22 mai 1985 (Altaïr a 8 ans)

Altaïr observait le plafond s'élevant au-dessus de lui avec ennui. Cela faisait deux jours qu'il était enfermé dans ce stupide cachot en train de doucement se déshydrater.

Bien sûr, Cygnus le nourrissait correctement, peu importe qu'il soit puni ou non. En tant que Noble, il était toujours préparé à une visite surprise d'un de ses amis, concurrents ou collègues. Or un enfant chétif et souffrant de malnutrition dans les pattes ne pouvait être une bonne chose pour ses affaires. Cependant selon le vieux sorcier, il n'avait pas besoin de boire pour paraître en bonne forme. Quel idiot, songeait Altaïr.

Altaïr déglutit difficilement à cause de la soif et cela lui arracha une quinte de toux douloureuse. Tout cela parce qu'il avait renversé un vase en bousculant l'un des elfes de Cygnus en tournant à un couloir.

Plus le temps passait et moins il en fallait à Cygnus pour trouver un prétexte afin de le corriger. Que ce soit parce qu'il avait trop traîné à la bibliothèque le soir; parce qu'il avait une minute de retard pour le dîner; parce qu'il avait fait une grasse matinée; parce qu'il avait perturbé un elfe dans une de ses tâches; parce qu'il lui avait adressé la parole sans sa permission; parce qu'il avait été dans le jardin sans permission; parce qu'il avait rigolé dans un salon à cause d'un livre; parce qu'il n'avait pas réussi à faire tous ses devoirs; parce qu'il n'avait pas eu une note parfaite à l'un des contrôles préparés par Cygnus; parce qu'il avait travaillé sur ses leçons moins de huit heures ce jour-là; parce qu'il avait posé une question que son tuteur jugeait stupide.

Tout était prétexte à la punition selon Cygnus, si bien qu'au fil du temps même ce qui n'était pas en rapport avec Altaïr devenait de sa faute. Une mauvaise nouvelle, un mal de crâne, un déjeuner qui n'était pas à son goût, un elfe qui avait fait une erreur, un problème dans la préparation d'une potion, un petit rhume, l'absence d'un livre dans la bibliothèque, l'apparition de gnome dans le jardin.

Au final, Altaïr avait décidé de passer tout son temps dans sa chambre. Il ne sortait que la nuit tombée une fois Cygnus endormi afin de chaparder un peu de nourriture en cuisine pour tenir la journée suivante. Il en profitait également pour prendre des livres dans la bibliothèque et récupérer la pile de devoirs que l'homme lui laissait toujours sur une table. Ainsi Altaïr n'avait pas à sortir de sa chambre pendant la journée et si Cygnus ne le voyait pas directement, il avait tendance à oublier sa présence et donc de le punir.

Cependant, il avait dû quitter son sanctuaire de paix afin de se rendre aux toilettes et c'est ainsi qu'il avait malencontreusement bousculé Betty qui était en train d'astiquer un vase entreposé là. Au son du bruit, Cygnus était apparu à leurs côtés en seulement quelques secondes et Altaïr avait eu la bêtise de s'excuser en avouant sa faute.

Il n'avait pas fallu longtemps à Cygnus pour prendre une décision, le punir et le jeter dans le cachot où Altaïr passait habituellement ses nuits de pleine lune.

Un pop sonore retentit à ses côtés et Altaïr espéra un instant que c'était Cygnus qui lui avait envoyé un elfe pour le libérer. Mais à la mine inquiète de Betty il comprit rapidement que la raison de sa présence n'était pas celle-ci. La petite elfe fit apparaître devant lui un bon repas ainsi qu'une carafe d'eau.

Altaïr se jeta sur cette dernière et en but bien la moitié d'une seule traite. Il garda le reste pour la fin de son repas qu'il dévora tout aussi rapidement. Une fois son assiette finie, Betty la fit disparaître et s'en alla tout aussi rapidement. Altaïr était heureux qu'elle lui ait au moins laissé la carafe. Ainsi il pourrait s'hydrater pendant quelque temps.

Betty était la seule elfe gentille avec Altaïr dans le manoir malgré qu'elle ait les mêmes ordres de Cygnus que les autres. Elle ne devait jamais lui obéir sans demander l'autorisation à Cygnus avant, elle ne devait pas lui parler et ne devait pas faire ses corvées comme faire son lit ou ses repas. Mais Betty était une jeune elfe et il lui arrivait de déroger à la règle même si après cela elle se faisait bien souvent punir.

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28 mai 1985

Ce ne fut que huit jours après le début de son enfermement que Cygnus autorisa finalement son pupille à quitter les cachots de son manoir. Il l'avait visiblement complètement oublié et s'attendait presque à voir un cadavre en face de lui. Pour une fois, cela l'arrangeait bien que l'un de ses elfes ait désobéi à ses ordres pour nourrir le mioche. Cela aurait été embêtant de devoir justifier le décès d'un jeune héritier au Ministère.

« Va te nettoyer, nous partons dans deux heures. Les Zabini nous ont invité à un déjeuner et Lady Zabini a insisté pour que tu sois présent étant donné que tu semblais bien t'entendre avec son fils. J'aurai préféré ne pas t'avoir dans les pattes. »

Il était évident pour Altaïr que son tuteur se retenait de ne pas le frapper de sa canne. Ce serait embêtant que le garçon soit blessé devant d'autres Nobles et que les soupçons se portent sur lui. Cygnus lui lança un dernier regard plein de haine avant de finalement détourner le regard.

« Betty, emmène le dans sa chambre, il est trop sale pour marcher dans les couloirs. » grimaça-t-il avant de disparaître.

Comme convenu, Altaïr se présenta devant la cheminée du hall moins de deux heures plus tard, propre, bien habillé, soigné et un glamour apposé par Betty pour cacher sa légère perte de poids, son œil au beurre noir et son teint pâle. Cygnus le détailla de la tête aux pieds et dû juger que son apparence était convenable puisqu'il le poussa simplement vers la cheminée. Altaïr attrapa une poignée de poudre verte et la lança à ses pieds, attendant que son tuteur lui indique la destination à prononcer.

