Table des matières
Chapitre 11. 2
Chapitre 12. 16
Chapitre 1. 36
Chapitre 13. 52
Chapitre 14. 70
Chapitre 15. 87
Chapitre 16. 101
Chapitre 11
16 août 1987 (Un an plus tard, Altaïr a 10 ans)
« Recommence. »
Altaïr retint difficilement un soupir de détresse et d'agacement mêlé. Cygnus s'était mis dans la tête depuis un peu plus d'un an que simplement retenir les points importants de ses leçons n'était plus suffisant. C'est pourquoi il demandait depuis au garçon de retenir chaque phrases, mots, lettres et ponctuations de chaque livres ou magazines que le garçon lisait.
Le problème avec la retraite, c'était que contrairement à James, Cygnus avait beaucoup de temps à consacrer à l'éducation de son pupille. Alors cela ne le dérangeait pas vraiment de devoir le reprendre sur ses erreurs pendant plusieurs heures d'affilée s'il le fallait.
« N'oublie pas, tu es à huit échecs. Tu n'as plus que deux chances. »
Altaïr prit une profonde inspiration avant de se lancer dans le récit d'une des innombrables guerres gobelines que le vieil homme lui avait demandé d'étudier cette semaine.
« C'est en 1485 que Grignak le Borgne … »
Une minute s'écoula, puis une seconde et enfin une troisième sans qu'aucun châtiment n'intervienne. Altaïr dévisageait son tuteur qui suivait le texte dans son manuel afin de s'assurer qu'il ne fasse aucune erreur. Son expression était froissée, visiblement cela l'agaçait qu'il ne fasse si peu d'erreurs. Ce petit exercice était bien plus amusant quelques mois plus tôt lorsque le garçon bégayait tous les vingts mots.
« … C'est grâce à cette collaboration que Jasper Tudor a obtenu le titre de duc de Bedford la même année. »
Les lèvres de Cygnus se tordirent en une expression satisfaite. Altaïr avait visiblement fait une erreur et attendait avec tension le coup de canne qui ne tarderait pas à s'abattre sur ses mollets dénudés.
« Mauvaise conjugaison. Jasper Tudor obtient et non Jasper Tudor a obtenu. »
Altaïr se fit la réflexion que Cygnus cherchait vraiment la petite bête et cela l'agaçait énormément. En quoi cette petite erreur de conjugaison pourrait altérer sa compréhension de cette leçon. Cet exercice n'avait aucun intérêt si ce n'était pour servir de divertissement au sorcier.
D'un geste de la baguette, la canne de Cygnus s'abattit avec force sur ses précédentes plaies et Altaïr ne put retenir un gémissement plaintif de lui échapper. Cela contraria Cygnus qui fit léviter sa canne et d'un geste précis, frappa l'estomac de l'enfant en son centre. Le garçon s'effondra au sol, crachant et respirant avec force tout en agrippant les poils du tapis de la bibliothèque entre ses doigts. Il ne devait surtout pas lâcher un nouveau gémissement.
« Plus qu'un seul essai pour atteindre la fin du chapitre. »
Altaïr se redressa rapidement, ne souhaitant pas contrarier davantage son tuteur. Puis, il reprit là où il en était. Être continuellement interrompu dans son énoncé n'aidait pas non plus son cas.
« C'est grâce à cette collaboration que Jasper Tudor obtient le titre de duc de Bedford la même année. Six ans plus tard, le 18 mai 1491, un complot éclate dans son château. Trois de ses amis les plus proches, le conte Balvis, sa femme et le duc Ergi tente de l'assassiner dans son sommeil en faisant porter le chapeau à son neveu, Henri Tudor… »
Plus que quelques phrases et le chapitre serait terminé. Altaïr s'en réjouit d'avance tout en veillant à ne pas dissiper sa concentration. Cela lui arrivait de plus en plus souvent d'atteindre les objectifs que l'homme lui fixait, pourtant ce n'était pas systématique et cela le rendait nerveux.
« … A son décès treize en plus tard, son titre revient à son neveu en gage de remerciement pour sa loyauté durant toutes ces années. Ce dernier n'arrivera cependant pas à maintenir la paix que son oncle avait maintenu avec les gobelins. Trois en plus tard, il brise les accords passés avec Grignak et ce dernier, comme gage de vengeance déclencha la révolte de septembre 1494. Révolte aussi appelé la mutinerie de Bedford ou encore le soulèvement de la gué. »
Cygnus éclata de rire et Altaïr sut qu'il s'était planté.
« Sur le dernier mot. » se moqua méchamment l'adulte. « du gué, c'est un nom masculin idiot. La gué, c'est la meilleure celle-là. »
Altaïr serra ses poings de rage, n'aimant pas la moquerie et surtout, ne comprenant pas en quoi son erreur était si hilarante. Il ne savait même pas ce qu'était un gué, alors comment savoir si ce mot était déminin ou masculin.
« Ça fait donc dix erreurs. » jubila Cygnus. « Doloris ! »
Le garçon s'effondra au sol, se tordant de douleur. Le sortilège ne dura que quelques brèves secondes. Puis, le professeur quitta la pièce d'un pas guilleret.
Altaïr n'aurait jamais imaginé penser cela, mais les leçons de James lui manquaient affreusement.
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31 octobre 1986
Aujourd'hui, Altaïr avait neuf ans. Pourtant, il n'avait pas l'impression que cela changeait grand-chose à sa vie. Cygnus avait été aussi désagréable qu'à l'accoutumée, ses leçons étaient toujours aussi difficiles à suivre et même ses insomnies étaient les mêmes que les autres jours. Tout était similaire à la veille et serait similaire au lendemain.
Altaïr glissa ses mains dans ses poches et tâtonna le biscuit qui s'y trouvait, enveloppé d'un chiffon propre. Finalement, il y avait bien un événement sortant de l'ordinaire. Betty lui avait offert cinq cookies aux pépites de chocolat le matin même. Altaïr en avait mangé deux pour le petit déjeuner, puis un pour le dessert à midi et un autre au goûter de seize heures. Il n'avait jamais le droit de prendre de goûter ici, alors il avait beaucoup aimé avoir droit à une petite sucrerie entre deux cours aujourd'hui.
Il déballa précautionneusement le dernier biscuit de Moby de son emballage et le dégusta en observant les étoiles. Altaïr savoura quelques instants les saveurs éclater dans son palais et ferma même les yeux pour profiter un maximum du goût du chocolat. Il adorait le chocolat, Cygnus le savait et lui interdisait d'en manger.
Remus aussi aimait le chocolat, il lui en glissait toujours un dans le dos de James et surtout dans celui du Thomas qui était trop petit pour croquer les carreaux durs. Bien sûr, Remus ignorait qu'il partageait toujours son butin avec son jeune frère, même son chocolat.
En repensant à sa famille, un tendre sourire étira les lèvres de l'enfant avant de subitement disparaître. Quelques jours plus tôt, il avait dû accompagner Cygnus pour faire refaire sa garde robe. Ses vêtements lui étaient devenus trop petits et même s'il n'avait le droit de voir personne, le vieil homme continuait de baragouiner que c'était une honte de voir un Black dans de telles tenues.
Altaïr n'avait pas rouspéter. Il quittait si peu souvent du manoir que la moindre sortie devenait pour lui une expédition des plus palpitantes. Alors même passer trois heures à essayer des vêtements et écouter des vendeuses insupportables était devenu un plaisir pour lui.
C'est alors qu'il sortait d'une boutique de sur mesure dans laquelle Cygnus l'avait traîné, qu'Altaïr aperçut de l'autre côté de la rue un petit garçon au cheveux corbeaux en pagaille sur sa tête, un regard émeraude perçant et une cicatrice en forme d'éclair sur le front. Thomas n'avait pas changé d'un poil si ce n'était pour les quelques centimètres qu'il avait pris ou cette paire de lunettes circulaires qui trônaient fièrement sur son nez.
Leurs regards se croisèrent et le cœur d'Altaïr cessa de battre le temps d'une seconde. Une unique larme coula sur sa joue et l'autre enfant le fixa d'un air confus quelques secondes. Puis Il se retourna vers son père et le suivit dans la boutique de balais juste derrière eux, un grand sourire aux lèvres et le regard pétillant.
Thomas ne l'avait pas reconnu et Altaïr perdit pied. Son propre frère ne l'avait pas reconnu, son précieux petit-frère ne se souvenait plus de lui, il l'avait oublié. Thomas avait semblé si heureux en compagnie de James, juste eux deux, sans lui.
Les jambes d'Altaïr l'avaient lâché, ses yeux s'étaient humidifiés et étaient prêts à laisser couler de grosses larmes sur ses joues. Tout autour de lui semblait bouger à la fois incroyablement vite et lentement. Puis soudain, Altaïr reprit conscience de la situation en même temps que la baffe de Cygnus résonnait sur sa joue. Le petit garçon se releva avec précipitation et le suivit vers le Chaudron Baveur. Le vieil homme avait décidé qu'il était l'heure de rentrer et Altaïr en fut étrangement soulagé.
En repensant au regard curieux et rempli d'incompréhension que Thomas avait posé sur lui, Altaïr eut à nouveau l'impression de suffoquer. Espérer retrouver Thomas à Poudlard avait été sa raison de vivre. La raison qui le faisait tenir dans cet enfer. Parce qu'il n'était pas seul, parce que quelqu'un l'attendait, quelque part.
Mais maintenant, Altaïr comprenait à quel point il était seul. Son frère n'avait que trois ans lorsqu'il avait quitté le manoir et quatre lorsque leurs rencontres avaient cessé en même temps que Walburga était décédé. Alors il était évident que Thomas ne puisse pas se souvenir de lui, son visage lui avait peut-être vaguement dit quelque chose, d'où la curiosité qui avait illuminé son visage. Mais jamais le petit garçon ne pourrait se souvenir d'Altaïr Black né Potter, son grand-frère.
Altaïr rouvrit finalement les yeux et s'amusa à reconnaître les constellations dans le ciel afin de se changer les idées. Bien qu'il connaisse leurs noms, il avait parfois du mal à les reconnaître en pratique. Cela lui permettait de se changer les idées et d'oublier ses pensées morbides quelques instants.
Une dizaine d'aboiements au loin le fit se redresser mais il se calma rapidement en reconnaissant là les cris d'un chevreuil. Altaïr aimait grimper depuis le rebord de sa fenêtre sur le toit afin d'atteindre une parcelle de ce dernier qui était presque à l'horizontale. Cela lui permettait d'avoir une vue sur l'ensemble de la vallée et de surplomber la forêt environnante, tout en ayant peu de chance de glisser sur les tuiles.
Le froid lui transperçait la peau, ses doigts tremblaient dans ses poches, ses dents claquaient et ses lèvres étaient devenues bleues. Pourtant Altaïr ne se sentait jamais aussi bien que sur cette petite parcelle venteuse, c'était son refuge, sa cachette. Ici, Cygnus ne le retrouverait jamais et ne pourrait encore moins le rejoindre, il était trop vieux pour cela.
Il n'avait pas pris de mouchoirs et comme cela l'agaçait de plus en de renifler, il décida finalement de descendre de son perchoir afin de rejoindre son lit. Une fois debout, Altaïr porta une dernière fois son regard sur l'horizon et cela le rendit étrangement infiniment triste.
D'ici, le monde semblait si petit et lointain que ses problèmes semblaient risibles. Mais le garçon savait qu'une fois dans son lit, ses peurs, ses doutes, ses regrets, ses peines et ses crises d'angoisse reviendraient le hanter. Il n'avait même plus d'espoir auquel se raccrocher, Thomas ne se souvenait plus de leur promesse, il serait le seul à l'attendre à Poudlard.
La vie d'Altaïr n'avait aucun sens, il le réalisa maintenant. Pas de but, pas de rire, pas de bonheur, pas d'amis, pas de famille. Altaïr n'avait rien. Sa vie était incroyablement vide.
Puis, le garçon posa son regard sur le sol qu'il parvenait à peine à apercevoir à travers l'obscurité alentour, seul la lune éclairait quelques brins d'herbes se tortillant follement au gré du vent. Même cette maudite pelouse semblait avoir une vie plus palpitante que la sienne et cette pensée le fit éclater de rire. Puis les rires devinrent des sanglots et enfin des hurlements de détresse.
Lorsqu'il fut vidé de toutes les larmes de son corps et que sa gorge lui faisait mal à force de crier, Altaïr finit par se calmer doucement. Il posa une nouvelle fois son regard sur ces herbes qui le narguaient tant.
Le garçon avança d'un petit pas et sa respiration s'accélérera et son pouls s'emballa, cognant avec force contre ses tempes. Altaïr avait l'impression de reprendre vie et cela le grisa, alors il fit un second pas. Cette fois-ci l'angoisse reprit le devant et écartant petit à petit son adrénaline.
Altaïr recula soudainement, prenant pleinement conscience de ce qu'il était sur le point de faire. Terrorisé par ses actes, il voulut faire demi-tour. Mais apercevoir sa fenêtre et sa jolie cage dorée lui noua la gorge. Une nausée soudaine serra son estomac et Altaïr refit une nouvelle fois demi-tour. Il refusait de retourner dans son enfer.
Alors il prit une profonde inspiration et fit quelques pas en arrière , sans prendre de pause cette fois-ci. Puis, il sentit que son pied ne touchait plus les tuiles du toit, il avait trop reculé. Son corps chuta en arrière dans le vide. Le ciel s'éloignait petit à petit, les étoiles reposaient doucement dans l'obscurité et la lune brillait au loin. Altaïr ferma ses paupières, gravant cette image apaisante dans son esprit à tout jamais.
Puis, une douleur sourde lui arracha un hurlement silencieux. Il n'avait pas sauté assez loin et l'un de ses pieds avait rencontré le rebord d'un balcon quelconque. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, mais le choc avait suffit à le faire voltiger dans les airs et Altaïr se retrouvait désormais la tête la première dans sa chute.
Altaïr apercevait avec une étrange précision les brins d'herbe qu'il admirait quelques secondes plus tôt, mais qui le terrifiaient désormais. Il voulait garder l'image paisible des étoiles dans son esprit, pas cette terreur infinie qui l'envahissait alors que le sol se rapprochait bien trop rapidement à son goût.
Puis, tout cessa. L'herbe caressait son visage, mais le choc ne vint jamais. A la place, il fut doucement retourné et déposé sur le sol par une force invisible. Altaïr était à nouveau allongé face aux étoiles.
Quelques secondes s'écoulèrent. Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Puis, une tête d'elfe en larmes apparut dans son champ de vision et Altaïr comprit. Betty venait de lui sauver la vie.
A cette pensée, son cœur accéléra vivement dans sa poitrine et des larmes de soulagement lui échappèrent. Le garçon se releva vivement et agrippa Betty de toutes ses forces, les deux amis se serrant avec force, tentant vainement de se rassurer mutuellement.
Altaïr ignorait pourquoi, mais il se rendait enfin compte qu'une profonde envie de vivre vivait en lui. Même sans but, sans famille et si cela n'avait aucun sens, Altaïr voulait définitivement vivre. Il avait toute une vie pour trouver un but, se construire une famille et donner un sens à son existence.
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17 novembre 1986
Altaïr avait passé les deux semaines suivantes dans son cachot habituel. Cygnus avait appris d'un de ses elfes chargé de l'espionner, ce qu'il avait fait le soir de son anniversaire. Cela ne lui avait évidemment pas plus et jamais Altaïr n'avait subi une punition aussi terrifiante. Mais le pire avait été d'entendre les cris de Betty qui subissait elle aussi le Doloris par sa faute et son comportement irréfléchi.
Cygnus l'avait enfermé là si longtemps qu'il avait fini par y passer une nuit de pleine lune. Désormais, les blessures récoltées par son loup pendant celle-ci le tiraillaient tellement qu'il n'arrivait même plus à se mouvoir pour attraper la nourriture que Betty lui donnait. Certainement que les plaies s'étaient infectées avec toute la saleté et la poussière environnante.
Un «pop» sonore lui indiqua que la petite elfe de maison était apparue à ses côtés et ses plaintes lui faisaient comprendre qu'elle le suppliait de boire un peu d'eau. Mais Altaïr n'en avait pas la force. Il voulait simplement dormir, peut-être que cela ferait disparaître la douleur. Petit à petit, il sentit la douleur dans ses membres s'atténuer à sa grande surprise. C'était comme si son souhait devenait réalité. Pourtant Harry avait conscience de ne pas s'être endormi, il en était certain, alors pourquoi donc ne souffrait-il plus? Harry ouvrit difficilement un œil et vit Betty penchée au-dessus de son corps en train de lui lancer divers sorts elfiques et lui appliquer un baume cicatrisant sur ses plaies.
Il aurait voulu lui dire de partir, de ne pas le toucher, qu'elle allait avoir des ennuis si Cygnus la voyait agir ainsi. Mais Harry n'en eut pas le temps. Betty rabattit avec hâte son t-shirt sur son dos, retirant vivement ses mains de son dos blessé. Puis elle cacha la carafe d'eau dans un coin sombre de la cellule ainsi qu'une poire et un bout de pain. Puis elle disparut aussi rapidement qu'elle était apparu à ses côtés. Harry comprit bien vite la raison de son empressement. A l'autre bout du couloir résonnait la canne de Cygnus dans des claquements sonores.
L'homme l'observa quelques minutes en silence. Harry n'osa pas lui retourner son regard, il craignait bien trop la punition qui suivrait un tel geste de défiance. Le silence lui parut durer des heures, n'osant même pas respirer au risque de déplaire à son tuteur.
«Tu es une honte pour la famille Black.» fit Cygnus après son long moment de réflexion. «Mais tu es solide, plus que je ne le pensais.» Il semblait presque contrarier de ne pas le retrouver mort au fond de son cachot.
Cygnus tira de sa poche un petit trousseau de clés. Il ouvrit la grille du cachot et retourna sur le dos le garçon d'un geste du pied. Il refusait de toucher ce mioche dégoutant plus que cela. Harry osa enfin ouvrir un œil, l'autre était encore trop tuméfié pour pouvoir soulever ses paupières. La cellule était si sombre qu'il peinait à voir le plafond s'étendre au-dessus de lui. Pourtant, il ne fit pas l'erreur de chercher la seule source de lumière du regard; une lampe que Cygnus tenait en main.
«Si tu te tiens à carreau, tu pourras sortir de là dans trois jours. Après ça, tu seras confiné dans ta chambre pour le mois.» grinça Cygnus.
Harry voulut éclater de rire. Cygnus pensait-il réellement que si Betty ne lui apportait pas régulièrement de l'eau, il pourrait tenir dans ces conditions trois jours de plus? Harry se demandait si son tuteur était stupide pour tant se voiler la face ou si le voir souffrir ainsi pendant quelques jours était si amusant que l'insubordination de son elfe était insignifiante. Après réflexion, il ne voulait pas connaître la réponse, sachant qu'elle ne ferait que le blesser davantage. Alors Harry retint son rire, tentant de se focaliser sur ce qu'il pensait être le plafond ou peut-être juste une ombre. Il écoutait simplement le son de la porte métallique se refermant derrière Cygnus et le son de sa canne s'éloignant contre les pavés froids de la cave.
Puis, lorsque le silence l'engloba une fois de plus, Harry ne put plus se retenir. Et alors, il rit. Il rit à s'en faire mal aux abdominaux et à ses côtes déjà fêlées. Il rit jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Il rit jusqu'à ce que la douleur et la suffocation fut telle qu'il ne put que fermer les yeux et s'évanouir. Il boirait et mangerait plus tard, à son réveil parce que pour l'instant, il ne pouvait penser à rien d'autre qu'à son hilarité. Parce qu'il valait mieux rire que pleurer.
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20 juin 1988 (Un an et demi plus tard, Altaïr a 11 ans)
La veille, Cygnus avait jeté Altaïr dans la forêt en lui ordonnant de contrôler suffisamment son loup pour ne pas quitter les bois. Il voulait constater de ses propres yeux que le filtre lunaire avait correctement fonctionné. Altaïr ne comprenait pas vraiment pourquoi il ne l'avait pas fait plus tôt, cependant il n'osa pas poser la question à son tuteur.
Ce dernier voulait avant tout s'assurer qu'une fois à l'école, le garçon pourrait passer ses pleines lunes dans une forêt avoisinante sans éveiller de soupçons. Il était hors de question de prévenir l'équipe enseignante de sa condition, ça ne serait pas bon pour la réputation des Black.
Paniqué à l'idée de ne pas réussir à garder le contrôle sur le loup, Altaïr ne put pourtant rien faire face à la volonté et la baguette de son tuteur. Alors il se résigna à peut-être ne jamais se réveiller le lendemain. Il suffisait d'un seul campeur, villageois ou sorcier pour que les Aurors débarquent sur place et l'abattent à vue.
Pourtant, tout s'était très bien déroulé. Bien qu'il ne s'agissait pas réellement de contrôle, le loup était cependant influencé par ses souhaits. Ainsi, il ne s'était pas approché une seule fois de l'extérieur de la forêt, restant profondément terré dans les bois.
De plus, pas une seule nouvelle blessure ne parcourait son corps. Certes, la transformation restait extrêmement douloureuse et les courbatures d'avoir couru toute la nuit ne partirait pas aussi facilement. Mais d'un autre côté, cela lui faisait beaucoup de bien de ne pas se réveiller à côté d'une mare de sang.
Pourtant la joie fut de courte durée. A peine avait-il rejoint le manoir qu'Altaïr fut intercepté par Cygnus. Adieu l'espoir de pouvoir profiter d'une bonne douche chaude et peut-être même d'une sieste avant ses leçons du matin. Et bonjour la prise de tête dès le réveil.
Le sorcier le guida jusqu'à la bibliothèque dans un silence religieux. Une fois arrivée à destination, ce dernier attrapa une petite pile de livres qu'il avait préparé la veille pour son pupille. Altaïr les scruta quelques instants en fronçant des sourcils. Il était incertain quant à l'utilisation que son tuteur voulait qu'il en fasse.
« Ce sont les bases pour aller étudier à Durmstrang. Je compte sur toi pour connaître les bases du russe et de l'estonien avant ton départ. Tu as un mois et dix jours.
- Durmstrang. » murmura Altaïr comme s'il n'y croyait pas.
« Les leçons du matin et du soir seront annulées pour que tu puisses te concentrer sur les langues. Un ami viendra s'assurer que ton niveau soit suffisant d'ici deux semaines. »
Puis Cygnus quitta la pièce, abandonnant derrière lui Altaïr et ses dictionnaires. Le garçon porta son regard sur les ouvrages avant de les jeter avec brusquerie sur la table, comme si ces derniers l'avaient brulé.
Il refusait d'y croire, Cygnus n'avait pas pu lui faire cela. Thomas et lui s'étaient promis de se retrouver à Poudlard d'ici quelques années et maintenant, tout tombait à l'eau à cause de ce vieux sorciers décrépis. Sa seule occasion de revoir son petit-frère avant d'atteindre la majorité, et donc de pouvoir se déplacer comme il l'entendrait, venait de disparaître sous ses yeux en seulement quelques secondes.
Cygnus avait un don incroyable pour détruire sa vie petit à petit. Lui retirant chaque petit instant de bonheur du quotidien dès qu'il en avait l'occasion. Altaïr sentait une haine vorace envers cet homme bouillonnée en lui. Soudain, cette pièce lui semblait trop petite et étouffante. Sa respiration s'accéléra et sa vision se rétrécit.
Il n'en pouvait plus, il avait l'impression de pouvoir exploser à n'importe quel instant et cela le torturait de l'intérieur. Puis, sa main attrapa le premier objet qu'il lui tomba sous la main et le jeta contre la porte par laquelle Cygnus venait de passer. L'encrier éclaboussa le sol et les murs, mais cela Altaïr n'en avait cure. Il réitéra l'opération, lançant chaises, livres, plumes et parchemins à travers la salle.
Libérer ainsi ses pulsions et la haine qu'il accumulait depuis des mois et des mois le vida rapidement de ses forces et bientôt, il s'écroula contre le pied de son bureau. Altaïr tatta sa surface pour attirer à lui le plus petit des livres que Cygnus lui avait confié. Ironiquement, il s'agissait des seuls bouquins qui n'étaient pas passés entre ses mains colériques.
Peut-être que finalement, les choses étaient mieux ainsi. De toute façon, Thomas ne se souvenait ni de lui, ni de leur promesse. Et puis, jamais un Potter et un Black ne pourront être ami, la trahison de Sirius Black en était bel et bien la preuve. Il valait certainement mieux pour Thomas que leur chemin ne se croise pas avant un long moment.
Etrangement, cette pensée le soulagea tout autant qu'elle lui brisait le cœur. Il n'était pas de bonne fréquentation, Altaïr en avait conscience.
Oui, il en était convaincu. Passer sa scolarité à Durmstrang n'était peut-être pas une si mauvaise idée finalement.
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1er septembre 1988 (Altaïr a 11 ans, 1ère année à Durmstrang)
Altaïr dû se lever de bonne heure pour son départ vers Durmstrang. Il dû tout d'abord emprunter la Cheminette jusqu'au Ministère de la Magie Anglais. De là, il eut le choix entre deux options. Soit il voyagerait par Portoloin, soit une nouvelle fois grâce aux cheminées mais en empruntant cette fois-ci le réseau international. Altaïr n'hésita pas bien longtemps, choisissant aisément la seconde option. Depuis le décès de Walburga, il n'avait pas eu besoin de transplané et bien que le Portoloin ne dépendait pas de la volonté des sorciers pour l'emmener à bon port, le garçon s'en méfiait tout de même.
Altaïr rejoignit donc les larges âtres du Ministère, sans oublier de faire contrôler sa baguette et sa malle par un guichetier. Son départ était prévu pour 9h10, il sortit donc un livre de son petit sac à dos et s'installa sur un banc sous le regard scrutateur d'un des gardiens de la pièce. Mais Altaïr n'eut pas le temps d'aller bien loin dans sa lecture, à peine quelques pages, que déjà une voix nasillarde l'appelait.
«Mr Black, âtre numéro 3.» résonna la voix de la dame assise à l'accueil dans l'immense hall.
Altaïr rangea précautionneusement son bouquin, veillant à ne pas corner les coins en refermant son sac. Puis, il attrapa sa lourde valise et se dirigea vers la cheminée désignée. Le gardien s'approcha et l'aida à pousser la malle à ses côtés dans les cendres verdâtre. Altaïr le remercia poliment, bien qu'il aurait largement préféré que l'homme un sortilège de poids-plume sur la valise.
Le garçon attrapa une poignée de poudre de cheminette mise à disposition et la jeta à ses pieds:
«Port d'Amsterdam, hall des écoliers!» s'écria-t-il d'une voix claire. Aussitôt, il disparut du pays et réapparut bien des lieues plus loin, à des centaines mêmes! Le voyage fut le plus long qu'il nait jamais fait en Cheminette. Cinq minutes pourraient paraitre infime pour des Moldus pour une telle distance, mais pour un sorcier, c'était une longue durée à se faire tordre dans tous les sens.
Lorsqu'Altaïr eut enfin à nouveau les pieds sur terre, il eut bien du mal à ne pas vaciller. Le voyage lui avait fait tourner la tête et sa vision mis de longues secondes à redevenir clair. Il se força tout de même à sortir en vitesse de l'âtre. Altaïr ne tenait pas à devoir réceptionner sur ses épaules le prochain voyageur qui apparaîtrait. Avisée fut son intuition puisqu'il eut à peine le temps de s'écarter de quelques pas qu'un enfant fut éjectée avec force de la Cheminette. Visiblement, il avait eu plus de mal que Black pour tenter un atterrissage sur ses pieds.
Altaïr ne voulut pas paraitre impoli et cessa de dévisager l'écolier pour se diriger vers l'un des cinq bateaux à voiles amarrées dans cette partie du port magie d'Amsterdam. Sur chaque bateau était peint dans le bois le nom de Durmstrang en lettres dorées. Il ne saurait dire s'il s'agissait là de frégate, de vaisseaux ou d'autres navires à voiles, Altaïr ne connaissait que peu ce domaine. Tout ce qu'il aurait pu affirmer à cet instant, c'était que ces lourds navires dont les canons inusités rouillaient étaient si grand et majestueux qu'il se sentait plus petit encore qu'une fourmi. Prenant une grande inspiration, il se jeta à l'aventure et Altaïr décida de grimper dans celui du milieu, se faufilant entre les familles présentes sur le quai. Parfois, il devait jouer des épaules pour réussir à séparer quelques agglutinements ou familles terriblement nombreuses.
Altaïr se sentait perdu au milieu de tous ces étrangers. Mr Bolaf, un ami de Cygnus, lui avait appris les rudiments de la langue estonienne. Pourtant ici, Altaïr ne comprenait que peu de mots. Il avait la nette impression que peu d'élève était réellement Estoniens bien que les langues entendues semblassent tout de même provenir d'Europe de l'Est. Altaïr espérait seulement qu'une fois à l'école et mélangés, les autres étudiants discuteraient dans une langue commune et ne se regrouperait pas en des groupes selon leurs origines.
Le petit anglais finit par atteindre le navire visé et s'empressa d'y grimper. Bien qu'étant fait tout de bois, l'intérieur n'était pas pour autant rustre, bien au contraire. Dans les couloirs trônaient nombreux portraits de grands capitaines, parfois des commerciaux, des découvreurs ou encore de pirates. Ils suivirent ses mouvements tout du long de son trajet jusqu'à ce que le prochain élève entre derrière lui. Altaïr en profita pour se faufiler dans des escaliers à sa droite, très mal à l'aise face aux regards persistants des portraits. Il grimpa directement jusqu'au troisième étage, juste en-dessous du pont. Altaïr espérait bien avoir l'occasion d'y faire un tour pendant leurs longs voyages.
Il longea le couloir, cherchant une porte de cabine ouverte où il pourrait poser ses affaires. Bien que la plupart accueillît deux ou trois couchettes, la chance lui sourit et Altaïr trouva une cabine plus petite que les autres qui n'avait qu'un lit en son sein. Il s'empressa de glisser sa grosse malle sous la couche et ferma la porte derrière lui, fermant la porte à clé. Ainsi, il était sûr que même s'il venait à s'absenter, personne ne pourrait lui voler sa cabine ou pire, ses affaires! Le jeune sorcier retira ensuite ses chaussures et s'installa sur son matelas en tailleur. Il tira le petit rideau couvrant son hublot afin d'observer la foule s'agiter sur le quai.
Le bateau partirait d'ici une heure et bientôt Altaïr se félicita d'être venu si tôt. Lui qui avait eu du mal à se faufiler entre les familles une demi-heure plus tôt, il ne pourrait plus du tout passer d'un bout à l'autre du quai sans les bras forts d'un père pour tracer la voix dans la foule et les excuses polies d'une mère en fin de file pour éviter les conflits et les mésententes. Altaïr se sentit alors bien seul, assit sur sa petite couche, les genoux serrés contre son torse. Il aurait tant aimé voir apparaître au bout du quai Remus ou son frère. Ils lui manquaient temps et voir toutes ses familles pleurer et rire autour de lui ne faisait que le lui rappeler davantage.
Juste sous sa fenêtre, il vit un jeune garçon qui semblait lui aussi partir pour sa première année. Altaïr se dit qu'ils se ressemblaient un peu tous les deux, petits de taille, la peau pâle et les cheveux noirs, bouclés et pourtant en bataille. On aurait pu croire à un véritable Black perdu en Europe de l'Est si ses yeux n'avaient pas été bleus mais gris. Le garçon contemplait le bateau en reniflant, il semblait émerveillé par la construction mais aussi effrayé à l'idée de quitter son foyer. Leurs regards se croisèrent alors que le garçon faisait glisser son regard le long du navire. Si ce dernier détourna le regard en rougissant, Altaïr, lui, ne le quitta pas des yeux. Une main fine et gracile venait de se faufiler dans ses cheveux bouclés et cela accapara toute l'attention des deux garçons. Le jeune inconnu oublia complètement le regard qu'il venait de croiser à travers un hublot et toute sa gêne. Altaïr observa avec avidité la sorcière parler à son enfant, elle devait certainement descendre d'une lignée noble. La femme ressemblait beaucoup aux garçons, les mêmes cheveux, la même peau pâle, mais il se dégageait d'elle une forme de droiture et de rigueur que l'enfant ne possédait pas encore.
«Elle ressemble à maman.» chuchota Altaïr dans le silence de sa cabine.
Bien sûre, il n'avait jamais rencontré Aquila Black, sa mère. Mais Altaïr avait déjà vu quelques photos d'elles. Walburga n'était pas quelqu'un de nostalgique, elle n'avait gardé que peu de souvenir de ses enfants au Square Grimmaurd. Elle préférait se souvenir par elle-même et non dépendre de petits bouts de papiers, disait-elle. Ses histoires sur l'enfance d'Aquila n'en étaient pas moins intéressantes et palpitante, mais Altaïr aurait aimé pouvoir admirer plus souvent la beauté de sa mère. Remus, lui, prenait tout et n'importe quoi en photo. Il en avait des centaines dans des boîtes en carton au fond de son armoire et seules une poignée avaient eu le privilège de finir dans des albums photos.
Petit, lorsque James voulait faire une sortie père-fils avec Thomas, il arrivait souvent qu'il laisse Altaïr aux bons soins de Remus. James disait ne pas faire assez confiance en son fils aîné pour ne pas saccagé la maison en son absence. Pourtant, il ne se priait pas de le laisser toute la semaine seule avec son frère pour aller au travail. La logique de James avait toujours échappé à Altaïr. Toujours est-il qu'il avait passé des heures en attendant que son parrain rentre du travail en fouillant dans son armoire et étalant ses photos par terre. Elles étaient précieuses à Remus, alors le garçon avait toujours fait attention à ne pas les froisser ou laisser les empreintes de ses doigts dessus. Parfois en rentrant du travail, Remus s'assaillait en tailleur à ses côtés. Alors, Altaïr grimpait sur ses genoux et assis au creux de ses cuisses, il lui tendait sa sélection de photo. Il s'agissait toujours d'une dizaine tout au plus, mais c'était celle qu'Altaïr avait trouvé les plus belles et touchantes.
Parfois, il s'agissait de Lily assise sous un arbre en fleur au printemps dans le parc de Poudlard, d'autre fois d'Aquila assise dans un rocking-chair le berçant doucement au coin du feu. Mais toujours, ces photos concernaient les deux femmes qu'il considérait encore aujourd'hui comme ses deux mamans. L'une pour l'avoir mise au monde et accepté l'amitié d'un ancien Gryffondor et Maraudeur pour son bien, l'autre pour l'avoir élevé comme son fils et ne l'avoir jamais délaissé même après la naissance de Thomas. Altaïr les aimait toutes les deux profondément. Mais il n'avait jamais connu Aquila qu'à travers des photos et voir cette femme lui ressemblant tant chérir son fils ainsi devant ses yeux, c'était très difficile pour lui.
La dame se pencha en avant et embrassa le front de son petit garçon, le faisant rouspéter. Altaïr ne put deviner la cause de cette petite colère infantile, il ne pouvait les entendre sinon il aurait su que l'enfant râlait faussement pour une quelconque trace de rouge à lèvres. Mais s'en fut trop pour lui. Lui, jamais il n'aurait regardé sa mère avec cette colère après un baiser, même s'il revenait aux rires ensuite comme cet enfant. Lui, il n'admirerait pas ce stupide bateau plutôt que sa mère. Lui ne lâcherait pas sa main à cause des moqueries d'un groupe d'adolescent plus loin. Lui, il ne pourrait jamais regarder sa mère autrement qu'avec admiration, amour et dévotion.
Altaïr ferma avec brusquerie le petit rideau afin de couvrir la fenêtre et d'échapper à cette jalousie qui grandissait en lui. Il aura beau rêver, jamais Aquila Black n'apparaîtrait à la sortie d'un âtre de Cheminette, ni Remus, ni Thomas et ni personne. Altaïr se roula en boule sous sa fine couette et décida de faire une sieste en attendant le départ du bateau. Il n'était plus d'humeur à admirer la beauté du port et la cité sorcière s'étendant au loin.
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Lorsqu'il se réveilla, Altaïr eut un peu de mal à comprendre pour quelle raison il se faisait ainsi balloter de droite à gauche. Des coups soudain à sa porte le rappela bien vite sur terre. Il s'empressa d'ouvrir la porte de sa cabine, farfouillant ses poches pour trouver sa clé. Heureusement qu'elle n'avait pas glissé dans ses draps pendant son somme. Dans le couloir se tenait un vieux monsieur poussant un gros chariot faisant certainement deux ou trois fois son poids tant il était chargé. A ses côtés, la sorcière qui devait être sa compagne se pressa de lui tendre un plateau où elle disposa un bol de soupe, un verre de jus de citrouille, deux clémentines et deux cookies.
«Saumon ou bœuf?» demanda la dame, le couvant d'un regard attentif. «Ou les deux peut-être?» plaisanta-t-elle.
«Est-ce que c'est possible?»
La sorcière échangea un regard surpris avec son mari et ils finirent par échanger un sourire amusé. «Encore un qui n'a pas pris de petit déjeuner à cause du trac.» s'amusa l'homme alors que sa femme empila temps bien que mal les deux assiettes sur le plateau du jeune homme. Pour l'aider, Altaïr posa le plateau sur la petite table présente dans sa cabine et attrapa à la main les deux plats. L'un était de purée recouverte d'une sauce brune et de petits morceaux de viandes alors que dans un coin s'entassait des petits pois et des carottes. L'autre assiette contenait une colline de pâte au saumon et dont l'odeur alléchante fit gargouiller le ventre d'Altaïr.
Une fois qu'il fut servi, il remercia chaleureusement le vieux couple alors qu'il toquait à la porte suivante et qu'il refermait la sienne. Contrairement à ce qu'ils pensaient, Altaïr avait mangé un bon petit déjeuner le matin même. Au plus grand malheur de Cygnus, les elfes l'aimaient bien et lui avait préparer un véritable festin pour lui souhaiter bon voyage. Ils craignaient que leur jeune maître ne soit pas assez nourri à Poudlard. Mais ce n'était pas pour autant qu'Altaïr ne mourrait pas de faim. Depuis qu'il était devenu un loup-garou, il mangeait deux fois à lui tout seul la quantité pour deux hommes adultes. Remus, lui, mangeait au moins pour trois ou quatre s'il avait sauté un repas.
Le déjeuner était délicieux et Altaïr avait hâte d'arriver à Durmstrang si tous les repas seraient aussi bon.
Le voyage fut plus long qu'il ne l'avait imaginé. Harry avait lu dans l'histoire de Poudlard, lorsqu'il pensait encore que sa scolarité s'y déroulerait, que le train arrivait en gare de Pré-au-Lard en fin début de soirée, juste avant l'heure du dîner. Or, le même couple âgé réapparu à dix-huit heure trente pour lui servir son dîner. Cette fois-ci, il n'y avait qu'une seule option: un potage, un gratin de chou-fleur et une tarte à myrtille pour le dessert. Harry put cependant prendre deux bols de potage aux poireaux à son plus grand contentement.
Une fois son repas finit, il se pencha vers la fenêtre mais ne vit que la mer à perte de vue, bien que le continent soit difficilement visible au loin. Haut dans le ciel se discernait des milliers d'étoiles que le garçon s'amusa à énumérer de leurs noms. Il était un Black et devait depuis tout petit énumérer les constellations et étoiles constellant les nuits. Harry se fustigea quelque fois, n'arrivant pas à donner le nom d'un astre ou l'autre. Mais dans l'ensemble, il était plutôt fier de lui.
Tout à coup, il sentit le bateau se pencher et cela le fit glisser tout le long de son matelas jusqu'à finir plaquer contre le mur. Harry se pressa de revenir à la fenêtre, craignant que le bateau soit en train de couler, malgré qu'aucun choc ne se fit sentir. Mais c'était tout l'inverse qui se produisait. L'immense navire s'élevait petit à petit au-dessus du niveau de la mer, le bateau à sa droite faisant de même. Bientôt, le bateau fut à nouveau à l'horizontal, mais cette fois-ci à plusieurs centaines de mètres au-dessus du vide et une vingtaine de minutes plus tard, Harry survolait les Pays-Bas et un bout de l'Allemagne du Nord.
Harry observa avec émerveillement les petites lumières parsemant le pays, essayant de deviner les noms des villes en fonction de ses souvenirs des cartes que Cygnus lui avait fait lire. Ce ne fut que deux longues heures plus tard que les navires rejoignirent la mer à nouveau. Atterrissant avec délicatesse dans l'eau bien que créant de grosses vagues de part et d'autre des bateaux. Ce ne fut qu'une fois la mer apaisée que Harry se décida à se glisser sous ses draps, s'endormant en quelques minutes malgré l'excitation et la hâte d'être au lendemain et de découvrir sa nouvelle école.
XXXXXXX
Harry n'était pas un lève-tard. Pourtant ce fut le couple au chariot qui le sortit de ses songes en toquant à la porte. Ils lui servirent son petit-déjeuner, un mélange de sucré-salé.
