joshua après qu'elle eut trébuché sur un de ses pots de peintures en lui rendant visite dans son atelier. Bien sûr, après, elle avait été mortifiée par son comportement et était allée s'excuser auprès de l'homme-chien, non sans fondre en larme au passage. Elle s'était officiellement disputée avec Mole et avait appelé Alec dans la foulée pour pester sur l'homme-lézard, sauf qu'elle découvrit que ce dernier en avait fait autant, ce qui déclencha une nouvelle querelle. Même à Jam Pony, les autres coursiers s'écartaient sur son passage. Normal et Original Cindy tenaient bon face à elle. L'un l'exaspérait, l'autre tentait de l'apaiser, sans réel succès.
Comme la plupart des établissements vendant de l'alcool, le Crash était pourvu de grilles solides et d'un bon système de sécurité. Il était étrange de se dire qu'après une catastrophe humaine et économique, les lieux de perdition étaient les premiers à se relever… Naturellement, les prix avaient fortement augmenté, mais cela ne décourageait pas le moins du monde les consommateurs. Logan avait dit que les lieux sociaux, où les liens humains se créaient, où les gens pouvaient se rassembler après un drame, quelque soit leur nature, faisait partie d'un besoin primaire de l'être humain. Tout le monde avait besoin d'une communauté. Pour certains, c'était une église, pour d'autres un café, pour d'autres une boîte de nuit…
Assise à une table au Crash, avec une bière au goût de pisse entre les mains, sur fond de musique qui lui tapait sur le système, Max essayait de se concentrer sur les conversations ennuyeuses et inintéressantes des autres convives. Elle essayait, vraiment. Mais, elle était en train de se demander comment elle faisait pour être amie avec plusieurs d'entre eux.
_ Regardez qui voilà ! s'exclama soudainement Sketchy.
Max n'osa pas se retourner, de peur d'être déçue et de voir arriver un autre "pote". Mais, ce fut bien la voix d'Alec qui lança un joyeux "Salut, les gars". Rien que le fait d'entendre sa voix directement, pas au téléphone, fit faire un bond au cœur de Max dans sa poitrine. Elle le regarda déposer un pichet de bière au centre de la table, comme hypnotisée. Il la frôla en faisant ça et les battements de son cœur firent tant de bruit dans ses oreilles qu'elle l'attendit à peine dire "Salut Maxie", accompagné d'un clin d'œil. Quelqu'un lui parla et il détourna la tête un instant. Max en profita pour inspirer un coup, mais l'odeur du X5 remonta jusqu'à ses cellules olfactives et lui grilla une partie du cerveau. C'était comme si plus rien n'existait en dehors de lui.
Ils se serrèrent tous pour que le X5 puisse prendre place avec eux. Lorsqu'il s'assit, ses jambes et celles de Max se trouvèrent en contact et Max aurait pu s'en évanouir de bonheur. Quelqu'un fit le service de bière et elle but une gorgée, par automatisme. Depuis l'arrivée du jeune homme, le breuvage semblait meilleur. Les conversations reprirent de façon animée, mais elle n'en écoutait aucune. La main droite d'Alec se posa sur sa cuisse et il lui sourit.
_ Salut, mon cœur, dit-il si bas qu'elle seule pouvait l'entendre.
_ Salut toi, répondit-elle en mêlant ses doigts à ceux du X5.
C'était fou à quel point un geste aussi simple lui avait manqué.
o0o0oOo0o0o
La soirée s'éternisa. Max serait sans doute partie des dizaines de fois si Alec n'avait pas été présent. Elle ne restait que pour être près de lui. Malgré tout, elle commença à réellement vouloir un peu plus que ça. Beaucoup plus en réalité. Alors que chacun semblait être dans sa conversation et qu'Alec observait leurs amis en silence, elle lui glissa rapidement un baiser dans le cou en lui pressa la main. Il tourna la tête vers elle pour la voir se lever et se diriger vers les toilettes. Certes, ce n'était pas très glamour, mais elle besoin de quelques instants d'intimité pour l'embrasser sans retenue. Tout leur entourage était à présent au courant pour leur relation mais, en public, ils échangeaient des gestes tendres, presque chastes. Là, elle avait besoin de l'embrasser avec ferveur pendant plusieurs minutes, tout en passant les doigts dans ses cheveux si doux.
En arrivant dans les toilettes aux murs tagués, face aux deux cabines vides, elle se demanda si Alec avait compris. Elle tourna la tête vers la gauche, vers son reflet dans le miroir au-dessus de l'unique lave-mains, à la recherche d'une réponse. Cependant, elle ne s'interrogea pas très longtemps. Quelques secondes après son arrivée, Alec ouvrit la porte, la referma derrière lui, la saisit par la taille et l'embrassa sans préambule. De toute évidence, et comme cela leur arrivait souvent, ils étaient dans le même état d'esprit.
Ils s'embrassèrent ainsi avec ferveur pendant plusieurs minutes jusqu'à être à bout de souffle. Ils s'arrêtèrent pour respirer ensemble, sans défaire leur étreinte. Ils étaient si proches que leurs souffles se mêlaient. Quelqu'un essaya d'ouvrir la porte principale des toilettes et, d'un geste rapide et brusque, Alec repoussa la porte à peine entrebâillée, puis Max poussa le loquet rapidement pour la clôturer. Aucun d'eux ne voulait être dérangé.
Alec la regarda avec tendresse en lui caressant lentement les épaules et le cou. Max aussi le regardait. Elle avait l'impression de le redécouvrir. Elle passait les mains sur son torse, pour être sûre qu'il soit bien là, avec elle, et pour être certaine de ne pas halluciner.
_ Tu m'as manqué, dit-il à voix basse.
_ Tu m'as manqué aussi, répondit-elle avant de l'embrasser de nouveau.
Après les premiers baisers de retrouvaille, ceux-là étaient déjà différents. Un autre type d'envie s'éveilla dans le corps de la jeune femme, qu'elle plaqua contre celui du X5. Leurs caresses n'étaient plus sur les hauts de leurs corps à présent.
_ Ça fait des jours qu'on ne s'est pas vu et tu m'accueilles avec un de tes fichus jeans serrés, râla Alec entre deux baisers. Je te déteste.
_ Je me déteste aussi pour ça, dit-elle.
Elle déboutonna elle-même son jean pour que les mains d'Alec puissent lui caresser la peau. Il ne s'en priva pas un instant. Comme on n'était jamais mieux servi que par soi-même, elle défit le jean du jeune homme pour pouvoir le caresser à sa guise, le faisant grogner de plaisir.