« Vestibule du manoir Zabini de Londres. »

Altaïr répéta et il disparut rapidement dans une gerbe de flammes vertes pour réapparaître dans le manoir de la famille italienne. En face de lui Ludmilla, son nouveau mari et ses deux fils accueillaient les invités et les guidaient vers la salle de réception. Apparemment ils ne seraient qu'une petite trentaine et la plupart des convives étaient déjà arrivés. Altaïr découvrit avec dégoût que les Malfoy avaient emmené leur rejeton avec eux.

Dès leur arrivée, Altaïr fut engloutit par les chuchotements et messes-basses se partageant autour d'eux. Apparemment les Sangs-Purs n'étaient pas ravis que Cygnus soit présent à cette soirée. Certains disaient qu'il se faisait toujours inviter mais n'invitait jamais personne en retour. D'autres racontaient qu'encore une fois il allait prendre la tête à ses opposants commerciaux. Les derniers râlaient en imaginant devoir encore une fois devoir supporter ses propos racistes et borderline. Altaïr anticipait avec effroi la punition qu'il recevrait lorsqu'il rapporterait tout cela à Cygnus.

Heureusement pour lui, Noah accapara sa présence et l'emmena loin de son tuteur. C'était comme s'il n'attendait que lui pour quitter l'entrée et se rapprocher d'une des tables contenant des dizaines d'amuses-bouches et autres petits-fours. Zabini lui plaça même un verre de jus de citrouille dans les mains. Altaïr se laissa faire, bien conscient que même s'il aurait préféré s'installer comme à son habitude dans un coin et attendre sagement la fin du repas pour s'éclipser avec son tuteur, il ne pouvait pas froisser son hôte.

« Tu sembles encore plus rigide que la dernière fois que je t'ai vu. » Altaïr ne répondit pas. « Qu'as-tu d'intéressant à m'apprendre cette fois-ci ? »

Black balaya rapidement le regard de la salle avant de prendre la parole.

« Ta mère a été vue en train d'acheter un balai dans l'une des boutiques appartenant aux Nott et comme ton anniversaire était il y a trois semaines, je suppose qu'il était pour toi. Donc tu devrais bien t'entendre avec Bacchus Nott, c'est le garçon blond qui fait à peu près ma taille près de la table où sont disposées les boissons. Il discute avec Duncan Inglebee donc ça doit forcément parler de Quidditch. Tu devrais bien t'entendre avec eux.

- Es-tu en train de me dire d'aller voir ailleurs. »

Altaïr ne répondit pas. Noah n'avait pas tout à fait tort mais l'avouer serait très malpoli de sa part. Cependant nier le serait tout autant puisqu'il serait évident qu'il ment. Il préféra donc laisser l'autre garçon tirer ses propres conclusions.

« Le vieil homme qui était avec toi la dernière fois nous regarde bizarrement.

- Il s'appelle Cygnus. Évite d'appeler les gens par des descriptions physiques peu avantageuses, cela pourrait être mal vu.

- Je n'ai pas la même mémoire d'éléphant que toi pour me souvenir de tout ce que j'entends. » bouda Noah qui soupira lorsque Cygnus se détourna finalement. « Son regard me fait flipper. »

Altaïr haussa des épaules et attrapa un autre petit four sur la table à leur côté. Il n'avait pas mangé depuis le matin même et avait si faim qu'il n'arrivait pas vraiment à contrôler sa faim. Le garçon savait très bien que c'était la raison du regard noir de son tuteur, un héritier ne devrait pas se goinfrer ainsi. Mais cela était plus fort que lui, alors si déjà il allait recevoir une punition autant faire en sorte que cela en vaille la peine.

« Tu devrais arrêter de te goinfrer ou tu n'auras plus faim à table. » lui conseilla Zabini avant de suivre ses conseils et de rejoindre Bacchus Nott et Duncan Inglebee.

Il n'y avait pas vraiment d'autres enfants de leurs âges présents en dehors de Theodore Nott, le cousin de Bacchus et l'héritier de la famille Nott, les filles Greengrass et Draco Malefoy. Ces derniers se rapprochaient bien plus de l'âge de Blaise Zabini, le petit-frère de Noah, donc cela ne valait pas vraiment la peine de rediriger ce dernier vers eux. Ils étaient trop jeunes pour l'intéresser contrairement à Bacchus et Inglebee qui étaient légèrement plus âgés.

Par ailleurs, ces derniers n'étaient pas loin d'Altaïr ce qui lui permettait d'entendre la majorité de leur conversation grâce à son ouïe lupine. De plus, Noah et Duncan parlaient plutôt fort ce qui lui facilitait la tâche, pour Bacchus il lui suffisait de reconstituer ses phrases à partir des bribes de conversation qu'il comprenait.

Comme il l'avait pensé, la conversation tournait essentiellement autour du Quidditch. Tout du moins pendant les premières minutes. La discussion se fit par la suite bien plus intéressante à espionner puisqu'ils parlaient de lui.

« Pourquoi avez-vous invité les Black ? Déjà que les Lovegood, c'était borderline, mais eux, ils sont encore moins de bonne fréquentation.

- C'est vrai qu'Altaïr est en train de manger tous les apéritifs à lui tout seul. » s'amusa Noah.

« Ce que Inglebee voulait dire, c'est qu'à trop te rapprocher de lui, tu vas finir par avoir de mauvaises rumeurs sur ton dos.

- Quelle genre de rumeurs ? » demanda d'un air intrigué Noah.

« Celle d'être ami avec un meurtrier, Zabini. » répondit sombrement Duncan.

Aussitôt le sourire du métisse se fana. Sa mère avait le même genre de réputation et lui-même doutait parfois de sa sincérité lorsqu'elle affirmait qu'elle n'y était pour rien dans les disparitions de ses maris. Noah avait beaucoup souffert de ces rumeurs en Italie, les autres enfants n'hésitant pas à se moquer de lui, de sa mère ou même de son père décédé.