«Excusez-moi, savez-vous l'heure de notre arrivée à Durmstrang.» Il n'était pas facile piur Harry de converser dans cette langue qui lui était inconnu jusqu'à il y a quelques semaines encore. Mais la dame lui sourit gentiment et lui répondit avec lenteur, bien consciente que ce n'était pas facile pour un étranger de comprendre un Estonien natif.
«Le bateau est loin des côtes désormais et il a accéléré son rythme durant la nuit. Nous arriverons peu avant midi. Vous aurez tout juste le temps de déposer vos affaires aux dortoirs et de rejoindre le réfectoire. Mais pas d'inquiétude, un professeur vous prendra en charge à votre arrivée.
- Merci Madame.» dit reconnaissant Harry, les laissant poursuivre leurs routes.
Il regarda rapidement l'heure à son poignet et constata qu'il était déjà huit heures trente. Il n'avait pas dormi aussi longtemps depuis bien longtemps. Mais avec l'excitation et le stress, il n'avait presque pas fermé l'œil de la nuit précédente. Ce somme lui avait fait un grand bien et il se sentait parfaitement revigoré.
Comme la dame au chariot lui l'avait dit, il n'eu à attendre qu'un peu moins de deux heures pour que le bateau décolle une nouvelle fois. Ils s'approchaient de la côte Estonienne et après une trentaine de minutes, ils entamèrent leurs descentes. Les navires atterrirent dans un immense lac bordé par des dizaines de kilomètres de forêt. Altaïr s'empressa de ranger son livre dans son sac et son pyjama qu'il avait laissé traîner sur un bout de son lit. Il avait déjà enfilé son uniforme. Puis, il suivit le flot des élèves, de préférence les plus petits qui semblaient eux aussi être en première année.
Mais pour l'instant, tous les élèves marchaient ensemble le long d'un large chemin de terre en grimpant une colline à la pente douce. Au sommet de celle-ci s'étendait de hauts remparts en pierre noire mais d'où étaient visibles les pointes et tours de plusieurs bâtiments. Durmstrang était imposante et se détachait aisément du paysage, dépassant largement les sapins pourtant centenaires qui l'entouraient.
Devant les remparts, Harry se sentit minuscule, telle une fourmi face à un menhir. Il prit une profonde inspiration avant d'imiter les élèves plus âgés autour de lui et de passer le voile opaque qui s'éparait l'enceinte de l'école de l'extérieur des remparts. Puis, tout comme ses congénères avant lui, il disparut de la vue de ses camarades le suivant. Harry se retourna et remarqua avec surprise que désormais, c'étaient les élèves derrière lui qu'il ne voyait plus. Il sourit, aimant voir une magie aussi puissante et protectrice à l'œuvre.
Lorsqu'il se remit en route, il vit alors se dresser devant lui l'école, grande et majestueuse. Elle était construite d'une pierre semblable à celle des remparts, noire comme l'obsidienne. Mais contrairement aux murs extérieurs, ceux-ci étaient si lisse qu'ils donnaient l'impression que l'école avait été construite d'un seul bloc et polie avec minutie. Des multitudes de tour se terminant en pointe aiguisée se détachait de ses murs et de son toit, ne la rendant que plus impressionnante. Altaïr était émerveillé par une telle beauté froide.
Chapitre 12
2 septembre 1988
Altaïr fut détourner de son observation de l'école bien trop rapidement à son goût, un homme au sommet d'une petite estrade en bois, certainement construite pour l'occasion, s'adressait aux étudiantes à l'aide d'une Sonorus.
«Élève de première année, par ici! Je vous demande de faire un rang de dix personnes pour que tout le monde puisse m'entendre correctement et ne pas être trop loin. Les autres élèves, vous avez quarante-cinq minutes de temps libre avant de rejoindre le réfectoire.» répétait-il en boucle.
Harry se glissa dans un rang incomplet proche de l'estrade, il ne restait plus que deux places à sa gauche. Celle-ci furent rapidement prise par deux garçons. L'un était grand et fin, avait un nez rond plutôt imposant, ses cheveux étaient brun clair et reflétaient les rayons du soleil, bien ses sourcils broussailleux soient un peu plus foncés. L'autre était petit, ses cheveux noirs et bouclés lui tombaient sur les épaules, il avait un regard bleu si clair qu'ils en étaient désagréablement perçant et sa peau était très pâle contrairement à celle de son ami. Harry fut surpris de reconnaître le garçon qu'il avait observé par le hublot du bateau la veille, sur le quai d'Amsterdam. Ce dernier sembla aussi le reconnaître et lui offrit un sourire chaleureux, se penchant en avant pour pouvoir le voir derrière son ami qui était entre eux.
«Salut, moi c'est Lev Kaminski et voici Viktor Krum.
- Altaïr Black.» dit simplement Harry, Walburga (par le passé) et désormais Cygnus étaient très clair quant à la façon dont il devait se présenter. Pour eux, c'était une honte que leur héritier se nomme Harry, alors il devait utiliser son troisième prénom dans la vie quotidienne. Il était mal à l'aise face au regard perçant de Lev et celui curieux de Viktor. Pourtant, son mutisme ne sembla pas calmer les ardeurs du garçon qui décida de poursuivre la conversation.
«On vient de Roumanie, on se connait depuis tout petits tous les deux. Et toi, d'où viens-tu?
- Angleterre.»
Aussitôt, Lev perdit son sourire et recula d'un pas. Viktor se décala légèrement, plaçant son ami derrière lui dans un geste protecteur. Son expression se fit méfiante. Altaïr observa leur comportement avec surprise, il ne comprenait pas cette méfiance soudaine. Être Anglais est-il une si mauvaise chose? Il ne comprenait pas. Il n'eut pas le temps de demander la raison de leur comportement aux deux garçons, le professeur perché sur son estrade venait de débuter son discours. Les deux Bulgares l'avaient aussitôt oublié et s'étaient focalisés sur l'homme.
«Bonjour et bienvenu à tous à Durmstrang!» s'exclama-t-il, sa voix amplifier résonnant dans la cour de l'école. «Je suis Mr. Georgiev, professeur de potions et de Magie Interdite théorique pour les septièmes années. Je serai également le responsable de votre promotion tout au long de votre scolarité. Vous serez répartis en différentes classes dès la semaine prochaine, en attendant, vous vous verrez attribués des groupes temporaires qui vous serons communiqué plus tard. Chaque classe aura un professeur principal, mais si vous rencontrer un souci à l'échelle de la promotion ou de l'école et non de votre classe, alors ce sera vers moi qu'il faudra se tourner. Mon bureau se situe au 1er sous-sol, juste à côté de ma salle de potion.»
«Je vais maintenant vous conduire jusqu'à vos dortoirs, puis vous aurez une quarantaine de minutes pour déposer vos affaires dans vos dortoirs. Je vous demanderai de me rejoindre devant votre bâtiment à 11h50, afin que nous puissions nous diriger vers le réfectoire tous ensemble.»
Une fois son discours achevé, Georgiev descendit de son estrade pour les guider vers l'une des grandes bâtisses derrière l'école. Il y en avait sept tout autour de Durmstrang, mais toutes à l'intérieur des remparts. Altaïr en déduisit que chaque année avait son dortoir, d'où le nombre de sept. Elles étaient toutes composées d'un gros carré centrale surmontée d'une haute tour centrale surmontée d'un chapeau arrondi pavé de petite tuile colorée de différente façon selon l'année. Celles du bâtiment de Harry étaient faite de violet d'une teinte qui lui rappelait les orchidées que Lily avait l'habitude d'exposée sur les rebords de ses fenêtres. A chaque coin du gros bloc central se trouvait quatre petites tourelles décorées de la même façon. La bâtisse à droite portait des tuiles bleu clair, peut-être était-ce un bleu layette, pensa Harry. Celui de gauche était vêtu de toiture rose qui tirait légèrement sur une teinte saumon.
Les murs de chaque dortoir étaient faits de pierres blanches ne rendant que la noirceur de Durmstrang et de ses remparts que plus profonde. En approchant du bâtiment blanc, Harry pu discerner sur la façade quelques gravures discrètes dans la roche, peintes avec de fins pinceaux de la même couleur que ses tuiles. Il se promit que lorsqu'il aurait un peu de temps libre, il ferait le tour des lieux pour contempler ces motifs discrets.
En contemplant la foule derrière lui, Harry se dit que le lieu semblait un peu petit pour accueillir la foule d'élèves. Pourtant tous ses doutes s'envolèrent en pénétrant les larges portes de bois. Ils pénétrèrent dans un grand vestibule composé de pleins de petits casiers. Harry en comprit rapidement l'utilité en voyant les élèves retirés leurs chaussures pour les y ranger. Il en fit de même, tirant du casier une paire de chaussons duveteux à l'intérieur mais en cuir à l'extérieur. Harry eut un petit sourire en constatant que la paire s'adapta à sa pointure lorsqu'il les enfila.
Puis, les étudiants rejoignirent une grande place centrale. Ici, les lieus avaient été agrandis par magie si bien que tous les élèves purent un peu défaire les rangs une fois à l'intérieur, s'écartant chacun de quelques pas. Georgiev monta quelques marches menant à un étage supérieur afin d'être visible de tous.
«Cet escalier mène à la tour centrale. Chaque étage donne sur un dortoir d'un côté du pallier et de l'autre sur les salles de bain et les toilettes. Ici se trouve la salle commune comme vous pouvez le voir.» Harry essaya d'observer les alentours mais c'était impossible pour lui, il ne voyait que les têtes de ses camarades s'étendre autour de lui, il haïssait sa petite taille.«Sont mis à votre disposition plusieurs canapés, des tables pour vous regrouper et divers jeux pour vous divertir. Dans chaque tourelle se trouvent des salles d'entraînement du côté Est et de petites bibliothèques à l'Ouest avec à chaque étage un thème différents pour travailler vos différents cours. Bien sûr, il y a deux autres bibliothèques, bien plus vaste, dans le bâtiment principal. Cependant l'une d'entre elle est réservée aux élèves de cinquième année et plus, vous n'y aurez donc pas accès pour l'instant.» Georgiev se coupa une seconde, semblant chercher où il s'était arrêté dans sa présentation des dortoirs.
«Je disais donc, qu'en haut de ces escaliers se trouvent les dortoirs. Vous trouverez sur chaque porte la liste des élèves qui y sont placés. Vous êtes répartis par ordre alphabétique.» Une vague de chuchotement pour la plupart mécontent se fit entendre. Il n'y en avait qu'une poignée qui semblait s'en réjouir, dont les deux garçons qui avaient abordé Harry un peu plus tôt. Il se souvint alors que leurs noms étaient Kaminski et Krum, certainement serait-il dans le même dortoir. «Je vais désormais vous appelez pour que vous puissiez vous dirigez vers vos dortoirs.»
Le silence s'installa à nouveau, personne ne voulait louper son nom lors de l'appel.
«Abav, Acrotiev, ..., Biestrok…» Harry sortit de ses pensées en entendant les premiers noms commençant par la lettre B être appelé, son tour arriva rapidement.«… Black, Blokia, …, votre dortoir est au dixième étage, je vous laisse le rejoindre.»
Harry suivit la trentaine d'élève qui se dirigeait devant lui vers les escaliers, se faufilant aux côtés de Georgiev, il fermait la marche. Il tira derrière lui sa grosse malle et remercia Derry, l'elfe de Cygnus, d'avoir bien voulu lancer un sortilège de poids-plume sur celle-ci. Sinon, il ignorait comment il aurait pu gravir les dix étages avec sa lourde valise qu'il avait déjà eu du mal à trainer jusqu'au salon du manoir en Angleterre.
Les élèves atteignirent leur étage bien plus rapidement qu'ils ne l'avaient imaginé, certainement grâce à une magie qu'ils ne connaissaient pas encore. Là, le pallier donnait sur deux portes. A droite se trouvait effectivement les sanitaires, comme l'avait expliqué Georgiev. À gauche, la porte donnait sur un long couloir. Il y avait trois autres portes, l'une tout de suite à gauche et l'autre juste en face, la dernière se trouvait au fond du long couloir. Sur chacune d'elle était accrochée un parchemin avec une liste de noms. Harry s'approcha de celle du fond, les autres élèves s'agglutinant déjà sur les deux premières portes. Son instinct fut bon puisque «Altaïr Black» apparaissait sur la cinquième ligne. Harry espérait seulement que l'école ne découvrirait jamais que Cygnus l'avait inscrit avec son troisième prénom et non sa réelle identitée.
Le garçon poussa la porte et découvrit à l'intérieur cinq lits superposés. Il aurait donc neufs compagnons de chambrés. Sur chaque lit était gravé un nom sur le bois du cadrant. Harry chercha minutieusement le sien et pâlit en découvrant qu'il s'agissait de celui tout au fond de la pièce. Certain s'estimerait chanceux d'avoir une grande fenêtre donnant sur la cour de l'école et le lever du soleil. Mais pas Harry. Il déposa sa malle au pied de son lit et soupira de soulagement en constatant qu'au moins, il avait le lit du dessous. Pas à pas, il fit le tour du lit et s'approcha lentement de la vitre constatant qu'il en était séparé de moins d'un mètre depuis le bord de son lit.
Harry se rapprocha légèrement du rebord et observa la cour déserte. Désormais, il était certain qu'il existait bel et bien un sortilège sur les escaliers car il était certain de ne pas avoir gravit plus d'une trentaine de mètres en si peu de temps. Peut-être même une quarantaine. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, sa tête tournait follement et Harry avait l'impression que le sol se rapprochait à vive allure. Il pouvait presque sentir la sensation du vent battant contre ses tempes tout comme deux ans plus tôt alors qu'il chutait du toit du manoir de Cygnus.
Soudain, un gros «boum» derrière lui le sortit de ses pensées. Harry sortit brusquement de ses vilaines pensées et fit vivement volte-face. Sa respiration était quelque peu erratique.
«Désolé, je ne voulais pas t'effrayer.» s'excusa une fillette. Elle venait de faire tomber le couvercle de sa valise sur le sol, quelques-unes de ses affaires s'éparpillant sur le sol. Visiblement, elle n'avait pas réussi à retenir le lourd couvercle avec ses petits bras. Le sortilège d'allègement avait dû se dissiper à l'ouverture de la malle.
Altaïr secoua la tête, essayant de se reprendre. «Pas de soucis.» marmonna-t-il, essayant de trouver les bons mots. La jeune fille sourit de soulagement et se redressa, reposant ses babioles sur le dessus de la pile de vêtement au sol.
«Salut, moi c'est Anna Blokia, j'espère qu'on s'entendra bien.
- Altaïr.» répondit simplement l'Anglais, serrant sa main. Il préférait ne pas crier sur tous les toits son nom anglophone après la réaction de Kaminski et Krum un peu plus tôt.
La jeune fille lui sourit et commença à faire la discussion. Harry essaya de suivre, mais fut rapidement perdu. Anna devait être une Estonienne car contrairement à Georgiev, elle parlait très vite et employait des expressions ou des termes que Harry ne comprit pas. Anna rit une dernière fois avant de se retourner, commençant à remplir son armoire. Harry en déduisit que celle calée entre le mur et le lit serait donc la sienne.
Pour pouvoir avoir de liberté de mouvement, Harry souleva sa malle et la posa sur son lit. Le placard n'était pas très large, à peine un demi-mètre de large, mais elle était bien plus grande une fois ouverte. C'était comme si elle s'enfonçait dans le mur afin de gagner de la place dans la pièce. Il rangea ses habits pour le week-end à droite, ses uniformes au milieu et empila ses livres, cahiers et babioles à gauche. Harry grimaça en apercevant l'armoire de sa camarade qui semblait bien mieux ranger que la sienne.
N'ayant pas l'envie de faire plus d'efforts pour le moment, Harry se dit qu'il rangerait mieux plus tard et que pour l'instant, sa façon un peu minimaliste de faire serait suffisante. Il poussa sa valise sous son lit et s'assit dessus, veillant à laisser ses pieds pendre à côté. Il ne voulait pas le salir avec ses chaussons, mêmes s'ils n'étaient pas vraiment sales pour l'instant. Harry attrapa un petit carnet qui avait été posé sur son coussin. Il s'agissait des règles de l'école et se dit que ce serait une bonne idée d'en commencer la lecture avant de devoir rejoindre Georgiev devant le bâtiment.
Pourtant un coup d'œil à sa montre lui fit comprendre que ce n'était pas une bonne idée. Il était déjà 11h45 et il ne lui restait plus que cinq minutes pour descendre. Harry glissa donc le carnet dans sa poche, sauta de son lit et s'apprêtait à se diriger vers la sortie lorsqu'Anna l'interpella.
«Est-ce que je peux mettre ma valise sous ton litavec la tienne?» Harry fronça les sourcils, il n'avait rien comprit. Tout d'abord, il ne s'attendait pas à ce qu'on lui parle et ensuite, l'Estonienne avait parlé encore plus rapidement qu'avant par peur qu'il s'en aille avant qu'elle ne puisse lui poser la question. «Ça te dérange?»
Cette fois-ci, Harry comprit la question et se dit que son froncement de sourcil avait été mal interprété. «Non, je n'ai pas parles vite.» s'excusa-t-il avec un sourire mal à l'aise. Il n'aimait pas se sentir si inférieur à ses camarades.
«Oh! » fit Anna avant de reprendre plus doucement et avec des gestes. «Je voulais savoir si je peux mettre ma valise avec la tienne. Je ne sais pas où la ranger sinon.
- Bien sûr.
- Merci!» s'exclama Anna, se retournant pour ranger sa malle.
Harry en profita pour s'éclipser, inquiet à l'idée que tous les Estoniens parlent si vite et qu'il ne comprenne rien à ses futurs cours. Il espérait que Georgiev soit son professeur de potions, au moins il comprendrait une classe.
Avant de quitter le bâtiment, Harry rangea ses chaussons dans son casier et récupéra ses bottines. Son nom avait été gravé sur la petite étagère. Au moins, il était certain que personne ne prendrait ses chaussons et qu'il n'aurait pas à partager ceux d'une autre personne qui aurait oublié où se trouve les siens. A l'extérieur, il y avait déjà une centaine d'élèves patientant aux côtés du responsable de leur année.
Bientôt, tous les élèves furent présents et Georgiev lança un sortilège de comptage sur ses étudiants afin de s'assurer qu'il n'y avait aucun absent. Il hocha de la tête, satisfait, avant de prendre la tête du groupe pour les guider jusqu'au réfectoire. Ils durent traverser toute la cour, le bâtiment des premières années se trouvant au fond de celle-ci. Puis, ils pénétrèrent dans l'école par l'entrée principale. Le réfectoire se trouvait juste à droite de l'entrée. Au moins, Altaïr était certain de ne pas se perdre pour le trouver. Mais en voyant le dédale de couloirs partant en tous sens autour de l'entrée, il jugea que ce ne serait pas la même chose pour trouver ses salles de classe.
Dans la cantine, toutes les tables étaient déjà remplies sauf une, tout à gauche. Il y en avait sept, une par année. Certains élèves firent de petits coucous de la main à quelques étudiants autour de Harry. Certainement des frères et sœurs de ses camarades. Harry s'installa tout au bout de sa table, il ne voulait pas se retrouver au milieu de deux groupes d'amis et être le seul à ne pas participer à la conversation. Une fois tous les élèves installés, Harry fixa son attention sur la grande table où devait certainement être installé les professeurs bien qu'elle soit à moitié vide. Certainement que la plupart d'entre eux viendrait demain ou dans les jours qui suivent, quand les classes commenceront.
Au bout de la table était installé le directeur. Harry le reconnut immédiatement. Igor Karkaroff était installé dans un grand siège avec des accoudoirs, le différenciant des autres professeurs. Karkaroff détaillaient les nouveaux arrivant de son regard noir et perçant. Il replaça d'une main portant plusieurs grosses bagues ses cheveux courts en arrière. De son autre main, il frottait distraitement son long bouc. Harry se dit qu'il semblait chercher quelque chose ou plutôt quelqu'un. Puis, le regard du directeur se posa sur lui sans plus le quitter. Le garçon se maudit d'avoir eu une si bonne prémonition, bien qu'il ne comprenne pas l'intérêt que Karkaroff lui portait.
Harry détourna bien vite le regard, le reportant sur les autres professeurs et fut désagréablement surpris en comprenant que la plupart d'entre eux l'observait aussi. Son cœur battait la chamade alors qu'il triturait nerveusement ses doigts sous la table. Il ne comprenait pas cette situation et il détestait cela. Ces adultes le fixaient de la même façon dont Viktor Krum et Lev Kaminski l'avait fait plus tôt. Harry tira de sur ses genoux l'une de ses mains, il avait gratté le bord de ses ongles si fort que son index saignait. Il essuya sa main sur sa serviette en papier, espérant que quelque chose détournerait bientôt l'attention des professeurs.
Ses prières furent étrangement exaucées par Igor Karkaroff lui-même. Il se dressa sur ses longues jambes fines, son lourd manteau de fourrure posé sur ses épaules ne le rendant que plus impressionnant. Harry prit alors conscience du silence qui englobait la pièce. Il y avait certes eu quelques salutations de la main ou des sourires échangés, mais personne n'avait pris la parole. Tous attendaient l'autorisation du directeur pour festoyer et attendaient dans un silence impatient.
«Bienvenu à toutes et tous pour cette nouvelle année à Durmstrang. Pour les nouveaux venus, je suis Igor Karkaroff, le directeur de cette école et voici vos futurs professeurs, bien qu'ils ne soient pas tous présents pour l'instant. J'ai habituellement pour habitude de parler du règlement de l'école. Mais cette année, nous avons plutôt préféré vous fournir à tous un récapitulatif de celui-ci. Certainement l'avez-vous déjà trouvé en déposant vos affaires dans vos dortoirs.»
Harry glissa sa main dans la poche de son pantalon, tapotant le carnet noir qu'il avait rangé dedans un peu plus tôt. Il s'était dit que ce serait une bonne idée de l'emporter s'il venait à finir son repas avant ses camarades pour pouvoir s'occuper.
«Mes collègues et moi-même avons pensé que cette piqure de rappel serait tout aussi utile aux nouveaux venus que pour les plus vieux d'entre vous.» Les élèves de septième année semblèrent se ratatiner sur leurs sièges, visiblement ils savaient ce que sous-entendait le directeur. «Maintenant que tout est dit, je vous souhaite un bon appétit! »
L'homme se rassit sous les applaudissements de ses étudiants. Les élèves attendirent que Karkaroff entame son repas pour commencer le leur. Si pendant les premières minutes, le silence pesait sur la salle, des chuchotements et discussions posées se firent rapidement entendre aux tables des plus âgés pour finalement se répandre dans toute la pièce. Harry qui pensait être tranquille au bout de sa table déchanta rapidement en entendant un garçon à sa droite lui parler bien trop énergiquement. Comme pour Anna, il ne comprenait pas grand-chose au baragouin de son interlocuteur et ce dernier se détourna heureusement bien vit de lui pour s'adresser à la personne à sa droite.
Harry savoura son repas et constata qu'il était encore bien meilleur que ceux que le vieux couple lui avait servis dans le bateau. À la fin du repas, les élèves partir chacun dans leurs coins en petits groupes. Georgiev ne semblant plus vouloir les guider par la suite, Harry comprit que le reste de la journée serait libre même pour les élèves. Il décida donc de partir à la recherche de la bibliothèque. À son plus grand soulagement, il trouva un petit plan glissé dans le livret regroupant les règles de l'école.
Le garçon dû cependant faire demi-tour à quelques reprises, remontant des escaliers qu'il venait de descendre ou jouer à pile ou face pour savoir s'il fallait désormais aller à droite ou à gauche. Finalement, Harry arriva devant deux larges portes dont l'une était ouverte en grand. Il y passa la tête et soupira de soulagement en découvrant qu'il s'agissait bel et bien de la bibliothèque.
Harry se dirigea vers une table vers le fond de la pièce. La bibliothèque était vide en se premier jour d'école et seule une sorcière âgée d'une vingtaine d'année l'occupait. Elle était assise derrière un large bureau en bois sombre, scrutant quelques parchemins, entouré par des piles de livres. Certainement faisait elle un inventaire des stocks. Elle l'observa traverser la bibliothèque d'un regard curieux. Même les élèves les plus assidus ne lui rendait pas visite aussi tôt dans l'année.
Harry s'installa en bout de table, accrochant à son dossier son lourd manteau de fourrure. Il posa devant lui le livret de l'école et tira d'une autre poche de son uniforme un stylo qu'il emportait toujours avec «au cas où», disait-il. Le garçon se félicita de cette précaution, bien qu'il n'ait pas pensé à prendre une feuille avec lui. Harry se contenta donc d'entourer les informations qui lui semblait intéressante, soulignait les mots qu'il ne comprenait pas ou faisait quelques annotations dans la marge. A la fin du carnet se trouvait quelques pages libres, certainement prévu pour une prise de notes.
Il y nota quelques informations qui lui semblaient essentielles:
« Couvre-feu à 21h, extinction des feux à 22h30, fin à 6h.
- Interdiction de sortir des remparts, demander autorisation pour aller dans la forêt qui n'est pas dans les limites de l'école.
- Sortie à la ville de Puhja une fois par mois (2ème week-end pour les premiers et deuxièmes années)
- Doit avoir la moyenne dans toutes les matières pour valider l'année. Peut redoubler une seule fois.
- Repas de 6h à 8h, 12h à 14h et 18h30 à 19h30.»
Et il y en avait bien d'autres. Pourtant, seul l'une d'entre elle inquiétait réellement le garçon. Seule une parcelle de la forêt était autorisée d'accès aux élèves. Il l'avait aperçu depuis la fenêtre de son dortoir, elle se trouvait juste derrière le bâtiment des premières années. Mais elle ne lui avait pas semblé bien grande et la grande muraille autour de l'école la coupait du reste des bois. Or Harry était un loup-garou et la pleine lune aurait lieu dans trois semaines et cela l'inquiétait beaucoup.
Cygnus avait été ferme sur sa décision, personne ne devait avoir conscience de sa lycanthropie. Mais Harry avait beau réfléchir, aucune solution ne lui venait à l'esprit. De plus, les professeurs vérifiaient-ils réellement que les étudiants soient tous dans leurs dortoirs après le couvre-feu? Ou bien était-ce simplement pour expliquer que si on se faisait prendre dehors, on pouvait recevoir une punition? Harry espérait que cela soit la seconde option. Autrement sa seule solution serait de s'enfermer derrière la petite porte de la salle de bain pendant toute la nuit et il n'était pas certain que cela suffise à bloquer son loup.
Harry lâcha un profond soupir. Il décida plutôt de se changer les idées et décida de plutôt se renseigner sur les mots qu'il n'avait pas compris lors de sa lecture. Il se leva donc de sa chaise, raclant le sol en brisant le silence et s'approcha de la bibliothécaire.
«Excusez-moi Madame, mais avez-vous un dictionnaire?»
La jeune femme réfléchit un instant en levant les yeux au ciel, fouillant sa mémoire. «Dans l'allée T, la neuvième étagère… Non, plutôt la dixième. Appelez-moi si vous n'arrivez pas à attraper un livre.»
Harry la remercia poliment et fut heureux que son indication soit la bonne. Il trouva un dictionnaire pour traduire de l'anglais à l'estonien ainsi qu'un autre uniquement en estonien. Il allait tenter de se servir du second pour l'instant et utiliserait l'autre s'il avait toujours du mal à comprendre une définition.
Harry finit de traduire les parties du règlement qu'il avait eu du mal à comprendre avant de se décider à prendre un roman dans une quelconque étagère, gardant les dictionnaires à côtés de lui.
Harry ne vit pas les heures défilées jusqu'à ce qu'un clocher résonne loin au-dessus de lui dans une quelconque tour de l'école. Il vérifia sa montre et remarqua qu'il était déjà 18h30, l'heure du dîner. Il alla ranger son livre, pas très intéressant mais utile pour améliorer son estonien. Il ne pensait pas revenir pour le finir, la fin était très prévisible. Harry alla ensuite ranger les deux gros dictionnaires et quitta finalement la bibliothèque, sans oublier de dire au revoir à sa gardienne.
Il trouva cette fois-ci son chemin bien plus facilement qu'à l'allée, se souvenant des statuts et tableaux qu'il avait vu plus tôt pour se situer. Le réfectoire se remplissait doucement, chacun rejoignant sa table. Harry reprit la même place qu'au midi, mais ces voisins étaient d'autres garçons que tantôt. Pourtant, ils ne lui portèrent aucune attention. Bientôt, la salle fut remplie et les portes se refermèrent, bien qu'il soit autorisé de partir avant la fin du dîner ou de venir en retard. Harry l'avait lu dans le règlement et il supposait que la petite porte encastrée dans la grande était dédié aux retardataires.
«Avant de débuter notre dîner, j'aimerai faire quelques annonces.» dit Karkaroff en se levant lentement. «Tout d'abord, pour les anciens élèves, vos responsables d'années vous accueilleront demain dans leurs bureaux afin de recevoir vos devoirs d'été. Vos professeurs les corrigeront pendant la semaine. Pour les nouveaux arrivants, vous aurez au cours de la semaine plusieurs petits examens. Non notés.» s'empressa-t-il d'ajouter afin d'éviter toute montée d'angoisse. « Vos résultats serviront simplement à la formation des classes, afin de permettre à chacun d'étudier au mieux entouré de camarades ayant un niveau équivalant au sien. Les listes des classes provisoires et de votre emploi du temps pour la semaine se trouvera dans le hall de votre salle commune. Bon appétit à tous!»
Harry finit son repas avant la plupart de ses camarades, n'ayant personne avec qui converser et perdre du temps. Pourtant, il attendit que les plus pressés quitte le réfectoire pour suivre l'exemple. Les grandes portes s'ouvrirent d'elles-mêmes au départ des premiers élèves. Bien que sa journée ne fût pas très remplie, Harry se sentait fatigué et il n'avait qu'une envie; rejoindre son lit.
Il ne s'autorisa qu'un court détour vers le tableau d'affichage de sa salle commune afin de découvrir son emploi du temps pour le lendemain. Son premier examen se déroulerait à dix heures, Harry n'aurait donc pas à se presser à son réveil. Puis, le garçon rejoignit les douches et pénétra dans la première cabine. Les dortoirs étaient encore vides à cette heure-ci et Harry profita pleinement du silence.
Il n'avait pas été entouré par temps de monde depuis des années et son ouïe sensible avait du mal à s'y habituer. Une terrible migraine pulsait contre ses tempes et chaque petit son provenant de l'extérieur ou de la salle commune semblait lui vriller les tympans. Harry s'empressa donc de se laver afin de pouvoir rejoindre son lit. Il n'oublia pas de prendre une potion pour son mal de crâne avant de s'enfouir sous sa couette. Le garçon rabattit le drap par-dessus sa tête pour avoir un minimum d'obscurité, le couvre-feu n'aurait pas lieu avant deux bonnes heures.
Il sombra rapidement dans un sommeil réparateur mais pourtant de courte durée. Ses camarades ne tardèrent pas à rejoindre le dortoir, cherchant leurs affaires de douches ou discutant en petit comité sur leurs lits pour faire connaissance. Harry tenta tant bien que mal de se rendormir, essayant d'oublier les chuchotements qui lui semblait pourtant être des cris. Il haïssait sa lycanthropie.
Pourtant, lorsque tous furent endormis et le dortoir plongé dans le noir, son calvaire ne fit que commencer. La respiration de ses camarades, le froissement des draps lorsqu'ils bougeaient, les battements de cœur de la fille au-dessus de lui, tout résonnait à ses oreilles sensibles. De plus, il n'était entouré que de nouvelles odeurs, des shampoings que Harry ne connaissait pas, une paire de pantoufle un peu trop odorante, un chat roulé en boule au pied de son maître, une lessive différente de celle que Betty utilisait.
La nuit s'annonçait longue et Harry en désespérait déjà.
XXXXXXX
Lundi 8 septembre
Harry observait le tableau d'affichage à l'entrée de la salle commune. Il était encore tôt et aucun autre élève n'avait encore quitté les dortoirs, le couvre-feu ne se lèverait que dans une dizaine de minutes. Le garçon parcourait du regard les noms inscrits sur chaque feuille, cherchant le sien avec hâte.
«Tania Moskov, Rik Aldeb… Classe B: Altaïr Black.» Il avait fini par le trouver.
Harry soupira de soulagement en trouvant son nom. Même si ça n'avait pas été le cas, ceci n'aurait pas été un gros problème. Georgiev les avait informés la veille que leurs emplois du temps seraient distribués au petit-déjeuner et le nom de leur classe figurerait dessus. Mais Harry, plus qu'avoir peur de ne pas réussir à rejoindre ses cours, avait craint d'avoir raté ses examens et de finir dans le dernier groupe. Son estonien encore hésitant allait être un véritable challenge à surmonter s'il voulait pouvoir progresser au même rythme que ses camarades.
A cause de son manque de vocabulaire, Harry avait dû passer plusieurs questions de ses examens ou avait dû répondre avec des mots simples, ne pouvant étaler toutes ses connaissances sur les différents sujets abordés. Alors finir dans la classe B était un soulagement pour lui. Visiblement, les professeurs s'étaient montrés cléments envers les fautes d'orthographe ou de grammaire de leurs étudiants. Satisfait, le garçon jeta un coup d'œil à sa vieille montre fendue. Un sourire nostalgique fleurit sur ses lèvres, le jour où Walburga l'avait laissé la prendre dans le coffre des Black resterait l'un de ses plus précieux souvenirs.
Harry reprit ses souvenirs lorsque du bruit se fit entendre aux étages supérieurs. Les lève-tôt commençaient à se réveiller et à se préparer pour la journée. Le clocher de l'école résonna au loin, signifiant que le couvre-feu prenait fin et que le réfectoire ouvrirait ses portes d'ici peu. L'adolescent réajusta son manteau de fourrure sur ses épaules, quitta ses chaussons pour enfiler ses chaussures de ville et quitta finalement le dortoir. L'air était frais pour une journée de septembre, mais le soleil brillait déjà au ras de la forêt avoisinante et réchauffait doucement son visage.
Harry prit lentement le chemin de la cantine, admirant le parc comme il en avait pris l'habitude depuis son arrivée à Durmstrang. Tous les matins, il aimait admirer le pré bien entretenu, les oiseaux voletants d'arbre en arbre et les hauts bâtiments s'élevant autour de lui. Harry aimait le calme des lieus alors que tous les élèves traînassaient encore au fond de leurs lits, peu d'entre eux suivaient son mode de vie en se levant si tôt.
Le réfectoire n'était qu'occuper que par quelques professeurs et moins d'une dizaine d'élèves lorsqu'il y arriva. Harry s'assit à sa place habituelle et se servit quelques cuillères d'une omelette aux pommes ainsi que deux tranches de pain qu'il beurra ou recouvrit de confiture à la mûre. Le fromage lui avait fait de l'œil, mais il en avait mangé la veille et aujourd'hui, Harry avait une envie de sucré. Le garçon avait toujours aimé le calme à son réveil. Lorsqu'il vivait encore chez James Potter, il se levait toujours une heure avant son petit-frère pour être certain de profiter pleinement de ce moment de quiétude. Depuis qu'il vivait chez les Black, Harry n'avait plus eu à se soucier du problème. Walburga était une femme paisible si on ne lui cherchait pas des poux et aimait lire son journal avant toute grande conversation. Ignatus était un lève-tard et Lucretia mettait toujours des heures à se préparer dans sa salle de bain alors même qu'elle ne se rendait jamais nulle part pendant la journée. Enfin, Cygnus préférait être n'importe où plutôt qu'aux côtés de Harry et s'arrangeait toujours pour être au Ministère avant que l'enfant ne se lève.
Mais à Durmstrang, cet instant de paix n'avait jamais eu autant de valeur. Harry avait du mal à se faire au bruit constant de ses paires autour de lui. Il dormait mal et avait souvent mal au crâne à la fin de sa journée. Se concentrer pendant ses examens avait été un défi alors que les étudiants stressés étaient pris de divers tics sonores: trépigner du pied sur le sol, mâchouiller la pointe de sa plume, tapoter des doigts sur la table, pester contre certaines questions à voix basse… La liste était longue et Harry avait eu tout le mal du monde à se concentrer. Il espérait pouvoir bientôt s'habituer à être entouré par tant de vie.
Harry se pressa de finir son repas lorsque les élèves commencèrent à affluer vers le réfectoire. Il se contenta d'attendre que Georgiev leur distribue les emplois du temps avant de filer vers la sortie. Le garçon jeta un coup d'œil à la liste de ses cours pour la journée, fourrant les manuels nécessaires dans son sac une fois à son dortoir. Puis il partit à la recherche de la salle de classe de son premier cours. Ce dernier ne commencerait pas avant une heure et demie, mais Harry saurait s'occuper en attendant huit heures trente.
Il aurait en première heure vie de classe. Cette heure-ci était essentiellement utile pour distribuer divers papiers aux élèves, discuter du règlement et présenter les différents cours. Si le responsable de sa promotion était Georgiev, son professeur principal était quant à lui son professeur de sport, Ovshinikova. Harry était surpris de l'existence de ce cours, il avait lu dans L'histoire de Poudlard que la seule activité physique imposée aux élèves en Angleterre était une heure de cours de vol en première année. Par la suite, seuls les élèves étant dans une équipe de Quidditch continuait à se dépenser physiquement.
Mais à Durmstrang, l'adage «un esprit sain dans un corps sain» avait une importance toute particulière. Harry sortit de sa poche son emploi du temps et constata qu'en effet, il y avait bien deux heures de sports réparties sur sa semaine. Il en profita pour vérifier qu'il se trouvait bien devant la bonne salle de classe pour sa première heure. Harry hocha de la tête de satisfaction lorsqu'il constata qu'il ne s'était pas perdu. Il poussa la porte et fut content qu'elle soit ouverte.
Harry voulut s'installer au troisième rang, près de la fenêtre. C'était la place idéale, il ne voulait pas être pris pour un premier de la classe en s'asseyant au premier rang, ni paraitre pour un élève perturbateur en s'installant au fond. Mais un plan de classe était accroché au tableau et selon celui-ci, il devait s'installer au dernier rang contre le mur.
«Kaminski, ça me dit quelque chose.» songea Harry en lisant le nom de la personne au bureau devant lui. «Ah oui, le gars de la rentrée.» se souvint-il après une minute de réflexion.
C'était l'un des deux garçons qui l'avait abordé à la sortie du bateau, juste avant que Georgiev ne commence son discours. Harry haussa des épaules, de toute façon le garçon n'avait pas semblé vouloir lui parler. Il ne comprenait toujours pas pourquoi l'attitude du Bulgare était devenue si hostile à son encontre lorsque Harry avait avoué être anglais. Il allait devoir faire des recherches sur cela plus tard. Même s'il ignorait si la bibliothèque pourrait lui apprendre quelque chose sur les mœurs bulgares.
En attendant le début du cours, Harry s'installa à son bureau et posa sa tête sur la table froide. Cela lui fit du bien, fermant les yeux pour profiter de la sensation. Il savait que ses migraines reprendraient dès que les élèves entreraient dans la classe, Harry voulait juste profiter un peu plus de ce calme avant la tempête.
Le lycanthrope faillit s'endormir, mais les premiers élèves pénétrèrent dans la classe et le tira de son demi-sommeil. Pourtant Harry ne se redressa pas, préférant fourrer son visage un peu plus profondément dans le creux de son coude. Comme si sa tranquillité n'était pas déjà assez perturbée, les élèves s'agglutinèrent autour de la table juste devant la sienne. Visiblement Kaminski s'était déjà fait beaucoup d'amis et ceux-ci discutaient bruyamment.
Heureusement, le reste des élèves ne tardèrent pas à arriver à leurs tours, rapidement suivit du professeur. Les élèves se levèrent en synchronisation, attendant que Ovshinikova leur permette de s'asseoir, ce qu'il fit d'un geste de la main nonchalant.
«Bonjour à tous.» débuta-t-il. «Je vois que tout le monde est présent.» remarqua le professeur en voyant toutes les places occupées. «Bien, donc pas besoin de faire l'appel, on va tout de suite commencer. Cette heure-ci, nous serons plutôt occupés, les prochaines heures de vie de classe seront plus calmes. On va commencer par la distribution de toute la paperasse, après nous discuterons un peu plus en profondeur du règlement et je répondrai à vos questions.»
Le professeur sortit de sa besace une grosse liasse de papier. Il la divisa en six petits tas et les donna à chaque rangée. Les élèves les firent passer et ceux en fin de file, dont Altaïr, rendirent le surplus au professeur.
«Ces papiers seront à rendre pour le prochain cours, lundi prochain. Il y a une fiche d'information que je copierai pour vos autres professeurs. Il est toujours plus agréable de connaître nos élèves un peu mieux afin de vous enseigner au mieux ou pouvoir vous aider en cas de besoin. Je ne copierai que la première page, le reste ne me concernera que moi, votre professeur principal ainsi que le responsable de votre promotion, Mr Georgiev. C'est surtout à propos de vos information personnelle, parents, adresse, qui contacter en cas d'urgence, etc…» expliqua-t-il en montrant de quelles pages il parlait.
