TABLE DES MATIÈRES
Table des matières
Chapitre 17. 2
Chapitre 18. 17
Chapitre 19. 31
Chapitre 20. 40
Chapitre 21. 54
Chapitre 22. 78
Chapitre 23. 94
Chapitre 24. 120
Chapitre 25. 128
Chapitre 17
2 août 1989 (le lendemain)
Altaïr regretta rapidement ses pensées futiles de la veille. Il était certes agréable de voir Cygnus s'écraser devant son père, mais cela ne signifiait que plus de frustration de sa part au départ de celui-ci. Pollux était parti tard dans la soirée et à son départ, son fils avait frappé avec force à la porte de son pupille. Altaïr avait été surpris de le voir là, Cygnus ne venait jamais jusqu'à sa chambre habituellement, préférant faire appel à l'un de ses elfes pour ammener le garçon à lui.
Cependant Altaïr avait vite oublié sa surprise. Visiblement Cygnus était très contrarié par le retour de Pollux dans leur vie et s'était complètement défoulé sur le garçon. Ce ne fut que tard dans la nuit ou tôt dans la matinée, selon le point de vue, qu'il avait fini par quitter la chambre d'Altaïr.
Ce dernier n'avait même pas eu la force de grimper sur son lit, s'endormant à même le sol. Altaïr sentit vaguement un elfe le soigner et lui faire avaler quelques potions avant de sombrer dans l'inconscience. Si chaque visite de Pollux se terminerait ainsi pour lui, alors Altaïr ne pensait pas pouvoir se réjouir encore bien longtemps de son emprise sur Cygnus.
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8 août 1989
Bien que Pollux rendait régulièrement visite à son fils ou inversement, ce ne fut qu'une semaine après leur première rencontre qu'Altaïr le revit. Cygnus était alors au ministère et Altaïr avait été prévenu de l'arrivée de leur invité par Derry.
« Est-ce que tu pourrais l'emmener au salon gris et apporter un peu de thé.
- Quel thé, jeune Monsieur Altaïr ?
- Celui qu'il préfère. » haussa-t-il des épaules.
Cela facinait toujours autant Altaïr de voir le changement de comportement des elfes de maison lorsque Cygnus n'était plus dans le manoir. Habituellement, Derry n'aurait pas posé de question sur le thé, il n'en avait pas le droit. Cygnus partait du principe que les efles, étant inférieur à lui, n'avait aucun droit de le questionner ou de lui répondre. Les mêmes règles s'appliquaient à Altaïr, c'est peut-être pour cette raison que les elfes étaient si à l'aise avec lui. Bien qu'ils comprenaient qu'il s'agissait d'un sorcier, le fait que Cygnus les traite de la même façon devait les faire se sentir proches de lui. Altaïr ne s'en plaignait pas, il était toujours utile et agréable d'avoir des personnes l'appréciant plus au moins autour de lui, même si elles n'étaient pas humaines.
Lorsqu'Altaïr pénétra dans le salon, Pollux avait dejà une tasse de thé dans les mains. Visiblement, l'homme aimait le thé noir en bon anglais qu'il était. Lorsqu'il l'apperçut, le patriarche Black posa sa tasse sur la table basse et se leva vivement. Il semblait être en pleine forme pour son âge. Comme une semaine auparavant, il prit son arrière-petit-fils dans ses bras. Altaïr se tendit au contact, mais ne le repoussa pas, attendant simplement qu'il se soit rassis pour se détendre.
Il prit place dans le fauteuil en face de celui de Pollux et se servit du thé en attendant qu'il entame la conversation. Cependant le silence qui se prolongeait lui fit comprendre que l'homme attendait de lui qu'Altaïr fasse le premier pas.
« Cygnus est au ministère. »
Pollux sembla sourire derrière sa tasse, visiblement il s'attendait à une approche comme celle-ci.
« Je sais, je suis venu pour te voir. »
Altaïr fronça des sourcils. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi son arrière-grand-père voudrait le voir, surtout qu'il ne doutait pas que Cygnus avait certainement cassé du sucre sur son dos.
« Je réalise, que c'est la première fois que nous nous rencontrons, hormis le repas de mardi dernier. J'étais déjà parti en Amérique à ta naissance.
- C'est ce qu'on m'a dit. »
Un lourd silence s'installa entre eux. Cependant cette fois-ci cela semblait mettre bien plus Pollux mal-à-l'aise que le jeune lycanthrope. Altaïr avait l'habitude de ce genre de situation, il n'était pas douer avec les mots, alors la plupart de ses conversations avec les enfants de son âge se finissait en lourd silence.
« Est-ce que tu m'en veux ?
- Pourquoi est-ce que je vous en voudrai ? Je ne vous connaîs pas. »
Pollux grimaça, se sentant visiblement visé par ces mots. Altaïr n'avait pas voulu se montrer accusateur, il s'agissait simplement d'une vérité.
« Je pense au contraire, qu'il y a beaucoup de raisons de m'en vouloir. J'ai raté ta naissance, l'arrestation de ta mère, la décès de ma fille Walburga, tes différents adoptions et chacun de tes anniversaires.
- Grand-mère m'a parlé de vous, elle vous en voulait beaucoup de ne pas être rentré en Angleterre pour l'enterrement d'Arcturus. Moi je ne m'attendais pas à vous y voir, je n'avais que vaguement conscience de votre existence, quelque part loin d'ici. »
Pollux ne sut visiblement pas quoi répondre à cela. Apprendre que sa fille avait attendu son retour avec temps d'ardeur et réalisé que ce garçon n'attendait absolument rien de lui le faisait atrocement souffrir. Il ne représentait rien pour Altaïr et s'en rendre compte aussi brutalement n'était pas plaisant.
« Est-ce que grand-mère avait aimé aller chez Ollivander ? »
Face au changement soudain de conversation, Pollux eut une mine perdue et mit quelques secondes à lui répondre.
« Oui beaucoup. » sourit-il, se perdant dans ses souvenirs. « Elle avait le même âge qu'Orion alors nos deux familles sont allés les acheter ensemble. Elle se promenait partout avec sa baguette à la main en attendant sa rentrée, même si elle ne pouvait pas faire de magie avec. »
Altaïr l'obersa en silence. Il savait depuis longtemps que si Walburga avait accidentellement transplané devant la boutique de baguettes en sortant du cimetière, ce n'était pas pour rien. Elle avait perdu toute sa famille, ses tantes, sa mère, l'un de ses fils et son mari étaient décédés, ses autres enfants étaient enfermés à Azkaban et son père avait disparu sur un autre continent. Walburga n'avait à ce moment-là plus personne, à part lui. Elle n'avait que son petit-fils qu'elle ne connaissait réellement que depuis quelques mois, toutes les personnes qui l'avaient accompagné tout au long de sa vie avaient disparu.
Alors Altaïr ne lui en voulait pas d'avoir voulut revivre ses instincts de bonheur qu'elle avait vécu pendant son enfance en leur compagnie, de vouloir revenir à une époque où tout était plus simple. Non, Altaïr n'en voulait pas à Walburga, il lui avait pardonné depuis longtemps de ne pas avoir pensé à lui en premier, mais à toutes les autres personnes qu'elle aimait et qui n'était plus là.
Et bien qu'il n'en veuille pas directement à Polux de ne pas être resté en Angleterre, il lui en voulait d'avoir blessé si profondément sa grand-mère. Altaïr savait que s'il avait été présent à ce foutu enterrement, alors Walburga n'aurait pas été aussi détruite par le décès d'Arcturus. S'il avait été là, elle aurait pleuré sur son épaule plutôt que sur celle d'un enfant, elle aurait pu trouver le soutient nécessaire pour surmonter sa solitude, elle n'aurait pas voulut retourner dans le passé. Et surtout, elle n'aurait pas transplanné sur le Chemin de Traverse et ne serait pas décédé, parce qu'elle aurait eu un père pour la raccompagner jusqu'au Square Grimmaurd.
« Est-ce que Cygnus vous a parlé de son décès ?
- Il m'a dit qu'elle a eut un accident de transplannage. » répondit Pollux d'un air confut, il comprenait de moins en moins où voulait en venir Altaïr avec ses brusques changement de conversation.
« En sortant du cimetière, elle a perdu le contrôle de son transplannage. Elle a souhaité le temps d'un instant revenir dans le passé, revivre ce souvenir chez Ollivander. Un passé où vous auriez été là. Mais c'est impossible de transplanner à travers les époques, alors elle s'est désartibulée. »
Pollux pâlit soudainement, semblant réalisé l'horreur des sous-entendus du garçon.
« Comment … Comment sais-tu cela ?
- J'étais accroché à son bras et si elle n'avait pas transplanné au mileur d'une rue bondée de sorciers pour appeler des secours, alors je serai mort avec elle. »
Altaïr ne fit pas attention au sanglot de l'homme détruit face à lui. Il termina calmement sa tasse, la reposa sur sa coupelle et quitta finalement son fauteuil. Cependant, il se tourna une derrière fois vers lui avant de quitter le salon.
« Moi, je m'en fiche de savoir si vous étiez là ou pas ce jour-là. Je m'en fiche aussi de savoir qu'avec votre présence, j'aurai pu éviter de froler la mort. Mais par contre, je ne pourrai jamais vous pardonner d'avoir blessé ma grand-mère. »
Sur ces mots, Altaïr quitta la pièce, laissant derrière lui un homme terriblement blessé et rongé par la culpabilité. Il le méritait, Altaïr n'aurait aucune pitié pour lui, pour son égoïsme et pour son abandon.
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12 août 1989
Altaïr fut surpris de revoir son arrière-grand-père seulement quatre jours après leur précédente rencontre. Il avait pensé le faire fuir avec ses propos crus, cependant il semblerait que cela eut l'effet inverse sur le vieux sorcier. Altaïr était alors dans la bibliothèque, penché sur ses devoirs du jour, une pile de livres à ses côtés et divers parchemins l'entourant, certains froissés sur sur le sol et d'autres recouverts de gribouillis que seul lui pouvait relire.
Altaïr n'avait pas été prévenu de l'arrivée de Pollux cette fois-ci, la preuve que Cygnus devait se trouver quelque part dans le manoir. Certainement qu'à la fin de leur entrevue, il avait prévu partir à sa recherche plutôt que de quitter le manoir. Pollux savait visiblement que son fils ne lui en tiendrait pas rigueur, certainement de peur de la froisser.
Le sorcier invoqua une chaise confortable et s'assit en face d'Altaïr, attrapant un des livres ouverts devant lui. Il sembla plutôt impressioné de réalisé que le garçon travaillait sur une théorie de runes anciennes. Bien sûr, elle devait sembler bien enfantine pour lui, mais c'était tout de même impressionnant pour un jeune homme comme Altaïr.
« Quel âge as-tu ?
- Douze ans.
- Je ne me souviens pas que les runes étaient déjà au programme en première année. » songea Pollux à voix haute.
Altaïr le fixa d'un air plutôt surpris. Visiblement, Cygnus ne lui avait pas dit qu'il étudiait à Durmstrang et non Poudlard. Il hésita un instant à lui répondre, le laisser dans l'ignorance de sa situation scolaire. Cependant Altaïr, plus que de lui en vouloir pour le décès de Walburga, voyait surtout en Pollux un possible allié. Selon la situation, ce dernier pourrait peut-être même empêcher Cygnus de lever la main sur lui dans le futur. Pollux semblait prêt à tout pour se faire pardonner et se rapprocher de lui.
« C'est le cas à Durmstrang, en option.
- Durmstrang ? Cygnus est quelqu'un d'étonnant. Est-ce que tu t'y plais ? »
Altaïr fut surpris par la question. C'était bien la première fois que quelqu'un lui demandait s'il aimait l'école. Il était habitué au conversation uni-latéral de Cygnus, à recevoir des ordres dénués de sentiments et à obéir sagement. Pas à dire son avis ou même à ce que ce dernier soit demander. C'était étrange pour lui. La présence de Pollux au manoir lui rappelait les relations qu'il entretenait avec James, froid et distant, et Remus, chalereux et intéressé.
« Oui, les professeurs sont biens.
- Et tes camarades ? Tu t'es fait des amis ? Peut-être même une amoureuse ? » sourit Pollux d'un air complice.
« Je n'ai pas d'amis, ce n'est pas utile. »
Pollux fut déconcerté par l'approche de la question très froide de l'adolescent. Il ne s'attendait pas du tout à cette réponse, bien au contraire. Pour lui et comme pour des milliers de sorciers, les années scolaires sont les plus belles, les plus amusantes et les plus riches en rencontres de leurs vies. La vision d'Altaïr semblait bien triste à côté.
« Tu n'as vraiment aucun ami ? » demanda-t-il sous la surprise.
Altaïr sembla réfléchir un instant. Il avait certes construit une amitié avec Lev Kaminski et Viktor Krum, mais l'avait ensuite détruit pour se concentrer sur ses études. Il y avait aussi cette fille ukrainienne à qui il parlait de temps en temps pour les devoirs de groupes ou des questions sur les examens. Mais autrement, Altaïr n'avait parlé à aucun autre étudiant de Durmstrang.
« Si, il y a une fille avec qui je m'entends bien. Mais elle est à Poudlard, alors on ne se parle que pendant les réception où nous sommes tous les deux invités. » songea pensivement Altaïr en se souvenant de ses entrevues avec Venus Lovegood.
Au final, elle était la seule personne avec qui Altaïr n'avait pas fait semblant d'être quelqu'un d'autre ou avec qui il n'avait pas porté l'expression froide que son sang l'obligeait à constamment revêtir. Elle semblait constamment vivre dans une autre dimension, alors cela l'avait aidé à se débrider quelque peu en sa présence.
« Alors il y a bien une fille ! » rigola Pollux.
Altaïr ne comprit pas vraiment la raison de son rire, alors il se contenta de replonger dans ses parchemins, retrouvant sa mine sérieuse. Cygnus lui avait donné cet essai à finir avant le dîner et il était encore bien loin du compte. Alors Altaïr n'avait pas de temps à perdre à papoter bêtement à propos de choses qui ne l'intéressaient pas.
« Je me rends justement à une réception ce soir avec Cygnus, est-ce que tu veux venir avec nous ? Ce sera peut-être l'occasion de la voir. » sourit malicieusement Pollux.
« Cygnus est mon tuteur, c'est à lui de prendre ce genre de décision.
- Quel rabat-joie. » soupira le vieil homme. « Très bien, je vais aller le convaincre. A tout à l'heure. »
Lorsque Pollux quitta enfin la bibliothèque, Altaïr ne put empêcher un soupir de lui échapper. Les personnes avec autant d'énergie que cet homme avait tendance à l'épuiser. C'est pourquoi il s'entendait aussi bien avec des personnes comme Remus ou Lev, ils étaient calmes et leur rythme de parole était bien plus simple à suivre.
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Comme l'avait promis Pollux, Cygnus avait ordonné à Altaïr de les accompagner à la soirée organisée par les Greengrass. Cette famille était plutôt neutre et Altaïr espérait secrètement que leurs hôtes invitent les Lovegood, ou du moins la Lady et sa fille aînée. Habituellement, la plus jeune des enfants et le père fuyaient ce genre de soirée mondaine exaspérante.
Comme à son habitude, Altaïr attendit que Cygnus soit suffisamment loin de lui pour se faufiler dans un coin de la salle, près d'un des pylônes soutenant le lourd plafond. Si Venus était présente, elle saurait le trouver. En attendant, Altaïr laissa traîner ses oreilles à droite et à gauche comme il le faisait toujours, bien que rien d'intéressant ne se disait autour de lui pour le moment.
A quelques reprises, Altaïr croisa le regard de Pollux qui semblait se demander pourquoi est-ce que le garçon restait dans son coin, à l'abris des regards. Cependant il n'eut pas vraiment l'occasion de le rejoindre pour discuter, pusiqu'à chaque fois qu'il faisait quelques pas dans sa direction, une nouvelle personne s'interposait pour lui parler. Le retour de Pollux au pays surprenait beaucoup de monde et tous voulaient pouvoir le questionner sur son voyage et les raisons de son retour.
Ce ne fut finalement qu'une vingtaine de minutes plus tard que la solitude d'Altaïr fut brisée, mais ce ne fut pas par Pollux. Venus Lovegood se plaça simplement à ses côtés, sautillant d'un pied à l'autre au rythme de la musique.
« Le bleu te va mieux que le rose. » murmura finalement Altaïr au bout de longues minutes de silence.
Comme la fois précédente, Venus ne comprit pas ce qu'elle dit mais lui sourit tout de même. Peut-être avait-il compris qu'il s'agissait d'un compliment sur sa tenue qui était encore plus jolie que celle de la dernière fois. Ou bien, elle aimait simplement l'entendre parler russe. Altaïr ne savait pas vraiment et ce n'était pas important.
« Je vais finir par apprendre le russe pour pouvoir comprendre tout ce que tu me dis.
- Je parlerai estonien alors. » répondit Altaïr sur le ton de la plaisanterie, bien que son expression ne change pas vraiment. Cygnus ne le louperait pas s'il le prenait à sourire et se laisser aller en public.
Comme la fois précédente, Venus monopolisa la majorité de la conversation, mais cela ne le dérangea pas. Altaïr aimait l'écouter déblatérer aussi joyeusement sur ses vacances, sa petit-sœur et des bestioles imaginaires dont il doutait sérieusement de l'existence. Mais il ne fit aucune remarque, parce que Venus était son opposé et entendre quelqu'un s'émerveiller de choses qu'elle n'avait jamais vu et ne verrai certainement jamais le fascinait.
« Et toi ? Tu as fait quoi de tes vacances ? »
Altaïr ne sut pas vraiment que répondre. Contrairement à Lovegood, il n'avait rien fait de ses vacances si ce n'était étudier. Pas de voyage à la plage, pas de visite à la famille, pas de coupe de Quidditch et encore moins de bronzage dans le jardin. Il n'y avait que des devoirs, des livres et des parchemins à perte de vue. Finalement, Pollux était la seule chose un tant soit peu intéressante qui soit intervenue dans sa vie récemment.
« Mon arrière-grand-père est revenu d'Amérique ce mois-ci. C'est plutôt bizarre de le voir traîner au manoir. »
Altaïr désigna d'un geste du menton Pollux qui se trouvait à une petite dizaine de mètres d'eux. Venus le dévisagea quelques instants avant de sourire.
« Il n'a pas beaucoup bronzé là-bas. »
Altaïr laissa un petit rire lui échapper, avant de se refermer brusquement. Si Pollux était juste là, alors Cygnus ne devait pas être loin de lui non plus.
« Tu devrais rire plus souvent, ça te va bien. »
Altaïr se retint de toutes ses forces pour ne pas rougir de ses mots. Venus n'avait véritablement aucun filtre. Ensemble, ils formaient un drôle de duo, l'un muet comme une tombe et l'autre déblatérant tout ce qui lui passait à l'esprit. Il ne sut que répondre à cela, alors il hocha simplement de la tête dans un geste vide de sens. Cependant Lovegood sembla satisfaite de cela et changea brusquement de sujet, revenant au collier de coquillage qu'elle avait fait avec sa petite sœur et sa mère pendant leur voyage à la plage.
« Il doit être beau.
- Je le porterai la prochaine fois, comme ça tu pourras le voir ! » lui sourit l'adolescente.
C'est alors qu'Altaïr réalisa que Venus était plus âgée que lui de deux ans et pourtant, elle pouvait par moment se comporter comme une enfant. Pourtant, il avait toujours cette impression de sagesse qui se dégageait d'elle, c'était si étrange comme sensation qu'il avait du mal à s'y faire. Ce mélange de sensation n'était pas compatible et Altaïr réalisait soudainement pourquoi Venus était si agréable à écouter, à regarder et à côtoyer. Elle était le mélange parfait de Thomas et Remus, l'innocence et la sagesse en une seule personne. Tout ce que lui, n'avait pas. Lui n'était que pensées torturées et impulsivité. Venus était comme un Patronus dans les ténèbres, insaisissable, fragile mais pourtant captivante et rayonnante.
Mais Altaïr ne montra rien de ses pensées, il ne voulait pas montrer à Lovegood la représentation qu'il avait d'elle. En fait, il avait même terriblement honte de ses pensées, ce n'était pas sain d'idéaliser à ce point une personne qu'il, en réalité, ne connaissait à peine. Alors Altaïr poursuivit la conversation comme si ne rien n'était, baladant son regard dans la salle, partout sauf sur Venus et sa robe bleue.
Finalement, il n'était pas certain que ce fut la meilleure des idées que Pollux ait eu, que de le traîner ici.
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15 août 1989
« Altaïr ! Toi putain de gamin inutile ! »
Altaïr sursauta en entendant Cygnus dévaler les escaliers menant au cachot seulement quelques minutes après que sa transformation en loup-garou se soit achevée. Habituellement, Cygnus ne venait jamais dans les sous-sol après les nuits de pleines lunes sous prétexte que « la magie du monstre empestait à des kilomètres à la ronde ». Alors le voir débouler ici en étant aussi furieux n'aurait rien de bon.
« Foutu dégénéré, mais qu'est-ce qui t'as pris de dire à mon père que tu veux un contrat de mariage avec cette foutue Lovegood ? J'aurai dû t'abattre dès que t'es arrivé dans mon manoir, tu n'apportes que des problèmes ! »
Altaïr ne sut que répondre face aux accusations de Cygnus. Il n'était pas au courant de cela et n'avait pas parlé à Pollux depuis la réception, Cygnus le savait très bien. De plus, il ne voulait pas d'un contrat de mariage, il n'en voyait pas l'intérêt. Pour lui, ce genre d'arrangements n'apportaient que des problèmes, les mariages d'Aquila et James ou de Walburga et Orion n'étaient que deux exemples parmi tous les mariages foireux qu'Altaïr connaissait. Bien que sachant que cela le concernerait un jour, Altaïr ne pensait pas entendre parler de cela avant quelques années.
« Je ne savais pas, il ne m'en a pas par… »
Altaïr n'eut pas le temps de démentir son tuteur que déjà, un sortilège rouge le clouait au sol. Il savait très bien que lorsque Cygnus était dans cet état, rien ne servait de le contredire, si ce n'est pour l'énerver encore d'avantages. Alors Altaïr n'intervint plus, laissant le sorcier se défouler sur lui, comme toujours. Finalement, l'arrivée de Pollux dans leurs vies n'étaient peut-être pas une aussi bonne chose qu'il l'avait précédemment imaginé. Il ne canalisait en rien son fils, il ne faisait que l'exciter d'avantages.
« Tu vas rester ici pendant une semaine, je ne veux plus te voir. Tu diras à Pollux que tu étais chez un ami de Durmstrang, même si tu n'en as aucun. » cracha vicieusement Cygnus.
Puis, il remonta les marches menant aux étages supérieurs, claquant la porte des sous-sols derrière lui. Bientôt, il n'y eut que les ténèbres autour d'Altaïr, la seule source de lumière venant de se refermer derrière son tuteur.
Bien qu'étant habitué à cela, Altaïr ne put empêcher l'angoisse de se frayer un chemin dans son esprit. Il haïssait être enfermé ici, dans sa petite cellule miteuse, sursautant au moindre son, de peur qu'il s'agisse de Cygnus qui descendait pour le punir une énième fois. Altaïr se recroquevilla au fond de sa cage, enroulant ses bras autour de ses jambes et fourrant son visage contre ses genoux. Son ouïe lupine analysait chaque son qui parvenait de l'étage supérieur, les pas de Cygnus qui frôlait vicieusement la porte des escaliers, les elfes qui couraient à droite et à gauche et les couinements de quelques rats qui se terraient non loin de lui.
Il avait l'impression que les murs se rapprochaient de lui, alors qu'il savait pertinemment qu'ils étaient toujours aussi éloignés de lui. La peur qu'un elfe déboule pour le soigner contre les ordres de Cygnus, comme Betty l'avait fait, le terrifiait. L'odeur du moisi et du sang lui donnait envie de vomir. Il avait envie de hurler, comme si cela allait soulager la douleur qui le traversait de part en part, mais l'angoisse que le moindre son n'attire Cygnus le muselait comme le plus parfait des baillons.
Toutes ces choses, tous les petits changements d'ambiance autour de lui, le maintenaient éveillé. Il savait déjà que pendant la semaine qui allait suivre, il ne pourrait pas fermer l'œil. Il n'y avait qu'en s'évanouissant à cause de la douleur, les blessures et la fatigue, qu'il pourrait se reposer. Altaïr le savait et c'est pour ça, qu'il haïssait cet enfer, parce que même le repos était douloureux ici.
Altaïr voulait sortir, respirer de l'air frais et pouvoir s'étirer sans craindre de rouvrir une plaie. Étrangement, il avait terriblement hâte de retourner à Durmstrang où aller dans les cachots ne signifiaient rien de plus que de brasser quelques potions.
Altaïr voulait quitter cet enfer. Il le voulait tant.
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22 août 2022
Lorsqu'Altaïr put enfin quitter son cachot, il s'empressa de se réfugier dans sa chambre, n'écoutant même pas les dernières remontrances de Cygnus. Il voulait juste se sentir en sécurité au fond de son lit, sous ses draps. Il était sale, mais pour le moment prendre une douche était la cadette de ses priorités. Altaïr voulait juste oublier l'angoisse des derniers jours et pouvoir dormir d'un sommeil profond et réparateur.
Ce ne fut qu'une fois roulé en boule sous sa couette qu'il put enfin se détendre. Cygnus ne viendrait pas le chercher ici, il ne venait jamais le chercher dans sa chambre, si ce n'est à quelques exceptions. Mais c'était suffisamment rare pour qu'Altaïr se sente en sécurité ici.
Il ne lui fallut même pas une minute pour sombrer dans les bras de Morphée.
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27 août 1989
Il avait fallu deux jours à Altaïr pour finalement quitter sa chambre. Cygnus l'avait étrangement laissé en paix pendant cette période, le laissant traînasser au fond de son lit toute la journée. Cela n'arrivait pas souvent à Altaïr, il n'aimait pas procrastiner. Mais cette fois-ci, cela lui avait fait beaucoup de bien, lui donnant l'impression que pour la première fois depuis juillet, qu'il était réellement en vacances.
Puis, au bout de deux jours, Derry était venu le chercher pour lui donner une pile de devoirs à rattraper et Altaïr faillit pleurer. Cygnus n'avait pas du tout changé, il avait simplement continué à lui donner des devoirs pendant son absence, sans se préoccuper que le garçon les récupérait ou non. Maintenant, Altaïr se retrouvait à devoir rattraper son retard.
Il retomba alors dans sa précédente routine, à un détail près. Altaïr ne travaillait plus à la bibliothèque, mais s'y rendait simplement le matin pour récupérer quelques livres avant de retourner s'enfermer dans sa chambre. Ici, il pouvait aussi bien éviter Cygnus, dont il redoutait une nouvelle colère, que de Pollux, qu'il n'avait vraiment pas envie de confronter à propos de cette histoire de contrat. Cependant, il imaginait que si Cygnus n'était pas revenu lui mettre une rouste, c'est que son père avait finalement lâché le sujet.
Altaïr fut surpris de recevoir en début d'après-midi une visite de Derry. Habituellement, les elfes avaient pour ordre de ne pas l'approcher, alors c'était plutôt surprenant de le voir ici.
« Maître Cygnus veut que le jeune Monsieur Altaïr aille faire ses courses pour Durmstrang cette après-midi. Derry emmènerait le jeune Monsieur dans quinze minutes. »
Puis Derry disparut aussi vite qu'il était apparu. Altaïr se sentit soudainement bête d'avoir complètement oublié de faire ses courses de rentrées avec les derniers évènements. Sortant finalement de sa léthargie, il attrapa rapidement ses chaussures de villes, changea son t-shirt un peu trop large pour une chemise bien cintrée et enfila l'un de ses pantalons en fil d'Accromentule hors de prix. Il était un Black après tout, alors même s'il n'aimait pas cela, Cygnus achetait toujours les plus belles pièces pour son héritier, même si elle restait assez simple.
Comme promis, Derry réapparu quinze minutes plus tard dans la chambre d'Altaïr et le fit réapparaître dans l'une des ruelles adjacentes au Chemin de Traverse. Il haïssait toujours autant la sensation du transplannage, il lui fallut quelques minutes pour se calmer et reprendre quelques couleurs. Puis Altaïr sortit sa liste de fourniture de sa poche pour commencer à planifier sa sortie.
Altaïr commeença par les corvées, soit acheter un nouvelle uniforme à sa taille, puis se rendre chez l'apothicaire. Auparavant, Altaïr aimait bien se rendre chez le vieux vendeur du Chemin, mais cela lui rappelait douloureusement sa vie auprès d'Arcturus et Walburga ou avec Remus. Aujourd'hui, il était seul à parcourir les rayons et personne n'était là pour répondre à ses nombreuses questions sur les ingrédients flottant dans des bocaux à l'air lugubre.
Une fois ses courses chez l'apoticaire achevée, Altaïr se rendit à la librairie. Il doutait que Fleury & Bott possède les livres dont il avait besoin. C'est pourquoi il n'hésita pas une seule seconde à sortir sa cape de son sac sans font et à l'enfiler par-dessus sa chemise, malgré la chaleur de cette journée d'été. Puis, il abattit la capuche sur son visage et pénétra dans l'Allée des Embrumes.
Aujourd'hui, il n'irait pas très loin dans celle-ci, il devait simplement se rendre dans une librairie vendant des bouquins controversés, mais en rien illégale. L'année précédente, Cygnus avait tout acheté par hibou, cela l'avait donc surpris d'être envoyé sur le Chemin de Traverse cette fois-ci. Cependant Altaïr n'allait pas s'en plaindre, il était rare que son tuteur le laisse quitter son manoir, il allait donc pleinement profiter de l'occasion.
Altaïr passa un long moment dans la librairie. Il avait déjà trouvé les livres dont il avait besoin pour son année scolaire, cependant il était bien déterliné à trouver quelques ouvrages supplémentaires pour ses lectures personnelles. Ce ne fut qu'une fois cinq livres ajoutés à sa petit pile qu'il jugea avoir suffisament de lecture pour le moment.
Pourtant au moment de quitter l'Allée des Embrumes, un drôle d'instinct mêlé à de la curiosité le poussa à rejoindre une petite ruelle non loin de là qu'il avait déjà visité quelques années plus tôt. Là, la même boutique à l'air vétuste se dressait. Elle avait l'air fermé, mais Altaïr tenta tout de même d'en pousser la porte et celle-ci s'ouvrit sans résistance.
Un homme vêtu de haillons se trouvait près du comptoir et ne tenant pas à se faire reconnaître dans un tel lieu, Altaïr décida de garder sa capuche à l'intérieur de la boutique. Comme la fois précédente, il se dirigea lentement vers le rayons des plantes et des potions.
Quatre ans auparavant, Altaïr avait acheté un échatillon de Dragoncelle et son antidote. Il en avait fourré le garde-manger du manoir une nuit. Mais hélas, Cygnus bien qu'ayant eu quelques symptômes, avait très bien surmonté la maladie. Visiblement, il n'était pas encore assez vieux pour que la maladie lui soit mortelle.
Altaïr n'avait pas dormi pendant des jours, même des semaines entières suite à son geste. Il avait déjà provoqué la mort de Cedrella et Ignatus Prewett, mais bien que provoquée par sa magie accidentelle, cela n'avait pas été entièremement volontaire. Alors empoisonné volontairement un homme l'avait secoué bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Cela l'avait dégoûté de lui-même, il s'était culpabilisé et haït dans un cercle infernal sans fin.
Mais cette fois-ci, il était sûr de lui. Altaïr ne voulait plus vivre un nouvel été sous les menaces de Cygnus, il refusait de subir cela encore une fois. De plus, l'arrivée de Pollux dans leur vie avait fortement fait pencher la balance en défaveur de Cygnus. Auparavant, Altaïr avait toujours eu la crainte de finir dans une famille qu'il ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam ou pire, finir par devoir vivre sous le toit de Narcissa Malefoy, née Black, en compagnie de ses odieux fils et mari. Après tout, il s'agissait de sa dernière famille en vie et non reniée des Black, il serait naturel qu'il soit placé chez elle.
Mais avec l'arrivée de Pollux, tout changeait. Altaïr ne doutait pas une seule seconde que l'homme l'adopte si Cygnus venait à mourir, il ressentait bien trop de culpabilité pour lui refuser cela. Il se sentait horrible d'ainsi profité du vieil homme, mais le jeune lycanthrope n'avait pas l'impression d'avoir d'autres choix. Altaïr se sentait acculé, plus que jamais et il avait décidé d'agir pour se sortir de cet enfer par lui-même.
Un petit teintement derrière lui retentit, ce qui le sortit brusquement de ses pensées. L'autre client avait fini de payer et venait de quitter la boutique, faisant sonner le petit carillon accroché au-dessus de la porte. Altaïr était désormais seul dans la boutique. Parfait. Il se sentait plus à l'aise ainsi pour poser des questions au vendeur mystérieux de la dernière fois. L'homme ne semblait pas être du genre à poser des questions gênantes ou bien à aller le dénoncer aux Aurors.
Mais en se rapprochant du comptoir pour discuter avec le vendeur, Altaïr fut surpris de tomber nez-à-nez avec une femme. Cette dernière ne lui porta cependant aucune attention et continua de trier une pile de parchemin entreposée sur le comptoir.
«Où est le vieil homme? Il travaillait ici.» demanda Altaïr étonné de ne pas le voir à la place de la femme.
Cette dernière semblait plus jeune que l'homme de ses souvenirs, elles semblaient dans la quarantaine alors que le sorcier devait certainement dépasser les soixante ans désormais. Cette femme était tout aussi étrange que le vieil homme puisqu'elle ne lui porta toujours aucune attention. Elle ne fit même pas mine de l'avoir entendu. Altaïr ne fit pas mine de vouloir partir, se contentant d'observer les mouvements de son interlocutrice.
«S'il vous plaît, pourriez-vous me dire s'il travaille encore ici? C'était il y a quatre ans environ la dernière fois que je l'ai vu.
Altaïr en avait même perdu sa politesse dans son empressement, c'était pourquoi il avait décidé de mieux reformuler sa question. Cependant ce n'était visiblement pas ce qui avait dérangé la sorcière comme il l'aurait pensé
Décidant que rester planté-là n'était pas le moins du monde productif, Altaïr décida de flâner entre les étagères et essayer de trouver un produit intéressant. Finalement, il se stoppa devant une petite bibliothèque. Il ne pouvait que lire le dos des livres, cependant certains semblaient être intéressant
«Y a-t-il des protections dessus?
- Non.» répondit elle après avoir fait quelques gestes de baguettes dans sa direction. Certainement les avait-elle abaissés pour lui permettre de les feuilleter.
Finalement, il fourra sous son bras trois ouvrages. L'un sur les créatures magiques utilisées en tant de guerre, un autre sur des sortilèges de déguisement et enfin un dernier sur quelques tactiques de jeux d'échecs. Altaïr ne lisait que rarement pour se détendre, étudiant constamment et sans relâche. Cela lui ferait du bien pour une fois de lire un livre ou deux qui ne lui servirait à rien dans le futur, si ce n'est connaître quelques anectodes intéressantes.
Altaïr s'approcha du comptoir et y déposa les trois ouvrages avant de redisparaître derrière une autre étagère. Cette fois-ci il observait divers crocs d'espèces magiques qui y étaient entreposées. Plus il regardait cette boutique et plus Altaïr avait l'impression qu'il s'agissait d'un fourre-tout. Comme si les propriétaires y empilaient leurs invendus d'autres boutiques ou bien ce qui traînaient chez eux.
Cependant la rareté de certains artéfacts lui faisaient penser que ces choses ne pourraient jamais être des invendus. Après tout, une collection complète de six crocs de Runespoor devrait se vendre pour des centaines de Gallions sur le marché. Cependant cette même collection n'était vendue qu'à trente Gallions ici. En réalité, tout ici était largement en dessous des prix du marché, même Remus pourrait venir y faire les boutiques alors que son compte en banque n'était pas des plus remplis.
Cependant Altaïr ne s'intéressa pas davantage à cette étagère. Il n'aimait pas réellement brasser des potions et ne le faisait que par devoir, il n'allait donc pas dépenser sa fortune dans de tels ingrédients. A la place, il se revint devant devant la première étagère qu'il avait observé en pénétrant la boutique. Voilà qui l'intéressait bien plus.
Absorbé par la lecture des étiquettes indiquant les caractéristiques de chaque potions ou souches, Altaïr n'entendit pas l'arrivée d'un sorcier derrière lui.
«Qui vas-tu empoisonner cette fois-ci?»
Altaïr sursauta, mais se retourna doucement. Il ne voulait pas montrer qu'il avait été en position de faiblesse seulement quelques instants plus tôt. Il n'avait pas réussi à être pris par surpris depuis plusieurs mois et cela lui semblait toujours aussi désagréable. C'était bien la seule chose qu'Altaïr aimait dans sa lycanthropie, ses sens surdéveloppés. Peut-être que sa force herculéenne était également pratique.
Il dévisagea quelques instants le sorcier qu'il cherchait depuis tant d'années et fut surpris par son apparence.
«Vous n'avez pas vieilli.»
C'était une constatation, l'homme n'avait pas changé depuis ces quatre dernières années. Il ne possédait aucune ride de plus ou une nouvelle mèche grisonnante. C'était comme s'il était figé dans le temps, bloqué à tout jamais dans la cinquantaine.
«Merci.» Ce n'était pas un compliment et ils le savaient tous les deux. «Alors?»
Altaïr le regarda étrangement quelques instants, ne comprenant pas le sens de cette question. Cependant il se souvint subitement de la première remarque de l'homme lorsqu'il lui avait adressé la parole. Alors comme ça, ce dernier s'était douté que l'échantillon n'était pas pour lui-même, mais pour une personne âgée. Altaïr haussa pensivement des épaules, il est vrai qu'à l'époque, il s'était intéressé très peu discrètement à cette maladie seulement lorsqu'il eut confirmé que cela pouvait provoquer la mort chez une personne âgée.
Cependant il ne sentait aucun jugement chez l'autre sorcier, juste une profonde curiosité. Peut-être qu'il ne semblait pas choqué par la nouvelle car l'odeur de ce sorcier suintait le sang. Bien plus encore que celle de sorciers comme Lucius ou Cygnus.
« Toujours la même. » s'amusa Altaïr. « Il semblerait que même s'il fait vieux pour son âge, il ne l'est pas encore assez pour mourir d'une petite maladie. »
Le vendeur l'observa étrangement cette fois-ci, comme s'il n'en revenait pas que le garçon face à lui avoue ses crimes si facilement. Altaïr s'avouait lui-même que ce n'était pas prudent du tout, mais son instinct lui soufflait que c'était sans risque. Or il en fallait beaucoup pour tromper l'instinct d'un lycanthrope, alors le garçon s'y fia sans peine.
« Est-ce que vous avez quelque chose qui le tuera assurément, le ferra souffrir comme jamais il n'a souffert et commencera à agir seulement un heure ou plus après l'ingestion. Et bien sûr, si aucun contre-poison n'existe, ça serait préférable. »
L'homme le dévisagea en silence avant de porter son attention sur l'étagère lui faisant face. Il attrapa deux fioles.
« N'as-tu pas peur de te faire prendre, à ainsi t'acharner sur le même homme ?
- Non, parce que tout le monde me suspectera, mais personne ne fera rien. » répondit sincèrement Altaïr.
De toute façon, dès qu'une mort survenait dans la famille, il en était à chaque fois accusé. Que l'on prétexte une malédiction, un accident magique ou tout autre motif, tout le monde le pensait toujours coupable. Alors Altaïr n'avait pas peur, on le suspectait toujours, mais jamais personne ne fouillait bien plus loin.
L'homme hocha de la tête avant de lui tendre l'une des deux fioles et de replacer l'autre sur l'étagère. Altaïr fit étrangement encore une fois confiance à cette homme et décida de la placer aux côtés des livres déjà présents sur le comptoir.
«Vous avez déjà rencontré quelqu'un comme moi n'est-ce pas? Et il avait aussi les yeux rouges?»
C'était la seule raison qu'Altaïr avait trouvé pour que le sorcier face le lien aussi rapidement avec sa lycanthropie et sa prise du philtre lunaire. Cependant, il ne se souvenait pas avoir lu dans un quelconque ouvrage que boire cette potion engendrait la teinte des iris. Peut-être que comme il ne s'agissait que d'un détail ou que les auteurs de ses ouvrages n'avaient pas rencontré d'autres loups-garous dans la même situation qu'eux, les auteurs n'avaient pas dû juger ce fait important.
«Oui, en Afrique du Sud il y a quelques temps déjà.
- Je croyais que le dernier descendant de Romulus sud-africain était mort il y a de cela trois siècles.» fronça des sourcils Altaïr.
Le vieil homme se figea dans son geste alors qu'il allait attraper un autre flacon. Certainement pour lui faire acheter également ce dernier. Visiblement, le sorcier n'avait pas prévu de se trahir et cela se voyait qu'il vivait majoritairement seul avec la sorcière qu'il devina être sa femme. Ensemble, il ne devaient pas avoir l'habitude de cacher cette étrange et très longue longévité.
«Vous êtes donc un immortel, cependant les trois moyen d'y parvenir que nous connaissons implique des yeux rouges n'est-ce pas?» s'amusa Altaïr en repensant à leur première discussion.
En effet, quatre ans plus tôt l'homme avait essayé de découvrir la source de ses yeux rouges. Il avait alors cité trois possibilités. La première étant qu'il était un vampire, la seconde un nécromancien. La dernière avait été la plus dur à trouver puisque les bibliothèques des Prewett, des Black et de Durmstrang n'y faisait pas mention. Il eut par hasard la réponse seulement quelques minutes plus tôt dans un livre entreposé sur l'étagère du magasin. Cette dernière possibilité était la création d'un Horcruxe. Du peu qu'il avait lu, Altaïr comprit qu'il s'agissait d'un rituel visant à placer un morceau de son âme dans un objet afin de s'assurer l'immortalité. Tant que l'objet était intact, le sorcier vivrait.
«Cependant, il y a une dernière solution, la plus évidente. Enchanté de faire votre connaissance, Mr et Mrs Flamel.»
Les deux sorciers se tendirent. Apparemment ils n'avaient pas envie que d'autres personnes découvre leurs présences en Angleterre. Altaïr pouvait comprendre cette envie, ayant vécu quelques années aux côtés de Thomas Potter allias le Survivant, il ne savait que trop bien à quel point il était ennuyant de fuir les journalistes et autres curieux.
« Ne vous en faites pas, je ne dirai rien. Vous en savez beaucoup sur moi, alors ça serait stupide de ma part. » dit-il en montrant la fiole de poison.
Finalement, Altaïr déposa une bourse pleine de Gallions sur le comptoir et quitta la boutique en fourrant ses articles dans son sac sans fond. Un sourire en coin ornait ses lèvres, cette fois-ci ce ne serait pas lui qui était perturbé et chamboulé à la sortie de la boutique.
Chapitre 18
27 août 1989 (même journée)
En sortant de la boutique des Flamel, Altaïr décida qu'il était temps pour lui de rentrer au manoir de Cygnus. Cependant il ne s'attendait pas à tomber sur le couple Lovegood et leurs deux filles en pénétrant dans le Chaudron Baveur. Lorsqu'elle l'apperçut, Venus se précipita vers lui, encore couverte d'un peu de suie qu'elle épousseta distraitement de la main.
Altaïr remarqua immédiatement le lourd collier de coquillages qui pendait autour de son cou. Cela l'amusa de remarquer que comme elle lui l'avait promit quelques jours plus tôt, elle le portait pour leur nouvelle rencontre. La coincidence était plutôt agréable et amusante.
« Joli collier.
- Merci ! » lui sourit Venus à pleines dents. « C'est celui que j'ai fait avec Luna et ma mère. »
Leur discussion ne put cependant pas s'éterniser, le père de Venus l'appelait un peu plus loin. Il prétextait devoir se dépêcher et qu'ils avaient déjà un peu de retard sur leur programme. Mais Altaïr n'était pas duppe, il avait parfaitement conscience que tout comme sa femme, Xenophilius Lovegood n'aimait pas savoir sa fille en compagnie d'un Black.
Cela le rassura étrangement. Avec la nouvelle lubie de Pollux de vouloir le marier à Venus, cela était plutôt bon signe de constater que Xenophilius n'était pas près de signer le moindre arrangement.
Venus renvoya une mine boudeuse à son père avant de finalement le rejoindre, faisant de grand geste de la main pour saluer Altaïr. Ce dernier s'autorisa à lui offrir un timide sourir en échange et celui de l'adolescente ne fut que plus resplendissant.