Il posa un tout autre regard sur ce garçon qu'il trouvait si intriguant quelques instants plus tôt mais qu'il fixait désormais avec pitié. Il s'était enfin arrêté de manger et fixait désormais le mur face à lui dans une posture très stoïque pour son jeune âge. Noah avait l'impression de le revoir lors de la précédente soirée chez les Nott.

S'il l'avait approché à ce moment-là, c'était surtout pour s'éloigner des autres enfants qui lui posaient des dizaines de questions sur ses origines, la raison de sa venue en Angleterre et bien d'autres questions encore. De plus, ce garçon semblait si seul que cela lui avait fait un peu pitié et de fil en aiguille, il avait fini par passer une bonne partie de la soirée avec Altaïr.

Mais désormais, il réalisait que ce garçon était très différent de lui. Altaïr n'avait pas l'air de souffrir des rumeurs à son sujet, son regard n'était pas voilé par la douleur ou un quelconque sentiment d'injustice. Il semblait juste ennuyé.

« Qu'est-ce... Qu'est-ce que vous voulez dire ? » balbutia-t-il finalement.

« Il y a beaucoup de rumeurs à son sujet et il faut être stupide pour comprendre que la plupart sont infondées et certainement fausses. Par exemple, l'une d'elle dit qu'il a été maudit à la naissance et ça expliquerait pourquoi quatre de ses tuteurs sont morts en un peu plus d'un an. Mais aucune source ne prouve qu'il est responsable, pour moi c'est juste qu'il était au mauvais endroit au mauvais moment. » haussa des épaules Bacchus.

« Mais on raconte aussi que c'est lui qui a déclenché l'incendie qui a brûlé le manoir Prewett à cause d'un accident magique. » ajouta Duncan comme pour rajouter une couche de suspens.

Altaïr écoutait toujours la conversation et cela l'amusait quelque peu. Contrairement à cet abruti de Malefoy Junior ou de son tuteur, Nott et Inglebee ne semblaient pas croire tous les ragots qui couraient à son sujet.

« Mais ce n'était qu'un accident alors, donc ce n'est pas de sa faute. C'est injuste de le laisser de côté juste à cause de ça. » le défendit Noah à sa plus grande surprise.

Altaïr ne put empêcher une pointe de culpabilité de poindre en entendant cela. Il ne méritait pas d'être défendu. Inglebee avait raison, c'est lui qui avait mis le feu au manoir Prewett, il était la cause de la mort de Lucretia et Ignatius. Il avait souhaité cela et c'était arrivé. Bien que toutes les rumeurs ne soient pas vraies, elles n'étaient pas entièrement fausses non plus.

Les deux autres enfants ne semblaient pas être du même avis que Noah. Ils semblaient près à se disputer à ce sujet et Altaïr trouva cela stupide. Zabini ne le connaissait pas. Ils s'étaient parlés une seule fois auparavant alors pourquoi vouloir le défendre. Cela ne faisait aucun sens aux yeux d'Altaïr. Il ne voulait pas être défendu.

Il décida donc de s'approcher des trois jeunes sorciers, adressant la parole en premier à un enfant de son âge pour la première fois de sa vie.

« Pourquoi essayes-tu de me défendre, nous ne sommes même pas amis. »

Il était venu de profil par rapport aux trois enfants et ils étaient si concentrés dans leur conversation qu'ils ne l'avaient même pas vu venir. Cela leur valut à chacun un sursaut et ils se tournèrent en synchronisation vers lui.

« Tu as entendu quoi exactement ? » s'inquiéta Zabini.

- Tout. »

Le ton n'était ni accusateur, ni triste, ni colérique. Altaïr semblait juste indifférent par rapport à tout cela, peut-être même un peu amusé de les avoir pris en flagrant délit de commérage dans son dos.

« Ne vous en faites pas, vous n'êtes pas les seuls. » haussa-t-il des épaules en attrapant un verre de jus de pêche pour changer du jus de citrouille.

« Cela ne te fait rien ? » osa finalement demander Bacchus qui semblait être encore plus curieux que Noah.

« Non. Je m'en fiche de plaire. »

Cette fois-ci son air était clairement indifférent. Les trois autres garçons se renfrognèrent, n'appréciant pas vraiment de se faire dire en face à face qu'ils étaient insignifiants à ses yeux, ou du moins c'est ce qu'ils comprirent. Altair n'avait pas voulut formuler sa réponse ainsi, mais ne se reprit pas. Il n'en avait vraiment rien à faire de se faire bien voir par quiconque, même de ces trois-là. Il ne les reverrait pas avant un moment, de toute façon.

« Mais ces mauvaises rumeurs peuvent mettre en danger tous tes plans d'avenir. Un politicien ou un homme d'affaires dont personne ne veut ne va jamais très loin, or les Black sont les deux à la fois. » contra Nott.

Altaïr sembla analyser les paroles du garçon comme si c'était la première fois qu'il y réfléchissait. Comme s'il venait de réaliser que peut-être il atteindrait un jour l'âge adulte et devrait finalement travailler et jouer le rôle pour lequel on l'éduquait. Il sembla lui-même surpris de n'y avoir jamais réfléchi, comme s'il était persuadé de mourir avant. La mort avait toujours été si proche de lui, le frôlant à tout instant que jamais, il n'avait réussi à se projeter autant dans le futur. Comme si cela ne servait à rien de perdre de l'énergie à espérer pour un lendemain.

Altaïr fut finalement sorti de ses pensées par Bacchus qui ne comprenait pas en quoi ce qu'il venait de dire demandait tant de réflexion.

« Tu n'y as vraiment jamais pensé ?