«Ensuite, vous devrez choisir pour cette année deux options. La liste est indiquée en haute de la cinquième page.» indiqua Ovshinikova. «Vous aurez le choix entre runes théorique, arithmancie, astronomie, potions avancées ou arts martiaux que je préfère appelé un cours d'autodéfense. Oui, Miss …?» demanda le professeur à un élève qui levait la main.
«Barjow, monsieur.» Altaïr tiqua au nom, était-elle aussi anglaise? Pourtant Mr Barjow, qui tenait une boutique dans l'Allée des Embrumes n'avait pas de fille. «Qu'est-ce que les arts martiaux?»
Le professeur hocha la tête, s'attendant à cette question. Il s'adossa à son bureau, croisant les bras sur son torse.
«Il s'agit d'un mot moldu, je pense que peu d'entre vous le connaisse.» Plusieurs élèves grimacèrent à la mention d'une chose Moldus. «Il s'agit d'apprendre à se battre sans une baguette magique. De nombreux arts martiaux existent comme le karaté, le taijutsu, le taekwondo ou la boxe, même si ce n'est pas vraiment un art martial. Je vous laisse faire vos recherches si le sujet vous intéresse ou à me poser des questions à la fin du cours sur ce sujet. En fait, ce cours ne vous apprendra pas une seule façon de vous battre, c'est pourquoi je préfère l'appeler un cours d'autodéfense. Le but n'est pas d'apprendre à blesser, mais à savoir se défendre contre un agresseur.»
Un élève leva la main, Ovshinikova l'autorisa à parler, lui demanda son nom.
«Je m'appelle Lev Kaminski, monsieur.
- Bien, Mr Kaminski, quelle est votre question?
- Pourquoi apprendre à se défendre à mains nues alors qu'on a une baguette?
- Et si vous ne l'avez pas? Allez-vous vous laisser votre opposant vous utiliser comme un mannequin d'entraînement?
- Pourquoi ne l'aurais-je pas? Un sorcier doit toujours avoir sa baguette sur lui.» réfuta Lev, ne comprenant pas le point de vue de son professeur.
Ovshinikova sourit, il était visiblement habitué à ce type de question lors de la présentation de ce cours. Après tout, ils étaient dans une école d'élite dont la globalité des élèves sont des sangs-purs qui ne s'abaisseraient pas à apprendre une chose moldue. Ce n'était pas dans leurs mœurs.
«Vous n'êtes encore qu'en première année. Combien de sorts pouvez-vous lancer? De plus, vous ne pouvez pas utiliser votre baguette en dehors de l'école. Il y a beaucoup de situation ou ma baguette ne m'a pas servi, la dernière en date étant à la sortie d'un bar et moi n'arrivant pas à prononcer un seul sort correctement.»
Les élèves rirent à l'anecdote. Le professeur les laissa s'amuser, ne les reprenant pas immédiatement. Il attendit donc un instant avant de poursuivre.
«Dans tous les cas, vous avez encore le temps de réfléchir aux options que vous choisirez. Nous ferons un point à la fin du mois et si les matières ne vous plaisent pas, vous pourrez en changer. Après ça, vous devrez garder les mêmes options jusqu'à la troisième année. Après ça, certaines d'entre elles changeront. Par exemple pour les runes, vous pourrez vous spécialiser en runes de protection, de défense, de renforcement, etc… D'autres options seront également disponibles mais qui nécessite de bonnes bases dans d'autres matières, c'est pourquoi vous ne pouvez pas encore les choisir.»
Il feuilleta quelques instants les papiers qu'il venait de leurs distribuer, cherchant s'il devait encore ajouter quelque chose sur le sujet.
«Bien, si vous n'avez plus de question sur le sujet, nous pouvons passez à la suite.» Aucune main ne se leva. «Parfait! On va pouvoir parler de l'élection des délégués. Il y aura deux délégués, une fille et un garçon. Ça ne sera pas trop demandeur comme poste. Juste distribué des papiers si je ne peux pas le faire, faire l'appel avant chaque cours ou emmener un de vos camarades à l'infirmerie s'il se sent mal en cours. Généralement, on ne vous demande pas d'en faire plus. Mais les délégués devront tout de même essayer de bien s'entendre avec tout le monde ici, parfois les élèves parler à un camarade plutôt qu'à un professeur.» sourit gentiment Ovshinikova. «Des volontaires?»
Il y eut un blanc, les élèves se regardant avec malaise. Ils espéraient seulement que le professeur n'imposerait rien en choisissant aux hasards.
«Je m'en doutais.» soupira-t-il. «Si personne ne se désigne, nous voteront à l'aveugle et les personnes avec le plus de votes deviendront les deux délégués.»
Encore un silence. Puis une main se leva avec hésitation.
«Mr Kaminski, vous êtes volontaire?
- Oui, pourquoi pas.» haussa-t-il des épaules. Après ça, plusieurs mains se levèrent, toutes des filles.
Le professeur eut un sourire en coin, visiblement l'apparence du Bulgare le rendait plutôt populaire. Bien qu'il soit plus petit que la plupart des filles, son visage angélique et son regard pétillant en avaient déjà charmé quelques-unes. Ovshinikova inscrit le nom des volontaires au tableau et distribua des bouts de papiers vierges aux élèves. Altaïr fixa la liste un instant, il ne connaissait personne et ne se souvenait même pas de quel nom correspondait à quelle personne. Il inscrit donc le nom de Kaminski, le seul garçon s'étant présenté, et celui de la première fille en haut de la liste, ce sera donc Barjow.
Lorsque tout le monde eut fini, le professeur récupéra les papiers d'un coup de baguette. Les votes s'inscrivirent sur le tableau, Barjow avait gagné à une voix près contre une autre fille: Igniva.
«Bien, vos délégués pour cette année seront donc Miss Barjow et Mr Kaminski. Je compte sur vous deux pour prendre soin de la classe et vous autres pour respecter vos délégués.» sourit le professeur. «Maintenant, parlons un peu du règlement et de la vie à Durmstrang. Est-ce que vous avez tous lu le règlement cette semaine?» La plupart des élèves hochèrent la tête. «Bien, donc le plus important à retenir est que …»
Harry n'écouta le discours du professeur que d'une oreille. Il avait déjà lu le carnet fournit par l'école à trois reprises, s'assurant de ne rien faire de proscrit pendant sa scolarité. Il ne voulait pas s'attirer d'ennui et encore moins que cela remonte aux oreilles de Cygnus. Harry frissonna d'horreur en songeant à la punition qui l'attendrait en cas de faux pas. Il ne pouvait pas se le permettre.
La suite du cours fut plutôt ennuyeuse et les élèves furent heureux lorsque le professeur s'en alla. Quelques-uns se déplacèrent dans la salle, discutant de certaines règles dont Ovshinikova avait parlé et qu'ils trouvaient stupide. Mais tous se clamèrent lorsque le nouveau professeur arriva. Comme pour leur professeur principal, ils se levèrent poliment, attendant son autorisation pour se rassoir.
Les cours théoriques se déroulerait tous dans cette salle, elle leur était attitrée. Mais pour les potions, sortilège, métamorphose, botanique et duel, ils devront se rendre dans d'autres salles plus spacieuses et adaptées à l'apprentissage de ces matières. Ainsi, Harry n'aurait que la théorie de la magie noire, celle sur les créatures magiques, histoire et langues dans cette classe. Selon ses résultats aux tests, Harry allait devoir suivre les cours de russe et d'estonien. Il était dispensé d'anglais, tout comme d'autres élèves étaient dispensés des deux premières langues. C'est pourquoi une dizaine d'entre eux avaient quitté la classe pendant l'intercours, les natifs estoniens et ceux qui le parlaient depuis leurs naissances n'ayant pas besoin de suivre cette classe. Lev Kaminski en faisait partit, nota distraitement Harry. Ce n'était pas surprenant. La plupart des familles nobles d'Europ de l'Est sachant depuis leur naissance qu'elles enverraient leurs enfants à Durmstrang, elle leur apprenait la langue du pays depuis leur plus jeune âge.
Harry se reconcentra bien vite sur le cours, la professeure abordant déjà certaines notions qui lui étaient inconnues.
Chapitre 13
Samedi 13 septembre
«Nom: Black
Prénom:»
Harry se pinça les lèvres. Il était à peine à la deuxième case du formulaire qu'il devait remplir pour le lundi matin qu'il bloquait déjà. Son nom sur la porte d'entrée du dortoir était Harry Black, comme l'indiquait ses papiers d'identité. Mais Cygnus lui avait formellement interdit d'utiliser son prénom maintenant qu'il était un Black. Walburga aussi n'avait pas aimé le prénom Harry. Mais ce serait étrange que le prénom que Harry écrirait soit différent de celui fournit à l'école lors de son inscription.
«Prénom: Altaïr (Harry Remus Altaïr).» décida-t-il de couper la poire en deux.
Les autres questions furent plus simples: Date de naissance, adresse, nationalité, passions.Harry n'avait pas de passions. Il lisait beaucoup, pas par amour des livres, mais parce que Cygnus attendait cela de lui. Il voulut laisser la case vide, mais Harry craignait que cela n'attise la curiosité de son professeur.
«Qu'est-ce que j'aime faire?» songea-t-il. «Le Quidditch? Ça va faire cinq ans que je ne suis pas monté sur un balai. Etudier? Même si je ne suis bon qu'à ça, je n'aime pas particulièrement le faire. Les échecs? J'aimais bien jouer avec Remus, mais ce n'est pas amusant tout seul. Et avec Thomas, qu'est-ce que j'aimais faire?»
«Passions: cuisiner.» Harry avait aimé faire de la pâtisserie avec son frère, accompagnés de Moby et parfois même de Borgy s'il daignait quitter les serres.
«Famille: Père, Mère: Noms, Prénoms, Profession, Adresse, Situation familiale (si différente de l'étudiant)»
Harry barra la case, il n'avait pas de famille. Il n'avait que Cygnus, mais il ne correspondait pas aux catégories. Il inscrivit tout de même son nom dans la rebrique concernant la personne à contacter en cas d'urgence. Il passa à la seconde page, Harry grimaça en lisant le nom de la rebrique: santé.
Il n'avait pas d'allergie, il ne suivait pas de traitement nécessitant l'intervention de l'infirmière, ni n'avait de maladie chronique ou d'asthme. Non, Harry était un loup-garou. Il hésita longtemps à informer le corps enseignant de sa maladie. Mais Cygnus avait été clair. Il ne lui avait pas donné le filtre lunaire pour rien, c'était à Harry de réussir à se contrôler suffisamment pour que ça situation n'éveille personne. Mais ce n'était pas juste, il risquait de mettre en danger ses camarades, s'attaquer aux élèves par accident était bien pire que d'afficher publiquement son statut de lycanthrope. Cependant les menaces de Cygnus étaient encore bien présentes dans son esprit.
«Maladie: aucune.» Il avait fait son choix, à lui de l'assumer.
XXXXXXX
Lundi 15 septembre
«Black, pourriez-vous venir un instant?» demanda Ovshinikova vers la fin de l'heure de vie de classe.
Comme le professeur l'avait dit la séance précédente, le programme était bien moins chargé cette fois-ci et il avait laissé les élèves commencer à faire leurs devoirs en attendant la fin du cours. Ovshinikova en avait proposé pour feuilleter les dossiers de ses étudiants et celui de Black l'avait immédiatement intrigué. Ainsi, un élève anglais avait été accepté à Durmstrang, ce choix était plutôt étonnant de la part de Karkaroff, il ne portait pas ce pays dans son cœur. De plus, la première page était à moitié vide, pourtant Ovshinikova avait lu dans le dossier d'inscription du garçon que bien que sa mère fût sa responsable légale, sa tutelle avait été confié à un membre de leur famille à cause d'une «indisponibilité», bien qu'il ignore laquelle.
«Vous avez oublié de remplir cette case.» indiqua-t-il à voix basse pour que les autres élèves ne l'entendent pas. Pourtant Black répondit à voix haute, ne semblant pas se soucier du regard des autres élèves. Il semblait complètement indifférent à la situation.
«Je n'ai pas de parents monsieur, ce n'est pas un oubli.»
Ovshinikova fronça les sourcils alors que la classe se faisait de plus en plus silencieuse. Il était mal à l'aise, il aurait dû demander à Black de sortir pour discuter dans le couloir.
«Il est indiqué dans votre dossier d'inscription que votre garde est partagée entre votre mère et votre tuteur.» fit-il si bas qu'il doutait même que Black l'ait entendu.
«Je l'ignorais, je n'ai jamais rencontré ma mère.»
Ovshinikova voulut lui crier de baisser la voix, qu'il n'avait aucune notion d'intimité. Mais ça ne le concernait pas, c'était sa propre vie privée que le garçon dévoilait. Pourtant Harry ne fit pas attention à l'air perdu de son professeur et encore moins aux chuchotements derrière son dos. De toute façon, depuis que la rumeur de sa nationalité anglaise avait fait le tour de sa promotion, personne n'osait lui parler. Harry n'en comprenait toujours pas la raison, mais il s'en fichait un peu. De cette façon, il n'avait aucune distraction et pouvait se concentrer sur ses études comme Cygnus le voulait.
Harry attrapa le papier que son professeur avait toujours en main, attrapa la plume posée sur le bureau et compléta sa fiche de renseignent.
«Père:
Nom:?
Prénom:?
Date de naissance: Année 50, certainement.
Adresse:?
Profession:?
Mère:
Nom: Black
Prénom: Aquila
Date de naissance: 3 janvier 1953.
Adresse: Azkaban
Profession: prisonnière.»
«Cela suffira-t-ilprofesseur?»
Ovshinikova jeta un coup d'œil à la page, les sourcils froncés. Visiblement, il avait merdé avec ce gosse. Black n'attendit pas sa réponse, même s'il en demandait plus il ne saurait pas quoi écrire davantage. Le professeur ne l'interpella pas, le laissant faire. Ovshinikova était terriblement gêné par sa bévue, il s'était laissé influencé par les rumeurs des autres professeurs à propos de ce garçon.
Les cours n'avaient commencé que depuis une semaine et pourtant, nombreux étaient ceux qui parlaient du jeune Black en salle des professeurs. Ovshinikova ne l'avait eu qu'en sport, deux séances d'une heure à courir autour du parc de l'école. Ce n'était pas assez pour se faire une opinion du garçon qui lui avait certes semblé taciturne, mais plutôt passe-partout et se fondant parfaitement dans la masse des autres élèves avec des capacités moyenne. Mais les autres enseignants n'étaient pas du même avis.
Black était un élève consciencieux dans son travail et pourtant, ses collègues ne semblaient pas l'apprécier. Cela passait de sa professeure d'histoire que Black avait royalement ignorée lorsqu'elle lui avait posé une question, se contentant de la regarder dans le blanc des yeux sans prononcer un mot. Ou encore en métamorphose ou le garçon n'avait pas réussi à lancer un seul sort alors même qu'il avait eu des notes optimales aux examens de rentrée pour évaluer son niveau. Enfin, son chaudron avait explosé à deux reprises en potion dû à une négligence dans la préparation de ses ingrédients. Malgré la bévue de Harry, Georgiev, son professeur de potion, n'avait fait que relever son erreur lors d'une réunion des enseignants vendredi soir et n'avait pas été aussi médisants que d'autres. Black s'était fait remarquer dans la plupart de ses cours alors qu'il n'avait encore prononcé aucun mot en classe, aujourd'hui était la première fois que l'Anglais discutait avec un professeur.
Ovshinikova soupira, pourquoi ce gamin-là devait se retrouver dans la classe dont il était le responsable? Il n'avait pas eu de chance sur ce coup. Cependant, il ne négligerait pas son statut de professeur principal et il savait que si les choses continuaient ainsi, il allait devoir avoir une discussion avec Black. En feuilletant son dossier, Ovshinikova découvrit qu'il avait choisit les cours d'auto-défense en option. Bien, il allait pouvoir le surveiller d'un peu plus près lors de ce cours qu'il enseignait. Peu d'élèves choisissait cette option et bien que cela le désolait, il appréciait de pouvoir enseigner en petit comité.
Son regard se reporta sur Black qui était retourné sagement à sa place, reprenant sa rédaction d'un devoir quelconque. Ovshinikova soupira une nouvelle fois, Black semblait être une énigme, terriblement frustrante et pourtant, il avait envi de mieux le comprendre.
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Mardi 16 septembre
«Hey l'Anglais, va manger ailleurs c'est notre place ici.»
Harry fixa le garçon qui lui parlait avec froideur. Il mangeait à cette place à tous les repas, elle était optimale selon lui: en bout de table, la chaise la plus proche de la table des professeurs et donc loin des groupes les plus bruyants qui préféraient s'en éloigner. Harry savait très bien qu'Ivan Melnik et sa bande ne venait pas par ici habituellement.
«Bouge.» insista l'Ukrainien.
Harry porta son regard sur la table des professeurs, les plus proches avaient entendu la discussion mais ne semblait pas vouloir s'en mêler et les autres étaient trop occupés pour faire attention à eux. Melnik lui cherchait des noises depuis le premier jour. Si peu de personne semblait l'apprécier, la plupart l'ignorait. Il n'y avait que lui qui s'acharnait sur Harry, selon Ivan lui-même, un Anglais n'avait rien à faire à Durmstrang. Harry finit par se lever en soupirant, s'installant un peu plus loin. Il ignora complètement les ricanements d'Ivan et de son meilleur ami. Mieux valait ne pas faire de vagues pour l'instant.
Le garçon fut sorti de ses pensées par la distribution du courrier. Harry fut surpris de voir un hibou se poser devant lui, lui tendant sa patte d'un air guindé. Il reconnut immédiatement le hibou de Cygnus. Le lycanthrope déglutit difficilement, fixant avec crainte l'enveloppe. Harry s'y était attendu, il n'était que dans la deuxième classe, Cygnus attendait le meilleur de sa part et son échec devait terriblement le mettre en colère.
Il fut brutalement sorti de ses pensées lorsqu'une main s'abattit sur son épaule. Il n'avait pas remarqué qu'il fixait depuis une bonne minute le hibou sans bouger et que ce dernier piaffait d'énervement. Le contact soudain sur son bras lui tira un brusque geste de recul qui faillit le faire tomber de sa chaise. Harry fixa d'un air complètement perdu la camarade à sa droite, il avait dû mal à sortir de son étrange transe.
« Bon sang Black, occupe-toi de ton hibou, il est insupportable. » lui demanda, ou plutôt ordonna, le dit camarade.
Harry porta alors son regard sur l'oiseau brun toujours perché entre son assiette et un plat de pâtes et qui poussait de petits cris afin d'attirer son attention. Lorsque leurs regards se croisèrent, le hibou lui tendit impérieusement sa patte et à peine la missive décrochée que le volatile s'envola.
C'était bien la première fois que Harry recevait du courrier en dehors du journal local et de la Gazette anglaise, mais cela n'avait rien pour le réjouir. Il attrapa un couteau propre qui traînait sur la table et l'ouvrit précautionneusement. Harry craignait d'en découvrir le contenu, certainement des menaces pour les prochaines vacances lorsque Cygnus le verrait. Il trouva à l'intérieur de l'enveloppe un carré de papier, bien plus petit que ce à quoi il s'attendait. Sur ce dernier seules deux petites phrases étaient inscrites.
« 37ème place, tu me déçois. Reprends-toi. »
C'était étrange. Venant de son tuteur, Harry s'attendait à des pages d'insultes et de promesses de punitions ou au moins à une beuglante. Mais il n'eut même pas le temps de souffler de soulagement que le petit carré de parchemin s'embrasa subitement entre ses doigts et malgré d'excellents réflexes, il ne put l'éviter lorsque ce dernier sauta sur son bras et en embrasa la manche. Cygnus connaissait très bien sa phobie des flammes depuis l'incendie du manoir Prewett et savait comment le blesser aussi bien physiquement que psychologiquement. Si ces dernières n'étaient pas au bout d'une chandelle ou dans une cheminée, alors Harry préférait ne pas s'en approcher.
Il bondit sur ses pieds en même temps qu'il jetait son manteau dont la manche avait entièrement brûlé au sol. Cependant les flammes avaient atteint la manche de sa chemise et commençaient déjà à grignoter sa peau. Visiblement, Cygnus avait ensorcelé le courrier de tel sorte que le feu ne remonte pas plus haut que son bras droit. Heureusement, cela n'avait pas été son membre droit où un bandage cachait constamment le début de Marque des Ténèbres que Voldemort lui avait apposé la nuit de l'attaque des Potter.
Harry paniquait de plus en plus et ne savait plus du tout comment se sortir de cette situation. Lui qui restait habituellement de marbre peu importe la situation, perdait tous ses moyens sans réussir à réfléchir à une solution. Heureusement pour lui, le camarade qui lui avait adressé la parole un peu plus tôt prit les devants et lui renversa une carafe d'eau dessus. N'étant pas certain que cela suffise, il en attrapa une seconde, cette fois-ci remplie de jus de citrouille.
« Merci. » remercia Harry en anglais par automatisme.
Il fixait avec horreur sa manche brûlée qui dévoilait désormais sa peau, mais surtout les cicatrices qui partaient de son coude et remontaient jusqu'à son épaule, bien que les brûlures la cachent partiellement. Il croisa le regard inquiet de son camarade et Harry réalisa soudainement qu'il s'était complètement laissé aller. Certainement devait-il paraître misérable, debout au milieu du réfectoire en train de trembler comme une feuille, trempé jusqu'aux os et au bord des larmes.
Harry remarqua du coin de l'œil un professeur qui s'avançait à pas rapide vers lui. Il ferma brièvement les yeux, prit trois profondes inspirations avant de se tourner complètement vers lui. Désormais, le garçon avait l'air complètement calme bien qu'intérieurement, une tempête de sentiments se bousculaient en lui. Harry tentait tant bien que mal d'ignorer les centaines de regards qui le dévisageaient.
« Black, que vient-il de se passer ?
- Mon courrier était piégé. J'ai oublié de le contrôler avant de l'ouvrir. »
L'enseignant le fixa d'un air réprobateur, comme si c'était de sa faute si quelqu'un avait tenté de le brûler vif. Ce dernier finit par soupirer avant de lui faire signe de le suivre, visiblement cela ne l'arrangeait pas du tout d'avoir été l'adulte plus proche de lui au moment de l'incident. Il guida Harry jusqu'à l'infirmerie et expliqua à la médecin la situation avant de partir et de le laisser seul avec elle.
Cette dernière lui posa quelques questions quant à ses allergies ou à de quelconques réactions aux médicaments classiques avant de lui attraper le bras pour analyser la blessure de plus prêt. Elle grimaça en apercevant la chair brûlée avant de lui rendre son bras. L'infirmière se dirigea ensuite vers l'une des nombreuses étagères recouvrant le mur au fond de la pièce.
Harry en profita pour la détailler et réalisa que cette femme ne ressemblait en rien à l'infirmière qui s'occupait habituellement de lui à Ste-Mangouste. Elle était fine et grande, son chignon serré et ses lunettes rectangulaires lui donnaient un air strict que ses lèvres pincées ne faisaient que renforcer. L'infirmière n'avait rien de chaleureux ou d'accueillant, si bien que Harry était prêt à parier qu'elle ne devait pas avoir la visite de beaucoup d'élèves.
Elle revint vers lui avec plusieurs pommades et potions qu'elle lui fit ingurgiter rapidement. Quelques minutes plus tard, Harry sentit ses muscles se décrisper alors que la douleur s'en allait. L'infirmière attendit que la potion fasse complètement effet avant de passer un baume sur son bras, massant jusqu'à ce que les brûlures s'estompent pour ne laisser que de fines traces blanchâtres. La sorcière grimaça en apercevant les cicatrices bien plus anciennes qui apparaissaient petit à petit sous les marques de brûlures.
«Accident de désartibulation.» indiqua Harry en sentant son regard perçant sur son épaule.
L'infirmière se contenta de hocher la tête, le jeune lycanthrope apprécia de ne pas lire de pitié dans son regard. Juste la satisfaction de voir sa curiosité assouvie. Elle finit de bander son bras avant de se lever.
«Il faudra quelques jours encore pour que les cicatrices disparaissent complètement. Je vais vous chercher des médicaments en attendant, changez-vous.» ordonna l'infirmière en lui tendant une chemise de rechange.
Harry s'empressa de se changer avant que la femme ne revienne. Bien qu'il porte un marcel sous sa chemise à moitié brûlée, le garçon refusait de montrer les traces que Cygnus avait laissé et que son t-shirt ne pouvait pas cacher. La chemise était un peu trop grande pour lui, mais une fois rentrée dans son pantalon et les manches retroussées, cela ne dérangea pas davantage Harry.
« Vous devrez prendre cette potion tous les soirs pendant trois jours et celle-ci dès que la douleur revient. Prenez-vous votre douche le matin ou le soir ?
- Le soir, madame.
- Alors tous les soirs et après votre douche, vous passerez cette pommade sur vos plaies pendant une semaine, même si elles disparaissent avant ça. Je vous donne aussi quelques bandages pour les premiers jours, n'hésitez pas à les changer régulièrement. Il ne faut pas que votre bras s'infecte. » lui conseilla-t-elle en lui tendant un sachet en papier contenant ses médicaments. «Si vous ressentez la moindre anomalie, venez immédiatement me voir. Sinon, nous nous reverrons dans une semaine.»
Harry glissa ses médicaments dans son sac d'école, récupéra son manteau à moitié brûlé et quitta rapidement l'infirmerie avant de rejoindre sa salle de classe. Son cours de botanique avait commencé il y a plus d'une demi-heure.
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Samedi 20 septembre 1988
Une fois son petit-déjeuner fini, Harry se pressa vers la sortie du réfectoire afin de rejoindre sa salle de classe. Les samedis matin étaient réservés aux options, ainsi Harry avait donc de huit à dix heures cours d'auto-défense et en second temps deux heures d'arithmancie. Il avait longuement hésité entre les quatre options, chacune présentant des avantages et des inconvénients.
L'astronomie avait tout pour être sa matière forte et lui assurer de bonnes notes tout au long de l'année. Cependant Harry avait rapidement tiré une croix sur cela puisqu'il était avant tout ici pour étudier, et non se reposer. De plus, il étudiait le sujet depuis des années, d'abord avec Walburga, puis avec Cygnus. Les Black vouaient un étrange culte à cette branche de la magie. Cette matière ne lui apporterait donc aucune nouvelle connaissance avant plusieurs années. Il avait tout de même tenu à s'inscrire aux examens de cette matière, ainsi il pourrait avoir une bonne note sans même avoir besoin de suivre ou réviser cette matière. Harry avait demandé à son professeur principal s'il était possible de s'inscrire aux examens de certaines matières en candidat libre et bien qu'il fût surpris, Ovshinikova lui indiqua qu'aucune règle ne le lui interdisait.
Ensuite, Harry avait longuement hésité à choisir les sports de combat. Il était un lycanthrope et ses capacités physiques dépassaient celles des sorciers lambdas. Il avait déjà eu du mal à se caler au rythme de ses camarades en cours de sport, alors cela risquait d'être encore plus compliqué dans cette matière-là. Les chances pour qu'un incident se produise dans cette classe était forte et cela risquait de le mettre dans une situation compromettante. Cependant, cela lui permettrait de se défouler et d'extérioriser les sentiments qu'il gardait en lui par habitude en vivant auprès de Cygnus depuis si longtemps. Harry décida donc de choisir cette option puisqu'elle lui permettrait également d'apprendre à maîtriser sa force et de ne pas blesser d'autres sorciers par inadvertance.
Enfin, il avait dû se décider entre runes et arithmancie élémentaire. Harry avait toujours adoré les mathématiques Moldues et l'arithmancie était ce qui s'en rapprochait le plus chez les sorciers. D'autres part, il n'avait encore jamais eu l'occasion d'étudier les runes, Cygnus savait très bien que ce sujet le passionnerait et il avait par conséquent retiré les livres abordant le sujet de sa bibliothèque. Parfois Harry se demandait si d'eux deux, ce n'était pas son tuteur l'enfant. C'était puérile de le privé ainsi d'un enseignement alors que Cygnus était le premier à vouloir faire de lui un héritier modèle, bien qu'il ne le considérerait jamais ainsi.
Finalement, Harry décida de choisir l'arithmancie. Cette matière consistait à résoudre des problèmes et avoir un professeur à portée de mains pourrait s'avérer utile s'il venait à bloquer sur une équation. D'autre part, les bases des runes pouvaient facilement s'apprendre en autodidacte, il n'aurait qu'à choisir cette option en troisième année pour la partie pratique.
Harry arriva en premier dans la salle de classe réservée à son option. Il n'y avait ni table, ni tableau, indiquant bien qu'il ne s'agissait pas ici d'une matière cérébrale mais physique. Il s'installa dans un coin de la pièce, s'adossant contre le mur et sortant un livre de son sac pour s'occuper. Peu d'élèves rejoignirent la classe avant l'arrivée du professeur, cette matière n'était pas très populaire auprès des Sangs-Purs. Pour la plupart des sorciers et encore plus pour les aristocrates, se battre à mains nues était considéré comme dégradant et donc inutile.
Or, comme le professeur Ovshinikova leur avait expliqué lors de leur première heure de vie de classe, la plupart des sorciers étaient complètement désarmés sans leur baguette magique. Lors d'un duel, la fin du combat s'arrêtait là, les deux adversaires se serraient la main et repartaient chacun de leurs côtés. Cependant, ce n'était pas le cas dans la vraie vie. Certes, il était rare de devoir en venir à la baguette pour des aristocrates ou bureaucrates dans la vie de tous les jours, mais les possibilités n'étaient pas nulles. De plus, il existait des corps de métiers où cela était inévitable comme pour les Aurors, par exemple. Si Voldemort venait à réapparaître comme le croyait tant Cygnus, alors une nouvelle guerre éclaterait et Harry savait déjà qu'il y participerait forcément. Que cela se fasse dans un camp ou dans l'autre.
L'adolescent fut brutalement tiré de ses pensées lorsqu'un groupe d'étudiants plus bruyants que les autres pénétra dans la salle. Ils le regardèrent du coin de l'œil avant de chuchoter quelques mots en ukrainien et de ricaner bêtement. Altaïr haïssait par moment cette diversité culturelle qui caractérisait tant cette école. Il lui arrivait régulièrement d'entendre son nom dans des conversations sans pouvoir en comprendre le sens et cela l'horripilait au plus haut point. A quoi bon servait son ouïe lupine, s'il ne pouvait pas comprendre les conversations qu'il arrivait à espionner.
Ovshinikova ne tarda pas à les rejoindre et ses étudiants s'alignèrent en rang devant lui. Il les analysa quelques instants du regard, vérifiant qu'ils étaient bel et bien tous présents. Satisfait de constater qu'aucuns retardataires n'étaient absent, il décida de commencer le cours.
« Nous allons commencer par l'échauffement. Que tout le monde me fasse dix tours de salle. »
Aussitôt, les adolescents se mirent à courir le long des murs. La salle était ridiculement grande pour les vingt élèves qui y avaient cours. Harry se plaça au centre de la file et cala son rythme et sa respiration sur ceux de ses camarades. Il devait continuellement faire attention à ne pas paraître trop à l'aise dans les domaines sportifs et cela s'avérait bien plus difficile qu'il ne l'avait pensé. Ce n'était pas seulement faire attention à ne blesser personne, mais aussi avoir l'air aussi épuisé qu'eux en fin d'heure, ne pas enchaîner les exercices de musculation trop rapidement ou encore faire semblant de ne pas réussir du premier coup les exercices.
Il s'agissait bien plus d'une classe d'acting pour lui qu'une classe de sport.
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Harry aperçut dans la bibliothèque les deux garçons qui avaient rigolé dans son dos le matin même. Ils étaient installés en compagnie de quelques autres élèves de la promotion. Il s'approcha d'une fille assise en bout de table, la tête plongée dans une pile de parchemins. Elle ne semblait pas très organisée et plutôt bordélique.
« Excuse-moi. » Une fois qu'il avait son attention, il poursuivit. « Tu es bien ukrainienne, n'est-ce-pas ? »
Elle fronça des sourcils quelques secondes, ne comprenant pas immédiatement sa question. Bien que son niveau d'estonien à l'écrit et à l'écoute se soit bien amélioré depuis le début du mois, Harry n'avait pas beaucoup pratiqué son oral. Cela avait pour conséquence que son accent était vraiment terrible et les autres étudiants avaient souvent un peu de mal à le comprendre, les rares fois où il leur adressait la parole.
« Oui, pourquoi ?
- Est-ce que tu pourrais me dire ce que veut dire ублюдок з нечистою кров'ю ? » (ublyudok z nechystoyu krov'yu) (nda: Merci Google trad ' )
L'étudiante rougit instantanément. Apparemment elle avait compris qu'il s'agissait d'une phrase qu'il avait intercepté dans une conversation parlant de lui. Elle tourna son regard vers ses camarades ukrainiens assis à côté d'elle, espérant que quelqu'un la tire de cette conversation gênante. Cependant, les autres enfants se contentèrent de la fixer en retour, curieux de savoir ce qu'il allait se passer ensuite. Seuls Ivan et Lukas affichaient une expression différente, ils avaient à la fois l'air livide et honteux. Apparemment ces mots venaient d'eux.
« Je sais que ce sont des insultes. » ajouta Harry, comme pour la convaincre qu'il ne la tiendrait responsable de rien.
« Bâtard au sang impur. » chuchota-t-elle finalement.
Harry resta quelques instants silencieux, analysant sa réponse et cela mis la sorcière d'autant plus mal à l'aise.
« Je ne m'attendais pas à ça. »
Harry ne semblait réellement pas comprendre pourquoi est-ce que ses camarades avaient dit cela de lui. Il n'avait pas l'air en colère ou indigné, juste un peu perdu. Harry avait reçu bien des insultes dans sa vie en Angleterre, mais jamais on ne lui avait reproché cela. Alors la jeune Ukrainienne prit son courage à deux mains et décida de lui expliquer.
« Tu n'as pas de parents, alors on pensait que… enfin que tu es peut-être un…
- …un bâtard. » termina pour elle Altaïr. « Vous pensez que je suis le fils d'un Black et d'une Moldue ? »
Il tourna cette fois-ci son regard sur l'ensemble de la tablée et le silence qui lui répondit était plus que révélateur. Harry n'avait jamais pensé qu'en gardant l'identité de ses parents secrète, Cygnus lui collerait l'étiquette d'un bâtard sur le front. Cependant il comprenait le raisonnement. Les Sang-Purs étaient particulièrement fiers de leurs origines et de leurs alliances maritales. Alors ne pas crier haut et fort qu'un héritier venait de naître au sein d'une famille était plutôt incompréhensible.
« Ma mère est en prison et mon père est mort. A sa mort et comme je ne pourrai de toute façon pas être héritier de sa famille et que celle de ma mère est plus importante, j'ai pris son nom. Ils voulaient attendre la fin de la guerre pour officialiser leur mariage, mais ils n'en ont pas eu le temps. »
Ce n'était qu'un demi-mensonge. Aquila était bel et bien en prison quant à James, même s'il était vivant, il aurait pu être décédé que cela n'aurait rien changé pour Harry. Enfin, l'intention de départ de leurs grands-parents était effectivement d'attendre la fin de la guerre pour officialiser les choses. Le fait que James jetterait son épouse en prison n'avait simplement pas été envisagé.
Le silence s'alourdit d'autant plus autour de la table. Cependant Harry ne comprenait pas vraiment pourquoi ils avaient tous l'air si gênés. Il ne leur en voulait pas. Apparemment tout le monde pensait ainsi ici, alors ce n'était pas vraiment de leur faute.
« Merci, pour la réponse. »
La jeune fille hocha simplement de la tête pour lui indiquer que ce n'était rien. Puis, Altaïr tourna son regard vers les deux garçons qui l'avaient insulté le matin même et souffla simplement en anglais « Always Pure ». Il s'agissait après tout de la devise familiale des Black, ce serait une honte que leur propre héritier ne la respecte pas.
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Mercredi 1er octobre 1988
Harry était d'humeur exécrable ces temps-ci. Il avait l'impression que tout autour de lui était fait pour l'agacer. Il était devenu le bouc-émissaire de sa promotion simplement parce qu'il n'était pas comme eux, il n'était pas slave, pas très social, peu bavard et physiquement plutôt singulier.
Bien qu'on ne l'insulte que peu en public, Harry pouvait tout de même entendre les ricanements et les messes-basses des autres élèves. Il avait déjà retrouvé certaines de ses affaires dans les toilettes des dortoirs et lorsqu'il avait tenté de s'en protéger en piégeant sa mâle, les professeurs l'avaient grondé pour avoir tenté de nuire à ses camarades. Visiblement, ce n'était pas d'être un Black qui lui était reproché, les slaves ne s'intéressant que peu aux familles britanniques. Mais être Anglais était suffisant pour s'en attirer les foudres, aussi bien celles des élèves que des professeurs. Il n'y avait bien que Georgiev qui ne semblait pas le détesté pour ce qu'il était mais pour ses faibles capacités en potions et Ovshinikova qui lui parlait comme à n'importe quel autre élève.
Avec le recul, Harry se demandait si c'était pour cela que Cygnus l'avait envoyé ici. A Poudlard, la plupart des autres élèves n'auraient jamais osé l'embêter par peur des représailles. Mais à Durmstrang, il était loin d'avoir la position sociale la plus avantageuse. Entre les enfants des Ministres, des milliardaires, les princes et les princesses, il était loin d'être le seul héritier riche des environs. Même si cela venait à contrarier Cygnus, ce dont Harry doutait fortement, le Lord ne pourrait certainement pas grand-chose pour lui si ce n'était de le retirer de l'école.
Mais de cela Harry pouvait s'en accommoder. Il avait l'habitude des brimades et des insultes avec Cygnus. Cependant, ce qu'il ne supportait pas, c'était les insultes que les autres étudiants lançaient sur sa mère. Il n'avait pas fallu très longtemps avant que sa discussion avec les élèves Ukrainiens de sa classe ne parvienne aux oreilles des autres élèves. Quelques jours de plus suffirent à ce que tous fassent le lien entre sa mère emprisonnée pendant la guerre et Aquila Black. Or ici, dans l'école d'Igor Karkaroff, un traître de Voldemort, les Mangemorts n'étaient pas très appréciés. Les étudiants étaient loyaux envers leur directeur, tout comme les professeurs.
Petit à petit, Harry atteignait les limites de son self-contrôle qui n'avaient jamais été très difficiles à franchir. Et comme si cela ne suffisait pas, il venait de passer une journée terriblement frustrante. Il avait encore une fois foirée sa potion en première heure, tout ça parce que ses racines de pisse-lions étaient mal découpées. Georgiev lui avait passé un terrible savon pour sa négligence et ses camarades de classe avait ricané dans son dos pendant le reste du cours. Harry avait dû se rendre ensuite à l'infirmerie pour soigner le bout de ses doigts qui avait été brûler par l'explosion, il n'avait pas osé en faire part à Georgiev de risque de l'énervé davantage. L'Anglais avait donc loupé son cours de sport, sa matière favorite pour l'instant tant elle ne lui demandait presque aucun effort pour paraître inaperçu.
Puis tout avait continué à merder en cours de métamorphose. La professeur l'avait mis en groupe avec Ivan Melnik, le garçon qui le haïssait certainement le plus dans l'école et qui était bien le seul à le harceler de face et non à lui faire des crasses dans son dos. L'Ukrainien avait passé les deux heures suivantes à se moquer de son incapacité à transformer sa plume en verre à pied, lui donnant au mieux la forme d'un bol avec des plumes. L'après-midi n'avait pas été mieux, ses progrès en russe bien qu'étant fulgurant restait en-dessous du niveau des autres élèves et le professeur d'estonien n'avait pas apprécié le peu d'effort qu'il mettait à pratiquer son oral.
Du mouvement à sa droite lui fit lever les yeux vers l'un de ses camarades qui marchaient dans sa direction. Préférant ne pas avoir à faire pour le moment à Ivan Melnik, Harry rassembla ses affaires et se leva rapidement. Il ne prit même pas la peine de les ranger dans son sac, glissant simplement ses livres et parchemins sous son bras. De toute façon Harry ne voulait pas faire de bruit dans la bibliothèque, son seul refuge pour trouver un peu de calme dans cette école.
Harry eut à peine le temps de franchir le pas de la bibliothèque avant d'être rattrapé. Il avait naïvement pensé qu'en le voyant se lever, le garçon abandonnerait et le laisserait tranquille. Apparemment, il s'était fourvoyé. Ivan marcha quelques pas à ses côtés, un sourire moqueur aux lèvres. Mais en remarquant que Harry ne réagissait aucunement à sa présence, il accéléra le pas avant de se planter devant lui. L'anglais tenta de le contourner mais le garçon le bloqua une nouvelle fois.
« C'est vrai que t'as peur du feu ? »
Quelques élèves tournèrent leur attention vers eux, friands de potins et excités à l'idée qu'une bagarre éclate d'ici quelques instants. Melnik avait de bons résultats en duel et personne n'était vraiment du côté d'un Anglais. Harry tenta de l'ignorer et fit demi-tour.
« T'es une tapette Black, je suis sûr que ta mère se sent bien mieux là où elle est plutôt qu'à devoir éduquer une chiffe molle comme toi. » insista-t-il méchamment.