En vérité, tout ça, était une très mauvaise idée. Loin de les apaiser après des jours de séparation, ça ne faisait que leur donner envie l'un de l'autre. Alec se durcissait rapidement et son intimité la brûlait de désir.
_ Alec, je n'en peux plus, gémit-elle.
Sans lui répondre, il la fit tourner et elle se trouva face au miroir. Il lui baissa le pantalon jusqu'aux chevilles et lui appuya sur le dos pour qu'elle se penche en avant. Les mains sur sa taille, il entra en elle d'un coup, lui arrachant immédiatement un cri, couvert par la musique bruyante de l'autre côté de la porte. Avec empressement, il commença un va-et-vient particulièrement vigoureux. Difficile de dire si c'était à cause de la position, du manque, ou de l'entrain du X5, mais Max avait l'impression qu'il la traversait de part en part. Elle s'en délectait et gémissait de plaisir à chaque mouvement. Elle se cramponnait si fort au lavabo que les jointures de ses doigts en étaient blanches. Son cœur battait aussi fort dans sa poitrine que les basses du Crash résonnaient dans ses oreilles. Bientôt ses abdominaux devinrent durs. Elle essaya de le dire à Alec, mais ce fut un cri qui s'échappa d'elle car une des mains du jeune homme était venue lui stimuler le clitoris au moment où elle voulut parler. Elle se contracta et jouit sans pouvoir se retenir. La prise du jeune homme s'était raffermie. Elle n'était quasiment plus penchée en avant tant il le serrait fort. Elle se laissa totalement tomber en arrière et tourna la tête pour venir chercher un baiser en murmurant le nom de son amant. Il la tenait en lui encerclant la taille avec le bras gauche et sa main droite était apposée sur son cou pour l'aider dans ce baiser. La main gauche de la jeune femme tenait fermement le bras d'Alec et son autre main ne faisait qu'une avec les cheveux du X5. Ce fut un baiser à l'image de ce qui avait précédé : bref mais intense.
Ils se regardèrent un instant et les mouvements de bassin du jeune homme reprirent, la faisant gémir de nouveau. Alec la tenait toujours d'un bras à la taille et d'une main sur sa gorge. Elle essaya de garder le contact visuel, mais ce fut impossible dans cette position. Elle dut se résigner à le regarder par l'intermédiaire du miroir des toilettes. Elle le connaissait parfaitement. Il ne tarderait à jouir aussi. Le manque avait fait son œuvre. Leurs plaisirs étaient des impatients ce soir. Lorsqu'ils auraient été assouvis une première fois, ils pourraient durer plus longtemps. Comme souvent, sa respiration et ses gémissements se mêlaient les uns aux autres. Pour pouvoir profiter pleinement de la présence d'Alec en elle, elle utilisa sa main droite pour se stimuler elle-même le clitoris et elle recommença à se contracter rapidement. Elle s'agrippa au bras du X5 tant elle se sentait à nouveau perdre pied. La musique devait à présent couvrir le son de leurs deux vocalises. Juste au moment où il allait jouir, Max sentit le corps d'Alec se contracter, en particulier sa main droite qui se referma fortement autour du cou de la jeune femme. En pleine action et en pleine hyperventilation, elle fut surprise par ce manque d'air soudain. Le jeune homme jouit dans grondement puissant. Max, suite aux mouvements d'Alec et à sa présence chaude et pleine de désir qui se répandait en elle, et un peu grâce à ses propres stimulations, eut une jouissance d'une intensité incroyable pourtant, faute d'air au niveau de ses cordes vocales, elle jouit dans le silence le plus total. Durant les quelques secondes où elle fut privée d'oxygène, Max eut l'impression de ressentir les spasmes de jouissance du corps d'Alec comme s'ils étaient les siens. Ces légers à-coups musculaires semblaient résonner en elle et chacune de ses cellules semblaient s'entrechoquer. Elle entendait la respiration d'Alec près de son oreille et c'était comme si c'était lui qui respirait pour elle. Son sperme semblait plus chaud que jamais et semblait se répandre au-delà de son vagin pour réchauffer tout son corps. C'était si puissant que son vagin ne voulait pas se relâcher. Elle serra fort le bras d'Alec dans l'espoir de garder cette sensation en elle pour toujours.
Bien entendu, un muscle se relâche toujours au bout de quelques secondes. La main droite d'Alec se desserra et Max fut tout aussi surprise d'inspirer de nouveau que de manquer d'air. Ils ne détachèrent pas leurs corps immédiatement. Tous deux reprirent leurs esprits, les mains appuyées sur le bord du lavabo. Alec inspira profondément et initia un mouvement pour se retirer. Avec un réflexe surhumain, la main droite de la jeune femme retint X5.
_ Non, attends. Reste encore un peu, demanda-t-elle.
À présent, elle n'avait plus honte de dire ça. Elle lui avait dit ce qu'elle ressentait quand il jouissait en elle et le sentiment de complétude qui l'envahissait alors. Comme il était lui, avec tendresse, il approcha leurs corps et l'enlaça. Il l'embrassa dans le cou doucement avant d'y enfouir son visage et d'attendre. Elle leva les yeux dans vers le miroir et s'observa. Elle n'aurait jamais pensé que là, dans les toilettes du Crash, elle se sente si bien et si épanouie. Heureuse, elle se sourit à elle-même.
Bien sûr il y avait quelques petites choses à revoir. Elle aurait tant voulu pour le regarder pendant qu'il lui faisait l'amour. Elle se détestait vraiment d'avoir eu l'idée d'enfiler un jean avant de partir. La seule chose qu'elle voulait à présent, c'était rentrer chez eux et faire l'amour avec lui tout en pouvant le voir directement, pas à travers le reflet d'un miroir sale.
_ Alec, je veux qu'on rentre, dit-elle.
_ Oui, répondit-il. Je veux pouvoir t'embrasser et t'avoir nue dans mes bras. Pas juste comme ça.
Max sourit. Un jour, il faudrait qu'ils discutent de cette façon commune qu'ils avaient de penser. Mais, pas ce soir.
_ On doit dire au revoir aux autres d'abord, dit-elle.
_ S'il le faut…
Seattle, appartement d'Alec et Max, samedi 6 août 2022, 5h54
MAX
Lorsque Max se réveilla à l'aube. Elle se sentait enveloppée dans un cocon de bien-être. Très lentement, elle se tourna dans le lit pour faire face à Alec qui dormait toujours profondément. À présent, elle savait parfaitement doser ses gestes et connaissait les stimuli aptes à l'éveiller. Alors, sans avoir l'intention de le tirer du sommeil, elle lui passa la main dans les cheveux, par pur plaisir. Elle adorait faire ça. Elle adorait le regarder dormir. Elle aimait dessiner les contours de son corps et de son visage, du bout des doigts, tant elle le trouvait beau. Elle n'était pas certaine de connaître un mot pour décrire à quel point elle était heureuse qu'il soit enfin rentré. Elle aimait l'avoir auprès d'elle et elle l'aimait lui.