- Non. Je ne me suis jamais imaginé adulte, il y a tant de choses qui peuvent arriver avant ça. Je peux mourir à tout moment d'un accident, d'une maladie ou me faire tuer, qui sait ? » haussa-t-il des épaules. « Je n'ai aucune envie de me prendre la tête sur quelque chose qui me tracassera suffisamment plus tard. Dans le pire des cas, je vivrai simplement dans un de nos manoirs, la fortune des Black me permettra de ne jamais avoir à travailler. »

Un nouveau silence s'étira entre eux. Cet enfant était si étrange et pessimiste que Bacchus, Noah et Duncan ne savaient pas quoi lui répondre. Était-il en train de chercher du réconfort ? Voulait-il simplement attirer leur attention ? Pourtant il n'en donnait vraiment pas l'impression. Altaïr semblait juste énoncer des faits comme si rien ne le concernait vraiment et cela les effraya quelque peu de savoir qu'il arrivait à parler de sa mort aussi froidement, comme si cela était inévitable et qu'il avait abandonné tout espoir de survie il y a longtemps déjà. C'était très triste à voir.

Altaïr porta à sa bouche la dernière gorgée de jus de son verre et cela sembla ranimer ses interlocuteurs. Le premier à reprendre la parole fut Duncan qui décida de recentrer le débat sur le sujet qui les intéressait au départ.

« Alors ? Elles sont vraies ou fausses ces rumeurs ? »

Altaïr réfléchit un instant à la question. Allait-il mentir ou bien dire la vérité. Il pouvait aussi tout simplement les ignorer. Réfléchissant à sa réponse, Altaïr dévisagea les trois autres enfants et ce fut le regard de Noah qui lui fit prendre sa décision.

Zabini le fixait avec un mélange d'espoir et de confiance qu'Altaïr ne comprenait pas. Cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas regardé ainsi et sur le moment, cela le mit incroyablement mal à l'aise. Black ne pensait pas mériter un tel regard et il eut pitié de Noah. Il ne se doutait pas qu'il tentait de faire copain-copain avec un lycanthrope, un meurtrier, un monstre.

Altaïr ne voulait pas de cette amitié. Il ne s'en sentait pas légitime. Alors il décida de briser tous les espoirs du garçon.

« Arcturus est décédé dans un accident de potion. Il m'a protégé donc on peut dire que si je n'avais pas été là il aurait pu se protéger lui-même, mais je ne me considère pas comme coupable. Walburga était si rongée par le chagrin à sa mort qu'elle a fini par rater son transplanage. Etant donné que j'étais avec elle et que j'y ai moi aussi presque laissé ma peau, je considère ça comme un accident et je ne vois même pas comment j'aurai pu en être responsable. »

Il fit une pause, ce qui sembla agacer les trois enfants qui attendaient avec hâte la suite. Mais Altaïr avait besoin de cela. Il avait encore la possibilité de tisser des liens avec des enfants de son âge. Il était un bon menteur alors ce ne serait pas difficile d'arranger en sa faveur les circonstances du décès des Prewett.

Distraitement, le garçon balaya la salle du regard et lorsque son regard croisa celui de Cygnus, il sut que cela ne servirait à rien de mentir. Altaïr n'avait pas le droit d'avoir d'ami, il l'avait compris depuis bien longtemps alors cela ne servait à rien de se faire de faux espoirs.

« J'ai en effet brûlé le manoir des Prewett, même si je n'ai jamais voulu la mort d'Ignatius. »

La peine dans sa voix n'était pas jouée. Il était presque lui-même surpris de voir ce masque qu'il s'était forgé depuis plusieurs semaines au contact de Cygnus se fissurer pour laisser sa tristesse transparaître. Parler de la mort des membres de sa famille était toujours aussi dur pour Altaïr. C'était toujours très frais comme souvenirs dans son esprit et cela lui arrivait régulièrement de rêver de cela la nuit ou même d'y repenser en pleine journée.

« Ça veut dire que tu n'aimais pas Lucretia Prewett ? » releva Noah avec surprise.

« Elle a essayé de m'empoisonner. Œil pour œil, dents pour dents, comme on dit. » renifla-t-il avec dédain.

Contrairement à la joie ou la tristesse qu'il arrivait plutôt bien à cacher avec son masque d'indifférence typiquement Black, la haine avait quant à elle toujours réussi à passer les mailles du filet avec facilité.

Altaïr observa la réaction de Noah et son mouvement de recul le contenta tout autant qu'il brisa quelque chose au fond de lui. Cette fois-ci pas de retour en arrière possible, Black avait décidé ne pas vouloir de cette amitié alors il assumerait ce choix. Il n'avait jamais eu d'amis et cela n'avait pas besoin de changer, bien au contraire. Ça ne ferait que compliquer sa cohabitation avec Cygnus.

Alors il ne pouvait s'arrêter là, il sentait encore le doute qui brouillait l'esprit de Noah. Altaïr se devait de couper court à la discussion.

« Elle méritait de brûler vive. Alors ne parle plus de ce que tu ne connais pas Zabini. Ce n'était pas un accident. »

Altaïr avait légèrement haussé la voix en fin de phrase ce qui provoqua un second mouvement de recul chez Noah.

Décidant que la discussion était close, Altaïr déposa son verre vide sur la table à leur côté et retourna manger des petits-fours plus loin en attendant qu'enfin, le repas commence.

Derrière lui, Inglebee, Nott et Zabini le fixaient avec crainte. Finalement ils auraient préféré ne rien savoir du tout.

Ils ne remarquèrent pas une jeune fille à la chevelure blanche les observer avec intérêt seulement quelques mètres derrière eux. Cependant elle ne s'approcha pas d'eux et préféra partir dans la direction qu'Altaïr venait de prendre, un sourire amusé étirant légèrement ses lèvres.

Ce garçon qui allait à l'encontre de toutes les règles sociales l'intéressait beaucoup. Peut-être que pour une fois, elle ne s'ennuierait pas pendant cette réception. Mais à quelques mètres de lui, elle se figea et fit demi-tour pour se cacher derrière l'un des épais piliers de la salle.

Les autres enfants ne l'aimaient pas, ils disaient qu'elle était bizarre et ne voulait pas jouer avec elle. Alors la jeune fille hésitait. Devait-elle se présenter à ce garçon qui l'intriguait tant ? L'observer de loin semblait tout aussi divertissant. Elle n'aimait pas la prise de risque, et parler à un ce garçon semblant très renfrogné était visiblement un gros risque. Alors non, la fillette resterait ici à l'observer de loin.