Harry se figea. Ivan savait où appuyer pour faire mal, c'était bien là l'un de ses rares talents, selon lui. Lorsqu'il avait laissé échapper que sa mère était en prison depuis la guerre qui avait frappé la Grande-Bretagne dix ans plus tôt, Harry n'avait pas pensé qu'il ne faudrait pas longtemps à ces derniers pour retrouver l'identité de celle-ci. Ils vivaient dans une école d'élites où trouver un ouvrage abordant le sujet des familles sorcières et leur arbre généalogique n'était pas difficile à dégotter.
Désormais, le principal sujet des moqueries n'était plus sa taille anormalement grande, ses origines anglaises ou son mutisme volontaire, mais Aquila Black. Sa folle de mère qui avait tué des dizaines, voire des centaines de Moldus et de Nés-Moldus. Celle-là même qui avait préféré la guerre à son fils. Harry avait toujours ressenti de l'amertume lorsqu'il pensait à sa mère, cependant ces derniers temps cette dernière avait été remplacée par de la colère et de la haine. Si elle n'avait pas été une aussi mauvaise mère, alors Harry ne serait pas là à devoir subir les moqueries des autres élèves.
Décidant qu'il s'était laissé faire bien trop longtemps et surtout complètement sur les nerfs, il craqua. Harry avait besoin d'extérioriser ses sentiments et cela venait généralement avec une crise de colère de sa part.
« Incendio »
Le sort était sorti si naturellement de sa bouche que cela effraya quelque peu Harry. La dernière fois qu'il avait eu le loisir de produire du feu grâce à la magie, des sorciers étaient morts. Certes cela n'avait été en rien intentionnel, cependant la peur de perdre le contrôle une nouvelle fois ne le quittait pas. Mais Altaïr devait faire taire cette rumeur stupide qui ne faisait que le poursuivre depuis que Cygnus lui avait envoyé une lettre piégée il y a quelques semaines.
Ivan esquiva de justesse en se jetant sur le côté, cependant Harry n'en resta pas là et réitéra son sortilège. C'était de la magie bien trop avancé pour que son adversaire puisse s'en défendre avec seulement un mois et demi de cours derrière lui. Cependant l'Anglais n'en avait cure, l'idée de blesser ce garçon ne le dérangeait pas, il s'en fichait même royalement. Il voulait juste faire cesser toutes cette haine dirigée injustement à son encontre et qu'on le laisse en paix.
« Incendio ! Incendio ! Incendio ! »
Ivan Melnik était décidément très doué pour l'esquive. Les quelques étudiants présents dans les couloirs s'étaient vivement reculés et apparemment, aucun d'eux n'avait l'air de vouloir s'interposer. Agacé de ne pas réussir à le toucher, Harry décida de passer un cran au-dessus. Il n'avait jamais eu le temps de pratiquer ce maléfice, cependant il avait beaucoup lu à ce sujet à la suite de l'incendie du manoir Prewett.
« Feudeym… »
Harry se stoppa net dans sa prononciation lorsqu'un étudiant se plaça entre lui et Ivan, les bras en croix et prêt à servir de bouclier à son ami. Le Black le reconnut sans mal, il s'agissait de l'ami de Ivan et qui le suivait à la trace partout où il allait. Lukas Boyko ne l'avait plus embêté depuis leur discussion dans la bibliothèque à propos de ses origines. Bien qu'il ne se soit jamais interposé entre Ivan et lui, Harry n'avait pas vraiment de raison pour lui en vouloir.
Il garda son regard fixé dans celui de Lukas quelques instants et cela le fascina tout autant que ça le répugnait d'y lire de la peur. Non, pas de la peur. C'était une profonde terreur qui écarquillait le regard de Boyko. Harry baissa doucement sa baguette et Boyko se détendit imperceptiblement.
« Tu devrais apprendre à ton ami à ne pas faire chier plus fort que lui. »
Sa voix était rendue rauque par la présence du loup qui envahissait doucement son esprit. Il le sentait hurlé afin de lui laisser la place et réduire à néant la source du stress qu'il venait de subir. Préférant ne pas rester ici plus longtemps, Harry tourna des talons, la tête haute et un sourire fier au coin des lèvres. Il avait enfin pu relâcher un peu de la pression qu'il subissait ces derniers temps. Et puis, il refusait de laisser les autres étudiants être témoin du tumulte d'émotions qui le troublait.
Le glamour qui protégeait ses iris vacillait sous la pression de sa magie sauvage. Mais Harry n'en fit pas grand cas. Il planta effrontément son regard rougeoyant dans ceux de tous ceux qui osaient le défier. Harry en avait marre de devoir se cacher.
Chapitre 14
Jeudi 9 octobre 1988
Tous les mardi et jeudis matin, l'ensemble des premières années avaient cours de sport dans le parc de l'école. On pouvait alors les y apercevoir courir autour du lac, effectuer des exercices de musculation en coordination avec leur professeur ou encore en train de faire du crawl, mais seulement en été pour cette dernière activité.
Ce jeudi n'était en rien différent pour Harry si ce n'était pour une blessure à la jambe. Il avait été attaqué la veille dans un couloir et un sortilège de brise-os avait cassé sa cheville. Rien que l'infirmière ne puisse pas réparer rapidement, mais il boitillait encore un peu ce matin et elle lui avait formellement interdit d'aller en cours de sport. Enfin ça, elle ne le lui avait pas dit mais en avait informé son professeur. Certainement que pour l'infirmière, il était évident que le garçon n'irait pas en cours de sport. Cela n'avait pas semblé aussi logique pour Harry, on ne lui avait jamais permis d'éviter une tâche à cause d'une blessure, il ne comprenait pas.
Ovshinikova l'avait aperçu en train de courir au milieu des élèves, légèrement à la traîne contrairement aux précédents cours. Le professeur s'était empressé de le rejoindre et de le tirer par l'oreille jusqu'à son promontoire d'où il surveillait la classe. L'élève ne l'écoutait que d'une oreille, préférant observer ses camarades courir à en cracher leurs poumons sous une pluie torrentielle. Ces derniers le regardaient avec envie, bien à l'abri de l'eau sous le parapluie de son professeur qui avait enfin cessé de crier.
Ovshinikova finit par lui invoquer un second parapluie et le congédia. Harry ne broncha pas, bien qu'il aurait préféré rester à l'extérieur pour courir avec ses camarades. Il aimait la pluie, il la trouvait rassurante et cela le calmait souvent de sentir les gouttes tomber sur sa peau lorsqu'il était en colère. Or ces derniers temps, Harry avait l'impression d'être constamment en colère et se voir dispenser de son cours préféré ne faisait que le contrarier davantage.
Cependant, il préférait ne pas désobéir à son professeur et rejoignit son dortoir afin de prendre une douche chaude avant de se rendre aux cours de potions qui suivraient celui de sport. Harry aurait ainsi le temps de préparer en amont son chaudron et ses ingrédients utiles à la préparation d'un filtre de Dragole, le remède de la Dragoncelle.
Leur professeur, Mr Georgiev, indiquait à chaque fin de cours le sujet de la leçon suivante. Cela permettait aux élèves de faire des recherches sur ce thème, bien que l'enseignant approfondît toujours le sujet en début d'heure.
En arrivant dans l'un des laboratoires réservés aux premiers années, Harry remarqua que Georgiev était déjà présent. Cependant ce dernier ne lui porta aucune attention et resta plongé dans sa pile de parchemins, certainement des essais rendus par l'une de ses classes.
Black déposa son sac et son manteau sur un plan de travail au fond de la salle. C'était bien là le seul cours où les places n'étaient pas attitrés et cela était plutôt agréable
Harry se dirigea ensuite vers la réserve afin d'y sélectionner les ingrédients qui lui seraient utiles à la préparation de sa potion. Puis, il retourna à sa table et commença à désosser un crâne de grenouille tout en veillant à ne briser aucun os. Le crâne devait rester parfaitement intact.
Bien qu'il avait adoré préparer des potions avec son arrière-grand-père Arcturus lorsqu'il vivait encore chez Walburga, cette matière était devenue la matière qui lui posaient le plus de problème désormais. Ce n'était en rien lié à son talent dans cette matière puisqu'il parvenait à mémoriser facilement les recettes ou encore à gribouiller sur des coins de parchemins de nouvelles idées de potions. Non, Harry aurait facilement pu devenir un excellent potionniste.
Cependant, vivre si longtemps sous le joug de Cygnus ne l'avait pas laissé indemne. Son tuteur lui avait jeté bien trop de Doloris pour que cela reste sans conséquence, bien qu'il ne l'ait jamais torturé jusqu'à atteindre le point de non-retour. Cygnus n'était pas comme sa fille Bellatrix, il ne tirait aucun plaisir à observer sa victime plonger dans la folie. Il aimait que Harry reste pleinement conscient et sain d'esprit.
Mais bien que les sortilèges ne duraient jamais plus de dix secondes et n'altéraient en rien ses capacités mentales, son corps en subissait bel et bien le contrecoup. Cela faisait des mois que Harry en observait les conséquences et si de prime abord, cela ne l'avait pas réellement inquiété, il en était désormais tout autre.
Le Doloris était un sortilège qui attaquait directement le système nerveux, mais aussi les muscles de la victime. Harry avait lu quelques livres à ce sujet et il imaginait pouvoir s'estimer heureux que dans son cas, les effets secondaires étaient de simples tremblements dans ses membres supérieurs ou des crampes qui le prenaient parfois dans son sommeil.
Sa condition tendait même à s'améliorer depuis qu'il ne vivait plus sous la menace de Cygnus. Ces spasmes n'atteignaient plus que ses doigts ou en de rares cas ses jambes lorsqu'il restait inactif trop longtemps. Il lui suffisait alors de trépigner du pied pour qu'en quelques minutes, la douleur et les tremblements disparaissent.
Cependant, ses mains étaient une toute autre paire de manches et l'adolescent avait bien conscience que cet état pourrait être définitif. Certainement que s'il n'avait pas autant apprécié la botanique et les potions, cela ne l'aurait pas tant dérangé. Bien sûr, il pouvait très bien dépoter, remporter, arroser ou planter des plans et des graines, mais il en allait autrement lorsqu'il s'agissait de tailler des pousses ou de récolter avec précisions la sève d'un arbuste.
De même pour les potions, Harry avait l'impression de découper encore plus lentement qu'à ses sept ans et cela devait certainement être le cas. Les seules tâches pour lesquelles ses talents dans ce domaine lui étaient encore utiles étaient pour écraser ou broyer des ingrédients ou bien pour touiller ses mixtures. Autant dire que ses notes en théorie se devaient de compenser ses notes de pratique.
Bien que la botanique ne fût pas l'une des matières principales du cursus. Les potions étaient quant à elles la matière occupant le plus de créneaux dans son emploi du temps et Altaïr redoutait déjà les notes de fin de semestre. Il misait donc principalement dans les examens écrits pour ces deux matières.
Plongée dans ses pensées, l'étudiant porta moins d'attention à sa tâche et accéléra naturellement le rythme. Mal lui en prit puisque son couteau trancha un peu trop profondément la chaire de la grenouille et quelques liquides répugnants imbiba doucement ses doigts.
Tentant vainement de ne pas s'énerver, Altaïr essuya ses mains sur un torchon avant d'attraper une nouvelle tête de grenouille. Cependant, il perdit à nouveau rapidement patience et cette fois-ci les petits os éclatèrent dans sa main. Altaïr s'énerva et renversa sa table d'un geste de la main sans même s'en rendre compte.
« Fuck ! » s'écria-t-il dans sa langue maternelle.
Un simple « Silence » et un claquement agacé de la langue lui répondit et Harry se souvint alors d'où il se trouvait et qu'il n'était pas seul. L'air détaché de Georgiev qui n'avait toujours pas quitté ses parchemins des yeux agaça d'autant plus l'adolescent. Ce dernier agita rapidement sa baguette afin de tout remettre en place.
Harry attrapa son manteau et détala comme un lapin. Il se moquait bien de recevoir un blâme pour sécher un cours, il voulait juste rejoindre son dortoir et s'enfouir au fond de sa couette jusqu'au lendemain matin. Il ne remarqua pas le regard discret de Georgiev qui l'analysait d'un air curieux. Cet étudiant n'était vraiment pas banal. Puis, le regard du professeur glissa sur sa main, il s'était coupé lorsque son couteau avait glissé trop profondément dans le corps de la grenouille.
«Attendez!» s'exclama le professeur alors que Harry franchissait le pas de la porte.
L'enfant se stoppa par automatisme. Son corps avait appris à agir avant sa tête dans ce genre de cas, il se maudit de son fichu réflexe à écouter bêtement les ordres qu'on lui donnait par habitude. Georgiev quitta enfin son siège et attrapa son bras, ignorant la crispation des on élève.
«Allons à l'infirmerie.»
Harry soupira, il avait l'impression de passer son temps à l'infirmerie depuis son arrivée à Durmstrang. Bientôt, il aurait même son lit attitré si cela continuait ainsi.
«Je peux me soigner tout seul.»
Le professeur claqua sa langue contre son palais d'agacement. Mais plutôt que de le conduire à l'infirmerie, il le fit s'asseoir sur une chaise et parti dans la réserve. Harry fixa un moment la porte. Il était seul, rien ne l'empêchait de s'enfuir. Mais il était las de toujours éviter les autres et de devoir prendre soin de lui tout seul. Ce n'était pas désagréable de lire 'l'inquiétude dans le regard de son professeur. Cela faisait des années qu'on ne l'avait pas regardé ainsi. C'était plutôt agréable.
«Bien, vous ne vous êtes pas enfoui.» sourit le professeur. «Donnez-moi votre main.»
Harry obéit. Il n'avait plus envie de jouer au dur et se permis même de grimacer lorsque le professeur désinfecta sa plaie. Une fois sa main bandée, le professeur le poussa vers son bureau, lui faisant clairement comprendre qu'il ne l'autoriserait pas à sécher son cours. Harry ne tenta plus de préparer ses ingrédients à l'avance, fixant simplement les nervures du bois devant lui. La journée venait à peine de commencer et pourtant, il était déjà épuisé.
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Samedi 11 octobre 1988
Harry était calmement en train de dîner dans le réfectoire lorsque l'un de ses camarades vint s'asseoir à côté de lui. Habituellement, l'adolescent s'asseyait seul en bout de table et la place à ses côtés venait seulement à être occupée s'il n'y en avait plus d'autres de libres. Il dévisagea quelques secondes l'autre sorcier avant d'enfin le reconnaître. C'était le garçon qui lui avait versé une carafe dessus en début de semaine, le délégué de sa classe.
Harry se contenta de reprendre son repas sans plus prêter attention à sa présence. L'autre garçon se tourna plus franchement vers lui et se tritura les doigts quelque temps avant de prendre une profonde inspiration. Il semblait enfin prêt à aborder le sujet qui l'amenait ici.
« Salut, je suis Lev Kaminski. Je ne sais pas si tu te souviens de moi.
- T'es le délégué. Tu m'as jeté de l'eau au visage.
- C'est parce que tu étais en feu ! » s'exclama le garçon, rouge de gêne.
Bien que Harry ne changeât pas d'expression, Lev sembla comprendre qu'il ne faisait que le taquiner.
« Je voulais juste savoir si tu allais bien. On m'a dit que tu as loupé les cours de sport jeudi.
- Je vais bien. »
Harry ne mentait pas, il se sentait réellement mieux ou en tout cas, il se sentait mieux physiquement. Cela l'avait même contrarié de ne pas pouvoir participer au cours de combat du professeur Ovshinikova le matin même.
Lev hocha simplement de la tête et entama son assiette en silence. Cela surprit quelque peu Harry, le garçon était-il réellement venu juste pour lui demander ça. C'était plutôt étrange. Cependant il n'eut pas à attendre cinq minutes de plus avant qu'il ne lui pose une nouvelle question.
« Tu sais qui c'était ?
- Non. »
- Tu mens. » répondit du tac au tac Lev.
Pourtant Harry se savait bon menteur. Les professeurs l'avaient cru lorsqu'il leur avait dit cela, ou alors le sujet ne les intéressait tout simplement pas. Harry n'était pas l'élève le plus attentif, ni le plus riche et encore moins le plus populaire de son année. Qu'il soit blessé ou non ne changeait rien au fonctionnement de l'école. Peut-être que le personnel n'avait même pas réellement enquêté. De toute façon, il ne pensait pas que dénoncer la fille qui lui avait lancé ce sort de brise-os soit une bonne idée. Il se la mettrait simplement à dos, mais aussi ses amis et elle en avait beaucoup.
Bien que curieux quant à la certitude de son camarade sur son mensonge, Harry ne poussa pas la discussion plus loin. Il n'échangeait que peu de discussion civilisée avec les autres élèves et cela le mettait quelque peu mal à l'aise. Il n'avait aucune idée de ce qui devait être dit ou fait dans ce genre de situation.
Cependant, le silence qui se prolongeait entre eux ne sembla pas déranger Lev qui savourait son plat. Il ne semblait pas vouloir non plus poursuivre la conversation et cela satisfit Harry qui décida de ne pas se soucier de cela plus longtemps.
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Dimanche 26 octobre 1988
Depuis l'incident son duel avec Melnik, le quotidien de Harry n'allait qu'en empirant. Il avait l'impression de perdre le contrôle sur chaque détail de sa vie et cela le rendait incroyablement irascible. La pleine lune qui aurait lieu le soir même n'arrangeait en rien son humeur.
Ce que Cygnus et lui ignoraient sur le philtre lunaire était que ses effets ne se faisaient pas sentir dans les jours qui suivaient sa consommation. Bien au contraire, les changements pouvaient prendre des mois, voire des années avant d'apparaître et cela n'arrangeait pas vraiment ses affaires. Il avait fait pas mal de recherche sur le sujet dans la bibliothèque de l'école. Le sujet semblait être moins tabou qu'en Angleterre bien que restant sensible. Bien que cela fut d'un immense soulagement de ne plus se réveiller constamment blessé après chaque transformation, cela ne restait néanmoins pas sans craintes.
Déjà lors de la pleine lune précédente, Harry s'était transformé dans la crainte que son loup n'obéisse pas à ses deux seuls ordres, les seuls qu'il avait bien voulu écouter « ne tue personne » et « ne quitte pas la forêt ». Il était loin d'avoir suffisamment de connaissances pour se créer une cage aussi protégée que celle qu'il possédait dans les cachots du manoir de Cygnus. Harry n'avait donc d'autres choix que de compter sur le maigre contrôle de son loup qu'il possédait lorsqu'il était à Durmstrang. D'autant plus que Cygnus ne voulait avertir personne de sa condition.
Depuis qu'Igor Karkaroff, directeur de Durmstrang et ancien Mangemort, avait dénoncé des dizaines de ses anciens collègues en échange d'une liberté conditionnelle, rares étaient les Sangs-Purs britanniques qui lui faisaient confiance. Cygnus n'en faisait clairement pas partie et cela intriguait d'autant plus Harry quant aux raisons qui l'avait poussé à le placer dans cette école. Il était par conséquent inenvisageable de parler de sa lycanthropie à Karkaroff ou à l'un des membres de son personnel.
Dans quelques heures seulement, il devrait discrètement s'éclipser dans la forêt en veillant à ce que personne ne le suive. Sa vision lupine l'aidait beaucoup dans cette tâche, l'aidant à se déplacer dans le parc et les bois sans avoir besoin de Lumos qui divulguerait autrement sa position.
Il veillait également à ne pas rejoindre son lit tous les soirs, passant certaines de ses nuits dans le salon du rez-de-chaussée. D'autres fois, il s'endormait dans une salle de classe abandonnée qu'il aménageait alors à sa guise. Ainsi il était difficile de faire le rapprochement entre ses disparitions et les pleines lunes. Cela lui avait valu plusieurs réprimandes de son professeur principal, mais Harry n'y prêtait pas garde. Pour l'instant, l'excuse de soit s'endormir pendant qu'il travaillait, soit de ne pas voir les heures défilées et de ne plus pouvoir rejoindre son dortoir à cause de l'heure avancée semblait plutôt bien fonctionner.
Préférant ne pas songer plus longtemps à ce sujet qui le préoccuperait suffisamment le soir même, Harry se replongea dans ses livres. Il était loin d'éprouver des difficultés dans ses classes puisque Cygnus lui avait enseigné la majorité du programme de première et deuxième année. Cependant l'homme lui avait transmis la fâcheuse manie d'attendre de lui-même la perfection. C'est pourquoi Harry passait plusieurs heures par jour à revoir des sujets qu'il maîtrisait déjà sur le bout des doigts.
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Mardi 28 octobre 1988
Altaïr fixait du regard son matériel de potion depuis cinq bonnes minutes et cela commençait à inquiéter Lev. S'il ne se décidait pas à l'aider à préparer leur potion bientôt, Georgiev allait se rendre compte de son inactivité et surtout, Kaminski n'arriverait pas à tout faire tout seul. Cette potion était faite pour être effectuée à deux, surtout à leur niveau.
C'était la première fois que le professeur optait pour ce mode de fonctionnement. La potion n'était pas difficile à brasser en soi. Elle était même plutôt rapide à faire si on pouvait se fournir les ingrédients déjà préparés. Cependant tout le principe des cours de potions résidait dans le fait que les étudiants devaient tout faire d afin d'apprendre correctement. Or la potion devait être faite avec un temps de cuisson très faible et la préparation des ingrédients ne pouvait pas se faire à l'avance. Le risque d'altérer leurs propriétés en les exposant trop longtemps à l'air libre était trop grand.
Sachant très bien que personne n'avait envie de se mettre avec le garçon bizarre du fond de la classe, Harry avait simplement décidé d'attendre qu'il ne reste plus qu'une personne pour se mettre avec elle. Cependant il ne s'était pas attendu à ce qu'un élève s'approche de lui afin de lui demander de travailler en binôme avec lui.
Altaïr reconnut aisément Lev Kaminski, le garçon avec qui il parlait de temps en temps. Lev était plutôt populaire parmi les autres élèves, tous l'aimaient bien. Il était gentil, intelligent et drôle, bien que sérieux pendant les heures de cours. Alors Harry ne comprit pas vraiment ce que le garçon pouvait bien vouloir faire avec lui, d'autant plus que Harry avait les pires notes de la classe en potions.
C'est donc ainsi qu'il s'était retrouvé à côté de Kaminski à devoir découper plusieurs ingrédients en tout genre. Ne souhaitant pas créer de disputes avec son binôme, Harry exécutait simplement les tâches que Lev lui donnait. Heureusement pour lui, il avait simplement dû jeter les ingrédients dans la potion et tourner en quasi continue cette dernière pendant la première demi-heure.
Cependant il fallait maintenant la laisser reposer et Altaïr devait maintenant aider à la préparation des très nombreux ingrédients nécessaires à la suite de la confection de la potion. Le jeune Black avait tout d'abord écrasé des crochets de serpents puis réduit en poudre quelques scarabées. Mais la difficulté était finalement arrivée, Lev lui avait demandé de déveiner un foie de paon, sans l'abîmer bien entendu.
«Tu comptes te bouger bientôt?» lui chuchota Kaminski.
Cela sembla enfin réveiller Harry qui posa son regard sur lui, comme s'il venait de réaliser qu'il n'était pas seul derrière sa table. Il sortit ses mains de sous la table, en dirigea une vers un couteau à lame fine et plaça le foie au centre de sa planche de l'autre main. Harry prit une grande inspiration, tentant vainement de faire abstraction de ses doigts tremblants. Cependant Lev comprit bien vite le souci auquel son coéquipier devait faire face.
Il avait déjà remarqué que par moment que les doigts de l'anglais tapotaient frénétiquement la table, sa cuisse ou encore que ses notes étaient horriblement mal écrites. Mais c'était bien la première fois que Lev le voyait avoir autant de mal à contrôler le tremblement de ses mains.
«Arrête, je vais m'occuper du reste de la potion aujourd'hui.» le stoppa Lev en lui attrapant le poignet.
Harry n'aimait pas être touché et sursauta vivement, tirant son bras loin de son camarade.
«C'est impossible et tu le sais aussi. Si je ne t'aide pas, tu ne finiras jamais la potion.
- Nous n'avons qu'à dire à Georgiev que tu ne te sens pas bien.
- Je me sens bien, ce sont juste mes mains qui font de la merde.»
Lev claqua sa langue contre son palais. Il n'aimait pas les gros. Cependant Harry n'avait pas tort, jamais leur professeur ne les croiraient s'ils disaient simplement que l'Anglais n'était pas dans son assiette.
«S'il y a un nombre impair d'élèves, tu penses que tu pourrais travailler avec un autre groupe ? » Lev hocha de la tête d'un air confus. « Alors j'ai une idée, je compte sur toi pour pousser ton plus beau cri de détresse.» lui conseilla Harry, un sourire au coin de lèvres.
Avant même qu'il ne puisse comprendre ce dont il parlait, Kaminski vit son binôme agripper le foie d'une main et lever son couteau de l'autre. Harry raffermit sa prise sur ce dernier. Lev n'eut pas le temps de réagir que déjà le couteau se planta dans la paume de sa main en traversant le foie de paon afin de simuler un accident. Aussitôt, du sang commença à s'écouler de la plaie en s'étalant sur leur table, les ingrédients et les manches de Harry.
Le cri qui lui échappa n'était pas joué. Kaminski était vraiment horrifié par l'acte de son camarade. Son cri attira les regards de ses camarades et quelques exclamations leur échappèrent également. L'ukrainienne assise juste devant eux, s'était même évanouie en apercevant tout ce sang.
Georgiev fut rapidement à leurs côtés et pour la première fois depuis le début de l'année, Lev découvrit une autre émotion sur son visage: l'inquiétude. Le professeur prit rapidement les choses en main en protégeant les chaudrons des élèves d'un simple coup de baguette ainsi que les ingrédients présents sur les paillasses. Il ne manquerait plus qu'un élève fasse exploser son chaudron à ce moment-là.
Le professeur s'approcha de Harry afin d'inspecter rapidement la plaie. Il retira ensuite le couteau et lança les premiers sorts de soin à son élève. Ce dernier l'observa calmement faire et semblait presque contrarié mais cela, seul Lev sembla le remarquer. Certainement que l'Anglais avait peur qu'après ces soins, le professeur ne veuille plus le laisser aller à l'infirmerie et qu'il devrait trouver une autre excuse pour ne pas assister au cours.
Cependant Georgiev ne fit pas cela. Il demanda à Kaminski d'emmener son binôme et la jeune Tamara à l'infirmerie en lançant un sortilège sur la seconde pour qu'elle lévite à leurs côtés jusqu'à destination. A peine furent-ils sortis de la classe que Kaminski se tourna vivement vers Harry, son air horrifié toujours collé au visage.
«Mais tu es fou! Pourquoi t'as fait ça?
- Tu avais une autre idée?» se défendit le lycanthrope.
«Oui! On aurait pu faire exploser notre chaudron, ou bien faire avec des ingrédients mal préparés. Cela n'aurait pas été si grave que ça au final.
- Et avoir une mauvaise note, hors de question!J'en ai déjà assez comme ça. »
Kaminski eut du mal à répondre tant il était choqué. Alors comme ça selon Harry il valait mieux se planter un couteau dans la main plutôt qu'un zéro dans son bulletin.
- Maudit premier de la classe.» Soupira finalement Kaminski. «… mais c'est vrai que je préfère aussi ça, je crois.» avoua-t-il d'un air gêné.
Après tout il venait de faire la morale à son camarade, ce n'était pas pour le féliciter ensuite. Un léger pouffement à sa droite le fit se tourner vivement vers Harry mais son expression était aussi stoïque qu'à l'accoutumé. Cependant Lev était sûr de ce qu'il avait entendu, son mai avait rigolé et même si cela n'avait duré qu'une fraction de seconde, c'était bien la première fois que cela lui arrivait.
Finalement, Kaminski commençait à comprendre comment cerner son camarade si intrigant.
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Samedi 8 novembre 1988
«Est-ce qu'on peut s'asseoir ici?»
Harry sortit la tête de la pile d'ouvrages qui l'entourait pour dévisager Lev Kaminski. Le garçon se tenait droit aux côtés de Viktor Krum. L'anglais balaya du regard la bibliothèque, elle était presque vide. Son attention se reporta sur les deux Bulgares, ses sourcils se fronçant. Harry ne pensait pas être assez proche de Kaminski pour travailler ainsi avec lui, ne parlons même pas de Krum. Il ne lui avait plus parlé depuis leur toute première rencontre lors de la rentrée scolaire.
«Il y a d'autres tables de libre.
- Oui, on sait. C'est juste que …
- Peu importe.» le coupa Harry, Kaminski était un personnage étrange et essayer de le comprendre lui donnait la plupart du temps des migraines.
Les deux Bulgares échangèrent un regard surpris, ils n'avaient même pas eu à lister tous les arguments qu'ils rassemblaient depuis une heure maintenant. Content de leur réussite, ils s'installèrent face à Harry et sortir leurs manuels et plumes.
La bibliothèque était toujours très calme les matins de week-end. Non pas qu'en dehors de ces heures, la bibliothécaire autorise les étudiants à faire du bruit. Mais la pièce était presque vide et Harry aimait ces moments de calme. Il avait craint que Viktor et Lev ne perturbent sa bulle, mais ils surent se faire plutôt discret. Ou du moins la première heure.
Viktor n'était pas élève aussi modèle que Lev ou Harry pouvait l'être, il avait de nombreuses difficultés et son ami l'aidait sans rechigner. Ils parlaient bas, suffisamment pour que cela ne dérange pas l'Anglais en tant normal. Mais il était un loup-garou et il avait l'ouïe qui allait avec. Harry avait fini par s'habituer lentement aux bruits constants autour de lui et avait trouvé divers moyens pour s'en éloigner le plus possible. Par exemple, il installait tous les soirs un sortilège de silence sur son lit, bien qu'il n'aime pas pouvoir entendre lorsque quelqu'un s'approchait de lui. Il travaillait actuellement sur l'apprentissage d'un sortilège d'alarme, ainsi son premier sort se briserait dès que quelqu'un pénétrerait dans son espace personnel. Mais ceci n'était encore qu'au stade des recherches et Harry doutait de réussir à le lancer avant un moment.
En journée, il ne pouvait pas lancer ce sortilège de silence. Cela demandait bien trop d'énergie à un étudiant de son âge. Le soir, ce n'était pas un souci puisqu'il allait au lit dans les minutes à suivre. De jour, c'était un peu plus problématique, surtout que ces classes avaient déjà tendance à l'épuiser. Mais Harry ne s'était pas laissé démonter par cet obstacle. Non, à la place il s'était tourné vers les méthodes moldues. C'était une honte pour un sang-pur comme lui, mais Harry s'était senti aculé et n'en avait pas réellement eu le choix.
Lors de la sortie mensuelle à Puhja au mois de septembre, le garçon s'était rendu dans la partie moldue du village. Là, Harry était entré dans une pharmacie et avait acheté ce qui s'appelait des «bouchons anti-bruit », une chose bien pratique pour atténuer le bruit autour de lui sans pour autant perdre entièrement ses facultés auditives. Harry ne se souvenait que peu de sa vie avant de devenir un loup-garou, deux ou trois souvenirs tout au plus. Mais il aimait penser que c'était à quoi une audition normale devait ressembler. C'était agréable de pouvoir imaginer à quoi ressemblait la normalité.
Il sortit donc de son sac sa paire de bouchons, les deux autres ne faisant de doute façon pas vraiment attention à lui. Harry ne comprenait pas vraiment pourquoi les deux Bulgares avaient tenu à s'installer à la même table que lui si c'était pour l'ignorer. Pour l'instant, il ne voulait pas vraiment y penser, il préférait bien plus se concentrer sur sa dissertation de potions. Il savait que pour cette matière, c'était ses capacités théoriques qui lui permettront de ne pas passer en dessous de la moyenne. Ce serait une honte que l'année suivant, il descende encore d'un niveau. Cygnus ne le lui pardonnerait pas.
«Black. Hey Black on te parle!» chuchota Lev, tapotant sur son bras.
Harry sursauta brusquement, il avait fini par oublier les deux étudiants qui lui faisaient face. Il retira ses bouchons et leur offrit toute leur attention.
Samedi 20 décembre 1988
Le bateau ramenant les élèves à leurs parents partirait dans quelques minutes et Harry attendait avec hâte que les derniers retardataires quittent le dortoir. Le navire était amarré dans le lac situé au pied de la colline où se trouvait Durmstrang. Ce dernier survolerait une partie du pays jusqu'au port de Tallinn, la capitale, où une partie des élèves rejoindraient leur famille. Puis, le bateau traverserait la mer Baltique jusqu'à Copenhague, zone de neutralité sorcière. Là, peu importe à quel point une famille était importante ou bien possédait d'ennemis, ses membres seraient en complète sécurité.
Il n'existait que peu de zone neutre chez les sorciers, mais cela restait nécessaire pour assurer aux enfants étudiant dans des écoles étrangères qu'aucune menace ne les attendaient à la sortie du bateau. Après qu'un prince suédois fut assassiné à son arrivée à Tallinn en 1847, cette mesure avait été prise afin que cela ne se reproduise plus.
Harry avait préféré rester à Durmstrang pour les vacances de Noël comme quelques-uns de ses camarades, bien qu'ils ne soient vraiment pas nombreux. Moins d'une vingtaine sur plus de mille élèves dans son année. De toute façon, même s'il était monté à bord du bateau, Harry savait très bien qu'il aurait été coincé à Tallinn ou Copenhague puisque Cygnus n'aurait jamais fait le déplacement pour venir le chercher.
Une fois certain que les derniers retardataires aient quitté le dortoir, Harry s'extirpa enfin de ses couvertures. Le soleil baignait la pièce de ses lueurs hivernales depuis plus d'une heure, mais il avait préféré rester allongé et ainsi éviter ses camarades. La nuit avait été longue pour lui et il s'était endormi alors que la sonnerie servant de réveil aux étudiants allait résonner dans le dortoir. Il regrettait parfois de ne pas avoir de rideau à tirer autour de sa couchette afin de filtrer la lumière, les sons et les odeurs.
Du bruit à l'étage inférieur lui indiqua qu'un autre élève trouvait leurs camarades trop bruyants puisqu'il jurait très peu dignement à propos du raffut que ses amis avaient fait. Altaïr croisa le râleur en descendant les escaliers en colimaçon des dortoirs et reconnut le garçon bien qu'il ne le connaisse pas vraiment.
Viktor Krum n'était pas un très bon étudiant si bien qu'il avait été réparti en début d'année dans l'une des pires classes de première année. Les étudiants avaient été placés en fonction de leurs résultats aux examens de la première semaine de septembre. Sans surprise, Altaïr avait fini dans la première classe. Krum lui avait intégré la quarante-cinquième classe sur un total de cinquante. Autant dire que peu de personne s'attendait à revoir le fils du ministre bulgare des finances d'ici un an. Il allait certainement redoubler à la fin de l'année puisque cela ne s'était pas fait aux examens de décembre. L'étudiant avait obtenu d'un demi point le droit de continuer à Durmstrang.
Altaïr en savait autant sur lui car le garçon traînait souvent avec Lev Kaminski, le garçon qui l'avait aidé à éteindre son manteau après avoir reçu la lettre de Cygnus en novembre. Kaminski et Krum n'étaient pas dans la même classe, cependant ils semblaient se connaître depuis plusieurs années de par leurs parents. A chaque fois qu'Altaïr croisait Kaminski dans un couloir, à la bibliothèque ou au réfectoire, Krum était à ses côtés et le saluait d'un simple signe de tête, comme son ami.
Ils étaient les seuls étudiants à lui adresser la parole de temps en temps en dehors de la jeune ukrainienne qui lui avait traduit les insultes qu'avaient prononcés des amis à elle à son encontre. Tamara Barjow était une fille très gentille et elle avait visiblement décidé qu'afin de lui faire oublier la méchanceté de ses camarades ukrainiens, elle devait devenir son amie. Altaïr plus intrigué par son nom de famille Anglais plutôt que par sa personnalité, mais ne tenait pas à le lui faire remarquer pour le moment. Il était toujours utile d'avoir une personne l'appréciant dans sa classe.
« Bonjour Black. Tu ne rentres pas en Angleterre pour les vacances ? » lui demanda Viktor en descendant le reste des marches à ses côtés.
« Non. »
Altaïr n'était pas bavard et cela mettait mal à l'aise la plupart des personnes qu'il rencontrait. Seul Lev ne semblait pas en être déranger lorsqu'il essayait de lui parler certains matins. Autrement, même ses professeurs le trouvaient trop silencieux et étrange pour un jeune adolescent.
Viktor eut un petit rire nerveux à ses côtés. Certainement devait-il chercher un moyen de s'éclipser sans paraître grossier. Il devait penser qu'il s'agissait de ce qu'Altaïr désirait puisqu'il avait mis fin à la tentative de discussion plutôt abruptement. Altaïr grimaça, il ne voulait pas paraître impoli, il ne savait juste pas comment parler à un autre enfant.
« Et toi ? »
Krum le regarda surpris avant de lui offrir un sourire en coin.
« Je rejoindrai ma famille le vingt-sept, dans une semaine. Ils sont en quarantaine pour l'instant et je ne peux pas les rejoindre.
- Pourquoi ? » se sentit obligé de demander Altaïr.
« Ma mère est médecin dans un hôpital bulgarre. Elle y a été en contact avec un patient très infectieux et ne le sachant pas immédiatement, elle est rentrée à la maison. Même si elle est la seule à avoir eu quelques petits symptômes, juste quelques boutons, tout le manoir a été bouclé pendant deux semaines. Il n'en reste plus qu'une à attendre. »
Un nouveau silence s'installa entre eux, un peu moins lourd que précédemment mais toujours légèrement gênant.
« Ta sœur va bien alors ?
- Comment est-ce que tu sais que j'en ai une ?
- Tu en parles tout le temps à table. »
Viktor lui lança un regard qui voulait clairement dire « oui, mais ce n'est pas à TOI que j'en parle. » Alors Altaïr décida de s'expliquer un peu plus.
« Toi et tes amis, vous parlez fort. Tout le monde pourrait connaître vos vies s'il n'a rien d'autre à faire.
- Alors tu nous écoutais exprès ? » cette fois-ci le ton était clairement accusateur.
« Non. » Altaïr était sur la défensive. « Je n'ai juste personne à qui parler ou à écouter, alors je vous entends forcément, comme tous les autres élèves. »
Altaïr lui lança un regard noir avant de s'en aller. Ils étaient arrivés juste devant le réfectoire, mais il préféra faire demi-tour et aller travailler à la bibliothèque quelque temps. Il irait prendre son petit déjeuner lorsque Viktor aurait fini le sien. Apparemment cela le dérangeait de pouvoir être entendu alors qu'il parlait à ses amis. Et Viktor en avait beaucoup des amis, il connaissait la moitié des premiers et deuxièmes années.
Il entendit Viktor lui crier un « attends ! » au loin, cependant Altaïr avait tourné à un embranchement depuis quelques secondes et Krum devait simplement pensé qu'il ne l'avait pas entendu lorsqu'il ne fit pas demi-tour.
Finalement, Altaïr se sentait plutôt bien. Il avait certes gâché une conversation avec l'un de ses camarades, mais au moins il n'avait plus besoin de ressentir cet étrange sentiment de malaise en étant à ses côtés. Il enviait parfois Krum ou Kaminski, la communication, les rires, les blagues et les discussions animées semblaient leur venir si naturellement. Altaïr devait quant à lui analyser chaque expression, réfléchir à chaque phrase prononcée et envisager quelles réactions pourraient avoir son interlocuteur. Parler était épuisant pour lui, là où chez d'autres c'était aussi naturel que de respirer.
Altaïr se demandait dans ces moments-là si un jour, il arriverait à parler normalement, à avoir un ami, à se marier ou avoir un enfant. Il ne voulait pas voir son nom s'éteindre avec lui, mais cela lui semblait vraiment compliqué avec son caractère. D'autre part, il ne se sentait pas aussi seul qu'il voulait se le faire croire. Altaïr était bien tout seul avec ses livres et sa phobie sociale.
Songeant à peser le pour et contre quant à s'excuser de sa réaction envers Krum, Altaïr jouait distraitement avec la feuille de mandragore coincée sous sa langue.
En arrivant à Durmstrang, Altaïr avait immédiatement dévalisé la bibliothèque de ses ouvrages sur les lycanthropes, tout en veillant à ne pas éveiller les soupçons de la bibliothécaire et des élèves. Certains pays nordiques et d'Europe de l'Est était moins strict sur les lois et tabous pesant sur les loups-garous. Heureusement pour lui, l'Estonie en faisait partie et donc bien plus de livres à ce sujet était disponible ici qu'en Angleterre.
C'est en feuilletant l'un de ses ouvrages qu'Altaïr était tombé sur un extrait racontant la rencontre de son auteur et d'un lycanthrope complet. Tout comme lui, il avait ingéré le filtre lunaire et y avait survécu. Altaïr avait lu des dizaines de fois cette interview, il était rare de tomber sur ce genre de témoignage puisque les loups complets, aussi appelé descendant de Romulus, préférait habituellement rester discret. Attirer l'attention sur soi n'était jamais bon pour un lycanthrope.