Une fois les Lovegood hors de la boutique, Altaïr reprit sa route vers les cheminée mises à disposition par la taverne. Cette journée l'avait mis de très bonne humeur.
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31 août 1989
Altaïr était en train de préparer ses affaires pour sa rentrée scolaire lorsque quelques coups furent portés à sa porte. Cela ne pouvait pas être Cygnus, il ne toquait pas, préférant défoncer sa porte en criant habituellement. Les elfes quant à eux poppait directement dans sa chambre s'ils avaient besoin de lui transmettre un message de leur maître. Il n'y avait donc plus qu'une seule possibilité, il s'agissait très certainement de Pollux.
« La porte est ouverte ! » autorisa Altaïr.
Sans surprise, ce fut son arrière-grand-père qui apparu de l'autre côté du chambranle de la porte. Ce dernier lui offrit un sourire chaleureux qui mit Altaïr particulièrement mal-à-l'aise. C'était étrange de voir une personne avec le même visage que Cygnus revêtir des expression aussi différentes des siennes.
Pollix s'avança dans sa chambre, observa sa collection de livres sur un pan de la chambre, puis s'avança jusqu'à son bureau pour s'asseoir. Altaïr l'observa du coin de l'œil tout en continuant d'empiler ses vêtements dans sa malle. Il était méfiant quant à la visite de son arrière-grand-père, c'était la première fois qu'il avait un visiteur dans sa chambre et cela lui semblait étrange, pas naturel.
« Je vois que tu es presque prêt pour le grand départ. Walburga s'y prenait toujours à la dernière minute. »
Altaïr se sentit d'autant plus méfiant lorsque Pollux parla de sa grand-mère. Il avait l'impression qu'il tentait de l'amadouer et de lui faire baisser sa garde. Altaïr ne répondit pas, laissant Pollux déblatérer sur ses vieux souvenirs. Il attendait patiemment qu'il en vienne aux faits.
Le lycanthrope eut le temps de temps de finir de préparer sa valise et Pollux ne se tut que lorsqu'il s'assit sur le dessus de celle-ci. Le vieux sorciers l'analysa quelques instants du regard avant de prendre une profonde inspiration.
« Est-ce que Cygnus t'a parlé ?
- Oui. »
Pollux fronça des sourcils, il s'entendait une réponse un peur plus développée et personnelle.
« Et qu'en penses-tu ? »
Altaïr prit le temps de réfléchir à la question avant de répondre.
« Je ne comprends pas l'intérêt d'une alliance avec les Lovegood. Leur situation est moins bonne que la notre et même si notre famille est loin d'avoir bonne réputation, je pense qu'il y a quand même plusieurs famille qui voudront se lier à la notre.
- Et si on n'oublie notre rang social, serais-tu heureux d'épouser la petite Venus Lovegood ? »
Altaïr prit un air confus, ne comprenant pas vraiment la question de Pollux et où il voulait en venir.
« Quel est l'intérêt d'un mariage arrangé s'il ne nous arrange pas ? »
Cette fois-ci, ce fut Pollux qui semblait perplexe. Cet enfant n'avait donc aucune idée de la façon dont il regardait Venus. C'était évident pour n'importe qui qu'il était intéressé par elle. Il était certes encore un peu jeune pour s'intéressé à l'amour, mais il ne le pensait pas aussi … innocent. Pollux soupira, cette conversation ne prenait vraiment pas le chemin qu'il avait voulu.
« Les mariages ne sont pas que faits pour gagner de l'argent ou se faire bien voir. Ils peuvent aussi se faire entre deux personnes s'appréciant et qui voudraient passer leurs vies ensemble.
- Est-ce que vous parler d'amour ?
- Oui, je parle d'amour. » sourit Pollux, satisfait de comprendre qu'Altaïr voyait enfin où il voulait en venir.
Cependant la réaction de l'adolescent fut loin de celle qu'il espérait. Ce dernier sera ses poings sur ses cuisses, comme si la discussion l'agaçait soudainement.
« Puis-je me montrer offensant ? »
Pollux fut surpris par la question. Cependant il hocha de la tête, un sourire au coin des lèvres. Altaïr était vraiment bien éduqué et poli. Au même âge, Walburga et Cygnus ne se gênait pas pour lui répondre effrontément et sans aucune retenue.
« Est-ce aussi pour l'amour que vous avez marier Walburga à son cousin et les forcer à entretenir une relation incestueuse ? Ou que vous avez enchaîné Druelle Rosier à Cygnus qui l'a séquestrée dans leur manoir pendant des dizaines d'années, faisant d'elle la risée des Lady britanniques ? Et surtout, que vous avez approuvé le mariage de ma mère avec Potter ? »
Pollux perdit rapidement son sourire. Altaïr n'avait pas la même vision que lui du mariage et surtout, il n'avait pas le même recul que lui sur la situation. Il avait conscience de ses erreurs passées et c'est pourquoi, Pollux voulait offrir mieux à son descendant. Mieux que ce qu'il avait imposé à ses enfants.
Mais pour Altaïr qui n'avait vécu qu'au milieu de mariage destructeur et toxique, cette notion n'avait pas le moindre sens. Il ne connaissait aucun Black qui avait été heureux de découvrir le nom de son futur conjoint. Altaïr avait accepté depuis longtemps son sort, de passer sa vie aux côtés d'une inconnue tout aussi résignée que lui. Alors entendre parler « d'amour », de « sentiments » ou de « bonheur » le dégoutait, parce qu'il savait que ce n'était pas pour lui. Il détestait Pollux de lui faire miroiter un futur que Cygnus ne lui offrirait jamais.
« Vous n'êtes pas un bon marieur, comme le prouve le passé. Alors arrêter de vous mêler de nos affaires, à Cygnus et moi ! »
Altaïr avait quitté sa malle sous le coup de la colère, se dressant comme un piquet devant Pollux, le regard froid. Ce dernier semblait avoir avalé un citron et déglutit difficilement. Le garçon avait raison. Pour le bien de la famille, il avait pris de nombreuses mauvaises décisions et même ses regrets ne pourraient pas changer cela. Cependant il n'abandonnerait pas, Pollux lui offrirait un meilleur futur, un futur différent de ceux de ses enfants.
« Dans ce cas, j'essayerai au moins de convaincre Cygnus de te laisser choisir ta futur femme. Tu seras ton propre marieur. »
Pollux offrit un sourire chaleureux à son arrière-petit-fils tout en se levant à son tour, prenant appuie sur le pied du lit. Il s'approcha de lui pour lui serrer affecteusement l'épaule. Altaïr qui n'était pas habitué à ce genre de contact se tendit avant de se dégager en reculant d'un pas. Pollux se détourna et ouvrit la porte de la chambre pour retourner à ses occupations. Cependant il fut arrêter par Altaïr.
« Est-ce que … » Altaïr se stoppa, comme s'il réalisait soudainement ce qu'il allait dire.
« Est-ce que quoi ? » l'encouragea Pollux.
« Est-ce que si Cygnus venait à mourir, vous demanderiez ma garde ? »
Pollux fronça des sourcils, comme s'il ne comprenait pas ce que venait faire cette question avec leur précédente discussion. Cependant pour Altaïr le lien était très clair. Cygnus ruinerait chaque opportunité de bonheur se présentant à lui, alors temps qu'il serait sous sa coupe, Altaïr n'aurait aucune chance de croire aux promesses de Pollux.
« Oui, bien sûr. »
Altaïr sembla murmurer quelque chose ressemblant à un « merci » et Pollux quitta finalement la chambre, plutôt confus. Altaïr quant à lui ouvrit le tiroir de sa table de nuit, attrapant délicatement une petite fiole qui se trouvait caché sous le faux fond de ce dernier.
Il observa quelques instants la poudre rose qui s'y trouvait, celle qu'il avait acheté quatre jours plus tôt chez les Flamel. Sa décision était prise, au prochaines vacances, il agirait.
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1er septembre 1989
Altaïr trouva diffilement une cabine vide dans le bateau l'emmenant à Durmstrang. Il était arrivé seulement une quinzaine de minutes avant le départ, bien qu'il était pressé d'enfin quitter le manoir. Depuis, il tentait vainement de mettre en pratique les sortilèges qu'il avait appris durant cet été. Cependant aucun signe d'amélioration dans sa technique ne pointait le bout de son nez, Altaïr se sentait naïf d'avoir pu penser qu'il aurait enfin le niveau pour lancer des glamours.
Ces sortilèges n'étaient appris qu'en septième année habituellement, mais il avait imaginé qu'avec son talent, ce ne serait pas aussi difficile que prévu. Exténué, il rangea sa baguette dans sa manche et s'affala sur sa banquette. Il n'avait pas sommeil, mais juste être allongé quelques minutes et fermer les yeux lui fit le plus grand bien.
Il n'avait pas croisé Pollux au manoir suite à sa dispute avec lui. Certainement que le vieil homme ne savait pas vraiment comment l'aborder. Enfin, ce n'était pas vraiment une dispute, puisque la conversation s'était terminé plutôt pacifiquement. Altaïr ne lui en voulait pas réellement de ne pas l'avoir concerté à propos de ce contrat de mariage. Dans un certain sens, il lui était reconnaissant. C'était bien la première fois de sa vie qu'il entendait parler d'un mariage arrangé basé sur de possibles sentiments des deux promis, plutôt que par des avantages financiers de leurs parents.
Non, ce qui contrariait Altaïr était bien plus enfantin. Il avait attendu dans le salon de Cygnus le matin même pendant trois longues heures, fixant pensivement la cheminée de ce dernier. Il ne savait pas vraiment à quoi il s'était attendu, mais au font de lui, Altaïr avait espéré que Pollux veuille l'accompagner jusqu'au quai du bâteau. Ou au moins jusqu'au Ministère pour qu'il puisse prendre son Portoloin internationnale jusqu'à Copenhague.
Pollux avait dit vouloir rattraper le temps avec lui, se faire pardonner pour avoir louppé chaque étape importante de sa vie, sa naissance et ses anniversaires. Cependant celui ne lui était apparemment pas venu à l'esprit qu'accompagné son arrière-petit-fils pour sa rentrée était l'une de ses étapes importantes.
Altaïr tenta veinement d'oublier sa déception, se convainquant que c'était de sa faute. Il n'en avait pas parlé avec Pollux, alors ce n'était pas de sa faute s'il était absent. Agacé par le cheminement de ses pensées, Altaïr attrapa un livre dans sa malle et tenta de se distraire avec un peu de lecture. Cela ne fonctionna qu'à moitier, ses yeux lisant les phrases mais son esprit se perdant dans ses pensées, l'obligeant à relire encore et encore les mêmes lignes.
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1er Septembre (le soir)
Altaïr quitta le réfectoire quelques minutes avant le reste de ses camarades. Il avait croisé à quelques reprises des regards plutôt insistant de la part de Lev ou de Viktor, cependant il se força à ne pas maintenir le contact. Il ne voulait pas devoir partager une nouvelle discussion douloureuse avec eux.
Altaïr se dirigea tranquillement vers le bâtiment des deuxièmes années. Là, il découvrit avec plaisir que la disposition des dortoirs étaient légèrement différentes de l'année précédente, puisqu'il y avait moins d'élèves. Il ne partagerait plus la pièce avec une quarantaine de personnes, mais juste avec dix autres élèves. De plus, son lit n'était plus collé à la fenêtre et cette fois-ci, ce dernier était juste à côté de la porte. Il remarque que c'était la même fille que l'année précédente qui occuperait le lit au dessus du sien.
Il se dépècha de ranger ses affaires dans son armoire avant de ranger sa malle sous son lit. Altaïr leva ensuite sa baguette en visant le cadre de son lit. Il se concentra quelques secondes avant de commencer à proncer une formule magique. Quelques secondes plus tard, des rideaux sombres apparurent autour de son lit, comme si celui-ci était à baledaquin. Le sortilège ne durait que dix heures et il devrait le renouveler tous les jours, mais cela n'était qu'un petit inconvénient face à sa nouvelle intimité gagnée.
Altaïr se dépècha de monter sur son lit, veillant à ce que ses rideaux obstruissent correctement la lumière ambiante. Il enfila rapidement son pyjama avant de se glisser sous ses draps. Il prendrait sa douche le lendemain matin.
Contrairement à l'année précédente, Altaïr s'autorisa à lancer quelques sorts de silence autour de lui. Auparavant cela l'angoissait puisque n'importe qui pourrait l'atteindre sans qu'il ne l'entende. Mais cette année, cela ne serait plus le cas, puisqu'Altaïr s'assura que personne à part lui puisse faire disparaître ou ouvrir ses rideaux.
Ce fut donc plus paisible que jamais qu'il s'endormit rapidement, bercé par le silence et la chaleur de ses draps.
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21 septembre 1989
Altaïr revenait d'une petite virée au village se situant à côté de l'école. Il n'avait évidemment aucun argent de poche de la part de Cygnus, cependant l'héritage de sa mère et de Walburga lui permettait de pouvoir faire du shopping de temps en temps. Altaïr n'aimait pas particuilèrement flanner dans les rues, au milieu des autres élèvres. Cependant cela lui faisait du bien de marcher quelques pas et de prendre l'air.
Il savait que bientôt, les premiers contrôles arriveraient et le temps de l'amusement et de la détente prendrait fin. Cygnus avait réitéré ses menaces et Altaïr ne doutait pas que si ses notes n'étaient pas parfaites, alors il reverrait bientôt son cachot tant honnis. Rien qu'en y pensant, Altaïr sentit l'angoisse monter en lui.
Altaïr avait l'impression que dès qu'il faisait le moindre progrès contre sa claustrophobie, qu'il faisait trois pas en arrière à cause de ses mauvais souvenirs et de ses cauchemars. Son dernier séjour dans les caves de Cygnus l'avait détruit bien plus qu'il ne l'avait pensé. Altaïr avait l'impression de se ramolir avec le temps et cela ne lui plaisait pas du tout.
Plongé dans ses pensées, il ne fit pas attention au groupe d'enfants qui arrivait en face de lui. Il en bouscula un qui trébucha quelques instants avant de se rétablir sur ses pieds.
« Désolé. » marmonna Altaïr avant de reprendre son chemin.
« Hé attends ! » cria l'autre adolescent.
Pensant qu'il allait l'embrouiller pour si peu, Altaïr se retourna, la mine agacé. Cependant il se détendit rapidement en recontrant le regard mal à l'aise de Lev Kaminski.
« Est-ce que tu veux venir avec nous ? On va boire une bierre-au-beurre au pub. »
Altaïr mit quelques secondes à répondre, laissant un silence gênant plâner entre eux. Il ne doutait pas que l'invitation de Lev était sincère. Mais d'un autre côté, Altaïr ne voulait pas réentreprendre de créer une amitié avec eux, si c'était pour la briser une nouvelle fois plus tard. Le lycanthrope ne savait pas si une nouvelle fois, il allait être distrait de ses études et il refusait de prendre le risque de remettre Cygnus en colère.
Alors Altaïr se détourna de Lev et reprit son chemin vers l'école sans même lui répondre, la gorge nouée. Il ne pouvait pas parlé, il avait trop peur d'accepter son offre s'il ouvrait la bouche maintenant. Que son cœur parle avant sa tête. Alors il ne lui répondit pas, le laissant en plan au milieu du chemin boueux.
« Pas grave, la prochaine fois alors ! » cria Lev derrière lui et Altaïr eut envi de pleurer.
Lev était vraiment une bonne personne, bien trop gentil pour qu'il mérite de le cotoyer.
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13 octobre 1989
Viktor Krum était installé sur un gros rocher près d'un des petits étangs entourant l'école. Son regard se perdait dans les clapotis de l'eau pour parfois se poser sur une grenouille ou un poisson frolant la surface.
Depuis la rentrée, lui et Lev tentaient tant bien que renouer avec Altaïr, mais cela semblait être mission impossible. Black les repoussait sans même leur accorder un regard.
Pourtant Lev et lui étaient déterminés et surtout, ils n'étaient pas près d'abandonner. Ils étaient convaincus qu'Altaïr avait ses raisons de leur avoir tourné le dos, mais que cela n'avait rien à voir avec eux personnellement. Ils voyaient ses regards sur eux pendant les repas ou lorsqu'il se croisait dans les couloirs. C'était presque comme s'il s'empêchait de les rejoindre.
Alors Lev et Viktor étaient bien déterminés à se rapprocher une nouvelle fois de lui et à comprendre les raisons de son comportement. En réalité, Viktor ne comprenait pas vraiment pour il s'obstinait autant, il n'avait pas une amitié aussi forte avec Altaïr que celle qui le liait à Lev ou à d'autres de ses camarades. Pourtant, il se sentait comme attiré par lui et Lev lui avait un jour avoué qu'il ressentait la même chose. L'Anglais avait quelque chose de fascinant, comme un casse-tête qu'on ne peut résoudre mais sur lequel on revient sans cesse se casser les dents dessus par curiosité et obstination.
C'est pourquoi Viktor se retrouvait à réfléchir depuis de longues heures à un moyen de pousser Altaïr à leur parler. Il savait pertinemment que de leur duo, c'était Lev le cerveau et lui n'était que le comique. Pourtant il voulait que cette fois-ci, son aide soit utile.
Le son de pas dans l'herbe derrière lui le fit se retourner. Il découvrit avec surpris qu'il s'agissait d'Altaïr qui marchait vers la forêt. Pourtant il allait bientôt faire nuit et Viktor savait à quel point les bois pouvaient être dangereux lorsque le soleil se couchait. Il y avait de nombreuses espèces magiques qui vivaient là et qui n'attendaient qu'un enfant perdu pour s'amuser ou le dévorer.
En Viktor n'en savait rien, mais c'est ce que les plus vieux disaient. Peut-être n'était-ce que des histoires pour leur faire peur, mais le jeune Bulgare ne tenait pas à s'en assurer. Il préférait, comme tout le monde, rester loin de la forêt lugubre.
Hésitant à partir à la poursuite d'Altaïr, le garçon décida finalement de détaller en direction de son dortoir afin de demander conseil à Lev sur la bonne voix à suivre. Complètement essouflé par sa course, Viktor attrapa son ami par le bras, le tirant de ses devoirs et sans faire attention à ses protestations, l'entraîna dans la direction approximative qu'Altaïr avait prise.
Ce ne fut qu'une fois à l'aurée du bois que Viktor lâcha son ami, prenant appuie sur ses genoux tout en essayant de reprendre son souffle.
« Mais bordel, qu'est-ce que c'est que ça ? » s'énerva Lev.
« J'ai vu Altaïr aller dans la forêt. » réussit à marmonner Viktor entre deux inspirations sacadées. « Je ne savais pas si je devais le suivre ou pas. Est-ce que tu penses qu'il est en danger ? »
Lev sembla réfléchir sérieusement à la question. Son regard inquiet se posa sur les derniers rayons de soleil qui disparaissaient au loin. Il comprenait les inquiétudes de son ami, la forêt n'avait rien de rassurant une fois la nuit tombée.
« On devrait prévenir un professeur, le couvre-feu ne va pas tarder.
- Mais s'il ne risque rien, alors Altaïr va nous en vouloir de lui attirer des problèmes. Il n'a pas le droit d'entrer dans la forêt. » protesta Viktor.
« Tu n'as pas tort. »
Lev soupira profondément. Il n'avait pas du tout envie de pénétrer dans la forêt, cependant il était inquiet pour Altaïr. Il avait peur de découvrir le lendemain que l'Anglais avait été blessé alors qu'ils n'étaient pas allés l'aider.
« Il n'avait vraiment pas l'air bien, c'était comme s'il était sur le point de tomber dans les pommes. » souffla finalement Viktor en se remémorant la mine cadavérique de son ami et ses cernes plus profondes que jamais.
« Ok, alors on y va ! »
Lev et Viktor prirent une profonde inspiration, se tournèrent vers les bois et avancèrent de quelques pas, essayant de trouver des traces de pas. Heureusement, Viktar avait plutôt bien repéré la direction qu'Altaïr avait prise et la terre humide et meuble de la forêt leur permirent rapidement de retrouver sa trace.
Il ne leur fallut que quelques minutes pour arriver à une petite clairière où la pleine lune éclairait doucement les environs. C'est alors que Viktor repéra un objet brillant à quelques pas d'eux. Ils s'en approchèrent et découvrir avec surprise qu'il s'agissait de la montrer d'Altaïr, posée sur ses vêtements au côté de sa baguette.
« Punaise mais c'est quoi ce délire ? Il fait un rituel satanique ou quoi ? » s'exclama Viktor, complètement perdu.
Mais avant même que les deux garçons puissent débattre de la signification de cette drôle de découverte, un hurlement résonna au loin. Enfin bien moins loin qu'ils ne l'auraient aimé.
« Je croyais que c'était une blague quand les grands ont dit qu'il y a des loups-garous dans la forêt. » pâlit brusquement Viktor. « Tu penses qu'il s'est fait mangé par un loup ? »
Lev ne lui répondit pas immédiatement. Contrairement à son ami, il avait assemblé toutes les pièces du puzzle et venait de réaliser la situation. Tout prenait sens, les nombreuses escapades hors des dortoirs d'Altaïr, ses changements d'humeur tous les mois et surtout, le fait qu'il est enlevé ses vêtements en plein milieu de la forêt.
« Idiot, c'est lui le loup-garou. » paniqua Lev. « Vite, on se barre ! »
Viktor obéit dans la seconde et les deux étudiants détalèrent comme des lapins en direction de l'école, suivant maladroitement le chemin qu'ils avaient pris à l'allée. Ils trébuchèrent à quelques reprises, Lev tomba même mais ils n'y firent pas attention. Ils devaient quitter la forêt le plus rapidement possible. Le soleil venait à peine de se coucher, alors le loup n'avait pas dû s'éloigner très loin de ses affaires.
Comme s'il suffisait d'y penser pour l'attirer, un grognement résonna derrière eux. Viktor laissa un cuinement très peu digne lui échapper, mais Lev n'était pas d'humeur à se moquer, étant lui-même sur le point de fondre en larmes. Et soudain le loup bondit devant eux, salivant et grognant.
Lev croisa avec terreur le regard carmin de la bête. Il réalisa alors que quelques mois plus tôt, lorsqu'Altaïr avait des lueurs rougeoyantes dans son regard après s'être battu, c'était que sa magie lupine lui avait échappé. Se fustigeant de penser à cela maintenant, Lev se reconcentra bien vite sur la situation actuelle. Son regard n'avait pas quitter celui du loup qui se rapprochait à petit pas d'eux.
Le loup eut ensuite un comportement étrange, se détournant d'eux, avant de grogner. Sa tête se balançait de droite à gauche, comme s'il essayait de se convaincre lui même de ne pas les attaquer. Comme si quelqu'un à l'intérieur de sa tête, essayait de le raisonner.
« Altaïr ? » osa demander Lev après une longue hésitation.
En réponse, le loup gémit fortement, plaquant une patte sur son museau, écorchant sa chair. Puis il se redressa, ses poils hérissés s'adoucir et ses oreilles, alors menaçante, se redressèrent. Le loup se tourna une nouvelle fois vers eux et les deux enfants déglutirent. Ce dernier se rapprocha doucement d'eux, mais sa démarche n'était étrangement plus aggrésive, mais simplement calme.
Le loup-garou passa derrière eux et poussa d'un coup de patte Viktor en avant. D'abbord effrayé à l'idée de se faire dépeusser par le dos, ne sachanat même pas si c'était possible, le garçon se tendit comme un piquet en fermer les yeux, anticipant avec peur. Cependant un nouveau coup de patte lui fit comprendre que le loup ne voulant pas le blesser, mais le poussait avec le dos de sa patte.
Alors Viktor avança de quelques pas aux côtés de Lev, le loup les suivant quelques mètres derrière eux. Ce ne fut qu'une fois l'aurée des bois atteinte que le loup se stoppa. Lev se tourna alors vers lui et fut surpris de constater que le regard de la bête smeblait affreusement humain à cet instant.
« Merci Altaïr. » murmura Lev.
Le loup hocha sèchement de la tête avant de redisparaître dans la noirceur de la forêt. Lev en était certain. Altaïr avait réussi à remplacer le loup par il ne saaiat quelle magie. C'était incroyable.
Toujours sous le choc des derniers évènements, les deux Bulgares rejoignitrent machinalement leurs dortoirs. Se changèrent et s'llongèrent dans leurs lits sans même avoir réellement conscience de ce qu'ils faisaient. Ils venaient d'échapper à une mort certaine, avait assister à une guerre mentale entre un humain et son loup-garou et s'était fait raccompagner par ce dernier pour leur sécurité. Cette nuit-là, ni Lev et ni Viktor ne trouvèrent le sommeil.
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14 octobre 1989
Le lendemain matin, les deux Bulgares n'eurent pas besoin d'échanger la moindre parole pour comprendre qu'aucun d'eux n'avait réussi à dormir. Leurs cernes et leurs mines fatiguées parlaient d'elles-mêmes.
La journée se passa tranquillement, comme si la veille n'avait été qu'un rêve. Leurs camarades chahutaient autour d'eux, les classes se passèrent calmement, le repas était tout aussi bon qu'à l'accoutumée et personne ne leur demanda pourquoi ils étaient rentrés aussi tard la veille. Oui, si Lev n'avait pas vu Viktor et si Viktor n'avait pas vu Lev, alors ils auraient pu croire à un simple rêve… ou plutôt à un cauchemar.
Cette année, Lev n'était plus dans la même classe qu'Altaïr, ses notes aux examens finaux l'année passée n'avaient pas été assez bons. Au déjeuner non plus, les deux amis ne le virent pas. De même au dîner. C'était comme si Altaïr avait disparu de l'école. Mais Lev n'était pas duppe, il avait parfaitement conscience que cela ne signifiait qu'une chose, leur ami les évitait.
Ils avaient cherché partout, le dortoit d'Altaïr, la salle commune, les salles de bains, la bibliothèque, près des étangs, l'infirmerie, dans une salle de cours abandonnée. Mais aucune trace d'Altaïr, il savait définitivement bien se cacher. Au final, il ne restait plus qu'un seul endroit où se rendre, la salle de cours de Georgiev.
L'homme était à nouveau le professeur de potion d'Altaïr, bien que n'étant plus son professeur principal. Cependant Lev savait que l'Anglais passait beaucoup de temps dans sa salle de classe pour essayer d'améliorer ses capacités en potions. Lev trouvait cela futile, tout le monde avait une matière faible et ne comprenait pas l'entêtement de son ami à vouloir absolument réussir dans celle-ci. Mais il n'était pas prêt de lui le dire en face.
Viktor et lui toquèrent à la porte du potionniste et ne fut pas surpris de ne recevoir aucune réponse. Il était déjà 20h et la plupart des résidents de Durmstrang étaient encore au réfectoire. Tous sauf eux et Altaïr, visiblement.
Résignés, les deux amis se décidèrent à retourner au refectoire, espérant qu'Altaïr s'y soit rendu après leur départ. Ce fut avec surprise qu'ils tombèrent nez-à-nez avec lui alors qu'ils remontaient les escaliers vers le rez-de-chaussée. Cependant, bien qu'ils soient juste en face de lui, Altaïr ne semblait pas les voir.
Ils se repprochèrent doucement de lui et réalisèrent alors qu'Altaïr fixait le vide devant lui, marmonnant sans fin quelques mots intelligibles. Lev tenta de lui secouer l'épaule pour attirer son attention, mais le lycanthrope se dégagea brusquement de sa prise, chutant presque dans les escaliers.
« Pas les cachots ! Pas les cachots ! » s'exclama Altaïr avant de continuer à marmoner ses mots entre ses lèvres pincées, encore et encore.
Lev échangea un regard avec Viktor, visiblement son ami pensait comme lui, Altaïr était en pleine crise de panique. Ne sachant pas vraiment quoi faire, Lev espéra quelques instants que Viktor ait une idée. Cependant ce dernier lui renvoya son air perdu, ne l'aidant pas du tout.
« Altaïr, est-ce que tu m'entends ? » Aucune réponse. « C'est Lev et Viktor, tu nous reconnais ? » Toujours aucune réponse. « On va remonter, on va allé prendre l'air, tu viens avec nous ? »
Altaïr sembla l'entendre cette fois-ci, hochant de la tête, mais ne quittant pas du regard les escaliers descendant vers les sous-sols du château. Viktor tenta une nouvelle fois un contact physique, mais cette fois-ci bien plus doucement que Lev quelques instants plus tôt. Il glissa délicatement ses doigts dans la paume d'Altaïr, se frayant un chemin à travers ses poings crispés.
Altaïr le laissa faire, comme s'il ne sentait pas le toucher de Viktor sur lui. Doucement, Viktor le tira pour le détourner des sous-sols et l'entraîner vers les étages supérieurs. Altaïr le suivit quelque pas avant de brusquement retirer sa prise de sa main. Il semblait voir repris ses esprits et les fixaient maintenant avec incompréhension, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer.
« On t'a croisé avec Lev en revenant des salles de potions, tu semblais faire une crise de panique. Ou quelque chose dans ce genre. » expliqua Viktor.
« Je sais, je me souviens. »
Viktor ne sembla pas savoir quoi dire maintenant qu'il était en face de lui. Ils l'avaient cherché toute la journée pour lui parler et maintenant qu'ils le pouvaient, aucun d'eux ne le faisaient. Finalement, ce fut Altaïr qui prit les devants et repris sa marche.
« Je vais à la bibliothèque, vous venez avec moi ?
- Bien sûr ! » s'exclama Viktor, lui emboîtant déjà le pas.
Ils traversèrent les couloirs en silence, Altaïr à cause de son mutisme habitel et les deux autres par peur de faire une gaffe et de se le mettre à dos. Ce ne fut qu'une fois assis à une table et qu'Altaïr eut sorti ses affaires que Lev osa briser le silence.
« Est-ce que tu … enfin est-ce que … »
Visiblement il ne savait pas comment aborder le sujet et le ricannement moqueur de Viktor ne l'aidait en rien.
« Est-ce que je suis un loup-garou ? » Lev hocha de la tête. « Oui.
- Depuis quand ?
- Depuis mes cinq ans.
- Comment est-ce que c'est arrivé ?
- A ton avis ? J'ai été mordu. »
Visiblement, Altaïr ne voulait pas aborder le sujet de sa transformation. Lev pouvait le comprendre, ça ne devait pas être un bon souvenir. Un nouveau silence s'installa, Altaïr ne leur portant pas la moindre attention, prenant des notes tout en lisant un livre quelconque. Cela lui rappelait amèrement une conversation qu'ils avaient eu l'année passée, une conversation qui avait signé la fin de leur amitié. Lev espérait que cette fois-ci, ce serait pour un débuter une nouvelle.
« Est-ce que tu veux parler de tout à l'heure, dans les escaliers ? »
Altaïr marqua une pause dans sa prise de notes, semblant analyser la question. Puis, il reprit son activité.
« Je suis claustrophobe et j'ai la phobie des endroits sombres. »
Les deux Bulgares comprenaient pourquoi est-ce que leur ami avait eu une crise de panique alors que cette fois-ci, il n'était pas sur un balai.
« Ça t'arrives souvent ? Enfin, je veux dire qu'on a toujours potions dans les cachots, alors est-ce que tu as souvent des crises en y allant ?
- Une fois sur trois, je pense. »
Viktor hoqueta d'horreur. Il n'avait pas imaginé que cela puisse arriver si souvent. Ça expliquait pourquoi Altaïr allait toujours en avance en cours, s'il devait à chaque fois surmonter cette épreuve. Surtout qu'il ne devait pas vouloir croiser quelqu'un à ce moment-là, l'obligeant à toujours s'y prendre à l'avance. Cela devait être un enfer, surtout que Lev n'était plus dans sa classe pour l'accompagner et certainement le détendre. Après tout, ce n'était jamais arrivé lorsqu'ils étaient ensemble.
« Pourquoi est-ce que tu as peur des sous-sols ? »
Viktor se prit un coup de pied de la part de Lev, il était beaucoup trop insistant et intrusif. Il allait encore faire fuir Altaïr avec son interrogatoire. Ils n'étaient pas là pour ça. Le lycanthrope quant à lui cessa d'écrire sur son parchemin pour clouer du regard Krum. Cela mit le Bulgare particulièrement mal-à-l'aise, mais le laissa l'analyser pendant de longues et lourdes secondes.
« Avant d'arriver à Durmstrang, je passais les pleines lunes dans un cachot. Les loups-garous détestent être enfermés et finissent généralement par se blesser, soit en se griffant eux-même, soit en tentant de s'enfuir par tous les moyens. Les blessures, après la transformation, ne disparaissent pas. »
Viktor déglutit sous le poids du regard de l'Anglais. Il semblait comme hanté par ses souvenirs et pourtant, il avait l'impression que ce n'était pas là toute la vérité. Cependant il ne se montrerait pas plus curieux, Viktor comprenait qu'il venait d'atteindre les limites d'Altaïr et ne pousserait pas plus.
« C'est pour ça que t'as un pansement ? »
Altaïr hocha de la tête en passant distraitement une main sur son visage. La veille, son loup avait griffé son museau et désormais, une légère entaille barrait l'arrête de son nez et s'étendait jusqu'à sa pommette gauche.
« Est-ce qu'elle va disparaître ?
- Non, c'est une blessure magique. » Altaïr haussa des épaules, indifférents.
« Tu n'es pas triste ? »
Altaïr nia de la tête, l'air pensif.
« Je connais un lycanthrope qui s'est défiguré pendant une pleine lune. Alors je suis plutôt chanceux de n'avoir que cette petite égratinure. »
En repensant à Remus et son virage barré par de profondes cicatrices, Altaïr eut un pincement au cœur. S'il avait lui aussi eut accès au filtre lunaire dans son enfance, alors peut-être que son loup n'aurait pas essayé de se blesser ainsi. Altaïr n'aimait pas vivre dans le passé et dans des « et si », mais lorsque cela concernait sa famille, il ne pouvait s'en empêcher.
Altaïr sortit finalement de ses pensées et se reconcentra sur ses camarades. Ces derniers étaient tout aussi pensifs que lui, certainement essayaient-ils d'assimiler les dernières nouvelles. Lev fronça des sourcils et se frotta le menton d'un air frustré, comme s'il ne comprenait pas quelque chose.
« Qu'y a-t-il Lev ? »
En entendant son prénom, ce dernier sortit soudainement de ses pensées. Il donna toute son attention à Altaïr et ouvrit la bouche avant de la refermer. C'était comme s'il n'osait pas poser sa question à voix haute.
« Vas-y, pose ta question.
- Hier, tu as contrôlé le loup. C'était comme si tu avais pris sa place.
- Est-ce que vous connaissez le filtre lunaire ? » Les deux Bulgare firent signe que non. « Tous les lycanthropes connaissent ce filtre. Il y a pas mal de conditions à réunir pour pouvoir le prendre et il se trouve que par hasard, je les ai réunis. Cygnus m'a fait boire ce filtre. Il apaise en quelque sorte le loup, le rend plus docile, il obéit à quelques ordres et je ressens moins les effets de la pleine lune. C'était la condition pour que je puisse être scolarisé, ne plus être un danger pour les autres. Ou tout du moins, moins qu'avant. Et bien que ce n'est pas impossible, c'est assez rare de réussir à complètement remplacer le loup pendant une pleine lune. »
Lev et Altaïr continuèrent de parler un moment des effets du filtre et autres, Viktor quant à lui s'ennuya bien vite de leur discussion. A la place, il sortit lui aussi ses devoirs et les entama. Quelques minutes plus tard, Lev le copia et Altaïr retourna à ses livres et parchemins illisibles.
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Altaïr se souvenait maintenant pourquoi est-ce qu'il s'était refusé à reprendre son amitié avec Lev et Viktor pendant si longtemps. Les deux Bulgares étaient définitivement hyperactif, s'ennuyant d'un rien et constament en train de jouer ou de parler. Ils étaient bruyants et le distrayaient sans cesse de ses études parce qu'Altaïr, lui-aussi, préférait faire une partie de bataille explosive que d'étudier un quelconque théorème d'arithmancie.
Altaïr n'était qu'un adolescent et cotoyer ses deux amis lui le rappelait continuellement. Au final, il se retrouvait à grignoter de plus en plus de temps sur ses heures de sommeil afin de pouvoir travailler correctement une fois les deux autres au lit. Il savait qu'il ne pourrait pas continuer ainsi longtemps et pourtant, Altaïr repoussait de plus en plus ses limites. Il voulait juste profiter un peu plus de la joie de vivre communicative des deux Bulgares.
Chapitre 19
22 octobre 1989
Altaïr observait du coin de l'œil un groupe d'adolescents chuchoter en regardant dans sa direction. Bien qu'étant alors avec Lev, il était persuadé que c'était bien lui qu'on fixait. Il reconnut facilement Ivan Melnik, mais il ne semblait pas être au centre du groupe, pour une fois. Habituellement, tous ses amis tournaient autour de lui, certainement à cause de la fortune de sa famille ou du statut de sa famille.
Non, cette fois-ci il semblait être le plus jeune du groupe et tout le monde semblait boire les paroles du plus grand. Altaïr ne le connaissait pas, mais cela ne le surprit pas vraiment. Il ne connaissait pas grand monde dans cette école, cela ne l'intéressait pas vraiment. De toute façon, il ne reverrait certainement jamais la quasi-totalité des élèves à sa sortie de Durmstrang.
« Lev, tu sais qui c'est ? » demanda-t-il en désignant d'un geste du menton le chef du groupe.
« Ouai, c'est un gros con. C'est un Russe, il s'appelle Mikhaïl Romanov, sa famille est au pouvoir de la Russie sorcière, bien que la branche Moldue a été assassinée en 1918. Ils ont perdu pas mal d'influence à ce moment-là, mais depuis une vingtaine d'années, son père a repris le contrôle total du pays. Si j'étais toi, je resterais loin de lui. »
Altaïr hocha de la tête. Son regard croisa celui de Romanov et un long frisson parcourut son dos. Il était dangereux, son loup s'agitait en lui et cela n'était pas bon signe. Il ne savait pas vraiment ce que cet étudiant voulait, mais Altaïr tenterait de suivre le conseil de Lev. Il ne voulait pas de problème.
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27 octobre 1989
En repensant à sa résolution, Altaïr eut envie de rire. Il ne lui avait même pas fallu une semaine pour s'attirer des problèmes. Mais pourquoi est-ce que personne ne lui avait dit que Ivan Melnik était un cousin de Mikhaïl avant qu'il ne le passe à tabac. Altaïr avait vraiment été trop impulsif et le regrettait amèrement désormais.
Il avait été poussé à l'écart par Romanov et son groupe alors qu'il quittait la bibliothèque quelques minutes seulement avant le couvre-feu. Bien conscient qu'il ne serait pas prudent d'énerver quelqu'un d'aussi influent, Altaïr s'était laissé pousser dans une salle de classe désaffectée sans broncher. Ce n'était pas très rassurant comme situation, mais il ne pensait pas non plus que sa vie était en danger.
« Alors c'est toi, Altaïr Black ? »
Altaïr hocha de la tête, zieutant les environs. Sa claustrophobie lui disait de fuir loin de cette salle crasseuse et sombre, mais sa conscience lui assurait que c'était la pire idée qu'il puisse avoir. Altaïr reporta finalement son regard sur Romanov qui ne semblait pas heureux de se faire ignorer ainsi.
« On m'a dit que tu as blessé mon cousin. Tu as conscience que je ne peux pas laisser la situation comme ça, ce serait mauvais pour la réputation de ma famille. »
Une nouvelle fois, Altaïr se contenta d'hocher de la tête, bien que cela l'arrangerait bien d'au contraire, laisser la situation comme elle était. Il n'arrivait pas à croire que ce petit con de Melnik continuait à lui attirer des ennuis sans même à avoir à être présent dans la pièce.
« Connais-tu les relations homosexuelles, Black ? »
Altaïr pâlit brusquement. Il fallait être stupide pour ne pas comprendre la menace. Le sourire mesquin de l'adolescent face à lui n'en était qu'une preuve supplémentaire. Complètement crispé, Altaïr ne se tendit que d'avantage lorsque Romanov éclata de rire. Ce taré s'amusait comme lui s'était amusé avec Melnik, ce n'était qu'un retour de bâton.
« Ta tête est incroyable. T'inquiètes, je ne parlais pas de toi, tu n'est pas assez attirant. Mais j'ai quelques amis qui trouve le gamin qui traîne avec toi très mignon. Le petit aux cheveux noirs et à la bouille d'ange. C'est quoi son nom déjà ? » demanda-t-il en riant à la personne à sa droite.
« Lev Kaminski.
- Oui c'est ça, Lev ! » s'exclama-t-il d'un ton théâtral.
« Qu'attends-tu de moi ? »
Altaïr s'attendait au pire. Cependant il fut surpris lorsque Romanov lui tendit une pile de parchemin et un manuel scolaire.
« Fais ma dissertation, je dois la rendre demain à huit heures. On m'a dit que t'étais doué en classe. »
Altaïr attrapa ce qu'on lui tendait et fut surpris de voir Mikhaïl et sa bande quitter la pièce. C'était tout ? Toute cette mise en scène pour au final simplement lui demander de faire ses devoirs ? Altaïr ne comprenait pas où il voulait en venir.
Il regarda rapidement sa montre. Le couvre-feu aurait lieu dans deux minutes, heure à laquelle la bibliothèque. Bien que courir dans les couloirs étaient interdits, Altaïr ne se gêna pas pour le faire et retourner en vitesse à la bibliothèque. Sur le chemin, il lut l'intitulé du devoir, il s'agissait visiblement de métamorphose.
Passant la majorité de son temps ici, il ne lui fallut qu'une demi-minute pour trouver la bonne allée. Il entendait à quelques mètres de lui la bibliothécaire ranger ses affaires et remettre à leur place les quelques livres que les élèves avaient laissé traîner sur les tables.
« Mr Black, la bibliothèque va fermer.
- Juste deux minutes, s'il vous plaît. J'ai oublié de prendre un livre ou deux. »
La bibliothécaire soupira mais obtempéra. Elle alla l'attendre à son bureau afin d'inscrire son emprunt dans son registre. Altaïr récupéra rapidement quatre ouvrages qui semblaient parler des sortilèges de transfert. En remarquant le thème de ses emprunts, la bibliothécaire sembla plutôt perplexe. Ce n'était clairement pas du niveau d'Altaïr, mais elle ne fit aucune remarque. Le garçon étudiait souvent des sujets complexes pour son âge, ce n'était peut-être qu'une nouvelle lubie de sa part.
« Merci Mrs Yudina. Bonne soirée.
- Bonne soirée à vous aussi, Mr Black. Et ne courez pas dans les couloirs. » lui conseilla-t-elle, sachant parfaitement qu'il ne l'écouterait pas.
Ce garçon intriguait bon nombre de ses professeurs, il était rare d'avoir un élève aussi talentueux et rigoureux ne venant pas d'une lignée royale. A Durmstrang, Altaïr était l'équivalent d'un Né-Moldu à Poudlard, personne ne connaissait sa famille ou son nom, il était un anonyme. Alors le voir en tête de promotion avait de quoi surprendre.
Une fois dans son dortoir, Altaïr s'enferma derrière les rideaux de son lit qu'il invoqua rapidement. Puis il tira de son sac les livres qu'il venait d'emprunter, le manuel scolaire de Romanov et ses notes de cours. Altaïr étant deux ans plus jeune que Mikhaïl, il lui fut compliqué de comprendre la théorie des sortilèges de transfert. C'était bien plus complexe que de révélation ou de réapparition qu'il étudiait actuellement en cours.
Altaïr finit par faire une nuit blanche et ne quitta son lit qu'à 7h40. Il ne s'était pas changé la veille et n'avait plus le temps de le faire maintenant. Ce n'était pas grave, il avait une heure de trou entre 10h et 11h, il prendrait sa douche à ce moment-là. Il rassembla rapidement ses affaires et fourra le tout dans son sac en plus d'attraper au passage son manuel de botanique, cours qu'il aurait ce matin en première heure.
Il lui fallut une dizaine de minutes pour rejoindre la salle de classe de Romanov qui se trouvait à l'opposée des dortoirs des deuxièmes années. Une fois sur place, Mikhaïl le repéra rapidement et l'entraîna un peu à part de son groupe d'amis. Altaïr lui tendit ses cours, son manuel et sa dissertation de cinquante centimètres.
« Punaise, t'as même imité mon écriture. Alors t'es vraiment un génie. » se moqua-t-il.