Fermement agrippée à son pilier, elle se pencha sur le côté afin d'appercevoir le garçon qui l'intriguait. Cependant elle fut bien déçue en remarquant qu'il n'était plus au buffet. Elle avait été si plongée dans ses pensées qu'elle ne l'avait même pas vu partir. Elle soupira et finit par se décoller de la colonne de pierre. Du coin de l'œil, elle aperçut deux autres fillettes rigoler en la fixant, visiblement son comportement étrange était encore une fois source de moqueries.

Mais lorsqu'elle vit les deux petites pestes se retourner brusquement en grimaçant d'inconfort et de gêne, la petite fille fut plus que surprise. Elle se retourna lentement afin d'appercevoir ce qui les avait effrayées et sursauta lorsqu'elle reconnut Altaïr. Elle fit vivement trois pas en arrière en rougissant vivement.

Le Black ne la quittait pas du regard et cela mettait la jeune fille légèrement mal à l'aise. Elle se tortilla quelques instants sur ses pieds, aucun d'entre eux ne semblaient vouloir briser le silence. Puis, Altaïr tendit vers elle une assiette de petits-fours et la fille l'attrapa.

« Merci » chuchota-t-elle finalement, brisant enfin le silence.

« Je suis Altaïr Black. » se présenta-t-il en lui présentant la paume de sa main.

« Et moi Venus Lovegood. »

La fillette s'attendait à ce qu'en entendant son nom de famille, le garçon retire vivement sa main. La famille Lovegood n'avait pas très bonne réputation et personne n'aimait être associé à eux.

« Je sais. » lui sourit-il et Venus fut hypnotisé par cette vision.

Elle avait déjà aperçu l'héritier Black à quelques réceptions, mais c'était bien la première fois qu'elle le voyait sourire aussi naturellement. Alors elle glissa sa main dans la sienne et il embrassa doucement ses doigts. Ce geste était habituellement réservé aux femmes importantes et dont le pouvoir était supérieur à l'homme qui la saluait, alors Venus ne comprit pas le sens de ce geste.

Elle n'était qu'une enfant s'apprêtant à rentrer à Poudlard, fille d'un journaliste et sans fortune. Sa seule qualité était d'être une Sang-Pur. Alors un Black ne devrait pas apprécié sa présence et encore moins la saluer de cette façon.

« Pourquoi ? »

La question lui avait échappé, mais Venus ne le regretta pas. Elle avait réellement envie de comprendre le comportement étrange du garçon. Altaïr pencha sa tête sur le côté, signe qu'il réfléchissait à sa réponse.

« Tu es la première personne depuis longtemps qui ne m'a pas regardé avec peur, dégoût, pitié ou suffisance. C'est rafraîchissant. » soupira-t-il.

Altaïr ne comprenait pas lui-même sa façon d'agir. Il avait rejeté Zabini seulement quelques minutes plus tôt en jugeant ne pas avoir besoin d'ami. Pourtant, Lovegood l'intriguait. Il avait conscience que Noah l'avait approché tout d'abord par opportunisme pour s'éloigner des enfants qui le harcelaient sur ses origines. Puis par pitié en découvrant qu'il était rejeté de l'aristocratie. Pourtant, Lovegood semblait juste incroyablement neutre à son avis, si ce n'était positivement curieuse à son sujet.

Venus était fascinée par cet enfant qui semblait si stoïque et froid à ses côtés mais dont la voix était brisée par la solitude. Sa mère lui avait toujours dit qu'elle était douée pour détecter les émotions chez les autres, cependant elle était certaine que si Altaïr ne s'était pas volontairement laissé aller en sa présence, alors jamais elle n'aurait pu savoir qu'il était sincère.

« C'est parce que tu as de beaux yeux. »

Il la fixa d'un air surpris et cela amusa Venus. Il ne semblait pas habitué aux compliments et elle trouvait cela dommage. Elle se décala pour être face à lui et plongea son regard dans le sien. Elle était plus âgée que lui et le dépassait de quelques centimètres, pourtant la jeune fille avait l'impression d'être incroyablement vulnérable face à lui.

« Gris et ambre, c'est très joli. » sourit-elle mystérieusement.

Elle sembla hésiter à ajouter quelque chose, mais se décida finalement à fuir en direction de son père juste après lui avoir glissé une petite boîte dans sa main. Altaïr l'observa partir, les yeux écarquillés. Il posa son regard sur la boîte métallique et découvrit qu'il s'agissait d'un baume pour les bleus et petites plaies.

Altaïr se dévisagea quelques instants dans le reflet de sa fourchette, cherchant à savoir si son glamour était toujours en place. Son regard s'écarquilla d'autant plus lorsqu'il réalisa que oui, il était bel et bien en place.

A cause de sa lycanthropie, ses iris étaient cerclés d'ambre. Afin que personne ne puisse découvrir sa maladie, Cygnus tenait à ce qu'il porte en permanence un glamour en dehors du manoir. Altaïr se pliait aisément à cette contrainte puisqu'il partageait pour une fois l'avis de son tuteur. De plus, Betty, l'un des elfes de Cygnus, avait appliqué le même traitement à son œil tuméfié et son front égratigné. Aucune preuve inculpant Cygnus ne pouvait être visible sur lui lors d'une telle réception.

Mais alors, comment est-ce que cette mystérieuse fille avait pu voir la couleur de ses yeux ou encore le bleu sur sa joue. Pourtant le plus surprenant pour lui était que Venus devait forcément avoir deviné pour sa lycanthropie et avait tout de même tenu à lui parler.

Venus Lovegood était un sacré personnage et cela intriguait Altaïr.

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13 juin 1985

Après avoir entendu son pupille sur ce qu'il avait écouté lors de la dernière réception et avoir pris conscience de ce que les aristocrates pensaient de lui, Cygnus avait décidé de remédier au moins à un des défauts qui lui étaient reprochés. Il avait donc décidé d'organiser un bal, ainsi il ne serait plus uniquement « celui qui se fait inviter ». Ou plutôt, il avait demandé à sa fille Narcissa d'organiser un bal à sa place puisque Cygnus n'avait aucune des compétences nécessaires pour faire cela.