Dans cet interview, le lycanthrope disait venir d'Amérique du Sud, de Colombie plus précisément. Il préférait cependant taire son nom et Altaïr le comprenait, le livre datait de plus de deux siècles et à l'époque l'image des loups-garous était bien plus désastreuse qu'aujourd'hui. Heureusement pour ce colombien, il vivait dans une région du monde où ils étaient un peu mieux acceptés qu'en Europe, par exemple.
C'est ainsi qu'Altaïr avait appris qu'il était possible pour un descendant de Romulus de devenir un lycanthrope. Apparemment ce loup-garou colombien avait réussi cet exploit. Il expliquait cependant que cela lui avait pris des années et que ce fut seulement au bout de quinze ans d'essais infructueux qu'il avait réussi sa première transformation.
Cela n'avait pas tant surpris Altaïr, il savait depuis longtemps comment devenir un Animagus, la recette était dans la bibliothèque des Black, bien que cela soit complètement illégal dans son pays. L'une des étapes les plus délicates et importantes de la préparation de la potion servant à se transformer se déroulait pendant une pleine lune. Or cela lui semblait difficile de manipuler fioles et chaudron pendant l'une de ses transformations.
Le colombien expliquait rapidement qu'il arrivait parfois que le loup laisse un contrôle total de son corps au sorcier pendant les pleines lune. Cependant cela était si rare que le sorcier n'avait vécu cela qu'à quatre reprises dans sa vie et ce, malgré la prise du philtre lunaire.
Altaïr enrageait toujours autant lorsqu'il repensait aux dizaines de pages suivantes qui avaient été arrachées de l'unique exemplaire de la bibliothèque. Apparemment un élève raciste ne souhaitait pas que cette retranscription d'interview ne soit découverte par d'autres élèves. Certainement que cela avait complètement dû le chambouler de découvrir que tous les lycanthropes n'étaient pas aussi maléfiques que dans les contes stigmatisant pour enfants.
Tout en observant les étagères remplies de livres de la bibliothèque, Altaïr récitait mentalement les instructions pour devenir lycanthrope. Il connaissait par cœur le protocole et savait parfaitement qu'il ne l'oublierait pas, pourtant il avait toujours aussi peur de tout oublier au dernier moment. C'est pourquoi il se récitait mot pour mot les instructions, afin de tout retenir jusqu'au jour J.
« 1. Conservez une feuille de mandragore dans la bouche pendant un mois entier (entre deux pleines lunes). Cette feuille ne doit en aucun cas être avalée ou retirée de la bouche. Si la feuille est extraite de la bouche, le processus doit être repris à zéro.
2. La pleine lune venue, retirez la feuille et placez-la, baignée de salive, dans une petite fiole en cristal exposée au clair de lune (si le ciel est nuageux cette nuit-là, il vous faudra trouver une nouvelle feuille de mandragore et renouveler l'expérience). Ajoutez à la fiole l'un de vos cheveux ainsi qu'une cuillère en argent de rosée recueillie en un lieu qui n'a été ni exposé au soleil ni foulé par l'homme pendant sept jours entiers. Enfin, ajoutez la chrysalide d'un Sphinx tête-de-mort au mélange et placez-le dans un endroit sombre et calme. Veillez à ne pas le regarder ni le déranger de quelque manière que ce soit jusqu'au prochain orage.
3. En attendant l'orage, suivez les instructions suivantes au lever et au coucher du soleil. Placez l'extrémité de votre baguette magique sur votre cœur et prononcez l'incantation suivante : Amato Animo Animato Animagus.
4. L'arrivée de l'orage peut prendre plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. Tout au long de cette période, votre fiole de cristal devra rester au calme et être tenue éloignée des rayons du soleil. Une exposition au soleil provoquera les pires mutations possibles. Résistez à la tentation d'aller voir votre potion tant que l'orage n'aura pas éclaté. Si vous répétez consciencieusement l'incantation matins et soirs comme indiqué plus haut, vous finirez par percevoir un second battement de cœur lorsque vous pointerez votre baguette sur votre poitrine. Ce battement pourra être plus ou moins intense que le premier. Ne changez rien. Continuez à répéter l'incantation aux heures dites, et ce, quoiqu'il advienne.
5. Dès l'apparition du premier éclair dans le ciel, rendez-vous sur-le-champ à l'endroit où vous avez caché votre fiole de cristal. Si vous avez respecté scrupuleusement les étapes ci-dessus, vous y trouverez une potion rouge sang.
6. Rendez-vous aussitôt dans un endroit sûr et suffisamment grand où vous pourrez procéder à votre transformation à l'abri du danger et des regards. Placez l'extrémité de votre baguette magique sur votre cœur et prononcez l'incantation Amato Animo Animato Animagus, puis avalez la potion d'un trait.
7. Si tout s'est passé comme prévu, vous éprouverez alors une vive douleur et votre rythme cardiaque sera deux fois plus rapide et intense. La forme de la créature que vous êtes sur le point d'incarner se dessinera dans votre esprit. Ne tremblez pas. Il est maintenant trop tard pour échapper à la transformation que vous avez désirée.
8. La première transformation est généralement douloureuse et effrayante. Vos vêtements et tout ce que vous portez (bijoux, lunettes) fusionnent avec votre peau pour se transformer en fourrure, écailles ou épines. Gardez votre calme, sous peine de voir votre instinct animal prendre le dessus et de faire quelque chose de stupide (comme tenter de bondir au travers d'une fenêtre ou foncer tête baissée dans un mur, par exemple).
9. Une fois votre transformation terminée, vous devriez recouvrer votre aisance. Nous vous recommandons vivement de ramasser votre baguette pour la mettre en lieu sûr, dans un endroit où vous pourrez la retrouver facilement en reprenant forme humaine.
10. Pour ce faire, formez une image mentale aussi précise que possible de votre corps humain. Cela devrait suffire à déclencher la transformation, mais ne paniquez pas si celle-ci n'intervient pas immédiatement. Avec le temps, vous parviendrez à passer de votre forme humaine à votre forme animale à volonté, et ce, en visualisant simplement la créature en question. Les Animagi les plus aguerris peuvent se transformer sans l'aide de leur baguette magique. »
(extrait tiré du site fandom de Harry Potter, page sur les Animagus)
Cependant Altaïr n'arrivait même pas à passer la première étape, croquant, avalant ou recrachant sa feuille de Mandragore par accident. Il devait alors attendre la pleine lune suivant afin de réitérer le processus. Et quand bien même il y arriverait, Altaïr n'arrivait pas le moins du monde à contrôler son loup. Ce dernier obéissait bien à quelques ordres, mais jamais rien de trop précis ou contraignant. Autant dire qu'il n'était pas prêt de devenir un Animagus.
Altaïr claqua le vieux grimoire qu'il venait de feuilleter, ce qui envoya un léger nuage de poussière vers son visage. Il ne put malheureusement pas retenir son éternuement et quelques secondes plus tard, il observait la feuille de Mandragore qu'il avait expulsée pendant son éternuement. D'un geste de la baguette, l'adolescent la fit disparaître en soupirant.
Il n'était définitivement pas prêt de se transformer.
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25 décembre 1988
Bien que les cours de sports avaient été annulés pendant les vacances, Altaïr tenait tout de même à se dépenser de temps en temps. Faire de l'exercice était l'une des rares activités qui lui permettaient de calmer son esprit et son tempérament colérique. Depuis qu'il avait tenté de brûler vif l'un de ses camarades, plusieurs élèves le fuyaient comme la peste et les rares fois où on lui adressait la parole, Altaïr était bien conscient qu'on lui parlait comme s'il allait exploser à tout moment.
Jusque là, il n'avait pas eu conscience de renvoyer une image à ce point négative et dangereuse. Ignatus ne serait définitivement pas fier de lui, lui qui lui racontait sans cesse à quel point ses années d'école seraient la plus belle période de sa vie. Altaïr n'en profitait pas le moins du monde, si ce n'était pour se réjouir d'être loin de Cygnus.
Avec l'arrivée de l'hiver, le lac était recouvert de glace et la neige rendait ses alentours impraticables. Les étudiants ne pouvaient donc plus courir autour de ce dernier. A la place, les cours de sports avaient été déplacés dans une grande bâtisse servant habituellement aux entraînements de Quidditch. Les élèves pouvaient monter autant d'équipes qu'ils le souhaitaient, tant qu'elle possédait sept joueurs. Il y avait actuellement treize équipes à Durmstrang qui s'affrontaient régulièrement en de petits tournois amicaux, pariant entre eux quelques enjeux enfantins.
Pendant les vacances, le gymnase restait ouvert afin de permettre aux élèves de s'entraîner ou de jouer sans avoir besoin de constamment demander à un professeur de déverrouiller les portes. C'est pourquoi Altaïr pouvait venir y courir tous les matins aussi longtemps que cela lui chantait.
Ce ne fut qu'un peu moins de deux heures plus tard qu'Altaïr stoppa finalement sa course. Grâce à ses capacités lupines, il pouvait fournir des efforts importants sur de longues périodes, cependant cela devenait rapidement un désavantage lorsque le but était au contraire de se fatiguer. Le garçon attrapa sa bouteille d'eau et son sweatshirt qu'il avait laissé à l'entrée du gymnase.
De sa baguette, il écartait la neige qui encombrait l'aller qui rejoignait son dortoir. Les flocons ne cessaient plus de tomber depuis quelques jours et si cela l'avait d'abord émerveillé, Altaïr trouvait désormais cela agaçant. Il neigeait rarement autant en Angleterre. Heureusement pour lui, il n'était plus très sensible au froid depuis que Cygnus avait pris pour habitude de l'oublier dans ses cachots en hiver.
Une fois à son dortoir, il remarqua que les dix-sept autres élèves de sa promotion étant restés à Durmstrang étaient présents dans le salon du rez-de-chaussée. Il porta son regard sur l'horloge murale trônant au-dessus d'une cheminée et remarqua qu'il était déjà dix-heures. Altaïr porta ensuite attention aux petites piles de cadeaux posés devant eux et se demanda vaguement ce qu'ils attendaient pour les ouvrir.
« Sa… Salut. » bégaya timidement Krum après qu'un de ses amis lui ai donné un coup dans les côtes.
« Salut. » répondit simplement Altaïr.
Il ne comprenait pas vraiment la raison de leur comportement étrange. Cependant cela ne l'intéressait pas vraiment alors il préféra simplement traverser le salon pour rejoindre les douches. Altaïr sentait la transpiration et n'avait qu'une envie, se relaxer sous un jet d'eau brûlant.
« Attends Black ! » s'exclama Krum pour le retenir. « En fait on pensait ouvrir nos cadeaux tous ensembles. Les professeurs nous ont même autorisé à faire un petit déjeuner ici. » lui expliqua-t-il en désignant les nombreuses victuailles recouvrant les tables basses.
Altaïr prit le temps de réflexion avant d'acquiescer. Il avait conscience que personne ici ne souhaitait sa présence et Krum devait certainement faire cela pour faire oublier leur légère dispute l'autre matin. Ou bien avait-il pitié de lui, le bulgarre devait très bien savoir que si ce n'était pas lui qui invitait Black, alors personne ne le ferait.
« Vous n'avez pas besoin de m'attendre. Je prends une douche et je viendrai manger.
- A tout à l'heure alors ! » lui sourit Viktor.
Altaïr escalada les marches quatre par quatre et se doucha rapidement afin de ne pas arriver à la fin du repas. Bien qu'il cache son jeu, cela l'avait beaucoup touché d'être invité à une réunion d'étudiants. Même s'il ne participerait certainement à aucune discussion et resterait dans son coin.
Quinze minutes plus tard, il s'installait aux côtés de Krum qui lui faisait signe de prendre le coussin à ses côtés. Les élèves avaient rassemblé plusieurs tables basses de la pièce afin de pouvoir s'installer tous ensembles en tailleurs autour d'elles.
La plupart d'entre eux étaient trop occupés à déballer leurs cadeaux pour remarquer sa présence. Cependant les quelques uns qui l'avaient remarqué semblaient surpris qu'il n'avait pas emmené ses paquets avec lui. Peut-être avait-il préféré les laisser aux dortoirs afin de les ouvrir seuls plus tard.
Krum était un peu déçu qu'il ne participe pas un peu plus à l'activité. Il avait été le seul à vouloir attendre Altaïr et ses camarades lui avaient bien fait sentir qu'ils n'étaient pas du même avis. Les cadeaux étaient apportés au pied du lit des étudiants à neuf heures trente par des elfes de maison et depuis, ils étaient tous installés là à attendre Altaïr et quelques autres lève-tard.
Krum était présent depuis l'arrivée des cadeaux et Altaïr était déjà parti il ne savait où à ce moment-là. Alors il n'avait pas pu ouvrir ses cadeaux avant qu'il ne lui le propose et cela le blessait de constater qu'être tous ensembles pour ce jour de fête ne comptait visiblement pas beaucoup pour Black.
« Tu n'as pas pris tes cadeaux ? » osa-t-il finalement demandé lorsqu'il eut lui-même déballé tous ses paquets.
« Je n'en ai pas.
- Oh pardon, on ne savait pas que les Anglais ne fêtent pas Noël et Yule. » s'exclama une fille à sa droite, ce qui attira l'attention des autres enfants.
« Noël est une fête chrétienne Moldue et c'est de là que découle la coutume sorcière de s'offrir des cadeaux à Yule. L'Angleterre étant un pays chrétien, tout le monde y fête Noël. Je n'ai juste pas de cadeau. » haussa-t-il des épaules.
Cela faisait longtemps qu'Altaïr n'était plus triste de ne pas avoir de cadeau à Noël. Il n'aimait pas Noël depuis que James l'en avait dégouté et il avait clairement fait comprendre cela à Walburga, Arcturus et Ignatus à l'époque. Aujourd'hui, il trouvait que son comportement avait été puérile et Altaïr regrettait bien de ne se souvenir d'aucun des rares Noël où il avait eu des cadeaux. Ceux qu'il avait passé avec ses grands-parents avant d'aller vivre chez James. Altaïr aurait finalement dû faire une liste de souhaits à Walburga comme tous les petits enfants lorsqu'il en avait eu l'occasion.
Mais aujourd'hui, cela n'avait plus d'importance pour lui. Lorsqu'il vivait chez James, Altaïr espérait recevoir des jouets et c'est cela qui le blessait. Or cela faisait des années qu'il n'attendait plus rien, donc il ne pouvait plus être déçu.
Altaïr ne fit pas attention au regard de pitié des autres élèves et enfourna dans sa bouche un autre pancake. Puis il enchaîna avec quelques œufs brouillés et un verre de jus de citrouille. En constatant qu'il ne semblait pas le moins du monde touché par ses propres paroles, les étudiants se détournèrent petit à petit de lui, reprenant leurs discussions et repas.
« Je suis désolée, ce n'était pas très sympa de ma part. » s'excusa finalement Krum.
Altaïr se tourna vers lui et plongea son regard dans le sien. Encore une fois, il n'arrivait pas à interpréter les paroles d'un autre enfant. Il ne comprenait pas pourquoi il s'excusait. Finalement, il décida de jouer la sincérité.
« Je ne comprends pas. »
Cela sembla surprendre Viktor.
« Te demander de venir avec nous, ce n'était pas sympa. Tu ne dois pas avoir envie de voir des gens ouvrir des cadeaux alors que tu n'en as pas. Moi je n'aimerai pas.
- Je préfère ne rien recevoir. Comme ça je suis sûr que personne ne pourra me le reprendre. » son ton était légèrement amer en repensant à son père qui lui avait une fois confisqué ses cadeaux de Noël. « Je n'aime pas les cadeaux, les surprises et les fêtes. Mais merci de m'avoir invité à venir manger avec vous. »
Krum hocha de la tête, visiblement toujours gêné par son indélicatesse.
« Tu ne m'as pas forcé tu sais. Si je n'avais pas voulu venir, je ne l'aurai pas fait. »
Cette fois-ci, Krum lui sourit l'air de dire « bien sûr que je sais ça » et cela amusa Altaïr. Finalement, ils arrivaient plutôt bien à s'entendre tous les deux, malgré leurs caractères opposés.
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Dimanche 13 janvier 1989 (Altaïr à 12 ans)
Altaïr fut surpris en pénétrant dans le gymnase à huit heures du matin d'y découvrir deux garçons en train de se faire des passes. Il reconnut facilement Viktor Krum et Lev Kaminski. C'était plutôt étrange de voir Lev debout à cette heure-ci alors qu'il ne se levait rarement avant midi le week-end. Cependant il se dit simplement que Viktor avait dû vouloir jouer avec quelqu'un et que Kaminski étant son voisin de lit, il avait dû être le candidat idéal.
Les deux garçons ne le remarquèrent pas immédiatement et Altaïr ne fit rien pour changer cela. Le bâtiment possédait un autre terrain d'entraînement légèrement plus petit afin de pouvoir permettre à deux équipes de jouer en même temps. Il se dirigea donc vers le second terrain et s'approcha de la stèle de contrôle au fond de la salle. La magie permettait de faire beaucoup de choses et dans cette salle Altaïr admirait tout particulièrement ses miracles.
Il alluma quelques lumières, augmenta la température de quelques degrés et le béton constituant la salle se métamorphosa en un gazon court et dont la terre meuble n'abimerait pas ses genoux. Altaïr commença par s'échauffer les articulations avant d'entamer sa course à un rythme lent, préférant accélérer petit à petit.
C'était dans ces moments-là qu'il regrettait le plus le walkman que Remus lui avait un jour acheté. Courir avec de la musique dans les oreilles semblait bien plus passionnant qu'avoir pour seuls pensées ses cours de la semaine. Il fut cependant tiré de ses pensées une vingtaine de minutes plus tard lorsque Viktor apparut brusquement devant lui, la tête en bas et son balais dans les airs. Il lui donnait l'impression d'être un petit singe dans cette position. Lev se posa juste à côté de lui et Altaïr s'arrêta finalement.
« Est-ce que tu joues au Quidditch ?
- Quand j'étais petit.
- Quel poste ?
- Batteur. » répondit Altaïr après une seconde de réflexion.
Lorsqu'il vivait chez James, Remus lui avait acheté un kit de Quidditch pour enfant. Avec le recul, Altaïr réalisait qu'il avait dû dépenser toutes ses économies là-dedans et il ne l'avait jamais suffisamment remercié. Bien qu'il s'amusait parfois à jouer au gardien pour stopper les souffles de Thomas ou de remus, il avait toujours préféré frapper de toutes ses forces dans le cognard. Il n'était pas non plus trop mauvais pour viser et les bloquer était un jeu d'enfant pour lui et cela devait d'autant plus être le cas maintenant qu'il possédait une force herculéenne.
« Super, on est déjà sept et on n'a qu'un seul batteur pour le moment. Tu tombes à pic ! » s'exclama Krum.
Lev lui fit signe de le suivre dans la salle d'en face et Altaïr découvrit qu'en effet, quatre autres élèves occupaient le terrain et voltigeaient ensemble dans les airs. Il ne connaissait que Tamara Barjow, les autres étaient de parfaits inconnus pour lui.
« Les gars, je vous présente Altaïr Black. Black, voici Barjow, Petrov, Kovalenko, Kotova et Ivanov » (nda: j'avoue là j'étais pas inspiré pour eux)
Ils étaient tous en première année apparemment et faisaient soit partie de la classe de Lev ou de Krum, sauf pour Barjow qui était dans la classe d'Altaïr. Black n'aima pas beaucoup la façon dont les autres le regardaient, mais il n'y fit pas davantage attention. Il y était habitué depuis le temps.
Rapidement, ils décidèrent de faire un quatre contre quatre sur un terrain réduit. Ainsi chaque équipe possèderait deux poursuiveurs, un batteurs et un gardien. Comme seul Krum était bon dans le rôle d'attrapeur, ils avaient décidé qu'il n'y en aurait pas dans cette partie-là. Alatir fit ainsi équipe avec Lev, Viktor et Tamara contre les trois autres garçons.
Rapidement, ils découvrirent que Krum était aussi doué en pourchassant un souafle qu'un Vif d'Or et Tamara était une très bonne gardienne. Seul Lev semblait avoir un peu plus de mal à suivre la cadence puisqu'il jouait seulement depuis septembre au Quidditch avec Viktor de temps en temps. Quant à Altaïr, il lui fallut quelques temps avant de retrouver ses repères, il était difficile de ne pas frapper de toutes ses forces dans le Cognard.
La matinée se déroula doucement et Altaïr se surpris à aimer cela plus qu'il ne l'aurait aimé. Il avait oublié le sentiment de liberté qui le prenait lorsqu'il montait sur son balais. La sensation que ses problèmes s'envolaient au même moment que ses pieds quittaient le sol. Altaïr déchargé sa frustration sur le Cognard et encore plus d'entendre les rires et les cris d'encouragement de ses coéquipiers.
Il s'envola à toute allure vers le plafond du gymnase afin de rattraper un Cognard perdu mais lorsqu'il se retourna pour observer la batteur adverse et qu'il aperçut le sol, tout son esprit se vida. La sensation de plénitude et de réconfort qui l'enveloppait quelques instants plus tôt le quitta à l'instant même où son regard se posa sur le sol.
Altaïr était haut, incroyablement haut. Ou peut-être pas, peut-être qu'il n'était qu'à cinq ou six mètres. Il ne savait pas, il ne savait plus rien. Il voyait juste le gazon sous ses pieds, une brise artificielle faisant vibrer les brins d'herbe. Des cris résonnaient au loin, mais il n'entendait plus rien, un sifflement assourdissant lui brisait les tympans. Puis, sa vision devint floue et retourner au sol lui semblait comme être une urgence.
Altaïr atterrit en catastrophe et ne fit même pas attention à ses genoux qui avaient râpé avec force le sol. Sa main enserra son vêtement à l'emplacement de son cœur, sa respiration était saccadée mais pas au point de faire de l'hyperventilation, cela au moins le soulageait. Des sueurs froides recouvraient petit à petit son front et sa nuque, il les épongea d'un revers de manche.
Du coin de l'œil, il vit Lev et Viktor se rapprocher de lui en courant, les autres semblaient plutôt se demander si leur présence risquait de le gêner ou non. Altaïr les remercia mentalement de ne pas tous se précipiter vers lui, cela ne ferait qu'accentuer sa crise d'angoisse.
Altaïr n'arrivait à se concentrer sur rien. Son esprit ne faisait que lui rappeler ce vide qui s'étendait quelques minutes plus tôt sous lui, puis son corps qui chutait encore et encore jusqu'à s'écraser au sol. Sa poitrine se serra d'autant plus lorsqu'il y repensa et sa poigne se resserra d'autant plus sur son sweatshirt. Les sueurs continuaient à couler, il sentait ses goutelles de transpiration quitter son front, dévaler ses tempes, rouler dans son cou et se perdre dans son pull.
Puis il eut soudainement chaud, Altaïr sauta sur ses genoux qui faillirent le lâcher face à son brusque changement de position. Il avait besoin d'air, de respirer, de sentir une vraie brise sur son visage et non une artificiellement créée par magie.
« De l'air, de l'air… » marmonnait-il sans fin.
Krum tenta de le soutenir en plaçant un bras autour de sa taille, cependant il se fit brutalement repousser. Dans son angoisse, Altaïr ne savait plus vraiment qui était à ses côtés et où il se trouvait. Ce contact soudain avait donc été identifié comme une menace, Altaïr haïssait être touché par surprise. Finalement, Lev lui présenta simplement son bras et Altaïr s'en servit comme appuie de façon inconsciente, il préférait toucher plutôt qu'être touché.
Une fois à l'extérieur, Altaïr prit une profonde bouffée d'air et quelques dizaines de secondes plus tard, des nausées le prirent et il finit rapidement par rendre son petit-déjeuner. Le front posé contre le mur de brique du bâtiment, il tenta vainement de reprendre son souffle et de réguler son rythme cardiaque. Quelques minutes plus tard, il finit par faire quelques pas sur le côté afin de pouvoir s'asseoir à même la neige contre le mur. Il entoura d'un bras ses genoux et frottait avec frénésie sa poitrine de l'autre main.
La douleur et les nausées ne partaient pas et semblaient même s'intensifier, mais Altaïr n'en avait cure. L'impression de mourir était bien trop forte pour pouvoir se soucier d'autre chose. Puis, deux petites mains agrippèrent celle qui était posée sur son genou et qui enfonçait ses ongles dans ses genoux écorchés par sa chute d'un peu plus tôt.
Altaïr releva le regard vers Lev et fut surpris de découvrir qu'à l'inverse de Viktor, il ne semblait pas paniqué en voyant son état. Ou pas autant qu'il l'aurait imaginé.
« J'ai l'impression de mourir. » extériorisa finalement Altaïr ce qui fit glapir de détresse Krum.
« Tu ne vas pas mourir. » lui assura Lev, sûr de lui.
Altaïr était certain qu'il avait déjà géré une personne faisant une crise d'angoisse, il était bien trop serein pour que ce ne soit pas le cas. Lev détacha sa montre de son poignet et la glissa entre les doigts de son ami. L'anglais vissa immédiatement son regard sur la petite aiguille, il n'aimait pas particulièrement les horloges qu'il trouvait toujours trop bruyantes dans le silence des bibliothèques ou du dortoir. Mais pendant ses crises, cela l'avait toujours aidé d'observer les petites aiguilles se mouver.
« J'ai une sœur qui faisait aussi des crises d'angoisse. Elle s'appelle Klara, elle a déjà vingt ans. On a des mères différentes, notre père et elle ont divorcé lorsqu'elle était encore à Durmstrang. »
Entendre la voix posée de l'autre enfant aidait Altaïr à se détendre et à oublier la peur viscérale de mourir qui lui étreignait le cœur. C'était ironique de constater à quel point mourir l'effrayait alors qu'il n'avait aucune raison de vivre.
« Ils devaient sacrément se détester. » put enfin articuler Altaïr
« Même pas, ils étaient meilleurs amis et ils ont décidé de se marier le temps que l'un d'eux trouve le grand amour. Ils sont tombés amoureux chacun de leur côté à quelques mois d'intervalle. Alors ça ne les a pas dérangé de divorcer. D'ailleurs, l'ancienne femme de mon père est ma marraine. »
Altaïr était fasciné par les histoires de famille qui ne finissaient pas dans la haine et les pleurs. Ses parents aussi avaient été mariés par contrat de mariage, mais aucun d'eux ne l'avait voulu, ni le mariage, ni la promesse d'une liaison éternelle et encore moins lui. Alors découvrir qu'un mariage politique pouvait bien finir, cela le fascinait. Atair éprouvait le même genre de sentiment lorsqu'il remarquait l'alchimie froide liant Narcissa et Lucius Malefoy ou encore ses propres grands-parents autrefois. Le garçon avait du mal à comprendre comment est-ce qu'on pouvait aimer la même personne aussi longtemps.
« C'est une jolie histoire. »
Lev haussa des épaules, ne sachant pas réellement ce qu'Altaïr trouvait joli là-dedans. Pour lui, ses parents avaient simplement été opportunistes et n'avait jamais pris en compte les sentiments de sa sœur dans leur histoire. Bien qu'elle n'en parle pas souvent, Lev savait que cela l'avait blessé de ne pas naître dans un couple amoureux comme tous les autres enfants, mais de « sex friends » comme elle aimait le dire. Lev n'avait jamais compris ce qu'elle voulait dire par là et maintenant qu'il avait réalisé ce que cette expression signifiait, il comprenait comment est-ce que sa sœur interprétait l'histoire de sa naissance.
Les minutes s'écoulèrent, Lev et Viktor parlant de leurs familles à Altaïr puisque cela semblait lui changer les idées plutôt efficacement. Puis, au bout d'une vingtaine de minutes, sa crise avait fini par passer.
« Merci. » souffla-t-il simplement en se relevant.
Il ne savait pas vraiment comment aborder la suite des événements sans être gêné. Habituellement, il gérait seul ses crises d'angoisse et jamais personne n'avait été à ses côtés pour le calmer. Même lorsqu'Altaïr côtoyait encore Remus, il n'avait pas osé lui en parler, voyant cela comme une honte, une faiblesse. Il avait préféré s'isoler à chaque crise, puis faire les recherches nécessaires dans son coin lorsqu'il avait eu l'âge de lire.
« Je devrais retourner aux dortoirs, je vais prendre une douche.
- Je t'accompagne. » exigea aussitôt Lev qui semblait vraiment inquiet. « Tu peux retourner jouer Viktor, si tu veux. »
Krum lança un regard incertain à Altaïr, mais un hochement de la tête de sa part lui indiqua que devoir se coltiner Lev l'agaçait déjà suffisamment comme ça. Alors le jeune bulgarre décida de suivre le conseil de ce dernier et retourna jouer au Quidditch avec ses amis en leur expliquant que tout allait bien maintenant.
Sur le chemin vers le dortoir, les deux garçons n'échangèrent pas un seul mot. Aucun d'eux ne savait si l'autre préférerait changer de sujet ou bien parler maintenant des derniers évènements afin de ne plus avoir à aborder le sujet plus tard. Ce fut seulement en commençant à monter les escaliers menant au dortoir de Altaïr que Kaminski prit finalement la parole.
« Est-ce que ça t'arrive souvent ?
- Ça dépend des périodes, mais ça ne m'arrive pas très souvent pendant la journée.
- Des terreurs nocturnes ? »
Altaïr ne répondit pas et Lev comprit qu'il ne souhaitait pas aborder ce sujet-là. Après tout, c'était à peine s'il s'adressait la parole il y a quelques semaines, voire jours. Alors il ne devait pas être la personne idéale pour les confidences.
« Tu sais si tu as un déclencheur en particulier ? Comme ça je pourrais anticiper la prochaine fois et ne pas être pris par surprise.
- J'en ai pas mal, mais ça n'arrive pas à chaque fois. C'est la première fois que ça m'arrive à balais, d'habitude c'est plus en regardant le sol par une fenêtre.
- Pourquoi ? »
Altaïr se figea. Il fallut quelques secondes à Lev pour le remarquer et s'arrêter à son tour. Il se tourna vers son ami, il était une marche en dessous de lui et ainsi, leurs regards étaient presque à la même hauteur. Cette fois-ci c'était même lui qui le dépassait de quelques centimètres et Kaminski retint difficilement un sourire à cette pensée. La situation était sérieuse et il ne voulait pas qu'Altaïr pense qu'il se moque de lui.
Black plongea son regard dans le sien et Lev remarqua pour la première fois à quel point il avait l'air vide de vie. Jamais encore il n'avait rencontré une personne dont les yeux pouvaient le déprimer autant. Altaïr semblait complètement perdu et détruit de l'intérieur, se demandant certainement ce qu'il faisait là, à parler avec un gars qu'il devait certainement ennuyer.
Mais Lev n'était pas ennuyé. Lev aimait profondément les gens, peu importe qu'il s'agisse d'un enfant, un veillard, une femme, un homme, un connard ou un saint, il avait cette profonde envie d'aider les autres. Et Altaïr était certainement la seule personne qu'il avait jamais rencontré dont l'aura criait aussi fortement « à l'aide » alors que tout son comportement disait le contraire. Altaïr était intriguant et fascinait Lev. Alors non, Lev n'était définitivement pas ennuyé.
Altaïr sembla finalement faire son choix, il passa à côté de Lev et escalada les cinq marches restantes pour rejoindre son dortoir au dernier étage. Maintenant qu'il réalisait l'emplacement de son lit, Lev se dit que le hasard faisait vraiment mal les choses. Il avait le lit le plus proche de la fenêtre du dernier étage alors qu'il avait le vertige, ça n'avait pas de sens.
Black attrapa dans son armoire ses affaires de douche et des vêtements propres avant de se diriger vers les douches communes. Lev hésita à le suivre. Chaque douche avait beau être séparée par une cloison, il avait l'impression qu'accompagner Altaïr jusque là serait bien trop envahissant de sa part.
Altaïr décida finalement à sa place en fermant la porte derrière lui, Lev entendit même le verrou de la porte être enclenché. Visiblement son ami n'avait plus besoin de sa compagnie. Mais alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour, la porte se rouvrit.
« Quand j'avais neuf ans, je suis monté sur le toit de mon manoir. J'ai sauté et un elfe de maison m'a stoppé dans ma chute alors que j'étais à moins d'un mètre du sol, en fait, je le frôlais. »
Puis la porte se referma, laissant un Lev bouche-bée face au pan de bois. Il ne s'était pas attendu à ça. Il avait imaginé une basique chute d'un dos de cheval ou encore une perte de contrôle d'un balai pendant l'enfance. Mais jamais Lev n'avait imaginé une réponse aussi alarmante et triste. Altaïr avait essayé de mourir.
Ses crises d'angoisse ne devaient que lui rappeler cet instant où le sol s'était rapproché de lui avec vitesse. Lev n'arrivait même pas à imaginer à quel point cette vision pouvait être traumatisante.
Un frottement contre la porte lui indiqua qu'Altaïr venait très certainement de s'adosser contre la porte. Peut-être qu'il n'en revenait pas de ce qu'il venait d'avouer à Lev, ou bien faisait-il une nouvelle crise ou alors, il voulait juste s'adosser quelques instants afin de faire le point sur ses émotions.
« Je resterai dans le salon, si tu as envie de parler de ça, des cours, de ta crise, d'autre chose ou juste si tu ne veux pas être seul. On n'est pas obligé de parler si tu ne veux pas, mais je veux juste que tu saches que si t'as besoin de quoi que ce soit, je serai là. »
Lev se sentait stupide à parler à une foutue porte. Il ne savait même pas si elle était assez fine pour laisser passer sa voix. D'autant plus qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il devait dire ou pas dans ce genre de situation.
« Pourquoi ?
- Parce qu'on est amis. » répondit Lev du tac au tac.
Un silence se fit, puis Lev entendit un reniflement. Altaïr pleurait. Il n'en connaissait pas la raison exacte, mais cela le mit mal à l'aise en connaissant la fierté et le stoïcisme que le garçon s'entêtait à maintenir en public. Lev avait l'impression de lui voler son intimité.
« Merci. Je te rejoindrai. »
La voix était basse et Lev eu un peu de mal à l'entendre correctement. La gorge nouée d'Altaïr n'arrangeait rien, en plus de son fort accent anglais. Il devenait urgent qu'il travaille un peu son oral et pas seulement son écrit en estonien. Peut-être qu'il pourrait aider Altaïr dans cette matière en échange de quelques conseils en métamorphose, se dit-il en rejoignant le salon, comme promis.
Altaïr attendit que la porte du dortoir claque derrière Lev avant de s'effondrer derrière la porte, des larmes coulant le long de ses joues. Mais ce n'était pas des larmes de tristesse ou de désespoir, loin de là.
Pour la première fois de sa vie, Altaïr pleurait de joie. Il avait un ami. Un ami qui n'était pas un elfe de maison. Un ami humain, un ami sorcier. Un vrai ami, qui avait son âge et qui était gentil avec lui. Un ami qui se souciait de lui. Un ami à qui il pouvait parler. Un ami qui l'avait aidé. Altaïr avait un ami, son premier ami.
Altaïr avait l'impression que son cœur allait exploser de joie dans sa poitrine.
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NDA février 2022
Je viens de finir d'écrire ce chapitre et franchement, pendant le dernier paragraphe, j'avais les larmes aux yeux. Je suis une tapette XD Mais ça fait du bien de voir Altaïr heureux pour une fois.
Chapitre 14
3 février 1989 (Altaïr en 1ère année)
Les jours qui suivirent sa crise d'angoisse, Lev et Viktor ne quittèrent pas Altaïr du regard, comme s'il risquait de s'effondrer au moindre courant d'air. Altaïr hésitait entre leur dire en face que leur comportement l'agaçait ou bien continuer ainsi pendant les mois à venir afin de ne pas perdre leur amitié. Ne sachant pas quelle option était la bonne à prendre, l'adolescent prit une troisième option bien plus facile à choisir; la fuite.
Le matin, cela n'avait rien de compliqué puisqu'Altaïr était toujours dans les premiers à arriver au réfectoire alors que les deux bulgares étaient dans les derniers. Pendant les heures de cours, il en était de même puisque leurs horaires étaient différentes des siennes, mais ils avaient visiblement réussi à embobiner Tamara Barjow puisqu'elle lui jetait fréquemment des regards indiscrets.
Cependant le problème survenait à la fin de la journée. Altaïr avait beau se cacher à la bibliothèque, dans le salon des premières années, au gymnase ou dans son dortoir, Lev et Viktor finissaient toujours par le retrouver. Finalement, le jeune Black avait fini par s'enfermer tous les jours jusqu'à l'heure du couvre-feu dans une salle de classe du troisième étage. Puis, il rejoignait son dortoir afin de ne pas attirer l'attention de leur professeur principal.
Altaïr faisait suffisamment le mur avec les pleines lunes et les quelques autres sorties nocturnes qu'il s'accordait afin de ne pas attirer l'attention sur les dates de ses absences. Il ne pouvait donc pas se permettre de ne plus rejoindre du tout son lit. De plus, le matelas fourni par l'école était étrangement confortable et il lui manquait rapidement.
Cependant, les Bulgares comprirent rapidement son petit jeu et décidèrent de se lever eux aussi en avance ce matin-là. Altaïr fut plus que surpris de les découvrir, assis sur un canapé faisant face à l'escalier et à moitié somnolant. Lorsqu'ils l'aperçurent, ils lui firent signe de s'approcher d'eux et le Black n'eut d'autre choix que d'obéir. Il s'installa dans un fauteuil leur faisant face et jeta un coup d'œil à l'horloge, il restait une demi heure avant que les autres étudiants ne se réveillent.
« Tu nous évites » commença de but en blanc Viktor sous le regard noir de Lev.
« Oui » répondit-il tout aussi sincèrement.
Les deux garçons le fixèrent d'un air éberlué avant d'échanger un regard un peu perdu. Visiblement, ils ne s'attendaient pas à ce qu'il soit aussi honnête avec eux. Lev semblait être du genre à se faire des centaines de scénarios dans sa tête avant de prendre une décision, mais apparemment aucun d'eux ne prenait en compte qu'Altaïr n'aimait pas les conflits. Il savait très bien qu'il avait un tempérament sanguin. Alors Altaïr préférait ne pas énerver ses camarades puisque cela l'énerverait certainement en retour.
« Je croyais qu'on était ami, pourquoi tu as fait ça ? » demanda cette fois-ci Lev.
« Vous m'agacez à me surveiller toute la journée avec un air inquiet. Je sais gérer mes crises d'angoisse, je n'en ai pas beaucoup et quand bien même ça venait à arriver, vous ne pouvez rien faire pour les empêcher. Alors ça ne sert à rien de me suivre comme ça. »
Les deux Bulgares échangèrent un regard gêné. Ils n'avaient pas eu conscience que leur comportement pouvait être aussi agaçant et leurs inquiétudes aussi visibles.
« Désolé, on ne recommencera plus. »
Altaïr hocha simplement de la tête, acceptant volontiers les excuses de ses amis.
« Mais la prochaine fois que quelque chose te dérange, dis le nous directement. Ça nous fera gagner du temps. » sourit Lev.
« Et des heures de sommeil. » bailla Viktor.
Altaïr hocha simplement de la tête. En effet, cela semblait bien plus simple avec ces deux-là d'aller droit au but.
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10 mars 1989
Altaïr occupait chaque week-end et mercredi après-midi une salle de potion inoccupée afin de s'améliorer en pratique. Cette matière restait son plus gros point faible et Cygnus lui avait envoyé une terrible beuglante lorsqu'il avait reçu ses résultats de fin de décembre. L'homme lui avait fait savoir que ses notes parfaites dans ses autres matières n'étaient pas une excuse pour se relâcher en potions et qu'il avait plutôt intérêt à se reprendre.
Alors Altaïr avait libéré un maximum de son temps libre afin de se consacrer à la confection des potions. Il avait remarqué qu'en répétant le même geste des centaines de fois, alors il arrivait à s'accommoder de ses tremblements et à trouver les marges d'erreur qu'Altaïr pouvait se permettre d'avoir en fonction de chaque ingrédient.
Bien sûr, utiliser autant d'ingrédients n'était certainement pas gratuit. Mais puisqu'aucune plainte de Cygnus ne lui était parvenue, Altaïr supposa que son tuteur préférait voir ses notes s'améliorer plutôt que de perdre quelques Gallions. Cela soulageait quelque peu Altaïr de ne pas avoir à voler les ingrédients, de devoir les chercher lui-même dans la nature environnante ou encore de devoir trouver l'argent pour se les procurer tout seul.
Son professeur de potion, Georgiev, ne semblait pas déranger par ses nouvelles habitudes et le laissait s'entraîner dans son coin. Pendant les week-end, Altaïr appréciait utiliser sa propre salle de classe qui était alors inoccupée et son enseignant occupait parfois son propre bureau. Ce dernier corrigeait généralement quelques copies ou devoirs et le garçon trouvait toujours aussi étrange de le croiser aussi souvent dans sa salle de classe. Les autres professeurs préféraient habituellement travailler dans leurs propres bureaux ou dans leurs appartements. Presque aucun n'avait de salle de classe attitrée, Georgiev était l'exception à la règle.