À cette dernière pensée, Max se redressa brusquement. Elle ne pouvait pas l'aimer. Elle ne devait pas. Ça ne faisait pas partie de la relation qu'elle avait avec lui. Alec soupira et elle sentit son souffle sur sa peau. C'était une sensation grisante. Prise de panique, elle se plaqua la main sur la bouche pour ne pas gémir. Elle le regardait et dans son cœur, il était évident qu'elle s'était attachée à lui plus que de raison. Bien sûr, c'était son meilleur ami. Mais, l'homme qu'elle voyait dormir devant elle n'était pas son meilleur ami… il était au-delà des mots.
Assise sur le lit, elle dut lutter pour détourner le regard et ne plus contempler cet être au combien magnifique. Elle se demandait quand est-ce que ça avait pu se produire. Après tout, ils ne faisaient rien d'autre que coucher ensemble. Non, elle, elle lui avait fait l'amour cette nuit. Elle en était sûre. Elle se revoyait se donner à lui comme elle ne l'avait pas fait auparavant. La façon dont elle l'avait embrassé… Depuis quand faisait-elle ça ? Au Crash, ça avait été du sexe… mais ça avait été aussi si intense. Est-ce que ça avait été plus que du sexe ?
Max ne voulait pas gâcher sa relation avec Alec. Surtout pas. Elle ne pouvait pas se le permettre. Il représentait trop de choses à ses yeux. Ça lui faisait peur. Si peur que des larmes commençaient à lui monter aux yeux. Par réflexe, elle retira la main de sa bouche et se servit de son avant-bras pour essuyer ses petites larmes. Et, elle comprit. Par ce geste, son nez se frotta à son propre bras, mais ce fut l'odeur d'Alec qu'elle sentit. Le problème était là. Elle devait sans doute passer trop de temps avec lui. Le X5 lui avait expliqué les histoires d'odeurs partagées entre deux amants. Elle sentait Alec. Il était vrai que, chaque fois qu'elle avait perdu pied par passion pour le jeune homme, elle avait été dans ses bras, inondée par ses odeurs et par sa présence. Elle avait peut-être simplement trop Alec dans la peau.
Toutes les femmes le trouvaient attirant. Cela avait été un mensonge de dire que ça n'avait jamais été son cas. Alec était ainsi fait. Il avait été conçu, entre autres choses, pour être charmant. Et, malgré toutes les horreurs, il fallait bien reconnaître que les scientifiques de Manticore étaient des génies et savaient ce qu'ils faisaient. Alors, elle fut rassurée. Ce n'était pas de l'amour qu'elle éprouvait pour Alec. Ce qu'elle ressentait, cela s'appelait Manticore. Et, c'était un peu contrariant. Ce n'était de la faute du X5, mais Max faisait toujours en sorte que son ancien "patrie" ne dirige pas sa vie actuelle. Elle devait juste apprendre à passer moins de temps avec Alec. Peut-être devait-elle voir quelqu'un d'autre en même temps ? Après tout, les hommes faisaient ça en permanence alors, pourquoi pas elle ? Le problème, c'était qu'elle était certaine qu'aucun homme ne serait capable de lui donner autant de plaisir que lui. Aucun ne pourrait la compléter comme il le faisait. Ou bien, peut-être fallait-il faire ce que Cindy lui avait conseillé il y a des années : séparer le cœur et le corps. Le sexe avec Alec et le cœur avec un homme qu'elle aimerait. Mais, on pourrait la croire infidèle dans ce cas. Et puis, on ne pouvait pas aimer sur commande à l'inverse d'une coucherie…
Elle se sentait perdue…
Après plusieurs minutes de réflexion, elle se dit qu'il fallait déjà commencer par prendre un peu de distance avec Alec. Vu son niveau manifeste de dépendance charnelle, il fallait commencer doucement. Elle irait prendre sa douche, en se frottant à fond pour retirer au maximum l'odeur d'Alec sur la couche superficielle de sa peau, puis elle prendrait l'habitude d'utiliser ses propres habits, même pour traîner à l'appartement ou pour dormir. Elle pourrait aussi faire chambre à part : ils coucheraient ensemble dans la chambre du jeune homme, il y dormirait et elle passerait la nuit ailleurs. Alec pourrait ainsi se reposer davantage, et ce serait mieux pour sa santé, et elle pourrait faire quelque de productif, sans savoir quoi encore, de la nuit. Manticore l'avait dotée d'ADN de requin et elle ne l'optimisait plus depuis qu'elle avait pris l'habitude de contempler Alec. Oui, c'était un bon début.
Elle se leva sans réveiller Alec, bien déterminée à commencer son "programme" de distanciation dès le jour même, et prit la direction de la salle de bain. En franchissant la porte de la chambre dans son plus simple appareil, elle se trouva face à un carnage : l'appartement était sans dessus-dessous. Il y avait des habits et des morceaux d'habits par terre, les chaises avaient été renversées et la table avait été brisée. Elle se rappela vaguement que le retour avait été long. Trop long pour deux X5 dépendants l'un à l'autre. Ils avaient recommencé à s'embrasser dans l'ascenseur et avaient commencé à retirer leurs vêtements juste après avoir franchi la porte d'entrée de leur appartement. Ils avaient couché ensemble contre le dossier du canapé, presque comme dans les toilettes du Crash, debout mais face-à-face, seulement débarrassés de leurs pantalons et de leurs chaussures, puis ils avaient couché ensemble sur la table à manger. Elle n'avait jamais été d'excellente qualité et avait cédé sous l'entrain de deux machines de guerre génétiquement modifiées. Max se souvenait effectivement de la douleur lorsque son dos s'était retrouvé au sol, avec des débris de table en bois aggloméré contre la peau. Elle se souvenait qu'Alec l'avait soulevé et qu'ils avaient fini ce passage-là contre l'étroite bande murale entre les deux chambres. Avant de finir définitivement dans la chambre d'Alec où elle avait perdu le compte de leurs ébats.