Altaïr remarqua cependant qu'il semblait légèrement déçu. C'est alors qu'il comprit le sens de toute cette mascarade. Romanov n'avait pas confié son devoir à un cadet sans arrières pensées. Bien au contraire, il avait espéré que Black se plante pour pouvoir le voir perdre toute sa confiance. Peut-être même le voir supplier à genoux de ne pas toucher à son ami ou de lui donner une chance de se rattraper. Altaïr en était maintenant certain, Romanov avait voulu l'humilier.
« Tiens, c'est à faire pour la semaine prochaine. »
Altaïr attrapa les trois petits parchemins que lui tendait le Russe, il remarqua alors qu'il s'agissait de trois nouveaux sujets de dissertation. Cependant, il n'y avait cette fois-ci pas de cours ou de manuel pour l'aider. Il allait devoir faire le travail de recherche tout seul, ça n'allait pas être simple.
Préférant ne pas tenter le diable, Altaïr rangea les papiers dans son sac et déguerpit en direction des serres. Il n'avait plus que cinq minutes pour s'y rendre.
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31 octobre 1989
Altaïr prenait son petit-déjeuner dans le réfectoire en compagnie de ses deux amis lorsque les hiboux chargés de distribuer le courrier aux élèves pénétrèrent dans la salle. Altaïr ne recevait jamais de courrier, alors cela le surprit beaucoup de voir une chouette noire se poser devant lui. Personne ne lui envoyait de courrier et les rares fois où cela avait été le cas, il s'agissait de lettres menaçantes de Cygnus, voire même ensorcelées parfois.
Cependant Altaïr ne pensait pas avoir fait de bêtise récemment pouvant justifier une prise de contact de la part de son tuteur, d'autant plus qu'il ne s'agissait pas de son hibou. Méfiant, Altaïr attrapa le petit colis et la lettre qui pendaient à la patte de la bestiole. Il ouvrit le colis en premier, baguette à la main.
Lev et Viktor se penchèrent par-dessus la table pour apercevoir le contenu de ce dernier en même temps que lui. Ils furent plutôt surpris de découvrir une montre certie de petits diamants et valant certainement une fortune. Les yeux des deux Bulgares brillèrent de mille feux en la voyant, visiblement ils la trouvaient vraiment belle.
Confus sur l'identité de ce généreux correspondant, Altaïr ouvrit la lettre qui accompagnait le colis.
« Cher Altaïr,
Je te souhaite un bon anniversaire et de bien profiter de cette journée pour t'amuser.
En espérant que mon cadeau te plaise,
Pollux. »
Altaïr n'apprécia pas vraiment l'attention de Pollux et ses amis comprirent que ce cadeau n'était pas une bonne nouvelle lorsqu'il brûla la lettre. Visiblement, Pollux avait remarqué pendant l'été que la montre qu'il portait à son poignet était vieille et usée. Certes, elle était désormais en la possession de Thomas Potter, mais ça n'en restait pas moins déplacé.
Altaïr l'avait trouvé en visitant le coffre des Black avec Walburga quelques années plus tôt. Ils y étaient allés pour récupérer une quelconque broutille dont Walburga avait besoin, Altaïr ne se souvenait plus vraiment. Il avait trouvé la montre dans un petit coffret et l'avait immédiatement trouvé très joli, même si son cadran avait une rayure. Il avait montré sa trouvaille à sa grand-mère et cette dernière lui avait expliqué qu'il s'agissait d'une des montres qu'Orion, son ancien mari, portait durant sa vingtaine.
La montre était bien évidemment trop grande pour le garçon, mais celui-ci était si têtu que Walburga avait cédé. Elle était même allée à la bijouterie pour ajouter quelques trous au bracelet en cuire du bijou. Altaïr avait montré avec fierté sa montre au portrait d'Orion dès leur rentrée au Square Grimmaurd. Bien qu'il n'eût jamais connu son grand-père de son vivant, Altaïr s'entendait bien avec son tableau et tenait à cette montre que Walburga lui avait offert.
Altaïr comprenait que Pollux voulait créer des liens avec lui, cependant il ne s'y prenait vraiment pas de la bonne façon. Au lieu de paraître comme un gentil papy qui veut offrir une meilleure montre à son arrière-petit-fils, Altaïr avait bien plus l'impression de se faire insulter. Comme si Pollux lui criait à la figure que ce vieux bijou n'avait pas sa place au poignet de son descendant, que l'héritier des Black ne devait qu'avoir le meilleur et pas une montre abîmée.
Il l'attrapa et serra son poing autour, dans l'espoir de la briser. L'argent brûla contre sa peau, visiblement Cygnus n'avait pas prévenu son père pour sa lycanthropie. Pourtant, pas même une petite fissure ou égratignure n'apparut sur le bijou, Pollux avait été précautionneux et avait bardé la montre de sortilèges de protection. Altaïr la reposa alors dans son étuis et la tendit à Lev.
« Tu la veux ? » demanda Altaïr.
Kaminski aimait beaucoup les jolies choses et passait son temps à dépenser son argent des achats par correspondance à cause de magazines de mode. Viktor quant à lui était un vrai rustre, il n'aimait que le sport et mater les filles de son dortoir. Il ne prendrait donc pas mal de ne pas recevoir cette montre, surtout qu'il en avait déjà une.
« T'es sûr, elle a l'air de coûter cher ? »
Altaïr hocha simplement de la tête et montra la brûlure dans sa main, qu'il commença à soigner avec un baume qu'il gardait toujours dans son sac. Comprenant que son ami ne pourrait jamais porter le bijou, Lev se jeta presque sur la boîte faite de velours et de bois joliment travaillé. Il allait pouvoir ajouter une nouvelle montre à sa collection dont il était si fier. Altaïr soupira, si jeune et pourtant déjà si matérialiste, ça lui faisait presque pitié. Bien qu'il aime en rire avec Viktor dans le dos de Lev, ou même parfois devant lui, comme à cet instant.
« Ça vient de qui ? C'est un beau cadeau, surtout que ta montre est vieille.
- Mon arrière-grand-père, il est de retour au pays. »
Lev quitta du regard son nouveau bijou pour porter toute son attention sur la conversation de ses deux amis. Altaïr ne parlait pas souvent de lui ou de sa famille, il ne voulait donc pas en louper une seule miette.
« Il était en voyage ? » demanda Viktor.
« Pas vraiment, il est parti bien avant ma naissance en Amérique du Sud, Colombie ou Equateur, je ne sais plus trop.
- Et pourquoi ce cadeau ? C'est ton anniversaire ?
- Nan, il essaye juste de racheter ses années d'absence et faisant ce genre de truc. »
Altaïr avait pris l'habitude de ne pas fêter son anniversaire et cela ne le dérangeait pas. Chez les Potter, c'était une journée de deuil. Walburga et Arcturus n'avaient pas vécu assez longtemps pour le fêter avec lui et bien qu'Ignatus et Credrella avaient fait un gâteau pour lui, Altaïr était alors encore trop endeuillé pour réellement profiter de la journée ou de ses cadeaux. Cygnus n'était pas le genre de personne à vouloir lui organiser une fête et Altaïr ne s'en plaignait pas. Il n'aimait pas les fêtes ou être le centre de l'attention, alors il n'en avait jamais parlé avec Viktor ou Lev.
Comprenant que leur ami ne voulait pas s'étendre sur le sujet, les Bulgares ne poussèrent pas plus loin la discussion. Lev retourna à la contemplation de sa montre et Viktor reprit sa discussion avec Altaïr qui avait été interrompu par l'arrivée de la chouette. Dans les faits, il s'agissait bien plus d'un monologue sur le dernier match de l'équipe nationale de Quidditch de son pays contre celle de la Roumanie. Altaïr ne faisait que hôcher de la tête de temps en temps tout en tartinant ses toasts.
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10 novembre 1989
« Tu ne trouves pas qu'Altaïr est bizarre en ce moment ? »
Lev quitta du regard le plateau d'échecs pour donner toute son attention à Viktor. Remarquant que ce dernier ne le regardait pas, mais fixait quelque chose derrière lui, il se retourna. Altaïr était entouré de plusieurs livres, écrivant frénétiquement sur son parchemin. Si l'on ne considérait que cette scène, alors non, Altaïr ne semblait pas étrange. Altaïr était constamment en train d'étudier.
Mais depuis quelque temps, cela était devenu différent. Il semblait toujours fatigué, comme s'il continuait de travailler, même après être allé au lit. De plus, il n'étudiait presque plus à la bibliothèque, mais toujours près d'eux. Une fois, il les avait même suivis sur le terrain de Quidditch, s'était assis dans un coin et avait invoqué une petite table devant lui. Lev sentait aussi son regard le suivre constamment, comme si Altaïr avait peur qu'il lui arrive quelque chose.
Le plus étrange avait certainement été de constater qu'Altaïr ne travaillait même pas sur des sujets de deuxième année. Viktor avait alors fait l'hypothèse que leur ami suivait des classes supérieures en plus des siennes, ce qui pourrait être possible au vu de son niveau scolaire. Cependant cela ne faisait aucun sens d'encore suivre ses classes de deuxième année s'il étudiait effectivement à un niveau supérieur. Ou alors, il avait encore fait une bêtise et devait faire des devoirs supplémentaires et n'avait pas voulu ou osé leur en parler. Mais dans ses cas, ses professeurs frôlaient l'esclavagisme.
« On a qu'à le suivre. On découvrira bien ce qu'il nous cache. » proposa Lev.
« Il nous sentira, tu le sais très bien. En plus, ce n'est pas un peu… déloyal de faire ça ? »
Lev nia de la tête.
« Non, c'est pour sa santé qu'on fait ça. Et je connais un sort pour effacer les odeurs. »
Bien que n'étant visiblement pas convaincu par ses arguments, Viktor finit par accpeter de le suivre dans son enquête.
Les deux Bulgares attendirent patiemment qu'Altaïr quitte le bâtiment des deuxièmes années pour se lancer quelques sortilèges et suivre ses pas. Ce dernier ne sembla pas se diriger vers le château mais vers un autre bâtiment d'élèves, plus précisément celui des quatrième année. Les deux amis se postèrent dans une alcôve leur permettant d'écouter la conversation, mais pas de la voir. Après tout, la magie pouvait les rendre invisibles, mais ne masquait en revanche pas leurs traces de pas dans l'herbe tondue.
« Est-ce que tu pourrais dire à Romanov qu'il doit venir.
- Qui le demande ?
- Black. »
La porte claqua, visiblement l'adolescent n'aimait pas être prit pour un coursier. Altaïr trépigna du pied quelques minutes avant que la porte de se rouvre et se referme. Visiblement quelqu'un l'avait rejoint.
« Tiens, celui-là c'est botanique et lui c'est l'arithmancie. »
Un long silence s'étendit entre eux, Romanov lisant les devoirs que venaient de lui rendre Altaïr. Il finit par grogner quelques compliments, visiblement mi-satisfait de ne pas avoir à faire ses devoirs, mais frustré que l'autre garçon ne se soit toujours pas foiré.
« Tiens, pour après-demain.
- Tu pourrais pas me donner tes devoirs dès que tu les reçois pour que je puisse m'organiser. » grogna Altaïr.
« Parles-moi mieux que ça.
- Alors, t'as d'autres devoirs à me donner maintenant plutôt qu'un jour ou deux avant la date de rendu ? » répondit Altaïr, toujours aussi effronté.
Romanov fit quelques pas en avant, se postant dangereusement devant Altaïr. Il ne le dépassait que de quelques centimètres, mais cela lui suffisait pour se sentir bien plus supérieur à lui. Mikhaïl lui sourit dangereusement, broyant son épaule d'une main.
« N'oublie pas ta place Black. Ton rôle, c'est de me lécher les basques, faire mes devoirs et apprendre à fermer ta grande gueule et en échange, je laisse ton pote à la gueule d'ange tranquille. Compris ? »
Altaïr murmura difficilement un « oui, désolé », les mots lui arrachant la bouche. Mais pour Lev, il mettrait sa fierté de côté. Romanov finit par s'éloigner, finalement satisfait de son effet sur Black. Il n'était pas peu fier d'avoir réussi à faire de lui son chien, obéissant à tous ses ordres.
Quelques mètres plus loin, Viktor et Lev se dévisageaient pensivement, essayant de déterminer lequel des deux était la « gueule d'ange ». Finalement, Lev se pointa lui-même du doigt et pour se venger, son ami lui donna un coup de pied dans le tibia. Il grimaça de douleur, une insulte au bout des lèvres, cependant aucun son ne quitta sa bouche à cause du sort de silence et cela le frustra encore plus.
Altaïr finit par repartir en direction de leur dortoir et le duo d'espions put finalement retirer les sortilèges qui les entouraient. Ils se dirigèrent à leur tour vers leur propre bâtiment, débattant des derniers évènements sur le chemin du retour.
« Qu'est-ce qu'on fait ?
- Je ne sais pas. Peut-être qu'on devrait le dire à un professeur. » songea Viktor.
« Non, ça ne servirait pas à grand-chose. Ils sont tous à sa botte à cause de sa famille. Même le directeur Karkaroff ignore ses bêtises la plupart du temps. » soupira Lev. « Parlons-en d'abord à Altaïr. Visiblement il le fait pour me protéger de cette brute, alors s'il sait que je suis au courant, peut-être qu'on trouvera une solution. »
Viktor sembla d'accord avec lui. Maintenant, il ne restait plus qu'à trouver le bon moment pour lui parler.
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16 novembre 1989
Il fallut deux jours à Viktor et Lev pour trouver le bon moment afin d'entamer une discussion avec Altaïr. Après avoir passé tout le week-end à travailler comme un fou, ce dernier avait finalement décidé de passer un peu de temps avec ses amis. Ils étaient actuellement sur le lit de Viktor en train de disputer une partie de cartes.
« Altaïr, on sait que tu fais les devoirs de Romanov parce qu'il menace de s'en prendre à moi. » lâcha finalement Lev, comprenant que Viktor n'allait pas aborder le sujet en premier.
Altaïr lâcha ses cartes et se pencha en arrière, prenant appuie sur ses bras. Son regard se perdit sur le plafond un long moment avant qu'il ne se reconcentre sur ses amis. Il ne semblait pas vexé d'avoir été espionné ou qu'ils aient interrogé quelqu'un à son propos pour découvrir la vérité. Altaïr ne savait pas vraiment comment il l'avait découvert, mais ce n'était pas important. Ce n'était pas le sujet.
« Arrête de le faire. Je sais me défendre.
- Ils ont deux ans de plus que nous. »
Lev blanchit en comprenant que le « ils » était au pluriel et non au singulier. Visiblement, il n'y avait pas que Romanov dans l'histoire, mais aussi ses amis.
« Et bien dans ce cas, je me ferai frapper et puis basta. » déclara Lev avec confiance.
« Frapper ? » releva Altaïr avec surprise sans pouvoir s'en empêcher.
Visiblement, ses deux amis n'avaient pas entendu toute la vérité. Mais ce n'était pas plus mal que Lev ne sache pas réellement ce qui l'attendait si Altaïr n'obéissait pas. Oui, c'était mieux ainsi.
« Quoi, il ne s'agit pas de me frapper ? Pourquoi t'as l'air si surpris ?
- Si, si. C'est juste que je me disais que c'était étonnant de ta part, toi qui pleure dès que Viktor te pince.
- Eh ! Je te ferai dire qu'il pince hyper fort ! » s'insurgea Lev.
Viktor éclata de rire, cela faisait du bien de voir Altaïr se détendre un peu, c'était si rare ces temps-ci. Les garçons plaisantèrent encore un moment avant de reprendre petit à petit leur sérieux.
« Laissez-moi une semaine. Je trouverai une solution d'ici là et sinon, on ira voir un prof. Georgiev n'est plus mon prof principal, mais il semble être le moins corompu de tous. »
Lev rigola à la remarque avant de lui faire comprendre qu'il n'attendrait qu'une semaine et pas un jour de plus.
Chapitre 20
23 novembre 1989
Altaïr avait dit une semaine à Lev, pensant réellement pouvoir trouver une solution en ce laps de temps. Il savait très bien que discuter avec un enseignant ne servirait certainement pas à grand-chose, compte tenu du statut de Romanov. Aucun membre du personnel ne prendrait le risque de ne serait-ce que de l'écouter s'il venait à prononcer son nom.
La famille Kaminski était puissante en Bulgarie et au sein des pays limitrophes. Alors Lev ne devait pas se rendre compte que cette fois-ci, ses parents ne pourraient certainement pas résoudre la situation comme à leur habitude. Dans les faits, Altaïr n'était pas sûr de réellement connaître la situation de la famille Kaminski, mais il préférait ne pas tenter le diable.
Mais Altaïr avait promis à Lev et Viktor de trouver une solution et il n'aimait pas rompre ses promesses. Alors comme convenu, il était allé parler à la professeur principal de Romanov le matin même, avant même d'aller prendre son petit-déjeuner. Comme il s'y attendait, Mrs Bolga lui avait envoyé un sourire hypocrite, décréta qu'il devait certainement exagérer la situation et le poussa presque hors de sa classe. La porte claqua derrière lui dès qu'Altaïr fit un pas dans le couloir et après un long soupir, il alla tenter sa chance avec son propre professeur principal. Sa réaction fut la même.
Parfois, Altaïr regrettait Mr Georgiev. Car bien qu'il l'ait toujours comme professeur de potion, l'homme n'était plus le responsable de sa classe, ni celui de sa promotion. Altaïr soupira et s'adossa contre le rebord d'une des fenêtres du couloir où il se trouvait. Il allait devoir trouver rapidement un mensonge à fournir à ses deux amis. Lui, il savait quand comprendre qu'une situation était désespérée, contrairement aux Bulgares.
Altaïr laissa un petit rire lui échapper lorsqu'il songea que s'ils étaient scolarisés à Poudlard, alors Lev et Viktor seraient incontestablement des Gryffondors. Puis, il secoua la tête, non, Lev était bien plus Poufsouffle finalement.
Un peu plus léger désormais, Altaïr reprit la direction du réfectoire. Il était encore tôt et il pourrait éviter ses amis s'il se dépêchiat un peu. Kaminski était une véritable marmotte et Altaïr avait abandonné depuis longtemps l'idée de l'attendre pour aller manger, contrairement à Viktor.
Cependant, cela ne faisait que repousser le problème, Altaïr ne disposait que de quelques heures de plus pour trouver une solution. A midi, il ne doutait pas que Lev lui réclamerait quelques comptes. Altaïr en était déjà fatigué.
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30 novembre 1989
Altaïr jeta sa plume sur son matelas et bascula en arrière dans un profond soupir. Cela faisait une semaine que Lev avait décidé de lui faire la tête. Viktor avait simplement suivi le mouvement, bien qu'il lui adresse parfois de petits signes de la main lorsque l'autre Bulgare tournait le dos.
Altaïr avait finalement décidé de ne pas mentir à son ami et s'était terré à la place dans le silence. L'Anglais trouvait ça humiliant de devoir expliquer qu'il était si insignifiant dans ce pays que des professeurs, dont le travail était de s'occuper de leurs élèves, avaient préféré l'ignorer plutôt que de ne serait-ce qu'écouter son problème.
De plus, Lev vouait un étrange respect à l'autorité et donc, remettre en question le jugement des enseignants était quelque chose qu'Altaïr ne l'avait jamais vu faire. Alors lui avouer droit dans les yeux que deux enseignants avaient décrété qu'accuser un camarade de proférer des menaces à caractère sexuel sur un autre élève, pourrait mériter des heures de colle s'ils n'étaient pas aussi « clément », non, ça ne faisait pas plaisir à Altaïr. C'est pourquoi il ne disait rien à Lev, repoussant cette discussion encore et encore, jugeant que ce n'était jamais le bon moment.
Lev, qui ne comprenait pas la raison de son comportement, s'était énervé et face au manque de réaction d'Altaïr, il s'était énervé. De son point de vue, Altaïr prenait à la légère Romanov, sa bande et leurs menaces. Il avait l'impression de ne pas valoir le coup, de ne pas mériter que son ami mette sa fierté de côté pour demander de l'aide à des professeurs ou d'autres élèves qui auraient autant d'influence que le fils du tsar russe.
Altaïr savait qu'il ne pourrait pas laisser la situation durer ainsi indéfiniment. Il allait devoir faire comprendre à Lev que non, il n'avait pas le choix que d'obéir à Romanov. Mais pas tout de suite, il le ferait plus tard, il devait d'abord finir cet essai de potion.
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4 décembre 1989
« Tu ne parles plus à gueule d'ange ? »
Altaïr leva un sourcil. Romanov n'avait plus parlé de Lev depuis un moment, si bien qu'il en était venu à penser que le Russe avait fini par l'oublier.
« Non. »
Romanov sourit. Ce sujet était visiblement sensible pour l'Anglais et cela l'amusait beaucoup. Il ne pensait pas qu'en décidant de le martyriser quelque peu un mois plus tôt, il découvrirait une telle source de divertissement. Il avait de bonnes notes à ses devoirs et grâce aux fiches de révisions que lui faisait Black, Romanov n'avait jamais aussi bien réussi ses contrôles. Et depuis peu, l'Anglais lui donnait même des cours de rattrapage. Il était vraiment utile.
Romanov posa sa plume dans son encrier et croisa ses mains sous son menton, ne quittant pas du regard Black. Visiblement, Lev Kaminski était un sujet sensible et il adorait ça.
Altaïr attrapa son parchemin en fronçant des sourcils.
« Tu n'as pas fini ton exercice. » dit-il simplement en le lui rendant.
Il était déjà suffisamment agacé de devoir perdre son dimanche après-midi en aidant le Russe pour qu'en plus, ce dernier refuse de travailler. C'était lui qui le forçait à rester avec lui après tout.
« C'est lui qui t'ignore n'est-ce pas ? Est-ce que c'est à cause de moi ? » demanda Mickhaïl d'un air faussement consterné.
Altaïr ne répondit pas. Ça lui ferait bien trop plaisir qu'en effet, il dise que c'était de sa faute si Lev ne voulait plus le voir. Lui, sa stupide nautoriété et son chantage sur la virginité de son ami en échange d'une « aide au devoir », comme Romanov l'appelait. Altaïr refusait d'entrer dans son jeu ou de minimiser les menaces de l'autre garçon, comme ce dernier le faisait.
« Moi je ne pense pas que ça soit de ma faute, il n'a pas l'air d'être du genre à flipper pour si peu. » La machoire d'Altaïr se contracta, mais il ne dit toujours rien. « Non, à mon avis, t'as dû lui dire un truc, ou plutôt ne pas lui dire quelque chose, vu que t'aimes bien ne pas répondre aux gens. »
Romanov lui donna un coup de pied sous la table, pour qu'enfin, Altaïr quitte du regard ses parchemins et lui donne toute son attention.
« Ouai, c'est ça. Tu l'as ignoré pour qu'il te fasse la gueule en espérant que s'il n'est plus là, je l'oublierai. »
Romanov affiche un sourire mesquin lorsqu'il remarqua le tic nerveux de la lèvre inférieure d'Altaïr. Bien que le Russe n'ait pas entièrement raison sur la question, il était vrai qu'Altaïr n'avait rien fait pour arranger la situation avec Lev à cause de ce motif. Il était vexé que ses intentions soient aussi évidentes.
« Aide-moi pour la question deux. » changea subitement de sujet Romanov.
Altaïr fronça des sourcils. Plus il côtoyait le Russe et plus il avait de mal à le cerner. Il finit par soupirer et attira à lui l'ennoncé du devoir de Romanov, lisant la consigne afin de pouvoir l'aider. Qu'il avait hâte de réussir à trouver un moyen de se débarrasser du Russe.
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15 décembre 1989
Altaïr soupira alors que Romanov lui tendait un nouveau sac. C'était leur dernier week-end de libre avant les vacances de Noël et l'adolescent avait décrété qu'il devait l'accompagner pour faire ses cadeaux. Romanov avait un nombre étonnant de tantes, de cousins et de frangins, Altaïr le plaindrait presque de devoir trouver autant d'idées de présents pour chacun d'eux.
Cela faisait donc trois bonnes heures qu'il suivait le Russe à droite et à gauche, une dizaine de sacs déjà rétrécis dans les poches et tout autant dans les mains. Altaïr se sentait humilié de croiser ainsi certains de ses camarades de classe alors qu'il suivait comme un chien le jeune prince. Il sentait leurs regards dans son dos et son ouïe lupine ne manquait pas un seul de leurs chuchotements ou moqueries.
Mais le plus dur fut de croiser au détour d'une bijouterie Lev et Viktor, venus là pour acheter une nouvelle bague pour la mère du second. Krum était mauvais pour faire ce genre de cadeau, alors ce n'était pas étonnant de savoir que c'était Lev qui choisirait le bijou à sa place.
Romanov avait rapidement remarqué que son attention n'était plus portée sur lui. Alors il passa un bras par-dessus ses épaules et le tira en avant, désignant quelques paires de boucles d'oreilles du doigts. Mickhaïl se pencha un peu plus en avant, se collant d'autant plus à Altaïr, créant une fausse complicité entre eux. Il ne fit pas attention à la machoire crispée, aux muscles tendus et aux poings fermés du plus jeune. Altaïr n'aimait pas être touché, d'autant plus par des personnes qu'il était loin d'apprécier.
« Alors Altaïr, lesquelles préfères-tu ? J'aime bien celles avec les rubis, mais je ne suis pas sûr que le rouge soit la bonne couleur pour tante Ana. »
Altaïr tenta de se décaler d'un pas sur le côté, mais Mickhaïl ne fit que resserrer son bras autour de ses épaules. Bien qu'étant plus petit que lui, il pourrait facilement se défaire de sa prise grâce à sa force lupine. Mais Altaïr ne voulait pas susciter davantage sa curiosité, alors il se contenta de serrer les dents et de rentrer dans son jeu, bien que cela soit à contre-cœur.
« Les vertes. »
Mickhaïl lui offrit un grand sourire.
« Bien sûr, j'aurai dû y penser. Ça ira parfaitement avec ses cheveux roux. »
Altaïr eut envie de vomir lorsqu'il lui offrit ce qui devait certainement être un sourire chaleureux ou reconnaissant. Mais lui, tout ce qu'il voyait, c'était la lueur satisfaite qui brillait au fond des pupilles du Russe. Lev venait de quitter la bijouterie en claquant presque la porte au nez de Viktor qui lui criait de l'attendre.
Lorsqu'ils furent hors de portée de vue, Romanov le lâcha et appela une vendeuse pour lui faire part de son choix.
Altaïr ne comprenait pas à quoi il jouait, mais il aimait de moins en moins le comportement du prince russe. Il semblait bien trop jubiler de l'éloignement qu'il provoquait entre Altaïr et ses amis.
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5 janvier 1990
Altaïr soupira lorsqu'il remarqua du coin de l'œil Romanov se promener dans la bibliothèque de son dortoir. En plus d'une salle commune et de leurs chambres, les bâtiments regroupant les dortoirs de chaque année disposaient de quelques étages dédiés au travail et aux devoirs. L'Anglais n'y travaillait pas souvent, la bibliothèque y était moins bien fournie que celle du bâtiment principal. Altaïr se trouvait donc au fond de la bibliothèque d'une des tourelles de son dortoir, coincé entre deux étagères, assis sur un gros coussin et un bouquin dans les mains.
Altaïr rapprocha ses genoux contre son torse, comme pour se fondre dans le paysage. Mais cela ne suffit pas. Moins de deux minutes plus tard, Mickhaïl se plantait devant lui, un sourire satisfait au coin des lèvres. L'Anglais avait espéré qu'il le laisserait tranquille au moins pour le dernier jour de vacances. Les autres élèves étaient arrivés le matin même en bateau et après deux semaines de paix, Altaïr retrouvait avec dépit son tortionnaire.
Le lycanthrope soupira, attira son sac vers lui et en tira une pochette qu'il tendit à Romanov. Ce dernier s'assit face à lui après avoir invoqué un autre coussin. Il feuilleta pendant un moment les différents parchemins avant d'hocher la tête d'un air satisfait. Visiblement, Altaïr avait bien peaufiné ses devoirs pendant les deux semaines de vacances.
Romanov disparut tout aussi rapidement qu'il était apparu au plus grand désarroi d'Altaïr. Il n'était pas habitué à ce que l'autre adolescent ne le colle pas à longueur de journée, à lui balancer des menaces ou des stupidités au visage. Ce n'était pas normal et étrangement, cela l'inquiéta davantage que si Mickhaïl avait soudainement décidé de le passer à tabac.
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20 janvier 1990
« Est-ce que tu vas continuer comme ça encore longtemps ? »
Viktor était assis droit comme un piquet devant son ami, le regard furieux mais aussi, et surtout, inquiet. Ça faisait presque trois mois qu'Altaïr et Lev ne se parlaient plus parce que ce dernier refusait d'accepter que l'Anglais traîne également avec Romanov. Mais contrairement à son ami, Viktor n'était pas dupe. Il voyait bien que ce n'était pas par plaisir qu'Altaïr faisait tout ça.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les énormes cernes sous ses yeux, a chaque fois que Viktor l'observait, il était en train de travailler ou de faire des corvées imposées par Romanov. Même au réfectoire, Altaïr avait un livre en main, il se couchait après tout le monde et pourtant, Viktor n'avait jamais réussi à arriver avant lui dans la salle commune ou à la bibliothèque le matin. Parfois, il avait juste l'impression qu'Altaïr n'avait même plus le temps de dormir.
Alors cette fois-ci, pour être sûr de ne pas le louper ou de se faire interrompre par Romanov, Viktor avait directement rejoint l'Anglais dans son dortoir. Il s'était assis sur son lit et avait attendu jusqu'à ce qu'il daigne enfin montrer le bout de son nez. Ce fut bien après minuit qu'Altaïr le rejoignit finalement, Krum avait bien cru s'endormir en l'attendant.
L'Anglais avait fait apparaître des rideaux autour d'eux et insonorisa leur échange. Ils ne voulaient réveiller personne et encore moins se faire espionner.
« Alors ? » insista Viktor.
« Par rapport à Lev ou Romanov ?
- Les deux. »
Altaïr soupira. Habituellement, c'était Lev qui venait lui parler pour ce genre de choses. Il réalisait maintenant que Viktor et lui ne s'étaient presque jamais parlé en privé, sans Lev entre eux. Comprenant qu'il n'allait pas avoir de réponse, Viktor reprit la parole.
« La dernière fois, tu as dit qu'il menaçait Lev pour que tu fasses ses devoirs. Mais il n'y a pas que ça, n'est-ce pas ? »
Altaïr hocha de la tête, mais ne prit toujours pas la parole. Il ne pouvait pas parler de ce sujet avec son ami, c'était trop dur de parler de telles menaces avec quelqu'un extérieur au problème.
« Est-ce que … » Viktor soupira, ne sachant pas comment sa question allait être reçue. « Est-ce que tu ne vas vraiment rien dire aux professeurs ? Je ne veux pas t'accuser de ne pas te soucier de Lev ou un truc du genre. Mais je pense que si tu n'arrives pas à trouver une solution, tu devrais demander de l'aide à quelqu'un.
- Je l'ai déjà fait. » soupira finalement Altaïr, n'ayant plus aucune raison de mentir. « J'ai respecté ma promesse, je suis allé leur parler. »
Viktor hoqueta de surprise, ne s'attendant pas à cette réponse. Il ne comprenait pas pourquoi Altaïr ne leur en avait pas parlé lors de leur précédente discussion sur le sujet. Ça aurait éclairci tellement de quiproquos, ça n'avait aucun sens de garder ça pour lui. Mais une part de lui se doutait de la réponse à cette énigme. S'il ne pouvait pas dénoncer Romanov, Alors Altaïr préférait couper les ponts avec ses amis pour ne pas les mettre en fanger.
Viktor ne voulait pas faire de remontrances ou déclencher une nouvelle dispute, alors il préféra ne pas faire de remarque. Il était venu pour faire la paix avec son ami et essayer de recoller les morceaux. Critiquer les choix d'Altaïr n'était définitivement la bonne option, il devait plutôt essayer de le comprendre.
« Lev pense que tu t'en fiches de ce qui lui arrive, que tu es ami avec Romanov maintenant. » Altaïr serra ses poings sur ses genoux. « Mais je sais que ce n'est pas vrai, tu essayes de le protéger. N'est-ce pas ?
- Ouai, j'essaye. » marmonna l'Anglais.
Viktor sourit, il savait qu'il ne se trompait pas endisant qu'Altaïr les aimait bien. Lev réfléchissait trop, il avait du mal à cerner les gens et leurs actions. Viktor était bien plus simple dans sa façon d'approcher les personnes autour de lui, soit il avait un bon feeling et devenait leur ami, soit il avait un mauvais pressentiment et s'en tenait éloigné. C'était aussi simple que ça pour lui, pas besoin de rélféchir au pourquoi du comment des actions et des paroles de telle ou telle personne.
« Je comprends que tu ne veuilles pas m'en parler à moi ou à Lev. Mais as-tu essayé de parler de tout ça avec mon parrain ? Il pourra peut-être arranger la situation.
- Ton parrain ? » fronça Altaïr des sourcils.
Il n'avait aucune idée de qui pouvait bien vouloir parler son ami.
« Ben ouai, le directeur, Igor Karkaroff, mon parrain. » Altaïr écarquilla ses yeux. « Quoi ? Tu ne savais pas ? Tout le monde le sait normalement. » s'amusa Viktor, il était rare de voir le loup-garou aussi éberlué et laisser tomber son masque.
« Le directeur est ton parrain ? Pourquoi je ne suis pas au courant ? » s'indigna-t-il, faisant redoubler le rire du Bulgare.
Altaïr comprenait mieux comment son ami avait fait pour passer en deuxième année malgré ses résultats catastrophiques. Tout comme Romanov qui avait l'aide de ses parents qui terrifaient ses professeurs, Viktor avec le soutien du directeur en personne. Ce serait une honte que son filleul échoue ses classes dans l'école de ce dernier, ce qui justifiait ses excellentes notes à chaque examen final. Pourtant, Altaïr ne pensait pas que ce comportement aidait réellement le garçon, mais il se retint de le faire remarquer.
« Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt, ça peut tout arranger ! » s'exclama Altaïr, secouant son ami par les épaules. « Viens, on va le voir.
- Altaïr, il est minuit passé ! » protesta Viktor. « On ira le voir demain matin avant le petit-déjeuner si tu veux. Mais essaye de dormir jusque là, t'as une tête à effrayer un zombie. »
Altaïr bougonna pour la forme, mais finit par abdiquer. Viktor rejoignit lui aussi son dortoir, promettant une dernière fois d'accompagner son ami chez le directeur quelques heures plus tard.
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21 janvier 1990 (le lendemain matin)
Viktor fut réveillé aux aurores par son ami Anglais, secoué sans ménagement et presque jeté du lit. Altaïr le pressa de s'habiller le plus rapidement possible et moins de cinq minutes plus tard, ils couraient presque vers le bureau du directeur. Une fois sur place, Viktor toqua à la porte et quelques secondes plus tard, une tête de grizzli prit vit au centre du pan de bois.
« Bonjour Koda, j'aimerais voir parrain s'il a un peu de temps. Tu pourrais lui le dire ? »
L'ours hocha de la tête avant de disparaître. Il revint quelques minutes plus tard en même temps que la porte se déverouillait pour eux.
« Il vous attend. » précisa la gravure.
Viktor poussa la porte et pénétra dans le bureau en tête, saluant chaleureusement son parrain. Altaïr eut du mal à ne pas montrer son désarroi en voyant son directeur sourire à son filleul. L'homme paraissait si morne habituellement, il était étrange de le voir détendu.
« Altaïr voulait te parler d'un truc important, je viendrai te parler plus tard ! » s'exclama Viktor en disparaissant déjà dans le couloir, la porte claquant derrière lui.
Altaïr se tint droit comme un piquet au centre de la pièce, mal à l'aise face au regard scrutateur de Karkaroff. Ce dernier finit par prendre pitié du garçon et lui indiqua un siège. Ne tenant pas à rester ici plus longtemps que nécessaire, Altaïr expliqua rapidement la situation à Karkaroff. Il tentait de rester le plus objectif possible, mais cela était parfois difficile tant il haïssait Romanov et son chantage ignoble.
« Avez-vous des preuves ? »
Altaïr eut un vif mouvement de recul, Karkaroff ne le croyait pas tout comme les professeurs à qui il avait demandé de l'aide. Semblant comprendre son cheminement de pensées, le directeur tenta de le rassurer.
« Je ne remet pas en doute votre témoignage, Mr Black. Mais vous accusez un membre de la famille impériale Russe. Mr Romanov n'est peut-être pas le premier prince de cette dynastie, mais son statut y est tout de même très important en tant que deuxième-né. Il me faut donc des preuves avant de pouvoir prendre de quelconques mesures. Vous comprenez ? »
Altaïr hocha de la tête et commença à réfléchir à un moyen de prouver ses propos.
« J'ai gardé des copies des devoirs que j'ai écrit, pour quand je serai moi-même en quatrième année. J'ai aussi conservé toutes mes notes et mes brouillons.
- Autorisez-vous que je demande à un elfe de les chercher ?
- Ils sont dans mon armoire, dans trois pochettes rouges. Ce sont les seules de cette couleur. » approuva Altaïr.
Karkaroff s'empressa d'appeler l'un des elfes du château. Il voulait certes pouvoir avoir la preuve des accusations graves d'Altaïr, mais il était aussi très curieux quant aux réels capacités intellectuelles du garçon. Ce n'était pas rien que de préntendre faire les devoirs d'un élève étant son aîné de deux ans.
Une fois les trois grosses pochettes devant lui, Karkaroff les feuillta rapidement. Ces dernières ne contenaient pas que les rédactions de ses dissertations, mais aussi son travail de recherche pour chacune d'elles et des notes en tout genre. Il sourit en appercevant même quelques gribouillis pouvant correspondre à des prononciations ou des gestes de sortilèges que l'adolescent tentait de créer.
Face à l'évidence, Karkaroff ne pouvait que croire qu'en effet, c'est Altaïr qui rédigeait tous les devoirs de Romanov. Cependant cela restait difficile à croire pour l'enseignant. Cet enfant avait déjà un niveau exceptionnel en théorie magique.
« Quelles notes obtenez-vous habituellement ?
- Entre dix-huit et vingt. Ça dépend des matières, j'ai plus de mal avec les potions et l'histoire. »
Igor était ébahi. Altaïr considérait qu'obtenir un dix-huit signifiait avoir des difficultés dans une matière, alors cela n'était pas étonnant qu'il vise la perfection dans toutes ses matières. En plus de ça, le garçon continuait de travailler ses propres cours, venait tous les soirs s'entraîner en potions pendant une heure en compagnie de Georgiev, son ami lui avait parlé de leurs rendez-vous quasi-journaliers.
« Je peux aussi vous confier certains de mes souvenirs pour en faire des copies. »
Igor hocha de la tête. Il agita sa baguette et un placard s'ouvrit à l'opposé de la pièce. Une lourde bassine en marbre et quelques fioles voletèrent dans les airs avant de se poser sur le bureau. Altaïr avait déjà lu à propos des pensines et des magies mémorielles. Il savait ce qu'il avait à faire.
Alors l'adolescent posa sa baguette sur sa tempe droite, tentant de se souvenir de chaque moment où Romanov avait menacé Lev ou lorsque ses professeurs l'avaient remballé. Puis, une fois chaque filament de mémoire placé dans pensine, Altaïr laissa son directeur exécuter la suite du rituel. Il observa Karkaroff agiter sa baguette au-dessus de la bassine, murmurant une longue formule calant sa respiration sur le rythme de la prononciation du sort.
Altaïr profita pleinement de la vue, tous les sorciers n'avait pas la puissance pour lancer ce sortilège. Il savait par avance qu'il ne verrait peut-être plus jamais un tel spectacle, alors Altaïr s'acharnait à mémoriser chaque mouvement de baguette, chaque parole, chaque souffle.
Puis, Karkaroff abaissa lentement sa baguette, ouvrit les petites fioles entreposées autour de la pensine et chaque souvenir se divisa en deux pour rejoindre une fiole. Visiblement, il avait réussi à la perfection son sortilège de copie. Altaïr put ensuite récupérer ses souvenirs et grimaça en les retrouvant. La manipulation n'était pas très agréable.
« Autre chose ? »
Altaïr réfléchit quelques secondes avant de répondre.
« Certains de ses amis sont au courant, mais je ne connais pas leurs noms.
- Bien, je chercherai également de ce côté là. »
Altaïr, comprenant que l'entretien était terminé, quitta son siège. Cependant, il se stoppa lorsque sa main aggripa la poignée de la porte du bureau. L'adolescent lâcha la poignée et fit demi-tour afin de faire face une nouvelle fois à son directeur.
« Vous allez pouvoir m'aider, n'est-ce pas ? Ou au moins aider Lev ? »
Igor soupira, passant sa main sur son visage d'un air las. Il n'avait aucune idée de la réponse qu'il devait donner au garçon. Mentir et lui assurer que tout irait bien. Ou alors être honnête et ne lui faire aucune promesse que peut-être, il ne pourrait pas tenir. C'est en croisant le regard de l'Anglais que Karkaroff se décida. Bien qu'il n'ait que treize ans, Altaïr avait l'air d'en avoir bien plus à cet instant. Son expression était si las, il s'attendait à être déçu. Alors Karkaroff préféra ne pas lui mentir, mais au moins pouvait-il essayer de le rassurer.
« Je ne peux rien promettre, Mr Black. Mais je ferai mon possible pour que votre ami et vous n'ayez plus à subir tout cela. Durmstrang est mon école et il est hors de question que je laisse un élève transgresser les règles, même s'il s'agit de Mr Romanov. »
Altaïr hocha de la tête, satisfait, avant de partir pour de bon. Viktor l'attendait dans le couloir et le lycanthrope fut touché qu'il l'ait attendu au lieu d'aller prendre son petit-déjeuner. Il savait à quel point ce repas était important pour son ami, Viktor ne le louppait jamais. Mais aujourd'hui, ils allaient devoir manger rapidement s'ils ne voulaient pas être en retard. Alors Altaïr s'excusa auprès de son ami.
« C'est normal mec, j'allais pas juste me barrer. » rigola Viktor avant de reprendre un air plus sérieux. « Tu devrais garder tes excuses pour Lev. »
Altaïr hocha de la tête, bien d'accord avec son ami. Il était temps de cesser ce petit jeu d'ignorance mutuelle avec Lev, ils n'étaient plus des enfants. Ils devraient pouvoir communiquer au lieu d'agir ainsi. Ce n'était pas correct pour Viktor que de le pousser à choisir un camp ainsi.
Alors Altaïr suivit sagement son ami lorsqu'il se dirigea vers Lev qui était assis seul. Il était rare de le voir sans Viktor ou leur groupe d'amis. Altaïr ne protesta toujours pas lorsque Viktor lui laissa la place faisant face à Kaminski, ce n'était pas le moment de faire marche arrière.
« Je suis désolé. »
Lev grimaça, Viktor fit de même et Altaïr comprit qu'il était vraiment nul pour faire la paix avec un ami. Mais il ne savait pas ce qu'il fallait dire dans ce genre de moment. A part Lev et Viktor, ses seuls amis étaient des elfes de maison. Ce n'était pas avec eux qu'il allait apprendre à se faire petit pour se faire pardonner.
« C'est tout ce que tu as à me dire ? » s'agaça Lev.
Altaïr serra ses poings autour de ses couverts. Il ne présentait pas souvent ses excuses et encore moins sincèrement. Il ne comprenait pas ce que Lev voulait entendre de plus.
« Oui. »
Viktor se frappa le front de la paume de sa main, un rire nerveux lui échappant.
« Vous êtes trop nuls les gars. » soupira-t-il. « Lev, tu sais aussi bien que moi qu'Altaïr ne voulait pas te blesser en agissant ainsi. Il est nul pour comprendre les gens, alors quand tu l'as ignoré quelques heures, il a juste pensé que tu ne voulais plus le voir du tout. Et toi Altaïr, quand tu t'excuses, tu dois préciser la raison. Sinon ça n'a pas l'air sincère.
- Oh… je… je ne savais pas. »
Le rire de Viktor redoubla d'intensité tandis qu'un léger sourire étirait les lèvres de Lev. Altaïr était juste confu, il ne comprenait pas en quoi ne pas être au courant de ces normes sociales était drôle. Il n'avait pas conscience que c'était une habitude basique à prendre, que même les enfants savaient cela. Lev voulait bien croire Viktor maintenant, il était évident qu'Altaïr n'y connaissait rien en amitié et relation de confiance.
« La prochaine fois que je te fais la gueule, évites-moi juste pendant une ou deux heures. Puis tu t'assoies à côté de moi en silence et t'attends que je te parle. Pas besoin de me fuire pendant trois mois. » lui expliqua Lev, il fut amusé par la mine sérieuse de son ami. Visiblement, il considérait vraiment ces instructions comme un précieux conseils pour ne plus se disputer avec lui.