Sa présence ne dérangeait pas Altaïr et le rassurait même certains jours. Georgiev était un bon professeur, bien que silencieux et ne s'exprimant jamais pour ne rien dire. Il trouvait toujours le bon conseil à donner et qui aiderait au mieux ses étudiants. De plus, contrairement aux autres classes où voir un chaudron déborder ou exploser était arrivé à quelques reprises, jamais cela ne s'était produit dans sa classe. L'enseignant arrivait à garder son attention sur tous les chaudrons en même temps et parvenait à prévenir chaque accident avec brillaud. Altaïr ne comprenait pas comment il pouvait surveiller trente élèves et leurs chaudrons en même temps, mais il était soulagé d'avoir ce potionniste pour professeur.
Malgré les quelques années qui le séparaient de l'accident de potion qui lui avait valu quelques cicatrices sur son bras, Altaïr angoissait toujours autant à l'idée que son chaudron lui explose une nouvelle fois. A chaque ingrédient qu'il jetait dans sa mixture, il redoutait de s'être trompé d'ingrédient ou de dosage.
Rater une potion était courant, mais il était bien plus rare qu'elle explose. Altaïr le savait, seul les potions instables présentaient ce type de risque et personne ne demanderait à un premier année d'en préparer une. Pourtant il ne pouvait empêcher d'être constamment prêt à bondir sous un bureau ou à quitter la pièce en courant.
Mais Altaïr savait qu'il devait s'améliorer dans cette matière et il n'était pas du genre à reculer devant ses peurs. Alors il continuait de s'entraîner sans relâche et son acharnement commençait à porter ses fruits. Altaïr avait enfin dépassé la moyenne à son dernier TP.
Aujourd'hui, il ne comptait pas confectionner une potion, mais simplement préparer quelques ingrédients. Georgiev avait prévenu ses étudiants que la potion qui les attendait le mercredi suivant prendrait les trois heures de cours à être préparé. Cette fois-ci, pas le temps de recommencer s'il se trompait à une étape et encore moins de traînasser lors de la préparation des ingrédients.
Une élève avait demandé s'il était possible de préparer certains ingrédients en avance et après réflexion, Georgiev leur avait permis d'apporter avec eux l'émincé de pousses de pisse-lion, les escargots de Vénétie vivants et leurs coquilles intacts mais tous deux séparés, les crochets de serpent commun en poudre et enfin des baies de gui épluchées. Cependant les élèves qui voulaient préparer leurs ingrédients en amont devraient le faire devant leur professeur le dimanche précédent le cours. Il voulait s'assurer que personne ne triche en demandant à un élève plus âgé de le faire à sa place.
Peu d'élèves avaient voulu gâcher leur dimanche enfermé dans une salle de potion et seuls cinq d'entre eux, dont Altaïr s'était présenté à leur professeur après le déjeuner. Ils avaient tous terminé de remplir leurs bocaux en moins de deux heures et bientôt, il ne restait plus que le jeune Black enfermé dans la pièce avec son professeur.
Altaïr avait rapidement préparé la poudre puisqu'il s'agissait simplement d'écraser des crochets et cela ne demandait aucune précision ou délicatesse de sa part. Emincer quelques plantes ne lui posait plus trop de problèmes à force d'entraînement, alors cette étape ne pris pas non plus trop de son dimanche après-midi.
Cependant les coquilles des escargots et les petites baies de gui étaient incroyablement fragiles entre ses doigts, sans compter le mucus d'escargot qui rendait ses doigts glissant ou encore les baies qui lui échappaient et roulaient sous sa table. Cela n'aurait pas été grand chose si seuls une dizaine d'escargots étaient nécessaire, mais Georgiev avait demandé à ce qu'à eux trente, les élèves refassent le stock de l'infirmerie en baume pour soigner les brûlures.
Durmstrang accueillait des milliers d'élèves étudiant au-dessus de chaudrons, se disputant dans les couloirs, jetant des sortilèges offensifs en cours ou apprenant à s'en défendre parfois en vain. Alors il n'était pas rare que l'infirmière accueille plusieurs patients présentant quelques brûlures tous les jours. Les stocks n'étant pas inépuisables, il avait été décidé que les renflouer serait un excellent exercice pour les élèves de l'école.
Alors Altaïr ne se retrouvait pas à devoir préparer une petite poignée d'ingrédients comme à son habitude, mais plus de cents escargots et deux kilogrammes de petites baies rouges. Ce qui le dépitait certainement le plus était de constater qu'il s'approchait à peine de la moitié alors que cela faisait trois heures qu'il était assis devant sa table de travail.
Deux élèves toquèrent à la porte et Georgiev ouvrit cette dernière d'un geste de la baguette sans quitter à un seul instant son livre. Apparemment il avait terminé ses corrections et s'était rabattu sur une lecture afin de s'occuper. Deux garçons passèrent leurs têtes dans l'entrebâillement de la porte et Altaïr reconnut immédiatement Viktor et Lev. Ils le rejoignirent rapidement et s'installèrent sur devant son plan de travail en attrapa les chaises posées devant deux autres tables.
« Tu en as encore pour longtemps ?
- J'ai fait la moitié. »
Viktor lui lança un regard dépité alors que Lev lança un regard étonné à son plan de travail. Altaïr plaçait chaque ingrédients utilisable dans des bocaux en verre et jetait dans une grande bassine en bois ceux qu'il ne pourrait pas ajouter à sa potion. De l'autre côté de la table, deux bassines plus petites contenaient les baies et les escargots qu'il lui restait à préparer.
« Comment peux-tu avoir autant de déchets ? Même moi je suis plus doué que ça en potions. » s'étonna Krum.
Altaïr se renfrogna quelque peu. Le garçon était dans une classe bien moins forte que lui et ses résultats scolaires étaient plutôt dans la moyenne. Altaïr quant à lui excellait dans tous les domaines. Savoir que même un élève basique le surpassait dans cette matière heurtait sa fierté.
« Je suis nul pour ça, je n'y peux rien. » marmona-t-il dans sa barbe.
Comprenant que le sujet était sensible, Lev ne poursuivit pas la discussion, préférant changer de sujet.
« Est-ce que tu penses avoir le temps de nous aider ? Viktor a un exposé en anglais et moi un contrôle de botanique demain. »
Altaïr observa ses bassines avant de soupirer fortement. Il avait promis à ses amis de les aider et il n'aimait pas rompre ses promesses. D'autant plus que ces derniers étaient plutôt sympa avec lui et Altaïr ne voulait pas leur faire ce coup bas.
« Sinon, on peut t'aider avec ça. Le prof ne verra rien, il ne fait que lire. Et après tu auras le temps de nous aider. » chuchota Krum.
Mais étant les seuls occupants de la pièce, Altaïr était pratiquement sûr que Georgiev l'avait lui aussi entendu. Le sourire en coin qui étira ses lèvres quelques secondes confirma ses doutes. Les deux bulgares étant dos à ce dernier, ils n'avaient pas pu le voir mais Altaïr était certain de ne pas avoir rêvé. Pourtant le silence du professeur persista et le garçon interpréta cela comme l'autorisation de recevoir un peu d'aide.
Pourtant Altaïr se refusait à ne pas finir cette tâche tout seul. Certainement de la fierté mal placée, mais il était hors de question de céder aussi rapidement à la facilité. Il se plongea quelques instants dans ses pensées avant de finalement trouver une solution à leur problème. Altaïr attrapa les bocaux déjà remplis et les déposa sur la table derrière lui et fit de même avec les trois grandes bassines. Il ne garda face à lui qu'un bocal de baies de gui à moitié plein, un bol rempli de baies à trier et un autre vide qui lui servirait de poubelle. Ainsi il n'occupait plus qu'une petite partie de sa table et les deux autres sorciers pourraient travailler à côté de lui.
« Vous avez vos cours avec vous ? » Ils hochèrent de la tête. « Je vais vous aider en même temps que je fais ça. Est-ce que ça vous va ?
- Pas de soucis. » lui sourit Lev.
« Yudina, fait une liste des points de ton cours que tu ne comprends pas. Je te les expliquerai ensuite un par un. Krum, est-ce que tu as déjà écrit quelque chose ?
- Oui, je me suis fait un texte de départ mais je n'arrive pas à trouver ce qui ne va pas. » soupira Krum. « En plus je suis nul en anglais, je suis sûr qu'il y a plein de fautes.
- C'est déjà ça, donne moi ton script. »
Altaïr s'essuya les mains sur un torchon et survola du regard ce que Viktor avait écrit. Il nota mentalement les fautes d'orthographes, les erreurs de conjugaison ou ses maladresses liées à son manque de vocabulaire à corriger. Puis, il chercha dans ses souvenirs quelques anecdotes sur le Quidditch qu'il avait dû lire afin d'enrichir l'exposé de son ami. Sans surprise, Viktor avait choisi son sport préféré comme thème pour son devoir.
Une fois sa lecture terminée, il attrapa la plume que Viktor avait en main et numérota les lignes de son texte de cinq en cinq. L'autre garçon le regardait d'un air curieux mais Altaïr n'y prêta pas attention. Lorsqu'il eut numéroté toutes les lignes de cinq en cinq, il rendit son parchemin à Krum et reprit son activité précédente.
« On va procéder en deux étapes. La première sera de corriger ce que tu as déjà écrit et ensuite je te donnerai des idées pour compléter ton texte et atteindre les cinquante centimètres de parchemin. »
Viktor hocha de la tête, ravi qu'Altaïr prenne le devant. Il n'était pas doué dans les domaines scolaires et se retrouvait rapidement perdu devant ses devoirs, ne sachant jamais par où commencer.
« Ligne 1, mot numéro 7. C'est how many, pas how much, tu parles de quelque chose que tu peux compter. Ensuite, même ligne, mot numéro 13. Utilise renouveler plutôt que refaire.
- Comment on dit ça ?
- Renew. R-E-N-E-W » épela Altaïr.
Les vingt minutes suivantes, il corrigea ainsi chaque maladresse de son ami en lui expliquant chaque erreur et n'hésitant pas à lui réexpliquer plusieurs fois une règle de grammaire ou de conjugaison si cela se montrait nécessaire.
« Prends un parchemin, je vais te donner quelques idées de livre à consulter à la bibliothèque. »
Altaïr se creusa l'esprit quelques instants avant de finalement commencer sa liste.
« Pour ta partie sur les risques du sport, tu peux donner quelques exemples d'accidents célèbres. Il y en a dans "Le Quidditch à travers les âges" de Kennilworthy Whisp dans le chapitre 7 de la page 257 à 266. Le reste du chapitre n'est pas très intéressant. Dans ta conclusion, tu peux aborder les controverses qui sont encore d'actualité autour du Quidditch…» Altaïr réfléchit quelques instants avant de reprendre. « Je ne sais pas s' il y a les anciens exemplaires du magazine «Quidditch et politique» à la bibliothèque. C'est une revue hebdomadaire anglaise où des journalistes et des politiciens abordent les enjeux politiques et économiques liés aux tournois et à l'organisation des différentes Coupe du monde, exemple. Sinon, je connais une autre revue appelée « Les néophytes » qui aborde chaque semaine un thème différent pour y initier leurs lecteurs. Ils ont fait un article sur le Quidditch quelques semaines avant notre rentrée à Durmstrang. Ça doit être dans les numéro 560 ou 570 je pense. Mais comme dit, ce sont des revues anglaises alors je ne sais pas si la bibliothécaire les a, sinon tu pourras juste les évoquer vaguement. »
Krum prenait frénétiquement des notes tout en écoutant attentivement son ami. Dix minutes plus tard, il quittait la pièce pour chercher les livres dont Altaïr lui avait parlé. Lui qui avait mit presque deux heures à écrire ses trente lignes se sentait plutôt honteux. Grâce à son ami, il avait le double de notes en moins d'une demi-heure.
Une fois Viktor partit, Altaïr décida de consacrer son temps à Lev cette fois-ci. Il fut surpris de découvrir que ce dernier le dévisageait avec un mélange de curiosité et d'admiration.
« Tu as appris tous ces livres par cœur ?
- Au début c'était juste un exercice, mais c'est devenu une habitude avec le temps. Bref, tu as besoin d'aide pour quelle partie ? » changea-t-il de sujet.
« Je dirai que j'ai surtout eu des problèmes pendant la dernière leçon. Je ne comprends pas du tout comment choisir entre la méthode de Saïdi ou celle de Küss pour déterminer l'âge d'une plante grâce à sa sève. »
Altaïr commença alors à lui expliquer les avantages et les désavantages de chaque méthode tout en illustrant ses propos en lui parlant de certaines plantes. En même temps, il rinça ses bols dans une bassine d'eau clair un peu plus loin et les remplit cette fois-ci d'escargot. Altaïr avait enfin fini d'éplucher ses baies et il fut quelque peu surpris de constater que s'occuper l'esprit avec d'autres sujets de conversation lui avait facilité la tâche contrairement à ce qu'il avait initialement pensé.
Ses gestes étaient devenus mécaniques et ses tremblements ne l'entravaient presque plus. Visiblement, focaliser toute son attention sur ses mains n'avait pas été la meilleure des méthodes.
Altaïr était satisfait de constater que cette séance de travail de groupe lui avait aussi été bénéfique. Dès son prochain cours, il tenterait de se libérer l'esprit en songeant à d'autres de ses cours. Peut-être que cela l'aidera à avoir de meilleurs résultats.
Bien qu'un peu plus d'une heure plus tard, Altaïr et Viktor avaient terminé leurs propres travaux, les garçons décidèrent de rester encore un peu dans la salle de potions. Ils avaient complètement oublié la présence du professeur Georgiev et s'étaient entièrement focalisés sur la botanique de de Lev.
Les deux bulgares buvaient chaque parole d'Altaïr et cette matière leur sembla soudainement bien plus intéressante qu'elle n'en avait l'air quelques heures plus tôt. Altaïr ne faisait pas souvent part de ses sentiments, si bien que ses deux amis arrivaient rarement à deviner s'il appréciait vraiment passer du temps avec eux ou bien s'ils ne faisaient que le coller. Ou encore si l'anglais appréciait les activités dans lesquelles ils l'entrainaient parfois. Mais à cet instant, il était évident qu'Altaïr était un passionné de botanique.
A dix-neuf heures, le clocher à l'entrée de Durmstrang sonna au loin l'ouverture du réfectoire pour le dîner. Les garçons se rendirent alors soudainement compte qu'ils avaient fini par passer toute l'après-midi à travailler. Ils lancèrent un regard gêné au professeur qui avait cessé de lire depuis un moment pour écouter lui aussi le cours improvisé d'Altaïr. Certainement qu'il n'avait pas voulu laisser son élève et ses deux amis sans surveillance dans sa classe.
Alors que les garçons allaient enfin quitter la pièce afin d'aller dîner, Georgiev interpella Altaïr. Il fit signe à ses amis qu'il les rejoindrait plus tard à table. Une fois seul dans la pièce, le professeur quitta enfin son siège, fit le tour de son bureau et s'adossa nonchalamment à ce dernier. Altaïr sursauta lorsque la porte claqua derrière lui.
« Mr Black, j'ai contacté votre tuteur à propos de la réunion parents-professeurs. »
Altaïr se tendit immédiatement. Georgiev était son professeur principal en plus d'être le responsable de filière des premières années. Ce dernier avait prévenu sa classe deux semaines plus tôt quant à cette fameuse réunion qui aurait lieu pour les élèves de son année le dernier week-end de mars. Chaque étudiant devait alors envoyer le formulaire de participation à leurs parents qui se chargeraient ensuite de le retourner à l'école.
Cependant, Altaïr avait repoussé encore et encore le moment où il enverrait sa lettre à Cygnus. Si bien que deux semaines plus tard, l'invitation de ce dernier était encore au fond de son cartable.
« Il m'a dit n'être au courant de rien.
- Je pensais que cela ne l'intéresserait pas. Il n'aime pas beaucoup sortir, et c'est un long voyage. » improvisait Altaïr.
« Apparemment, ça l'intéresse bien plus que vous ne le pensez. Votre tuteur m'a assuré vouloir rencontrer tous vos professeurs. »
Le regard de Georgiev s'était fait perçant et l'analysait de la tête au pied. Il avait visiblement deviné qu'Altaïr avait intentionnellement évité de mettre son tuteur au courant de la réunion. Cela arrivait tous les ans puisque la plupart des élèves des classes inférieures tentaient tant bien que mal de masquer leurs mauvais résultats autant que possible. De même pour les enfants se faisant passer pour des travailleurs acharnés fassent à leurs parents, mais une fois que ces derniers rencontraient leurs professeurs, ils réalisaient que leurs enfants étaient des plus turbulents.
Cependant Altaïr n'avait aucune raison de ne pas vouloir présenter ses professeurs à son tuteur. Il était un garçon brillant, le meilleur des premiers années, studieux et son comportement était exemplaire dans ses classes. Pas de bavardages intempestifs ou de relâchement malgré ses bonnes notes. Même face aux difficultés qu'il rencontrait dans sa classe, Altaïr ne se laissait jamais abattre et fournissait d'autant plus d'efforts. Si Georgiev devait lui trouver un seul défaut, ce serait peut-être de ne pas lever suffisamment la main en classe et d'attendre d'être interrogé pour participer.
Alors si Altaïr n'avait aucune raison de craindre le témoignage de ses professeurs, alors le problème venait forcément de son tuteur et cela était bien plus problématique. Peut-être était-ce seulement la honte d'être accompagné par un vieil homme alors que tous les autres enfants seraient avec leurs deux parents. Mais le professeur en doutait. Altaïr ne semblait pas accorder tant d'importance à l'image qu'il renvoyait devant les autres enfants.
Alors ses inquiétudes venaient de l'image que ses enseignants auraient de Cygnus Black. Georgiev ne connaissait pas cet homme et ne l'avait jamais vu auparavant. Ils vivaient dans des pays bien trop éloignés pour que même par hasard, ils tombent l'un sur l'autre. Mais d'après le directeur Karkaroff qui lui avait parlé à quelques reprises au sein des Mangemorts, Cygnus n'était pas quelqu'un d'agréable. Igor lui avait même soufflé un jour qu'il plaignait le garçon pour être tombé sous la tutelle d'un tel sorcier arrogant et imbu de lui-même. Apparemment la folie des Black ne l'avait pas épargné.
Georgiev avait toujours soupçonné que l'enfance du garçon n'avait pas dû être banale au vu de son comportement. Altaïr était bien trop calme, réservé et méfiant pour que cela soit dans sa nature. Il avait dû vivre une enfance compliquée et après un court entretien avec l'infirmière de l'école, il découvrit qu'elle était du même avis. Cependant, le garçon lui avait apparemment raconté que Cygnus l'avait adopté il y a moins de quatre ans. Ainsi, Georgiev ne pouvait aucunement avancé avec certitude que l'homme était la cause du comportement du garçon.
« Est-ce que vous parlez anglais ? »
La question sortit subitement Georgiev de ses pensées. Il avait suffisamment de temps libre pour penser à tout cela plus tard, pour l'instant il devait rester concentré sur sa conversation avec le garçon.
« Je n'ai pas pratiqué depuis un moment, mais je me débrouille.
- Et les autres professeurs ?
- Je pense que oui. Sauf peut-être Mrs Pavlović. » réfléchit Georgiev. « Pourquoi ? »
- Cygnus ne parle pas d'autres langues couramment alors la communication peut être difficile. Est-ce que je suis autorisé à rester pendant l'entretien pour traduire si nécessaire ?
- C'est rare qu'un aristocrate ne parle pas plusieurs langues. » songea le professeur.
« Juste quelques mots de français. »
Altaïr était très amusé de constater qu'un éminent potionniste tel que Georgiev trouve quelque chose de critiquable chez Cygnus. Altaïr était au moins supérieur à son tuteur dans l'apprentissage des langues et cela le faisait jubiler.
« La plupart des parents laissent leurs enfants les accompagner. Nous leur laissons ce choix, alors si votre tuteur est d'accord cela ne posera aucun souci. » le rassura finalement le potionniste.
Altaïr fut bientôt relâché par son professeur. Mais alors qu'il rejoignait le réfectoire, le garçon finit par brusquement changer de direction. Il ne voulait voir personne et ses deux amis risquaient de lui poser pas mal de questions. Alors le jeune Black rejoignit simplement son dortoir et s'enroula en boule au fond de ses couettes, tentant vainement d'oublier ses angoisses.
Altaïr était terrifié en imaginant à quel point Cygnus devait être furieux de ne pas lui avoir parlé de cette réunion. Il avait sincèrement pensé que cela ne l'intéressait pas et qu'en constatant l'absence de réponse, son professeur lui en demanderait la cause à lui et non directement au concerné.
Altaïr espérait simplement que la présence de nombreux adultes ce jour-là calmerait la colère de Cygnus et qu'aucune punition ne l'attendrait. Le sorcier savait très bien que son comportement n'était pas digne d'un bon tuteur. Or il tenait bien trop à sa liberté durement achetée à la fin de la guerre, pour se permettre de tout ruiner en frappant un enfant en plein jour. Même si cela se faisait dans un autre pays.
Altaïr espérait sincèrement que Cygnus ne pourrait pas le punir et qu'il oublierait tout cela d'ici son retour au manoir en juillet.
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Dimanche 31 mars 1989
Avec le recul, Altaïr se trouvait incroyablement naïf d'avoir pensé que Cygnus ne pourrait pas le punir dans l'enciente de l'école.
Les parents d'élèves étaient arrivés au fil de la journée aux horaires que l'école leur avait attribués. Comme ils arrivaient par Cheminette, il était nécessaire d'encadrer les heures d'arrivées afin de ne pas créer d'attroupement trop importants dans le grand vestibule de l'école.
Les parents de Viktor étaient arrivés tôt dans la matinée, mais les professeurs de leur fils avaient apparemment matière à se plaindre et leurs rendez-vous s'étaient quelque peu éternisés. Apparemment Viktor était plutôt bavard dans ses cours en plus de ne pas fournir assez de travail personnel afin de progresser correctement.
Altaïr et Lev n'attendaient pas leurs tuteurs avant quatorze heures, Cygnus avait préféré venir l'après-midi plutôt que de se lever tôt dans la matinée. Il avait donc travaillé à la bibliothèque quelques heures avant de rejoindre le réfectoire. Là, il y retrouva Lev et Viktor qui avaient déjà commencé leurs déjeuners.
Lev n'avait pas l'air très stressé. Ses professeurs l'appréciaient et ses notes étaient plutôt bonnes, bien que rien d'exceptionnel. Il était un élève plutôt standard, bon un peu partout, une seule matière où il ne s'en sortait pas et une autre où il excellait. D'autant plus qu'il était attentif en cours et faisait tous ses devoirs très consciencieusement. Les enseignants n'avaient aucune raison de se plaindre de lui et Lev le savait.
Viktor quant à lui semblait mitigé entre le désespoir et le soulagement. Sa mère avait visiblement bien pris les choses et avait convaincu son mari de ne pas lui confisquer son balai. Le jeune Krum y tenait plus que tout au monde et cela l'aurait complètement démoralisé de ne plus pouvoir voler avec pendant le reste de l'année scolaire. Après tout, il passait actuellement plus de temps en train de voler que dans la bibliothèque.
« Tout ça, c'est parce que nos profs leur envoient nos notes avant leur arrivée. Si mon père n'avait pas vu mon cinq en métamorphose, il n'aurait pas été autant en colère. » rouspéta-t-il en accompagnant ses camarades vers le hall d'accueil.
« Attends, tu veux dire que nos notes ont été envoyées ? » s'exclama Altaïr.
Il était rare de le voir perdre son sang-froid et cela surprit ses deux amis. Ils le regardèrent bizarrement quelques secondes, comme s'ils n'arrivaient pas à croire qu'Altaïr n'était pas au courant de cela. Mais face à son air perdu et légèrement paniqué, Lev décida de lui expliquer les détails de la réunion parents-professeurs qu'il ignorait visiblement.
« Dans l'invitation pour les réunions qu'on a donné à nos parents, il y avait une lettre d'information expliquant le déroulé de la journée, comment venir jusqu'ici, les dates et les horaires qui leurs étaient attribués. Nos parents ont aussi reçu une liste des professeurs qui souhaitent les rencontrer et lesquels pensaient que cela ne serait pas nécessaire. Par exemple, j'ai des facilité en anglais alors la prof n'avait pas vraiment besoin de parler à mes parents. Par contre celle de botanique les a presque supplié de la laisser remonter les bretelles devant eux. » s'amusa Lev.
« Et il y avait nos notes avec cette invitation ?
- Non non, ils ne les ont reçu qu'il y a trois jours. C'était pour qu'ils aient tous nos résultats allant de notre premier contrôle à notre tout dernier.
- Ils ont aussi reçu un bref récapitulatif par matière. Comme ça ils savent ce qu'on a fait en classe cette année. C'est pour mieux préparer les entretiens. » rajouta Krum.
Altaïr perdit toutes ses couleurs au fil des explications de ses amis. Il n'avait pas du tout prévu cela. Déjà que ses notes de potions à l'examen de décembre n'avaient pas plu à Cygnus, il allait être encore moins ravi cette fois-ci. A force de se concentrer uniquement sur cette matière, Altaïr avait finalement réussi à progresser ces trois derniers mois.
Cependant il n'avait plus eu beaucoup de temps libre à consacrer à ses autres matières et ces scores parfaits de début d'année n'étaient plus totalement les mêmes. Bien qu'il ne soit jamais loin des cent pour cent, Altaïr perdait parfois quelques points bêtement suite à des étourderies pendant les contrôles. Étourderies facilement évitable s'il avait eu un peu plus de temps pour réviser.
« Ils y ont vraiment envoyé toutes nos notes ? » déglutit difficilement Altaïr.
Il avait rarement l'air aussi inquiet et cela perturba quelque peu ses amis. Altaïr ne partageait pas souvent ses sentiments et jamais aussi clairement. Il lui arrivait d'afficher un sourire en coin ou de froncer des sourcils, mais il n'y avait jamais d'étalage distinct d'émotions.
« De quoi tu t'inquiètes, tu es le premier de votre classe ? » se moqua gentiment Viktor en essayant vainement de détendre l'atmosphère.
« Je ne suis plus le premier. Barjow est passée devant moi dans le classement en début de semaine.
- Quoi ? Mais non ! » s'exclama Krum. « Je suis passé devant le tableau d'affichage juste avant avec mes parents. Tu étais en haut de la liste des premiers années. »
Altaïr fronça des sourcils, incertain de comprendre la situation. Le tableau d'affichage était mis à jour chaque lundi matin par les professeurs. Or il l'avait vérifié pour la dernière fois lundi après-midi, son contenu n'avait donc pas pu être modifié entre-temps.
« Barjow ! » cria Lev en apercevant la fille un peu plus loin dans le hall.
Elle semblait elle aussi attendre ses parents qui ne devraient pas tarder à arriver. En les apercevant, Barjow se rapprocha d'eux et ils lui expliquèrent la situation.
« Ah oui, Mr Georgiev a fait modifier le classement mardi soir. Notre professeur de russe a mélangé les notes de notre classe. Je n'ai pas eu cent mais soixante-deux. Comme Mr Georgiev ne voulait pas laisser d'erreur apparente pendant la visite de nos parents, le directeur l'a autorisé à le modifier avant d'attendre le lundi. »
Lev et Altaïr ayant respectivement pris les cours d'anglais et d'estonien, ils n'étaient donc pas au courant de l'erreur effectuée par la professeur de russe.
« Si les lettres avec nos notes ont été envoyées il y a trois jours, ça veut dire qu'elles ont été envoyées mercredi et que l'erreur n'y apparaît pas ? » lui demanda-t-il avec espoir.
« Oui, mes parents ont reçu mon bon classement. »
Barjow ne semblait pas très touché d'avoir perdu la première place même si c'était lié à une erreur. Altaïr s'était quant à lui sentit dévasté en pensant être deuxième. Le garçon admirait le détachement que Barjow avait vis-à-vis de ses notes. Il aimerait pouvoir agir comme elle. il trouvait cela admirable.
Les quatre enfants continuèrent à discuter quelques minutes avant que les cheminées ne s'allument. De l'une d'entre elle sortit la mère de Lev, rapidement suivie de son mari. Lev se précipita vers sa famille en entraînant Viktor avec lui. Les Krum étaient de bons amis du couple Yudina et ils connaissaient donc Viktor depuis sa naissance. Les deux garçons avaient pratiquement été éduqués ensemble.
Lev fit signe à Altaïr et Barjow de les rejoindre et les deux étudiants obéirent timidement. Ce n'était pas rien que de rencontrer la Ministre de la défense bulgare et son mari qui était connu pour être l'un des duellistes les plus talentueux d'Europe. Cependant les deux adultes ne se montrèrent en rien arrogant et discutèrent chaleureusement avec les amis de leur fils.
Altaïr réalisait enfin à quel point il ne jouait pas dans la même cour que ses amis. Viktor et Lev étaient des enfants de Ministres, soient les personnes les plus importantes de leur pays. Barjow était quant à elle la fille d'une des chanteuses les plus célèbres du monde magique et d'un ancien champion de Quidditch. Elle passait sa scolarité à Durmstrang uniquement pour éviter les journalistes et les fans de ses parents.
Lui n'était rien comparé à eux. Dans son pays, il avait eu l'impression d'être l'un des enfants les plus importants de son pays et pourtant ici, il n'avait aucune influence. Certes, un jour il prendrait son siège au Magenmagot, mais jamais il n'aurait autant d'influence sur le monde que les parents de ses amis.
Altaïr fut cependant tiré de ses pensées lorsqu'il aperçut du coin de l'œil Cygnus sortir d'une cheminée. Il s'excusa poliment auprès de ses amis et des parents de Lev avant de rapidement rejoindre son tuteur.
Cygnus l'avait également repéré et avançait d'un pas raide dans sa direction. Sa main droite tenait sa canne qui claquait froidement contre le sol carrelé du hall, tandis que de sa main gauche, il froissait avec fureur quelques parchemins. Le sorcier s'arrêta à quelques mètres de lui, le laissant le rejoindre en le toisant froidement de son air supérieur si caractéristique.
« Tu peux m'expliquer ça ? » lui cracha-t-il en lui lançant les papiers à la figure.
Altaïr se baissa pour ramasser les parchemins tombés au sol en essayant de ne pas faire attention au sourire satisfait qui étirait les lèvres de Cygnus alors qu'il s'agenouillait presque à ses pieds. En ramassant les feuilles, le garçon comprit rapidement qu'il s'agissait de ses notes et qu'apparemment, même en étant le premier de sa promotion, son tuteur n'était pas satisfait.
« Je suis désolé. »
Altaïr regretta immédiatement ses paroles, Cygnus quant à lui semblait s'enrager. Les enfants et les adultes autour d'eux semblaient mal à l'aise mais aucun d'eux n'intervint dans la dispute. Ce genre de scène arrivait souvent et ce n'était certainement pas le premier adolescent à se faire enguirlander aujourd'hui.
« Tu me caches cette réunion avec tes professeurs, tes notes en potions sont misérables et en plus de ça, tu négliges tes autres matières ?
- Ce n'était pas mon intention. Je pensais simplement que vous préféreriez utiliser votre temps autrement. Et je fais de mon mieux en cours. » tenta vainement de s'expliquer Altaïr.
La gifle partit toute seule et fut si violente que la nuque d'Altaïr avait bruyamment craqué en se tournant si rapidement. Sa joue le brûlait, mais le garçon ne réagit pas. Il ne souhaitait pas faire de scandale, lui passerait le reste de sa scolarité ici contrairement à son tuteur.
« Ne sois pas insolent avec moi.
- Je m'excuse Monsieur. »
Cygnus hocha finalement de la tête, bien que son regard lui indiquait clairement qu'il n'en avait pas fini avec lui. Le sorcier commença à marcher en direction de la sortie du hall et Altaïr lui emboîta le pas. Il attrapa le planning que son tuteur lui tendait et comprenant ce qu'il attendait de lui, il le guida jusqu'au lieu de leur premier entretien.
Altaïr entendit quelques parents chuchoter à leur passage, essayant de vérifier si leurs enfants ne fréquentaient pas cet étudiant qui semblait être un véritable perturbateur. Il devait être un très mauvais élève pour énerver à ce point l'homme qui semblait être son grand-père.
« Est-ce que tu connais ce gamin ?
- J'espère que tu n'es pas son ami ?
- Ne prend pas exemple sur lui mon poussin. »
Cela le blaissa plus qu'il ne l'aurait imaginé. Altaïr n'était pas un mauvais élève, loin de là. C'était Cygnus qui était un mauvais tuteur, cependant personne ne semblait vouloir le voir. Tous fermait les yeux, il était bien plus simple de détourner le regard plutôt que d'affronter ce vieil homme et de lui expliquer que giffler son pupille n'était pas la bonne façon de l'éduquer. Mais Altaïr connaissait les adultes et leur logique, il ne s'attendait plus à grand-chose de leur part de toute façon.
Même le père de Lev avec qui il avait discuté un peu plus tôt fronçait des sourcils en le dévisageant désormais. Heureusement pour son égo, ses amis prirent sa défense.
« Est-ce qu'il a de si mauvaise note que ça ?
- Non, c'est le premier de la promo.
- Le premier ? » répéta-t-il d'un air ébahi, comme s'il n'en revenait pas.
Cela fit beaucoup de bien à Altaïr de croiser le regard de Lev et Viktor qui semblait réellement s'inquiéter pour lui. Même Tamara Barjow lui fit un petit signe encourageant de la main. Discrètement, Altaïr leur répondit par un sourire et un clin d'œil, il ne voulait pas les inquiéter. Il était habitué au caractère difficile de Cygnus et s'était attendu à des salutations du genre.
Altaïr prit finalement une profonde inspiration, se redressa légèrement et reprit ses airs distants habituels. Il ne voulait pas montrer à quel point Cygnus avait une forte emprise sur son mental. Altaïr ne voulait pas avoir l'air faible et encore moins soumis. Alors il ne laisserait rien paraître quant à l'angoisse qui lui enserrait le cœur en présence de son tuteur.
Finalement, les premiers entretiens se passèrent mieux que ce qu'Altaïr aurait pu espérer. Ses professeurs parlaient tous anglais et il n'intervenait que rarement pour traduire un mot qui ne leur revenait pas. Cygnus quant à lui avait pris son faux sourire de politicien et tentait de se montrer sous son meilleur jour.
Cygnus savait très bien que les professeurs ne l'appréciaient pas et qu'étant tous sous la coupe de Karkaroff, ils seraient ravis de lui causer du tort à la moindre occasion. Cependant, son dernier entretien en compagnie de Georgiev ne s'était visiblement pas passé comme prévu. Altaïr n'avait pas pu suivre son tuteur à l'intérieur du bureau, Cygnus lui demandant d'attendre devant la porte.
Il avait beau avoir collé son oreille contre la porte, Altaïr n'entendit pas un son provenant du bureau de son professeur. Le garçon ne mit pas longtemps à comprendre que l'un des deux hommes avait lancé un Silencio afin de protéger leur discussion. Certainement Cygnus puisqu'il était le seul des deux à savoir pour sa lycanthropie.
En sortant du bureau, Cygnus semblait hors de lui mais aussi très calme et cela terrifia Altaïr. Un Cygnus haineux et colérique était habituel, mais un Cygnus parfaitement maître de lui n'annonçait rien de bon.
« Mon horaire de départ n'est que dans une quarantaine de minutes, que dirais-tu de me montrer ton dortoir ? » proposa Cygnus sur un ton qu'il voulait certainement gentil.
Pourtant Altaïr était terrifié. Cygnus n'était pas du genre à lui accorder de son temps libre. S'il le voulait, il pourrait très bien écourter sa visite et partir plus tôt. Le personnel en charge des arrivées et des départs le laisseraient certainement utiliser une Cheminée en dehors de son horaire attribué. Pour Altaïr, cela ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose, son tuteur avait quelque chose en tête et cela ne sentait pas bon pour lui.
Il réussit à faire perdre un peu de temps à son tuteur sans que ce dernier ne le remarque en leur faisant emprunter quelques détours. Altaïr espérait seulement qu'une fois arrivé dans son dortoir, Cygnus décrète qu'il n'avait plus assez de temps et décide de partir sans rien faire. Le garçon ne fut jamais aussi heureux que d'avoir choisi un lit au dernier étage du bâtiment des premiers années. Cygnus n'était plus tout jeune et grimpait les marches incroyablement lentement.
Cependant, même avec tous ces détours et escaliers, Altaïr réalisa avec terreur qu'il restait encore vingt-cinq minutes à Cygnus, quinze si on comptait le temps qui les séparait du hall d'entrée. Une fois devant son lit, Altaïr se tourna vers son tuteur et attendit avec anxiété le premier sort. Il avait très bien comprit que Cygnus n'était pas heureux du tout de sa discussion avec Georgiev, discussion à propos de son pupille et donc ce dernier était inéluctablement devenu l'objet de sa fureur.
« Doloris. »
Le sortilège dura plus longtemps qu'à l'accoutumée. Cygnus ne dépassait jamais les dix secondes et pourtant, cette fois-ci Altaïr réussit à compter jusqu'à vingt-trois. C'était la seule façon qu'il avait trouvé de ne pas perdre pied lorsque Cygnus lui lançait ce maléfice, compter les secondes jusqu'à la levée du sort.
« Oh putain ça fait du bien. » jubila cruellement Cygnus. « Tu n'es qu'un petit con, Altaïr. J'espère que tu es heureux, cet enfoiré sait pour toi et ta foutue maladie. T'as de la chance qu'il ne t'ait pas dénoncé à Karkaroff sinon tu aurais pu dire adieu à ta petite tête d'incapable. »
Cygnus hurlait et tempêtait en tous sens. Altaïr quant à lui tentait tant bien que mal de rester conscient et de comprendre ce que son tuteur lui reprochait. Ses oreilles bourdonnaient désagréablement et son esprit refusait de se concentrer sur la discussion, préférant lui rappeler la douleur qui le parcourait.
Petit à petit, Altaïr arrivait à comprendre des bribes de phrases entre deux sortilèges et à recoller les morceaux. Il était terrifié à l'idée d'avoir été découvert en tant que loup-garou. Il avait pourtant été discret et n'avait jamais senti personne autour de lui pendant ses transformations. Mais d'un autre côté, Georgiev était un sorcier expérimenté et pouvait très certainement camoufler ses odeurs, ses bruits et sa présence grâce à la magie.
Peut-être qu'ils s'étaient croisés une nuit où le potionniste cherchait des ingrédients dans la forêt, mais Altaïr ne croyait que peu à cette hypothèse. Il gardait la plupart de ses souvenirs de transformation et ne se souvenait pas avoir rencontré quiconque dans la forêt si ce n'était quelques animaux.
Il y avait certainement d'autres moyens de le démasquer. Georgiev avait pu découvrir qu'il faisait le mur à chaque pleine lune, cependant Altaïr le faisait si souvent qu'il ne pensait pas que le lien soit si évident que ça. Ou bien avait-il remarqué son teint pâle à l'approche de la pleine lune, même s'il tentait tant bien que mal de le cacher.
Altaïr ignorait totalement ce qui l'avait trahi, cependant il en n'avait cure pour l'instant. Tout ce à quoi il pouvait penser était à la douleur qui le traversait de part en part.
« Et comme si ça ne suffisait pas, tes notes sont en baisse. Je t'ai vu parler avec d'autres élèves en arrivant. Tu préfères faire copain-copain plutôt que de réviser. »
Altaïr grinça des dents. Ses notes n'avaient baissé que de quelques demi-points par-ci, par-là. Il n'y avait clairement pas de quoi dramatiser.
« Si tu n'as pas les scores maximaux dans chacune de tes matières aux examens finaux, tu pourras dire adieu à la lumière du jour cet été. »
Altaïr voulut se redresser pour s'excuser de son comportement, le supplier de ne pas le punir. Mais il n'en eut pas le temps, de nouveaux sortilèges l'atteignirent de plein fouet. Il haïssait les cachots du manoir de Cygnus, il y avait vécu tant de mauvais souvenirs. Il ne voulait plus y retourner, plus jamais.
Lorsqu'enfin Cygnus s'arrêta pour le quitter, Altaïr aperçut seulement un elfe de maison s'approcher de lui avant de s'évanouir. Son nez était obstrué par l'odeur du sang et il ne put même pas reconnaître quel elfe exactement allait prendre soin de lui.
« Derry, rend le présentable, mais ne le soigne pas. Pas de potions non plus pour lui. Il se débrouillera. » ordonna Cygnus avant de quitter le dortoir.
L'elfe connaissait cet ordre aussi bien qu'il le détestait. Il savait très bien ce que son maître voulait, Altaïr devait être lavé et recevoir les premiers soins, mais rien de plus. Le garçon devait simplement ne pas être en danger de mort. Ensuite, Derry devrait lui lancer des glamours afin de masquer les dégâts.
Cependant, comme son maître n'était pas présent pour surveiller ses soins, Derry se permit de glisser quelques baumes anti douleurs dans la table de nuit de l'enfant ainsi que plusieurs bandages. Cygnus lui avait interdit de lui donner des potions, pas des baumes. Cependant Derry ne pourrait pas l'aider pour surmonter les effets secondaires des Doloris. Puis, il le glissa sous ses couvertures et jeta un sortilège de chaleur sur ces dernières afin que le garçon ne se refroidisse pas. Il ne manquerait plus qu'il tombe malade.