Totalement nue, elle ne pouvait pas y faire grand-chose. Elle alla d'abord prendre une bonne douche et se savonna avec ardeur, sans oublier de se faire un shampoing. Elle se sécha avec une serviette propre puis, elle se brossa les dents, toujours dans la même optique. Du plat de la main, elle essuya la buée sur le miroir. Elle s'y regarda et s'y trouva belle. Bien sûr elle était une belle femme. Manticore l'avait faite ainsi. Mais, elle n'avait jamais été vaniteuse. Pourtant, là, elle se trouvait jolie. Elle avait une bonne mine. Elle était légèrement souriante sans le vouloir et ses joues étaient naturellement rosées. Elle leva la main gauche pour écarter une mèche de cheveux humide de son front et vit avec horreur qu'il lui manquait un élément dont elle ne se séparait jamais : le bracelet brésilien qu'Alec avait fait et qu'il avait noué à son poignet. Elle regarda autour d'elle et ne vit rien. Toujours nue, mais douchée cette fois, elle sortit de la salle de bain et observa la pièce principale et rechercha son bracelet du regard. Au bout de plusieurs minutes, elle se dit qu'elle aurait plus de chance en rangeant. Elle alla dans sa chambre et s'habilla avec ses propres habits et enfila une veste de jogging à manches longues pour couvrir ses poignets. C'était l'avantage de vivre en Seattle en plein été : les températures étaient fraîches le matin. Elle commença ensuite son travail attentif de nettoyage de la pièce principale. Les habits et morceaux habits lui donnaient régulièrement des frissons en lui rappelant l'histoire de la veille, mais son inquiétude pour la perte de son bracelet, son cadeau préféré d'Alec, était plus forte.
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Après un temps indéterminé, la pièce était vidée de ses débris. Mais, du bracelet, aucune nouvelle. Max essaya de se souvenir de la dernière fois qu'elle l'avait vu à son poignet quand les bras d'Alec virent entourer sa taille. Le X5 la serra contre lui et lui glissa un baiser dans le cou en lui murmurant un petit "bonjour". Elle posa la sac poubelle qu'elle tenait et se tourna pour lui faire face. En même temps, elle essaya de mettre un peu de distance entre eux, plus par honte d'avoir perdu le bracelet, que pour suivre son plan de lutte contre son addiction au jeune homme.
_ Salut, dit-elle.
Torse nu, et simplement vêtu d'un pantalon de sport, sous lequel elle savait qu'il ne portait rien vu les formes qu'elle voyait, il avait encore l'odeur de la veille. Autant dire que, pour la junkie qu'elle était, il était terrible, dans tous les sens du terme. Il se pencha pour recevoir un baiser, qu'elle lui donna timidement.
_ Ça va ? demanda-t-il en percevant son manque d'enthousiasme.
_ Oui, oui. Je réfléchissais à moitié en essayant de nettoyer sans faire de bruit pour ne pas te réveiller.
_ Tu aurais dû me réveiller, dit-il. Il n'a aucune raison pour que tu ramasses notre bordel toute seule.
Elle haussa les épaules.
_ Tu sais ce que j'ai trouvé dans le lit au lieu de ma copine en me réveillant ? demanda-t-il.
_ Un vide, répondit-elle.
Alec sortit alors le bracelet brésilien de sa poche et Max poussa un cri de joie en le récupérant.
_ Oh ! J'étais en train de le chercher partout ! s'exclama-t-elle.
_ Tu vois, tu aurais dû me réveiller.
_ Merci Alec, dit-elle en l'embrassant avec plus de conviction.
La jeune femme observa le cordon en tissu. Le nœud de "l'apocalypse" tenait toujours, mais le bracelet lui-même avait fini par s'user et il s'était rompu. Elle le remit sur son poignet pour voir comment elle pourrait faire pour le réattacher.
_ Qu'est-ce que tu fais ? demanda Alec.
_ Je regarde pour me le remettre.
_ T'avais pas fait un vœu ?
_ Si.
_ Il s'est réalisé ? demanda-t-il.
Max leva les yeux vers Alec et le dévisagea. Elle avait souhaité un truc bête à l'époque. Bête, mais tout simple. Elle voulait trouver le bonheur et être heureuse. Ni plus, ni moins.
_ Je me suis rencardé depuis le jour où je te l'ai donné, reprit Alec. Si ton bracelet s'est détaché tout seul et que ton vœu s'est réalisé, il ne faut surtout pas le nouer de nouveau, sinon tu annules tout. Par contre, tu dois le garder précieusement pour faire durer ton vœu dans le temps.
Max était du genre à être cartésienne, mais elle se demanda vraiment qu'elle était la force du vœu d'un bracelet brésilien. Lorsqu'il avait tissé le bracelet, Alec l'avait fait sans autre but qu'un cours avec des enfants, il ne l'avait noué au poignet de Max, sans sa permission, que parce qu'il ne savait pas quoi en faire et pour la taquiner. De son côté, Max avait fait un vœu, sans y croire, en se disant que ça ne pouvait pas faire de mal.
Elle porta le bracelet à ses lèvres et l'embrassa, bien décidé à le garder jusqu'à la fin de ses jours.
Elle dit à Alec d'aller prendre sa douche pendant qu'elle préparerait le petit-déjeuner avant leur départ pour le Comité de Direction.
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La réunion se déroula sans fait notable. Alec détailla son périple jusqu'en Arizona. Il avait été accompagné de la jolie X5 Kade, à la loyauté sans faille pour le dirigeant de Terminal City, et de l'intelligentissime Encéphale, capable de prévoir les réactions d'Alec à défaut de prévoir celles d'un Devon potentiellement dangereux. Les informations fournies par Lydecker en amont de la mission avaient été très utiles. Le X5 fanatique n'avait pas été aperçu et la base du Phoenix Project n'avait pas montré la moindre trace d'une visite récente. Si le clone de Krit venait à s'y rendre, il y trouverait un message l'exhortant à prendre contact par téléphone avec Alec, ainsi que des vivres et un nécessaire de survie. Lydecker, étant aussi un contact possible du X5, s'engagea à faire part de toutes informations qu'il pourrait obtenir.
En fin de réunion, tous se dispersèrent. Max traîna Alec par la main jusqu'à son bureau, juste pour pouvoir l'embrasser. Elle n'avait pas tenu bien longtemps avec sa nouvelle résolution… Peut-être y songera-t-elle un autre jour.
_ Dis-moi… commença-t-elle.
_ Moi, coupa Alec, en la faisant rire.
_ Toi, dit-elle en lui déposant un petit baiser sur les lèvres. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais Walter, le petit-ami de Kendra, est en formation. Du coup, avec Cindy, on passe beaucoup de temps avec Kendra pour la divertir. J'ai plus ou moins perdu un pari avec Original Cindy et je dois déjeuner avec les filles, faire les boutiques tout l'après-midi et faire une soirée films romantiques…
Alec ria franchement.