Maintenant que ses deux meilleurs amis avaient fait la paix, Viktor put se concentrer sur son petit-déjeuner. Il n'avait plus que quelques minutes pour ingurgiter tous les nutriments nécessaires pour survivre à la matinée de cours qui l'attendait.
« Beurk. » grimaça Lev.
Altaïr approuva en hochant de la tête, un sourire au coin des lèvres, comportement plutôt rare chez lui. Cela mis ses deux amis d'autant plus de bonne humeur.
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Altaïr ne fut pas surpris lorsqu'un bras apparut devant lui deux heures plus tard et le tira dans un petit couloir sombre sur son trajet menant aux salles du deuxième étage. Il passait tant de temps avec Romanov ces mois-ci, qu'il arrivait à détecter sans aucun effort son odeur et ses battements de cœurs lorsqu'il se trouvait à moins d'une cinquantaine de mètres de lui.
Le Russe le plaqua avec force contre le mur du couloir abandonné, un air mécontent sur le visage qui n'augurait rien de bon. Altaïr se dégagea rapidement de sa prise d'un mouvement brusque de l'épaule.
« Putain Black, Dimitri m'a dit qu'il t'a vu aller dans le bureau de Karkaroff. Qu'est-ce que tu lui as dit ? »
Altaïr ne savait pas qui était ce fameux Dimitri, mais s'il le croisait, il allait avoir du mal à se retenir de lui mettre une ou deux claques. Le lycanthrope réfléchit à toute allure cherchant une excuse pour justifier sa visite dans le bureau de Karkaroff. Ayant besoin de temps pour réfléchir, il tenta de faire diversion.
« Pourquoi ? Est-ce que tu as peur de ce qu'il pourrait faire s'il savait à quel point tu n'es qu'un con ? » Romanov recula d'un pas, comme si l'insulte l'avait physiquement touché. « Peut-être que je devrais retourner lui parler pour tout lui raconter. »
Altaïr regretta d'avoir voulu jouer au malin lorsqu'une droite le frappa à la machoire. Cependant, cette petite dispute lui avait permis de trouver une ébauche de plan pour se sortir de cette situation.
« J'en ai rien à battre de Karkaroff. Mais je sais que ce connard ne pourra pas s'empêcher d'en parler à mon père et même s'il fera étouffer cet incident, ça va être chiant pour moi à la maison pendant les prochaines vacances. »
Romanov le frappa dans l'estomac avant de reculer une nouvelle fois d'un pas. Il avait visiblement retrouvé son calme.
« Si c'était pas pour ça, pourquoi t'es allé voir le directeur ?
- Il s'est persuadé que mon tuteur me frappe ou quelque chose dans le genre. Ce n'est pas la première fois qu'il me convoque pour ça, mais à chaque fois ça ne mène à rien. Il ne veut pas m'écouter. » râla Altaïr, se félicitant mentalement pour son jeu d'acteur.
La réaction du Russe le surprit. Son expression passa en une fraction de seconde de l'énervement à de l'inquiétude. Altaïr n'arrivait pas à comprendre le fonctionnement du cerveau de Romanov. Il n'arrivait pas à le suivre.
« Et c'est vrai ? Tu es maltratié ? » pâlit-il.
- Non.
- Si c'est le cas, je peux demander à ma famille de t'aider. Ce ne serait pas un gros problème pour nous. »
Altaïr vit rouge. Pourquoi personne ne l'écoutait lorsqu'il parlait, même si c'était pour dire des mensonges. Il n'en revenait pas du culot de ce gars. Romanov le menaçait depuis trois longs mois, lui faisait vivre l'enfer, lui demandait de faire tous ses devoirs et par conséquent de négliger les siens, le frappait pour n'importe quel motif, s'amusait à l'isoler de ses amis. Mickhaïl était son tortionnaire pour qu'en échange, il ne soit pas celui de Lev. Alors Altaïr n'accepterait jamais qu'il puisse tenter de l'aider ou se faire passer pour le gentil dans l'histoire.
« Vas te faire foutre Romanov ! » cracha-t-il avec hargne, il se décolla de son mur pour s'approcher du Russe, le regard vacillant entre l'anthracite de ses glamours et le carmin de son loup. « J'ai dit qu'il n'y avait rien à trouver et si tu t'avises de t'approcher de Cygnus, je te ferai voir ce qu'est la folie des Black. Peu importe qui tu es, ton statut ou tes parents, ça ne m'a jamais arrêté et ça ne le fera jamais. Cygnus est à moi !» cria-t-il.
Les étudiants traversant le couloir principal juste à côté tournèrent la tête vers leur alcôve. Cependant, ils se détournèrent bien vite de la vue lorsqu'ils comprirent qu'il s'agissait d'une dispute concernant Mickhaïl Romanov.
« Calme-toi Altaïr, je voulais juste t'aider. » grogna à son tour le Russe, il n'était pas habitué à ce qu'on lui réponde.
« Putain mais arrête de te comporter comme si on était pote. T'es un connard Romanov, peu importe si tu m'appelle par mon prénom, traînes avec moi toute la journée ou me tires pour faire les boutiques. On. N'est. Pas. Amis ! » articula clairement Altaïr. « Tu fous ma vie en l'air, menace mon meilleur ami, bousille ma santé avec tes devoirs de merde et après t'ose me sortir des trucs comme « je veux juste t'aider. », mais tu m'as pris pour quoi exactement, enfoiré ? Un jouet ? »
Romanov grinça des dents. Altaïr savait qu'il était allé trop loin. Mais ça avait été la goutte de trop. Il ne supportait plus cette situation, il était au bout du rouleau, complètement épuisé. Alors entendre la source de tous ses problèmes dire qu'elle s'inquiétait pour lui, c'était juste impossible à supporter.
« Je fais tes devoirs, je te suis comme un chien, j'obéis à chacun de tes ordres et en échange, tu laisses Lev tranquille. C'était le deal, qu'est-ce qu'il te faut de plus ?» s'époumana-t-il, complètement inconscient des élèves qui pouvaient parfaitement l'entendre autour d'eux.
Romanov perdit à son tour son calme. Il n'y en avait toujours que pour Lev. Altaïr lui obéissait sagement depuis des semaines pour le doux et frêle Lev Kaminski. C'était insuportable, Mickhaïl ne comprenait pas ce que l'Anglais pouvait bien lui trouver. Romanov n'en pouvait plus de n'entendre parler que de lui.
Altair savait qu'il n'aurait pas dû pousser le Russe dans ses retranchements, son loup le hurlait à son subconscient. Ce n'était pas une bonne idée, il allait avoir des problèmes. Comme il s'y attendait, le premier coup ne tarda pas à venir. Cependant ce n'était pas un poing comme il s'y attendait. A la place, Altaïr sentit parfaitement le genou de son vis-à-vis s'enfoncer dans ses parties intimes.
Le lycanthrope tomba à genoux. Il avait beau être plus résistant que les autres sorciers grâce à sa maladie, Altaïr avait tout de même les mêmes failles que les autres hommes. Romanov attrapa son visage d'une main par les joues et l'obligea à le regarder.
« Ne me parle plus jamais comme ça. »
L'ordre était dur, simple. Altaïr voyait à cet instant ce que les autres étudiants de Durmstrang devaient voir habituellement pour craindre autant le Russe. Son regard froid et son expression autoritaire montraient parfaitement son statut de tsarévitch, prince impérial de Russie. Altaïr avait vraiment un don pour agacer les mauvaises personnes.
« Excuse-toi. »
Altaïr ne répondit pas. Sa fierté était déjà suffisamment brisée ainsi, il ne voulait pas s'abaisser davantage face à Romanov. La prise sur son visage se fit plus dure encore, lui tirant une grimace. Il avait l'impression de redevenir ce petit garçon tremblotant de peur dans les cachots de Cygnus, craignant pour sa vie et sa sécurité. Le mur derrière Romanov semblait se rapprocher lentement d'eux, d'ici quelques secondes, ce dernier serait écrasé contre Altaïr. Il ferma les yeux, tentant de retrouver son calme et d'oublier la noirceur de ce couloir étroit.
« Obéis. »
Altaïr recula brusquement, l'arrière de sa tête frappant avec force le mur derrière lui. Mais au moins, Romanov avait perdu sa prise sur son visage. Le Russe se figea en voyant de la terreur pure dans le regard de l'autre adolescent. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait pour que le comportement de l'autre garçon change radicalement d'un opposé à un autre, passant d'agressif et insoumis à apeuré et craintif.
Altaïr sembla soudainement revenir à lui. Il se redressa vivement et zieuta les alentours avant de redonner toute son attention à Romanov. L'ordre, en plus de la situation, l'avait renvoyé dans ses mauvais souvenirs. Pourquoi fallait-il que l'ordre préféré de Cygnus soit le même que celui de James Potter et, visiblement, aussi celui de Romanov. Il haïssait ce mot.
« Ne me dis plus jamais de t'obéir. »
Une lueur de compréhension s'alluma dans le regard de Mickhaïl. Ce n'était pas parce qu'il ne fournissait aucun effort en classe qu'il était stupide. Ce n'était pas difficile de faire le lien entre la précédente conversation sur les maltraitances du tuteur d'Altaïr ou non et sa réaction face à l'odre.
« Si tu ne veux pas que je te le rappelle, alors fais-le juste. » sourit d'un air faussement compatissant le Russe. «Tiens, je veux tout pour demain soir. »
Romanov jeta le contenu de son sac à ses pieds, les feuilles se dispersant sur le sol. Altaïr grimaça, il était pathétique ainsi à genoux devant son opposant, se faisant traiter comme un moins-que-rien.
« Ce n'est pas parce que tes deux amis pathétiques te parlent à nouveau que tu dois prendre la confiance, Black. Ne m'oblige pas à reprendre ton dressage et continue d'agir comme le bon petit chien que tu es. » ricanna Romanov, lui tapotant le dessus de la tête dans un geste humiliant.
Altaïr résista à l'envie de mordre la main. Après tout, les chiens pouvaient bien mordre leur maître de temps en temps. Cependant, il ne voulait pas avoir plus de problème. Alors, tentant d'oublier sa fierté blessée, il ramassa les feuilles de cours éparpillés sur le sol et reprit sa route vers sa salle de classe. Il allait être en retard.
Chapitre 21
26 janvier 1990
Depuis leur dispute, les raports entre Altaïr et Romanov étaient redevenus aussi froids qu'aux débuts. Pourtant, il ne s'en plaignait pas. Altaïr était mal à l'aise lorsque le Russe faisait semblant qu'il existait une quelconque complicité entre eux. Au moins maintenant, les apparances correspondaient à la réalité de leurs rapports.
C'est pourquoi il ne fut pas surpris lorsque Romanov l'avait trouvé à la sortie du réfectoire et l'avait attiré dans un couloir peu emprunté. Apparemment, le Russe avait reçu une remarque pour avoir bâclé la fin de son devoir, malgré un début prometteur. Altaïr résista à l'envie de sourire en apprenant que, comme il le pensait, Georgiev semblait être le seul professeur de cette école à ne pas baiser les pieds de Romanov. Il était bien le seul qui osait ne pas mettre un vingt à chaque devoir du tsarévitch.
Altaïr savait qu'il avait raté le dernier essai de potion avant même de le donner à Romanov. Il s'était endormi sur sa copie à cause du manque de sommeil. Viktor qui avait assisté à la scène disait que cela ressemblait plus à un malaise qu'une simple sieste, mais Altaïr ne faisait pas vraiment attention à tout son babillage.
Altaïr ne s'excusa pas, Mickhaïl n'avait qu'à pas lui donner quatre devoirs à faire en moins de deux jours. C'était inhumain comme rythme de travail, lorsqu'on ajoutait à cela ses propres exercices et ses cours.
Une fois à l'écart, Romanov lui avait clairement fait comprendre que ses prochaines notes avaient intérêt à être meilleures.
« Putain mais ils sont où les dix-neuf et les vingt ? J'ai eu treize, toquard ! » s'était insurgé Mikhaïl. « A la prochaine erreur, notre accord saute. Compris ? »
Altaïr avait même reçu quelques coups et une belle ecchymose sur la pommette gauche. Cependant, c'était bien le cadet de ses soucis pour le moment. Il avait passé le reste de la journée dans sa chambre à rédiger ses propres devoirs qu'il n'avait plus réellement le temps de faire dernièrement.
Pourtant, il était bien plus concentré pour trouver une idée pour résoudre cette situation que sur ses devoirs. L'aide de Karkaroff mettait trop de temps à venir. Altaïr sentait qu'il approchait ses limites et bientôt, il n'arriverait plus à tenir le rythme. Il n'aurait pas dû habituer Romanov à obtenir de si bonnes notes. Désormais, la moindre baisse de régime se faisait ressentir.
Ce fut vers 15h qu'il sortit de ses pensées, entendant des bruits suspects venir d'un étage plus bas que le sien. Habituellement, les dortoirs étaient complètement vides l'après-midi, surtout lorsqu'il s'agissait d'un week-end de sortie au village. Agacé par les cris et les bruits sourds, Altaïr décida de descendre voir ce qu'il se tramait à l'étage inférieur. Il allait engueuler les autres étudiants qui faisaient bien trop de bruit avec leur bataille de polochons. Il n'arrivait même plus à travailler correctement.
Il descendit les escaliers jusqu'à arriver devant la porte d'où provenaient les sons. Altaïr poussa la porte du dortoir, tentant de ne pas paniquer en réalisant qu'il s'agissait de la chambre de Lev.
Lorsqu'Altaïr poussa la porte, il découvrit avec horreur Lev allongé sur le ventre et plaqué sur son matelas par trois adolescents plus âgés que lui. L'un lui tenait les mains et les deux autres bloquaient ses jambes. Entre celle-ci, se trouvait Romanov qui jeta un sortilège de disparition au pantalon de son ami au moment même où Altaïr ouvrait la porte, le laissant en caleçon.
Altaïr tâta sa poche et réalisa qu'il avait bêtement oublié sa baguette sur sa table de nuit. Maudissant sa stupidité et sa négligence, Altaïr frappa d'une droite bien placée le menton de Romanov. Ce dernier tituba en arrière, mais l'Anglais ne le laissa pas s'effondrer, l'attrapant par le col de sa chemise et frappant de sa tête le nez de Mikhaïl.
Altaïr ne put cependant pas aller plus loin. Les deux adolescents qui maintenaient jusque-là les jambes de Lev l'attrapèrent chacun par un bras et le reculèrent de quelques pas. Mikhaïl se redressa difficilement et pendant qu'il essuyait le sang qui coulait de son nez, le troisième russe se décala pour appuyer de son genou entre les omoplates de Lev qui avait recommencé à se débattre.
Il donnait des coups de pieds dans tous les sens, mais Romanov lui lança un sortilège afin de l'immobiliser et Altaïr cru mourir de l'intérieur en croisant le regard terrifié de son ami. Tout cela était de sa faute à lui, alors pourquoi est-ce que ce n'était pas lui qui souffrait, il ne comprenait pas. Toute sa vie, son père, puis Cedrella Prewett et enfin Cygnus l'avaient accusé à tort et puni pour cela. Alors pourquoi est-ce que pour une fois qu'il était fautif, ce n'était pas lui qui se faisait humilier mais une personne qui n'avait rien à voir avec la situation présente.
« Arrête ! Arrête ! Je suis désolé, c'est de ma faute. T'auras plus de putain de quinze, t'auras que des vingts maintenant ! Mais je t'en supplie, lâche-le. »
Altaïr suppliait, criait, demandait pardon encore et encore, mais Romanov n'en souriait que plus. Voir cet enfant effronté se ridiculiser devant lui était incroyablement plaisant. Alors, sans prendre en compte ses suppliques, il fit disparaître le caleçon du garçon sous lui et sortit son sexe à moitié dur de son propre pantalon.
Altaïr vit avec horreur cet horrible adolescent se masturber en touchant de son autre main les fesses de son ami. Il ne pouvait pas en voir d'avantage. Il refusait de le voir aller plus loin. C'était imposible, ça ne pouvait pas arriver.
« Stop ! Stop ! Le touche pas ! » cria-t-il à plein poumons.
Une vague de magie sauvage traversa soudainement la pièce. Les deux adolescents qui le maintenaient alors en place furent repoussés en arrière alors qu'un vent puissant propulsa Romanonv à l'autre bout de la pièce. Ce dernier hurla de rage et leva sa baguette vers Altaïr, redressant de son autre main son pantalon sur ses hanches.
Altaïr se plaqua au sol pour éviter un premier sort et bondit en avant pour essayer d'attraper la baguette de Lev qui était tombé au sol pendant son agression. Romanov avait facilement anticipé son action, Altaïr cria en sentant un Reducto toucher sa cuisse. Cependant, il ne se laissa pas abattre, il avait déjà vu pire. Alors il lança sort sur sort, se battant comme un lion contre ses quatre opposants. La rage réveillait en lui une énergie brute et puissante qu'il ne se connaissait pas.
Grâce à d'habiles esquives et attaques, Altaïr réussit à sonner l'un de ses agresseurs tandis qu'un second était pétrifié par un sortilège et tombait lourdement au sol. Grâce à un réflexe inespéré, l'Anglais dressa juste à temps un bouclier autour de Lev, l'empêchant de recevoir un sortilège de découpe. Il était toujours pétrifié sur le lit. Enervé qu'on sent prenne à un adolescent incapable de se défendre, Altaïr lança son plus puissant Stupefix au dernier complice de Romanov. Il ne restait plus qu'eux deux debout, mais Mickhaïl n'était pas près de se laisser faire.
Finalement, Altaïr profita d'une seconde d'inatention de la part du Russe pour reprendre le dessus dans le duel. Romanov n'avait pas réussi à remonter son pantalon et son caleçon plus haut que le milieu de ses cuisses, trop occupé à se défendre. Il trébucha bêtement sur le bas de son vêtement et ne vit pas le sortilège de découpe d'Altaïr se diriger droit vers lui.
« Diffindo ! » cria Altaïr en pronçant un sortilège qui lui venait au hasard à l'esprit.
Le jet rose qui visait initialement le genou du Russe se retrouva subitement au niveau de son entrejambe lorsque ce dernier perdit l'équilibre. Altaïr fut plus que surpris lorsque son sort de découpe atteignit le membre désormais flasque de son adversaire. Une grimace de dégoût lui échappa lorsqu'il vit le bout de chair tomber au sol. Pourtant, le hurlement de douleur que poussa Romanov en tombant au sol le satisfit pleinement. Ça lui ferait du bien de descendre de son putain de piedestal pour une fois.
Le duel terminé, Altaïr se précipita vers son ami, le libéra de son sortilège d'entrave et l'enroula dans sa couverture pour le couvrir. Il était aisé de faire disparaître des vêtements, mais bien plus dur d'en faire apparaître directement sur une personne. Altaïr n'avait pas encore le niveau pour cela et le regrettait amèrement.
Lev fondit en larmes, encore sous le choc des derniers évènements et ne comprenant toujours pas là totalité de la situation. Altaïr se jeta presque sur lui, le serrant si fort contre son torse qu'il pensa un instant avoir blessé Lev. Mais à peine eut-il un peu relâcher sa prise, que ce dernier s'aggripa d'autant plus fort à son uniforme. Altaïr ressera ses bras autour de lui, murmurant des paroles réconfortantes et des excuses à son oreille, le laissant pleurer toutes les larmes de son corps contre son torse.
Toute son attention focalisée sur son meilleur ami, Altaïr ne sentit pas Romanov se mouvoir lentement dans son dos. Cependant, il entendit parfaitement le sortilège qu'il lui lança dans le dos, tout comme Lev. Le Bulgare tenta de se dégager de sa prise pour attraper sa baguette et le défendre, mais Altaïr l'en empêcha. Il refusait que son ami apperçoive la moindre parcelle des dégâts qu'il venait de faire dans la pièce pour le défendre et le venger. Alors il ne fit que le serrer davantage
« Doloris ! »
Lorsque l'Impardonnable l'atteignit, Altaïr resserra sa prise autour de son ami, plaçant une main à l'arrière de son crâne pour le presser contre son torse. Ses membres tremblaient et s'il n'était pas déjà au sol, il se serait certainement effondré. Mais Altaïr était habitué à la torture. Il était facile pour lui de deviner que c'était la première fois que le Russe lançait ce sortilège, ça n'avait rien à voir avec ceux de Cygnus. Romanov ne savait pas encore comment mettre de la puissance dans sa malédiction, il ne savait pas comment canaliser sa haine.
« Tout va bien, tout va bien. » marmonnait Altaïr entre deux gémissements, comme un mantra, aussi bien pour rassurer Lev que lui-même.
Lorsque Romanov fut complètement vidé de son énergie par le sortilège, tous les muscles d'Altaïr se détendirent en même temps, relâchant sa prise sur Lev. Dans des gestes ralentits par la douleur, Altaïr décalla son ami de telle sorte que lorsqu'il se leva, le Bulgare soit face au mur et ne puisse pas voir la pièce.
« Ferme les yeux. » chuchota-t-il.
Lev, toujours sous le choc des derniers évènements, obéit sagement, fermant ses paupières avec force. D'un pas chancelant à cause de la douleur, Altaïr se traîna jusqu'à Romanov. D'un coup de pied, il frappa la main du Russe afin qu'il lâche sa baguette. L'Anglais aggripa l'autre adolescent par le col et le releva, le portant presque tant les jambes de l'autre étaient faibles. Il le plaqua contre le mur le plus proche, juste à côté d'une vitre qui s'était brisée pendant le combat.
« Dans un duel, ne lance que des sorts que tu maîtrises. Parce que celui-là, tu ne sais vraiment pas comment le jeter. » ricanna-t-il amèrement. « Je déteste ce sort, tu sais pourquoi ? » Altaïr n'attendit pas sa réponse pour poursuivre. « Parce que quand il est bien lancé, tu oublies tout, tu peux juste te tordre sur le sol et t'es prêt à t'arracher la peau pour retirer les lames de rasoir qui parcourent tes veines. Mais tu ne peux rien faire, parce que l'électricté qui s'empare de chaque nerfs de ton corps te paralyse complètement. Alors pour oublier la douleur, tu frappes le sol encore et encore avec ta tête, l'écrasant sur le sol jusqu'à ce qu'il se recouvre de sang. Parce que c'est la seule partie de ton corps qui t'obéis encore. Et alors, c'est à ce moment-là que tu espères comme jamais tu n'as rien espéré de ta misérable vie, que la folie va t'emporter et te faire oublier toute cette merde. »
Altaïr jubila face au regard de pure terreur que Romanov lui lança. Visiblement, il ne voulait pas expérimenter ce sort, surtout venant de quelqu'un qui semblait si bien en connaître les effets.
« Mais comme dis, tu as de la chance, je déteste ce sort. » ricanna-t-il. « Alors que devrais-je faire à la place ? » réfléchit Altaïr en avisant les cuisses du Russe recouvertes de sang. Il ne savait pas à quel moment il avait réussit à cautériser la plaie laissée par son sortilège de découpe, mais Altaïr jugea ce geste intelligent, il serait peut-être déjà mort d'une hémorragie.
« Pitié. » supplia Romanov, la voix étranglée par la prise de l'Anglais sur son col.
« Pitié ? Tu me demandes d'agir avec pitié ? » cracha Altaïr. « Est-ce que tu sais seulement ce que c'est ? Est-ce que toi, tu as eu pitié de Lev ? » le regard coupable de l'autre répondit à sa place. « C'est bien ce que je pensais. »
Altaïr le bouscula vers la droite. Romanov cria lorsqu'il se sentit basculer dans le vide à travers la fenêtre brisée. Il s'accrocha de toutes ses forces au rebord de la fenêtre recouvert de morceaux de verre.
« Tu me dégoutes Romanov, je devrai t'arracher la gorge avec mes dents. » grogna Altaïr.
Sa part lupine lui hurlait de venger le membre de sa meute qui se trouvait juste derrière lui, traumatisé et humilié. Planter ses crocs dans le cou pâle du Russe était extrêmement tentant. Visiblement, ses glamours avaient sauté durant le duel, il pouvait sentir ses caninces frôler sa lèvres inférieur lorsqu'il parlait. Le visage pâlissant encore davantage si cela était possible de Romanov n'était qu'un signe de plus, ses yeux carmins semblaient le faire paniquer un peu plus.
Cependant Altaïr se reprit en main lorsqu'il entendit des cris venir de l'extérieur. Certains élèves avaient vu le Russe penché par la fenêtre, à deux doigts de tomber dans le vide, et appelaient déjà des professeurs.
« J'espère pour toi que quelqu'un t'aime assez pour ne pas te laisser t'écraser. » cracha Altaïr en déserrant sa prise sur son col.
Altaïr vit comme au ralentit le garçon basculer en arrière, désormais le destin de Romanov n'était plus de son ressort. Lorsqu'il se détourna de la fenêtre, Altaïr ne fut pas surpris de découvrir que les trois amis de Romanov avaient réussi à s'enfuire. C'était mieux ainsi, au moins il n'aurait pas à résister à la tentation de les balancer par la fenêtre eux-aussi.
L'Anglais était sur le point de rejoindre son ami lorsqu'il vit du coin de l'œil le pénis et les testicules qu'il avait retirés à Romanov. Cette chose le dégoûtait au plus au point et il refusait que Lev puisse la voir encore une fois. Alors il la réduisit en bouillie d'un Expulso, se retenant de ne pas lancer un Incendio au milieu des dortoirs.
Lorsqu'il retourna auprès de Lev, Altaïr fut satisfait de constater qu'il fixait toujours le mur face à lui. Au moins, il n'avait pas vu le duel et encore moins le carnage que le lycanthrope avait fait par haine et vengeance. Pourtant, les larmes silencieuses qui coulaient sur ses joues ne le rassurèrent pas le moins du monde. Lev semblait comme en transe. Alors Altaïr s'assit une nouvelle fois face à lui et l'atira contre lui, tentant veinement de le rassurer.
Altaïr ne sut pas vraiment combien de temps ils restèrent blottis ainsi à même le sol du dortoir. Cependant cela lui parrut bien trop court lorsque des bruits de pas précipités résonnèrent dans les escaliers. Quelques secondes plus tard, deux professeurs déboulaient dans la pièce, à bout de souffle.
Leurs regards se posèrent immédiatement sur les deux garçons blottis dans un coin de la pièce, les draps froissés du lit, les jambes nues de Lev qui dépassait de sa couette, la fenêtre brisée et la tâche de sang qui se trouvait en dessous, les blessures d'Altaïr dû aux combats. Les professeurs comprirent plus ou moins la situation ici.
« Mr Black, Mr Kaminski, allez à l'infirmerie avec Mrs Balov. »
Altaïr jeta un regard noir au professeur pour son manque de tact. Cependant il ne fit aucune remarque lorsqu'il remarqua que Lev hochait de la tête et s'apprêtait à leur obéir.
« Vous pourriez au moins faire semblant de fermer les yeux, les deux pédophiles. » grogna-t-il finalement, voyant qu'aucun d'eux ne quittait la pièce lorsque Lev fit mine de chercher des vêtements dans son armoire.
Gênés au possible, les deux enseignants se précipitèrent hors du dortoir et refermèrent la porte derrière eux. Altaïr se releva difficilement, maintenant que l'adrénaline retombait, la douleur se réveillait dans ses membres. Le plus dur était certainement de bouger sa jambe droite. Un sortilège de réduction de la part de Romanov lui avait déchiqueter une partie de sa cuisse. Altaïr se dit qu'au moins, ce n'était pas la jambe gauche où des traces de griffures s'étendant sur une vingtaine de centimètres. Il s'était infligé ces cicatrices lors de sa première pleine lune. Au moins, sur la cuisse droite, son pantalon déchiré ne risquait pas de révéler une plaie compromettante.
Lorsqu'il réussit à se mettre sur pied, Altaïr se tourna vers la fenêtre brisée pour donner de l'intimité à Lev. Il se rapprocha de cette dernière et regarda au travers mais ne vit aucune trace de Romanov dix étages plus bas. Il avait dû réussir à se sauver lui-même, ou bien quelqu'un lui avait lancé un sortilège de lévitation à temps.
« C'est bon, on peut y aller. »
La voix de Lev le sortit soudainement de ses pensées. Ce dernier se tenait calmement près de la porte, comme si rien de ce qui venait de se dérouler ici ne l'atteignait. Cependant Altaïr ne fut pas duppe, Lev était doué pour détecter les mensonges, mais très mauvais pour en faire. Ses doigts tremblaient et il machouillait sa lèvre inférieure.
Altaïr s'approcha de lui et prit sa main dans la sienne. Il n'était pas doué pour réconforter les gens et n'aimait pas les contacts physiques. Mais à cet instant, Lev semblait au fond du gouffre, alors il mit ses reluctances de côté pour le soutenir pleinement.
« Tu vas couper ta lèvre, défoule toi plutôt sur ma main. » lui sourit-il en le tirant à l'extérieur du dortoir.
La professeur Balov les suivit dans les escaliers alors que le second enseignant retournait dans la chambre. Lev finit par obéir inconsciemment à Altaïr, gardant sa bouche close tandis que l'ongle de son pouce creusait dans la paume de son ami. Black ne fit aucune remarque, serrant simplement les dents alors qu'il sentait sa peau s'ouvrir, quelques gouttes de sang coulant le long de ses doigts.
Altaïr accompagna son ami jusqu'à l'infirmerie. Là-bas, Mrs Smirnova prit rapidement Lev en charge. Ce ne fut qu'une fois son ami endormi grâce à une potion de sommeil sans rêve qu'elle se tourna vers lui.
L'infirmière lui tendit trois potions qu'Altaïr mit un peu moins d'une minute à reconnaître. Son esprit était cotonneux et avait du mal à analyser rapidement la situation. Habituellement, identifier les potions de régénration sanguine, d'antidouleur et pour stopper les saignements ne lui aurait pris qu'une poignée de secondes.
Le lycanthrope les avala rapidement sans rechigner. Cependant, il n'eut pas le temps de rejoindre le lit que Smirnova lui indiquiat puisque déjà, la professeur l'ayant accompagné jusqu'ici montrait des signes d'impatience.
« Le directeur nous attend, il recevra des soins plus tard. »
L'infirmière était sur le point de protester, mais Altaïr ne lui en laissa pas le temps. Il avait déjà fait suffisamment de vague ainsi. Altaïr coopéra donc rapidement avec la professeur qui l'attendait en trépignant du pied. L'infirmerie semblait contrarié par cette décision, lui aussi il était blessé après tout. Mais visiblement ce n'était pas assez grave pour la professeur.
Altaïr et l'enseignante croisièrent le père de Lev au détour d'un couloir, ce dernier se dirigeant vers l'infirmerie. Il salua le jeune Black, se souvenant vaguement l'avoir rencontré l'année précédente lors des réunions parents-professeurs. Il était un ami de son fils. Altaïr baissa la tête mais lui retourna tout de même le bonjour, il se sentait coupable de ce qui était arrivé à Lev.
La professeur le conduisit jusqu'au bureau du directeur avant de s'éclipser, elle avait déjà envoyé son témoignage par Patronus à son patron. Altaïr découvrit avec surprise que beaucoup de monde se trouvait dans ce bureau. Apparemment, lorsqu'il s'agissait du fils du Tsar de Russie, les choses allaient très vite. Contrairement à son cas où l'infirmaière avait mis des mois à faire remonter ses suspicions d'abus parentaux au directeur.
Le père de Mikhaïl et ceux des trois autres Russes se tenaient d'un côté de la salle. Son professeur principal et celui des autres élèves étaient derrière le bureau aux côtés de Karkarov. Altaïr était heureux qu'après qu'il ait dénoncé au directeur son précédent professeur pour avoir ignoré ses avertissements, ce dernier avait perdu en responsabilité. Georgiev avait donc repris la tête de sa classe. Au moins ce professeur-là saurait se montrer neutre, voire même pourrait le soutenir. Georgiev le salua d'un signe de tête que l'élève lui rendit.
Devant le bureau, sur trois chaises allignés se trouvaient les trois amis de Mickhaïl et une quatrième place, encore vide, lui était certainement réservée. Le dit Mickhaïl était quant à lui absent, certainement avait-il été transféré depuis l'infirmerie à l'hopital afin de mieux soigner ses plaies.
Altaïr remarqua amèrement que contrairement à lui, les trois autres adolescents semblaient au moins avoir eu droit à des soins de premiers secours et des potions anti-douleur. L'Anglais se souvenait que l'un d'eux avait un œil au beurre noir et pourtant, ils avaient tous trois le visage exempt de blessure. Lui aussi apprécierait recevoir des soins. Altaïr ne savait même pas s'il arriverait à correctement s'asseoir avec la plaie à l'arrière de sa cuisse, heureusement qu'elle se trouvait proche du pli de son genou et non de son fessier.
L'adolescent reconnut également la mère de Lev. Certainement que les deux parents s'étaient séparés pour gérer la réunion tout en restant auprès de leur fils. La sorcière était droite sur son siège et l'expression chaleureuse qu'elle arborait lors de leur précédente rencontre avait disparu de ses traits. Elle était stoïque, froide, sévère. Mrs Kaminski ne semblait pas être le genre de personne qu'on souhaite avoir en ennemi et surtout, elle ne détournait pas les yeux face au Tsar, contrairement aux autres hommes de la pièce. Altaïr l'admirait déjà alors qu'il ne la connaissait qu'à peine.
Cependant, ce qui attira réellement le regard d'Altaïr, fut la présence de Cygnus à l'opposé des Russes, juste à côté de la mère de Lev. Ce dernier fusillait du regard Karkarov, il avait encore sa trahison en travers de la gorge. Ce traître avait balancé sa fille aux Aurors en plus de nombreux autres Mangemorts. Mais lorsqu'Altaïr pénétra dans la pièce, toute son attention se dirigea vers lui.
Le garçon croisa le regard de Cygnus et cela le figea. Il semblait hors de lui, jamais encore il n'avait eu un regard aussi haineux, aussi colérique et aussi prometteur d'une belle punition. Altaïr était terrifié et n'arrivait pas à quitter du regard son tuteur. Il avait l'impression qu'en regardant ailleurs, ce dernier pourrait l'attaquer dans le dos. C'était stupide, Altaïr le savait et pourtant, il ne pouvait empêcher la peur de le figer sur place.
Pourtant ici, Cygnus ne pouvait rien faire. Entouré de professeurs et de la famille royale russe, il était pieds et poings liés. Il devrait se comporter en parfait tuteur, comme il le faisait toujours lorsque cela importait. Il jouerait son rôle à la perfection ici, Cygnus ne perderait pas la face. C'est pourquoi il détourna son regard contrarié d'Altaïr pour le reporter sur Karkarov, encore.
Altaïr ne remarqua même pas que Cygnus avait cessé de le fixer, paralysé dans son étrange transe. Ce ne fut que lorsque la porte claqua derrière lui, qu'il sortit brusquement de sa paralysie et quitta Cygnus du regard. Le garçon rejoignit enfin son siège, grimaçant lorsque sa jambe toucha le cuir de la chaise. Au moins, le froid soulageait quelque peu la douleur, tentait de positiver Altaïr.
« Tout d'abord, je voudrais écouter vos versions des faits, chacun votre tour. Mr Petrov, vous êtes le premier. » commença Karkarov.
Le garçon créa un récit rempli d'incohérences qui fit grimacer son père derrière lui. Cela amusa quelque peu Altaïr de constater que même ce dernier semblait réaliser que son fils mentait et n'était pas blanc comme neige dans cette affaire. Un récit où les quatre Russes étaient complètement innocents et où Altaïr les attaquaient sans aucune raison ou scrupule. Les deux autres Russes récitèrent le même scénario, répétant bêtement celui de leur ami.
« Bien, Mr Black, à vous. » soupira Karkarov en frotant sa barbe.
« J'ai surpris Romanov en train d'essayer de violer mon meilleur ami alors que ces trois-là le maintenaient immobile.
- Menteur ! » s'écria le père de Mikhaïl. « Ce petit con essaye de diffamer mon… »
A la plus grande surprise d'Altaïr, Cygnus prit sa défense. Ce dernier jouant à la perfection le rôle de tuteur qu'on attendait de lui.
« Mr Romanov, il suffit. Je ne suis pas intervenu lorsque ces trois gosses ont accusé Altaïr. Je pense qu'il n'est pas trop demander d'en attendre autant de votre part. »
Le Russe sembla prêt à répondre et poursuivre sa diatribe, mais Georgiev lui coupa l'herbe sous les pieds.
« Mr Black, poursuivez. »
Altaïr jeta un regard incertain au tsar avant de finalement reprendre son récit.
« Je n'avais pas ma baguette sur moi, alors j'ai frappé Romanov. Ces deux-là m'ont attrapé et m'ont maintenu en place pendant que Romanov continuait de déshabiller Lev. Il s'est masturbé en le tripotant. J'ai perdu le contrôle de ma magie ce qui les a fait me lâcher et qui a repoussé Romanov loin de Lev. J'ai attrapé la baguette de Lev qui était alors la plus proche et Romanov m'a attaqué. On s'est battu en quatre contre un, j'ai gagné. » sourit-il en lançant un regard moqueur aux trois Russes qui se renfrognèrent.
« Est-ce tout ? »
Visiblement, Karkaroff en attendait un peu plus. Altaïr réfléchit un instant avant de répondre. Cela ne servait à rien de mentir de toute façon, à part pour le mettre plus tard dans l'embaras.
« J'ai lancé un Diffindo à Romanov qui lui a coupé la queue, enfin c'était un accident, je visais le genou. Et je l'ai jeté par la fenêtre. Ces trois-là se sont enfuis. »
Un silence presque religieux s'installa dans la pièce, tous assimilant avec difficultés les propos du deuxième année. Ce n'était pas de petites accusations qu'il faisait et ses propres agissements ne semblaient pas non plus le secouer plus que cela.
Puis, le silence fut brisé par un éclat de rire. C'était Cygnus, sans surprise, qui trouvait cette situation bien plus amusante que grave.
« Ah, la folie des Black. Altaïr est bien notre digne héritier. » se remit-il à rire.
Karkaroff soupira, il connaissait bien Cygnus et savait très bien que comme pour sa fille Bellatrix, il n'y avait rien à faire lorsqu'ils étaient dans cet état à part attendre. Les autres membres de la pièce lui firent comprendre que son amusement était déplacé et petit à petit, le Black se calma.
Il n'y avait qu'Altaïr qui n'avait eu aucune réaction en l'entendant rire ainsi, bien trop choqué d'avoir été appelé « digne héritier » par cet homme. Il lui répétait sans cesse qu'il n'était qu'un vaurien et il avait suffit d'agir sur un coup de folie pour que soudainement, Cygnus reconnaisse sa valeur. C'était si frustrant. Des mois d'études acharnées, une éducation presque parfaite et une maturité précoce n'avaient jamais fait avouer cela à Cygnus. Mais couper le sexe d'un homme, visiblement, ça, ça en valait la peine. Altaïr était dégouté.
Lorsque le calme revint, Georgiev décida de revenir au sujet principal de la conversation et de se reconcentrer sur Altaïr et ses actions.
« Avez-vous conscience, Mr Black, que Mr Romanov aurait pu ne pas survivre à sa chute si une élève ne l'avait pas arrêté à temps.
- J'aurai pu lui faire bien pire, vous n'imaginez même pas à quel point j'ai dû me contrôler pour ne faire que ça. Et je savais qu'il y avait des gens en bas, je les ai entendus. » répondit effrontément Altaïr à son directeur, le faisant soupirer d'exaspération. Le garçon s'enfonçait.
« Où se trouve Mr Kaminski ? Son témoignage pourrait être utile. » proposa la professeur principale des trois Russes.
Altaïr serra des dents et il sentit la mère de Lev faire de même à ses côtés. Cette professeur était sans cœur ou bien n'avait-elle pas conscience qu'il était extrêmement dur pour une victime de parler de ce genre de traumatisme, d'autant plus pour un homme.
« Il se repose à l'infirmerie. Il a besoin d'un peu de calme et de sommeil. » répondit la mère du garçon en grinçant des dents.
« Il dort ? » se moqua l'un des pères. Il sous-entendait clairement qu'après tout cela, un enfant normal ne devrait pas pouvoir dormir et remettait en doute les paroles de l'Anglais.
« Oui il dort. » Altaïr qui se permit de poursuivre la défense de son ami. « Il dort parce qu'il était épuisé d'avoir pleuré. Il dort parce que l'infirmière lui a fourré de force une potion de sommeil sans rêve dans la gorge. Il dort parce que c'est mieux pour lui de ne pas réfléchir tout de suite à tout ce qu'il vient de subir. »
Le père perdit rapidement son sourire en coin alors que les trois professeurs soupiraient en cœur. Visiblement, aucun des partis impliqués dans cette affaire ne voulaient croire les propos de l'autre et bien que Karkarov soit plus enclin à croire Black, il ne pouvait pas agir n'importe comment devant le Tsar. D'un autre côté, la famille Kaminski était elle aussi très puissante, bien que cela soit d'une manière différente. Leur empire n'était pas politique ou militaire, mais économique. Karkaroff allait devoir jouer finement, il ne tenait pas à perdre son poste ou tout simplement, perdre sa tête.
« Et si nous visionions les souvenirs de ces quatre élèves ? Nous serons alors fixés. Avez-vous une pensine, Karkaroff ? »
Ce dernier sembla réfléchir longuement à la proposition de Cygnus. Il était étonnant de le voir si calme, surtout lorsque l'on connaissait son tempéramment explosif. Son fou rire n'était rien comparé à certains états psychiques qu'il pouvait atteindre dans ses mauvais jours. Karkaroff et Altaïr attendaient avec crainte le moment où il exploserait, s'attendant déjà au pire.
Finalement, le directeur approuva cette proposition et fit léviter sa pensine depuis l'un des placards de l'amoire.
« Je refuse qu'autant de personnes regardent les souvenirs de Lev se faisant aggreser. » s'opposa cependant la mère du garçon.
Altaïr approuva vivement. Il avait conscience qu'actuellement, il s'agissait de sa seule option pour sauver sa peau ou au moins, faire tomber Romanov avec lui. Cependant il lui était inadmissible que pour cela, une dizaine de personnes doivent voir son ami ainsi, surtout sans son consentement.
« On est ici pour que le directeur nous donne une punition juste. Pas pour vous convaincre que vos fils sont coupables ou non. Si vous voulez tant voir le prince se frotter au cul d'un mineur, vous n'aurez qu'à regarder les souvenirs de vos propres fils chez vous. Juste le directeur et moi. Sinon, il faudra attendre le réveil de Lev et lui demander son autorisation. » trancha Altaïr.
Tous semblaient maintenant extrêmement gênés. Ils n'avaient pas encore réellement réalisé la gravité des accusations et des faits. Ce garçon venait de leur exposé leur immaturité au visage.
« Bien que je sois d'accord avec le principe, je ne peux pas donner de sanctions seul, selon le règlement de l'école. Il me faut un témoin pour être certain de ne pas faire d'abus de pouvoir. Cela peut être votre tuteur si vous le souhaitez. »
Altaïr grimaça en se tournant vers Cygnus. Il avait un sourire en coin et avait visiblement très envie de voir son souvenir. Cependant Altaïr ne voulait pas lui donner cette satisfaction, peu importe la punition qui l'attendrait. Il tourna ensuite son attention vers Mrs Kaminski, mais elle secoua négativement la tête. Elle ne voulait pas voir son fils ainsi, elle souhaitait que s'il souhaite un jour la mettre au courant, alors ce serait à Lev de lui parler de tout ça.
« Non, je préfèrerais quelqu'un de neutre. Mr Georgiev, cela vous dérangerait-il d'aller dans la pensine avec nous ?
- Aucun souci.
- Bien. Alors placer votre souvenir dans la pensine, Mr Black. Nous en ferons de même avec l'un des vôtres. » décida Karkaroff en s'adressant au trois russes. « Etant donné que vous partagez la même version des faits, un seul de vos souvenirs sera nécessaire. Mr Petrov, êtes-vous d'accord ? »
Karkaroff s'adressa au premier garçon qu'il avait interrogé, celui qui était accusé d'avoir maintenu Lev sur le lit. Il hocha nerveusement de la tête, visiblement il était conscient que son mensonge n'allait bientôt plus tenir la route. Cela fit jubiller Altaïr, attendant avec hâte le moment où leurs pères comprendront qu'ils étaient bien pathétiques et indignes de leur rang.