C'est ainsi qu'Altaïr s'était retrouvé à devoir accueillir ses hôtes auprès des cheminées du hall d'entrée avec son tuteur, puis il devait les guider vers la salle de réception, leur donner une coupe de champagne et les laisser entre les mains d'autres convives déjà présents afin de retourner vers le hall.

Au départ cela l'avait amusé de découvrir que nombreux étaient ceux le pensant muet puisqu'il n'avait parlé qu'à trois enfants et deux ou trois adultes depuis qu'il venait aux réceptions avec Cygnus.

Ensuite, entendre certaines Lady louer sa politesse auprès de leurs consœurs lui avait fait plus de bien qu'il ne l'aurait imaginé. Altaïr se faisait rabaisser tous les jours par Cygnus si bien qu'il avait oublié ce que cela faisait de se faire complimenter. C'était très agréable.

Mais au bout de quelques allers et retours, cela devint ennuyant. Les mêmes salutations, les mêmes compliments, les mêmes indications, les mêmes discussions, les mêmes formules de politesses pour pouvoir s'éclipser et cela recommençait, encore et encore. C'était si ennuyeux.

Lorsque tous furent arrivés, Cygnus congédia rapidement son pupille en lui demandant de ne pas l'embarrasser comme la dernière fois. Bien sûr, Altaïr n'avait jamais rien fait pour l'embarrasser mais selon le vieil homme juste le fait de le voir parler à quelqu'un était gênant selon lui. Il avait suffisamment répété au garçon qu'il était une honte pour les Blacks pour que ce dernier le comprenne tout seul.

Pourtant Altaïr savait que cette fois-ci cela ne serait pas possible. Il était l'un des hôtes de cette demeure donc simplement rester dans un coin et s'enfuir de la réception ne serait pas avantageux ni pour l'un, ni pour l'autre. Ce serait comme écrire sur son front qu'il n'avait aucune manière et sur celui de Cygnus qu'il l'avait horriblement mal éduqué.

Altaïr avait travaillé son sourire hypocrite pendant trois semaines ainsi que ses manières polies. Il allait être un hôte si parfait qu'en fin de soirée, seul Cygnus serait critiqué. Sa dernière discussion avec Inglebee, Nott et Zabini lui avait fait réaliser que s'il continuait sur cette voie, le jeune Black n'aurait aucun avenir. Il ne s'était pas même fait une connaissance sérieuse. Certes il avait parlé à ces trois-là, mais il les avait surtout effrayés.

De toute façon, la menace d'une punition planait déjà au-dessus de sa tête, Cygnus lui l'avait promis puisqu'il s'était permis de ne pas finir ses devoirs afin de se préparer. Alors un peu plus ou un peu moins, cela ne changerait plus rien à son stade. Cela l'effrayait terriblement et son audace le surprenait lui-même, mais Altaïr savait très bien qu'il ne pourrait pas continuer ainsi.

Il avait commencé par parler courtoisement à Narcissa et Lucius ce qui les avait beaucoup surpris puisqu'Altaïr ne cachait que rarement leur dédain envers eux. Cependant il trouvait cela trop effrayant de parler directement à des inconnus ou de s'incruster dans les groupes d'enfants, alors cela restait la meilleure solution à son problème.

Rapidement, Ludmilla Zabini s'approcha d'eux et Altaïr découvrit qu'il s'agissait d'une femme très douce et gentille, bien loin de sa réputation de veuve noire et de sorcière fourbe et vicieuse. Pour une fois, Altaïr remercia intérieurement Cygnus de l'obliger à lire toutes sortes de revues barbantes, dont celle de mode ou de presse people. Altaïr ne s'intéressait pas à tout cela, mais cela semblait faire très plaisir à Lady Zabini de voir un jeune homme s'intéresser à ce thème contrairement à ses maris et ses enfants.

Rapidement, Lady Fleur Greengrass ainsi que Miranda et Maria Nott se rapprochèrent d'eux. Alors même que les trois amies discutaient dans les dos de Ludmilla et le sien, elles étaient tout sourire devant eux comme si de rien n'était. Bien sûr, Altaïr n'était pas censé avoir conscience de cela mais leur talent d'actrice l'impressionnait plus que ne le gênait. Après tout, il était lui aussi en train de trouver leur discussion inintéressante et pourtant, il leur offrait un sourire en coin.

Ce ne fut qu'une vingtaine de minutes plus tard qu'Altaïr parvint à quitter leur discussion lorsque Noah et Bacchus vinrent apporter quelques amuses-bouches à leurs mères. Cependant le jeune Black comprit rapidement que le but de la manœuvre était surtout de pouvoir le kidnapper et l'aider à se débarrasser des ladies. Bien que son masque soit parfait, il était évident pour les deux garçons qu'aucun enfant de leur âge ne puisse réellement être intéressé par la discussion de femmes adultes.

Altaïr les remercia discrètement une fois qu'ils furent éloignés et cela sembla amuser Noah et Bacchus. Les deux garçons, comme tous les autres invités, furent vraiment surpris du changement chez le jeune Altaïr. Cela ne faisait qu'un peu plus de deux mois depuis leur dernière rencontre et pourtant il avait vraiment changé du tout au tout.

Bien qu'il ne rigolait pas à gorge déployée, un léger sourire étirait constamment ses lèvres et ses conversations étaient agréables peu importe la personne face à lui. Altaïr était passé du statut de pire invité possible à un très bon hôte. C'était d'autant plus impressionnant au vu de son jeune âge. Il incarnait la perfection que tous attendaient venant du nouvel héritier Black.

Ce ne fut qu'un peu avant l'arrivée des desserts que le garçon montra ses premiers signes de faiblesse. Son sourire se dissipait quelque peu par moment et ses mains trituraient nerveusement son pantalon sous la table. Heureusement qu'il était installé avec d'autres enfants et qu'ils n'étaient pas encore tous très attentifs à ce genre de signe. Discrètement, il claqua des doigts sous la table et quelques secondes plus tard, Betty apparaissait à ses côtés. C'était leur signal d'alarme.