_ Max Guevara, prise au piège d'un après-midi entre filles, dit-il la main sur le cœur.
_ Peut-être que si un certain garçon se proposait pour…
_ D'accord, dit Alec.
_ Tu ne sais pas ce que je vais dire.
_ J'aime tout ce qui vient de toi.
_ Attends avant de dire oui.
_ Bon… je veux bien faire semblant d'écouter. Mais j'ai déjà dit oui, ajouta-t-il en chuchotant.
_ J'allais que si quelqu'un se proposait pour nous escorter en voiture, porter les sacs de fringues, car il y en a deux qui se feront plaisir, et supporter plusieurs films à l'eau de rose, je pourrais me montrer particulièrement reconnaissante ce soir.
_ J'ai déjà dit oui, répondit le jeune homme. Et, j'aurais répondu oui, même sans la contrepartie. Tant que je peux passer du temps avec toi, ça me va, dit-il.
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Malgré le rationnement en essence, Max avait réussi à négocier les prêts d'un véhicule de Terminal City pour elle et ses amies. Pour distraire Kendra, Cindy et elle avaient décidé de l'emmener faire les boutiques au nord de Seattle, dans les quartiers huppés. Alec, en petit-ami parfait, fut le conducteur attitré de ses dames. Il les invita même dans un restaurant plus cher que ce que Cindy et Max avaient prévu à la base, près du Green Lake.
Dans les allées d'un grand magasin, Alec décida de les attendre à l'entrée pour les laisser papoter entre filles. Max ne savait pas si c'était vrai ou s'il voulait souffler un peu. Les deux options étaient plausibles. Original Cindy et Kendra parlaient librement de vêtements, de matières, de tissus, de styles, de coupes… Max comprenait à peine le tiers de ce qu'elles disaient. Kendra étant Kendra, elles se retrouvèrent devant les cabines d'essayage entre la lingerie fine et la collection d'été femme. Max regardait un peu autour d'elle. Elle n'avait jamais été une fille à fringues. Pour elle, un vêtement était et se devait avant tout d'être fonctionnel. Mais, depuis Alec, il était vrai qu'elle faisait un peu plus attention à ce qu'elle portait. Bien entendu, elle adorait lui prendre des habits. Mais, elle aimait bien aussi le voir la déshabiller du regard. L'avantage d'être une cambrioleuse accomplie était qu'elle avait des finances larges. De base, elle avait pris son argent pour pouvoir offrir des choses à ses deux amies. Mais elle se dit qu'elle pouvait aussi se laisser tenter.
Alors que Kendra essayait une énième tenue sous l'œil critique d'Original Cindy, Max l'éloigna discrètement. Elle commença par la lingerie. Elle prit un des petits paniers qui étaient çà-et-là et fureta dans les allées. Sa collection de sous-vêtements étant proche des abysses sur l'échelle du sexy, d'après Alec, ce fut très facile et rapide de sélectionner de nouveaux ensembles. En plus, elle avait noté qu'elle commençait à se sentir un peu à l'étroit dans ses brassières de sport. Cela venait sans doute d'Alec. Il lui avait appris à accepter davantage son corps et à le mettre en valeur. Une brassière serrée qui maintenait sa poitrine en était devenue agaçant à la longue. Au point qu'elle avait régulièrement pris l'habitude de ne plus porter de soutien-gorge de sport ou de brassière sous ses vêtements. Ça et le fait qu'elle adorait qu'Alec ait les mains baladeuses.
La jeune femme connaissait parfaitement les goûts du X5 et ses couleurs préférées. Elle, elle avait l'habitude du noir. Mais, elle prit aussi du blanc et un ensemble rouge, pour voir la réaction du jeune homme. Elle en sourit d'avance. En revanche, elle eut l'impression de redécouvrir la taille de ses seins. À force de les contenir en permanence dans des sous-vêtements sportifs et pratiques, elle en avait oublié leur volume. Mais, bon, c'était l'avantage de l'essayage.
Guillerette, elle se dirigea ensuite vers la collection des vêtements pour femmes. Ce fut plus compliqué. Il y avait beaucoup de choix. Pour elle, elle choisit surtout des hauts plus longs sur le ventre. Les dernières runes, celles qui étaient apparues pendant leur week-end d'anniversaire de rencontre, ne voulaient pas disparaître d'elles-mêmes. Max dut se résoudre à mieux les cacher. Après, ses goûts, et ceux d'Alec, ne changeaient pas vraiment. Un peu de nouveauté serait simplement amusant. Sans parler du fait que, lorsqu'ils étaient en frénésie sexuelle, c'était les vêtements les premières victimes. Donc, c'était aussi nécessaire. Du coin de l'œil, Max aperçut des robes. Ce n'était pas trop son truc. Mais, elle aimait bien sa robe jaune, celle qu'elle avait acheté à Santa Monica, lorsqu'elle était partie en vacances avec Alec. Et, elle se rappelait aussi leurs frustrations mutuelles lors de leurs retrouvailles au Crash après six jours de séparation. Avec une robe ou une jupe, ils pourraient avoir des séances charnelles inopinées plus souvent et plus facilement. Max passa beaucoup de temps à choisir des robes et des jupes. Pour les premières, pas besoin de haut. Pour les secondes, il fallait un ou plusieurs hauts coordonnées, mais elles offraient une plus grande variété de tenues du coup. Il y avait même des jupes en cuir, comme ses pantalons de motos, mais en jupe… Elle trouva ça super. Elle se chargea les bras et retourna aux cabines d'essayage. Elle était assez fière d'elle : elle n'y connaissait rien, mais tous ce qu'elle avait choisi lui allait. Elle hésita à devoir reposer des choses. Puis, elle décida de tout prendre. Après tout, ça n'arrivait pas souvent qu'elle s'achète des habits. Elle alla chercher un autre panier et commença à plier ses futurs achats.
D'un coup, elle eut une drôle de sensation. Cette sensation d'être observée, en silence. Elle leva la tête de ses paniers et vit Kendra et Original Cindy qui l'observaient.
_ Vous m'avez fait peur, les filles, dit-elle.
_ Tu as vu ? dit Kendra à Cindy. Elle a arrêté de fredonner et elle parle.
_ Original Cindy voit et attend. Elle n'en revient pas.
_ Quoi ? fit Max.
_ Il était bien ton nuage ? demanda Kendra.
_ Quel nuage ? De quoi tu parles ?
_ Bah, tu étais sur un petit nuage depuis tout à l'heure, dit Kendra. Tu te baladais, le sourire aux lèvres, en fredonnant.