« Je n'ai pas de baguette. Je n'ai pas eu le temps de la récupérer. »
Cygnus lui tendit la sienne d'un air renfrogné, voyant que c'est ce qui était attendu des autres adultes. Visiblement, il était toujours contrarié de ne pas pouvoir voir le souvenir de son pupille. Une fois la baguette en main, Altaïr la posa sur sa tempe, se remémora difficilement ses souvenirs et les extirpa lentement de son esprit. Il se pencha en avant pour les déposer dans la pensine. Puis il rendit sa baguette à Cygnus.
Karkaroff et Georgiev le rejoignirent devant le bassin en marbre, prêts à plonger. Le directeur compta jusqu'à trois et à son signal, ils trempèrent leurs index dans la surface laiteuse. Aussitôt, ils furent aspirés dans le souvenir d'Altaïr et quelques secondes plus tard, les trois sorciers étaient dans son dortoir.
Ils suivirent son fantôme du passé se rendre à l'étage inférieur, près à engueuler quelques élèves turbulents et surtout, trop bruyants. Cependant Karkaroff fronça des sourcils en réalisant que lui, n'entendait absolument aucun son. Il ne se pensait sourd et pourtant, il semblait être le seul à ne pas les entendre. Georgiev ne semblait pas aussi décontenancé que lui.
Mettant ce détail de côté pour l'instant, il poursuivit avec ses deux compères, le souvenir d'Altaïr jusqu'au dortoir de Lev Kaminski. Là, il ressentit la même colère qu'Altaïr sembla éprouver en découvrant la scène. Il remarqua du coin de l'œil que l'adolescent s'était tourné vers le mur de la chambre, plaquant ses mains sur ses oreilles et fermant les yeux avec force. Revivre se souvenir semblait être équivalent à vivre l'enfer pour lui et honnêtement, Igor avait envie de faire de même.
Il observa d'un air dégouté les adolescents maintenir Altaïr en face de Lev et de ses agresseurs, ils prenaient visiblement plaisir à le forcer à regarder cette scène. Altaïr criait, suppliait et Karkaroff crut même voir quelques larmes de frustration lui échapper. Il se débattait comme un beau diable et Igor crut même que le garçon allait réussir à échapper à la prise des deux russes à plusieurs reprises. Pourtant, ces derniers étaient bien plus grands et costauds que lui, alors les voir épprouver tant de difficultés à le maintenir en place était à la fois surprenant et quelque peu satisfaisant.
Un rire à sa droite le fit détourner son attention d'Altaïr pour la reporter sur Romanov. Se dernier riait à gorge déployée avec son acolyte alors qu'il ouvrait son propre pantalon, l'adolescent sous lui déjà à moitié nu. Karkaroff détourna le regard de cette scène répugnante et posa son regard sur les seules autres personnes de la pièce. Il remarqua alors que Georgiev semblait tout aussi dégoûté et semblait regarder partout, sauf en direction des enfants présents dans la pièce. Cela n'était pas très professionnel de leur part, puisqu'ils étaient censés juger leur comportement. Cependant c'était plus fort qu'eux, ils n'arrivaient pas à regarder cette scène.
Une grosse explosion retentit soudainement et bien que n'étant pas réellement dans la pièce, il sembla à Karkaroff que la magie de Black réussit à le souffler et le faire reculer d'un pas. Igor observa avec admiration le garçon se battre seul contre quatre garçons plus âgés que lui. Ses prouesses étaient remarquables, bien que de son œil expert, il remarquait quelques erreurs techniques.
Le directeur dut se retenir de toutes ses forces de ne pas sourire en assistant à l'émasculation de Romanov, même si ce n'était qu'un accident. Bien que désaprouvant jusqu'à maintenant le comportement d'Altaïr, Igor ne put qu'avouer qu'à sa place, il aurait fait bien pire.
Le souvenir se troubla finalement lorsque Lev commença à pleurer contre l'épaule d'Altaïr. Il venait d'être atteint par l'Impardonnable et son souvenir de cette scène était trouble. Certainement était-ce dû aux effets du sort sur le cerveau et les nerfs le reliant au reste de son corps.
Le souvenir redevint net lorsqu'Altaïr se redressa pour menacer Romanov et finalement le pousser par la fenêtre. Igor étant un ancien Mangemort, il connaissait les effets du sortilège de douleur sur le bout des doigts. Pour pouvoir aussi bien en décrire la sensation, il était évident qu'Altaïr l'ait déjà subi par le passé. Il ne l'avait pas simplement lu dans un livre.
Un léger bond dans le temps s'opéra, afin de préserver la pudeur de Lev et que ses professeurs ne le voyent pas en pleurs pendant cinq à dix minutes. Le souvenir reprit au moment où deux professeurs pénétrèrent dans la pièce. Karkaroff se fit une note mentale d'avoir plus tard une petite discussion avec eux. Leur manque de compassion évident et d'intérêt pour la situation était déplacé et indigne venant de professeurs.
Lorsqu'ils furent finalement éjectés de la pensine, Lev venait de s'endormir à l'infirmerie et Altaïr se dirigeait vers son bureau. Il fallut quelques secondes aux trois sorciers pour retrouver leurs esprits. Ils étaient tous les trois terriblement pâles et visiblement très secoués par les derniers évènements.
« Je crois que je vais vomir. »
Georgiev invoqua juste à temps une bassine devant Altaïr qui régurgita son repas de midi quelques secondes plus tard. Il fit ensuite disparaître le seau et lui tendit un verre d'eau, un sourire compatissant sur le visage. Altaïr n'avait pas regardé la scène, se contentant de fixer le mur tout du long. Cependant rien qu'entendre les pleurs de son ami, ses cris désespérés et les rires des trois autres étaient naturellement bien suffisants pour le secouer.
Les pères des quatre autres garçons palirent brusquement. Ils réalisaient que si la scène était assez horrible pour chambouler à ce point un garçon capable d'émasculer sans regret un camarade, alors peut-être, leurs fils n'étaient pas aussi innocents qu'ils le pensaient.
« Très sincèrement, je n'ai aucune envie de retourner dans cette pensine. » soupira finalement Karkaroff. « Vous trois, est-ce que vous continuez de contester la version de Mr Black et alors, devons-nous regarder vos souvenirs ? Ou alors, est-ce vous êtes prêts à reconnaître la vérité et nous éviter cette corvée ? »
Les trois garçons échangèrent quelques regards nerveux avant que l'un deux avoue finalement la vérité, au plus grand damne de leurs parents et plaisirs des autres sorciers. Igor passa une main las sur son visage, il ne pouvait définitivement plus ignorer le problème désormais. Les événements étaient bien trop graves, il aurait dû agir plus rapidement lorsqu'Altaïr était venu lui demander de l'aide.
« Anton, emmène-le à l'infirmerie maintenant qu'il a donné son témoignage. » demanda Karkaroff à son professeur de potions.
Altaïr se redressa vivement sur son siège, retenant une grimace de douleur face à son geste brusque. Il ne voulait pas être écarté de la discussion, qui sait ce que Cygnus pourrait faire dans son dos.
« Je vais bien. L'infirmière m'a donné les premiers soins. Ça saigne à peine. » protesta-t-il vivement. Cependant le regard sceptique de Georgiev vers les gouttes de sang qui longeaient les pieds de sa chaise pour s'écraser au sol en une petite flaque lui prouva qu'il n'était pas crédible. Visiblement, la plaie s'était rouverte à un moment donné.
« Vous avez subi le Doloris, vous ne devriez pas prendre ça à la légère. »
Altaïr se renfrogna alors que les autres adultes hoquetaient de surprise. L'appelation « Impardonnable » n'existait qu'au Royaume-Uni, mais ce n'était pas pour autant qu'en Estonie, ces sorts n'étaient pas régulés. L'utilisation de ces sortilèges nécessitait d'obtenir diveres autorisations. Des conditions qu'aucun des quatres jeunes Russes ne réunissaient.
« Doloris ? » begaya la mère de famille à sa droite. Ce garçon avait le même que son fils, comment avait-il pu subir ce sort et être assis comme si de rien n'était devant eux.
« Romanov ne sait même pas le lancer correctement, ça faisait à peine mal. » haussa-t-il des épaules. « Je ne tremble presque pas. » se défendit-il en montrant ses mains.
En effet, ses doigts tremlotaient à peine, ce n'était rien comparé aux malédictions de son tuteur. Même si cela, il n'était pas près de l'avouer. Altaïr se tint plus droit sur son siège, comme pour prouver qu'il pouvait parfaitement supporter cette discussion pendant des heures. Il ne parlerait pas des petites tâches de lumières qui apparaissaient par intermitances dans son champ de vision.
« Altaïr est fort. » se pavana Cygnus, bien que donner du crédit au garçon lui arrachait la bouche. « S'il le dit, alors il le supportera.
- Comment pouvez-vous ne pas vous inquiétez ? » s'indigna Mrs Kaminski à sa droite. « Il vient de subir un sortilège de torture, il n'est qu'un enfant. Comment pourrait-il aller bien ?
- Je suis présent et je peux répondre par moi-même. » signala Altaïr, qui n'aimait pas qu'on parle de lui comme s'il n'était pas là. « Et j'ai déjà vu pire. »
Voyant très bien que la mère de Lev allait encore une fois intervenir pour pousser le garçon à rejoindre l'infirmerie, Cygnus prit les devant pour la couper. Il n'aimait pas qu'elle pense qu'un Black soit faiblard au point de ne pas supporter quelques coups. Il n'avait pas élevé Altaïr ainsi.
« S'il peut survivre aux colères de notre Maître, alors ce n'est pas un mioche qui aura sa peau. » clot-il la conversation d'un ton sec. « Quelles sanctions attendent nos enfants ? » changea-t-il de sujet.
Les occupants de la pièce mirent du temps à se remettre de la bombe que venait de lâcher le Lord Black. Il venait de parler de son maître, soit Voldemort, le dernier Seigneur des Ténèbres anglais, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps. Si l'une des personnes ici présente venait à rapporter ces propos à la presse ou au gouvernement anglais, Cygnus pourrait avoir de gros problèmes avec la justice. A quel point ce pays était-il corrompu en faveur des Sangs-Purs si l'homme n'avait même pas besoin de surveiller ses propos.
De plus, Altaïr ne devait pas être très âgé à la chute du Seigneur des Ténèbres. Peut-être quatre ans, cinq tout au plus. Karkaroff savait par expérience à quel point les punitions du mage noir pouvait être rude. Il plaignait le garçon, il n'avait vraiment pas eu de chance de naître au sein des Black. Quelle genre de famille pourrait se vanter de la torture de leur héritier, un enfant, presque un bébé, et ne pas être toxique pour son développement.
Karkaroff soupira profondément, se frottant nerveusement l'arrête du nez. Il allait définitivement devoir mettre dans ses priorités le fait d'aider Altaïr à changer de tuteur. Lui qui voulait se tenir loin de cette famille, c'était râté.
« Alors ? » relança Cygnus, ne recevant toujours aucune réponse.
« Eh bien, ce n'est pas vraiment de mon ressort. Etant donné la gravité des faits, je vais devoir avertir les autorités estoniennes. Ce sera à un tribunal pour mineurs de décider des sorts de vos enfants. Mrs Kaminski, vous devrez voir avec eux si vous souhaitez porter plainte, abandonner les charges ou trouver un accord à l'amiable.
- Il est évident que nous porterons plainte. » répondit sèchement la sorcière, coupant l'herbe sous les pieds des quatre pères russes qui s'illuminaient déjà d'espoir en entendant les deux autres possibilités.
« Pour ce qui est de l'école, ce sera au conseil d'administration de décider lors d'une réunion si vous pouvez revenir à Durmtrang dans le cas où la Justice vous y juge apte. En attendant, considérez-vous comme renvoyés temporairement. Ma voix, en tant que directeur, vaut pour un tiers du résultat final. Je peux déjà vous dire que pour vous trois et Mr Romanov, mon vote sera contre vous. De plus, des mesures disciplinaires étant déjà en cours de discussion avec le corps professorals étant déjà en cours de discussion depuis une semaine à l'égard de votre fils, Mr Romanov, je ne peux que supposer que la sanction n'en sera que plus stricte. » expliqua Igor.
« Mesures disciplianaires ? » interrogea le Tsar.
« Pour chantage et menaces à caractères sexuelles. Visiblement, nous n'avons pas été assez rapides pour empêcher le pire de se produire. » gronda Igor. « Quant à vous Mr Black, vous êtes l'un des meilleurs éléments de notre école, j'espère que le conseil sera en votre faveur et que ce genre d'incident ne se reproduira plus. »
Les occupants semblèrent accusés difficilement la nouvelle. Tous sauf Altaïr et Kaminski qui semblaient plus ou moins satisfaits de cette sentence.
« Donc nous serons jugés en Estonie, puisque les faits se sont passés sur un sol autre que le nôtre ?
- Exact. »
Les quatre garçons grimacèrent. Les trois Russes avaient espéré pouvoir être jugés sur leur sol natal et ainsi profiter de l'influence du Tsar qui allait certainement étouffer l'affaire. Altaïr quant à lui connaissait les bases des systèmes carcéraux de ces deux pays. En Angleterre, il n'y avait qu'Azkaban pour emprisonner des criminels. Les mineurs n'y étaient jamais envoyés et il s'était imaginé qu'il ne serait condamné qu'à passer quelque temps dans la branche psychiatrique de Ste-Mangouste pour ensuite retrouver sa liberté. Cependant Altaïr avait conscience qu'en Estonie, les lois étaient différentes et surtout, les centres de redressement et les établissements pénitanciers pour mineurs y existaient.
« C'est dommage, le prince aurait pu être condamné pour homosexualité, dans son pays. » se moqua Altaïr, faisant évidemment référence aux exécutions sommaires et autoritaires qui régnaient dans ce pays.
Le Tsar grinça des dents mais ne répondit pas à la pic. La situation était bien trop catastrophique actuellement pour lui. Il comprenait que malgré son influence, Karkaroff n'allait pas le couvrir cette fois-ci puisque les Kaminski étaient également dans la balance. Il allait devoir résoudre la situation et vite, il ne fallait surtout pas que des rumeurs sur son fils circulent et entachent la réputation de la famille. La branche Moldue de celle-ci les avait déjà presque ruinés, Romanov ne tenait pas à ce que cela recommence.
Décidant qu'il en avait assez entendu ainsi, le Tsar et ses amis décidèrent de prendre congés, leurs enfants les suivaient de près. Ils allaient en voir de toutes les couleurs une fois chez eux.
Cygnus lança un regard noir à la femme à sa droite. Ne comprenait-elle pas que si elle retirait sa plainte, les Russes en profiteraient pour étouffer l'affaire. Par conséquent Altaïr non plus n'aurait pas de sentances. Mais à cause de cette femme, l'Anglais ne pouvait pas essayé de négocier avec l'autre parti ou avec le directeur. Il avait parfaitement conscience de terrifier Karkaroff, tout comme de nombreux autres Mangemorts. C'était le privilège d'être un Black.
Mais à cause de Kaminski, ce plan tombait à l'eau. Si Altaïr venait à se retrouver en prison pour mineur ou dans un centre éducatif, sa lycanthropie serait forcément découverte. Des bilans de santé étaient faits avant l'enfermement et même s'il venait à passer entre les mailles du filet, Altaïr ne pourrait plus cacher ses transformations. Au moins ce pays n'avait pas une politique de répression des hybrides aussi forte qu'en Angleterre. Ou du moins, en apparence.
Cygnus quitta brusquement son siège, faisant les cents pas dans le bureau du directeur. Son regard noir ne quittait pas le dos d'Altaïr, tous ses problèmes étaient causés par ce gamin. Si seulement lui tordre le cou pouvait tout arranger, ce serait si simple.
« Pour combien de temps risque-t-il de prendre ? » osa-t-il finalement demander.
« J'ai un frère avocat, je peux vous donner ses coordonnées. » proposa la mère de Lev, griffonant déjà sur un coin de calepin qu'elle sortit d'une des poche de sa cape. « Bien qu'il puisse être chargé pour tentative de meurtre, il y a des circonstances atténuantes.
- Quelles circonstances ? » questionna Cygnus, soudainement très intéressé.
« Tout d'abord, l'utilisation d'un Doloris sur sa personne, la tentative de vi…viol sur mon fils, le fait que ça n'a pas été prémédité, vos blessures physiques. Peut-être que des évènements traumatisants dans l'enfance peuvent aussi jouer en votre faveur. » Il était évident qu'elle faisait référence à la mention de Voldemort un peu plus tôt dans la discussion.
- Ça j'en ai plein. » marmonna Altaïr, mais seul Cygnus qui était juste à côté de lui l'entendit distinctement. Il se prit un coup de pied dans le tibia.
« Vous pourrez certainement trouver d'autres motifs avec mon frère. » expliqua la Bulgare.
Altaïr soupira, il n'était pas aussi certain qu'elle que ces circonstances soient réellement si atténuantes que ça.
« Oui, mais il y a aussi des facteurs aggravants. » grimaça-t-il.
« Il s'est déjà battu à l'école et a été viré d'un cours pour ça. » précisa Georgiev face au regard interrogateur de Kaminski.
« Si seulement c'était tout. » soupira Cygnus. « Ce n'est pas pour rien qu'il ne va pas à l'école en Angleterre. »
Altaïr grimaça, Cygnus faisait évidemment référence à la mort de sa cousine, Lucretia Prewett née Black. De plus, il était presque certain que James avait gardé quelque part des traces de ses rendez-vous psychiatriques. Cette thérapie était la conséquence de ses crises de colère et de l'agression de son petit-frère. Altaïr se demandait si Cygnus était aussi au courant de cela. L'homme répondit inconsciememnt à sa question quelques secondes plus tard.
« Avec ton putain de dossier psychiatrique, ce sera plus rapide de plaider la folie et te rendre pénalement irresponsable de tes actes que de prouver ton innocence. » railla-t-il.
Altaïr baissa la tête, humilié de se faire traiter ainsi devant ses professeurs et la mère de son meilleur ami. Georgiev, comprenant son trouble, s'empressa de changer de sujet et quitta son fauteuil.
« Il faut l'emmener à l'infirmerie. Si vous voulez utiliser ses blessures comme preuves au procès, il faudra un certificat de l'infirmière. »
Cygnus grogna son accord. Le potioniste proposa qu'Altaïr passe la nuit à l'infirmerie, afin de s'assurer que tout aille bien. Le lendemain, les autorités estoniennes voudraient certainement l'interroger. Cygnus devra regarder à ce moment-là s'il est possible pour le garçon de rentrer en Angleterre pour la durée de son renvoi. Il ne pourrait pas venir à Durmstrang avant que le conseil d'administration ne prenne une décision à ce sujet.
Cygnus accepta sans broncher, trop heureux de se débarrasser du gamin pour une soirée de plus. Il aurait tout le temps de lui faire sa fête pendant son renvoi. La mère de Lev partit en première vers l'infirmerie pour rejoindre son mari et son fils. Elle comprit que Karkaroff essayait de retenir le garçon un peu plus longtemps pour pouvoir lui parler seul à seul avec Georgiev. La sorcière ne pensait pas que le fait qu'ils soient les trois seuls à être allés dans la pensine soit étranger à cette petite réunion officieuse.
Cygnus en fit rapidement de même, rejoignant une petite pièce adjacente au bureau de Karkaroff. Il fit signe à Altaïr de le suivre et le garçon, bien que réticent, obéit. Bien que la porte était restée ouverte, son tuteur s'était placé de telle façon que la grande cheminée de pierre les cachait aux yeux des deux professeurs. Là, il empoigna le garçon le col et le fit s'agenouiller face à lui.
Altaïr savait que l'homme aimait le voir ainsi vulnérable face à lui. Et bien que cela blessait sa fierté et le faisait grincer des dents, la présence des deux sorciers derrière la porte et ses vertiges le forcèrent à ne pas faire de vague. Il obéit donc sans faire de bruit. Cygnus attrapa le haut de sa gorge d'une main afin de maintenir sa tête en place leva sa baguette de l'autre. Il la fit survoler ses yeux, chuchotant une longue incantation. Altaïr comprit rapidement qu'il s'agissait d'un glamour afin de masquer les rougeurs de son regard. Ses canines avaient rétrécit par elle-même avec la retombée de son adrénaline.
« Bien, nous nous reverrons donc au manoir. » conclut-il un peu plus haut en relâchant sa poigne sur la gorge du garçon.
Altaïr fit un geste pour se relever lorsque son tuteur le contourna pour rejoindre la cheminée. Mais le pied de Cygnus s'enfonça dans sa plaie, le faisant retomber à terre alors qu'il étouffait un long gémissement dans le pli de son coude, alors qu'il retombait à terre. Altaïr attendit cette fois-ci d'entendre les flammes de la cheminée s'éteindre avant de se redresser. Il attendit une minute que son souffle se régule avant de rejoindre Karkaroff et Georgiev.
Une fois seuls avec son potionniste et Altaïr, Karkaroff s'enfonça quelque peu dans son siège, perdant un peu de son air glacial. Il semblait juste fatigué.
« J'aimerai aborder quelques points de ce souvenirs que vous nous avez montrer. Deux points me chiffonnent particulièrement. Tout d'abord que s'est-il passé en moins d'une semaine pour que la situation dégénère ainsi ? »
Altaïr se renfrogna sur sa chaise. Il n'aimait pas parler de ses échecs et il voyait la baisse des notes de Romanov comme telle. Cependant le regard déterminé de son directeur le fit rapidement capituler, il attendait visiblement une réponse de sa part. Altaïr finit par soupirer profondément avant de lui répondre.
« Comme je vous l'ai déjà dit, je fais les devoirs de Romanov à sa place depuis trois mois. Mais pour son dernier essai de potions, il n'a eu que treize. Ça l'a énervé que la note baisse autant de ses notes précédentes, alors il a mis ses menaces à exécution. En plus de ça, on s'est disputé il y a un peu plus d'une semaine. Il était toujours énervé je crois.
Georgiev ne smeblait pas surpris de la nouvelle. Mais si comme Karkaroff l'avait dit un peu plus tôt, les professeurs s'étaient réunis pour discuter d'une sanction envers Romanov, alors il n'était pas surprenant que le potionniste connaisse déjà tous les détails de la situation.
Puis, Karkaroff s'excusa auprès de son élève pour ne pas avoir réussi à l'aider aussi rapidement qu'il l'aurait souhaité. Igor se sentait responsable pour ne pas avoir réagi plus rapidement face à l'appel de détresse du garçon. Il n'aurait pas dû supposer que si la situation durait depuis plusieurs mois, il avait encore un peu de temps pour faire les choses bien en convoquant le corps professoral, puis le conseil d'administration. Il s'agissait en effet du protocole, les administrateurs de l'école ne pouvant pas être convoqués sans une majorité de vote en accord de la part des professeurs. Mais la situation était particulière, il aurait dû faire une exception.
« Vous m'avez dit obtenir des notes supérieurs à dix-huit habituellement, n'est-ce pas ? C'est pour ça qu'un treize le décevait autant ? » se reconcentra Igor.
- Ouai, c'est ça. » murmura Altaïr, peu fier de lui pour cette note qu'il considérait lui aussi comme très mauvaise.
Georgiev était ébahi. Altaïr était un génie, il n'y avait pas d'autres mots. Il était dommage que son évolution en pratique était bien plus lente que ses capacités intellectuelles.
Karkaroff était quant à lui bien moins enthousiaste que son ami. Il fronça des sourcils en comprenant que la raison de l'agression du jeune Kaminski n'avait pour cause qu'un malheureux treize sur vingt au milieu d'une série de notes parfaites. C'était si pathétique et regrettable.
« Que n'avez-vous pas réussi dans ce dernier essai ? » demanda finalement Georgiev, plutôt curieux quant à son « échec » sur cet essai particulier de potion. Il l'attrapa dans la pile de parchemin posé face à lui et le lu en diagonale. L'introduction et le premier paragraphe semblaient excellents, bien que la conclusion était bâclée selon lui.
« Rien en particulier. J'ai réussi mes recherches et ma prise de notes. Mais je n'ai juste pas eu le temps de le rédiger en entier. Il manquait la conclusion et la fin du dernier point de mon développement. J'ai mal géré mon temps et je me suis endormi sur ma copie. »
Altaïr grimaçait en avouant cela. Il était évident pour les deux enseignants que le garçon considérait que négliger un devoir était bien pire que de s'écrouler de fatigue pour ce dernier. Il avait une façon de penser et de fonctionner bien singulière et cela ne faisait que les surprendre un peu plus, rencontre après rencontre.
Ne voulant plus parler de cet incident, Altaïr décida de détourner la conversation.
« Au fait, quel est le second point dont vous voulez parler, directeur ? » se souvint Altaïr en repensant au début de cette conversation.
« Lorsque nous sommes entrés dans votre souvenir, vous étiez dans votre dortoir. Vous avez entendu du bruit à l'étage inférieur et cela semblait très fort pour vous au vu de votre réaction. Mais personnellement, je n'ai rien entendu et je doute que je sois assez vieux pour atteindre ce niveau de surdité. Georgiev, as-tu entendu ce bruit, toi aussi ? »
Le potionniste sembla hésité à répondre à son supérieur. Visiblement, il n'attendait pas « oui » comme réponse et cela serait immédiatement associé à un mensonge. Il serait alors évident qu'il essayait de cacher quelque chose à propos du garçon à son employeur. D'un autre côté, avoué que lui non plus n'avait rien entendu reviendrait au même, intriguant encore d'avantages Karkaroff au sujet de l'ouïe surnaturelle du garçon. Il était piégé.
« Il n'a rien entendu. » répondit finalement Altaïr à sa place. « Je suis un lycanthrope. »
Georgiev le fixa d'un air ébahi. Il n'en revenait pas que le garçon ait avoué cela à son supérieur, ça ne faisait aucun sens. Il le cachait depuis plus d'un an et demi, de peur de se faire renvoyer de l'école.
Karkaroff resta silencieux longtemps, très longtemps. Il semblait avoir du mal à avaler la nouvelle. L'héritier de Cygnus, lui si fier de son sang, était un loup-garou. C'était si ironique qu'il fallit éclater de rire. Que le karma était beau, il devait tant avoir peur que cela se découvre et qu'il devienne la risée de la société sorcière britannique. C'était certainement pour la même raison qu'il n'avait pas voulu envoyer Altaïr en prison quelques minutes plus tôt. Là-bas, cela se saurait forcément.
D'un autre côté, cela expliquait la facilité avec laquelle il avait maintenu Romanov au-dessus du vide en le tenant simplement par le col de sa robe. C'était aussi très certainement la cause des difficultés pour les deux Russes de le maintenir en place ou encore de sa bonne résistance à la douleur. Les lycanthropes étaient connus pour avoir une bonne résistance physique dû à leur magie lupine.
« Comment fais-tu pour les pleines lunes ?
- Je les passe dans la forêt. »
Igor fronça des sourcils. Cela ne semblait pas très prudent, pas prudent du tout même. Il avait parfaitement conscience que malgré les interdictions, certains élèves bravaient tout de même l'interdiction. Si l'un deux pénétraient dans la forêt à ce moment-là, alors ils ne pourraient certainement pas échapper au loup. Ce n'était pas pour rien que cette créature effrayait tant de sorciers, leur magie bloquait la plupart des sortilèges et leurs excellents réflexes leur permettaient d'échapper aux rares qui pourraient les blesser. Face à une telle bête, de simples élèves n'avaient aucune chance.
« Si cela vous dérange, je peux les passer dans un cachot, comme je le fais chez moi. »
Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir que ces mots étaient durs à prononcer pour Altaïr. Georgiev ne doutait pas qu'après avoir gouté à la liberté de la forêt bordant l'école pendant plus d'un an, il devait être difficile de s'imaginer retourner dans une cage.
« Altaïr a bu le filtre lunaire, il peut avoir le contrôle du loup. »
Le garçon écarquilla les yeux lorsqu'il réalisa que Georgiev prenait sa défense. Ce n'était pas pour rien que son loup lui disait de ne pas se méfier de lui, l'homme semblait vraiment avoir de bonnes intentions envers lui. C'était plutôt rafraichissant d'avoir un adulte de son côté.
« J'ai croisé deux élèves dans la forêt il y a un mois. J'ai réussi à prendre le contrôle total du corps du loup et je les ai raccompagnés jusqu'au parc. »
Georgiev sembla comprendre que cette incident s'était passé juste avant leur conversation, quelques mois plus tôt. Altaïr venait d'avoir sa cicatrice sur son visage et il avait parlé d'une bataille contre le loup cette nuit-là, mais sans entrer dans les détails. Georgiev avait eu peur qu'il ait perdu le contrôle du loup et que ce dernier ait essayé de se mutiler, comme le faisait beaucoup de loups-garous. Cependant Altaïr lui avait assuré qu'il était celui ayant provoqué cette lutte et qu'il avait réussi à gagner pendant quelques minutes.
Karkaroff ne posa pas de question sur l'identité des deux étudiants dans la forêt et Altaïr lui en fut reconnaissant, il n'avait pas envie de dénoncer Lev et Viktor. Cependant le directeur n'avait toujours pas l'air très rassuré à l'idée de laisser un loup-garou gambader librement autour de son école.
« Le filtre lunaire ne donne pas le contrôle du loup à l'humain. Il agit sur le long terme, adoucissant petit à petit la personnalité du loup et c'est pourquoi le sorcier peut parfois prendre le dessus sur lui. Plus les années passent et moins le loup est une menace pour les sorciers, puisque plus enclin à la docilité.
- Donc s'il a déjà réussi à prendre le contrôle une fois pendant la pleine lune, il sera de moins en moins un danger pour les élèves. » compléta Georgiev.
Karkaroff hocha de la tête, pourtant plongé dans ses pensées. Visiblement, il ne savait que penser de cette situation pour le moment. De toute façon, ce n'était même pas certain que le conseil d'administration donne une seconde chance au garçon et qu'il puisse revenir dans cette école.
« Nous verrons cela plus tard, avant votre prochaine transformation. » soupira-t-il finalement, ne voulant pas inquiéter le garçon d'avantage.
Altaïr fut rapidement congédié par Karkaroff et comme convenu plus tôt, Georgiev l'emmena à l'infirmerie. Les parents de Lev lui firent un petit signe de tête, mais Altaïr ne réussit pas à leur répondre. Georgiev le poussa vers un lit un peu plus loin et tira les rideaux autour d'eux. L'infirmière semblait occupée à soigner deux enfants dont la peau était verte et recouverte de pustules. Certainement une expérience qui a tourné au vinagre.
« Je vais m'occuper de toi en attendant que Smirnova en ai fini avec eux. Déshabille-toi. »
Altaïr soupira de soulagement. Etrangement, il se sentait bien plus à l'aise avec le potionniste qu'en présence de l'infirmière. Le regard froid de cette dernière ne lui donnait aucunement envie de recevoir ses soins.
Comme lors de sa dernière visite à l'infirmerie, Altaïr garda le t-shirt blanc qu'il portait toujours sous son uniforme. Georgiev ne posa pas de question, il était blessé à la jambe, au visage et une belle brûlure s'étendait sur son avant-bras droit. Une fois la balafre sur son menton refermé et la brûlure recouverte de baume cicatrisant, Altaïr dut s'allonger sur le ventre. Ce ne fut que lorsqu'il lança son premier sort sur la plaie que Georgiev osa entamer la conversation.
« Je pensais que vous aviez vécu les premières années de votre vie avec votre père. Un homme qui haïssait les Black. Comment connaissiez-vous Cygnus à un si jeune âge ? »
Altaïr sentait le regard brûlant de son professeur sur le bandage entourant son avant-bras gauche. Georgiev n'était pas stupide. Avec la mention du Seigneur des Ténèbres par Cygnus tantôt et sa peau cachée là où se cache la marque de ses serviteurs, il est évident que le sorcier allait faire le lien.
« Mon père et ma belle-mère étaient des résistants. » souffla Altaïr après un long silence. « Les Mangemorts torturaient les enfants pour faire parler leurs parents. Ma belle-mère n'a donné au Seigneur des Ténèbres ce qu'il voulait que lorsqu'il m'a apposé la marque. »
Bien que les soins ne soient pas terminés, Altaïr se redresse pour s'asseoir sur ses genoux et faire face à son professeur. Doucement, il tire sur le bandage recouvrant son bras, découvrant petit à petit la marque. Georgiev hoquète d'effroi en prenant conscience que ses suppositions s'avèrent vraies.
Perdant sa réserve habituelle face au choc de la nouvelle, Georgiev se penche en avant pour mieux apercevoir le tatouage. L'encre est grisonnante et le dessin est presque immobile, seule le bout de la queue du serpent tressote de temps en temps. Le potionniste fronce des sourcils en s'appercevant que la marque est inachevée. Bien que ne l'ayant jamais vu de ses propres yeux, Georgiev sait que le serpent devrait être plus grand et surtout, avoir une tête dont la gueule grande ouverte devrait cracher en sa direction.
« Ma belle-mère a fini par céder avant qu'il ne finisse la marque. » Altaïr grimaça en tirant son bras vers lui.
C'était la première fois qu'il la montrait volontairement à quelqu'un. En plus de Cygnus, seuls James et Remus l'avaient vu à quelques reprises lorsqu'il était petit. Mais jamais ils ne lui avaient posé de question à ce sujet, Altaïr n'aimait pas en parler. Cygnus exigeait quant à lui qu'il retire les bandes le couvrant lorsqu'il était au manoir. Pour un homme aussi fier de son maître, il était inadmissible de vouloir cacher sa marque.
Le garçon se rallongea sur le ventre, permettant à son professeur de poursuivre ses soins. Un silence pesant s'installa entre eux. Altaïr masqua sa honte en enfouissant son visage dans ses bras tandis que Georgiev se perdait dans ses pensées. Il avait tant de questions à poser à cet enfant. En tant que chercheur, bien que cela se réduise aux potions, le sorcier aimait comprendre le fonctionnement des choses. La marque des ténèbres en faisait partie, d'autant plus qu'il était rare de pouvoir l'observer dans un pays aussi éloigné de la Grande-Bretagne.
Certes, Georgiev avait apperçu à quelques reprises la marque de son patron, mais Karkaroff s'empressait toujours de tirer sa manche dessus dès qu'il sentait le regard de quelqu'un poser dessus. Les Mangemorts qui regrettaient leur élégeance à Voldemort la cachaient avec honte, refusant que quiconque y montre un quelconque intérêt. Georgiev luttait donc contre l'envie d'attraper le bras de l'adolescent pour examiner le tatouage. Pourtant, il ne put empâcher sa principale incompréhension de lui échapper.
« Pourquoi la marque n'a-t-elle pas disparu lorsqu'il est mort. »
Altaïr se raidit, il aurait aimé que son professeur face comme si cette discussion n'ait jamais eu lieu. C'était un sujet que les britanniques évitaient, personne ne voulait en parler. On aimait pas penser à ce que cette marque grisâtre sur la peau des partisants du mage noir impliquait pour leur futur. Alors, les anglais n'en parlaient tout simplement pas.
« Il est mort, n'est-ce pas ? » réalisa Georgiev face au silence du garçon, son teint devint blême.
« Non. » fut la réponse étranglée d'Altaïr. « La marque noircit d'année en année. Son retour peut-être dans six mois comme dans dix ans, personne ne le sait. » murmura-t-il si faiblement que Georgiev dut se pencher pour l'entendre. « Mais il reviendra. »
Sa voix tremblante trahissait toute la lassitude et la peur qu'Altaïr ressentait à cette pensée. Georgiev ne l'avait jamais vu aussi démuni. Le lycanthrope avait laissé tomber son masque, c'était étrange d'appercevoir autant d'émotions transparaître à travers les trémolos de sa voix. L'homme ne doutait pas que si Altaïr sortait maintenant la tête de ses bras, ses traits seraient tirés dans un mélange de peur et de résignation.
« Lorsqu'il reviendra, si vous ne souhaitez pas participer à la prochaine guerre qui s'en suivra certainement, Durmstrang pourra vous accueillir. Igor sait à quel poingt il est difficile de suivre une voie que l'on n'a pas choisie. »
Altaïr hocha la tête, il avait entendu cette proposition d'asile et en remerciait son professeur. Savoir qu'une nouvelle alternative pour son futur existait le sougealait plus qu'aucun mot ne pourrait l'exprimer. Ils le savaient tous deux, alors Altaïr ne se sentit pas obligé de répondre de vive voix.
« Tu peux te relever. » indiqua finalement Georgiev après un long moment.
Altaïr sursauta, il avait commencé à s'assoupir, bercé par le silence de la pièce.
Georgiev lui tendit une potion pour le sommeil que l'adolescent accepta sans broncher. Il était épuisé par cette journée et ne rêvait que d'enfin pouvoir se reposer. Lorsqu'il fut confortablement installé sous ses draps, Georgiev se sentit obligé de revenir sur les derniers évènements une dernière fois avant que la potion ne fasse effet.
« Mr Black, rien de ce qui est arrivé aujourd'hui n'est de votre faute. Absolument rien. » n'obtenant aucune réponse, Georgiev insista. « Compris ? »
Altaïr hocha difficilement de la tête. C'était évident qu'il ne le pensait pas, mais Georgiev pensait tout de même qu'il était primordial qu'au moins une personne le lui dise.
« Bien. »
Puis, Georgiev quitta l'infirmerie. Altaïr n'eut même pas le temps d'entendre la porte de l'infirmerie se refermer derrière son professeur qu'il était déjà profondément endormi. Il avait définitivement besoin d'une bonne nuit de sommeil.
Chapitre 22
30 janvier 1990 (même journée)
Après avoir déposé Altaïr à l'infirmerie, Georgiev rejoignit son directeur et ami dans son bureau. Là, il découvrit Igor, une bouteille de vodka à la main et un verre dans la seconde. Sans un mot, il s'installa face à lui et invoqua un second verre. Karkaroff le servit généreusement.
« Je vais mourir d'un ulsère avant même d'avoir l'âge de prendre ma retraite. » soupira le directeur, ce qui fit sourire son ami.
« Sacré numéro, ce Black. »
Karkaroff rigola franchement cette fois, libérant tout le stress de la journée. Les deux amis discutèrent de tout et de rien pendant de longues heures, cherchant à oublier les derniers évènements. Mais au final, ils en revenaient toujours au même stade: Altaïr Black.
« Quand il est rentré dans la pièce et qu'il a vu Cygnus, il était complètement figé. Cet enfoiré le terrifit. » grogna Georgiev entre deux gorgées.
Karkaroff soupira, son ami radottait.
« Je te l'ai déjà dit cent fois. Si le gamin ne parle pas, nous ne pouvons rien faire.
- Je sais ! » s'énerva Anton. « Je sais, mais ça n'empêche que c'est frustrant. »
Un long silence s'installa entre eux. Finalement, Georgiev décida qu'il était suffisamment tard et qu'il avait assez bu comme ça pour rejoindre ses appartements. Mais avant de quitter le bureau, il se tourna une dernière fois vers son ami, une lueur déterminée dans le regard.
« Je le ferai parler et alors, on pourra l'aider. »
Puis, il claqua la porte derrière lui. Désormais seul, Karkaroff fixa son regard embrumé d'alcool sur les dernières gouttes tournant dans son verre. Il les avala rapidement, une grimace déformant son visage avant de soupirer profondément.
« Mais oui, mais oui. » marmonna-t-il. « Comme si quelqu'un pouvait faire parler un Black. »
xxxxxxx
31 janvier 1990
Lorsqu'Altaïr se réveilla, Lev était déjà en train de prendre son petit-déjeuner à côté de lui. Lorsqu'il remarqua que son ami était lui aussi levé, Lev lui fit signe de s'asseoir en face de lui sur son lit et de manger sur son plateau. Le Bulgare n'avait pas beaucoup d'appétit le matin et l'infirmière n'avait pas eu la main morte sur le contenu de son plateau. Altaïr accepta donc l'offre.
Il s'insatalla en face de Lev et attrapa une clémentine qu'il commença à éplucher. Le début du repas se fit dans le silence le plus complet, aucun ne sachant comment débuter la conversation. Lev remarqua alors le bandage autour de la main de son ami et se mordit la lèvre en se souvenant que c'était de sa faute. La veille, Altaïr lui avait donné la main jusqu'à l'infirmerie et Lev avait inconsciemment gratté sa paume de ses ongles.
« C'est bon, c'est déjà presque totalement refermé. » le rassura Altaïr en voyant où il regardait.
« Alors ? Comment ça s'est passé avec Karkaroff ? » osa finalement demandé Lev.
- Bien, je suppose. »
Altaïr posa enfin son regard sur son ami qui avait cessé de manger pour le regarder. Il était visiblement anxieux.
« Karkaroff a refusé d'étouffer l'affaire. Ta mère va porter plainte et je suis renvoyé temporairement jusqu'à ce que le conseil de discipline décide si je peux rester ou non. Mais Karkaroff semble plutôt confiant sur l'avis favorable du conseil à ce sujet. »
Lev lâcha son toast. A cause de lui, son ami avait des problèmes et il n'aimait pas cela. La culpabilité lui coupait l'appétit.
« Lev, ce n'est pas de ta faute. » Le garçon baissa les yeux, il n'aimait pas lorsqu'Altaïr lisait aussi facilement ses émotions. « J'ai agi stupidement, je n'aurai pas dû macharner sur Romanov, je suis impulsif et ce n'est certainement pas de ta faute si tout ça est arrivé. J'aurai dû régler cette situation bien plus tôt. »
Altaïr préféra ne pas dire à son ami que lui aussi, devrait faire face à la justice pour ses agissements. Il ne voulait pas l'accabler d'avantage. Lev n'avait pas besoin de ça en ce moment. Le Bulgare devait déjà se remettre de son agression, pas besoin d'ajouter encore plus de problèmes à cela. Il culpabilisait déjà assez.
Altaïr et Lev n'eurent pas le temps de discuter plus longtemps. Georgiev entra dans l'infirmerie, suivit des parents de Lev. Ces derniers se précipitèrent vers leur fils. Altaïr s'éclipsa discrètement et suivit son professeur en dehors de l'infirmerie. Deux Aurors estoniens l'attendaient dans le couloir et le guidèrent jusqu'au bureau du directeur. Sur le chemin, ils lui expliquèrent qu'Altaïr allait devoir les suivre jusqu'au ministère pour être interrogé.
Le garçon ne fit aucune contestation, bien heureux de ne pas avoir besoin de rejoindre immédiatement le manoir de Cygnus. L'un des Auror pénétra avec lui dans la cheminée du bureau du directeur, ils ne voulaient pas qu'il s'enfuisse. Bien que ce n'était pas dans ses intentions, Altaïr ne fit aucune remarque, même lorsque la poigne de l'homme ensera douloureusement son biceps.
Altaïr atterrit dans un grand bureau, où plusieurs bureaux étaient occupés par des sorciers portant le même uniforme que les deux Aurors l'ayant cherché à Durmstrang. Les deux hommes le guidèrent en direction d'une petite salle adjacente à l'open space. Là, il s'installa derrière une table faite de métal, l'un des Aurors posa un verre d'eau face à lui et ils quittèrent la pièce.
Altaïr s'installa plus confortablement sur son siège, se méfiant du verre qu'on venait de poser face à lui. Il préféra ne pas y toucher pour l'instant, il ignorait à quel point la justice de ce pays était corrompue ou non pour l'instant. Altaïr ne toucherait pas à cette boisson semblable à de l'eau, mais qui pourrait cacher une potion bien moins innofensive.
Le lycanthrope attendit une dizaine de minutes avant qu'un homme vêtu d'une longue robe blanche blanche pénètre dans la pièce. Le garçon fronça des sourcils, il n'avait pas pensé que Cygnus lui enverait un avocat. Il n'était pas du genre à aider son pupille et être aussi prévenant.
« Maître Marian Hristov. Vous avez dû rencontrer ma sœur hier, la mère de Lev. » explqua l'homme en s'asseyant à sa gauche. Karkaroff l'a prévenu de l'arrivée des Aurors à Durmstrang et elle s'est empressée de m'appeler. »
Altaïr se présenta à son tour, reconnaissant envers la mère de son ami. Elle avait certes proposé l'aide de sa famille lors du procès, mais le garçon n'avait pas pensé qu'elle s'impliquerait dès le début de l'enquête. Visiblement, Mrs Kaminski n'était pas du genre à dire des paroles en l'air. Elle ressemblait beaucoup à Lev sur ce point, le garçon s'évertuait toujours à tenir ses promesses.