Cygnus quant à lui se pressa de rejoindre le hall dans lequel il était arrivé deux heures trente plus tôt. Sur le chemin, il croisa quelques connaissances lointaines mais ne prit la peine de ne saluer aucune d'entre elles. Il voulait simplement quitter cet endroit au plus vite. Cygnus ne voulait pas que quiconque puisse lui demander où son pupille qui était censé lui servir de guide se trouvait.
Heureusement pour lui et malheureusement pour le garçon, personne ne le retint ou découvrit dans quel était ce dernier se trouvait.
Cygnus quitta Durmstrang, un sourire fier aux lèvres et totalement impuni. C'était dans ce genre de situation qu'il se sentait plus libre que l'air. Il avait berné une dizaine d'enseignants et aucun d'entre eux ne le soupçonnait de frapper son pupille, c'était bien le signe que le garçon le méritait.
Cygnus jubilait de sa liberté
Chapitre 15
Lundi 1er avril 1989
Harry se réveilla pour la première fois de l'année scolaire avec le son de l'alarme chargée de réveiller les élèves de Durmstrang. Habituellement, il était réveillé depuis bien longtemps lorsqu'elle retentissait.
Le sursaut qui le prit en entendant le son strident réveilla toutes les douleurs qui parcouraient son corps. Ne voulant pas être vu dans cet état de faiblesse, il attrapa de ses mains tremblantes sa couette et en recouvrit son corps. Pas même son visage ne dépassait de ses couvertures.
Il entendit vaguement la fille qui occupait le lit au-dessus du sien discuter avec deux autres garçons du dortoir. Bien que ses paroles le fit grincer des dents, Altaïr préféra les ignorer et rester enfoui sous ses couvertures.
« Laisse-le, moi aussi j'aurai honte si mon grand-père m'avait engueulé devant toute l'école. » ricanna-t-elle méchamment. « Il se cache là-dessous depuis hier aprem. »
Altaïr aurait aimé que son comportement soit dû à la honte. Mais il n'en avait que faire de savoir ce que les autres pouvaient penser de lui. Il aurait vraiment préféré avoir honte plutôt que de souffrir autant.
Ce ne fut qu'une fois le dortoir entièrement vide qu'Altaïr se permit de quitter son lit. Chaque mouvement lui donnait envie de crier, mais il avait bien trop peur d'attirer quelqu'un en se relâchant. Alors il martirisa sa lèvres inférieur encore et encore, ne laissant que de petits gémissements passer la barrière de ses lèvres. Bientôt, le goût du sang envahit sa bouche, mais il n'y prêta pas attention.
Dans des gestes lents, Altaïr fouilla sa malle à la recherche de potions anti-douleur qu'il gardait toujours en cas de nécessité. Il n'aimait vraiment pas l'infirmière et préférait donc pouvoir se soigner lui-même au maximum. Altaïr eut même un léger sourire en découvrant quelques baumes laissés à son attention dans son tiroir de table de nuit. Visiblement, Derry avait été chargé de le rendre présentable. Il était bien le seul elfe qui aurait pu braver sa peur de Cygnus pour lui venir en aide.
D'un pas lent, il se dirigea ensuite vers les douches et s'enferma dans l'une des cabines les plus éloignées de l'entrée. Altaïr attrapa sa baguette et quelques sorts plus tard, la cabine était insonorisée et verrouillée de plusieurs sorts. Il invoqua ensuite un miroir contre la porte de cette dernière afin de pouvoir se soigner correctement.
Bien qu'ayant du mal à atteindre les lacérations qui recouvraient son dos, Altaïr fut tout de même fier de ses soins. Les bandages étaient correctement enroulés autour de son corps, si bien qu'on aurait pu croire qu'un professionnel de la santé les lui avait posés. C'est qu'il commençait à avoir l'habitude de se soigner seul.
Puis, il enfila son uniforme, veillant à ce qu'aucune bande blanche ne soit visible à travers ce dernier. Altaïr attrapa le baume que Derry lui avait laissé et qu'il avait déjà bien entamé pour badigeonner son visage avec ce dernier. Il devrait attendre pendant une demi-heure que ce dernier fasse effet et efface de son visage toute trace de coup. Heureusement que Cygnus s'était contenté de deux coups de pieds et ne lui avait lancé aucune malédiction. Sinon, la guérison aurait été bien plus longue.
C'est dans ces moment-là que Harry regrettait de ne pas pouvoir lancer de Glamour. Bien qu'étant doué en magie, il en était encore incapable. Il s'agissait d'une magie complexe habituellement enseignée en septième année.
Lorsqu'Altaïr put enfin quitter la salle de bain, il ne lui restait plus qu'une quinzaine de minutes pour rejoindre ses classes. Le plus rapidement possible, il déposa ses affaires dans sa malle, attrapa quelques potions anti-douleur pour le reste de la journée et ses affaires de cours. Il allait devoir porter son sac sur une seule épaule pendant quelques jours. Il ne voulait pas que les frottements du cartable sur ses dos ne réveillent la douleur ou ne rouvrent ses plaies.
Heureusement, sa première heure de cours était un cours théorique de sortilège. Altaïr n'aurait pas à faire attention à sa prise de notes puisqu'il était plutôt doué dans cette matière. Cependant il n'en serait pas de même pour le cours de métamorphose qui avait peur que ses mains tremblent tellement que cela n'affecte la qualité de ses sorts.
Ses membres tremblaient terriblement suite au Doloris et même avec des potions anti-douleur, il en ressentait toujours les effets. Seul des potions spécialement conçues pour contrer les effets de ce sort pourrait calmer les tremblements et les pics de douleur qui traversaient ses muscles. Cependant il n'en possédait aucune et n'avait pas le niveau pour les brasser.
Un dernier soupir lui échappa alors qu'il descendait les escaliers des dortoirs. Altaïr n'allait même pas avoir le temps de manger ce matin.
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Lundi 8 avril 1989 (une semaine plus tard)
Viktor et Lev étaient perplexes. Cela faisait une semaine qu'Altaïr les évitait et cela les agaçait de plus en plus.
C'était déjà arrivé une fois par le passé, cependant les deux garçons en connaissaient au moins la cause à ce moment-là. Cela faisait suite à la crise d'angoisse d'Altaïr et à leur comportement surprotecteur qui l'avait agacé. Mais cette fois-ci, Viktor et Lev n'en comprenaient vraiment pas la raison. C'était arrivé du jour au lendemain.
Lev ne fit pas part de ses doutes à son ami, mais il suspectait fortement que cela ait un lien avec la réunion parents-professeur du dimanche précédent. Le tuteur d'Altaïr avait dû dire quelque chose à son pupille pour le chambouler autant. Altaïr avait toujours été un excellent élève et très consciencieux dans chacune de ses matières. Mais depuis une semaine, cela frôlait la folie.
Le jeune Black passait ses journées enfouit dans ses livres, ne quittant que tard dans la nuit les tables de la salle commune et se réveillant avant tout le monde afin de travailler avant le début des cours. Altaïr avait toujours eu des cernes et Lev, alors au courant pour ses terreurs nocturnes et ses cauchemars, n'avait jamais posé de questions. Mais depuis peu, ses cernes devenaient de plus en plus violacées et cela l'inquiétait beaucoup.
Mais la goutte de trop fut la veille, lorsque Viktor avait proposé à Altaïr de faire une partie de Quidditch avec eux. Habituellement, rien ne pouvait empêcher le garçon de se joindre à eux, pas même la crainte de refaire une crise d'angoisse ou une pile de devoirs. Altaïr aimait voler, c'était évident. Alors lorsqu'il avait refusé sans aucune hésitation, les deux Bulgares comprirent que leur ami n'allait vraiment pas bien.
C'est pourquoi ils se retrouvaient assis en face d'Altaïr, à attendre que ce dernier quitte enfin son livre des yeux pour leur accorder un peu de son temps. Ce ne fut que cinq minutes plus tard que le garçon daigna finalement fermer son bouquin, ne manquant pas de soupirer profondément.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
- Quoi ? Tu n'as pas une petite idée de ce qu'il y a ? Ou plutôt de ce qu'il ne va pas ? » s'énerva Viktor.
Altaïr créa une bulle de silence autour d'eux, il ne voulait pas énerver la bibliothécaire et se voir interdire l'accès à son antre.
« Non. »
Altaïr mentait et les deux Bulgares le savaient. Il savait très bien que ses amis s'inquiétaient pour lui et avaient remarqué son comportement étrange. Tout le monde avait remarqué. Mais faire l'autruche lui semblait être la meilleure des solutions à cet instant, même si cela allait encore plus les agacer.
Cependant Altaïr n'avait pas le choix. Cygnus avait été clair, il devait obtenir les notes maximales à tous ses prochains contrôles. Altaïr ne voulait pas retourner dans ces foutus cachots, il les haïssait. Au fil des années, il avait développé une peur phobique de ce genre de lieu. Il lui avait fallu des mois pour ne pas stresser à la simple idée de rejoindre les souterrains du château pour ses cours de potions.
Or Altaïr avait conscience que plus il passait de temps avec ses amis et moins il pourrait se concentrer sur ses cours. Les premiers mois d'école, il avait eut des notes quasiment parfaites à toutes ses leçons. Mais depuis janvier, elles baissaient petit à petit. Il n'avait pas besoin de Cygnus pour faire le lien avec son temps passé à jouer aux échecs, à la bataille explosive et au Quidditch avec Viktor et Lev.
« Altaïr, nous sommes tes amis. Tu peux nous dire si quelque chose ne va pas. »
Il était évident que Viktor était quelqu'un au sang chaud et encore plus qu'Altaïr pouvait se montrer très colérique par moment. Alors Lev tentait tant bien que mal de calmer le jeu.
« Tout va bien. »
Encore un mensonge évident.
« Je sais que tu es plus intelligent que nous…
- Parle pour toi. » marmonna Lev, légèrement vexé mais tentant tout de même de faire un peu d'humour. Viktor grogna.
« Très bien plus intelligent que moi. Je ne suis pas une flèche et pourtant, là tu ne vas pas me faire gober que tu vas bien. T'as des cernes affreuses, tu passes ton temps dans tes livres et tu ne veux même plus passer du temps avec nous.
- Je ne vois pas en quoi ne plus passer de temps avec vous deux implique que je vais mal. » cingla Altaïr.
Il savait très bien que ses paroles étaient blessantes. Il savait aussi que par ses paroles, Viktor essayait de lui faire comprendre que son comportement avait drastiquement changé depuis peu.
« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! » s'agaça Krum. « On est tes amis et on te voit moins que la bibliothécaire.
- Mes amis ? » songea Altaïr.
« Oui, tes amis. » assura Lev d'un ton ferme.
Il devait alors briser cette amitié, si c'était pour cette raison que Lev et Viktor s'accrochaient à lui. Altaïr devait rester concentré sur ses objectifs. Il devait oublier ce pincement qui lui enserrait le cœur et étouffer son envie de fondre en larmes. Il mourait d'envie de demander de l'aide et pourtant à cet instant, il s'en retrouvait tout bonnement incapable. Devant lui, Altaïr ne voyait que sa cellule miteuse dans les cachots de Cygnus, rien d'autre. Il devait se concentrer sur ses cours, il n'y avait que cela qui importait.
« Je dois avouer, que j'étais curieux. Je n'ai jamais eu d'ami avant alors j'ai pensé que ça pourrait être amusant d'en avoir un ou deux. Mais ça devient ennuyeux, je n'aime pas ça tant que ça finalement. »
Son ton était froid, sa moue était ennuyée et son regard était plongé dans ceux de ses amis. Lev avait un don pour détecter ses mensonges. Mais cette fois-ci, Altaïr ferait en sorte que même lui tombe dans le panneau. Distraitement, il rouvrit son livre et reprit la lecture de son chapitre, ne portant plus attention aux deux autres garçons.
« Comment tu peux dire ça ? »
Viktor semblait sur le point de pleurer. Altaïr le dévisagea froidement, il ne craquerait pas.
« Tu sais que c'est faux. Tu te souviens de ce dont tu m'as parlé dans la salle de bain de ton dortoir, il y a quelques mois ? Tu n'aurais pas dit à quelqu'un que tu considères comme un inconnu.
- Je ne sais pas si tu te souviens, mais à ce moment-là nous nous étions parlé trois fois, peut-être quatre au maximum. Alors oui, tu étais un inconnu. Et je venais de faire une crise de panique, j'aurais pu parler de ça à n'importe qui. »
Lev eut un mouvement de recul. Bien que visiblement conscient qu'Altaïr cherchait à les éloigner volontairement de lui en essayant de les blesser et en mentant, il était tout de même touché par ses paroles.
« Tu agis bizarrement depuis une semaine. Est-ce que c'est à cause de ton grand-père ? » osa finalement demander Viktor.
Lev lui envoya un regard surpris. Il n'avait pas pensé que son ami ferait le lien avec la réunion de la semaine passée. Il n'était pas des plus malin et passait généralement à côté des évidences.
La réaction d'Altaïr ne fut cependant pas celle à laquelle ils s'attendaient. Il laissa échapper un rire. C'était si rare que Lev et Viktor le fixèrent d'un air interloqué. Altaïr ricanait méchamment parfois lorsqu'il se moquait d'un de ses harceleurs ou bien laissait un sourire étirer ses lèvres quelques secondes lorsque Viktor faisait une très bonne blague. Mais jamais, il n'avait éclaté de rire à leurs côtés.
« Mes grands-parents sont morts il y a longtemps, Krum. »
Les deux Bulgares grimacèrent. Altaïr les appelait habituellement par leurs prénoms, pas par leurs noms de famille.
« Nous ne sommes pas amis. Vous ne connaissez rien de moi.
- Bien sûr que si, on passe nos journées ensemble ! » s'insurgea Viktor.
« Et bien, ce n'est pas entièrement faux. Mais même si on passe beaucoup de temps ensemble, c'est toi qui parle, Krum. Et si ce n'est pas toi, c'est Kaminski. Je ne vous parle pas souvent de moi. La preuve, vous ne connaissez même pas le nom de mon tuteur ou notre lien de parenté. Vous ne savez rien de moi. »
Lev se renfrogna, Altaïr marquait un point.
« Vous ne savez même pas que je n'ai plus de grand-parents, ni si j'ai un frère ou une sœur. Vous ne savez pas quel métier je veux faire plus tard. Vous ne savez pas si j'ai vécu toute ma vie avec Cygnus ou pas. Vous ne savez pas qui est mon père. Si ça se trouve, j'ai menti en disant qu'il était mort pour faire oublier à tout le monde l'idée que je pourrais être un bâtard. Vous ne savez même pas si Aquila Black est vraiment ma mère, je pourrai être le fils de Cygnus et de l'une de ses maîtresses. Pour ce que vous en savez. » continua de se moquer Altaïr. « Vous ne savez pas si j'ai un animal de compagnie en Angleterre ou pas, ma couleur préférée, mon plat préféré ou même mon deuxième prénom. Vous ne savez rien de moi. Je pourrai être un vampire, un loup-garou, avoir une maladie incurable ou même être un meurtrier ou à l'inverse un enfant modèle, un amoureux de la nature ou un voyant. »
Altaïr avait légèrement haussé la voix. Il quitta enfin son livre des yeux pour fixer son regard dans celui de Lev. Il serait le plus dur à convaincre. Il n'avait pas besoin de le voir pour savoir que Krum était sur le point de le laisser en plan pour ne plus lui reparler.
« Vous vous êtes mis dans la tête que j'étais juste un petit anglais perdu dans une école étrangère et moqué par ses camarades. Vous vouliez être mes bons samaritains et pas un seul instant, vous avez pensé que peut-être vous avez pu vous faire rouler pour mon propre divertissement. Vous ignorez la moitié de ce que mes vrais proches connaissent de moi, ou juste les anglais en général savent. Je ne suis pas aussi gentil que vous le pensez et ça, tout le monde le sait, dans ma famille. »
Une alarme retentit autour d'eux. Harry agita sa baguette pour la faire taire. Il rangea distraitement ses affaires dans son sac et quitta son banc.
« Attends ! »
Altaïr attendit patiemment que Lev reprenne la parole, tapant impatiemment du pied sur le sol. Il lui faisait clairement comprendre qu'il ne voulait plus être là.
« Je sais très bien que nous ne te connaissons pas aussi bien que toi, tu nous connais. Mais c'est autant de ta faute que de la notre. De plus, ce n'est pas ça qui nous empêche d'être tes amis et si c'est vraiment ce que tu penses, alors c'est qui tu ne connais rien à ce qu'est une amitié sincère. C'est impossible de d'abord connaître tout de quelqu'un ensuite seulement de décider si on devient son ami. Non, c'est l'inverse. D'abord on copine, on apprend à se faire confiance et ensuite seulement, on s'ouvre à l'autre. C'est à chaque nouveau secret découvert qu'on décide si on veut poursuivre ou non cette amitié et non en imaginant ce que l'autre peut être, sans même avoir de certitude.
- Dans ce cas, je décide que d'après tout ce que je sais de vous, je n'ai plus envie d'être votre ami.
- Non, tu ne comprends rien. Ce que je voulais dire, c'est que tant qu'on ne connaît rien sur toi, alors nous n'avons pas de raison de te détester ou de nous éloigner de toi. »
Altaïr soupira. Il regarda sa montre, ce qui horripila les deux Bulgares. Black savait vraiment bien leur faire ressentir qu'ils étaient en train de le gêner.
« Et bien, si vous comptez vous accrochez stupidement à mes basques, grand bien vous fasse. Mais faîtes le en silence désormais, vous me déranger. Si on en a fini, alors je vais partir, Mr Georgiev m'attend. »
Altaïr se détourna brusquement en faisant claquer son lourd manteau derrière lui. Cette conversation l'avait épuisé. Il n'avait pas pensé la moitié des choses qu'il venait de dire, mais il ne comptait pas non plus revenir dessus. Finalement, peut-être que ça ne serait pas si mal de revenir à sa vie d'il y a quelques mois. Il était alors si simple d'être seul dans son coin, sans pensées parasites ou de remords. Oui, Altaïr voulait simplement retrouver son état normal et enterrer profondément au fond de son cœur les émotions qui l'envahissaient bien trop facilement ces temps-ci.
Il était si fatigué.
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14 mai 1989
Pendant les semaines qui suivirent sa dispute avec Lev et Viktor, Altaïr réalisa à quel point leur amitié l'avait protégé des moqueries et farces des autres élèves. En fait, c'était surtout l'amitié de Lev qui l'avait préservée. Personne ne voulait se mettre à dos le père du garçon, en plus d'être un excellent duelliste, il était réputé pour ses compétences politiques et financières. On racontait que grâce à ses parts dans toutes sortes d'entreprise et à sa maîtrise parfaite des cours de la bourse, il pouvait ruiner en quelques mois n'importe quelle famille.
Alors aucun enfant ne voulait que Lev rapporte à son paternel qu'ils avaient été méchants avec l'un de ses amis. Mais maintenant qu'Altaïr et lui s'étaient publiquement disputés et éloignés l'un de l'autre, ils s'en donnaient à cœur joie.
Les premiers jours, Altaïr n'y fit pas attention. Il devait se concentrer sur ses cours, quelques moqueries n'étaient rien. Cependant lorsque ses camarades se mirent à vouloir lui nuire directement, Altaïr eut bien plus de mal à se contenir. Il avait lancé quelques sorts discrets en direction de certains de ses harceleurs en feignant l'ignorance lorsque les soupçons se portaient sur lui. Heureusement qu'il était assez intelligent pour ne pas laisser d'indices menant à lui.
Cependant, sa patience arriva bientôt à sa limite. Altaïr s'était absenté de la salle commune quelques minutes afin de chercher un manuel dans son dortoir. Ses affaires de cours avaient donc été sans surveillance pendant ce laps de temps. Cela avait suffi pour qu'un petit malin prenne la confiance et décide d'attraper le pot d'encre laissé ouvert sur la table. Sous les encouragements et rires de ses amis, il renversa l'encre sur le parchemin d'Altaïr. Puis sur son manuel et finit par vider le reste directement dans son sac.
Lorsqu'Altaïr revint dans la pièce, il sentit une rage immense bouillonner en lui. Il avait été patient, très patient. Il s'était contenu aussi bien que possible parce qu'il avait conscience d'à quel point ses colères pouvaient être dangereuses aussi bien pour lui que pour les autres.
Quelques filles assises non loin se mirent à ricaner lorsqu'elles l'aperçurent. Cependant Altaïr n'y fit pas attention. Tout ce qu'il voyait, c'était que tous ses devoirs et ses cours sur lesquels il travaillait depuis des heures étaient désormais complètement foutus. Tant pis, il pourrait les refaire. Il avait une bonne mémoire, ça lui prendrait moins de temps cette fois-ci puisqu'il n'aurait pas tout le travail de recherche à faire.
Alors qu'Altaïr tentait tant bien que mal de se calmer, il vit le garçon attraper un livre dans son sac et étaler encore plus d'encre dessus. C'était un livre de la bibliothèque, il allait devoir le rendre et si Altaïr n'arrivait pas à le nettoyer, alors la colère de la vieille bibliothécaire serait terrible. Le garçon ne voulait même pas imaginer sa sanction, peut-être aurait-il simplement une retenue ou alors dans le pire des cas, serait-il banni de la bibliothèque ? Il n'osait même pas l'imaginer tant cette idée l'horrifiait. Altaïr ne pouvait pas se le permettre, il avait besoin des livres de l'école pour améliorer ses notes.
Tout ce qu'il voyait à cet instant, était cette bande d'enfants stupides, Ivan Melnik et le livres recouverts d'encre dans sa main. Il n'entendait que leurs rires mesquins. Altaïr ne fit attention à rien d'autre, pas même aux rires des filles, ni aux coups d'œil inquiets que Lev et Viktor lui lançaient de l'autre bout de la salle et encore moins aux dizaines de paires d'yeux des autres premières années posées sur lui.
Non, Altaïr ne voyait que son livre abîmé et la perspective d'être banni de la bibliothèque. Alors, il s'avança vers son harceleur. Il le reconnaissait sans mal, c'était le garçon à qui il avait lancé quelques Incendio quelques mois plus tôt. Ivan Melik, ou Melnak. Ou alors était-ce Melnik ? Altaïr s'en fichait à cet instant. Il voulait juste détruire cet Ivan quelque chose.
Bien que ses amis le virent arriver dos à Ivan, ils n'eurent pas le temps de le prévenir. Altaïr s'arrêta à un pas de lui, leva son pied à la hauteur de son dos et le frappa de toutes ses forces. L'ukrainien tomba sur le tapis de la salle commune. Il se retourna pour se relever mais déjà, Altaïr était sur lui.
Ivan avait beau suivre les cours de self-défense avec Altaïr, leur niveau était juste trop différent. Il ne pouvait rien faire face à la puissance brute du lycanthrope alors qu'il était déjà sonné par les premiers coups.
Altaïr perdait le contrôle, il le sentait, il le savait. Pourtant, il n'arrivait pas à se défaire de cette envie de tout frapper, de tout détruire. Il avait l'impression de se revoir des années plus tôt, à lancer des objets dans sa chambre chez les Potter afin de se défouler. Il avait l'impression de revivre l'agression de son petit-frère. Altaïr sentait qu'il perdait la conscience de son environnement.
Il ne voyait que le garçon sous lui, son visage en larme, le sang s'écoulant de sa bouche, les deux dents qui lui manquaient et le craquement de son nez lorsque son poing le frappe. Il n'entendait pas les cris, le battement de son sang à ses temps envahissait son ouïe et éclipsait son environnement.
Altaïr sentit quelqu'un passer dans son dos et placer un bras autour de sa gorge. Certainement l'un des amis de Ivan qui voulait le défendre. Mais Harry ne voulait pas se calmer, il voulait extérioriser toute cette frustration qu'il gardait en lui depuis si longtemps, toute cette colère, toute cette rage. Alors il se pencha vers le côté, leva son coude et frappa de toutes ses forces les parties du garçon derrière lui avec la paume de sa main. Il en profita pour passer son son aisselle et faire quelques pas en arrière.
Un autre garçon leva sa baguette contre lui. Harry fit glisser sa baguette de son holster attaché à son avant-bras et se protégea grâce à un bouclier. Il ne lui fallut qu'une demi-seconde pour contre-attaquer. Le garçon s'effondra au sol en un cri de douleur alors que le sortilège de découpe lui lacéra le torse au même moment où un bloque-jambe touchait ses genoux. Altaïr lui confisqua sa baguette d'un simple Experliarmus.
Puis, il lança son pied une nouvelle fois dans l'entrejambe du garçon qui avait précédemment tenté de l'étrangler alors qu'il essayait de se relever. Un autre coup de pied frappa sa joue alors qu'Altaïr se protégeait d'un autre sortilège. Il ne lui fallut que quelques secondes de plus pour neutraliser les deux garçons restants.
Ivan se releva difficilement et d'une rage intense mêlée à de l'humiliation il tenta stupidement de se jeter sur son adversaire. Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre à nouveau le sol, Altaïr enroulé autour de son bras droit. Ivan lui lança un regard terrifié alors que la pièce était soudainement plongée dans un silence profond. Il ne faudrait qu'une toute petite pression de la part d'Altaïr pour lui infliger une luxation du bras.
Ivan croisa difficilement le regard du garçon qu'il prenait plaisir à humilier quelques minutes plus tôt. L'air amusé de Black ne l'effraya que plus et il n'eut même pas le temps de le supplier de la lâcher qu'un claquement sonore résonna dans la pièce silencieuse, rapidement suivi d'un hurlement de douleur. Son coude avait lâché.
Altaïr le lâcha enfin et Ivan roula sur le côté, s'éloignant le plus possible de lui en bougeant le moins possible son bras douloureux. Black se redressa à son tour et s'assit en tailleur, le regardant pleurer pathétiquement sur le sol. Et alors, l'anglais éclata de rire. C'était la première fois de sa vie qu'il avait laissé sa colère prendre le dessus sur son self-control de son plein gré et c'était incroyablement apaisant.
Son éclat de rire sembla réveiller l'ensemble de la pièce. Les filles qui ricanaient quelques minutes plus tôt s'enfuirent à l'autre bout de la salle en croisant son regard alors que quelques élèves courageux s'approchaient pour aider leurs camarades toujours au sol. Altaïr les regarda faire, toujours secoué par son rire. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas rit ainsi, les contractions de ses abdos l'obligeaient à se plier vers l'avant, ses joues lui faisaient mal à force de se tendre et des larmes perlaient au bord de ses larmes.
Altaïr découvrit qu'il aimait rire.
Puis, l'adrénaline et la sérotonine retombèrent doucement. Son rire cessa et son expression redevint aussi froide qu'à l'accoutumée. Il releva alors son regard vers l'assemblée et découvrit avec surprise que beaucoup de monde avait quitté les dortoirs où les salles d'études pour venir observer le combat. Et juste derrière lui se tenait Lev, rapidement rejoint par Viktor qui avait été le seul élève à penser qu'appeler un professeur pouvait être utile dans ce genre de situation. Juste derrière lui se tenaient les professeurs Ovshinikova et Georgiev, ils devaient être ensemble lorsque Krum avait appelé un professeur.
Les deux hommes se rapprochèrent vivement des six garçons, Georgiev lançant déjà quelques sorts de soins aux cinq blessés tout en leur faisant ingurgiter diverses potions. Ovshinikova quant à lui se planta devant Altaïr, le regard courroucé. Il était de notoriété publique que le professeur haïssait qu'on utilise les compétences apprises dans sa classe pour provoquer une bagarre. Il voulait leur apprendre à se défendre et à créer une opportunité pour fuir. Ovshinikova ne voulait pas apprendre à ses élèves à détruire leurs adversaires.
« Debout Black. »
Le ton était froid. Altaïr obéit. Il allait certainement être viré de la classe de Ovshinikova, mais ce n'était pas un problème. Il avait pris cette option afin d'apprendre à maîtriser sa force et à copier les capacités physiques des autres élèves. Altaïr avait voulu apprendre à cacher sa lycanthropie. Maintenant qu'il savait comment se fondre dans la masse, cette leçon ne lui était plus indispensable, bien qu'il aimait apprendre les arts martiaux et des techniques de self-defense.
Altaïr attendit, droit comme un piquet là où Ovshinikova lui avait dit se tenir debout. Son professeur aidait son collègue à placer leurs étudiants sur des brancards et lancer des sortilèges de lévitation. Lev en profita pour s'approcher de lui, Viktor resta quelque peu en recul, bien qu'étant assez proche pour entendre la conversation.
« Pourquoi as-tu fait ça, tu vas avoir des problèmes ? » lui reprocha Lev, ce qui était plutôt étrange vu sa mine inquiète.
Toujours légèrement euphorique, Altaïr lui lança un sourire en coin.
« Parce que j'en avais envie. »
Lev eut un mouvement de recul. Quand bien même il n'appréciait pas les cinq ukrainiens, jamais il n'aurait dû leur faire ça. Lui, il n'aurait jamais pu frapper quelqu'un ainsi, pas même sous le coup de la colère. Lev ne comprenait pas.
« Je me retenais depuis des mois. Tu étais un bon bouclier, personne ne voudrait s'en prendre à l'ami de Lev Yudina, vu qui sont tes parents. Il était inévitable qu'en coupant les ponts avec toi, alors je serai à nouveau harcelé et que je finirai par m'énerver. » haussa des épaules Altaïr.
Lev crispa ses poings de colère et baissa le regard, il était visiblement blessé par les propos de son ancien ami.
« Alors tout ce temps, tu ne faisais que nous utiliser, Viktor et moi ?
- Je suis un Black, je suis le descendant de dizaines de Serpentards, la ruse et la folie sont inscrites dans mes gènes. »
Lev releva son regard emplit de trahison vers Altaïr. Cependant la colère du Bulgare laissa place en moins d'une seconde à de la curiosité et de la stupéfaction. Pourquoi est-ce qu'à chaque fois qu'Altaïr essayait de faire fuir ce garçon, il se retrouvait au final à attiser son intérêt. Il ne comprenait pas.
« Tes yeux sont rouges. »
Altaïr pâlit brusquement. Son brusque excès de magie avait dû briser les glamours apposés par Derry. Le garçon n'avait pas le droit d'appeler les elfes de maison de Cygnus. Cependant le vieil homme avait fait une exception pour les lendemains de pleine lune. Altaïr pouvait alors appeler Derry et ce dernier avait pour ordre de seulement changer la couleur des iris de son jeune maître. Pas le droit de parler, pas le droit d'inspecter de potentielles blessures. Puis, à chaque nouvelle pleine lune, sa magie lycanthrope effaçait le glamour et le lendemain, Derry lui en apposait un nouveau.
Pris de panique, Altaïr baissa la tête et se dirigea vers les toilettes du rez-de-chaussée, prétextant se nettoyer le visage. Il avait du sang sur ses joues et ne parlons même pas de ses mains.
A peine enfermé dans la cabine que le garçon appela l'elfe de Cygnus. Ce dernier comprit rapidement la situation, lui lança un glamour et disparut tout aussi rapidement. Puis, Altaïr en profita pour réellement se rafraîchir. L'odeur putride du sang réveillait le loup en lui. La pleine n'était pas loin et il sentait la bête remuer dans ses entrailles.
Altaïr tenta vainement de faire taire sa partie lycanthrope avant de finalement retourner auprès du professeur Ovshinikova. Il découvrit alors que Georgiev avait fini par évacuer les élèves blessés et son professeur de combat ne tarda pas à lui faire quitter à son tour le bâtiment des premiers années.
L'homme avançait à grande enjambée vers le bureau du directeur de l'école. Altaïr se sentit quelque peu humilié de devoir presque courir pour le suivre, il avait des jambes bien plus courtes que les siennes. Le trajet se fit dans un silence pesant. Mais Altaïr n'y fit pas attention, il préférait cela à des cris ou des remontrances.
Une fois dans le bureau de Karkaroff, ce dernier demanda à son enseignant de lui expliquer la raison de sa venue et de la présence du jeune Black à ses côtés. Ovshinikova expliqua rapidement les derniers évènements à son supérieur. Georgiev les rejoignit quelques secondes après que son collègue ait terminé son récit.
Karkaroff soupira profondément en posant enfin son regard sur son élève de première année. Il n'avait jamais aimé la famille Black, ses membres lui avaient toujours donné des frissons. Ils n'étaient pas sains d'esprit, ou du moins pas la plupart d'entre eux. Igor avait voulu refuser l'inscription dans son école de cet étrange héritier dont il n'avait jamais entendu parler. Cependant, tant que la famille du garçon payait les frais d'inscription, alors le règlement de l'école ne lui permettait pas de lui refuser une éducation, même s'il était le directeur de la dite école.
Karkaroff avait tenté d'oublier ses méfiances, Altaïr n'était encore qu'un enfant. Il avait essayé de se convaincre que le garçon n'était pas encore atteint de la fameuse folie des Black. Pourtant à cet instant, le regard plongé dans celui ennuyé de son élève, Igor regrettait de ne pas avoir désobéi aux règles et de l'avoir tout de même accepté au sein de son école.
« Je ne veux plus de Mr Black dans ma classe. »
Karkaroff reporta son regard sur Ovshinikova. Il hocha de la tête, lui faisant comprendre qu'il acceptait sa requête.
« Avez-vous lu le règlement de l'école, Mr Black ?
- Oui, Monsieur le directeur.
- Bien. » Karkaroff prit quelques secondes de réflexion avant de reprendre. « Vous n'assisterez donc plus aux leçons de Mr Ovshinikova. Vous aurez des retenues tous les soirs pendant une heure et tous les samedis après-midi pendant quatre heures jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ces heures seront surveillées par votre professeur principal, soit Mr Georgiev, sauf empêchement de sa part. Vous allez également recevoir un premier avertissement. »
Altaïr accepta la punition. Comme lui l'avait demandé Karkaroff quelques secondes plus tôt, il avait lu le règlement de l'école. Lorsqu'un élève faisait une erreur dite grave, alors il recevait un avertissement. Au premier, il ne recevait que des retenues, au second, l'élève était exclu pendant une semaine et au troisième, il était renvoyé définitivement de l'école.
« Je n'aime pas faire appel au conseil d'administration, alors vous n'aurez pas à comparaître devant eux, étant donné qu'il s'agit de votre première visite dans mon bureau. Cependant vous n'y échapperez pas la prochaine fois. Vous rejoindrez Mr Georgiev à dix-neuf heures pour votre première retenue. Disposez. »
Altaïr salua poliment les trois sorciers avant de quitter le bureau du directeur. Lorsque la porte de ce dernier claqua derrière lui, il laissa finalement un sourire victorieux étirer ses lèvres. Il s'en était terriblement bien tiré. Le garçon n'avait même pas pensé pouvoir échapper au renvoi. Il adorait le règlement de cette école.
Toujours dans le bureau du directeur, Ovshinikova se retourna vivement vers son directeur. Il était loin de s'accommoder aussi facilement de cette sentence qu'Altaïr.
« Mais Igor, tu ne peux pas laisser les choses ainsi. Tu n'as même pas convoqué le tuteur du garçon !
- Je ne pense pas que faire appel à ce vieil homme aide dans cette situation. » soupira le directeur.
Intrigué par les paroles de son ami, Ovshinikova copia Georgiev et s'assit dans le fauteuil à ses côtés.
« Que veux-tu dire ?
- Les Black ne se sont jamais vraiment cachés de leurs méthodes éducatives et encore moins Cygnus Black. Lorsque l'une de ses propres filles a commencé à sortir avec un Né-Moldu, elle a fini à Ste-Mangouste et a été reniée. Sa propre femme n'était pas autorisé à quitter leur manoir et Bellatrix n'a jamais caché les cicatrices qui parcourait son dos. Elle était étrangement fière des vestiges des punitions de son père. Putain de folle. » soupira Karkaroff. « Il n'y a que sa benjamine, Narcissa qui a échappé à ce traitement. »
Il n'aimait pas se rappeler de sa vie en Angleterre et encore moins de ces dégénérés mentaux qu'étaient Bellatrix et Cygnus. Ils avaient beau avoir été très proches du Seigneur des Ténèbres, aucun Mangemort ne les avait vraiment appréciés. Même Rodolphus Lestrange, le mari de Bellatrix, avait fini par éviter sa femme comme la peste pendant les dernières années de la guerre.
« Mais comment peut-il encore être en liberté ?
- La justice anglaise est différente de celle de nos pays slaves. Le Royaume-Uni sorcière a toujours été en marge de l'Europe, contrairement au Royaume-Uni moldu. C'est pourquoi les conflits européens comme celui contre Grindelwald ne les a pas touchés et que celui contre mon ancien maître n'a jamais inquiété d'autres pays que celui-là. Là-bas, les lois sont votées par les familles anciennes, quasiment toutes de Sang-Purs. La famille Black est l'une des plus puissantes d'entre elles et il leur ais aisé de manipuler les votes à leur guise.
- Est-ce que tu veux dire qu'aucune loi n'interdit les maltraitances sur des enfants ? » s'horrofia Georgiev.
« Non, ce n'est pas le cas, bien que ce ne soit pas loin. Même si un mineur arrive en sang à St-Mangouste et que toutes les preuves pointes vers l'un des membres de la famille de cette personne, aucune enquête ne peut être ouverte sans que le dit enfant ne porte plainte.
D'un autre côté, les mineur ne peuvent pas porter plainte sans la présence d'un de ses parents. La plupart d'entre eux doivent alors attendre leur majorité et presqu'aucun n'a la force d'affronter leur famille alors qu'ils peuvent simplement aller faire leurs vies ailleurs.
Il y a bien des cas où un professeur particulier ou un ami externe à la famille ont fait une demande d'enquête auprès des départements de protection de l'enfance. Mais un simple glamour et paf, l'enfant ne présente plus aucune trace de maltraitance. »
Ovshinikova serra les poings de frustration. Il ne comprenait pas comment est-ce qu'on pouvait autoriser ce genre d'horreur au sein d'un pays aussi développé qu'était l'Angleterre.
« Est-ce que nous pouvons faire cette démarche ? » demanda finalement Georgiev après un long silence.
Ses deux collègues le fixèrent d'un air surpris.
« Que veux-tu dire, Anton ?
- Nous ne sommes pas anglais, mais nous sommes tout de même ses professeurs. Avons-nous la possibilité de faire cette demande d'enquête ?
- Il nous faudrait de sacrées preuves et même avec un dossier en béton, il se perdrait certainement quelque part dans les archives du Ministère. » soupira Karkaroff. « As-tu au moins des preuves ?
- L'infirmière scolaire m'a partagé ses craintes à ce sujet. Le garçon est recouvert de cicatrices inquiétantes. Il a aussi essayé de cacher la réunion parents-professeurs à son tuteur, comme s'il avait peur que nous, ses professeurs, ne le rencontrions. Et nous savons tous qu'il a giflé le garçon devant toute l'école pour ses mauvais résultats, alors qu'il est premier de sa promotion. » soupira Georgiev.
Igor Karkaroff fronça des sourcils. Son infirmière n'était pas censée dévoiler la vie privée de ses étudiants à ses collègues. D'autre part, il pouvait comprendre que cela n'avait pas dû être facile que de garder ses doutes pour elle. Cela avait dû la soulager de faire part de ses craintes à l'un de ses amis, un ami terriblement doué pour garder sa langue dans sa poche.
« Ce n'est pas suffisant. » soupira-t-il finalement. « J'ai fait mes recherches sur le garçon. Il est né en 1976 et bien que j'étais toujours en Angleterre à ce moment-là, je n'ai jamais entendu parlé de son existence. Certes, Aquila Black s'était absentée quelques mois et à l'époque, on pensait tous que c'était liée à une blessure. Mais à son retour, elle était exactement la même qu'avant et aucun enfant ne traînait dans ses pattes. Il n'y a aucune trace du garçon avant qu'il ne soit présenté par Cygnus lors d'un des bals des Nott il y a quelques années. La présence de cicatrices ne veut pas dire que c'est Cygnus Black qui lui les a infligés. »
Karkaroff passa une main lasse sur son visage. Le garçon était une véritable énigme.
Ovshinikova bondit soudainement de son siège, faisant les cents pas entre la porte et son siège.
« Ça n'a aucun sens ! Même si cela ne prouve rien, il y a tout de même un enfant blessé impliqué. Cela tuerait le Ministère anglais d'ouvrir une petite enquête. Même si Cygnus n'est pas le responsable, il y a toujours un taré capable de blesser un enfant en liberté !
- Selon le garçon, il s'agirait de la défunte Lucretia Black, née Prewett.
- Je ferai mes recherches. » assura Karkaroff à ses deux amis.
Georgiev ne tarda pas à s'éclipser, il avait une retenue à surveiller.
Chapitre 16
14 mai 1989
Lorsque Georgiev arriva devant sa salle de classe, Altaïr l'attendait déjà pour sa première retenue. Sans un mot, le professeur ouvrit la porte et son élève s'assit sagement à la table la plus proche de son bureau. Il attendait les instructions de son professeur, celles-ci ne venant pas, il lança un regard interrogateur à Georgiev.