_ N'importe quoi ! dit Max.
_ C'est vrai, dit Cindy. Elle n'a pas fredonné tout du long, elle s'est aussi parlé à elle-même.
_ Exact, confirma Kendra. "Mais, si je prends ça, il me faut du bleu aussi", mima-t-elle.
_ "Ah, non ! Pas cette texture, il ne va pas aimer", mima Cindy.
_ "C'est quoi ce motif ? On dirait des virgule".
_ "Comment ça s'enfile ?"
_ "Il me faut de nouvelles chaussures peut-être ?"
_ Bref, on était en train de se demander si notre copine s'était cognée la tête pour être en train de se transformer en fille, dit Original Cindy.
_ Ou si elle avait été remplacée par un extraterrestre, dit Kendra.
Max regarda autour d'elle, gênée. Elle se souvenait vaguement avoir prononcée les phrases répétées par ses amies, mais elle ne se souvenait pas les avoir aperçues. Elle les avait cru aux niveaux des cabines d'essayages tout du long. Et, elle était certaine de ne pas avoir fredonné.
_ Me regardez pas comme ça, c'est… gênant, dit Max.
_ Au moins, elle a fini par redevenir elle-même, dit Original Cindy.
_ Quel dommage, dit Kendra.
_ Moi, je dis qu'il était temps. Original Cindy doit aller soulager sa vessie. On peut aller à la caisse maintenant ?
_ Déjà ? dit Max. Tu y es allée en sortant du resto.
_ Max, ça fait combien de temps qu'on est là ? demanda Kendra.
_ Euh… une bonne heure, je dirai. Tu mets toujours du temps pour essayer des trucs, répondit Max.
Kendra et Original Cindy échangèrent un regard.
_ Ça fait plus de trois heures qu'on est là, dit Cindy.
_ Et oui, moi, j'avais fini en à peu près une heure, dit Kendra. Pas toi…
Max se sentit rougir jusqu'à la racine des cheveux.
Les trois femmes se dirigèrent jusqu'aux caisses. Original Cindy avait été raisonnable, Kendra s'était fait plaisir, mais Max… elle n'avait jamais acheté autant de vêtements. Elle venait littéralement de doubler sa garde-robe quotidienne. Les vendeuses lui parlaient avec sympathie et elle reçut un bon d'achat pour sa prochaine visite dans le magasin. Bon d'achat d'une valeur de 3% du montant qu'elle venait de dépenser.
En se dirigeant vers la sortie, sous les taquineries de ses amies, elle entendit le rire d'Alec et se figea.
_ S'il est en train de draguer une minette, je l'écorche vif, dit-elle avant d'accélérer le pas.
Ses amies sur ses talons, elle arriva à l'entrée du magasin. Alec était accoudé au comptoir de l'agent de sécurité, une tasse de café à la main, et était en train de plaisanter avec le vigile. Le gardien, voyant le jeune homme patienter dans le hall du magasin, lui avait offert un café et ils avaient sympathisé. Le X5 salua son nouvel ami et se montra galant envers les trois amies en portant leurs courses jusqu'à la voiture.
Seattle, appartement de Walter et Kendra, samedi 6 août 2022, 21h24
ORIGINAL CINDY
En quittant les quartiers nord, le groupe d'amis avait pris un repas à emporter pour pouvoir dîner devant les films. Original Cindy devait dormir sur place pour tenir compagnie à Kendra et parce qu'elle craignait toujours de retourner vivre seule au septième étage de son appartement du Secteur 5. Elle et Kendra avaient demandé à Alec de porter leurs emplettes jusque dans l'appartement de Kendra. Le jeune homme s'était exécuté. En prenant les sacs et en voyant ceux qui restaient dans la voiture, ceux de Max, il s'était étonné, mais n'avait pas cherché à en savoir davantage.
Original Cindy avait beaucoup observé sa Boo tout au long de l'après-midi. Il était indéniable qu'elle était devenue une autre femme depuis qu'elle fréquentait Alec, mais depuis qu'ils n'avaient plus à cacher leur relation, c'était comme si elle s'était ouverte au monde. Et c'était sans parler de sa part de féminité qui s'exprimait enfin au grand jour. Sans Alec, ces derniers jours, elle avait été absolument horrible. Mettant les nerfs de tout le monde à rude épreuve. Et là, c'était la plus jolie et la plus épanouie jeune femme de tout Seattle, toute souriante. Parfois rougissante, lorsqu'Alec la regardait avec trop d'intensité ou qu'il lui susurrait quelque chose à l'oreille. Elle riait aussi beaucoup. Surtout aux pitreries de son petit-ami. De façon générale, cela se voyait qu'elle était heureuse. Depuis qu'elles se connaissaient, Original Cindy ne l'avait jamais vu ainsi. Elle était pleine d'énergie et d'entrain pour tout. Elle était pétillante et magnifique. Littéralement. Max avait toujours été belle, mais il y avait un petit quelque chose de différent en elle depuis quelques temps. Son teint était frais et ses joues rosées, alors qu'elle ne se maquillait pas. Ses cheveux semblaient à la fois forts et légers, brillants et soyeux. Elle était devenue difficile à décrire. C'était comme si elle rayonnait de vie d'une manière irréelle. C'était incroyable de se dire que l'amour et le bonheur pouvaient avoir un tel effet sur une femme. Alec, de son côté, avait toujours été la définition de la beauté. Même aux yeux d'une lesbienne. À l'extérieur, il n'y avait rien à redire. Mais, dedans, il était brisé depuis longtemps. Depuis qu'il pouvait donner libre court à son affection en public et durant l'après-midi, le jeune homme avait été vraiment aux petits soins pour sa belle. Cherchant à anticiper le moindre de ses désirs. La couvrant de petites attentions à longueur de journée. Alec avait souvent l'air heureux. Avec l'expérience, Cindy avait appris à faire la différence avec son bonheur de façade, qui était son quotidien d'avant, et son vrai bonheur. Lorsqu'il était vraiment heureux, comme maintenant, il ne le montrait pas de façon ostensible. Il était presque pudique. Regardant avec tendresse la femme de sa vie, en silence, avec un léger sourire doux sur les lèvres. Le "vrai" bonheur d'Alec était discret. Physiquement, il demeurait le même.
Ils s'installèrent sur le canapé en se serrant les uns contre les autres tout en dînant. D'un côté à l'autre, il y avait Max, puis Alec à sa droite, puis Cindy, et enfin Kendra. Pour leur soirée, Kendra avait choisi trois vieux films romantiques, ses préférés : Pretty Woman, Dirty Dancing et An Officer and a Gentleman. Sans surprise, le couple de X5 n'en connaissait aucun : l'un ayant été enfermé dans un laboratoire de psychopathes, l'autre ayant été libre mais avec un rejet de sa part féminine.