« Vous avez dû lui faire une sacrée impression pour qu'elle me demande personnellement de vous aider. » sourit l'homme en sirotant le verre qui était apparu devant lui pendant qu'il s'installait. « Ana n'aime pas faire appelle à mes services d'habitude. »
Altaïr se détendit au contact de l'adulte. L'homme aux cheveux grisonnants dégageait une aura de calme et de confiance qui le mit rapidement à l'aise. Il avait bien l'air d'avoir plus d'une vingtaine d'années de métier derrière lui, un cas comme le sien ne devait être qu'un de plus parmi tant d'autres pour l'avocat.
« Tu peux boire. » le rassura-t-il en voyant le regard d'Altaïr voyager entre lui et son verre. « La police estonienne est connue pour son efficacité et sa droiture. Ils ne s'abaisseraient pas à droguer ton verre pour te faire parler et avouer des choses que tu n'as pas faites. D'autant plus qu'ils sont connus pour leurs querelles avec les forces de l'ordre russe. Ici, tu n'as aucun ennemi, mais plutôt de potentiels alliés. » Altaïr but quelques gorgées en écoutant l'homme. « Je compte sur toi pour donner une bonne impression. »
« Sommes-nous sous écoute ? » ne put s'empêcher de demander Altaïr, il connaissait les métodes anglaises et avait du mal à baisser sa garde.
« Cela dépend. T'ont-ils déjà lu tes droits ou annoncer la raison de ta venue ici. » Altaïr nia de la tête. « Alors non. Tu n'as qu'à signer ces quelques documents pour que je puisse te représenter. Il me sera alors impossible de divulguer ce que tu me diras, sauf si tu me l'autorise ou que le procureur me demande certains détails de l'affaire. Il devra tout de même se procurer auprès du juge une bonne liasse de paperasse, il n'y a donc pas de raison pour qu'il m'approche de sitôt. »
Altaïr écouta avec attention toutes les informations que l'homme lui donnait tout en lisant rapidement les quelques papiers qu'il venait de lui tendre. Hristov lui expliqua qu'étant encore mineur, il fallait qu'un représentant légal soit à ses côtés à chaque fois qu'il devrait rencontrer des Aurors ou le procureur s'occupant de l'affaire. Etant élève à Durmstrang, cette fonction pouvait être occupée par le directeur, son directeur d'année ou bien sûr, Cygnus. En attendant que Cygnus puisse le représenter par lui-même, Karkaroff avait signé une décharge pour que Hristov soit considéré comme son représentant légal.
Lorsqu'Altaïr eut apposé sa signature aux côtés de celles de Karkaroff et de l'avocat, ce dernier s'empressa de les ranger dans sa serviette et la reposa à ses pieds. Au même moment, la porte de la petite salle d'interrogatoir s'ouvrit sur l'un des Aurors l'ayant guidé jusqu'ici qui quelques minutes plus tôt.
« Vous avez une demi-heure. » puis, la porte claqua derrière lui, à la surprise d'Altaïr.
« Vous n'avez pas menti, ils veulent vraiment mettre toutes les chances du camp opposé à celui de Romanov. »
Hristov laissa échapper un petit rire. Visiblement, il était habitué aux manières des Aurors estoniens contrairement à Altaïr.
« Bien, revenons à nos affaires. » s'éclaircit-il la voix. Karkaroff et ma sœur m'ont expliqué ce qui t'est arrivé.
- Vous a-t-il montré ses souvenirs ? »
Altaïr se crispa à cette pensée. Il serait certes plus simple pour son avocat de le défendre en connaissant la scène dans ses moindres détails. Mais Altaïr avait aussi honte de son comportement, il s'était laissé emporter par ses sentiments et son loup. Cela ne lui était plus arrivé depuis l'année précédente, avec le cas Ivan Melnik.
« Non, ce serait contraire à mon éthique. De plus, il me sera plus facile de tourner quelques faits à mon avantage si j'ignore quelques détails. » ricana l'avocat, un sourire plein de dents étirant ses traits. « Mais, j'aimerai que tu me racontes avec tes propres mots ce qu'il s'est passé. »
Altaïr but une longue gorgée d'eau avant de se jeter à l'eau. Il tenta de raconter les mois de chantages et sa dispute avec Romanov et ses amis le plus fidèlement à la réalité. Cependant l'avocat le coupa bien vite, lui demandant de lui parler de son ressenti et de sa vision des choses. S'il voulait jouer la carte de l'enfant persécuté pendant des mois et craquant sous la pression, il allait devoir appuyé sur son ressenti des choses. Altaïr gronça des dents, n'aimant pas que l'on s'appitoie sur son sort.
« Ce n'est qu'un simple interrogatoire, pas un procès. A quoi cela sert-il de me lamenter maintenant.
- Parce que les enregistrements de ce simple interrogatoire, comme vous dites, sera vu par le procureur et pourra même être autorisé lors du procès par le parti adverse. » soupira Marian. « Maintenant, continue de me raconter ton histoire. »
Bien que réticent, Altaïr reprit.
« Quand j'ai surpris Romanov et sa bande s'en prendre à Lev, j'étais épuisé. » commença à se confier Altaïr. « Je ne dormais presque plus, Romanov me demandait des devoirs de plus en plus parfait en plus de devoir lui faire certaines corvées ou de devoir l'accompagner le week-end à droite et à gauche. Je n'avais plus une minute pour moi ou mes amis, j'étais obligé de grignoter sur mon temps de sommeil pour réussir à faire mes propres devoirs. Alors quand je l'ai surpris en train de … »
Altaïr s'étrangla avec sa salive. La veille, il avait réussi à parler de tout cela dans le bureau du directeur. Cependant la situation était tout autre désormais. Il n'était plus épuisé et blessé. Altaïr avait eu le temps de digérer l'information et d'y penser. A froid, il était bien plus dur de parler de tout cela.
« De ? » le poussa Hristov, lui tendant son verre à nouveau rempli. Altaïr en but de longues gorgées avant de toussoter, tentant de reprendre ses esprits.
« Il essayait de déshabiller Lev et de l'agresser. Sexuellement. » précisa-t-il, comme si ce n'était pas évident. « Je ne sais même plus ce qu'il s'est passé ensuite. Je… Tout est flou.
- Lui avez-vous lancé un sort. » l'aida l'avocat pour le faire se souvenir.
« Non. Non. Je n'avais pas ma bagiuette, je l'ai frappé. J'étais juste tellement furieux. »
Altaïr prit une profonde inspiration et poursuivit son récit. Lorsqu'il finit, ils ne leur restaient plus que deux minutes avant que l'Auror ne revienne.
« Y at-t-il quelque chose d'autre que je devrais savoir ? » Altaïr lui renvoya un regard perdu. « N'importe quoi que vous jugez important, Altaïr. Un antécédent familial, d'autres informations sur Romanov, une maladie. N'importe quelle information que les Aurors pourraient savoir et qui pourrait vous perturber.
- Votre sœur a parlé de circonstances atténuantes ou agravantes, c'est cela ? »
Hristov hocha de la tête, satisfait que le garçon le comprenne. Altaïr jeta un regard au minuteur affiché sur la porte. Il ne restait plus qu'une trentaine de secondes. Il tria rapidement les informations dans son esprit. Si Karkaroff avait déjà parlé aux Aurors, qu'avait-il bien pu leur dire ? Leur avait-il parlé de son reniement, des maltraitances de son père ou bien de sa bagarre avec Ivan Melnik ?
Finalement, Altaïr opta pour l'information la plus récente que le directeur avait en sa possession. Une information qui serait forcément révélée pendant le procès et qui resurjirait certainement pendant l'enquête.
« Je suis un lycanthrope, mais je contrôle mon loup. J'ai bu le filtre lunaire. »
Marian Hristov écarquilla les yeux comme des soucoupes, perdant toute sa droiture. Altaïr pourrait même jurer avoir vu sa bouche s'aggrandir en un « o » muet le temps d'une seconde.
« Vous … » l'avocat n'eut pas le temps de finir sa phrase que la porte s'ouvrait en grand, le temps imparti était arrivé à terme.
Altaïr faillit laisser un petit rire lui échapper en voyant l'homme tenter de reprendre une expression neutre en saluant l'Auror. Cependant son regard revenait sans cesse vers le garçon, visiblement il ne se remmettait pas de la nouvelle. Non pas qu'il semblait dégoûter de l'enfant désormais. Hristov avait juste l'air surpris et intrigué par le jeune loup-garou. Altaïr cacha son sourire dans son verre d'eau. Maître Marian Hristov était intriguant et amusant. Il était content d'être tombé sur lui plutôt que l'un des amis avocats de Cygnus.
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Lorsqu'Altaïr put enfin se lever de sa chaise, cela faisait plus de trois heures qu'il était installé dans la salle d'interrogatoire. Hristov l'avait laissé parlé durant la première heure avant de progressivement prendre le contrôle de la discussion jusqu'à ce que l'interrogatoire se transforme finalement en une discussion entre l'avocat et l'Auror.
L'Auror les guida jusqu'au cheminée avant de repartir vaquer à ses occupations. Hristov se tourna vers son client, lui expliquant le déroulement de la suite des événements.
« Le conseil d'administration de l'école se tiendra d'ici une à deux semaines. Votre renvoi se décidera à ce moment-là. Vous êtes explu temporairement de Durmstrang jusqu'à cette date, le verdict vous sera envoyé par hibou. En attendant, vous pouvez rentrer chez vous, votre tuteur s'est chargé de vous procurer un laissez-passer jusqu'en Angleterre par le réseau des cheminettes internationales. Vous n'aurez qu'à dire le nom de votre demeur pour directement vous y rendre. Vous recevrez vos valises demain dans la journée par hibou, les elfes de Durmstrang les ont déjà emballées et envoyées.
- Quand nous reverrons-nous ?
- Le procès se tiendra dans trois mois, à deux ou trois semaines près. Vous recevrez la date un mois à l'avance. Je vous propose donc de nous revoir une première fois dans un mois et nous aviserons pour la suite à ce moment-là. »
Altaïr réfléchit à la proposition avant de froncer les sourcils.
« Et si je ne me fais pas renvoyer, pourrons-nous nous rencontrer à Durmstrang.
- Je vais envoyer un hibou à Karkaroff et vous tiendrai informé de sa réponse. S'il refuse, nous pourrons nous voir sur vos week-ends de sortie au village, je connais quelques cafés où nous serons au calme pour discuter. » sourit l'avocat.
Altaïr hocha de la tête, satisfait par la proposition de l'homme. Ils se serrèrent la main une dernière fois avant que Hristov pénètre la cheminée et ne rentre chez lui. Altaïr attendit que les cendres vertes s'étteignent avant d'en faire de même. Il préférait ne pas faire attendre Cygnus plus longtemps, si seulement il avait pu rentrer à Durmstrang immédiatement, ça aurait simplifié bien des choses.
« Demeure Cygnus Black, Angleterre. » prononça distinctement le garçon en jetant la poudre de chaminette à ses pieds. Puis, il disparut dans une gerbe de flamme verte.
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A peine Altaïr sortit de la cheminée du manoir de Cygnus, qu'un sortilège le percuta avec force. Altaïr s'effondra sur le sol, hurlant de douleur. Lorsque le sort cessa, il se redressa sur ses genoux, à bout de souffle. Cygnus l'empoigna par les cheveux et le traîna à sa suite, ne serant que plus sa prise lorsque l'adolescent trébuchait.
Il ouvrit la porte menant au sous-sol et jeta son pupille dans les marches. Altaïr tenta de se rattraper au mur, mais sa prise glissa sur une pierre humide et il chuta au bas des marches, tentant veinement d'amortir sa chute. Son poignet craqua, un son qui ne le rassura pas. Une douleur atroce traversa tout son bras et un nouveau cri lui échappa. Cygnus lui donna un coup de pied dans le haut du dos, l'exortant de se relever.
« Que t'ai-je dit à propos des amis ? »
Altaïr resta au sol, aggripant sa main douloureuse en gémissant.
« Réponds-moi !
- Qu'il sont source de problèmes. » souffla-t-il difficilement.
« Mais encore ?
- Ils sont inutiles. Ils me rendent faible. »
Cygnus ricana, jubilent de voir le garçon si pathétique et apeuré de ce qu'il allait l'attendre.
« Si tu le sais, pourquoi m'obliges-tu à faire ça ? On n'en serait pas là, si tu m'avais écouté. Doloris ! »
Altaïr cria, son corps se tordant dans d'étranges positions. Lui aussi se posait la même question. Il n'aurait pas dû désobéir, se concentrer sur ses études et ne pas agir stupidement. Il aurait dû lancer un Stupefix à Romanov et alors, Cygnus n'aurait eu aucune raison de corrompre Karkaroff. Non, avant toute chose, Altaïr n'aurait pas dû renouer avec ses amis, parce qu'ils étaient sources de mécontentement pour cet enfoiré qui lui servait de tuteur.
Pourtant, il ne regrettait rien. Son instinct l'avait poussé vers les deux Bulgares et Altaïr écoutait toujours son instinct. Il avait toujours raison, son loup était bon pour cerner les gens te les situations. Alors Altaïr ne le trahirait plus en s'éloignant de Lev et Viktor ou en supportant des situations comme celles que Romanov lui avait fait subir.
Altaïr perdit connaissance peut de temps après cela. Lorsqu'il revint à lui, la cave était plongée dans l'obscurité, affreusement silencieuse et surtout, Cygnus n'était plus là. Il se retourna difficilement sur le dos et leva son bras gauche à hauteur d'yeux. Cependant Altaïr ne voyait rien dans ces conditions et ne pouvait donc pas évaluer l'état de sa main.
Il ne savait même plus s'il sentait encore la douleur de son poignet ou s'il l'imaginait. Peut-être qu'il n'était pas vraiment cassé, mais qu'étant persuadé de cela, Altaïr en ressentait une douleur fantôme.
Altaïr rit. Longtemps et fort. Cygnus l'avait complètement détruit de l'intérieur si bien que osn esprit divaguait sans aucune logique. Bien sûr que son poignet était cassé, sinon il n'aurait pas mal. Il avait si mal. Au poignet. Au dos. Au crâne. Partout. Alors Altaïr pleura. Il pleura plus fort qu'il ne riait quelques secondes plus tôt, il pleura à s'en déchirer les cordes vocales et à assécher son corps.
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8 septembre 1990.
Comme bien des fois auparavant, lorsque Harry était puni dans son cachot sans eau, ni nourriture et ni soins, Betty apparut aux côtés du garçon. Elle ne supportait pas de voir son jeune maître être traité ainsi. Sa mère aimait lui dire qu'elle avait hérité du courage et de la bonté de son grand-père, Betty quant-à-elle pensait qu'elle était simplement une des rares elfes de cette famille à avoir du bon sens. Elle n'aimait pas les injustices et Harry souffrait certainement de la plus grande que la jeune elfe n'eut jamais vu.
Alors comme à son habitude, elle ignora les plaintes du jeune adolescent et déposa son petit butin à côté de lui: un pichet d'eau, un quignon de pain et une clémentine. Betty aurait aimé pouvoir apporter plus de nourriture à son jeune maître, mais Cuisty, l'elfe en charge de la cuisine, aurait pu s'en douter si elle avait volé davantage dans la réserve. La jeune elfe attrapa la petite carafe et s'approcha du garçon qui était à moitié allongé, le haut de son dos reposant contre le mur de pierre.
«Arrête Betty, si Cygnus te vois tu vas te faire punir.»
Mais Betty n'obéit pas. Altaïr n'était pas à même de lui donner des ordres et rien ne l'obligeait à l'écouter. De plus les ordres de son maître étaient d'ignorer le garçon, c'est donc ce qu'elle allait faire en ignorant ses plaintes et ses ordres.
Elle commença sortir quelques potions d'une des poches de sa tunique sale et rapiécée. Betty porta la première aux lèvres de Harry et ce dernier tenta d'attraper le récipient entre ses mains tremblantes. Mais il se sentait terriblement faible et n'arrivait même pas à lever ses bras. Betty lui offrit un sourire de compassion, penchant la fiole pour lui. Elle le fit boire lentement toutes les potions. Puis elle lui fit avalé quelques gorgées d'eau et Harry voulut râler lorsqu'elle reposa la petite carafe au sol. Mais il ne dit rien, il savait que ce n'était pas bon dans son état de remplir son estomac trop rapidement.
Puis l'elfe souleva le t-shirt de son jeune maître. Elle passa avec douceur un baume sur les plaies les plus profondes et sur les bleus. Betty massa également son visage où s'étendaient quelques ecchymoses ainsi que sur ses bras. Harry était encore trop faible pour pouvoir s'asseoir correctement et lui présenter son dos, alors ces blessures là devrait attendre un moment plus propices pour être soignées.
Enfin, Betty éplucha la mandarine et lui la fit manger doucement, quartier par quartier. Le goût sucré sembla redonner vie au garçon, il avait besoin d'énergie pour surmonter son malheur et Betty savait toujours comment lui remonter le moral. Pour l'instant, elle laissa le pain de côté, il était plus prudent de laisser une petite réserve à Harry au cas où elle ne pourrait pas lui rendre visite avant un moment.
Soudain, le son d'une canne derrière elle claquant froidement le sol la fit se retourner avec frayeur. Devant elle se dressait son maître de toute sa hauteur et il ne semblait pas heureux, pas heureux du tout. Betty avait désobéi et elle allait recevoir une punition, mais cela ne la dérangeait pas car elle avait pu aider le jeune monsieur Black, elle aurait simplement aimé être plus sur ses gardes en entreprenant une opération aussi périeuse.
C'est avec un sourire tendre aux lèvres, le regard plein de bonté plongé dans celui désespéré de Harry, que Betty accueillit le sortilège de torture de son maître. Altaïr cria et tempêta pour éviter cela, ses blessures se rouvraient sous ses mouvements brusques mais cela n'importait plus à ses yeux. Il devait aider Betty, il devait faire quelque chose pour stopper sa souffrance après tout ce qu'elle avait fait pour lui.
«Doloris!» cria une fois de plus Cygnus.
Les hurlements de l'elfe emplissaient les cachots, si bien que les cris de détresse de Harry n'étaient même pas audibles. Cela sembla lui durer des heures, il criait, pleurait, suppliait et s'était même agenouiller devant son tuteur, mais rien ne semblait pouvoir cesser la fureur de Cygnus. Puis, il se désintéressa de sa victime, Betty s'était évanouit et seule son corps continuant de se tordre au sol prouvait la douleur que le sort continuait de lui infliger.
«Derry.» appela Cygnus, patientant que son elfe apparaisse à sa droite. «Emmène-là, je ne veux plus là voire.»
Le petit elfe obéit, la tête basse. Il attrapa la main de son amie et transplana vers l'aile des elfes de maison afin de lui offrir quelques soins. Harry trembla de peur en réalisant que désormais, toute l'attention de Cygnus était tournée vers lui.
«Sectumsempra.»
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11 février 1990
Lorsque Pollux apprit la nouvelle, il se rendit immédiatement chez son fils. Ce dernier lui avait confié un elfe afin d'aider Kreattur à retaper le 12 Square Grimmaurd. Il y avait vécu toute sa vie avant de partir en Colombie et Pollux souhaitait s'y réinstaller, maintenant que Walburga ne l'habitait plus. Le jeune Derry était un bon elfe, toujours plein de bonne volonté malgré ses maladresses.
Le petit elfe venait tous les après-midi, après avoir terminé ses tâches au manoir de Cygnus. C'est en l'interrogeant sur le comportement étrange de son fils depuis quelques jours que Pollux apprit la nouvelle. Altaïr avait été exclu pendant une semaine de Durmstrang à propos d'une bagarre, il partirait le lendemain. Apparemment, le conseil d'administration avait été favorable à sa réabilitation au sein de l'école. Altaïr pourrait donc y retourner dès le lundi matin, soit le lendemain.
Voulant rendre visite à son arrière-petit-fils, Pollux décida de se rendre au manoir de son fils dès le lendemain. Là, il interrompit Cygnus dans son petit-déjeuner. Il avait toujours été un lève-tard. Pollux s'installa en face de lui et commanda un thé aux elfes.
« Que puis-je pour toi, père ?
- J'ai appris qu'Altaïr est à la maison. »
Cygnus grogna. Visiblement il n'était pas ravi du comportement du garçon. C'était compréhensible, Pollux n'ont plus ne l'était pas.
« Il est dans sa chambre et puni, pas de visite. »
Pollux fronça des sourcils. Il n'aimait pas la façon dont son fils lui parlait, même s'il était lui aussi un adulte dans la force de l'âge, désormais. Il posa sa tasse dans sa coupelle, et dévisagea Cygnus qui continuait de lire son journal comme s'il n'était pas là.
« Je veux lui dire bonjour. Je me demande s'il a aimé mon cadeau d'anniversaire, il n'a pas répondu à ma lettre. »
Cygnus quitta enfin son journal des yeux, le regardant avec surprise.
« Tu lui as offert un cadeau ?
- Oui bien sûr. » répondit Pollux, plutôt confu. « Une montre, j'ai remarqué que la sienne était abîmée et n'est pas vraiment à sa taille. »
Cygnus ricanna avant de reprendre sa lecture.
« Elle doit déjà être à la poubelle. J'ai déjà essayé de lui la faire changer, c'est indigne des Black que de porter cette camelote. Mais il se trimballe avec cette montre à son poignet depuis des années. » Cygnus fit une pause. « Elle appartenait à Orion, Walburga la laissé la prendre dans notre coffre. »
Pollux grimaça, il semblerait que son présent n'était pas de bon goût si Altaïr tenait tant à cette vieille montre.
« Je vais aller m'excuser dans ce cas. »
Pollux se leva pour se diriger vers les escaliers.
« Il ne t'ouvrira pas, il boude. Il ne veut parler qu'à ces stupides elfes de maison. » grogna Cygnus, définitivement bon acteur lorsqu'on sait que ledit garçon se trouvait enfermé sous-eux.
Pollux soupira, comprenant que cela ne servait visiblement à rien de vouloir persister à voire le garçon.
« Je veux le voir ce soir à la réception de Narcissa. Tire-le par la peau du cou s'il le faut, mais je veux le voir. S'il n'y ait pas, je viendrai le chercher moi-même. »
Cygnus lui grogna un vague « oui » et Pollux quitta finalement le manoir. Les flammes de la cheminée n'eurent même pas le temps de s'éteindre que Cygnus se précipitait déjà dans les escaliers menant aux sous-sols. Il se stoppa devant la cellule d'Altaïr, il n'en avait même pas fermé la porte, le garçon ne pouvait pas marcher.
« Putain ! » cria-t-il et l'enfant se crispa à peine en l'entendant.
Il ne serait jamais présentable d'ici ce soir, il devait absolument trouver quelqu'un pour le soigner. Cependant Cygnus ne savait pas qui contacter. Il était déjà 11h et le bal commencerai dans huit heures, ses elfes n'avaient pas les compétences suffisantes pour le soigner aussi rapidement. Ils ne savaient que soigner les petites plaies et distribuer des potions. Si inutiles.
Cygnus remonta dans son salon en trombe et réfléchissant à toute vitesse. C'est alors qu'il faisait les cents pas entre son salon et le haut des escaliers qu'une idée lui traversa l'esprit. Sa fille, Narcissa, avait fait quelques années de médecines avant d'épouser Lucius et était soigneuse dans le camp des Mangemorts. De plus, il savait qu'elle ne le dénoncerait pas, elle ne l'avait jamais fait pour ses propres sœurs et ne commencerait certainement pas pour ce vaurien.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Cygnus appela sa fille par cheminette et bien que rétissante, celle-ci apparut quelques minutes plus tard dans son salon. Elle avait une réception à organiser et n'avait pas de temps à perdre avec un « malade » que son père n'avait qu'à envoyer à Ste-Mangouste.
Narcissa fut cependant inquiète lorsque son père la guida vers les cachots. C'est là qu'elle découvrit avec horreur son lointain cousin, en sang et recouvert d'équimauses. Dans des gestes précipités, elle s'agenouit à ses côtés, prit son pouls et lança quelques sorts de diagnostique. Cependant, elle rangea bien vite sa baguette lorsqu'Altaïr tenta de bouger pour s'en éloigner lorsqu'il l'aperçut de son œil droit.
« Il faut qu'on le sorte d'ici.
- T'as entendu le vaurien, bouge ton cul ! »
Narcissa lança un regard noir à son père avant de lui ordonner de quitter la pièce. Elle voulut lancer un sortilège de lévitation sur le garçon, mais ce dernier l'en empêcha en levant un bras pour écarter sa baguette.
« Je peux marcher. »
Sa voix était rauque d'avoir trop crié et son bras avait une inquiétante teinte sombre, en plus d'avoir doublé de volume à son poignet. Narcissa lui proposa sa main pour l'aider, Altaïr la refusa et préféra s'appuyer sur le mur à sa droite, son autre bras pendant mollement le long de son corps.
Difficilement, Altaïr parvint à se maintenir et bien que chancelant, il avança de quelques pas. Il lui fallut d'autant plus d'effort pour monter les marches menant au rez-de-chaussée et il faillit baisser les bras en apercevant ceux accédant au premier étage. Cependant Altaïr n'abandonna pas et sous le regard impressionné de Narcissa, il réussit à atteindre sa chambre seul, grimpant les marches le dos vouté et en s'accrochant fermement à la rambarde, presque à quatre pattes.
Là, il eut à peine le temps de passer le pas de la porte qu'Altaïr s'effondra, inconscient. Narcissa réussit à lui lancer un sortilège de lévitation avant qu'il ne touche le sol et n'aggrave ses blessures. Vu l'état du garçon, elle avait gardé sa baguette à la main et était prête à intervenir à tout moment pour l'aider.
Elle le coucha sur son lit et lui retira par magie ses vêtements, le laissant en boxer sur ses draps. La sorcière songea distraitement qu'il faudrait ensuite les changer avant de reprendre soudainement ses esprits, elle devait soigner ce garçon. Narcissa lança sorts de soin sur sorts de soin, elle n'avait pas de potion ou de baume sur elle et avant d'aller en chercher dans son propre manoir, elle voulait tout de même soulager un peu la douleur du garçon.
Lorsqu'elle revint de sa demeure, une lourde valise de médecin au bras, elle ne fut pas surprise de voir Altaïr toujours endormi. Narcissa passa plusieurs heures au chevet de son cousin. De temps en temps, un elfe apparaissait à ses côtés pour des renseignements sur les préparatifs de sa réception. Plus rarement, il s'agissait d'une jeune elfe Cygnus qui venait demander des nouvelles sur l'état d'Altaïr. Narcissa trouva l'attachement de cette jeune elfe pour le sorcier très touchant et lui répondait à chaque fois avec le plus d'optimisme possible.
Ce ne fut que six longues heures plus tard, que Narcissa put enfin s'adosser à sa chaise et soupirer de soulagement. Altaïr avait repris conscience depuis une bonne heure maintenant et attendait avec patience qu'elle termine de le soigner. Narcissa lui expliqua qu'il pourrait bouger correctement son poignet d'ici une ou deux semaines et son épaule dans quelques jours voire heures s'il était chanceux.
Le plus lentement possible, Altaïr se redressa dans ses draps et observa les diverses fioles et baumes posés sur la table de chevet.
« Je te conseille de prendre un bain avant de dormir. Il faut verser ces deux fioles dans l'eau et attendre au minimum quinze minutes avant d'en sortir. Cela détendra tes muscles et se chargera de refermer les petites plaies qui ont pu m'échapper. » Puis Narcissa désigna le baume. « Je pense que Derry sera d'accord pour t'aider à t'appliquer ce baume sur ton dos et à faire des bandages avant d'aller au lit. Je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps. Je te laisse également une potion contre la douleur, à ne pas prendre avant quatre heures et celle-ci est une potion de sommeil-sans-rêves, tu peux la prendre juste après ton bain. Je donnerai quelques potions vitaminées à Betty pour qu'elle les mette dans ton jus de citrouille demain matin, tu vas en avoir besoin. »
Altaïr écouta attentivement les instructions de Narcissa en observa les différentes fioles. Rien que par leur apparence, le garçon devinait la qualité supérieure de ces potions. Celles que Cygnus lui fournissait habituellement après une punition avait des teintes ternes et quelques dépôts s'échouaient toujours au fond de la fiole. Cependant, celles de Narcissa brillait d'un violet ou d'un rouge éclatant, une fine poussière argentée se mouvant telle un ruban de velours à l'intérieur.
« Impervius Bulla. » lança Narcissa en direction de son bras plâtré. « Comme ça, tu ne risques pas de le mouiller dans ton bain. Le sort restera en place jusqu'à demain matin. Appelle-moi à ton réveil et je passerai te redonner quelques potions et vérifier tes pansements. »
Narcissa commença à ranger ses fioles vides dans sa mallette. Altaïr comprit qu'elle avait terminé ses recommandations et se leva afin de rejoindre sa salle de bain.
« Merci. » chuchota-t-il en passant la porte.
Narcissa sourit. Son mari lui avait raconté son altercation avec le garçon quelques années plus tôt. Il avait assisté avec horreur aux maltraitances de ce garçon et à la fin de ses soins, Altaïr l'avait remercié de la même manière. Un merci de politesse qu'il murmurait des bouts des lèvres et qui écorchait sa fierté. Il n'avait pas changé.
Narcissa rangea rapidement la pièce. Elle remballa dans son sac ses fioles vides, ses baumes et ses herbes médicinales. Puis, elle fit disparaître les serviettes et les compresses sales.
« Betty ! » appela-t-elle de sa voix douce. « Pourrais-tu changer les draps ? »
Comprenant que les soins de son jeune maître étaient finis et qu'il arrivait à prendre un bain seul, Betty obéit avec joie, un grand sourire aux lèvres. Bien qu'ayant tout expliquer à Altaïr deux minutes plus tôt, Narcissa s'assura que Betty sache également comment utiliser les baumes et potions. Elle laissa même une petite note explicative sur la table de nuit. Une fois certaine que la posologie des différents médicaments étaient correctement retranscrite, Narcissa quitta finalement la chambre.
Elle fut surprise de découvrir Cygnus de l'autre côté de la porte. Ce dernier avait dû être prévenu de la fin des soins par l'un de ses elfes. Narcissa lui jeta un regard noir, mais n'osa pas lui faire de remarque. Elle ne le connaissait que trop bien, ce n'était pas le bon moment pour lui prendre la tête.
« Il a besoin de sommeil. » osa-t-elle tout de même conseillé avant de fuir.
Sa réception débuterait moins d'une heure plus tard et elle devait vérifier que ses elfes avaient bien suivi ses ordres pour les préparatifs.
Altaïr sortit de la salle de bain une demi-heure plus tard, une serviette autour des hanches. Il vit Betty l'attendre à côté de son lit en observant les potions posées sur la table de chevet. La petite elfe s'empressa de l'aider à passer le baume dans son dos et à refaire ses bandages. Elle vérifia également que son poignet gauche était bien resté sec pendant son bain, comme Narcissa lui avait indiqué de faire.
Une fois les soins terminés, Betty quitta la chambre et laissa son jeune maître enfiler son pyjama. Pourtant Altaïr n'eut que le temps d'enfiler un pantalon ample et qui ne le serait pas trop à la taille avant qu'à nouveau, la porte de sa chambre ne se rouvre. Il se crispa de la tête au pied en reconnaissant son tuteur.
Cygnus grimaça en voyant l'état du garçon alors torse-nu, il n'avait eu le temps que d'enfiler un bas de pyjama. L'état d'Altaïr faisait pitié. Il était couvert de bandage, sa main gauche était dans une écharpe en plus du plâtre recouvrant son poignet, une longue balafre barrait son œil gauche et un gros bandage la recouvrait, de profonds cernes creusaient ses joues et plusieurs bleus parcouraient son corps, bien qu'ils avaient quasiment disparu.
« On part dans vingt minutes, soit prêt. »
Altaïr ne posa pas de question et acquiesça, comme Cygnus lui avait appris à le faire. Il attendit le départ de l'adulte pour appeler Betty et lui poser des questions, tout en retirant son bas de pyjama pour enfiler des vêtements plus présentables.
« Betty, où est-ce qu'on va ?
- Maîtresse Narcissa organise une réception, Maître Cygnus et Maître Pollux ont été invités. Maître Pollux a demandé à vous y voir. »
Altaïr se tourna avec surprise vers l'elfe.
« Pollux sait que je suis ici ? »
L'elfe hocha vivement de la tête.
« Maître Cygnus Monsieur a dit à Maître Pollux que vous ne vouliez voir personne et Maître Pollux est reparti. Mais Maître Pollux a dit que vous devrez être présent ce soir à la réception. »
Altaïr comprit soudainement pourquoi est-ce que Cygnus avait demandé à Narcissa de le soigner et non à un elfe de le barder de glamours avant de le renvoyer à Durmstrang, comme à son habitude. Non, Altaïr devait être présentable et non boiteux ou souffrant en société et encore plus devant Pollux, le père de Cygnus qui le rendait étrangement docile.
Mais avant de se préparer, Altaïr se dirigea vers sa table de nuit. Il en ouvrit le premier tiroir, souleva le faux-fond et attrapa délicatement la petite fiole qui s'y trouvait. Le garçon l'observa longuement, la faisant glisser entre ses doigts alors que la poudre rose à l'intérieur voletait doucement.
Il avait acheté cette fiole au couple de Flamel pendant l'été dans le but d'empoisonner Cygnus. Cependant, il y avait tout un monde entre se procurer l'arme du crime et passer à l'acte. Altaïr resta un long moment, accroupi devant sa table de chevet, à hésiter. N'ayant que peu de temps devant lui, il se convainquit qu'emporter la fiole avec lui ne voulait rien dire. Peut-être que l'occasion de glisser cela dans le verre de Cygnus ne se présenterait pas. Oui, prendre la fiole ne voulait rien dire.
Alors il la glissa dans la poche de son pantalon, prit une profonde inspiration et continua lentement à se préparer. Si lentement que Derry dut le faire transplaner dans le salon lorsqu'il ne s'y présenta toujours pas à 19h05. En le voyant, Cygnus grimaça, Altaïr n'avait aucun glamour sur lui. Cependant apposer ce genre de sortilèges prenait du temps, beaucoup de temps. C'était d'autant plus le cas pour des zones aussi visibles et détaillées que le visage. Ils n'avaient plus le temps pour ça.
«Avant que nous partions, il y a des choses que nous devons mettre au clair.» grogna Cygnus. « S'ils demandent, tu t'es battu et c'est pour ça que tu as été renvoyé et que tu es dans cet état. » Harry hocha la tête, ne voulant pas son tuteur en colère à peine sa punition levée. «Betty.» La jeune elfe apparut aux côtés de Cygnus. «Tu as désobéi à mes ordres. J'avais ordonné que personne ne s'occupe d'Altaïr, que personne ne devait le nourrir sans que je ne l'ordonne, que personne ne devait le soigner.»
Harry pâlissait à vue d'œil. Pourtant Cygnus avait déjà puni son elfe pour sa désobéissance, alors le garçon ne comprenait pas pourquoi il revenait sur le sujet. Une angoisse sourde lui tordait les boyaux et faisait battre son cœur follement. Il craignait le pire.
«Monsieur, je suis sûr que Betty a…
- Je ne t'ai pas autorisé à parler.» claqua Cygnus, la baguette déjà levé vers Harry.
Le garçon fixait son tuteur comme une biche fixerait les phares d'une voiture moldue. Il n'osait plus bouger ni prononcer le moindre mot. Puis, Cygnus sembla se souvenir qu'ils étaient attendus à une réception et qu'il ne pouvait pas punir se mioche insolent pour l'instant. Harry maudit cette unique fois où le sorcier fit preuve de bon sens et de retenu, parce que déjà, sa baguette se détachait de la trajectoire de sa poitrine pour trouver une autre cible.
«Je ne tolère pas la trahison, que ça serve de leçon aux autres elfes. Avada Kedavra.»
Harry croisa avec horreur le regard de Betty une seconde avant qu'elle ne s'effondre au sol. Il ne méritait pas un regard si doux, si aimant. Il ne le voulait pas si cela signifiait que toute cette gentillesse était passible de la mort. Mais Betty ne regrettait rien, elle était heureuse d'avoir pu aider ce garçon qui méritait pourtant tellement plus que cette vie de misère. Elle aurait pourtant aimé lui apporter bien plus, mais Betty était déjà fier d'avoir pu aider son jeune maître, son ami.
«Dépêche-toi, nous sommes attendus.» cingla Cygnus, l'air aussi froid que toujours en disparaissant dans la cheminée.
«Non! Non! Vous n'aviez pas le droit!» pleura Harry, les joues baignées de larmes alors qu'il tenait dans ses bras le corps frêle de l'elfe. Mais c'était trop tard, Cygnus avait déjà disparu. «Betty, tu ne peux pas me laisser tout seul, tu n'as pas le droit.» sanglotait-il. «Je suis tellement désolé, Betty. Réveille-toi, je t'en supplie… S'il te plaît, réveille-toi.»
Mais c'était trop tard et Harry le savait. Aucune magie ne pouvait guérir de ce sort. Betty n'était plus et ne serait plus jamais. Il était seul, encore une fois on lui arrachait ce qu'il avait de plus cher. On ne lui laissa même pas le temps de pleurer la mort de son amie la plus précieuse, celle qui l'avait toujours soutenu, encouragé et aidé. Elle avait été son seul repère dans cette famille indifférente où personne ne lui voulait du bien.
«Le jeune maître devrait partir, nous allons prendre soin de Betty.» fit une petite voix à ses côtés.
Harry quitta enfin des yeux le regard vide de Betty, il voulait crier à l'impudent de le laisser seul, de dégager. Mais il ne put pas. Devant lui se tenait Derry, le grand-frère de Betty et juste derrière lui d'autres elfes pleuraient en silence la mort d'une des leurs. Alors doucement, le garçon tendit le petit corps à Derry, essuyant ses larmes d'un revers de manche. Harry accepta le mouchoir qu'un autre elfe lui tendait, cessant enfin de renifler pitoyablement.
«Nous lui dresserons une tombe au fond du jardin, là où le Maître Cygnus ne la verra pas.» assura Derry, la graine de la révolte plantée par Betty germant dans chacun de leurs cœurs. «Le jeune maître peut partir l'esprit tranquille, c'est ce que Betty aurait voulu.» chuchota l'elfe, comme s'il avait peur de transgresser une autre règle.
Un elfe de maison n'avait aucun droit de donner des conseils à l'un de ses maîtres. Une telle familiarité ne serait pas passé auprès d'un autre sorcier. Mais Harry était différent. Les elfes avaient longtemps été comme sa famille pour lui, d'abord Moby et Borgy chez les Potter, puis Betty. Il ne les considérait pas comme une sous espèce et Harry savait qu'ils ressentaient tout autant de chose que les sorciers.
Alors lentement, il obéit à la recommandation de Derry. Harry attrapa une poignée de poudre de cheminette, la lançant à ses pieds alors qu'il se tenait dans l'âtre. Son regard ne quittait pas le corps mou de Betty tenu fermement par son frère, jusqu'à ce que les flammes l'enveloppe et qu'il ne réapparaisse dans le hall richement décoré des Malefoy. Dans sa poche, sa main libre tenait fermement la petite fiole qu'il hésitait tant à utiliser seulement quelques minutes plus tôt.
Il fut immédiatement accueilli par Narcissa qui lorsqu'elle l'aperçut, fronça des sourcils. Altaïr avait besoin de repos et de sommeil, pas d'une fête ennuyeuse. Mais comme toujours, son père avait fait fit de ses recommandations.
«Si tu te sens mal ou que tu veux t'éclipser, tu peux venir me voir à n'importe quel moment. Nous te trouverons une chambre.»
Harry ne sut trop que répondre à sa cousine éloignée. C'était bien la première fois qu'il la voyait ainsi, sans son air dédaigneux et dégouté. Elle le prenait comme beaucoup de monde pour un bâtard qu'Aquila avait caché pendant la guerre, puis par le reste de la famille. Alors Harry ne savait pas comment réagir face à cet air peiné et empathique. Il n'avait pas l'impression de se faire face à Narcissa mais à une parfaite inconnue.
Cygnus ne tarda pas à les repérer et avant même qu'il ne puisse répondre à Narcissa, il l'entraina vers Pollux. Ce dernier les salua avec une expression froide. C'était bien loin de son comportement au manoir de Cygnus quelques semaines plus tôt et Harry comprit rapidement qu'il ne s'agissait que d'un masque. Ils étaient des Black, ils n'avaient pas d'émotions et ainsi réuni, le visage fermé, la société sorcière devait facilement y croire. Pourtant, il pouvait distinguer une lueur d'inquiétude dans le regard de Pollux à la vue de ses plaies.
« Altaïr, pourrais-tu nous chercher deux verres ? » demanda le plus vieux.
Altaïr hocha de la tête, bien trop heureux de fuir l'ambiance opressante qui régnait entre les deux hommes. Il dut traverser toute la salle pour atteindre les buffets. Là, il attrapa trois coupes de champagne, mais tourna bien rapidement dans la direction opposée à celle des deux autres Black.
Altaïr passa une petite porte sur le côté de la salle de réception, elle était habituellement utilisée par les elfes. C'était bien trop dangereux pour eux de transplaner dans une pièce aussi bondée et risquer de bousculer un invité. Derrière la porte, Altaïr posa les coupes par terre et s'accroupit devant. Il tira de sa poche la petite fiole qu'il avait achetée quelques mois plus tôt chez les Flamel et en versa le contenu dans le verre de droite. Si dans sa chambre, il avait eu des doutes, il n'en avait plus aucun désormais. Le regard vide de vie de Betty restait gravé dans sa mémoire.
La poudre rose se dissolva rapidement dans le champagne, aucune différence entre les verres n'était visible. Altaïr laissa un grand sourire étirer ses lèvres avant de le perdre tout aussi rapidement. Etirer ses joues tiraient sur sa blessure à l'œil et lui faisait mal. Il fit disparaître la fiole d'un coup de baguette, effaçant ainsi toute trace de son méfait. Altaïr lança ensuite un sortilège de sa création qui avait inventé en début d'année en imaginant qu'une situation comme celle-ci arriverait un jour. Le sortilège était simple, toutes les empreintes déposées sur le verre de droite iront sur celui de gauche et inversement. Ainsi, même si les Aurors retrouvent le verre contenant le poison, les empreintes apposées dessus seront celles de parfaits inconnus.
Altaïr fit attention de ne pas laisser d'empreintes sur le verre de gauche et entrouvrit la porte pour le faire léviter sur la table la plus proche. Il sourit en appercevant une jeune femme s'en emparer et voir des tâches moites apparaître sur le verre devant lui, en plus d'une légère marque de lèvre sur le dessus. Ce n'était pas réellement flagrant, d'autant plus qu'elle ne portait pas de rouge à lèvres. Altaïr préféra tout de même ne pas prendre de risque et lança un sortilège d'invisibilité temporaire sur la coupe pour masquer toute trace. Il ne manquerait plus que Cygnus refuse de boire la coupe parce qu'il pensait que quelqu'un avait déjà bu une gorgée dedans.
Altaïr quitta discrètement sa cachette et s'assurant que personne ne l'ait vu, il se faufila rapidement dans la foule. Lorsqu'il rejoignit à nouveau Pollux et Cygnus, ils étaient accompagnés de quelques autres convives, écoutant avec un faux intérêt l'un d'eux déblatérer.
Altaïr tendit le verre de gauche à Pollux avant de se tourner vers Cygnus pour lui confier le second. Sans même se méfier, il en but une longue goulée, félicitant Lucius pour la qualité de son champagne. Altaïr laissa un sourire lui échapper lorsque Cygnus termina bien rapidement son verre sans que le poison ne soit senti. Flamel lui avait visiblement fourni un produit de bonne qualité. Il avait pu faire quelques tests sur les rats du manoir pendant la fin des vacances d'été. Il savait désormais que sur de petit rat noir d'une centaine de grammes, il suffisait de deux gouttes de poison diluées dans une petite coupelle d'eau pour en tuer une dizaine. D'après ses calculs, la dose administrée à Cygnus pourrait le tuer deux fois. Il ignorait simplement si cela signifierait que les effets se feraient ressentir deux fois plus rapidement ou non. Il aurait sa réponse dans deux heures si c'est le cas, sinon ce serait dans quatre.
La seule inconnue jusqu'alors avait été le goût de la potion. Visiblement, les rats n'avaient rien senti, mais peut-être que ça ne serait pas le cas pour Cygnus. Altaïr était satisfait de constater que si, le goût était indétectable même pour les humains.
Lorsque les autres membres du groupe l'aperçurent, les questions fusèrent bien vite quant à la raison de son état physique et de sa présence ici. Après tout, il était censé être à Durmstrang. Cependant, ni Cygnus, ni Pollux n'eurent le temps de répondre qu'Altaïr le faisait à leur place.