« Jeune maître Altaïr, Betty est désolée de vous importuner, mais une urgence appel le jeune maître à la cuisine.

- Il n'y a pas de soucis Betty. Je reviens dans quelques instants, veuillez m'excuser. » signala Altaïr aux personnes autour de lui.

La petite elfe guida son maître jusqu'en dehors de la salle et une fois les larges portes refermées derrière lui, Altaïr courut jusqu'aux toilettes privés les plus proches afin de ne pas se faire prendre par surprise. Il se pencha sur une cuvette et vomit tout le contenu de son estomac. Et dire que pour une fois, il avait pu manger un repas de bonne qualité et rassasier sa faim.

Il fallut quelque temps au jeune Black pour retrouver ses esprits et calmer les palpitations de son cœur. Sa tête tournait et le sang circulant dans son corps lui martelait les tempes. Une lente douleur lui tiraillait le dos et les membres inférieurs tandis que des tremblements secouaient de plus en plus fortement ses mains.

« Moby, tu ne dois pas m'appeler jeune maître. Si Cygnus t'entend tu auras des problèmes.

- Mais si Moby appelle le jeune maître, jeune monsieur comme le veut maître Cygnus, alors vous serez la risée des autres sorciers. Les elfes doivent montrer du respect au jeune maître. »

Altaïr soupira, il savait d'avance qu'il ne gagnerait pas ce débat d'autant plus que Cygnus avait interdit aux elfes d'accéder à ses demandes si cela n'était pas pour une urgence.

« Apporte-moi les potions Betty, s'il te plaît.

- Mais si le jeune monsieur en reprend maintenant, il sera malade toute la nuit. Ce n'est pas bon pour le jeune monsieur d'en boire autant. »

Altaïr soupira, la fatigue, la douleur, la nausée, les tremblements et son mal de crâne le faisaient perdre patience et il sentait la colère se rajouter à ce joli panel de sentiments et de ressentis. Betty était son elfe préférée au point qu'il la considérait comme sa meilleure amie. Sa seule amie. Mais elle voulait toujours le protéger de la moindre source de danger et c'est dans ces moments-là qu'elle commençait à l'agacer.

« Tu veux vraiment que je retourne dans cet état auprès de nos invités.

- Betty est sûre que si le jeune monsieur s'excuse et dit qu'il est malade, alors le jeune monsieur sera pardonné par les invités. »

Altaïr se releva enfin, bien qu'il peinait à ne pas tituber.

« Betty ! Donne-moi ces foutus potions ! » cria-t-il finalement. « Tu sais très bien que Cygnus va de toute façon me punir ce soir alors que je sois un peu plus malade ou pas, je ne sentirai pas la différence cette nuit. Mais maintenant, il y a des dizaines d'invités qui m'attendent à table et qui ne me rateront pas au tournant si je ne suis pas parfait.

- Le jeune monsieur est jeune, il sera pardonné. » s'entêta Betty.

« J'ai parlé à des gens Betty et ils m'ont répondu. » s'écria brutalement le garçon. « Cygnus disait que je ne méritais pas le nom de Black, que je ne devais parler à personne et rester dans un coin. Mais toutes ces personnes m'ont reconnu comme l'héritier que je suis alors Betty. Laisse-moi profiter de ce sentiment qu'enfin, je suis à ma place dans cette famille parce que ça ne m'arrivera plus avant longtemps. Très longtemps. »

Betty sembla frappée par les paroles si tristes de son jeune maître. Elle savait que le garçon n'avait jamais eu le droit de s'amuser pendant les précédentes réceptions auxquelles il avait participé, mais elle ignorait que c'était parce que son maître avait interdit cela à Altaïr. Elle avait pensé que ce garçon était juste trop introverti ou désintéressé pour se faire des amis ou discuter avec d'autres sorciers. Il ne lui avait jamais dit que ce n'était pas un choix.

Pourtant, elle savait que ce n'était pas bon pour lui de s'infliger tant de souffrance et de se droguer ainsi aux anti-douleurs. L'elfe secoua doucement sa tête de droite à gauche afin de lui faire comprendre que non, elle ne céderait pas. Betty prendrait soin de lui, qu'il le veuille ou non.

« Je vois. » cracha Altaïr qui vivait son comportement comme une trahison.

Il se détourna de l'elfe et posa ses paumes sur le rebord d'un des lavabos. Altaïr observa quelques instants son reflet dans le miroir avant de soupirer profondément. Il ne pouvait définitivement pas retourner ainsi à la réception, mais d'autre part, Cygnus ne serait pas heureux de savoir qu'il avait fui lâchement alors que leurs invités l'attendaient.

Soudain, une idée traversa l'esprit d'Altaïr. Betty était loin d'être la seule elfe du manoir. Elle était simplement la seule à bien vouloir lui parler.

« Derry ! » Appela-t-il finalement en soupirant une nouvelle fois.

Un jeune elfe apparut devant lui. Ce dernier sembla hésiter à faire une petite courbette afin de le saluer ou si cela irait à l'encontre des instructions de son maître. Altaïr décida à sa place en lui lançant ses ordres sans lui laisser le temps de réfléchir plus longtemps à son dilemme.

« Apporte-moi des potions contre la douleur, les spasmes et applique-moi un glamour. Si tu ne le fais pas, alors j'irai voir les invités dans cet état et ton maître aura alors beaucoup de problèmes. »

Le jeune elfe sembla hésiter, se triturant nerveusement un coin de sa tunique. Cela eut le don d'agacer Altaïr, encore davantage qu'il ne l'était déjà. Pourquoi est-ce que ces foutus elfes ne pouvaient pas lui obéir ne serait-ce qu'une seule fois. Se sentant impuissant et frustré, ses doigts se crispèrent et décrispèrent frénétiquement autour du lavabo sur lequel il prenait toujours appuie.