Après presqu'une heure de devant Pretty Woman, les deux personnages principaux étaient en train de prendre un bain ensemble. L'actrice prit la parole : « est-ce que je vous ai dit que, de ma hanche à la pointe de mon orteil, ma jambe mesure un mètre dix. Ce qui fait que vous avez environ deux mètres vingt de traitement intensif qui vous enveloppe d'affection et vous soigne pour la modique somme… »
_ Sympa, les jambes, commenta Alec.
_ La ferme, crétin, fit Max
Alec se pencha, détailla les jambes de Max, fit une moue boudeuse et se réinstalla au fond du canapé.
_ C'était quoi ça ? fit Max.
_ J'ai rien dit, répondit Alec.
_ Chut, fit Kendra.
Max fit une grimace à Kendra et se vautra à côté d'Alec. Bien qu'ils l'aient fait discrètement, les deux X5 se chamaillèrent à côté d'Original Cindy. Elle avait appris que les transgéniques avaient la capacité de parler si bas que les humains ordinaires ne pouvaient pas entendre, alors qu'ils pouvaient parfaitement se comprendre entre eux. Finalement, ils durent trouver un terrain d'entente, car ils arrêtèrent de gigoter.
Le film se termina et Kendra se leva pour changer de cassette VHS. Debout, près de la télévision, elle marqua un temps d'arrêt en se retournant vers le canapé.
_ Quoi ? demanda Original Cindy.
Avant que Kendra n'ait pu répondre ou qu'elle ait pu parler davantage, Alec posa un doigt sur ses lèvres. Kendra sourit pendant que Cindy se redressait à son tour. Max, lovée contre le flanc de son petit-ami, dormait à poings fermés.
_ Je crois bien que c'est la première fois que je la vois dormir, chuchota Kendra, avec douceur.
Original Cindy prit un instant de réflexion. Hors blessure grave, comme lorsque Max s'était faite tirer dessus et qu'elle avait dû s'enfuir de l'hôpital Harbor Light, elle non plus n'avait jamais vu sa meilleure amie dormir. Elle avait l'air en paix. Soudainement, Cindy se souvint d'un petit détail. Max lui avait dit qu'elle ne dormait jamais car elle avait de l'ADN de requin en elle. Qu'elle dorme en cas de blessure, pourquoi pas, mais là… Peut-être qu'elle n'allait pas si bien que ça et que sa meilleure amie n'était pas au courant.
_ Alec, commença-t-elle tout bas, c'est normal qu'elle dorme ? Je croyais que ça ne lui arrivait jamais lorsqu'elle était en bonne santé.
_ En fait, elle n'a pas les mêmes besoins physiologiques que nous, mais elle dort quand même un peu. Après, il lui arrive de dormir par plaisir ou parce qu'elle est bien et qu'elle se laisse aller. Elle a beaucoup travaillé dernièrement. Et, si elle s'endort là, c'est qu'elle se sent totalement en sécurité. Ça me va bien.
D'un geste tendre, Alec lui retira une mèche de cheveux du visage et la glissa derrière son oreille. Max soupira, se frotta le nez contre Alec et cessa à nouveau de bouger.
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Max demeura endormie tout le reste de la soirée. Alec veilla discrètement sur la jeune femme tout en faisant la conversation à ses amies. Lorsque le troisième film se termina, le jeune homme réveilla tendrement la X5. De toute évidence, l'intégralité du cerveau de la jeune femme ne se mit pas en route car elle resta dans un petit brouillard ensommeillé. Pour le coup, c'était dans cet état que Cindy ne l'avait jamais vu. Alec décida qu'il était temps de rentrer et les deux transgéniques quittèrent l'appartement.
Kendra alla à la fenêtre pour les voir partir et les saluer. Original Cindy fit de même. Avec galanterie, Alec ouvrit la portière à Max et l'aider à monter dans le véhicule, avec un baise-main. Il fit un signe de la main aux deux femmes et monta à son tour dans la voiture, qui ne tarda pas à démarrer.
Kendra et Cindy commencèrent à ranger l'appartement un peu avant d'aller se mettre au lit.
_ Finalement, ce n'est pas du tout que pour le sexe entre eux, dit soudainement Kendra.
_ C'est évident, dit Cindy. Max a enfin trouvé quelqu'un pour elle. Mais je ne crois pas qu'elle s'en rende compte.
_ Inconsciemment, c'est déjà le cas. Depuis qu'on la connaît, elle n'a jamais été comme ça avec quelqu'un. Franchement, tu as vu comment elle est ?
_ C'est sûr qu'elle est plus heureuse que jamais. Mais, elle refuse de l'admettre. Tu as vu comme elle s'est vite braquée quand on a commencé à la charrier lorsqu'elle est sortie des cabines d'essayage ?
_ Ça lui passera. Elle est juste timide. Mais, qui aurait cru que ce serait avec Alec ?
_ Original Cindy ne trouve pas ça étonnant. Il y a toujours eu un truc entre eux.
_ L'astrologie, répondit Kendra.
_ Tu développes ?
_ Max m'a dit qu'ils avaient découverts certaines de leurs vraies dates de naissance.
_ Oui, j'ai entendu Alec et Normal en parler l'autre jour. Il a fallu mettre à jour les fichiers du personnel de Jam Pony. Alec est né le 1ier mars 1999 et Max, le 28 avril 2000.
_ C'est ça. Une fois, en discutant avec Logan, j'ai découvert qu'il était né le jour des Vétérans, le 11 novembre.
_ Au cas où ça t'aurait échappé, je ne te suis toujours pas.
_ Max est Taureau et Logan est Scorpion. Ce sont des caractères très fort qui peuvent avoir du mal à s'entendre.
_ Laisse-moi deviner, les gens nés le premier mars…
_ Des Poissons.
_ S'entendent bien avec les Taureaux ?
_ Plus que ça. Ils sont fusionnels ! dit Kendra avec enthousiasme. J'adore cette science.
_ Original Cindy n'est pas certaine que le mot "science" soit adapté, mais pourquoi pas.
_ Dis-moi plutôt, pourquoi Max continue de dire qu'il n'y a que du sexe entre eux. Je veux dire… ça crève les yeux qu'ils s'aiment !
_ Tu prêches une convertie.
_ Elle t'a dit un truc que je ne sais pas ?
_ En vérité, l'idée de la relation purement sexuelle vient d'Original Cindy.