« J'ai coupé sa bite à un violeur et ses amis n'ont pas apprécié. »
Un lourd silence s'abattit sur le groupe. Altaïr en profita pour s'excuser et rejoindre l'un des coins de la pièce, comme il en avait l'habitude. De son point d'observation, Altaïr se délecta de la vision d'un Cygnus acceptant les verres que plusieurs personnes lui tendaient. Bien, il ne serait pas le seul suspect, d'autant plus que bon nombre de personne, si ce n'est tout le monde ici présent, n'aimaient pas l'homme.
Personne ne chercherait réellement à connaître le responsable et même si c'était le cas, Altaïr n'avait pas peur des conséquences. Il était trop jeune pour Azkaban, mais pour être celui qui achevrait Cygnus, il était prêt à y finir sa vie. Altaïr n'avait peur de rien, il était serrein.
Altaïr attendit longtemps, très longtemps que le poison fassee effet. Si bien qu'il crut que les Flames l'avaient roulé et lui avait vendu de la camelotte. Mais alors, pourquoi cela avait-il conctionner lors de ses tests. Ou alors, ses calculs présentaient des erreurs. Il fut soulagé de constater que ce n'était pas le cas, cinq heures après l'ingestion de la potion rose.
Peu après minuit, alors que les premiers convives étaient sur le départ, un hurlement recouvrit le bruit des discussions, de la musique et des rires. Un silence de plomb tomba sur la salle alors qu'un homme s'effondrait, continuant de crier et se mettant à convulser sur le sol.
Plusieurs personnes s'approchèrent du malheureux, tandis que Pollux Black criait à Narcissa d'appeler Ste-Mangouste et les Aurors. Altaïr s'approcha également de l'attroupement, comme s'il se souciait de l'homme criant de douleur. Lorsqu'il apperçut, bavant et pleurant, Altaïr ne put empêcher un sourire satisfait d'étirer ses lèvres.
C'est à cet instant que son regard croisa celui de Cygnus qui peinait à garder conscience. Altaïr articula distinctement un « Bon voyage, connard. » et bien qu'aucun son ne quitta sa bouche, il sut que Cygnus comprit au vu de l'écarquillement de ses yeux.
Altaïr masqua le sourire qui étirait douloureusement ses joues derrière sa main, prenant ainsi une expression horrifiée. Puis, il fut tiré en arrière par une Narcissa consternée et inquiète. Lucius quant à lui faisait évacuer les convives dans une salle adjacente au même moment où les secours arrivaient. Les médicomages s'attroupèrent autour de Cygnus alors que les Aurors aidaient Lucius à installer les convives dans divers salons pour les interroger.
Mais c'était trop tard, Cygnus avait cessé de gémir et gesticulé une dizaine de secondes avant que les médecins n'arrivent à ses côtés... Il était mort.
Altaïr laissa échapper une larme, une unique larme de soulagement. Son enfer avait enfin pris fin ce soir et cela, grâce à lui et uniquement lui. Il était étrangement fier de ses agissements, d'avoir tué un homme de sang-froid, son propre sang. Altaïr se sentait si libre qu'il pourrait en mourir de joie, il avait l'impression que son cœur allait exploser tant il gonflait de joie malsaine.
Et tout cela, un autre homme dans la salle le vit. Pollux se détournait de ce qui était désormais le cadavre de son fils, lorsqu'il aperçut Narcissa serrer dans ses bras Altaïr. Le garçon était tendu dans ses bras, tout comme il l'avait été dans sa propre étreinte quatre mois plus tôt. Le visage du garçon dépassait de l'épaule de Narcissa et c'est alors que Pollux le vit, son regard.
Le garçon n'était pas traumatisé ou apeuré, non, bien au contraire. Il semblait soulagé, presque euphorique. Et alors Pollux sut, Cygnus avait été assassiné par son propre pupille.
Chapitre 23
12 janvier 1990
Pollux n'avait pas dormi de la nuit. Après l'incident au bal des Malefoy, les Aurors avaient passé la nuit à interroger les convives. Ils avaient commencé par les enfants et les mères de famille, leur permettant de rentrer chez eux pour coucher les enfants tôt. Pollux avait demandé à Altaïr d'occuper son ancienne chambre au Square Grimmaurd. Mais le garçon avait refusé, prétextant n'avoir aucune affaire au Square et préférant dormir dans son propre lit ce soir.
Pollux avait abdiqué, le garçon avait l'air secoué par les derniers évènements et il ne voulait pas avoir une dispute à cette heure-ci. Alors il laissa Altaïr rentrer au manoir de Cygnus, tandis qu'il attendait patiemment que son tour ne vienne. Les Aurors s'approchèrent de lui alors que les premières lueurs de l'aube perçaient les rideaux du petit salon où Narcissa l'avait installé. La jeune mère se tenait à ses côtés, lui tenant la main alors qu'elle essayait de ne pas laisser couler les larmes sur ses joues. Pollux lui sourit, elle était forte. Narcissa était une vraie Black, ce que Bellatrix ou Aquila aurait dû être, plutôt que les Magemortes déraisonnées et folles qu'elles étaient devenues.
Robards, chef du bureau des Aurors, leur avait expliqué qu'ils étaient les dernières personnes à se faire interroger. Ses collègues étaient en train de chercher les assiettes, les couverts et les verres dans lesquels Cygnus avait bu et mangé pour effectuer des prélèvements. Après cela, ils pourront tous deux rejoindre leurs lits.
Les questions étaient celles auxquelles Pollux s'attendait.
« Savez-vous si Cygnus avait des ennemis ? Quelqu'un pourrait-il lui en vouloir ? Etait-il étrange lors de la soirée ou les jours précédents le meurtre ? Quels étaient ses amis les plus proches ? Les membres de son bord politique et ceux des camps adverses ? Qui a offert des boissons ou des amuses-bouches à Cygnus ? »
Une série de questions toutes plus ennuyeuses les unes que les autres et auxquelles Pollux se détesta de donner des réponses aussi longues et détaillées que possible. C'était pour le bien de l'enquête, il le savait. Mais son corps épuisé le suppliait d'écourter cette discussion. Le sorcier fut plutôt soulagé lorsqu'il remarqua que Robards arrivait à la find de sa liste de questions. Il n'en restait plus qu'une. Cependant son froncement de sourcils et sa mine renfrognée ne sembailent indiquer rien de bon.
« Il semblerait, Mr Black, que vous avez oublié de mentionner qu'Altaïr Black a lui aussi offert un verre à Cygnus. Selon Mrs Balsac, il a offert deux coupes une quinzaine de minutes après dix-neuf heures, l'une à vous et la seconde à Cygnus. Il s'agit bien de votre arrière-petit-fils, c'est bien ça ? »
Bien que sentant son sang se glacer dans ses veines, Pollux ne laissa rien paraître. Il laissa même un petit sourire naître sur ses lèvres, comme si les propos de l'Auror ne pouvaient même pas être considérés avec sérieux.
« Altaïr ? Oui en effet, je lui ai demandé de nous chercher du champagne. J'avais à parler affaire avec mon fils et ça ne concernait pas un enfant de cet âge. » Pollux insista sur le mot enfant.
« Pourquoi ne pas l'avoir mentionné ? Il semblerait pourtant que vous ayez un souvenir des plus net de cette soirée, vu vos précédentes descriptions. »
Pollux sentit la poigne de Narcissa se serrer autour de ses doigts. Visiblement, Pollux n'était pas le seul à avoir quelques soupçons envers Altaïr. Il espérait seulement que seule Mrs Balsac avait parlé du garçon et non plusieurs invités. Pollux ne savait pas encore si les doutes de Robards était seulement dû à son oubli concernant le garçon ou bien à quelques dénonciations.
« Comme je l'ai dit, Altaïr n'est qu'un enfant. Je pensais que vous essayiez seulement de tirer une liste de supects. » dit-il avec précaution. « Dans ce cas, je peux également ajouter que le jeune Mulciber a lui aussi apporter une coupe à mon fils. Un bon garçon. » ajouta-t-il pour faire dévier la conversation.
Bien que l'Auror nota l'information, cela ne fonctionna pas. Il revint bien vite à la charge.
« Je comprends, seulement vous serez d'accord avec moi qu'avec les antécédents du garçon et les rumeurs que j'ai pu entendre à propos de lui et Cygnus, je garde quelques doutes ?
- Des antécédents ? Et de quelles rumeurs parlez-vous ? » demanda Pollux, confus.
Narcissa ne reserra que sa prise autour de sa main, Pollux retint de justesse une grimace de douleur.
« Mr Robards, » prit-elle la parole pour la première fois. « Mon grand-père ne vit en Angleterre que depuis quelques mois et n'a connu Altaïr seulement pendant le mois d'août. Il semblerait que mon père et moi avons oublié de lui parler de l'affaire avec Lucretia. Cependant Altaïr n'était qu'un petit garçon dont la magie était encore incontrolable. L'incendie était un accident et je suis certaine qu'encore aujourd'hui, il regrette ces funestes événements. »
Son regard anthracite brillait de détermination, elle ne laisserait pas cet homme dénigrer ainsi son neveu. Elle avait fermé les yeux bien trop souvent sur les abus de son père sur le garçon et ne le laisserait plus tomber. Narcissa n'avait pas le pouvoir de son mari ou de Pollux au sein du Ministère, mais elle ferait tout son possible pour aider Altaïr.
Robards se tendit sur sa chaise, visiblement inconfortable. Il semblerait qu'après avoir écouté tous les commérages des convives, il en était venu à oublier que l'incendie du manoir Prewett était un accident magique. De plus, le rapport avait été écrit par Richard Bones, un membre des brigades de secours magique intègre et dont la famille s'opposait depuis des années à celles des Black et des Malefoy. Robards pouvait donc se fier à son rapport et ne pas douter de la véracité des dires de l'homme dans celui-ci.
« Je m'excuse de mon indélicatesse, Mrs Malefoy. » inclina-t-il la tête, cependant il revint bien vite à la charge. « Pourtant vous ne m'oterez pas l'idée que les événements semblent se répéter. Le garçon est victime d'une tentative d'assassinat par sa tutrice et celle-ci décède quelques semaines plus tard dans un incendie magique, bien qu'accidentel. Et aujourd'hui, on m'informe que Cygnus était suspecté de maltraitance envers Altaïr et ce dernier décède mystérieusement empoisonné.
- Maltraitance ? » murmura Pollux, complètement perdu.
Il ne suivait plus rien à la conversation et les deux autres sorciers ne firent même pas attention à son intervention, se dévisageant en chien de garde. Il n'avait encore jamais vu Narcissa aussi tendue et prête à sortir sa baguette, elle qui était habituellement si douce et pacifique. Presque soumise, lorsqu'il s'agissait de garder une bonne image auprès du Ministère.
« Et vous accusez mon neveu sur des rumeurs ? Je vous pensais plus sérieux dans votre enquête. »
Pollux grinça des dents, Narcissa était insultante envers le chef du bureau des Aurors. Ce n'était peut-être pas la meilleure des idées.
« Des rumeurs et deux demandes de contrôles auprès des services sociaux. Bien que l'une d'elle ait été classée sans suite car aucune preuve n'a été trouvée et que la seconde n'a pas eu le temps d'être étudiée, l'existence de ces demandes prouvent que les suspitions vis-à-vis de ces maltraitances étaient visiblement plus que fondées. »
Narcissa dessera soudainement sa prise autour de la main de Pollux. Il tourna son regard vers elle et remarqua avec surprise qu'elle avait totalement perdu le contrôle de son expression aristocratique. La dame, habituellement impassible, voire légèrement hautaine, arborait une expression choquée, les yeux écarquillés et la bouche légèrement entrouverte. Puis, son expression devint furieuse. Elle se leva et pointa un doigt accusateur vers l'Auror.
« Classée sans-suite ? Vous vous moquez de moi ? Je suis celle qui a déposé cette demande d'enquête ? Vos collègues n'ont même pas écouté ce que j'avais à dire et m'ont demandé de quitter le service ! L'enquête n'a même pas été ouverte, comment pourrait-elle être classée sans suite ? » haussa-t-elle la voix, furieuse. « Je n'étais pas au courant pour cette seconde demande déposée, mais nous savons tous les deux comment elle aurait terminé : dans l'oubli.
- Vous êtes la personne qui a déposé cette demande ? » s'étonna l'Auror, visiblement il n'en revenait pas que la propre fille de Cygnus l'avait dénoncée. « J'ai grandi dans une famille détruite par cet homme. J'ai vu mes sœurs et ma mère frapper à coups de canne et de sortilèges de découpe. Alors quand j'ai su qu'Altaïr recevait le Doloris, oui, je me suis rendue au Ministère. Mais cela n'a servi à rien. On m'a rétorqué que l'enfant allant bientôt à l'école, il ne verrait presque plus son tuteur et que de toute façon, ils ne pourraient rien faire sans un témoignage. » fulmina-t-elle. « Mais ils ne sont même pas allés le recueillir, ce fichu témoignage. »
Robards se pressa un peu plus contre le dossier de son fauteuil, comme s'il souhaitait disparaître de la vision de la sorcière.
« De plus, je peux déjà vous dire qu'Altaïr n'a rien pu faire ce soir. J'ai passé la journée à le soigner et il était tellement drogué par les potions que je ne sais même pas comment il a fait pour tenir debout aussi longtemps. Cet enfant est plein de courage et de fierté, il a enduré tant de souffrance dans la solitude la plus totale et je ne vous laisserai pas le dénigrer de la sorte. N'osez plus jamais remettre en doute son intégrité. » Narcissa prit une profonde inspiration avant de retrouver une expression moins colérique. « Maintenant hors de mon manoir, vous avez un coupable à trouver. »
Robards n'était pas assez fou pour poursuivre la conversation maintenant. Il enverrait un collègue parler à son mari d'ici quelques jours si plus d'informations venaient à être nécessaire. Il salua poliment Pollux et Narcissa avant de prendre congé. Une fois seule, Narcissa s'effondra sur ses genoux, sanglotant dans ses mains.
Pollux la tira dans une étreinte puissante. Il n'avait jamais vu sa petite-fille avoir l'air aussi forte, mais aussi complètement détruite. Bien qu'aimant son fils, il ne pouvait que s'avouer soulagé de son décès. Il avait fait tant de mal de son vivant, détruisant le peu de famille qu'il leur restait et les muselant dans un silence douloureux. Son départ était une bonne chose, cela ne pourrait qu'améliorer les relations entre les Black restant, bien que cela demanderait du temps.
Lorsque Narcissa se sentit prête à rejoindre son mari et son fils, elle s'excusa aurpès de Pollux. Il fallait qu'elle fasse un petit brin de toilette avant de les rejoindre. Son grand-père lui offrit une dernière étreinte avant de pénétrer l'âtre du petit salon et de disparaître pour le Square Grimmaurd.
Pourtant il n'était pas d'humeur à aller au lit, il était déjà huit heures. C'est pourquoi il appela Kreattur pour qu'il lui fasse un thé et depuis, il était installé à la table de sa cuisine, repensant aux derniers évènements.
Les quelques minutes qui suivirent le décès de Cygnus, il avait été sincèrement persuadé qu'Altaïr avait essayé d'assassiner son fils. Mais plus il y avait pensé et moins il y croyait. Il n'était qu'un enfant, un garçon de treize ans. Il n'avait vécu que ses cinq premières années de vie en temps de guerre, n'était pas habitué aux attentats politiques et encore moins accoutumé à la mort.
Mais Pollux ne savait rien de la vie d'Altaïr comme l'avait prouvé la conversation de Narcissa et de l'Auror Robards. Il n'avait qu'une vision romancée, idyllique de son arrière-petit-fils. Il le réalisait maintenant, mais Pollux ne le connaissait pas. Ils étaient des inconnus et cela lui faisait mal. Pollux n'imaginait pas à quel point il ne savait rien d'Altaïr. Il ignorait encore si la défense de Narcissa visait à faire oublier la culpabilité d'Altaïr auquelle elle aussi croyait. Ou si au contraire, la sorcière était convaincue de son innocence et s'était battue bec et ongle pour le prouver à l'Auror.
Un coucou à l'étage résonna, il était déjà neuf heures. Pollux finit sa tasse de café et quitta sa chaise, il devait parler à Altaïr. La veille, il avait renvoyé au Square dès que l'incident eut lieu. Cependant Altaïr avait refusé et avait préféré retourner au manoir de Cygnus, dans sa propre chambre.
Pollux arriva une dizaine de minutes plus tard dans ce qui fut la demeure de Cygnus. Il évita de penser à tout ce que le décès de son fils allait lui refourguer sur les bras. Il allait devoir s'occuper de ses elfes, décider de ce qu'il ferait du manoir, la gestion de son héritage ou encore de savoir si oui ou non, il allait reprendre la tête de la famille au Magenmagot.
En sortant de la cheminée, Pollux fut surpris de découvrir une petite valise dans le salon. Il trouva Altaïr un peu plus loin, assis en bout de table à la place qu'occupait habituellement Cygnus. Habituellement, il n'en ferait pas grand cas mais dans les conditions actuelles, l'attitude du garçon était déplacée.
Un livre d'arithmancie et un calepin recouvert de notes étaient posés un peu plus loin, aux côtés de l'assiette vide du garçon. Cependant, ce qui surprit le plus Pollux fut la présence de Narcissa qui était debout devant le garçon. Elle était en train de poser un long pansement sur le visage du garçon, masquant une balafre qui partait du front du garçon, coupait son sourcils gauche, barrait sa paupière et se terminait sur le haut de sa pommette et qui croisait celle faite par son loup quelques semaines plus tôt.
« Altaïr, je ne sais pas si tu pourras un jour revoir de cet œil. » avoua Narcissa d'un air terriblement désolé. « Mais les chances ne sont pas nulles, je dirai une chance sur cinq, peut-être six. Au moins, la blessure ne s'est pas infectée. » soupira-t-elle en tentant d'être optimiste.
Altaïr hocha sèchement de la tête. Il caressa pensivement des bouts du doigt le pansement, il s'attendait déjà à ce type de diagnostic. Cygnus savait parfaitement comment doser ses sorts et lesquels pouvaient être soignés ou non. Un peu plus de magie et sa tête aurait été coupée en deux, un peu moins et le sort n'aurait même pas traversé sa paupière. Un simple Diffindo et Narcissa aurait pu le rendre comme neuf. Mais Cygnus avait lancé un sort de magie noire que même lui ne connaissait pas, quelque chose comme « Sectamsimpra » ou « Sectumsempra ». Altaïr ne savait plus, il n'était pas vraiment conscient à ce moment-là.
S'il voulait que ça atteigne son œil, alors il n'y aurait que peu de chance que ce scénario sur cinq se produise. Pourtant, Altaïr tenta de rester positif, l'homme lui avait déjà fait subir bien pire et il avait toujours guéri plus ou moins miraculeusement. De plus, il avait réussi à placer sa main sur la trajectoir du sort par un réflexe inespéré. Bien que cela lui avait coûté l'annulaire de sa main gauche, Altaïr espérait que ce sacrifice en vaudrait la peine si cela signifait qu'il pourrait un jour retrouver la vue, l'entaille étant moins profonde que voulu.
Narcissa s'excusa peu de temps après, laissant les deux hommes seuls. Elle prit toutefois le temps de donner quelques potions et baumes à Altaïr, lui expliquant comment et quand les prendre. Altaïr accompagna Narcissa jusqu'au salon alors que Pollux s'installait à table, Derry lui proposant déjà des toasts et des jus de fruit.
Dans le salon, Altaïr retint la sorcière quelques secondes avant qu'elle ne rentre chez elle pour un repos bien mérité.
« Merci.
- Ce n'est rien Altaïr, si j'ai passé une formation d'infimière ce n'est pas pour rien. Je peux bien aider mes proches de temps en temps. » sourit-elle gentiment.
« Non, pas pour ça. Enfin, merci pour les soins. J'apprécie. » rougit-il, perdant le fil de ses pensées. « Je voulais dire, pour m'avoir défendu devant Robards. Et aussi pour … » sa voix resta coincé dans sa gorge, n'arrivant pas à dire les mots. « Pour le Ministère, la … la demande de …
- Ce n'est rien, Altaïr. J'aurai aimé faire bien plus pour toi. » comprit Narcissa.
Elle ne s'était pas rendue au Ministère quelques années plus tôt pour recevoir des remerciments. Elle l'avait fait parce qu'elle pensait que c'était la chose juste à faire. Narcissa ne pensait même pas de quelconque remerciments, elle aurait dû être bien plus présente auprès d'Altaïr. Elle serra brièvement Altaïr dans ses bras et l'embrassa sur son front avant de pénétrer la cheminée.
« Je vais devoir dire à Dobby d'arrêter d'espionner mes conversations et de tout rapporter à Derry. » plaisanta-t-elle. « Au revoir Altaïr, j'espère te revoir lors des prochaines vacances. »
Altaïr hocha de la tête, un sourire au coin des lèvres. Une fois les flammes éteintes, il rejoignit Pollux à table et reprit son petit-déjeuner là où il l'avait arrêté, avalant les diverses potions vitaminées de Narcissa.
« Tu as fait ta valise ? » débuta Pollux la conversation, se souvenant de la malle présente dans le salon à son arrivée.
- Oui, le directeur Karkaroff m'attend à dix heures dans son bureau. »
Pollux fronça des sourcils. Avec tout ça, il avait oublié qu'Altaïr n'avait été exclu qu'une seule semaine de Durmstrang. Il avait naïvement pensé que le garçon avait préparé quelques affaires pour venir vivre au Square Grimmaurd avec lui.
« Est-ce que tu veux que je t'accompagne ? Je devrai certainement me présenter à ton directeur. »
Altaïr haussa des épaules, il n'avait pas l'habitude d'avoir un adulte essayant de s'impliquer dans sa scolarité à ses côtés. Il avait conscience que Pollux avait très certainement des doutes à ses propos, mais il n'aborderait pas le sujet en premier. Ce serait stupide de sa part, il ne voulait pas faire fuire Pollux et se retrouver à devoir vivre chez les Malefoy.
Altaïr regarda sa montre, il lui restait une demi-heure avant de partir. Pollux fronça des sourcils en la voyant, il avait espéré que Cygnus ait eu tort. Que peut-être, il lui avait dit qu'Altaïr jetterait sa montre pour le blesser. Pollux soupira, il allait devoir trouver une meilleure idée pour son prochain anniversaire..
« Tu n'aimes pas la montre que je t'ai offerte ? »
Altaïr regarda son poignet avant de lui répondre.
« Je n'aime pas l'argent. » sourit-il simplement.
Altaïr quitta la table pour rejoindre le salon. Il rangea son livre dans sa malle et vérifia une dernière fois qu'il n'avait rien oublié. Pollux s'installa dans un fauteuil, sa tasse de thé toujours à la main.
« Je vais aller à Gringotts cette après-midi pour lire le testament de Cygnus, puis j'irai au Ministère pour demander ta garde. Je peux voir avec Karkaroff si tu veux venir avec moi ?
- Je sais déjà que Cygnus ne m'a rien laissé. » répondit Altaïr après une minute de réflexion.
« Altaïr, veux-tu au moins que je demande ta garde ? » soupira le Pollux en posant sa tasse vide sur la table basse.
Altaïr releva un regard blessé vers lui, visiblement il n'avait pas interprété sa question de la bonne manière. Pollux ne lui disait pas qu'il hésitait, bien au contraire. Mais il ne voulait rien faire sans le consentement du garçon, il avait parfaitement conscience que ce n'était pas la situation idéale que vivre avec son arrière-grand-père qu'Altaïr ne connaissait qu'à peine. Aller vivre chez les Malefoy ou toute autre famille éloignée devait paraître bien plus plaisant, avec des adultes ayant l'âge d'être ses parents et avec un autre enfant à ses côtés.
« Vous hésitez maintenant que vous réalisez que je ne suis pas l'enfant idéal que vous avez fantasmé toutes ses années. »
Ce n'était pas une question, Altaïr en était certain. Sentant que la conversation lui échappait, Pollux s'empressa de le détromper.
« Non Altaïr, je te demande simplement si tu veux vivre avec moi ? Si tu dis oui, alors ce sera avec plaisir que je t'accueillerai au Square. Sinon, j'essayerai de faire le plus parti de ta vie désormais. Je veux une réponse sincère. »
Le garçon le regarda avec espoir, comme s'il n'osait pas croire à ses paroles. En dehors de Walburga, Euphemia ou Fleamont, Altaïr avait parfaitement conscience d'avoir été un poids pour ses tuteurs. Bien qu'Ignatus l'ait aimé, Altaïr n'était pas dans ses plans et lui était tombé sur les bras du jour au lendemain, James n'avait jamais caché vouloir se débarasser de lui le plus vite possible et ne parlons même pas de Cygnus.
Alors voir ce sorcier lui promettre une meilleure vie, un monde où il serait désiré et choyé, il n'arrivait juste pas à y croire. Mais Pollux ne détourna pas le regard, voulant lui faire comprendre que jamais il ne reviendrait sur cette proposition. Et alors, Altaïr se mit à vouloir le croire, lui faire confiance. Il hocha de la tête, il voulait vivre avec Pollux.
« Oui. » dit-il à voix haute, comprenant que Pollux attendait une réponse orale.
Il sourit, lui faisant comprendre que c'était la décision qu'il attendait de la part d'Altaïr.
« Parfait, nous déménagerons tes affaires au Square pendant les vacances de Pâques. »
Altaïr le dévisagea étrangement avant d'acquiescer. Ce serait la première fois que quelqu'un attendrait son retour de l'école.
Ayant fini de vérifier ses affaires, Altaïr referma sa valise, enfila son manteau par-dessus son uniforme et s'apprêta à rejoindre Durmstrang par cheminette. Pollux se leva à son tour, s'approchant du garçon qu'il prit dans ses bras un long moment. Comme les fois précédentes, Altaïr resta droit contre lui sans lui rendre son étreinte, pourtant Pollux aurait juré qu'il était moins tendu que quelques mois plus tôt.
Lorsqu'il le relâcha, Altaïr prit une profonde inspiration et osa enfin poser la question qui l'intriguait tant depuis des mois.
« Pourquoi êtes-vous parti en Colombie ? »
Pollux se gratta la nuque d'un air gêné. Il ne pensait pas aborder la question aussi rapidement.
« Il y a vingt ans, j'ai eu quelques problèmes avec la justice. J'ai fui pour lui échapper. » Pollux soupira, il ne voulait rien cacher au garçon. « J'ai attendu qu'il y ait prescription et que personne n'ait porté plainte entre temps pour revenir, le délai a été dépassé cet été, alors je suis rentré. »
Altaïr accepta la réponse. Il ne s'attendait à rien de particulier, il voulait juste savoir la vérité.
« En exil, je vivais isolé du monde, personne ne pouvait me joindre ou me retrouver. Ce n'est qu'en quittant mon refuge et en rejoignant Bogota que j'ai reçu toutes les lettres et les journaux qui m'avaient été envoyés, ces vingt dernières années. Je suis toujours en train de rettraper toute cette lecture. » rigola Pollux, avant de rapidement s'assombrir. « C'est là que j'ai appris pour ta naissance, la fin de la guerre et l'emprisonnement de ta mère et des autres membres de la famille, des décès de mon cousin Arcturus, de Walburga, d'Orion. »
Altaïr se crispa à leur mention, il en voulait toujours à l'homme de ne pas avoir été présent pour sa grand-mère. Il comprenait la situation de Pollux et acceptait ses excuses, mais ne le pardonnait pas pour autant.
« Je ne vais pas te dire que si j'avais su, je serais rentré. Parce que je ne le savais pas et que personne ne saura jamais si je serai réellement venu. Mais une chose est certaine, il n'a jamais été dans mes habitudes d'abandonner ainsi ma famille, alors Altaïr, je ne t'abandonnerai plus. »
Un long silence s'installa dans le salon. Pollux essayant de transmettre tous ses bons sentiments et ses regrets à son arrière-petit-fils et ce dernier, hésitant entre croire à ses paroles ou bien à se refermer comme à son habitude sur lui-même. Finalement, il offrit l'un de ses rares sourires à l'homme et Pollux sembla complètement se détendre. Il avait bien cerné le garçon et son comportement froid, alors il comprenait parfaitement ce que ce petit sourire voulait dire.
« Il y aura une réunion parents-professeurs en mars, tu pourras rencontrer mes professeurs à ce moment-là. »
Pollux fronça des sourcils, ne comprenant pas d'où venait cette déclaration. Mais il repensa alors à sa première question, lorsqu'il demandait à Altaïr s'il souhaitait être accompagné. Pollux laissa donc son pupille rejoindre Durmstrang seul, sa petite valise à la main et un lourd manteau posé sur ses épaules. Pollux songea distraitement que l'uniforme de Durmstrang était bien plus classe que celui qu'il portait à Poudlard, il en était presque jaloux.
Lorsqu'Altaïr arriva dans le bureau de Karkaroff, ce dernier était déjà assis derrière son bureau et une pile de paperasses devant lui. Igor l'observa calmement épousseté la cendre de ses vêtements. Ce ne fut que lorsque le garçon s'apprêta à quitter le bureau qu'il le retint.7
« J'ai appris pour Cygnus, toutes mes condoléances. »
Ce n'était pas sincère et il ne le cachait pas. Karkaroff savait très bien que malgré les négations d'Altaïr, Cygnus le maltraitait. Le garçon ne devait donc pas réellement avoir envie d'entendre quelqu'un regretter la mort de cet homme.
Altaïr se tourna finalement vers lui, un rictus au bord des lèvres et c'est alors que Karkaroff réalisa soudainement l'état du garçon. dix jours plus tôt, il n'avait pas le bras en écharpe, n'avait pas de pansement aux visages, ni de bleus au cou, avait ses dix doigts et ce n'était que ce qu'il pouvait voir, par-dessus ses vêtements. Karkaroff n'eut aucun doute sur la provenance de ses blessures, le faisant grincer des dents.
« Je dois avouer que de votre part, je me serais attendu à des félicitations. » plaisanta le garçon avant de reprendre sa route.
Cependant il fut une nouvelle fois stoppé par Karkaroff.
« Pourquoi n'avoir rien dit ? Pourquoi l'avoir protégé aussi longtemps ? »
Karkaroff n'en revint pas lui-même d'avoir osé poser cette question, alors l'expression ahurie de l'adolescent ne le surprit pas.
« Parce que je ne vous fais pas confiance. » déclara-t-il comme une évidence. « Même quand ça se passait dans votre propre école, vous n'avez rien vu ou si c'est le cas, vous n'avez rien fait pour l'arrêter. »
Karkaroff fronça des sourcils. Il ne comprenait pas ce que sous-entendait le garçon, parlait-il de la baffe que Cygnus lui avait donnée l'année passée devant toute l'école ? Il n'en avait pas la moindre idée.
« Pardon ?
- L'année dernière, à la fin des réunions avec les professeurs, Cygnus m'a emmené dans mon dortoir. Il m'y a lancé deux sorts de brise-os sur la main, m'a lacéré le dos avec des sorts de fouet, m'a déchiqueté une jambe avec un Expulso et m'a jeté trois Doloris. Je me suis évanouie et je sais que ça ne l'a pas arrêté parce le lendemain, quand j'ai dû me soigner seul dans la salle de bain, j'avais d'autres blessures qui ne venaient pas de ces sorts-là. Tout ce qu'il a fait, c'est de me lancer un glamour et me laisser retourner en classe dans cet état. »
Altaïr planta son regard dans celui de son directeur. Il n'aimait pas la pitié et la culpabilité qu'il y lisait. C'est justement pour ça qu'il n'en avait jamais parlé à personne avant ce jour, Altaïr ne voulait faire pitié à personne. Alors il resserra sa prise sur sa valise, replaça son masque d'indifférence sur son visage et marcha droit vers la sortie, laissant Karkaroff toujours sous le choc derrière lui.
Ce ne fut que lorsque la porte du bureau claqua avec force qu'Igor revint à lui. Il venait de comprendre que les félicitations qu'Altaïr avait souhaité recevoir sur le ton de la plaisanterie n'étaient pas pour sa liberté regagnée par hasard. Mais pour avoir réussi à avoir cette liberté par ses propres moyens, sans leur aide à lui, son équipe enseignante ou quelconque autre adulte. Altaïr avait échappé aux maltraitances de Cygnus par lui-même.
Karkaroff ne put que soupirer, attirer une bouteille de whisky pur-feu à lui et sans même prendre la peine de se servir d'un verre, il but quelques longues goulées d'alcool. Plus il connaissait le garçon Black et moins Igor arrivait à savoir si c'est un avenir brillant qui l'attendait ou si au contraire, il deviendrait un véritable cauchemar. Qu'il avait hâte qu'Altaïr quitte son école pour retourner en Angletterre.
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Altaïr passa sa matinée de cours normalement, bien que sentant les regards de ses camarades le suivre peu importe ce qu'il faisait. Visiblement, des rumeurs s'étaient vite répandues à travers le château malgré que l'affaire fut éttouffée par le directeur. Il y avait eu trop de témoins de la chute par la fenêtre de Romanov ainsi que de son transfert vers l'hôpital.
Cependant, Altaïr fut bien plus perturbé par le fait que dans l'histoire, les élèves étaient de son côté. Certes, ils le fixaient tous avec crainte, mais aucun ne lui semblait directement hostile. C'était étrange pour lui qui, quelques semaines plus tôt, entendait ses camarades se moquer de lui dans son dos.
Ce ne fut qu'au repas de midi qu'il revit ses amis. Terminant à 12h30 le lundi, il arriva une demi-heure après Lev et Viktor au réfectoire. Il les repéra tout de suite dans la foule, merci à ses sens lupins, et s'approcha d'eux. Altaïr tapota l'épaule d'une fille qu'il ne connaissait pas mais qui était assise en face de ses deux amis qui le fixaient stupidement, comme s'ils ne revenaient pas de le voir.
Lorsque la fille se tourna vers lui, il n'eut qu'à lui souffler un autoritaire « bouge de là » pour qu'elle quitte sa place avec deux amies. Elles allèrent s'asseoir un peu plus loin, le visage rouge de gêne. Visiblement, elles aussi avaient entendu les rumeurs à son sujet.
« Wouaw, quelle autorité ! » se moqua gentiment Viktor.
Altaïr lui répondit par un doigt d'honneur, se servant déjà une assiette bien remplie. Il fut heureux qu'aucun d'eux ne parle de ses blessures et agisse comme si rien ne s'était passé. Comme si la semaine précédente ne s'était jamais déroulée et qu'Altaïr n'avait jamais quitté l'école.
Ce jour-là, un sourire en coin ne quitta pas ses lèvres bien que cela ne lui ressemblait pas, heureux d'avoir ses deux amis à ses côtés.
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21 février 1990
Après deux semaines d'hospitalisation et une semaine d'exclusion, ce ne fut que deux semaines après son retour à Durmstrang qu'Altaïr revit Romanov. Il avait entendu dire que bien que ses trois amis avaient été définitivement renvoyés de Durmstrang, Romanov avait réussi à se mettre le conseil d'administration dans la poche. Il le croisa au détour d'un couloir alors en compagnie de Viktor et contrairement à ce qu'il avait imaginé, Altaïr ne reçut aucune remarque de sa part. Le russe se contenta de baisser le regard et de continuer sa route, comme s'il n'existait pas.
« Il faut vraiment que tu commences à parler à d'autres personnes que Lev ou moi. Ou au moins écouter les rumeurs qui te concernent. » soupira Viktor en voyant sa surprise face à ce comportement.
« Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Depuis que t'as cassé la gueule à Romanov, les élèves ont commencé à parler entre eux et on s'est rendu compte que tu n'étais pas le seul qu'il intimidait. Des dizaines de personnes ont raconté ce qu'il leur faisait subir, aussi bien par des moqueries que par des passages à tabac totalement gratuits. Il y a même deux garçons, un de sa classe et un autre en première année, qui ont eu le courage d'avouer qu'il les a forcés à les sucer dans les vestiaires du terrain de Quidditch. »
Altaïr posa un regard surpris à son ami, mais aussi dégoûté. Il n'en revenait pas que ce connard avait réussi à s'en tirer aussi longtemps avec tout ce qu'il avait fait. Le pouvoir de sa famille avait vraiment bien réussi à museler les professeurs et ses camarades. S'en était dégoûtant.
« Une fille de sa classe a même raconté qu'avant que ce soit toi qui ne les fasse, c'est elle qui devait faire tous ses devoirs et qu'étant toujours assise à côté de lui, elle devait le laisser recopier à tous les contrôles. Tout le monde pense que sans elle et toi, il va rater son année et devoir partir à la fin du mois lorsqu'il aura des zéros partout à ses examens finaux. » se moqua Viktor.
Cependant, Altaïr pensait autrement. Bien que n'ayant visiblement plus la même influence sur l'école qu'auparavant, il était évident que sa famille ne le laisserait pas les humilier. Déjà que son père avait voulu faire étouffer l'affaire avec lui et Lev, Altaïr ne doutait pas qu'il interférait forcément avec ses résultats scolaires. Ce ne serait pas le seul à le faire, beaucoup de parents faisaient ça ici, bien que tous ne pouvaient pas se le permettre. Le plus bel exemple était Viktor Krum lui-même, Karkaroff étant son parrain, Altaïr ne l'ayant appris que très récemment. C'est pourquoi malgré ses mauvaises notes, Viktor parvenait toujours à passer au semestre supérieur « de justesse ».
« Donc ça fait trois semaines que tout le monde a bien eu le temps de déballer sur son dos et de comprendre que personne ne l'aime vraiment. Alors on a tous plus ou moins décidé d'aller lui dire se faire foutre et qu'on ne s'écrasera plus devant lui. Surtout qu'un cousin éloigné de Romanov a entendu dire que son père lui a promis le reniement au prochain écart de sa part. Le scandale a vraiment éclaboussé leur image et même si en Russie, l'affaire a totalement été étouffé, ce n'est pas le cas des autres pays d'Europe de l'Est et du Nord. »
Altaïr comprenait enfin pourquoi est-ce que tout le monde le fixait comme une sorte de héros local. Pour les autres victimes de Romanov, il était le garçon qui avait enfin mis le coup de pied dans la fourmilière dont ils avaient tant besoin. Il était celui qui avait initié ce mouvement de révolte.
« Maintenant on l'appelle pool pall, ça veut dire demie-couille en estonien. Comme tu lui as coupé la bite et une couille et demi, on s'est dit que ça lui allait bien, même s'il lui en ont remis des nouvelles à l'hôpital. » se moqua Viktor. « Enfin, ça fait encore débat. Il y en a pas mal qui préfère yevnukh, ça veut dire eunuque en russe. »
Et alors, Altaïr éclata de rire. Au oui, que ça soit yevnukh ou pool pall, les deux lui allaient très bien.
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3 mars 1990
Comme convenu avec Marian Hristov, ils se revirent une première fois avant le procès. Pollux voulant être présent lors de la rencontre, celle-ci se tint un samedi après-midi dans un café de Puhja, la ville se situant à côté de l'école. Il était plus partaique de se rencontrer ainsi plutôt que d'obtenir les autorisations pour que deux adultes pénètrent dans l'école pendant l'année scolaire.
Les deux hommes arrivèrent ensemble, Pollux avait prévenu son pupille qu'il mangerait avec l'avocat afin de discuter en amont des préparatifs. Altaïr supposait surtout qu'il s'agissait d'un déjeuner pour discuter des tarifs de l'homme et de le cuisiner pour connaître ses réels intentions envers Altaïr.
Lorsqu'il les vit pénétrer le café, Altaïr fit un petit signe de la main afin de faciliter les deux adultes dans leurs recherches pour le trouver. Le garçon se leva pour serrer la main de l'avocat. Il eut à peine le temps de se tourner vers Pollux qu'une étreinte d'ours le plaqua contre son torse. Bien que n'étant toujours pas à l'aise avec les contacts physiques, Altaïr était moins tendu que les fois précédentes.
De plus, il était heureux que Pollux ne le rejette pas. En effet, deux semaines plus tôt, il avait écrit une longue lettre à son tuteur. C'était de loin la plus longue lettre qu'il n'ait jamais écrite. A l'intérieur, Altaïr parlait de son conflit avec Romanov, des raisons pour lesquelles il allait devoir passer devant un juge et qu'il avait été exclu temporairement de l'école. Mais surtout, tout à la fin de la lettre et dans une écriture serré, Altaïr avait parlé de sa lycanthropie. C'était presque comme s'il espérait que Pollux ne lise pas ses mots, mais Altaïr savait que ce serait le cas. Son tuteur était un sorcier, il pouvait facilement modifier son écriture pour la rendre plus lisible.
Altaïr inspira profondément le parfum de son tuteur et sourit. Il ne sentait aucune peur ou dégoût en lui. Juste un profond soulagement d'enfin le voir après un mois de séparation et une joie enfantine de pouvoir le serrer ainsi. L'odeur de Pollux était rassurante.
Altaïr se reprit cependant bien vite. Il fit un pas en arrière et recomposa son expression en regagnant son siège. Il hèla une serveuse et les trois hommes commandèrent rapidement. Les trois sorciers discutèrent tout l'après-midi, déviant petit-à-petit du sujet du procès. Hristov était un homme cultivé et qui avait beaucoup boyagé, tout comme Pollux. Altaïr apprécia les entendre discuter de leurs voyages et comparer leurs expériences.
Ce ne fut que lorsque le clocher de la ville sonna dix-huit heures que les sorciers se séparèrent. Pollux raccompagna Altaïr jusqu'à la calèche qui le mènerait à l'école. Le vieux sorciers admira la manticore qui semblait devenir plus calme en présence d'Altaïr. Certainement sentait-elle son statut de prédateur en tant que lycanthrope et cela la rendait plus docile.
« Quel dommage d'avilir de si puissante créature. » soupira une énième fois Pollux au plus grand malheur d'Altaïr.
« A Poudlard, comment tirent-t-ils leurs calèches ? » rétorqua Altaïr, agacé d'entendre son tuteur critiquer son école.
Certes, ce n'était peut-être pas la meilleure des idées que d'utiliser des créatures aussi sauvages comme moyen de transport, mais cela restait tout de même mieux que l'extinction de la race. En Angleterre, les manticores n'existaient plus et au moins ici, les professeurs de soins aux créatures magiques en prenaient bien soin.
« Des Sombrals. » marmonna Pollux.
Altaïr pouffa de rire. C'était bien pire pour des Sang-Purs comme eux d'avilir des créatures aussi mystérieuses et liées à la mort. Le traitement des Manticores à Durmstrang était peut-être arriéré et dégradant, mais celui des Sombrals à Poudalrd était une hérésie. Pollux semblait s'en rendre compte puisqu'il changea totalement de sujet.
« Nous nous revoyons donc la semaine prochaine ?
- C'est bien ça, à dix heures. » Pollux hocha de la tête.
Il prêta sa main à son arrière-petit-fils pour l'aider à monter dans la calèches avant de lui faire ses derniers aux revoirs. Qu'il avait hâte d'être au samedi suivant pour découvrir cette mystérieuse école qu'était Durmstrang. Que soient bénites les journées de rencontre entre les professeurs et les parents des élèves, songea Pollux en transplanant jusq'au Ministère estonien. De là, il empruntait les cheminées internationnales pour rentrer en Angleterre.
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Plus tard dans la soirée, Altaïr était installé dans sur son lit. Il relisait une dernière fois ses notes de cours et ses fiches de révisions pour un contrôle qu'il aurait le lendemain matin. Lev et Viktor l'accompagnait de temps en temps à la bibliothèque, mais ils avaient préféré jouer à la bataille explosive avec des camarades de classe de Krum. Il s'était donc installé dans son dortoir pour ce soir.
Altaïr fut donc surpris lorsque Lev Kaminski s'assit en face de lui sur son lit. Pourtant, le Bulgare ne fit pas signe de vouloir commencer à travailler, n'ayant même pas apporté son sac de cours avec lui. Visiblement, il avait besoin de discuter avec un ami et non avec un professeur particulier cette fois-ci.
Altaïr posa donc sa plume, bouchonna son flacon d'encre et écarta ses livres et parchemins d'un coup de baguette. Il fit apparaître des rideaux autour de son lit et les insonorisa. Lev le remercia pour ses précautions, se triturant nerveusement les doigts. Cette discussion avait l'air d'être très importante pour lui, mais aussi difficile à aborder.
« De quoi veux-tu parler ? » l'encouragea Altaïr.
Lev prit une profonde inspiration, se jetant finalement à l'eau.