« Que dois-je faire ?
- Je ne colle jamais mes élèves personnellement, je les confie habituellement au concierge. » soupira l'homme. « Que faites-vous habituellement pendant vos colles ?
- Je n'ai jamais été collé, Monsieur. »
Georgiev hocha de la tête pensivement, comme s'il venait de se rappeler de ce fait.
« Avez-vous déjà eu des tuteurs à domicile ?
- Oui Monsieur.
- Vous ont-ils déjà collé ?
- Non Monsieur. Les tuteurs n'ont pas le droit de faire ça, ils font des rapports.
- Alors quelles étaient les punitions de votre tuteur lorsqu'il lisait ses rapports ? »
Georgiev ne pensait pas que le garçon se livrerait à cette simple question. Cependant il ne voulait pas passer à côté de cette occasion.
« Cygnus me faisait les leçons lui-même. » Georgiev soupira d'agacement, Altaïr se sentit donc obligé de poursuivre. « Mais mes précédents tuteurs me faisaient faire des lignes.
- Quel manque d'originalité. » se moqua l'homme.
« Courir dans le jardin ou me donnait plus de devoirs. » continua Altaïr sans prendre en compte l'intervention de son professeur de potions.
« Bien, alors faites vos devoirs. »
Altaïr le fixa quelques secondes d'un air surpris. A quoi cela servait de le coller si au final, il pouvait s'avancer dans ses devoirs. Altaïr ne comprenait pas vraiment, mais n'allait pas non plus protester. Alors il tira de son sac les parchemins que Ivan Melnik avait taché d'encre un peu plus tôt. Altaïr attrapa un parchemin vierge et commença à recopier son essai de métamorphose.
Georgiev observa un moment le garçon travailler. Assis sagement à son bureau, il était loin de donner l'impression qu'il pouvait être un enfant turbulent. Bien qu'ayant plaider sa cause afin de pouvoir l'aider à sortir des griffes de Cygnus Black devant Karkaroff, le potionniste n'excusait en rien le comportement d'Altaïr. Rien ne pouvait justifier de blesser un camarade, même le harcèlement qu'il avait subi.
Lorsque le jeune Viktor Krum les avait trouvés un peu plus tôt, lui et Ovshinikova, Georgiev avait été surpris d'entendre qu'Altaïr était en train de se battre. Tentant de leur expliquer rapidement la situation, Krum leur avait raconté en quelques mots qu'un groupe de jeunes ukrainiens embêtait souvent Black. Cette fois-ci était la fois de trop et le garçon avait répondu.
Ovshinikova lui avait toujours raconté que le garçon, bien qu'étant doué en sport, n'avait rien d'exceptionnel. Malgré son physique avantageux face aux autres premiers années, Altaïr ne se démarquait pas des autres, ni ne les dominait lors de leurs duels d'entraînement. Alors découvrir les cinq jeunes ukrainiens à terre avait été une surprise. Altaïr n'avait même pas été blessé.
Georgiev étant au courant de la lycanthropie de son élève, il se doutait que ce dernier devait se retenir habituellement. Cependant il n'avait pas imaginé que cela soit à ce point. De plus, Cygnus lui avait assuré que l'enfant avait bu le filtre lunaire et contrôlait par conséquent parfaitement son loup. Est-ce que l'homme lui avait menti ? Si c'était le cas, alors Georgiev avait un peu honte de s'être fait rouler dans la farine. S'il n'avait pas informé les autres membres du corps professoral, c'était uniquement parce qu'il avait sincèrement cru que le garçon maîtrisait son loup.
« Pourquoi me regardez-vous autant ? »
Georgiev sursauta. Son regard croisa celui de son élève qui avait cessé depuis quelques secondes de griffonner sur ses parchemins.
« Pourquoi ne faites-vous plus vos devoirs ? » contra puérilement l'homme.
« Je les ai finis. »
Georgiev fronça des sourcils et se rapprocha du bureau de son élève. Il attrapa ses parchemins et constata qu'à l'évidence, Altaïr avait bel et bien fini son essai.
« Votre tuteur m'a assuré que vous maîtriser votre part lupine grâce au filtre lunaire. »
Altaïr eut un mouvement de recul, comme si ces paroles l'avaient physiquement atteint.
« Votre problème, à vous les humains, c'est que vous pensez que nous ne sommes que des bêtes incapables de se contrôler. Le loup n'a aucune emprise sur nous si ce n'est les trois jours précédents et suivants une pleine lune. Vous mettez chacune de nos mauvaises actions sur le dos du loup, comme si nous ne pouvions pas avoir nous aussi des émotions et faire nos propres choix.
- Et n'êtes-vous pas un humain, vous aussi ? » releva Georgiev, plutôt surpris de se faire appeler ainsi. « La lycanthropie n'est pas un état hybride, mais une maladie qui ne touche que les sorciers. »
Altaïr fronça des sourcils. Il n'avait pas tort.
« Alors c'est votre problème, à vous, les humains non-malades.»
Georgiev ne put empêcher un rire franc de lui échapper. Altaïr ne se vexa pas, il ne comprenait juste pas ce qu'il y avait de drôle dans ses propos.
« Donc, vous êtes en train de me dire que le loup n'a eu aucune influence sur vos agissements ? » reprit-il plus sérieusement.
« Aucune. »
Georgiev fronça des sourcils. Il n'aimait pas cela. Altaïr ne semblait pas montrer le moindre signe de regret alors que visiblement, il avait conscience que sa punition était très légère vis-à-vis de ses actes.
« Votre colle est terminée. Demain même heure. »
Altaïr hocha de la tête, rassembla ses affaires et quitta la pièce.
Une fois seule, Georgiev soupira profondément. Est-ce que ce garçon pouvait-il seulement encore être aidé ? Il espérait sincèrement que oui, bien qu'il en doutait de plus en plus.
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2 juillet 1989
La fin de l'année se passa dans une étrange routine pour Altaïr. Il ne se fit plus accoster par Viktor ou Lev. Les autres étudiants de premières années le laissèrent en paix. Georgiev n'amorça plus de discussion étrange pendant ses retenues. La bibliothécaire ne lui avait pas tenu rigueur pour avoir rendu un livre abîmé. Ses examens de fin d'année s'étaient passés affreusement bien.
Altaïr était soulagé d'enfin finir les cours. Il n'oubliait pas les menaces de Cygnus à son encontre s'il n'obtenait pas des scores parfaits dans toutes ses matières. Alors le garçon avait passé le plus clair de ses journées et de ses nuits à étudier sans relâche et enfin, il avait pu passer plus de huit heures d'affilée dans son lit cette nuit.
Le seul point noir au tableau était la convocation qu'il avait reçu le matin même. Apparemment le directeur de l'école souhaitait lui parler. Cela n'avait rien de rassurant, puisque la dernière fois qu'il l'avait vu en privé, c'était suite à sa dispute avec Ivan Melnik. Altaïr n'avait pas fait de bêtise cette fois-ci et il espérait qu'il ne serait pas accusé de l'erreur de quelqu'un d'autre. Il ne voulait pas déjà avoir un second blâme alors que le bateau partirait dans seulement quelques heures.
A dix heures tapantes, Altaïr toqua à la porte du directeur. Celle-ci ne tarda pas à s'ouvrir et l'anglais fut surpris de découvrir que l'infirmière de l'école ainsi que son professeur principal étaient également présents.
« Bonjour, Mr Black.
- Bonjour. »
Le directeur lui fit signe de s'asseoir entre les deux autres invités et Altaïr obéit. Bien que ne le montrant pas, il était légèrement intimidé d'être ainsi assis entre trois adultes à l'air aussi sévère et impressionnant. Inconsciemment, il tira légèrement son siège vers le professeur Georgiev, l'infirmière de Durmstrang le terrifiait pour une étrange raison.
« Mrs Smirnova m'a fait un rapport il y a quelques jours. Elle craint que vous ne soyez victime d'abus dans votre foyer. »
Altaïr se plaqua au fond de son fauteuil, le dos tendu et les mains crispées sur ses genoux. La traîtresse, elle avait rapporté sa conversation à leur directeur.
« J'espère, Mr Black, que vous comprenez qu'elle ne pouvait pas se permettre de garder cela pour elle. Votre santé pourrait être en danger. » intervint Georgiev.
Altaïr ne répondit pas. Il n'avait pas envie de leur parler de ses problèmes. Il avait toujours été seul et jamais personne ne s'était encore inquiété de sa santé pour lui, mis à part Remus, des années plus tôt.
« Lors de notre rencontre il y a quelque temps déjà, vous m'avez parlé de Lucretia Black. Mais selon mes recherches, vous n'avez vécu chez elle que cinq mois. Je ne pense pas que les cicatrices que j'ai vu de vous ce jour-là, ont pu être infligées en aussi peu de temps. Alors je vais vous reposer ma question d'une autre façon. Votre tuteur a-t-il déjà levé la main sur vous, Mr Black ? »
Altaïr resta figé sur son siège. Pas un seul de ses muscles ne bougeaient, seul sa poitrine se soulevait légèrement au même rythme que sa respiration qu'il tentait tant bien que mal de maîtriser. Il ne voulait pas commencer à paniquer ici. Altaïr ne comprenait pas pourquoi il protégeait Cygnus, mais il était certain d'une chose, il ne voulait pas obtenir de l'aide de ces sorciers là. Pas de Karkaroff et encore moins de cette infirmière qui l'avait ignoré pendant des mois. Si elle avait des doutes, alors elle aurait dû agir des semaines, voire mois, plus tôt. Pas à seulement quelques heures de son départ.
« Oui, il m'a giflé devant toute l'école.
- Ce n'était pas ma question et vous le savez parfaitement. » contra la sorcière.
Altaïr se renfrogna une nouvelle fois.
Mentir ouvertement en disant que Cygnus était un bon tuteur ne fonctionnerait pas. Karkaroff le connaissait personnellement, il savait pertinemment que l'homme n'était pas un enfant de cœur. Il lui fallait donc un semi-mensonge.
« Oui, il m'a déjà donné quelques coups de cannes sur les doigts et m'a déjà privé de repas pour quelques bêtises.
- Est-ce tout ?
- Oui, Madame.
- Vous avait-il déjà giflé ? »
Nier cette évidence ne les rendrait que plus suspicieux. Alors Altaïr acquiesça de la tête, triturant ses doigts en espérant faire transparaître un anxiété qu'il ne ressentait pas.
« À deux reprises. Une fois lorsque j'ai insulté Lucius Malefoy devant lui et une autre fois pour avoir blessé un elfe de maison. »
Altaïr avait en réalité subi le Doloris pour avoir insulté le beau-fils de Cygnus et bien que n'ayant pas blessé Betty, il se considérait comme responsable de son décès. Alors il avouait sans honte que pour cela, il aurait bien mérité quelques baffes.
Un silence pesant s'installa dans le bureau. Les trois adultes analysaient le garçon du regard alors que ce dernier espérait juste pouvoir enfin quitter cet endroit. Pourtant, Georgiev ne semblait pas près de le lâcher.
« Je m'excuse par avance de la rudesse de mes propos, mais qui vous a battu alors, si ce n'est ni Lucretia Black, ni Cygnus Black ? »
L'infirmière lança un regard noir à son collègue, il n'avait aucun tact. Karkaroff soupira en s'adossant à son siège. Son ami allait finir par faire pleurer le garçon et le traumatiser, plutôt que de les aider à résoudre ce mystère. Pourtant, la réaction d'Altaïr fut étrangement positive. Il se pencha sur le côté, levant enfin son regard de ses doigts pour dévisager son professeur.
« Pourquoi est-ce si important ?
- Vous êtes sous notre responsabilité lorsque vous êtes à l'école. S'il s'agit d'une personne de votre entourage en Angleterre, alors nous ne voulons pas que vous vous retrouviez une nouvelle fois blessé. »
Altaïr sembla accepter sa réponse. Pourtant son silence prolongé sembla convaincre les adultes qu'il ne répondrait pas. Alors sa prise de parole les surprit quelque peu.
« Mon père. »
Karkaroff fronça des sourcils.
« Pourtant, il me semble que vous avez dit à vos camarades qu'il était mort pendant la précédente guerre.
- J'ai menti. Ils m'appelaient un bâtard et ça m'a vexé. » haussa nonchalamment des épaules Altaïr.
« Il me donnait des coups de ceintures et me lançait des sorts de découpe. »
Le ton d'Altaïr était redevenu terriblement froid et distant. C'était presque comme si parler de cet affreux père ne représentait rien pour lui. Visiblement, la haine que ce dernier ressentait pour son fils était réciproque.
« Pourquoi ne vivez-vous plus avec lui ?
- Il m'a renié. »
Les trois adultes haletèrent de surprise. Il ne s'attendait pas à cette réponse. Renier un enfant n'était pas rien, surtout lorsqu'il était si jeune. Mais quel genre de monstre était donc ce père de famille.
« Souhaitez-vous que nous vous aidions à porter plainte ? »
Le ton de Georgiev était si sérieux qu'Altaïr ne put s'empêcher de rougir. C'était bien la première fois que quelqu'un cherchait à l'aider si sincèrement. Il n'en avait pas du tout l'habitude et cela le chamboulait quelque peu. Touché par l'inquiétude de l'homme, Altaïr ne réussit pas à lui répondre de vive voix, alors il se contenta de nier de la tête. Le potionniste fronça des sourcils, visiblement pas satisfait de cette réponse.
« Mon frère, il l'aime beaucoup. Je ne veux pas qu'il me déteste. »
Rien que de penser à son frère lui donnait envie de pleurer. Thomas ne se souvenait même pas de son existence. Alors Altaïr n'imaginait même pas à quel point il le haïrait s'il réapparaissait dans sa vie juste pour envoyer son père à Azkaban. Rien que cette pensée lui donnait envie de pleurer.
« N'avez-vous pas peur qu'il lève la main sur lui ?
- Non, il ne ferait jamais de mal à son fils. »
Le sorcier lui envoya un regard étrange, l'air de dire « toi aussi, tu a été son fils. ». Alors Altaïr décida de s'expliquer.
« Je n'étais que le fils d'Aquila Black pour lui, j'étais juste un monstre. Mon frère et moi, nous n'avons pas la même mère. Il s'est remarié. »
Georgiev écarquilla ses yeux lorsqu'il comprit le sous-entendu du garçon. Il était le seul ici à pouvoir comprendre sa confidence, il était le seul à savoir pour sa lycanthropie. Le propre père de l'enfant l'avait renié à cause de sa maladie. Sinon, Altaïr n'aurait pas employé le terme de « monstre » pour se désigner, mais plutôt « bâtard » ou tout autre synonyme.
« Quel connard. » laissa-t-il échapper, songeant à voix haute.
L'infirmière lui lança un regard courroucé, ce n'était pas un langage approprié pour un professeur. Pourtant elle retint sa remarque lorsque le jeune Black éclata de rire. Oui, Georgiev avait raison. James Potter n'était qu'un connard et cela lui fit affreusement du bien de savoir quelqu'un de son côté. C'était rafraichissant.
Lorsqu'Altaïr se calma, il fut autorisé à quitter le bureau de son directeur. Le garçon sauta sur l'occasion pour décamper et retourner à son dortoir pour emballer ses dernières affaires. Finalement, la discussion ne s'était pas aussi mal passée que prévu. C'était un soulagement.
Cette fin d'année avait été surprenamment agréable contrairement à ses premiers mois passés dans l'école. Finalement, Altaïr se dit que vivre à Durmstrang n'avait rien de très terrible.
XXXXX
17 juillet 1989
Altaïr était plutôt surpris d'avoir été invité par Cygnus à partager son dîner avec lui. Le vieil homme était plutôt du genre à l'éviter comme la peste, pas à vouloir manger en tête-à-tête avec lui. Altaïr fut d'autant plus surpris de découvrir que son tuteur discutait avec un invité, un verre de vin à la main, en attendant les entrées. Habituellement, il s'arrangeait toujours pour que son pupille ne quitte pas sa chambre lorsqu'il recevait un ami ou un collègue.
« Père, je vous présente Altaïr, le fils d'Aquila. »
Cygnus ne fit pas les présentation dans l'autre sens, mais Altaïr ne s'en formalisa pas. Il n'en avait pas beasoin, il arrivait très bien à deviner qui était l'homme face à lui. Il s'agissait très certainement de son arrière-grand-père, le père de Walburga et Cygnus. Il était plutôt surpris de la voir ici, l'homme avait disparu peu de temps avant que la guerre ne débute en Angleterre.
Ils se dévisagèrent longuement. Altaïr pouvait facilement deviner son lien de parenté avec Cygnus, la ressemblance était si frapante qu'on ourrait croire à un jumeau. Pourtant il savait très bien que Pollux avait vingta-six ans de plus que son fils. Mais il semblerait que bien qu'il n'ait que la cinquantaine, Cygnus en faisait dix de plus alors que l'autre homme ne semblait même pas avoir soixante ans. Le temps avait été particulièrement clément envers lui.
Pollux se leva finalement et se posta face à son arrière-petit-fils, un grand sourire au lèvres. Cela parrut étrange à Altaïr, c'était bien la première fois qu'il voyait un Black à l'air aussi enjoué. Même Arcturus, qui était pourtant un grand farceur et plutôt enfantin, ne quittait que peu le masque aristocratique que sa famille lui avait appris à porter.
« Enchanté de te rencontrer Altaïr, je suis Pollux, le grand-père de ta mère. »
Altaïr serra la main qu'il lui tendait et fut surpris de se faire tirer dans une étreinte chaleureuse. Il n'avait jamais eu ce genre de contact depuis son arrivée chez les Black et cela le mit particulièrement mal à l'aise. Pollux ne sembla pas s'offusquer de son manque de réaction et le relâcha rapidement, l'invitant à s'asseoir à leurs côtés.
Le repas se passa tranquillement et Altaïr fut plutôt amusé par le déroulement de ce dernier. Cygnus avait perdu toute sa verve et son attitude détestable, il était un vrai lèche-botte avec son père. Altaïr ne le trouva que plus pathétique, cet homme le dégoutait. Certainement qu'il avait peur que maintenant que Pollux était de retour au pays, ce dernier veuille réclamer son titre de Lord de la famille et le détrône de son trône. Après son départ et la mort d'Orion, Cygnus avait bataillé avec force pour récupérer le titre au nez et à la barbe de son frère aîné et de ses cousins.
Altaïr ne participa pas à la discussion, préférant savourer le sepctacle. Les deux hommes semblèrent bien vite oublié sa présence et il ne fit rien pour changer cela. L'adolescent avait bien trop peur de dire quelque vhose qui pourrait vexer son tuteur et lui valoir une punition plus tard.
Il fut finalement congédié à la fin du repas par Cygnus, visiblement il voulait aborder quelques sujets importants avec son père qui ne nécessitaient pas sa présence. Bien que ne voulant visiblement pas mettre de côté son descendant, Pollux ne fit aucune remarque. Altaïr les salua poliment avant de se précipiter vers sa chambre. Bien qu'ayant apprécier le repas, le jeune sorcier ne voulait pas tenter sa chance et préférait s'exécuter rapidement.
Altaïr était curieux vis-à-vis de Pollux Black. Il avait envie d'apprendre à connaître cet homme qui impressionnait visiblement Cygnus. Les prochaines semaines au manoir allaient certainement être très intéressantes.
XXXXX
21 juillet 1989
Le bulletin scolaire d'Altaïr était arrivé le matin même au manoir de Cygnus. Le garçon n'avait même pas eu le temps d'ouvrir sa lettre que déjà son tuteur lui l'arrachait des mains. Altaïr ne protesta pas, il n'avait pas envie de mettre le vieux sorcier de mauvaise humeur.
Cela faisait cinq longues minutes qu'Altaïr observait son tuteur, analysant chacune de ses réactions. Il n'arrivait pas à déterminer si la mine renfrognée de Cygnus signifiait qu'il avait échoué à ses examens, ou bien si c'était parce qu'il ne pourrait pas le punir légitimement à cause de ses trop bons résultats. Alors Altaïr restait là, les bras ballants et le regard fixé sur les rides de son tuteur, attendant impatiemment sa prochaine action.
Cygnus finit par poser la lettre sur la table où il lisait précédemment son journal une fois son petit-déjeuner terminé. Un coin du parchemin trempa dans une tâche de confiture, Altaïr se retenu de ne pas la récupérer. Il voulait lui aussi pouvoir lire ses résultats et espérait que la tâche ne ferait pas baver l'encre.
« Il semblerait que finalement, tu ne sois pas aussi incapable que ce que je ne le pensais. » ricanna finalement Cygnus en reprenant son journal en main. « Déguerpis de ma vue. »
L'ordre claqua dans l'air et Altaïr s'empressa d'obéir, prenant tout de même le risque de récupérer son bulletin au passage. Ce ne fut qu'une fois à l'abri dans sa chambre qu'il s'autorisa à reprendre son souffle. Il s'affala dans sa chaise de bureau et observa attentivement sa lettre. Il en connaissait déjà les résultats, puisque Cygnus ne l'avait pas puni, mais Altaïr tenait à le voir de ses propres yeux.
Son courrier contenait deux lettres, Cygnus n'en avait lu qu'une. Celle-ci contenait ses notes aux examens de fin d'année, ceux pour lesquels Altaïr n'avait pas le droit à l'erreur. Sur la seconde lettre, on pouvait lire les moyennes semestrielles de l'élève pour chaque matière ainsi qu'une remarque de chacun de ses professeurs.
Altaïr attrapa tout d'abord la seconde lettre. Il fut agréablement surpris de découvrir les remarques positives de ses professeurs. Peu d'entre eux l'appréciaient réellement à cause de son manque de participation en cours, bien qu'il soit évident qu'Altaïr connaissait les réponses à leurs questions. De plus, la remontée de ses notes en fin d'année lui avait permis d'obtenir de très bonnes moyennes. Avoir la meilleure des moyennes générales de sa classe n'était qu'un bonus bien agréable pour son égo.
Puis il attrapa l'autre parchemin, celui contenant ses résultats à ses examens finaux. Un sourire triomphant étira ses lèvres lorsqu'Altaïr lu la ribambelle de 100/100 qui recouvrait son bulletin scolaire. Il n'avait même pas osé imaginé que cela soit possible. S'il s'était donné autant de mal pendant des semaines, c'était avant tout afin de limiter la casse lorsque Cygnus devrait le punir. Il n'avait pas imaginé obtenir de si bonnes notes à ses examens de fin d'année.
Il avait même réussi les runes, une matière qu'il ne suivait que depuis le mois de mai et qu'Altaïr avait donc dû rattraper en autodidacte en quelques semaines seulement. Suite à son renvoi de la classe de sport de Ovshinikova en mai, son professeur principal lui avait proposé de choisir une autre option afin de remplacer celle-ci pour sa seconde année à Durmstrang. Georgiev lui avait évidemment conseillé de prendre astronomie, puisqu'Altaïr était déjà inscrit aux examens finaux de cette matière en candidat libre.
Pourtant le jeune Black n'avait pas écouté son conseil et avait fortement insisté pour choisir les runes. Il comptait de toute façon prendre cette option en troisième année, contrairement à l'astronomie. Georgiev avait fini par céder puisqu'Altaïr était un très bon élève.
Après ça, Altaïr avait dû annoncer le changement de ses matières à Cygnus et cela n'avait pas été une partie de plaisir. Déjà que l'homme lui avait envoyé une lettre bien salée en apprenant que son pupille avait décidé de prendre une matière aussi sauvage que celle des sports de combat en septembre. Altaïr s'était donc attendu à une terrible beuglante lorsqu'il lui annonça par lettre qu'il abandonnait cette matière pour choisir les runes.
Bien sûr, Altaïr n'était pas bête. Il n'avait pas dit à Cygnus pour sa bagarre, ni pour son renvoi de cette classe. Il mentit effrontément en expliquant à son tuteur que le professeur Ovshinikova lui avait conseillé de choisir une matière où il aurait certainement plus de stimulation intellectuelle que dans la sienne. Ce mensonge était crédible puisqu'Altaïr était un excellent élève, toujours le nez plongé dans un livre et brillant à tous ses contrôles. Ensuite, Cygnus savait très bien que son pupille était plus fort que les enfants de son âge de par sa force lupine.
Altaïr avait simplement espéré que l'école ne lui envoie pas de lettre de leur côté. C'est pourquoi il attendit deux semaines de plus pour écrire à son tuteur. Une fois ce délai passé et qu'aucune beuglante ne lui était parvenue, Altaïr déduisit qu'il pouvait envoyer sa propre lettre à Cygnus sans risque. Son plan avait fini par fonctionner comme il le souhaitait.
Au final, il n'y avait qu'une matière où il n'avait pas obtenu la note maximale. Il s'agissait des potions où il n'obtint qu'un "petit" score de 93 points : la note maximale à l'écrit et sept points de perdus pour la pratique. Altaïr fut surpris de constater que Cygnus s'était montré étrangement conciliant concernant cette matière. Il ne pensait pas que le vieil homme prenne en compte le handicape de son pupille dans son jugement.
La pression quitta petit à petit ses épaules et un grand éclat de joie envahit son cœur. Altaïr était si fier de lui que les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'un rire euphorique lui échappait. Il était si heureux d'avoir réussi à prouver à Cygnus qu'il était bien meilleur que ce qu'il pensait.
XXXXX
Le soir même, Cygnus emmena Altaïr à une réception. Il voulait se venter de la bonne éducation qu'il avait donné à son pupille auprès de ses amis. Enfin amis était un grand mot, il s'agissait plutôt d'autres politiciens auprès desquels ils faisaient ou recevaient de la lèche. Altaïr trouvait son comportement plutôt pathétique.
A vingt heures tapantes, les deux sorciers pénétrèrent dans la cheminée du manoir et quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent dans la demeure de leurs hôtes. Altaïr découvrit sur place qu'il s'agissait de la matriarche Londubat. Bien que cela lui semblait étrange que les Black soient invités par celle-ci, il ne fit aucun commentaire. Il ne tenait pas à énerver Cygnus.
Comme à son habitude, Altaïr se trouva un coin tranquille dans la salle de réception et attendit patiemment que le reste des invités arrivent. Les buffets ne comptaient pour l'instant que quelques verres de champagne et de jus de citrouille pour les enfants. Les plats apparaîtraient après que leur hôte aurait fait un discours.
Heureusement pour son estomac, il ne dut pas attendre longtemps. Une quinzaine de minutes plus tard, Augusta Londubat se plaça sur une petite estrade, frappa de quelques coups son verre avec sa baguette et tous les regards se tournèrent vers elle. Le discours avait été long et ennuyeux, comme tous les discours. Apparemment la sorcière souhaitait ce soir présenter officiellement son héritier à la société sorcière.
Altaïr profita du calme de la pièce pour observer les invités de la pièce. Il était facile de savoir qui faisait partie de tel ou tel camp politique, les sorciers s'étaient divisés en plus ou moins trois groupes. A droite de la salle se tenaient les sorciers pro-Moldus, à gauche les pro-Sang-Purs et au centre, mélangés parmi les convives des deux camps, la faction grise. Ceux qui était à la fois pour l'intégration des Nés-de-Moldus dans la société sorcière mais aussi pour la domination des anciennes familles sur ces derniers.
Altaïr remarqua alors un une autre groupe de jeunes sorciers qui se divisaient à peu près de la même façon que les adultes, bien que cela soit moins flagrant. Les enfants copiaient bêtement leurs parents mais ne résistaient néanmoins pas à la curiosité de découvrir de nouveaux visages. Altaïr ne connaissait que peu d'entre eux mais il reconnut tout de même les enfants Nott discuter avec ceux des familles Inglebee, Malefoy, Zabini, Greengrass ou encore Bulstrode. Ils discutaient à voix basse afin de ne pas déranger le discours de la Lady Londubat, tout en jetant des coups d'œil curieux vers un autre groupe d'enfants.
Altaïr tourna son attention vers cet autre groupe bien plus petit que le précédent. Il reconnut difficilement Bem Shacklebolt, le fils de Kingsley Shacklebolt, un Auror réputé pour sa droiture. Il discutait avec quelques enfants qu'il ne connaissait que de vue et qui ne l'intéressait pas le moins du monde. Puis son regard tomba sur l'enfant au centre de ce groupe, bien qu'il semblât mal-à-l'aise de recevoir autant d'attention.
Le souffle d'Altaïr se coupa quelques instants avant qu'un soupir fébrile ne passe la barrière de ses lèvres. Juste là, à quelques dizaines de mètres de lui, se tenait Thomas Potter. Il était habillé d'une coûteuse robe bordeaux qui ne lui allait pas vraiment au teint, une paire de souliers brillants et ses cheveux se dressaient sur sa tête comme si un pétard venait d'y exploser, mettant en valeur la cicatrice en forme d'éclair qui barrait son front.
Altaïr fit inconsciemment un pas dans sa direction, avant de se reprendre brusquement et de reculer de deux. Il ne pouvait pas aller parler au Survivant devant autant de monde, d'autant plus que lors de leur dernière rencontre quelques années plus tôt sur le Chemin de Traverse, Thomas ne l'avait pas reconnu. Alors l'héritier Black resta à sa place, se contentant d'observer de loin son petit-frère rire gaiement avec ses nouveaux amis.
Altaïr n'avait pas le droit de s'imposer à lui. Il avait conscience que ce n'était pas la bonne chose à faire. D'autant plus qu'il doutait qu'un simple « salut, je suis ton demi-frère mais tu ne te souviens pas de moi, je peux te prendre dans mes bras ? » ne serait pas bien accueilli.
« Thomas Potter t'intéresse ? »
Altaïr sursauta brusquement en entendant une voix provenir de sa droite. Il reconnut immédiatement Venus Lovegood, une sorcière avec qui il s'était bien entendu autrefois.
« Pas vraiment. »
Venus lui offrit un sourire complice et Altaïr se demanda si elle savait pour sa relation avec le Survivant. Il en doutait fortement, mais d'un autre côté, Venus Lovegood semblait savoir beaucoup de choses.
« Ton regard est différent. » changea-t-elle brusquement de sujet.
Altaïr se souvint brusquement que la sorcière pouvait facilement lire à travers les glamours que les elfes posaient sur lui. Lors de leur première rencontre, celle-ci avait vu les reflets ambrés de son regard et les hématomes qui noircissaient sa peau.
« Un problème avec ça ? »
Venus pencha sa tête sur le côté, semblant réfléchir sérieusement à la question.
« Non, c'est une bonne chose. N'est-ce pas ? »
Altaïr haussa des épaules. Il ne savait pas vraiment où elle voulait en venir. Elle pouvait aussi bien vouloir dire que les effets filtre lunaire était positif pour un lycanthrope, que de sous-entendre qu'elle aimait bien l'ambre désormais complet de son regard. Alors Altaïr préféra ne pas lui répondre.
« Je ne t'ai pas vu à Poudlard. J'espérais te voir dans ma maison. »
Altaïr fut quelque peu surpris que la discussion saute encore une fois du coq à l'âne aussi rapidement.
« Tu es dans quelle maison ?
- Serdaigle.
- Evidemment. »
Lovegood était intelligente et calme, mais aussi solitaire et gentille, pure. Il était évident qu'elle ne finirait pas à Gryffondor ou Poufsouffle et encore moins à Serpentard. Elle ne semblait pas être à la recherche d'une grande aventure, d'amis ou de manipulations enfantine. Serdaigle était une évidence pour elle.
« Peu de personne pense comme toi. En fait, il n'y a que mes parents.
- Les autres sont stupides. »
Venus laissa un petit rire lui échapper, visiblement elle était vraiment heureuse que quelqu'un la reconnaisse comme une véritable Serdaigle. Elle croisa ses bras derrière son dos et se pencha en avant, une expression amusée sur le visage. Altaïr réalisa alors que si quelques années plus tôt, Venus le dépassait largement, leurs tailles étaient presque les mêmes aujourd'hui.
« Alors, où vas-tu à l'école si ce n'est pas à Poudlard ?
- Durmstrang. »
Venus se rapprocha un peu plus de lui, clairement curieuse. Il était rare qu'un héritier anglais n'aille pas à Poudlard, c'était le lieu idéal pour qu'il commence à créer des amitiés fortes et son réseau social. De plus, Durmstrang était une école très secrète, de nombreuses rumeurs et ont-dits circulaient à son propos.
« Tu parles russe alors ?
- L'école n'est pas en Russie.
- Le bulgare alors ?
- Seulement quelques mots. »
Venus croisa ses bras sur sa poitrine et afficha une mine boudeuse. Altaïr était amusé de constater que toutes les émotions de la jeune fille soient clairement visibles sur son visage. il aimerait être aussi émotif parfois, pouvoir oublier son éducation et se laisser aller.
« Je parle le russe et l'estonien. »
Venus lui offrit un grand sourire en remerciement, il s'autorisa à lui répondre par un faible étirement de ses lèvres qui devait bien plus ressembler à un rictus qu'à un sourire. Mais la jeune fille ne fit aucune remarque ou moquerie, alors Altaïr ne regretta pas. Il était à l'aise avec elle pour une étrange raison, il se connaissait à peine après tout. Pourtant, son instinct le poussait à lui faire confiance, lui chuchotant qu'elle ne le trahirait pas.
« Est-ce que tu pourrais dire quelques mots ?
- Tu es très belle aujourd'hui. » murmura Altaïr en russe après quelques secondes de réflexion.
« Qu'as-tu dit ?
- C'est un secret. »
Venus rigola, elle était encore plus curieuse maintenant. Ce garçon la fascinait, elle voulait en connaître plus sur lui. Il avait l'air si mal à l'aise quelques minutes plus tôt et pourtant, il lui parlait comme s'ils étaient des amis de longue date. Elle n'avait aucun autre ami, alors cela lui faisait du bien de pouvoir parler à quelqu'un de son âge aussi facilement.
Venus lui parla de la vie à Poudlard, de sa petite sœur, de ses bonnes notes, du détestable professeur Rogue. Altaïr se contenta de l'écouter, d'imaginer à quoi aurait pu ressembler sa vie à Poudlard, d'oublier son quotidien avec Cygnus et la tristesse de celui qui l'attendait à Durmstrang. Lovegood était comme une bouffée d'air frais, il se sentait bien en sa compagnie.
Puis vint les aurevoirs, le regard suspicieux d'Alanna Lovegood, la mère de la fillette et l'expression froide de Cygnus qui ne le quittait pas. Elle lui avait fait oublier la tristesse de sa vie, sa solitude, son désespoir. Retourner à son quotidien aussi brutalement le faisait se sentir comme une merde et Altaïr détestait ressentir ça. Il détesta alors le moment qu'il venait de partager avec Venus.
Plus loin, Altaïr aperçut son tuteur qui contrairement aux Lovegood ne semblait pas prêt de partir pour l'instant. N'ayant plus aucun intérêt à rester dans la salle de bal, le garçon rejoignit un couloir un peu plus loin. Lors de ce genre de réception, la plupart des autres pièces étaient fermées à clés, il ne craignait donc pas de faire quelque chose d'interdit. Si cette porte n'était pas verrouillée, c'est qu'il avait le droit d'être ici. Comme il s'en doutait, Altaïr tomba rapidement sur les toilettes. Il supposa que rester ici quelques minutes ne contrarierait pas trop Cygnus et surtout, lui éviterait d'entendre les rires stupides de quelque sorcier ayant un peu trop bu.
«Pardon, je ne vous avais pas vu.» fit un garçon qui lui rentra dedans au même moment où Altaïr s'apprêtait à passer la porte des toilettes.
Il se figea en tombant nez à nez avec Thomas Potter. Voilà donc pourquoi son instinct l'avait poussé à vouloir quitter la soirée qu'il supportait pourtant depuis des heures. Son loup avait dû sentir ce membre de sa meute s'éloigner lui aussi et avait voulu le suivre. Maintenant qu'il y faisait un peu plus attention, Altaïr pouvait presque sentir son loup gémir de joie en étant si proche de Thomas.
«Est-ce que ça va?» fit le petit garçon, s'inquiétant face au mutisme de son interlocuteur.
Altaïr se reprit bien vite, offrant certainement le sourire le plus doux qu'il n'ait fait depuis des années à son frère.
«Joyeux anniversaire.» ne trouva-t-il rien de mieux à dire. «En avance.»
«Merci, c'est gentil.» sourit Thomas d'un air un peu las, certainement que lui et Neville avait eu ce genre de vœux toute la soirée. Ils se montraient peu publiquement et donc, les sorciers en profitaient pour l'approcher et son prochain anniversaire en était le meilleur prétexte.
Altaïr se dit que son frère n'avait pas changé malgré toutes ces années. Il détestait toujours autant d'attirer l'attention et de recevoir les louanges des autres sorciers. Thomas n'aimait pas être le Survivant. N'importe qui pourrait comprendre qu'il aurait mille fois préféré connaître sa mère plutôt que d'obtenir le titre de Survivant en échange de son décès. Altaïr le savait mieux que quiconque et petit, il avait haï les sorciers anglais pour oublier cela.
«Je n'ai pas de cadeau, alors j'espère que ça fera l'affaire.» sourit indulgemment le Black, ne s'offusquant pas du manque d'enthousiasme de Thomas.
Actuellement, il ne portait rien de valeur hormis ses vêtements et il ne se voyait pas se déshabiller devant le Potter. Alors il retira la seule chose précieuse à ses yeux qu'il puisse posséder: la montre d'Orion, son grand-père. Walburga lui avait permis de la prendre dans le coffre des Blacks des années plus tôt et Altaïr avait été ravi d'obtenir quelque chose appartement à son défunt grand-père. Il ne l'avait pas connu de son vivant, mais il avait adoré son tableau. Altaïr jeta un Reparo sur le bijou, réparant enfin la vitre brisée de la montre.
«Ne la jette pas, elle m'est précieuse.»
Il rit plus franchement en voyant l'air sceptique de Thomas. En effet, le cuir était abimé par les années, le cadran venait à peine d'être réparé et la montre ne comportait aucune des pierres précieuses qui ornait généralement les gammes luxueuses de ce genre de chose.
«Elle appartenait à mon grand-père.» précisa-t-il.
La compréhension se fit dans le regard de Thomas, il comprenait mieux pourquoi ce garçon qualifiait cette montre de précieuse malgré son apparence pour le moins classique. Mais c'était étrange qu'il veuille donner quelque chose dont la valeur sentimentale semblait si grande. C'était juste bizarre.
«Pourquoi veux-tu me la donner? Parce que je suis le Survivant?» ne put-il s'empêcher de demander.
Thomas savait très bien que s'en était la raison, comme toujours. Les sorciers se sentaient obligés de le remercier ou de lui offrir des choses pour un évènement dont il ne se souvenait même pas. Le Potter haïssait ça et aujourd'hui ne faisait pas exception. Si cet adolescent s'était montré en début de soirée, certainement aurait-il dit les choses plus poliment. Mais il était fatigué d'avoir entendu ce genre de chose toute la soirée et ce garçon tombait juste au mauvais moment.
«Non, si je voulais remercier quelqu'un pour la chute du Seigneur des Ténèbres, je remercierais ta mère.»
Thomas fut estomaqué par sa réponse. Hormis quelques personnes comme son père, Remus, ou la grand-mère de Neville, peu de personne pensait que c'était bel et bien grâce au sacrifice de sa mère que Voldemort avait été vaincu. Alors voir un sorcier à peine plus âgé que lui être aussi lucide sur la situation était étonnant. Pourtant, cela le perdait encore plus, s'il le savait, pourquoi agissait-il ainsi envers lui.
«Alors pourquoi?
- Parce que tu as l'air triste.» Altaïr attrapa le poignet de Thomas, lui enfilant la montre. «Mon grand-père n'était pas quelqu'un de très joyeux, mais il savait toujours comment me remonter le moral, même si ce n'était qu'un tableau. Alors j'espère qu'en l'ayant à tes côtés, toi aussi tu pourras perdre cette mélancolie qui t'entoure.»
Thomas n'eut pas le temps de se remettre du choc de cette réponse, le garçon faisant déjà demi-tour pour retourner à la salle de bal. Visiblement, il avait abandonné l'idée d'aller aux toilettes.
«Attends!» cria Thomas, mais le sorcier ne s'arrêta pas.«Tu ne m'as même pas dit ton nom!
- Harry.» fit l'adolescent en jetant à coup d'œil par-dessus son épaule.
«Merci Harry!» ne put que crier Thomas avant qu'il ne disparaisse au coin du couloir.
Altaïr avait les larmes aux bords des yeux. Il n'en revenait pas, il avait parlé à son frère! Il en avait rêvé toute la soirée, mais n'avait pas imaginé cela possible. Altaïr allait définitivement offrir un festin à son loup lorsqu'il rentrerait à Durmstrang. Il allait lui préparer une tonne de viande pour sa première transformation. Bénit soit cet instinct qui l'avait poussé à quitter la salle en même temps que Thomas Potter.
Ce soir-là, même le courroux de Cygnus pour avoir osé parler à Venus Lovegood ou quitter sa surveillance pour aller aux toilettes sans sa permission ne purent entacher sa joie. C'était juste incroyable!