_ Pourquoi tu lui as dit un truc pareil ? Tu sais bien que Max peut être… naïve sur certains sujets. Genre les trucs de couple. Maintenant qu'elle a cette idée en tête, c'est foutu ! C'est un Taureau. Elle est têtue et bornée.
_ Original Cindy avait une bonne raison et cette histoire de plan cul ne durera plus très longtemps, crois-moi.
_ À ton tour de développer.
_ Après sa rupture avec Logan, Max voulait faire une croix sur les histoires de cœur. Totalement. Et elle voyait Alec comme son intouchable meilleur ami avec lequel elle ne pouvait être rien d'autre qu'amie. Et surtout, de peur de tout faire foirer, elle ne voulait pas d'une histoire de cœur avec lui.
_ Mais, ça marche entre eux.
_ Tu l'as dit. De son côté, Alec faisait le beau et draguait toutes les nanas sauf celle qui l'intéressait vraiment : Max. Il joue les durs mais, dans le fond, il manque de confiance en lui. Et surtout, il a un respect démesuré pour Max. À ses yeux, Max était trop bien pour lui. Jamais il n'aurait essayé de se lancer volontairement vers elle. Lui aussi, il est têtu et borné. Si Original Cindy n'avait rien fait, dans vingt ans, ils auraient été au même stade. Lui, draguant et fréquentant des nanas pour des histoires sans lendemain. Elle, se voilant la face, à la recherche de l'homme idéal, fréquentant des toquards ou des types incapables de s'accorder avec elle. Les éternelles meilleurs amis, loyaux l'un envers l'autre, éternellement tristes et mal dans leurs peaux parce qu'ils n'ont jamais franchi le pas ensemble.
_ Tu as raison…
_ Original Cindy ne pouvait pas influencer Alec. Même pour elle, il est trop insaisissable. Mais Max… Petit à petit, j'ai glissé cette idée dans sa tête. On pourra dire de moi que je suis une manipulatrice. Mais, je l'ai fait pour le bonheur de mes amis.
_ Rassures-toi, je te comprends et je ne révélerai rien. Mais, maintenant ils sont bloqués au stade soi-disant relation sexuelle.
_ Non, c'est juste une vue de l'esprit de Max. Tu l'as dit, ils s'aiment. Personne ne peut en douter.
_ Sauf que, pendant ce temps, il y a un risque que l'un aille voir ailleurs et que l'autre soit blessé parce que, justement, ils s'aiment.
_ Kendra, on les connaît tous les deux. Le seul susceptible d'aller voir ailleurs, c'est Alec. Mais, des deux, c'est clairement le plus amoureux. Je crois qu'il aime Max depuis des lustres.
_ C'est vrai qu'il s'est toujours mis en quatre pour satisfaire le moindre de ses désirs, même quand elle était chiante avec lui.
_ Exact. À présent qu'ils sont officiellement ensemble, il ne fera rien de stupide. Et Max, on la connaît aussi. Elle est trop honnête dans sa tête pour fricoter avec un autre gars. Elle ne supporte pas l'infidélité. Et, même avec cette histoire de plan cul… Tu l'as vu s'intéresser à un autre gars ?
_ Non. Elle a même vrillé en un quart de seconde au magasin, en entendant Alec rire, croyant qu'il draguait une fille.
_ Exactement ! Elle est hyper jalouse et possessive. Mourir de jalousie, c'est mourir d'amour aussi.
_ Et, tu comptes sur quoi pour qu'ils passent à autre chose ?
_ Sur une phrase. Une toute petite phrase qui contient sept lettres.
_ Oh ! s'exclama Kendra.
_ Si Max l'entend, Original Cindy est certaine que tout se déverrouillera dans sa petite tête.
_ Tu crois que c'est possible ? Tu crois qu'Alec est le genre de gars à le dire ?
_ À elle ? Je n'en ai aucun doute.
_ Mais quand ?
_ À mon avis, c'est pour bientôt.
_ Vraiment ?
_ Ils sont malades s'ils doivent se séparer et ne se sentent bien que lorsqu'ils sont ensemble. Être ensemble est en train devenir un besoin aussi vital que respirer pour eux. Alec s'y connaît plus en survie que Max. Je pense qu'il sait déjà ce qu'il doit savoir. Il lui faut juste le bon moment.
_ On organise une autre soirée romantique pour laquelle on sera étrangement absente l'une et l'autre ?
_ Non, ça, ça ne marchera pas. Faut que ce soit spontané chez Alec, pas programmé. Mais, je le sens mûr.
_ À point, même, ajouta Kendra en souriant.
_ Qui sait, ce sera peut-être fait d'ici le matin ?
_ Aaaah ! fit Kendra au comble de l'excitation. Ça vaut tous les films romantiques du monde !
_ Tout ce qu'il faut, c'est que rien de débile de vienne perturber Alec : pas de Manticore, pas de gouvernement, pas de prise d'otage, pas de complot…
_ Non, dit la jeune femme blonde. C'est derrière eux tout ça.
État de Virginie, Pentagone, salle de réunion confidentielle, dimanche 7 août 2022, heure confidentielle
IDENTITÉ : confidentielle
_ Au rapport, dit-il en se mettant au garde-à-vous.
_ Repos, répondit le Général face à lui.
Il s'exécuta.
_ Soldat, voici votre ordre de mission et les éléments que vous avez besoin de connaître. Mémorisez-les et rendez-les-moi.
Il prit le dossier qu'on lui tendait et s'exécuta. Il avait à présent connaissance de son objectif de mission. La stratégie était laissée à son libre jugement tant que le but était atteint. Temps de réalisation non défini, donc aussi court que possible. Contact radio ponctuel à sa seule initiative, mais il connaissait parfaitement les non-dits qu'impliquaient une telle consigne. Pas d'exfiltration possible. Il avait été fait pour ce type de mission et n'avait jamais échoué depuis son enfance. Ses cibles chutaient toujours, ses proies n'en sortaient jamais indemnes et ses victimes ne s'en relevaient pas.
_ Reçu, dit-il en rendant les documents à l'officier devant, qui les brûla devant lui.
_ Terminal City vous attend. Rompez.
Il salua le gradé et tourna les talons.
à suivre
Pretty Woman est un film réalisé par Garry Marshall et produit par la société Touchstone Pictures Silver Screen Partners IV, sorti en 1990.
Dirty Dancing est un film réalisé par Emile Ardolino et produit par la société Great American Films Limited Partnership Vestron Pictures, sorti en 1987.
An Officer and a Gentleman est un film réalisé par Taylor Hackford et produit par la société Lorimar Productions, sorti en 1982.