« Romanov et sa bande, tu savais depuis le début qu'il ne voulait pas « juste » me frapper, n'est-ce pas ? »
Altaïr grimaça, il ne s'attendait pas à ça. Ça faisait plus d'un mois et demi que les événements avaient eu lieu et comme Kaminski n'avait toujours pas abordé le sujet, Altaïr avait simplement pensé qu'il ne voulait plus en parler.
Altaïr hocha de la tête, confirmant l'hypothèse de son ami.
« Et c'est tout ? Tu n'as rien à me dire ? Comme des excuses ? » explosa Lev. « Pourquoi tu m'as empêché d'en parler à un prof quand Viktor et moi on est venu te parler de lui ? Ça t'amusait de me voir dire que je m'en fichais de me faire tabasser, que j'avais pas peur d'eux ?
- Non. Bien sûr que non. » l'interrompit sèchement Altaïr.
Lev lui lança un regard trahit, visiblement déçu qu'il ne prenne pas la peine de développer plus ses pensées, encore une fois.
« Ça ne m'amusait pas, comment est–ce que je pourrai juste rire de ça ? C'est impossible, tu es mon ami Lev.
- C'est la première fois que tu le dis. » réalisa le Bulgare. Altaïr fronça des sourcils d'incompréhension, alors il poursuivit. « D'habitude, dès qu'on dit le mot ami, tu lèves un sourcil, comme si tu n'y croyais pas vraiment. C'est la première fois que tu le dis toi-même. »
Altaïr se frotta la nuque, gêné. Il n'avait pas eu conscience d'agir ainsi. Ce n'était pas étonnant que Lev doute de ses intentions dans ces conditions.
« Avant d'arriver à Durmstang, je n'ai jamais eu d'ami. Je n'avais que des elfes de maison et mes tuteurs autour de moi. »
Lev hocha de la tête. C'est ce qu'Altaïr aimait avec Lev, il n'avait pas besoin de s'étendre longuement sur ses sentiments pour qu'il comprenne où il voulait en venir. Lev comprit avec cette simple phrase qu'avec Viktor, ils étaient ses premiers amis. Et bien qu'il se connaisse depuis plus d'un an, cela était toujours compliqué pour lui de mettre des mots sur la relation qu'il entretenait avec eux.
« Si j'obéissais aussi sagement à Romanov, c'est parce que je ne voulais vraiment pas qu'il t'arrive quelque chose. Et par rapport aux profs, si je ne voulais pas que vous alliez les voir, c'est parce que je l'avais déjà fait. » revint-il au sujet de la conversation.
- Pardon ? » s'exclama Lev, indigné.
« Je suis allé voir trois professeurs dès que Romanov à commencer à me faire du chantage, deux des siens et un des miens. Ils m'ont tous dit que je ne devais pas faire circuler de mauvaises rumeurs sur un camarade. Mais mon professeur principal à rajouter que même si ces rumeurs étaient vraies, il ne pourrait rien faire ou il risquerait de perdre son poste et d'avoir de gros problèmes.
- Mais Georgiev, lui il ne t'aurait pas mis à la porte. » bégaya Lev, toujours sous le choc des révélations.
« Oui, certainement. Mais ça n'aurait rien changé, Mr Romanov aurait fait jouer ses relations pour le faire taire et son fils se serait rapidement vengé. Je ne voulais juste pas t'inquiéter. Désolé. »
Lev eut un peu de mal à digérer les nouvelles. Apprendre que tout ce foutoir aurait pu être évité si les professeurs avaient simplement fait leur travail, c'était très dur à supporter.
« Une semaine avant le … » Altaïr chercha ses mots. « Avant tout ça, j'étais aller voir Karkaroff. Il avait commencé des démarches pour gérer la situation. Mais je … j'ai eu une mauvaise note et je me suis embrouillé avec Romanov. Je suis désolé, Lev, tout est de ma faute. »
Altaïr baissa les yeux, honteux d'avoir causé tant de soucis à son ami.
« C'est bon, merci d'avoir essayé de faire ce qui te semblait être la bonne chose à faire. Mais la prochaine fois, préviens moi, je préfèrerai être au courant. »
Altaïr hocha de la tête. Promettant de ne plus lui faire de cachotterie si cela le concernait directement. Lev lui sourit et le força à le suivre jusqu'à la salle commune pour qu'ils jouent avec eux. Altaïr se laissa faire, il connaissait déjà son cours sur le bout des doigts, de toute façon.
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10 mars 1990
« Tu ne sembles pas aussi stressé que l'année dernière. » remarqua Viktor alors qu'ils attendaient leurs parents dans le hall, Lev, Altaïr et lui.
Altaïr se fit la réflexion qu'en effet, cette année il n'était pas paniqué à l'idée que son tuteur rencontre ses professeurs. Mais Pollux était différent de son fils. Là où Cygnus attendait la moindre erreur de sa part pour le punir, Pollux semblait simplement heureux du moindre succès d'Altaïr. Il avait des notes parfaites, ses professeurs l'aimaient tous plus ou moins et en dehors de l'incident avec Romanov, il n'avait plus fait de vague. Alors non, Altaïr n'était pas stressé.
« Pollux n'est pas vraiment strict. » fournit-il comme simple réponse.
Pourtant Altaïr ne s'attendait pas aux expressions choquées de ses amis. Il fronça des sourcils et tenta de comprendre pourquoi ses amis étaient aussi surpris. Puis, la lumière se fit dans son esprit.
« Oh, je ne vous ai pas dit que Cygnus est mort ? » il pouffa en voyant les mâchoires de ses amis s'ouvrirent en grand. « Je vis avec mon arrière-grand-père maintenant, Pollux. »
« Attends, mais de quoi tu parles ? » s'exclamait Lev.
« Putain mais quoi ? » cria Viktor en même temps, il se prit une pichenette de la part de l'autre pour le langage vulgaire.
Face à eux, Altaïr n'eut qu'un sourire en coin en voyant Mr et Mrs Krum avancer vers eux. Visiblement les parents de Viktor avaient entendu son gros mots et à peine arrivé à leur niveau, le père de famille gronda son fils pour son langage. Lev n'eut pas le temps de l'interroger beaucoup plus, puisque ses parents arrivèrent moins d'une minute plus tard également.
Altaïr salua poliment Mrs Kaminski, la remerciant encore de son aide et de celle de son frère. Lev fronça ses sourcils et cela rappela à Altaïr qu'il n'avait toujours pas parlé du procès avec ses amis. Il avait pensé qu'avec toutes les rumeurs circulant sur lui, l'information aurait fuité à un moment ou à un autre. Cependant c'était tout l'opposé qui s'était produit et désormais, le lycanthrope cherchait le bon moment pour aborder la question avec eux.
Altaïr n'eut cependant pas le temps de penser à tout cela plus longtemps. Les Kaminski et les Krum quittèrent le hall d'entrée en direction des différents bureaux où les professeurs les attendaient. Il n'eut qu'à attendre cinq minutes de plus pour voir apparaître Pollux dans l'une des cheminées. Altaïr se précipita à sa rencontre, conscient qu'il n'était pas facile de se repérer dans le château, surtout lorsqu'il y avait autant de monde.
Comme à son habitude, Pollux le serra dans une étreinte chaleureuse. Altaïr commença à le guider à travers le dédales des couloirs en lui expliquant le fonctionnement de l'école et l'histoire de quelques portraits devant lesquels ils passèrent. Leur premier rendez-vous avait lieu dans les cachots et se ferait avec Georgiev.
Pollux était en train de lui expliquer comment il avait réparti les différents elfes de Cygnus dans les manoirs Black lorsqu'ils arrivèrent devant la porte du bureau de Georgiev. La porte était ouverte, visiblement les précédents parents avaient déjà fini leur rendez-vous et les deux Black pénétrèrent dans le bureau.
« Enchanté de vous rencontrer, Pollux Black. » se présenta Pollux en prenant place dans le siège que le professeur lui montrait. Altaïr s'assit à ses côtés.
« Anton Georgiev, je suis le professeur de potion d'Altaïr, mais aussi le directeur de sa promotion. » Il attrapa un dossier dans sa pile avant de l'ouvrir et de le placer devant Pollux. « Altaïr est un excellent élève, même le meilleur de son année. »
Pollux sourit fièrement, observant les notes s'affichant sous ses yeux. Il survolait du regard les remarques des différents professeurs tout en écoutant attentivement le professeur.
« Il est un élève attentif et rend toujours ses devoirs à l'heure. Son seul défaut est peut-être sa passivité en cours. Cependant, le corps enseignant et moi-même comprenons que ses classes peuvent être ennuyeuses pour lui au vu de son niveau. » Georgiev faisait clairement référence aux devoirs qu'il faisait pour Romanov. « C'est pourquoi, nous aimerions proposer à Altaïr de sauter une classe dès la rentrée prochaine. »
Pollux eut un hoquet surpris, Altaïr ne fit que se tendre sur sa chaise. Il s'attendait à une proposition comme celle-ci après l'intérêt que Georgiev et Karkaroff lui avait montré. Pollux se tourna vers lui, lui demandant implicitement son avis, Altaïr hocha des épaules. Pour le moment, il ne savait pas encore ce qu'il souhaitait pour l'année prochaine.
« Je suppose que nous allons réfléchir à la proposition. » avança prudemment Pollux. « Ce sera à Altaïr de faire ce choix, je ne voudrais pas accepter ou refuser avant qu'il n'y réfléchisse plus posément. Combien de temps avons-nous de vous donner une réponse ?
- Rien ne presse, ne vous inquiétez pas. » sourit Georgiev. « La répartition des classes de l'année prochaine ne se fera pas avant la mi-juillet. Vous avez le temps d'y réfléchir et de donner votre réponse jusqu'à là. Même de changer d'avis. » plaisanta-t-il.
Pollux hocha de la tête, reconnaissant d'avoir été prévenu assez tôt dans l'année pour avoir le temps de réfléchir à tout cela.
« Bien, maintenant que ce sujet est clos, il y a un autre que j'aimerai aborder.
- Bien sûr, de quoi s'agit-il ?
- La lycanthropie d'Altaïr. »
Les deux Anglais se tendirent sur leurs chaises. Altaïr s'attendait à devoir un jour parler de cela plus sérieusement avec Georgiev ou Karkaroff. Comme le directeur l'avait souhaité, il avait passé la pleine lune de février dans un cachot. Et bien que ses transformations ne soient plus aussi douloureuse et dangereuse que pendant son enfance, son loup avait passé la nuit à gémir plutôt qu'à dormir. Il voulait sortir, sentir le vent dans sa fourrure, pister des chevreuils, faire peur à quelques lapins. Rester enfermé dans un cachot à ruminer n'était pas amusant pour lui. Altaïr avait même peur qu'en continuant ainsi, il perde à nouveau le peu de contrôle qu'il avait réussi à gagner sur le loup avec le filtre lunaire.
« Etant donné qu'Altaïr a passé pendant presque deux ans ses pleines lunes dans la forêt, Karkaroff vous autorise à continuer ainsi pour vos prochaines transformations. »
Bien qu'habituellement de marbre, l'expression d'Altaïr se détenidt et un sourire honnête étira ses lèvres. Pollux posa sa main sur son genoux en signe de soutien silencieux.
« Mais cela à une seule condition. » Altaïr se tendit à nouveau. « Karkaroff souhaiterait limiter vos déplacements aux territoires des centaures, des manticores, des loups évidemment et des fées. Nos relations avec les autres créatures de la forêt sont fragiles, nous préférions donc éviter un quelconque conflit avec eux. De plus, il faudra éviter la lisière des bois afin d'éviter toute rencontre malencontreuse avec un étudiant un peu trop courageux ou stupide pour son propre bien. »
Altaïr se relaxa une nouvelle fois. Ces conditions n'étaient rien de bien méchant, il en apposait même des plus strictes à son loup jusqu'à maintenant.
« Je ne suis jamais sorti du territoire des loups, il aime bien courir avec eux. Je suis parfois allé sur celui des centaures, mais ils disent que je piétinne les chemins tracés par les planètes, alors je préfère les éviter. » songea Altaïr à voix haute.
Pollux et Georgiev comprirent immédiatement que le garçon parlait de son loup en utilisant le pronom « il ». Il était rare que les lycanthropes se différencient par eux-mêmes de leurs loups. Habituellement, ils parlaient de leurs transformations à la première personne. Savoir qu'Altaïr avait conscience de ne pas être le loup et de vouloir visiblement suivre ses désirs en jouant avec d'autres loups était rassurant pour les deux adultes. Visiblement, le garçon était en bons termes avec la créature, certainement était-ce grâce au filtre lunaire.
« Bien, je ne vais pas vous retenir plus longtemps. » sourit Georgiev. « Félicitation pour vos excellents résultats, Altaïr et j'espère vous revoir l'année prochaine, Mr Black. »
Pollux retourna la politesse en serrant la main du professeur. Une fois en dehors de la pièce, Altaïr guida son tuteur vers sa salle de métamorphose. Il l'observa du coin de l'œil et réalisa que Pollux ne quittait pas du regard sa main. Altaïr fronça ses sourcils en l'observant faire.
« Je n'arrive pas à croire que j'ai serré la main d'Anton Georgiev. Arcturus en serait jaloux s'il était encore là. » souffla-t-il finalement. « Tu penses que j'aurai dû lui demander un autographe ? »
Altaïr éclata de rire, surprenant son tuteur. C'était la première fois qu'il se montrait aussi ouvert en sa présence.
« Je lui en demanderai un de ta part si tu es sage jusqu'à Noël. » se moqua le garçon.
Pollux sourit lui aussi, heureux de cette promesse.
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14 avril 1990
Lorsqu'il arriva à Copenhague avec le bateau de l'école, Altaïr fut surpris de découvrir que Pollux l'attendait sur le quai. C'était la première fois qu'il avait réellement l'impression d'avoir été attendu, auparavant il devait rentrer seul jusqu'en Angleterre.
Altaïr salua rapidement ses amis et leurs parents avant de le rejoindre. Pollux lui tendit un gant en cuire et ensemble. L'adolescent comprit rapidement qu'il s'agissait de leur porte-au-loin, il attrapa donc l'un des doigts.
« Départ. » prononça Pollux et moins de deux secondes plus tard, Altaïr sentit son ventre se tordre alors qu'ils disparaissaient du quai.
Les deux sorciers atterrirent dans l'une des salles dédiées aux transplannages internationnaux du Minsitère. Aussitôt, Altaïr se pencha vers un des murs de la pièce, posant son front contre les briques froides de ce dernier. Son accident de transplannage avec Walburga remontait à plusieurs années, mais Altaïr n'arrivait toujours pas à s'habituer à la sensation de ces derniers ou à celles très similaires des porte-au-loin.
Pollux ne fit aucune remarque. Ils étaient seuls pour le moment, alors Altaïr pouvait bien se relâcher avant de retrouver son masque aristocratique. Il était rare que ce type de transport secoue autant un adulte, mais ce n'était pas rare chez les adolescents ou les enfants. Leur magie n'étaient pas habitués à se faire aspirer ainsi pour réapparaître ailleurs.
Lorsqu'Altaïr retrouva ses esprits, ils se rendirent aux cheminées du Ministère afin de regagner le 12 Square Grimmaurd. Là, Kreattur attrapa la malle du garçon et l'emmena dans sa chambre.
« Merci de m'avoir cherché. » osa finalement marmonner Altaïr. Il n'était pas habitué à dire merci.
« C'est naturel. » sourit Pollux. « Allons manger un bout, Kreattur et Derry ont préparé le repas. »
Altaïr était toujours aussi surpris du changement d'expression et d'humeur de Pollux lorsqu'ils quittaient un lieu public pour rejoindre leur maison. C'était fascinant à observer et Altaïr était heureux de faire partie des personnes étant autorisées à voir cette facette de l'homme.
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15 avril 1990 (vacances d'Avril)
Altaïr prit une profonde inspiration avant de pénétrer l'âtre de la cheminée. Pollux avait décidé de déplacer ses affaires du manoir de Cygnus au 12 Square Grimmaurd le plus tôt possible. C'est donc le lendemain de son arrivée en Angleterre qu'il avait programmé le déménagement. Pollux avait déjà déplacé pas mal des biens de son défunt fils, comme le contenu de sa bibliothèque, des biens familiaux ou les dossiers de son bureau.
Le lycanthrope n'aimait pas penser à son passé auprès de Cygnus et retourner dans le manoir où il avait vécu les pires années de sa vie le perturbait beaucoup. Altaïr avait imaginé qu'après son décès, il oublierait tous ses traumatismes. Mais c'était l'inverse qui s'était produit. Altaïr avait encore plus de cauchemars que quelques mois plus tôt, ses phobies s'étaient accentuées et le poids du meurtre de l'homme pesait douloureusement sur son mental.
Il avait caché cela à Pollux du mieux qu'il le put. C'est pourquoi il l'avait laissé rejoindre le manoir en premier, prenant ainsi le temps de se ressaisir et de retrouver son calme. Debout au centre de l'âtre, Altaïr serait douloureusement sa main remplie de poudre de cheminette. Quelques grains verts tombaient à ses pieds, faisant crépiter quelques flammes indolores autour de lui.
L'adolescent prit une profonde inspiration, se recomposa une expression calme et énonça sa destination. Malgré son insensibilité apparente, sa voix tremblante trahissait le tumulte de ses émotions.
« Manoir de Cygnus Black, Midlands de l'Ouest. »
Aussitôt, il fut happé dans un tourbillon de flammes et quelques secondes plus tard, il atterrissait au centre du salon de Cygnus qu'il connaissait si bien. Pollux l'attendait un peu plus loin, au pied des escaliers menant aux étages supérieurs. Lorsqu'il le vit, le vieil homme commença à grimper vers sa chambre, Altaïr le suivit en silence, cachant ses mains tremblantes dans ses poches.
Ce ne fut qu'une fois dans son ancienne chambre qu'il se sentit plus à l'aise. Comme autrefois, cette pièce le calmait et lui procurait un sentiment de sécurité. Altaïr observa son nouveau tuteur qui sortait de ses poches plusieurs malles et cartons qu'il agrandissait au fur et à mesure d'un coup de baguette.
« As-tu besoin d'aide ? »
Altaïr nia de la tête. Il n'aimait pas qu'on touche à ses affaires, bien que rien de très personnel ne soit présent ici. Pollux soupira, visiblement il prenait ce refus personnellement, comme si Altaïr refusait de le voir s'immiscer dans sa vie. Cependant il était bien loin du compte.
« Puis-je alors au moins te tenir compagnie ? »
Altaïr ne répondit pas immédiatement, pesant le pour et le contre. Finalement, il décida qu'il préférait ne pas être seul ici, ayant bien trop peur de se replonger dans ses douloureux souvenirs.
« Oui, ça ne me dérange pas. »
Pollux lui offrit un sourire chaleureux qui mit Altaïr mal à l'aise. Il avait toujours un peu de mal à voir cet homme si semblable à Cygnus agir aussi différemment de lui, surtout en ses lieux. Pourtant, ils s'étaient rapprochés depuis février, mais cela s'était surtout fait par lettres. Pollux s'assit sur son lit et comme quelques mois plus tôt, il observa l'adolescent remplir ses malles, bien que la dernière fois, c'était en prévision de son départ pour Durmstrang.
Altaïr n'avait plus beaucoup d'affaires ici, il en emportait la plupart chaque année à son école. Il n'aimait pas l'idée que Cygnus puisse fouiller sa chambre et en jeter certaines pour l'ennuyer. Ce fut seulement lorsqu'il eut vidé son armoire et qu'il commença à ouvrir les tiroirs de son bureau que Pollux rompit le silence de la pièce.
« Altaïr, je ne sais pas si c'est le bon moment pour en parler, mais nous devons aborder ce sujet un jour ou l'autre, alors autant le faire maintenant. »
Altaïr ne se retourna pas, faisant toujours dos à son lit mais il cessa tout de même de bouger, signe qu'il était attentif. Ses doigts se crispaient et décrispaient frénétiquement autour des plumes qu'il tenait en main. Elles finirent par se briser sous la pression, et Pollux reprit la parole comme s'il s'agissait d'un signal de départ.
« L'enquête sur la mort de Cygnus a été classée sans suite. Il est évident qu'il a été empoisonné, mais les analyses ne peuvent nommer le poison l'ayant tué. Les experts ont trouvé des traces de laurier rose dans une coupe de champagnes que les elfes ont débarrassée, bien qu'elle ne portait pas les empreintes de Cygnus. Mais la substance était mélangée à une autre, inconnue des sorciers du département des Mystères. »
Altaïr faisait toujours dos à Pollux, préférant ne pas voir son expression. Sa voix était terriblement neutre et l'adolescent n'arrivait pas à savoir s'il s'agissait d'accusations, de remontrances ou juste d'un exposé impersonnel.
« Je ne vais pas te demander si c'est toi qui l'as tué ou encore pourquoi tu as fait cela. Nous connaissons tous deux les réponses à ces questions et ce serait déplacé. Je voudrais juste savoir ce qui a tué mon fils. »
Altaïr tritura quelques minutes les plumes brisées qu'il tenait toujours. Il ne savait pas quelle réponse fournir à Pollux. Il n'avait aucune idée du nom du poison, son origine et ne conaissait que vaguement les effets qu'il était censé avoir avant de le donner à Cygnus grâce à des tests sur les rats du manoir. Altaïr avait agi stupidement, il le réalisait désormais et s'en mordait les doigts.
Le lycanthrope prit finalement une profonde inspiration et fit face à Pollux. Il plongea son regard dans le sien, mais le détourna bien rapidement, ne pouvant le supporter. Altaïr prit finalement sa décision, il serait honnête avec l'homme.
« Je n'en sais rien. » Pollux sembla vouloir lui dire d'arrêter de nier les faits, mais Altaïr l'en empêchant en développant sa pensée. « Je l'ai acheté à … une connaissance qui me l'a conseillé. Je ne connaissais pas ce poison avant. »
Pollux soupira de dépit et frotta ses yeux de son pouce et de son index. Savoir qu'Altaïr avait fait aussi aveuglément confiance à quelqu'un pour un acte aussi délicat, c'était très irresponsable de sa part. Si les choses avaient mal tourné, Altaïr aurait pu avoir de gros ennuis.
« Est-ce que tu réalises le risque que tu as pris en agissant à l'aveugle de cette façon. »
Altaïr reprit le rangement de ses affaires, sans relever la pique de Pollux, il était vexé de se voir traiter comme un enfant irréfléchi. Flamel n'avait aucune raison de le piéger, s'il voulait lui nuire, il y avait bien plus rapide que de lui vendre un poison défectueux. L'immortel aurait simplement pu le dénoncer en tant que lycanthrope non-recensé aux médias ou au Ministère. Il y eut aussi la contamination volontaire de Cygnus avec la Dragoncelle ou la planification d'une seconde tentative de meurtre. De plus, sa part lupine le poussait à faire confiance au couple Flamel, et Altaïr croyait en l'instinct de son loup.
Pollux ne reprit pas la parole pour s'excuser de ses accusations ou pour tenter de lui demander plus de détails. Il observait simplement son descendant ranger frénétiquement ses affaires.
Ce fut finalement Altaïr qui craqua en premier, jetant un dernier classeur dans sa malle. Il ne se tourna pas vers Pollux, préférant commencer à ranger les livres de sa bibliothèque à la place.
« Je savais ce que je faisais. Je sais des choses sur lui et il sait des choses sur moi. Me donner un produit défectueux lui aurait nuit autant qu'à moi. Et mon instinct me soufflait que cette poudre rose était parfaite et mon instinct ne se trompe jamais. J'ai eu le temps d'y réfléchir et de faire des tests sur le poison. Je n'ai pas agi stupidement. »
Pollux laissa échapper un bruit de gorge ressemblant fortement à un grognement de mécontentement. Visiblement, il n'était pas d'accord avec sa dernière affirmation. Pour lui, planifier la mort d'un homme, de son propre fils qui plus est, était très stupide.
« Depuis combien de temps planifiais-tu ça ? »
Altaïr hocha des épaules.
« Je ne sais pas, des semaines, des mois, peut-être même des années. J'ai toujours su que ça finirait par la mort de l'un de nous deux, mais ce n'est que depuis août, que j'y ai réfléchi plus sérieusement. Quand j'ai eu le poison.
- Depuis août… » songea Pollux. « Est-ce que mon arrivée dans vos vies à un lien avec ta décision. » pâlit-il.
Altaïr nia, désormais de profil par rapport à Pollux. Lui faisant parfois dos pour placer des livres ou des bibelots dans un carton.
« Non… ou oui, je ne sais pas. J'ai déjà essayé une fois, d'empoisonner Cygnus, quand j'étais petit encore. Mais il est juste tombé malade. Je l'aurai fait, un jour ou l'autre, parce que c'était un enfer de vivre avec lui. Même Azkaban paraît plus sympa. » ricana-t-il amèrement.
« Mais je suis là désormais. Si tu m'en avais parlé, on aurait trouvé une solution pour que tu puisses vivre avec moi sans passer par là. » s'insurgea Pollux, se dressant sur ses jambes sous le coup de l'émotion.
Altaïr réagit à sa colère en lui faisant enfin face, droit comme un piquet devant lui, le regard emplit de rancune et un doigt accusateur poussant contre la poitrine de l'homme.
« Oui, c'est vrai ! Vous êtes arrivés de nulle part, vous avez envahi nos vies, vous avez bousculé le quotidien de Cygnus, vous l'avez fait craindre pour son poste de Lord Black, vous l'avez contredit, traité comme un enfant, comme s'il avait encore tout juste vingt ans et pas cinquante ! Vous avez pourri son quotidien et ce n'est certainement pas à vous, son père qui le terrifiait, qu'il allait le dire ! »
Pollux recula d'un pas, butant contre le lit. Ses yeux étaient écarquillés, jusqu'alors inconscient de l'effet de sa présence sur son propre fils. Mais Altaïr ne se démonta pas face à l'air perdu de l'homme.
« Ce n'est pas sur vous qu'il défoulait sa frustration, c'était sur moi. C'est moi qui passait plus de temps dans la cave que dans ma chambre, obligé de traverser en sang les couloirs parfois au milieu de la nuit pour me soigner seul parce que les elfes ont interdiction de m'aider. C'est moi qui était exposé par Cygnus devant vous comme un trophée, muselé par les menaces et obligé de vivre caché sous une multitude de glamours. Et c'est toujours moi qui subissait les Doloris à chaque fois que vous le mettiez de mauvaise humeur. J'ai vécu dans la peur et la douleur toute ma vie, mais depuis votre retour au pays, c'est juste devenu l'enfer ! C'est moi qui ait vécu tout ça, pas vous!»
Altaïr respirait rapidement, son visage rougit par sa tirade et le manque d'air. C'était bien la première fois qu'il se laissait emporter devant l'homme et il ignorait encore lequel des deux en était le plus surpris.
« Je ne pouvais pas vous en parler, ni même à personne d'autre, parce que j'étais terrifié à l'idée que vous le confrontiez encore une fois à ses erreurs. Parce que je savais qu'un jour ou l'autre, je finirai bien par être seul avec lui et alors, ce serait peut-être l'heure de ma mort. Je ne voulais pas de votre aide ou de votre pitié, parce que ça n'aurait été que plus de problème pour moi. » craqua finalement Altaïr, sa voix se brisant.
Pourtant, il ne pleura pas. Il refusait de se laisser aller devant quiconque, c'était hors de question. Pollux assimila lentement ses propos et le temps semblait comme figé entre eux. Altaïr ne sut combien de minutes se passa entre la fin de sa tirade et le moment où Pollux s'approcha de lui pour le serrer contre son torse. Mais il s'en fichait comme d'une guigne, il se fichait de tout à cet instant.
Il se tendit dans l'étreinte, son corps réagissant instinctivement. Pourtant, son esprit fondit complètement, cela était étrangement apaisant d'être ainsi serré contre quelqu'un, entendre son cœur battre et son souffle se perdre par-dessus son épaule. Altaïr avait l'impression d'être enfin à sa place, d'avoir quelqu'un qui ne le jugerait jamais, essayant simplement de le comprendre du mieux qu'il le puisse.
Altaïr découvrit alors qu'il aimait cette sensation et cela l'apaisait autant que le terrifiait. Il était terrifié à l'idée de perdre Pollux, de se faire rejeter un jour ou de ne pas réussir à lui faire comprendre à quel point il l'aimait déjà, malgré qu'ils ne se connaissent qu'à peine.
Altaïr se promit alors d'essayer de faire des efforts pour ne plus blesser Pollux, pour être sage et ne pas lui donner une raison pour l'abandonner, comme tous les autres Black.
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20 avril 1990
Comme à chaque période d'Ostara, Pâques pour les Moldus, un bal regroupant toute l'aristocratie anglaise était organisé au Ministère. C'était la première fois qu'Altaïr y participait, cependant il n'était pas stressé pour autant. Pour lui, toutes les réceptions et soirées de ce genre se ressemblaient.
C'est pourquoi il était installé près d'un pylône comme à son habitude, une coupe de jus de clémentine à la main, ça changeait du jus de citrouille. Les Black étant une famille très importante dans ce pays, Pollux et lui étaient arrivés parmi les premiers invités. Depuis, Altaïr observait les sorciers passer les grandes portes de la salle une par une, attendant avec un mélange d'impatience et d'anxiété que la famille Lovegood ne fasse leur entrée.
Cependant, sa surprise fut grande lorsque ce ne fut pas la famille blonde qui ouvrit la porte cette fois-ci, mais des visages qu'il connaissait tout aussi bien. Les familles Kaminski et Krum venaient de pénétrer dans la pièce, observant les alentours et les hauts plafonds richement décorés pour l'occasion.
Altaïr fut poussé dans le dos par Pollux qui venait d'apparaître à ses côtés en leur direction. Il ne fallut qu'un regard vers le sorcier pour que le lycanthrope comprenne que l'initiative d'inviter des étrangers ici venait de lui. Pollux avait rencontré ses amis quelques jours plus tôt à sa sortie du bateau à Copenhague. Visiblement, il ne voulait pas perdre de temps pour apprendre à mieux les connaître.
« C'est une partie de mon cadeau de Noël, bien que je sois très en retard. J'espère que ça te plaît plus que ma montre à ton anniversaire. » sourit Pollux qui avait évidemment remarqué le bijou au poignet de Lev, lorsqu'ils s'approchèrent d'eux. Bien que désormais, il comprenait que jamais Altaïr n'aurait pu porter la montre en argent.
« Oui, je pense que je préfère. »
« Bonsoir. » salua Altaïr en arrivant à leur hauteur. « Pollux, je te présente Mr et Mrs Kaminski, les parents de Lev ainsi que Mr et Mrs Krum, les parents de Viktor. Mesdames, Messieurs, voici Pollux Black, mon arrière-grand-père. » présenta-t-il.
Rapidement, les adultes congédièrent les enfants et Altaïr emmena ses deux amis près d'un buffet pour leur offrir à boire. Ces derniers regardaient partout, découvrant les lieux et les personnes qui s'y mouvaient. Certains dansaient un peu plus loin sur la piste de danse, d'autres discutaient joyeusement un verre à la main et quelques enfants couraient entre les jambes de leurs parents. Mais de tout ça, Lev et Viktor y étaient habitués depuis leur plus jeune âge. La grande nouveauté pour eux était d'entendre uniquement parler anglais autour d'eux, ils réalisaient que malgré leurs cours dans cette langue, ils n'étaient pas aussi doués qu'ils l'imaginaient.
« Je ne m'attendais pas à vous voir ici. »
Lev et Viktor échangèrent un regard surpris.
« Il a dit que l'idée de nous inviter venait de toi.
- Ça lui ressemble. » s'amusa Altaïr, comprenant que Pollux avait amadoué ainsi ses deux amis et leurs parents.
Altaïr discuta tranquillement avec ses amis des premiers jours de leurs vacances pendant un long moment. Ce ne fut qu'une heure plus tard, qu'il se retira de la discussion pour faire signe à Venus Lovegood de venir vers eux. Celle-ci se dandinait d'un pied à l'autre à une dizaine de mètres d'eux, ne sachant visiblement pas si elle pouvait l'approcher aujourd'hui.
« Les gars, je vous présente Venus, une amie. Venus, voici Lev et Viktor, ils vont à Durmstrang avec moi. »
Altaïr parlait lentement pour que ses amis puissent comprendre ce qu'il disait. Les deux garçons saluèrent la jeune fille dans un anglais à couper au couteau, ce qui amusa beaucoup Venus. Altaïr n'arrivait pas à déterminer si elle était timide pour avoir si peur d'approcher d'inconnu ou au contraire, si elle était totalement extravertie en la voyant communiquer aussi aisément avec eux. Finalement, il trancha la poire en deux en supposant que l'un n'empêchait pas l'autre.
Il ne fallut pas longtemps avant que Lev et Viktor partent dans l'une de leurs disputes journalières, passant rapidement de l'anglais au bulgare pour pouvoir se disputer plus facilement. Exclus de la conversation, Venus et Altaïr s'écartèrent de quelques pas afin de pouvoir parler entre eux plus calmement.
« A chaque fois que je te vois, il y a quelque chose de nouveau chez toi. » s'amusa la jeune fille en faisant glisser une paume le long de sa machoire et parcourant de la puple de son pouce ses deux nouvelles cicatrices, celles sur son nez à cause de son loup et celle barrant sa paupière à cause de Cygnus.
Altaïr se crispa au contact, il passa une main sur son visage lorsque venus retira la sienne. Parfois, il venait à les oublier contrairement à toutes les autres qui parcouraient son corps, puisqu'il ne pouvait pas les voir sans un miroir face à lui.
« On dirait un personnage des romans que ma maman lit. » rigola Venus.
Altaïr n'était pas vexé. Venus ne s'était jamais moqué de lui ou de quiconque, elle disait simplement ce qui lui traversait l'esprit. Altaïr se dit que cela devait parfois lui attirer des problèmes, mais Lovegood ne semblait pas en faire grand cas.
Les deux Bulgares revinrent finalement dans la conversation, leur dispute visiblement terminée.
« Pourquoi ils nous regardent comme ça ? »
Viktor désigna du menton un groupe de jeunes aristocrates qui semblait être dans la même tranche d'âge qu'eux. Altaïr reconnut Bacchus Nott ou encore Marcus Flint. Il semblerait que peu importe le nombre d'années qui s'écoulaient ou de son absence dans le pays, les rumeurs continuaient de circuler sur son dos. Venus rigola en les voyant détourner subitement le regard, lorsqu'ils croisèrent celui d'Altaïr.
« Ils doivent se demander s'il te reste du poison dans tes poches. » murmura-t-elle si bas, que seul Altaïr et son ouïe lupine put l'entendre. « Il ne parle que de toi à Poudlard, depuis la mort de Cygnus. Surtout que tu n'es pas allé à l'enterrement, ça a fait jaser. » continua-t-elle plus haut.
Altaïr haussa un sourcil. C'était amusant de les voir copier leurs parents si parfaitement, avec leurs commérages inutiles. Cependant, ça l'amusait bien moins de savoir que Lev et Viktor assistait aussi à cela. Il ne voulait pas que son image en Angleterre affecte leur amitié.
« Oh ! J'adore cette musique, tu m'accompagnes danser ? » demanda soudainement Venus à Altaïr.
Altaïr grimaça, il n'aimait pas danser, ça demandait bien trop de contact physique pour qu'il ne soit à l'aise. Mais un coup de coude dans le dos de la part de Viktor le propulsa en avant et Venus prit cela comme un oui. Alors elle l'attrapa par le bras et le tira jusqu'à la piste de danse. Altaïr vit du coin de l'œil Bacchus Nott s'approcher de ses deux amis et cela le fit grincer des dents. Pourtant, Venus ne le laissa pas les rejoindre, resserrant sa prise sur lui.
« C'est une bonne chose. » lui confia-t-elle. « Ils sont de bons amis. »
Altaïr la crut, parce que Venus semblait toujours savoir plus de choses que les autres. Il lui fit confiance et quitta finalement les deux Bulgares des yeux pour se concentrer sur sa danse et les autres sorciers qu'ils n'évitaient parfois que de peu.
« Est-ce que c'est encore douloureux ? » demanda Venus en posant son regard sur l'œil pâle d'Altaïr.
Ce dernier nia de la tête. Il n'avait plus mal depuis une ou deux semaines, cependant cela ne rendait pas sa nouvelle cécité de cet œil moins douloureuse à accepter. Il pouvait encore voir quelques formes vagues et pâles lorsqu'il y avait beaucoup de lumière, mais la plupart du temps, Altaïr ne voyait rien. Désormais, sa vision ne s'étendait plus qu'à un seul œil, le droit.
Une dizaine de minutes plus tard, Venus cessa subitement de danser, décidant qu'il était temps de revenir auprès des amis de son cavalier, faisant fuire par la même occasion l'anglais qui les avait accostés. Lev les accueillit sans rien laisser paraître, mais Viktor mit un peu plus de temps à les remarquer. Altaïr comprit qu'il était en train de jurer dans sa barbe contre l'anglais, cependant il ne comprit pas exactement ce qu'il disait. Mais Viktor ne parlait en bulgare que pour jurer, alors ce n'était pas compliqué de le deviner.
Cependant Altaïr n'aborda pas le sujet. Ce n'était ni le bon moment, ni le bon lieu. De plus, si jamais Nott n'avait rien dit à ses amis sur sa mauvaise réputation, cela pourrait paraître étrange qu'il parle de cela. Ça ne ferait que renforcer leur curiosité à son sujet et ce n'était pas quelque chose qu'Altaïr voulait voir se produire.
Viktor et Venus s'entendait étrangement bien, tous les deux s'extasiant de chose inutile et riant d'un rien. Altaïr en fut presque jaloux quelques instants. Lev sembla le remarquer et lui chuchota vicieusement à l'oreille « T'inquiètes pas, Viktor ne lit des magazine pornos qu'avec des brunes aux gros seins ». Altaïr écrasa le pied de son ami, ce qui provoqua chez lui un mélange étrange entre un fou rire et une plainte douloureuse.
Ce ne fut que plusieurs heures plus tard que les quatre amis se séparèrent, lorsqu'il fut l'heure de rentrer chez eux. Altaïr salua une dernière fois Lev et Viktor, Venus étant déjà partie depuis une dizaine de minutes, avant de suivre Pollux vers les cheminées.
Une fois au Square Grimmaurd, Pollux demanda à Altaïr de lui accorder une minute avant de rejoindre sa chambre.
« Tes amis ont l'air amusant et très gentil, c'est bien. »
Puis, Altaïr escalada les dernières marches en courant. Bien qu'il refuse de se l'admettre, recevoir l'acceptation de Pollux lui fit du bien. Cette nuit-là, Altaïr s'endormit en seulement quelques minutes pour la première fois depuis bien longtemps.
Chapitre 24
20 avril 1990
En quittant le bal, Lev obtint l'autorisation de ses parents de dormir chez Viktor, à leur plus grande joie. Une heure plus tard, ils étaient douchés, changés et allongés dans le grand lit de Krum. Les deux garçons fixaient le plafond, tous deux repensant à la même chose, leur discussion avec Nott.
Le garçon les avait accosté dès qu'Altaïr s'était éloigné, les rendant suspicieux à son sujet. Ils avaient eu raison. A peine Nott s'était-il présenté que déjà, il demandait des renseignements aux deux bulgares.
« Vous êtes son ami ? »
Ils avaient hoché de la tête.
« Alors il vous en a peut-être parlé, c'est lui qui l'a fait ?
- Fait quoi ? » demanda Viktor, perplexe.
« Ben Cygnus, le poison, tout ça. »
Lev prit alors les devants, empêchant son ami de faire comprendre à l'Anglais qu'ils ne comprenaient absolument rien à ce qu'il disait.
« Ce serait stupide de nous le dire et on le serait encore plus en te disant quoi que ce soit. » haussa-t-il des épaules.
Lev se savait mauvais menteur, mais son bluff sembla convaincre Nott.
« Pourquoi est-ce que tu penses qu'il l'a fait ? » poursuivit-il comme si ne rien était, cherchant discrètement des indices pour comprendre le sujet de cette conversation.
« Ce n'est pas évident ? » soupira rhétoriquement Nott. « Même si tout le monde voulait voir Cygnus dans la tombe, il est le seul à avoir le motif nécessaire. Et puis, ça ne serait pas la première fois. »
Lev comprenait petit à petit les accusations de Nott. Il pensait qu'Altaïr avait assassiné son ancien tuteur, certainement avec un poison d'après le début de leur conversation. Cependant ce qui inquiétait réellement Lev, c'est que visiblement, il y avait déjà une première fois à ce genre d'accusation.
C'est alors que Viktor interrompit leur conversation. Cela lui valut un regard noir de Lev, il allait tout faire foirer et faire comprendre à Nott qu'en réalité, ils en savaient encore moins que lui.
« Quel motif ?
- Ben tout le monde sait que Cygnus le frappait. » fronça-t-il des sourcils.
Nott commençait à se douter qu'il était celui en train de se faire tirer les verres du nez et non l'inverse. Alors Lev décida de reprendre les choses en mains, faisant comme si lui savait tout, mais pas Viktor.
« Ecoute, si tu veux on peut en parler plus loin. Mais Altaïr ne parle pas de ça avec tout le monde, alors … » laissa-t-il sa phrase en suspens, faisant un signe de menton vers Viktor.
Nott allait accepter son offre, mais se détourna subitement d'eux pour rejoindre son groupe d'amis un peu plus loin. Confus face à ce comportement, Lev se retourna pour voir ce qui l'avait fait fuir et découvrit sans réelle surprise Altaïr et Venus. Le lycanthrope lançait des éclairs avec ses yeux aux autres anglais, alors que Venus pendait d'un air guilleret à son bras.
Lev décida alors de faire comme si ne rien était, préférant penser à toutes ses découvertes à tête reposée plutôt qu'à chaud ici. Viktor, bien que passant les dix prochaines minutes à insulter cet « anglais péteux qui racontaient de la merde sur le dos des autres » en bulagre, sembla se joindre à son avis et ne parla pas non plus de cette étrange conversation à leur ami.
C'est ainsi qu'il se retrouvait maintenant à fixer le plafond de la chambre de Viktor, ne sachant toujours pas quoi penser de tout cela.
« Tu penses qu'il l'a fait ? » osa finalement demander Viktor.
« J'en sais rien.
- On doit lui en parler ?
- Sais pas.
- Ou alors on attend qu'il nous en parle de lui même ?
- Aucune idée. »
Viktor s'énerva, se relevant soudainement sur ses coudes pour le dévisager.
« Pourquoi tu ne sais rien ?
- Et toi alors, pourquoi tu poses ses questions ?
- Parce que je ne connais pas les réponses, idiots !
- T'as vu, toi non plus tu ne sais rien, débile ! »
Viktor et Lev et se dévisagèrent quelques instants en chiens de faïence avant de finalement soupirer en cœur. Ils se laissèrent tomber sur le lit, retournant à la contemplation du plafond.
« Franchement, » commença Lev. « Je pense que oui, il en est capable. Altaïr n'agit jamais sans motif, mais t'as bien vu que parfois, il est juste incontrôlable. Et… »
Lev sembla hésiter à ajouter quelque chose, comme s'il se rendait soudainement compte qu'il allait déballer un gros secret.
« Et ? »
Lev mâchouilla sa lèvre, hésitant à répondre. Il lui fallut bien cinq longues minutes avant de reprendre la parole, si bien que Viktor crut qu'il s'était endormi au plein milieu de sa phrase.
« Et il m'a dit qu'un jour, il a essayé de se suicider. C'est pour ça qu'il a peur du vide. Et puis, il était enfermé dans un cachot pendant les pleines lunes et Cygnus l'a baffé devant tout le monde pour ses mauvaises notes alors qu'il est le premier de la promos, il est revenu de sa semaine d'exclusion avec plus de blessures qu'en partant. Et même, il faut pas être un génie pour comprendre qu'Altaïr avait peur de lui et que c'est pour ça qu'il voulait autant avoir de bonnes notes ! » craqua finalement Lev.
Viktor lui avoua à son tour qu'il était d'accord avec ses suppositions, ajoutant même quelques détails.
« Une fois, son t-shirt s'est soulevé quand on jouait au Quidditch. J'ai vu son dos, il … » Viktor prit une profonde inspiration, n'arrivant pas à formuler ce qu'il avait vu ce jour-là. « Il était couvert de cicatrices. »
A nouveau, le silence s'installa entre eux.
« C'est décidé, on lui en parlera. Mais promets-moi que peu importe ce qu'il dira, tu resteras son ami.
- C'est promis. Et si toi tu lui tournes le dos, je te pète les genoux.
- C'est promis. Celui qui trahit cet accord aura ses deux genoux pétés. »
Les deux garçons se serrèrent le petit doigt.