Il tenta de calmer son mauvais tempérament pendant de longues secondes jusqu'à ce que la faïence se fissure dans toute sa longueur. Par moment, cela le fascinait de voir à quel point sa lycanthropie, alliée à l'adrénaline de ses crises de colère, pouvait décupler ses capacités physiques. Le garçon mit un peu plus de poids sur le lavabo et ce dernier finit par céder et se briser en plusieurs endroits.

Altaïr se tourna vers Derry et lança un bloc de faïence dans sa direction en criant un puissant « Exécution ! » à son intention. Étrangement, toutes ses revendications avaient été exaucées moins de trois minutes plus tard.

Afin de se rafraîchir, Altaïr s'approcha d'un autre lavabo, ce qui fit bondir Derry en arrière. Il lui lança un regard mauvais et ce dernier finit par transplaner, effrayer par l'enfant. Altaïr se passa un peu d'eau dans la figure et cela lui fit un bien fou.

Désormais prêt à braver une nouvelle fois la foule et les nombreuses discussions qui l'attendaient encore, Altaïr quitta finalement les toilettes sans prêter attention à Betty qui lui lançait un regard réprobateur. Alors qu'il se dirigeait vers la salle de réception, quelque chose lui semblait étrange et il en devina rapidement la cause en percevant une respiration derrière lui.

Altaïr se retourna brusquement et découvrit une fillette. Que faisait une invitée ici et surtout, qu'avait-elle entendu ou vu ? Altaïr ne pouvait pas permettre à des rumeurs de quitter ce manoir ou sinon, Cygnus lui en ferait voir de toutes les couleurs.

Son regard croisa celui de la fille qu'Altaïr reconnut aisément. Juste là, à quelques mètres de lui se tenait Venus Lovegood et cela le mit hors de lui. Il avait demandé à Narcissa d'inclure la jeune fille et sa mère dans les invités. Certes Xenophilius Lovegood, le père de Venus, était un marginal qui n'avait pas très bonne réputation, mais sa mère était quant à elle plutôt reconnue en tant que maîtresse en sortilège. Narcissa n'avait donc eu aucun problème à inviter Alanna Lovegood, bien qu'elle fût plus surprise de devoir également inviter sa fille aînée.

Il avait même passé une partie de la soirée en sa compagnie, à nouveau derrière un pilier de la salle de bal. Visiblement Venus n'avait pas envi d'être vu en sa présence, mais cela ne dérangeait pas Altaïr. Il voulait simplement avoir une conversation intéressante et si pour cela, il devait se cacher pour ne pas embarrasser son interlocutrice, alors Altaïr le ferait volontiers.

Le jeune Black avait sincèrement pensé que Vénus était différente des autres enfants d'aristocrates qui ne faisaient que parler ragots pour imiter leurs parents. Venus ressemblait à sa mère, aussi bien physiquement qu'intellectuellement. Il suffisait de les voir l'une à côté de l'autre pour savoir qu'elle ferait d'aussi grande chose que sa mère dans le monde de la recherche. Vénus avait cette lueur de curiosité et de soif de connaissance qui brillaient au fond de son regard qui caractérisait tant de génie.

Alors la voir debout, les bras ballants et le regard coupable mettait Altaïr dans une rage folle. Elle l'avait espionné et savait très bien que c'était mal, sinon pourquoi prendre cet air gêné et coupable. Le garçon avait pensé qu'elle serait différente des autres, mais visiblement, il s'était complètement fourvoyé.

Il s'approcha d'elle de quelques pas afin de pouvoir lui faire correctement face, le regard meurtrier.

« Qu'as-tu vu ?

- Je suis désolé, je m'inquiétais pour toi, tu avais l'air malade. » chuchota-t-elle en se tortillant les doigts.

Altaïr la croyait, elle n'avait pas l'air de savoir mentir. Mais cela ne calma en rien sa colère.

« Ça ne répond pas à ma question.

- Depuis … depuis le passage sur une punition ou quelque chose du genre. » avoua honteusement Venus.

Apparemment même si elle l'avait suivi avec de bonnes intentions, elle avait tout de même espionné intentionnellement pour être resté aussi longtemps derrière la porte à écouter leur discussion. Altaïr se rapprocha de la jeune Lovegood et l'attrapa par le col.

« Je te préviens, si j'entends la moindre rumeur quitter ce manoir, je me chargerai de te faire taire et si ce n'est pas moi, ce sera Cygnus. Crois-moi, tu n'as pas envie de mettre un Black en colère parce que ce sera terrible pour toi et ta famille, alors je compte sur toi pour la fermer. »

La fille hocha frénétiquement de la tête d'un air terrifié, bien qu'elle fasse une tête de plus qu'Altaïr. Apparemment elle n'avait encore jamais été menacée de mort et Altaïr l'envia pour ça. Lui aussi aimerait pouvoir être aussi terrifié par les quelques mots qu'il venait de prononcer, mais il recevait tant de menace par semaine que cela ne lui faisait plus rien. Seules les actions le terrifiaient encore.

« Bien, je vais te raccompagner jusqu'à la salle de réception. » conclut Altaïr, préférant s'assurer qu'elle ne furèterait pas ailleurs.

Le trajet se fit dans un silence des plus gênant, mais cela sembla ne déranger que Vénus, Altaïr portant son habituel masque d'indifférence. Ce ne fut qu'une fois devant les portes de la salle que le silence fut brisé.

« Motus et bouche-cousue, compris ?

- Oui, oui. » approuva rapidement Venus.

Altaïr entrouvrit alors la porte pour les laisser passer et Lovegood fut surpris de découvrir l'expression de cet enfant si terrifiant changer du tout au tout. Ses muscles se décrispèrent, ses yeux se plissèrent légèrement, sa bouche s'étira en un sourire très léger, son pas devint plus léger et son regard ne lançait plus des éclairs. C'était très étrange d'assister à tant de changements en si peu de temps et Venus oublia bien vite sa peur.

Altaïr Black était fascinant, elle voulait le connaître encore davantage.